La première chose dont Harry se rendit compte en se réveillant, c'était que chacun de ses membres le faisait atrocement souffrir. La seconde fut l'inhabituelle proximité entre son visage et le plancher de la reproduction de la salle commune de Gryffondor.
- Harry? demanda la voix de Ginny.
- Hum? marmonna-t-il.
Harry s'aperçut que ses membres, à son grand étonnement, en plus de le faire souffrir, refusaient de lui répondre. Il laissa échapper un juron digne de Ron dans ses pires moments.
- Qu'est-ce qui s'est passé? J'ai l'impression de m'être fait écraser par un dragon.
- Tu ne te rappelles pas? Les portes… Tu ne te souviens vraiment de rien?
Harry fronça les sourcils et fut surpris de constater que même ce geste anodin le faisait souffrir. Maintenant qu'il y pensait, il se rappelait avoir vu deux portes un peu avant de s'évanouir pour ce qui lui semblait être la dixième fois ce mois-ci.
Qu'est-ce qu'elles ont les portes? D'ailleurs, où est-ce qu'elles se trouvaient? Je ne me rappelle pas avoir voulu que la fosse devienne cette salle avec uniquement deux portes.
Godric prit le relais et expliqua en détail, grâce aux descriptions de la salle que Ginny et Harry avaient respectivement fournies au fur et à mesure que Godric déballait sa théorie sur ce qui s'était passé.
Selon Godric, un lien magique s'était créé entre eux à un moment traumatisant de leur vie. L'ancêtre de Ginny avait identifié ce moment comme étant les évènements qui s'étaient déroulés dans la Chambre des Secrets durant l'année scolaire 1992-1993. Ce n'était pas un lien extrêmement puissant comme ceux qui étaient créés au cours de cérémonies magiques telles que les mariages, mais il existait quand même entre eux et les connectaient d'une certaine manière avec leur magie. Dû à ce lien, quand Ginny avait ouvert sa porte, celle de Harry s'était ouverte également, avec les mêmes effets. Toujours d'après Godric, le lien s'était rompu quand les portes s'étaient ouvertes, la décharge d'énergie trop puissante l'ayant « sectionné ». En disparaissant, le lien avait laissé plus de place pour la magie issue de la porte.
Godric procéda ensuite à expliquer à Harry et Ginny que la disparition de leur lien laissait plus de place à leur magie, mais les deux adolescents, peu importe la manière dont Godric leur expliquait ce principe, ne comprenaient pas plus que si il essayait de leur démontrer que du jaune et du bleu mélangés ensembles donnaient du violet. Finalement, il se résigna à leur expliquer sa théorie avec comme image principale… un verre d'eau.
Dans son explication, le verre représentait la capacité magique d'un sorcier. L'eau qu'on y mettait représentait le niveau de magie qu'un sorcier pouvait atteindre au cours de sa vie. Le fondateur de la maison de Gryffondor avait ensuite choisi de représenter le lien magique entre Harry et Ginny avec un cube de glace posé dans l'eau du verre. Si on enlevait le glaçon du verre, il y avait plus de place pour l'eau, de la même façon que la disparition du lien avait laissé plus de place pour augmenter la quantité de magie qu'ils pouvaient utiliser.
- Vous comprenez? demanda Godric à la fin de son explication.
- En grande partie, marmonna Ginny en essayant de camoufler un bâillement.
Au cours de l'heure suivante, Harry et Ginny purent progressivement se remettre à bouger. Dès qu'ils purent se remettre debout, Harry alla s'écraser sur son lit, où il s'endormit instantanément, et Ginny fit de même après avoir contemplé le portrait endormi de son frère.
La confirmation que l'ouverture de leurs portes se manifesta à eux sous la forme plutôt percutante d'un sort de lévitation, quelques minutes seulement après qu'ils ne se soient réveillés.
Si Godric avait parié que la première chose que les deux adolescents feraient après s'être réveillés serait manger, il serait devenu riche ou, du moins, aussi riche qu'un portrait pouvait l'être. Harry et Ginny se firent un devoir de demander à la salle de faire apparaître tous leurs mets favoris. Malheureusement, ils avaient oublié de préciser la quantité d'aliments qu'ils désiraient alors ils se retrouvèrent avec une table tellement remplie de nourriture qu'ils durent se résoudre à manger aux deux extrémités opposées.
