Bonjour !
Publication un peu tardive dans le week-end, désolée. Mais le chapitre est là !
Je profite pour vous dire quelques petites choses que je réalise avoir zapé jusqu'ici : d'abord, bien sûr, tout est à JK Rowling hein, moi je réutilise sa propriété. Et ensuite, ma fiction des bourrée de références (notamment des bouquins) et en général je fais des notes en bas de chapitre, chose que je n'ai pas faite cette fois ! Donc si vous voulez que je le fasse, ou si vous avec des questions, n'hésitez pas... Je suis un peu intoxiquée (et intoxicante, demandez à BobSherlock ;)) avec mes références de partout. J'ajoute donc que, tout comme les personnages d'Harry Potter, ni les œuvres de Shakespeare, ni celles de Somerset Maugham, ni celles de Fitzgerald, etc, ne m'appartiennent ;)
Voilà... et maintenant, je vous remercie une fois encore de tout coeur de vos lectures et surtout vos reviews : un grand merci à Sevmooniadayra, Mrs Elizabeth Darcy31, telle17, noumea, Guest (merci de la reviews :)), Melfique, Araym1, Susana (merci encore, et oui, c'est sûr qu'eux c'est pas le genre superficiel), fofix, The Great Victoria Grant, dobbymcl, Faann, chizuru300. Et j'ajoute que tous vos commentaires sont aussi une motivation énorme pour écrire !
Bon... à l'issue de ce grand déballage, je me tais, je vous laisse lire et attends vos avis !
Bises,
Bergère
Chapitre 13.
Il avait dit Hermione. Il l'avait dit ! Ha ! Cette victoire-là, maintenant qu'elle était remportée, lui prodiguait plus de plaisir encore qu'elle ne l'aurait cru. Il l'avait fait : ça y était, plus de Granger comme lorsqu'elle était adolescente, plus de cette sensation d'être prise pour une enfant dès qu'il décidait de l'interpeler. Cette étape-là était pour son bénéfice à elle mais, Merlin, que cela lui faisait du bien : le poids de ce déséquilibre du nom avait été constant et latent, et elle en prenait pleinement conscience maintenant qu'elle en était libérée. Il lui serait bien moins difficile, désormais, de parvenir à l'appeler par son prénom, puisque lui aussi le ferait.
Cette petite réussite lui occupait si bien l'esprit qu'elle se perdit dans les rues, et mit près d'une demi-heure à retrouver le lieu d'où elle avait pris l'habitude de transplaner parce qu'il était parfaitement vide, tout le temps. Mais le contretemps ne parvint pas à la contrarier, non plus que la neige qui commençait à tomber. Elle était en train de réfléchir à ce qu'elle avait à faire, l'ouverture de la cheminée (maintenant qu'il y avait effectivement du feu dans l'âtre, il était temps de passer à l'étape suivante), son écriture… Il progressait très vite et, d'elle-même, elle s'était mise à penser à la mise en œuvre réelle et efficace de la partie la plus difficile : lui réapprendre les potions.
Le reste était extrêmement facile à régler à côté de ce problème-là : il fallait trouver les moyens physiques, ce n'était pas facile mais elle y arriverait. Mais, surtout, il fallait trouver une méthode d'approche, trouver le moyen de tenter de toucher sa mémoire – comme il l'avait été par les tritons au gingembre, apparemment. Et ce biais-là, elle ne le connaissait pas, tout en ne pouvant se permettre de multiplier les essais. Oui, cela la préoccupait de plus en plus, à mesure que les choses allaient bien : elle voulait par-dessus tout éviter que les potions deviennent le lieu d'un affrontement qui s'était tant calmé… ce serait tellement dommage.
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Hermione n'était pas revenue depuis cinq jours. Il savait bien qu'elle devait avoir ses raisons, elle en avait toujours, elle avait d'autres choses à faire. Mais malgré le courrier de quelques lignes hâtives qu'elle lui avait envoyées, lui disant qu'elle avait quelques choses à régler avant de revenir, il se sentait légèrement inquiet. Sans savoir réellement pourquoi.