Ils avaient commencé à manger depuis déjà quelques minutes et ne semblaient pas être près de s'arrêter. Après tout, le dernier repas qu'ils avaient eu remontait déjà à plus d'une journée.
- Me passerais-tu le jus de citrouille? demanda Ginny entre deux bouchées.
Harry leva les yeux de son assiette débordante quelques seconde, évalua la distance qu'il aurait à parcourir pour faire parvenir le pichet de jus à Ginny, puis tira sa baguette de sa poche. À quoi bon se causer plus de douleur que nécessaire si la magie pouvait faire les choses à sa place?
- Wingardium Leviosa, prononça-t-il en pointant sa baguette sur le pichet.
Harry s'attendait à voir le contenant s'élever lentement à quelques centimètres dans les airs comme à chaque fois qu'il performait ce sort mais ce qui suivit le fit sursauter si haut qu'il dégringola de sa chaise.
Plutôt que de voleter paresseusement au-dessus de la table comme il s'y attendait, le pichet de jus de citrouille fila vers le plafond comme les Cognards avec lesquels les équipe de Quidditch de Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle et Serpentard jouaient. La « fusée » passa au travers la paroi et y resta coincée. Dès qu'il entra en contact avec le plafond, le pichet éclata en morceaux et son contenu se répandit sur le sol et sur Harry, qui était tombé sous la cavité nouvellement fabriquée.
Ginny s'immobilisa, sa fourchette pleine de pomme de terres à mi-chemin entre sa bouche et son assiette. Son regard passa d'Harry, qui était assis sur le plancher, recouvert de jus de citrouille, au plafond, retourna à Harry, et revint encore au trou dans le plafond.
- Oh, Merlin, commenta Ginny, son regard toujours fixé sur les débris du pichet qu'elle pouvait apercevoir.
- Comme tu dis, grommela Harry en se relevant. Je… euh, je ne comprends vraiment pas comment ça s'est produit. J'ai utilisé ce sort des centaines de fois et je n'ai jamais perdu le contrôle comme ça.
Ginny détacha finalement ses yeux de la cavité béante au-dessus de la tête d'Harry et les posa sur ce dernier pour finalement éclater de rire à la vue des gouttelettes de jus de citrouille qui dégoulinaient de ses cheveux.
- C'est pas drôle, maugréa Harry en secouant la tête pour se débarrasser du jus de citrouille. Vraiment pas drôle.
Il se releva péniblement et se rassit sur sa chaise, l'air à la fois bougon et songeur. Ginny, qui avait réussi à se calmer, recommença à rire de plus belle. Bien malgré lui, Harry fut forcé de reconnaître que la situation avait quelque chose de comique.
Cet incident fut le premier d'une longue série de mini catastrophes involontaires qui dura près de trois jours. L'accident du pichet dans le plafond leur paru bien anodin quand Ginny, en essayant de raviver les flammes mourantes dans l'âtre, déclancha un véritable incendie qui se répandit rapidement à travers toute la pièce dans laquelle ils se trouvaient. La deuxième partie de la catastrophe fut quand Harry tenta d'éteindre le feu avec un Aguamenti. Puisque tous leurs sorts se voyaient amplifiés, ce ne fut pas un faible jet d'eau qui sortit de sa baguette, mais bien une vague géante qui faillit bien les noyer tous les deux.
Après ces incidents, les deux adolescents et Godric arrivèrent à la conclusion qu'ils devraient s'habituer à invoquer moins de magie quand ils utilisaient des sorts dont ils avaient l'habitude de se servir couramment. Harry et Ginny mirent près d'une semaine à réapprendre comment se servir de leur magie après la soudaine hausse de capacités magiques qu'ils avaient récemment expérimentée.
Les mini-catastrophes causées par l'ouverture des portes prirent fin durant les derniers jours de janvier, au plus grand soulagement d'Harry, Ginny, et de tous les tableaux présents. Ce matin-là, Ginny avait émergé de l'escalier qui menait à des reproductions des dortoirs de Gryffondor pour arriver face-à-face avec un fauteuil qui lévitait paresseusement devant ses yeux. Intriguée, Ginny passa sous l'objet flottant et aperçut Harry, assis dans un autre fauteuil près de la cheminée, la baguette pointée sur le fauteuil volant et sa main restante étirée vers les flammes qui brûlaient dans l'âtre.