Il avait lu, assis seul dans son fauteuil, face au feu dans l'âtre qu'elle lui avait appris à allumer et qui donnait une atmosphère bien plus douce à son minuscule logement. Il lisait maintenant Tendre est la nuit : parfois, il butait sur un mot. Et souvent, il ne comprenait absolument pas ce que voulaient ces personnages, dans leur opulente folie, mais l'étrange sensualité de leurs vies parvenait à le faire s'oublier. Il lui avait écrit un mot de réponse, mais il ne l'avait pas envoyé et il l'avait regardé brûler dans l'âtre.
Et à sa fenêtre, il avait vu tomber la neige pour la première fois depuis son réveil. C'était novembre, le calendrier qu'Hermione avait attaché sur son mur, un jour, le lui indiquait : il en cochait sagement les cases jour après jour, pour se tenir au courant du temps. La neige n'était pas tombée longtemps. Elle s'était à peine posée au sol, mais pendant plusieurs heures il s'était tenu debout devant la fenêtre à regarder tournoyer ces flocons blancs qui paraissaient terriblement doux.
Il s'était fait à manger, mais bientôt il devrait sortir. S'acheter de quoi manger autre chose que du thé, quand il aurait fini tout ce qu'il lui restait. En somme, au bout de ces cinq jours, il avait dû s'avouer qu'il s'ennuyait. Il n'avait pas grande envie de bouger, mais l'immobilisme de cette solitude le plongeait dans l'ennui : il n'avait plus vraiment envie de lire, malgré le plaisir qu'il y avait à l'activité en elle-même, lorsqu'il s'y était décidé. D'autant qu'il sentait venir la chute, et qu'un feu de colère s'allumait en lui face à la bêtise des personnages : il faudrait qu'il demande à Granger de lui amener des livres où les personnages sont moins bêtes, moins égoïstes. Mais pour cela, il faudrait qu'elle revienne.
Il s'ennuyait. Profondément. Il n'avait à proprement parler envie de voir Granger – Hermione. Pas envie de voir Hermione, non, ce n'était pas ça. Mais sa solitude n'avait pas que des avantages. Il ne pouvait pas faire assez pour ne pas s'ennuyer, il lui manquait de savoir plus. Le matin du sixième jour, il se leva, s'emmitoufla dans une des grandes capes noires qui venaient de son passé, et partit. Il faisait encore presque nuit : sombre et nuageux, le noir glissait lentement vers un gris qui n'illuminerait pas beaucoup plus les choses. Il avait de l'argent dans la poche, quelques billets, et sa baguette.
En arrivant dehors, il rencontra avec étonnement une gadoue triste et grise, qui recouvrait le sol et, en quelques pas, avait installé un peu de sa froide fadeur sur ses chaussures. Sans le savoir, il s'était attendu à des étendues de blanc, au reste de neige dont il avait le souvenir joyeux et intense : un sol laiteux et clair où il avait ri, lorsqu'il était enfant. Ce reste de neige-là n'était pas prévu. Sa respiration créait un nuage, dans l'air, une brume éphémère qui mourait et revivait à chaque fois qu'il inhalait. Après 10 minutes de marche, il avait atteint la petite épicerie de quartier dans laquelle il était déjà allé deux fois. Une fois pour du thé, une fois pour des quelques réserves.
La lumière y était presque aussi grisâtre que le ciel, tout en posant sur les produits une lueur criarde et peu avenante. Cela, et le regard méfiant de la vendeuse, une grosse femme entre deux âges, qui paraissait le soupçonner de tous les maux, lui ôta tout idée de prendre son temps. Il attrapa du pain, de la viande, quelques choses qui semblaient pouvoir se manger sans trop y travailler. Puis il posa tout face à l'acariâtre employée en ne la saluant pas de plus qu'un hochement de tête distant : elle passa les produits si vite devant le lecteur de codes barre qu'il finit par comprendre qu'elle avait peur de lui. Pendant un instant, il trouva cela risible… mais au fond, il en ressentit une certaine fierté. Comme si l'on venait de le rassurer sur la pérennité de certaines de ses capacités.
La sensation pourtant ne dura pas longtemps, non plus, et la traversée de la rue vide dans sa boue froide suffit à le refaire tomber dans une sorte d'apathie : arrivé dans le hall de son immeuble, il se sentait humide, imbibé et froid, et les étages à monter, marche après marche, dans cet état, acheva de le mettre de mauvais humeur. Contre tout.
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Elle avait réussi, allez savoir comment, à se retrouver avec des copies de presque toutes les années – sauf la quatrième, mais ce n'était qu'un maigre réconfort – en une seule semaine, et elle s'était trouvée tellement immergée que c'est à peine si elle avait eu le temps de passer au Ministère et de remplir les papiers pour l'ouverture de la cheminée de Severus Rogue, et de demander l'autorisation à Minerva de connecter sa propre cheminée au réseau. Ce que la directrice lui avait accordé sans insister, mais elle avait senti dans le regard perçant sous les lunettes et les lèvres pincées qu'un jour, bientôt, elle devrait avoir une conversation sérieuse avec elle pour lui expliquer un peu ce qu'elle trafiquait.
C'avait été une semaine épuisante, mais elle venait aujourd'hui, samedi, de mettre un point final à ses corrections – et pour parfaire cette excellente journée elle avait reçu à 10h la confirmation de l'ouverture de la cheminée de Severus. Aussi l'avait-elle prévenu qu'elle arriverait à 17h, aujourd'hui, directement : d'ici là, elle allait prendre un bain, boire un café, lire un petit peu… en somme, prendre un peu de temps pour elle. Puis aller rechercher dans ses vieux papiers quelque chose avec son ancienne écriture à lui, comme elle l'avait promis.
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« Severus,
Je viendrais vers 17h, par voie directe cette fois. Ne vous mettez pas juste devant la cheminée.
A bientôt, H. G. »
Il fronça les sourcils et, agacé, lança le papier dans le feu qu'il venait de rallumer. En arrivant enfin chez lui, il avait trouvé un hibou frappant frénétiquement à la fenêtre et qui, une fois à l'intérieur, s'était posé face à la cheminée juste assez longtemps pour lui donner le papier. Le message ne lui semblait ni particulièrement clair, ni particulièrement intéressant, et il ne fit qu'attiser sa mauvaise humeur : contre le mauvais temps, le froid, le monde entier. Contre Hermione Granger aussi, parce qu'elle n'avait pas été là, et aussi parce qu'elle allait être là. De toute manière, tout cela l'agaçait profondément.
Alors il l'avait attendue de pied ferme, assis sur sa chaise et ne parvenant pas à se concentrer sur sa lecture. Il avait mangé du pain, sans plaisir, et bu du thé, par habitude. Il avait écrit quelques lignes de son écriture propre, à la fois trop ronde et trop appliquée, encore irrégulière, dont il ne lui plaisait pas d'observer le résultat. Et aux alentours de 17h, il avait arrêté de faire quoique ce soit et s'était approché de la fenêtre, afin de voir cette histoire de « voie directe » de plus près. Mais rien, dans la rue, pas une silhouette de femme qui puisse lui ressembler. Rien du tout. Pour peu, elle serait en retard.
Et brutalement, un son lourd et un crépitement surnaturel le firent sursauter et il se retourna, la main serrée contre sa baguette, et chercha d'un regard rapide toute la petite pièce. Granger se tenait là, debout, un grand et insupportable sourire plaqué sur son visage agaçant, époussetant sans façon sa robe tandis que des gerbes vertes s'éteignaient. Tout était comme avant, sauf qu'elle se tenait, l'air de rien, dans son salon. Et la surprise, la mauvaise humeur et l'humiliation de s'être trouvé surpris se conjuguèrent en une remarque désagréable :
« - Granger, mais bon sang qu'est-ce que vous faites là ?!
- J'arrive par cheminée comme je vous l'avais dit… »
Elle le regardait, les yeux plissés, avec un air parfaitement stupide, à croire qu'il n'y avait absolument rien à remettre en question dans sa présence à l'intérieur du salon.
« - Vous pourriez prévenir !
- Mais je vous ai prévenu !
- Voie directe ça n'a rien de précis !
- Mais que croyez-vous que ce serait ? fit-elle, atterrée. Je ne transplane jamais ici parce que ça, vraiment, c'est exagéré et l'immeuble est moldu.
- Et d'abord, reprit-il voyant qu'il touchait à un terrain glissant, vous êtes en retard.
- Il est 17h15. Je ne vois pas…
- Vous aviez dit vers 17h.