- Tu peux m'expliquer ce que tu fais? questionna Ginny.
Harry sursauta et le fauteuil qu'il faisait léviter s'écrasa par terre, juste derrière Ginny, avec fracas. Il laissa échapper un grondement de frustration et s'enfonça profondément dans les coussins qui l'entouraient.
- Bon matin à toi aussi, lança finalement Harry en émergeant des coussins.
Ginny haussa les sourcils et s'approcha de l'endroit où il était échoué pour s'asseoir sur le bras du fauteuil. Elle tendit sa main droite pour écarter une mèche de cheveux qui tombait devant les yeux d'Harry, puis se pencha pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.
- Bon matin, Mr Grognon, dit-elle. C'est mieux, comme salutations matinales?
- Définitivement, répliqua Harry avant de s'emparer à nouveau de ses lèvres.
Trop pris par leur baiser, ils ne s'aperçurent pas qu'un des portraits était sorti de sa transe. Ils ne se séparèrent que lorsque Ginny perdit l'équilibre et tomba du bras du fauteuil sur lequel elle était perchée.
- Alors, Gin-Gin, est-ce ma présence qui t'a choquée à ce point ou as-tu soudainement décidé que le plancher était plus confortable que le fauteuil? demanda une voix moqueuse derrière eux.
Ginny fit aussitôt volte-face, Harry l'imitant pas longtemps après, mais aucun des deux adolescents en fuite n'aurait eu besoin de se retourner pour savoir à qui appartenait la voix.
- Fred! s'exclama Ginny en se précipitant devant le portrait de son défunt frère. Je me demandais quand tu allais te réveiller.
- J'arrive juste au bon moment, à ce que je vois, ricana le jumeau. Il ne faudrait pas que je devienne un oncle tout de suite, du moins, pas par ma petite sœur.
Ginny rougit jusqu'à la pointe de ses cheveux en percevant le sous-entendu que son frère avait glissé dans sa phrase. Harry fit de même. Pour éviter de prolonger ce moment déjà embarrassant, Fred opta pour un changement de sujet radical.
- Donc, comment se fait-il que vous soyez toujours ici alors que j'étais sous l'impression que vous étiez sur votre départ quand je me suis endormi, la dernière fois que je vous ais parlé?
- Nous étions sur notre départ, mais nous avons eu un léger contretemps…
Harry laissa Ginny s'occuper de relater leurs dernières mésaventures à son frère et monta aux reproductions des dortoirs pour se changer et y faire sa toilette. Il espérait que Ginny ne reparle pas de ce qu'elle l'avait vu faire quelques minutes plus tôt, mais il savait que sa curiosité la pousserait à découvrir la vérité sur ses actions étranges.
Pendant qu'Harry était en haut dans les dortoirs, Ginny, elle, avait terminé de réciter à Fred les évènements ayant pris place dans sa vie durant les derniers jours. Fred, pour l'une des rares fois dans sa vie, n'avait aucune remarque comique à lancer.
Le frère et la sœur discutèrent pendant encore quelques minutes, puis la fatigue caractéristique des nouveaux tableaux commença à se faire sentir chez Fred, qui avait à présent de la difficulté à garder les yeux ouverts. Cette fois, Ginny prit soin de dire au revoir à son frère au cas où il ne se réveillerait pas avant qu'Harry et elle ne partent de la fosse.
Quand Fred se fut laissé emporter par le sommeil, Ginny se retourna et contempla les dégâts qu'avait causés Harry avant qu'elle ne passe près de faire une collision avec le fauteuil volant. D'autres fauteuils à moitié détruits gisaient un peu partout sur le plancher de la fosse. L'un d'eux était complètement calciné et un autre avait été propulsé à travers le plafond, comme le pichet de jus de citrouille quelques jours plus tôt. De nombreux coussins étaient éparpillés par terre et un bon nombre d'entre eux avaient perdu leur rembourrage original.
Ginny passa une main dans ses cheveux et soupira de découragement. Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien fabriquer avec tous ça?