- Eh bien, je ne crois pas que… »
Elle s'arrêta brutalement et se mordit la lèvre avec violence. Elle était devenue rouge, au fur et à mesure, embrasée par la colère visiblement. Elle était entrée avec un air de dignité naturel, et elle avait maintenant plus de la furie, à croire que son agacement arrivait à la décoiffer. Cette apparence-là, comme défaite et sans voile, avait quelque chose de très intime et, alors qu'elle relâchait sa lèvre et respirait profondément et lentement pour retrouver son calme, il l'observa : son visage semblait plus jeune que d'habitude, rendu à tout son naturel par la colère qui cherchait à se maîtriser : le sentiment était plus fort que le masque qu'il la voyait souvent essayer de porter par le maquillage, ou par l'attitude. Enfin, elle poussa un long soupir et il se força à arracher son regard de son visage.
« - Bien. Je ne ferais pas la guerre. Alors je vais vous laisser les choses et je vais y aller. Je n'ai aucune envie de me détruire le moral.
- Si vous voulez, fit-il froidement.
- Bien. Ça, c'est de la poudre de cheminette. Je vous la mets là, il faut en prendre une pincée, dire l'adresse où vous allez, et lancez la poudre dans l'âtre en y entrant. Facile. D'accord ?
- Oui.
- Ca, ce sont quelques livres. Je vous ai amené un peu d'histoire sorcière et moldue, je me suis dit que ça vous changerait.
- Bien, répondit-il, content sans le dire.
- Et pour finir, je n'ai rien trouvé de mieux pour votre écriture que mes anciennes copies. J'espère que cela vous ira.
- Oui.
- Sur ce, je reviens demain, à 18 heures pile, par cheminée, d'accord ?
- D'accord, à demain. »
En marmonnant à demain, elle était rentrée dans la cheminée avec sa poudre verte et avait dit « bureau d'Hermione Granger » puis avait disparu. Il regarda l'heure : il ne s'était pas passé cinq minutes, dehors il neigeotait, quelque chose qui ressemblait presque à de la pluie, et sur le bureau d'école qu'elle lui avait ramené plusieurs semaines plus tôt, s'entassaient des papiers et des livres. Il ne se sentait plus énervé, bizarrement : à vrai dire, il n'était plus tout à fait sûr de savoir pourquoi il avait été si en colère. Peut-être, se dit-il, aurait-il dû la retenir. Voire s'excuser. Peut-être, oui, mais ce n'était pas quelque chose qu'il savait faire, ni même qu'il voulait faire. Elle viendrait demain, c'était bien assez.
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Elle fulminait encore intérieurement en atterrissant dans son bureau : elle était partie d'excellente humeur, contente d'avoir trouvé ce qu'elle cherchait, de pouvoir démontrer l'utilité magique de la cheminée. Mais, bien sûr, il avait été ridicule de croire que cette joie enfantine serait acceptée telle quelle par Severus Rogue, roi des critiques. Elle se laissa tomber sur son canapé après avoir atteint à nouveau ses appartements, et bâilla profondément. Il y avait une chose qu'elle avait faite correctement : s'en aller. Elle n'avait aucune envie de combattre, aucune envie de… Enfin, cette soirée était perdue, pédagogiquement parlant. Et elle se sentit même soulagée de voir qu'elle ne vivait pas cet abandon momentané comme une trahison.
Ce que lui avait dit Ron, sur son intérêt pour la situation de Rogue, lui tournait parfois dans la tête : elle en était venue à se demander si son attention envers ce grincheux-là n'était pas maladive, presque compulsive. Elle passait tant de soirées à réfléchir à ce qu'elle lui amènerait ensuite, à une manière de passer aux potions : des moments où elle attendait le sommeil en se concentrant sur lui. Ce trop d'intérêt lui faisait peur. Mais elle pouvait faire sans oui, elle pouvait l'abandonner à sa mauvaise humeur. Ce soir, elle irait voir Ginny et Harry, peut-être, s'ils n'avaient rien de prévu, et voir son amie enceinte jusqu'au fond des yeux. Ou boire un verre avec Ron qui venait de se séparer de sa copine et n'avait probablement rien à faire de particulier de ses soirées.
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Il s'était réveillé très tôt, et il avait passé la journée dans une sorte d'inexplicable fébrilité. Un à un, il avait ouvert ces nouveaux livre : Histoire de la Grande-Bretagne, un ouvrage moldu et plastifié trop propre pour être honnête, écrit de petits caractères égaux, L'Histoire de Poudlard et Abrégé d'histoire du monde magique, dans un domaine plus proche de lui, en théorie. Elle avait aussi amené quelques manuels de magie, des manuels d'école usés mais qui semblaient à jour. De quoi apprendre pendant des jours entiers. Mais rien ne semblait vouloir attirer son attention suffisamment longtemps pour qu'il s'y plonge véritablement.
Alors, en désespoir de cause, il s'était attaché à l'épaisse liasse de parchemin qu'elle avait posée à côté des livres : il était près de quatre heures de l'après-midi, il ne lui restait plus si longtemps à attendre. Aussi il s'installa confortablement et regarda le premier papier. Son écriture à elle, à l'encre noire, était régulière et propre, avec son nom, sa classe. Et le titre, Etude sur le loup-garou. Et pour le reste, à l'encre rouge s'étalait en haut, puis sur les côtés, de-ci de-là, des annotations d'une écriture serrée, presque sévère. En haut était tracé un grand E, fin et parfaitement droit. Ce devait être son écriture. Il regarda simplement les lettres, d'abord, la forme qu'il leur donnait, la régularité de son trait serré. Il se trouvait difficile à lire. Mais, après avoir lu le commentaire général il commençait à se comprendre.
Rapidement, il souleva le parchemin pour voir le suivant. Hermione Granger, 6ème année, Propriétés et dangers de l'incantation silencieuse. E. L'écriture lui semblait ici un peu plus lâche, un peu plus ronde, mais la sienne par contre était immuable. Reconnaissable, parfaitement. Rapidement, il balaya du regard tous les en-têtes. Il y avait des devoirs de presque toute la scolarité d'Hermione, visiblement. Son écriture évoluait, vraiment : cela le travaillait tellement qu'il regretta d'avoir jeté le billet qu'elle lui avait envoyé, il était presque certain que son écriture avait encore évolué.
Alors, ne pouvant étudier cette question-là, il se pencha sur le contenu des devoirs. Et il commença à lire : l'écriture de Granger, ce ton didactique et explicatif, parfois cette phrase lourde qui semblait se perdre. Il biffait rarement le fond : souvent, il manquait quelque chose. Il n'aurait pas su dire ce qu'il manquait, bien sûr, mais il se sentait happé par la conjugaison de ces deux savoirs, sur le papier. Le premier devoir, celui sur le loup-garou, lui apprit des choses, vraiment, qu'il tâcha de retenir. Le suivant aussi, même si tout cela ne lui parlait plus de grand-chose. Le suivant se nommait : Essence de Murlap, et autres plantes à vocation de soin. De celle-ci, il comprit l'introduction : le reste semblait rédigé dans un langage étranger qui n'avait de sens que par moment, dans les liaisons. Les explications préparatoires ne lui disaient rien, pas un mot, pas un produit. Quant aux effets, il les comprenait, oui, mais seulement dans le vague.
Quelque chose lui échappait, mais dans la solitude de sa lecture il en ressentait une sorte d'exhilarante envie de savoir toujours plus, de penser toujours plus. De lire toujours plus. Précipitamment, il prit le parchemin suivant. Puis le suivant encore. Il ne retiendrait rien, c'était très probable, mais il y avait quelque chose de proprement magique à ressentir ces mots défiler, ceux d'Hermione et ceux du professeur Severus Rogue. Il s'était d'abord arrêté à l'acerbe ton de ses commentaires, à leur intransigeance, mais il ne voyait plus rien de tout cela. Maintenant il palpait un savoir si proche et si lointain, avec une telle intensité qu'il n'était même pas jaloux de ne plus posséder cette connaissance. Avec une telle intensité qu'il n'entendit pas la cheminée s'allumer et s'éteindre brutalement, et qu'il ne comprit qu'elle était là que lorsqu'il vit les pans de sa robe passait devant lui.
« - Bonjour !
- Bonjour. »
Il n'avait pas sursauté, mais il ne s'attacha même pas à cette réussite : alors qu'elle faisait le tour pour aller déposer quelque chose, visiblement, et regarder par la fenêtre, il s'arracha douloureusement à sa concentration. S'il l'avait pu, il n'aurait pas cessé avant d'être arrivé au bout, et peut-être alors aurait-il même relu l'ensemble, jusqu'à tomber de fatiguer, jusqu'à s'en sentir absorbé. Il leva les yeux, serrant la liasse dans ses mains, et se força à la suivre des yeux dans ses mouvements, jusqu'à ce qu'elle revienne vers lui.