Soudain une idée lui traversa l'esprit. Si la puissance des sorts qu'elle jetait auparavant avait été décuplée depuis l'ouverture de sa porte, alors se pourrait-il qu'elle puisse jeter des sorts sans avoir sa baguette sur elle? Ginny n'avait jamais été capable de faire de la magie sans baguette, mais peut-être que l'augmentation de sa puissance magique était suffisante pour le lui permettre.
Ginny tendit sa main vers un des coussins qui se trouvaient près du mur opposé à elle sans trop savoir ce qu'elle faisait. En toute honnêteté, elle ne croyait pas qu'elle pouvait avoir l'air plus stupide qu'en ce moment.
- Wingardium Leviosa, prononça Ginny.
À la déception de l'héritière de Gryffondor, le coussin qu'elle fixait ne bougea pas d'un poil. Ginny sortit sa baguette de la poche arrière de son pantalon, l'observa un instant, puis s'en servit pour soumettre le même coussin au sort de lévitation. L'objet s'éleva dans les airs à grande vitesse vers le plafond et s'immobilisa à quelques centimètres seulement de la paroi. Elle avait toujours du mal à juger le niveau de magie nécessaire pour exécuter un simple sort correctement.
À nouveau, Ginny observa sa baguette, essayant de se rappeler ce qu'elle avait ressentit quand elle avait lancé le sort. Ne trouvant pas la réponse à sa question non formulée elle recommença en se concentrant sur sa baguette uniquement. Elle dû refaire cet exercice encore plusieurs fois avant de finalement percevoir la magie parcourir son bras et s'échapper de sa baguette. Satisfaite, elle la remit dans sa poche et recommença, sans baguette cette fois.
À force de se concentrer uniquement sur le coussin et à recommencer encore et encore, Ginny arriva à le faire tressaillir après une dizaine d'essais supplémentaires. Elle laissa échapper un cri de victoire avant de plaquer une main sur sa bouche en réalisant qu'elle n'était pas seule. Qu'est-ce qu'Harry allait penser s'il descendait pour la voir presque en train de faire une danse de la victoire pour si peu. Pas si peu, Ginny. Le coussin a bougé! Bon, pas beaucoup, mais ça compte quand même.
Comme elle aurait dû le prévoir, Harry l'entendit d'en haut et elle pu bientôt percevoir un bruit de pas précipité dans les escaliers. Une fraction de seconde plus tard, Harry apparût dans les dernières marches, baguette à la main, portant comme seul vêtement une serviette de bain enroulée autour de sa taille et les cheveux encore pleins de savon. Il balaya la pièce du regard avant d'interroger Ginny sur la raison de son cri.
- Il y avait une souris, mentit-elle. Une très, très grosse souris.
Harry fronça les sourcils, mais ne fit aucun commentaire. Il abaissa sa baguette et sembla alors réaliser qu'il ne portait qu'une serviette. Le rouge lui monta instantanément au joues et il remonta prestement au dortoir sous les rires de Ginny. Quand, il redescendit, plusieurs minutes plus tard, il avait encore les joues un peu plus rouges qu'à son habitude.
- Ne t'en fais pas avec ça, le rassura Ginny. J'ai plutôt apprécié la vue.
Son dernier commentaire fit à nouveau rougir Harry, ce qui la fit de nouveau éclater de rire.
Des heures plus tard, Ginny était étendu sur son lit de la réplique des dortoirs de Gryffondor, Harry ronflant doucement dans le lit à la droite du sien. Ils avaient pris l'habitude de dormir dans la même chambre depuis l'attaque de Greyback au Square Grimmauld comme ça, si une autre attaque du même genre survenait, ils n'auraient pas besoin de se chercher avant de partir.
Ginny s'assura qu'Harry était bel et bien assoupi, puis recommença ses exercices de magie sans baguette sur une écharpe aux couleurs de Gryffondor qui traînait sur le sol. Après de nombreux essais qui restèrent sans succès, Ginny laissa tomber et sortit sa baguette de sous son oreiller.
Elle observa Harry un moment afin de déterminer s'il dormait vraiment ou s'il faisait seulement semblant. Après s'être convaincue qu'il était bel et bien dans les bras de Morphée, Ginny détourna son regard de la silhouette assoupie.
- Finite Incantatem, murmura Ginny en pointant sa baguette sur son épaule.
Aussitôt qu'elle sentit le sort qu'elle avait appliqué le matin même sur son épaule perdre son effet, elle laissa échapper un soupir de soulagement. Ces sorts de dissimulation étaient utiles, mais inconfortables. Inévitablement, ses pensées dérivèrent au jour où elle avait reçu les cicatrices qui ornaient à présent son épaule à la hauteur de l'omoplate. N'y pense même pas. C'est terminé, il n'y a rien que tu puisses faire qui y changera quoi que ce soit. Ginny remit sa baguette sous son oreiller, posa la tête dessus et ferma les yeux. Avant de s'endormir, elle se promit qu'elle réessaierait de faire léviter l'écharpe la nuit suivante, et la suivante, et la suivante, jusqu'à ce qu'elle atteigne son but.
Trop concentrée sur ce qu'elle faisait, elle n'avait pas remarqué que les ronflements d'Harry s'étaient arrêtés et ignorait que ce dernier avait tout vu de ses expérimentations magiques. Une seule question repassait dans sa tête. Mais qu'est-ce qu'elle faisait?
Le lendemain matin, Ginny se réveilla avant Harry, qui était pourtant bien plus matinal qu'elle. Elle se leva sans faire de bruit et se dirigea vers la salle de bain après avoir vérifier au préalable qu'Harry était bel et bien endormi. Elle passa près d'appliquer à nouveau les sorts qu'elle avait annulé la veille, mais pencha plutôt en faveur de quelques minutes de plus sans l'inconfort qu'ils lui procuraient. Ginny entra dans la salle de bain et ferma doucement la porte derrière elle. Elle mit la douche en marche, retira ses vêtements et se plaça sous le jet d'eau brûlant. Ginny resta immobile pendant un bon moment tandis que l'eau cascadait sur sa peau.
Cela faisait bientôt six mois qu'Harry et elle avait apparemment été tués par Voldemort dans la maison des Dursley, et ils n'étaient pas vraiment plus près de trouver les Horcruxes manquants que quand ils étaient cachés au 12, Square Grimmauld. Ils savaient par Dumbledore que Voldemort avait divisé son âme en sept parties, dont trois, possiblement quatre, qu'Harry et Ginny connaissaient déjà. Une de ces parties connues avait été dissimulée dans le Journal de Tom Jedusor que Lucius Malefoy avait glissé dans son chaudron en 1992, une autre avait été cachée dans la bague de Gaunt et une dernière était dans le Médaillon de Serpentard. Harry et Ginny étaient venus à la conclusion qu'une quatrième partie de l'âme de Voldemort résidait dans le serpent du Seigneur des Ténèbres. Quant aux trois autres, ils avaient beau se creuser la cervelle, les deux Gryffondors n'arrivaient pas à figurer ils étaient cachés dans quel objet ni même où ils étaient.
Combien de temps encore devraient-ils rester isolés du reste du monde? Dans les premières semaines de leur fuite, Ginny s'était dit qu'elle serait probablement de retour pour Noël, après tout, Harry devait bien avoir un plan. Mais à mesure que les jours passaient, Ginny se rendait compte qu'Harry ne savait pas plus qu'elle comment mener à bien la mission que Dumbledore lui avait confiée et que son désir d'être avec sa famille pour décembre était irréalisable. À ce rythme, ils allaient être de retour dans trois ans, au minimum. Qui sait, peut-être même ne resterait-il seulement que des vestiges de la civilisation magique telle qu'Harry et elle l'avaient connue avant de s'isoler. Si cela devait se produire, toute cette histoire de chasse aux Horcruxes n'aurait servi à rien.
Ses pensées dévièrent vers sa famille, qui était prise au beau milieu de cette guerre. Fred y avait déjà perdu la vie. Combien d'autres membres de sa famille subiraient la même fin avant que tous les Horcruxes n'aient été anéantis? Après tout, les Weasley étaient au nombre de huit à présent, mais ils demeuraient la plus grande famille de traître à leur sang connue des Mangemorts, donc une cible de choix.
Combien de leurs amis périraient avant qu'ils ne mettent un terme à cette tuerie? Poudlard n'était plus sûr que pour les Sang-Purs et, là encore, ceux qui étaient contre Voldemort ne seraient pas en sûreté non plus. Plus aucun élève issu de parents Moldus ne se déplacerait dans les nombreux corridors de l'école de sorcellerie et, de ce que Ginny savait, ils étaient déjà presque tous en fuite ou dans des cellules du Ministère ou d'Azkaban. Quand aux Sang-Mêlés, elle n'avait pas la moindre idée de ce que le nouveau régime de Voldemort leur réservait. Allaient-ils être traités comme les Nés-Moldus ou comme les Sang-Purs?
Aussi étrange que cela puisse paraître, Ginny faisait souvent le point sur les évènements qui se déroulaient autour d'elle lorsqu'elle prenait sa douche. L'eau chaude semblait avoir un pouvoir apaisant sur elle et lui permettait de réfléchir plus clairement sans que personne ne vienne interrompre le cours de ses pensées.
Sa famille lui manquait. La cuisine de sa mère et les judicieux conseils de son père lui manquait, de même que les bouffonneries et les expériences de Fred et George, l'insensibilité de Ron, les blagues de Charlie et Bill quand ils revenaient au Terrier, même les airs hautains de Percy lui manquaient à présent. Je veux retourner chez moi, pensa Ginny. Mais elle ne pouvait pas. Pas après avoir simulé sa mort et celle de Harry, pas après l'avoir accompagné dans sa quête pendant six longs mois. Même si elle voulait désespérément rejoindre sa famille, elle savait qu'elle ne le pouvait pas. Ginny n'était même pas sûre qu'elle serait accueillie comme avant si elle se présentait devant la porte de la maison où elle avait grandi. Sa mère l'enfermerait probablement dans sa chambre pour une durée indéterminée afin de s'assurer qu'elle ne lui fasse pas encore croire qu'elle était morte ou bien encore elle ne croirait pas que sa fille n'ait jamais vraiment été morte. Ginny se surpris à désirer pouvoir voir dans les pensées de sa mère pour prévoir quelle serait sa réaction. S'ils pouvaient voir dans les pensées de Voldemort de la même façon aussi, voir où il avait dissimulé ses Horcruxes, toute cette quête serait tellement plus simple…
- Merlin, murmura Ginny en passant près de s'étouffer avec l'eau qui coulait toujours sur son visage, la voilà notre solution!
Rapidement, Ginny se précipita hors de la douche, ne prenant pas compte du fait que l'eau coulait toujours. Elle remit à la hâte son pantalon de pyjama et le t-shirt blanc dont elle se servait pour dormir et s'élança hors de la salle de bain. Elle eut vaguement conscience que ses vêtements collaient à son corps comme une deuxième peau mais n'y accorda pas d'importance. Elle enjamba les divers objets qui jonchaient le plancher du dortoir où ils avaient élu domicile et termina sa course en glissant (à cause de ses pieds encore mouillés) au pied du lit d'Harry.
Sans perdre un instant, Ginny secoua vigoureusement Harry, ce qui eut pour effet de le sortir complètement du sommeil profond dans lequel il avait été plongé jusqu'à tout récemment. Il se redressa brutalement sur son lit et chercha par réflexe à s'emparer de sa baguette. Heureusement pour Ginny, il réalisa à qui il avait à faire avant de pouvoir terminer son geste.
- Ginny! Ça ne se fait pas réveiller quelqu'un ainsi, tu vas me rendre paranoïaque à force de faire ça!
- Garde ta paranoïa pour plus tard, pour l'instant j'ai autre chose à te dire. J'étais dans la douche et j'ai eu une idée. Tu as souvent dis que tu pouvais t'introduire dans la tête de Voldemort de temps à autre alors j'ai pensé que… Harry?
- Ce dernier avait tourné la tête et s'était remis à rougir comme il l'avait fait le jour précédent.
- Harry, ça va?
- Oui, c'est juste que, euh, ton t-shirt est, comment dire… blanc.
- Perspicace, commenta Ginny. Et c'est ça qui t'a fait prendre cette couleur tomate?
- Non. C'est juste que blanc… avec de l'eau, c'est un peu… enfin, tu comprends ce que je veux dire?
Ginny s'apprêtait à lui répondre que non, elle ne voyait pas du tout où il voulait en venir, quand elle réalisa que ce qu'il avait maladroitement tenté de lui faire comprendre était que son chandail était devenu… transparent. L'eau qui ruisselait toujours sur la peau de Ginny lorsqu'elle était sortie en catastrophe de sa douche avait imbibé le t-shirt.
Ginny fit volte-face si vite qu'elle faillit tomber en se prenant les pieds dans l'écharpe de Gryffondor qui traînait là. Ses cheveux trempés avaient également contribué à imbiber le dos du vêtement si bien qu'on voyait au travers comme s'il n'existait pas. Au bout d'un moment, Harry prit la parole.
- Ginny, s'étrangla-t-il, si je te pose une question, peux-tu me promettre d'y répondre avec honnêteté?
- Évidemment! s'exclama Ginny, heureuse qu'il ne mentionne pas ce qui venait de se produire.
- Qu'est-ce que tu as sur ton épaule?
Les yeux de Ginny s'agrandirent à la réalisation de ce qu'elle avait oublié de faire. Dans son empressement, elle avait omis d'appliquer les sorts comme elle le faisait toujours. Sa main se plaqua sur l'épaule en question tandis que la voix de Tom Jedusor, ressortie directement de ses souvenirs de la Chambre des Secrets, résonnait dans ses oreilles. Tu es faible, Ginny Weasley, ne peux-tu pas te rendre à l'évidence? Tu n'es même pas capable de résister un seul ordre que je te donne! Tu es pathétique, personne ne s'intéressera jamais à une fille qui s'est laissé posséder ainsi par un simple souvenir. Tu es faible, Ginny Weasley.
Quand Ginny s'était retournée, après s'être rendu compte que son t-shirt était devenu transparent, Harry avait remarqué des marques rougeâtres au niveau de son omoplate gauche. Il avait d'abord cru que c'était des lignes imprimées sur le t-shirt, mais il s'était rapidement rendu compte que ce n'était pas ça.
Aussitôt qu'Harry eut demandé à savoir ce qu'elle avait sur l'épaule, Ginny y pressa une main et elle se raidit.
- Rien, répondit-elle d'une voix mal assurée. Ce ne vaut pas la peine que tu en parle.
Harry se leva de son lit et alla se placer derrière elle. Doucement, il posa sa main par-dessus celle qui couvrait son épaule. Ginny sursauta, mais ne repoussa pas sa main comme il s'y attendait.
- Ginny, je te connais trop bien pour que tu puisses me mentir ainsi, l'admonesta-t-il. Je sais que quand tu dis que quelque chose est sans importance, c'est habituellement que tu ne veux pas en parler. Pourquoi?
- Ce n'est rien, répéta-t-elle obstinément. Vraiment.
Harry enleva sa main de celle de Ginny et s'éloigna. Ginny tourna la tête et soupira. Elle ferma les yeux un instant, ce qui laissa le temps à Harry de se rasseoir sur son lit, puis les rouvrit.
- Ferme les yeux, dit finalement Ginny. Je te dirai quand tu pourras les rouvrir.
Harry s'exécuta et, dès qu'il eût fermé les paupières, il entendit Ginny s'éloigner. Il entendit une malle s'ouvrir, puis le bruit de tissu que l'on défroisse. La malle claqua en se refermant et les pas de Ginny se rapprochèrent de son lit. Harry sentit le matelas à côté de lui renfoncer et en déduit que Ginny venait d'y prendre place.
- C'est bon, tu peux rouvrir les yeux.
Ginny portait maintenant un vieux t-shirt vert foncé des Harpies de Holyhead avec le numéro 6 brodé sur l'épaule droite, à l'opposée du logo de l'équipe. Elle n'avait pas pris la peine de retirer le T-shirt à présent transparent, elle s'était seulement contentée d'enfiler celui des Harpies par-dessus. Elle replia les jambes sous elle et prit une grande inspiration avant de parler.
- Avant que je te raconte comment j'ai eu les marques que tu as vues sur mon épaule, je veux que tu me promettes deux choses. je veux que tu me laisse t'expliquer mon idée sans m'intérompre et que tu ne me traites pas différemment après avoir entendu mon récit.
- Ginny, comment as-tu eu ces marques?
- Promets-le!
- D'accord. Je te le promets.