« - Vous avez pris le temps de regarder ?
- Je… Oh, oui, oui. Une écriture très serrée, hein, parvint-il à lui dire.
- Oui, c'est sûr.
- Ceci dit, je note que la vôtre a changé entre ça et… ça, tenez. »
Et pour appuyer ses mots, il lui présenta une copie qui disait « Première année, Gryffondor » et une qui disait « Sixième année, Gryffondor ». Elle attrapa les deux parchemins et les compara avec un sourire amusé : elle avait l'air simplement contente de regarder ça, et ses joues rougirent légèrement alors qu'elle lui tendait les deux pages.
« - Bah, de 11 à 16 ans des choses changent, et heureusement. Je n'oserais même pas aller voir le tas de bêtises que j'ai dû écrire là-dedans, ajouta-t-elle avec un léger rire un peu faux.
- A quoi correspond E ? lui demanda-t-il l'air de rien.
- Effort Exceptionnel. Au-dessus de ça, Optimal. En dessous, Acceptable, puis les notes qui ne sont pas à la moyenne.
- Vous avez des E presque partout, j'en déduis que ça devait ne pas être si mauvais, non ? »
La question était très objective : il ne cherchait à y mettre aucune nuance de compliment, mais à en croire son expression à la fois béate et ravie elle le prenait comme tel. Eh bien, après tout, si cela lui remontait le moral… Il n'allait tout de même pas prendre la peine de lui enlever son illusion, elle ne blessait personne. Aussi l'observa-t-il hausser très ostensiblement les épaules, avec un peu de coquetterie peut-être, comme un oui qu'elle ne voulait pas dire. Puis, de manière un peu précipitée, elle s'assit sur le rebord du lit et mit les mains face au feu pour en savourer la chaleur. Silencieusement, il posa la liasse sur le bureau : si elle les reprenait en partant, très bien, mais il souhaitait malgré tous les relire. Elle hocha vaguement la tête en sa direction, prenant visiblement son geste pour ce qu'il n'était pas tout à fait : une manière de rendre ses copies de jeunesse.
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Elle était venue avec empressement. Elle s'était, malgré elle, rendue compte qu'elle regrettait en partie de n'être pas restée la veille. Elle avait passé une très bonne soirée avec Ron, durant laquelle ils avaient évoqué dans une étrange franche camaraderie les plus grandes querelles de leur vie de couple. Ron n'avait pas l'air de sortir aussi bien de sa relation avec Melissa que de la leur mais après tout il ne pouvait l'en blâmer : cette fois-ci, la fin n'avait pas été si naturelle. Aussi lui avait-elle occupé l'esprit en l'empêchant de trop boire, ce qui n'aurait pu qu'aboutir à quelque chose de désastreux.
Mais à peine rentrée chez elle, une sorte de culpabilité rampante dont elle trouvait, en son âme et conscience, qu'elle n'avait pas lieu d'être, avait commencé à lui manger les pensées. Au point qu'elle avait mis très longtemps à s'endormir, et avait ensuite failli arriver chez lui avec près de deux heures d'avance. Mais elle avait tenu le coup en se décidant à lui parler de ce qui lui tenait le plus à cœur : les phrases s'étaient préparées, écrasées, mélangées, tout le temps de cette solitude imposée qu'elle était allé vider en salle des professeurs au côté du toujours enthousiaste, quoique vieillissant, Filius Flitwick.
Et maintenant, assise dans cette petite pièce, face au feu, avec dans le coin de son champ de vision les parchemins notés de son adolescence, elle cherchait désespérément une manière de lancer le sujet. Alors même qu'elle n'avait rien de clair à demander. Mais il faudrait, alors…
« - Dites-moi ?
- Oui ? lui demanda-t-il d'un ton froid et distant.
- Je sais que la magie avance que…
- Oui ?
- Enfin, eh bien… »
Elle commençait à se sentir parfaitement ridicule : il était temps de le dire, avant de s'engoncer dans le rien, de disparaître dans le silence, de ne rien avoir dit et, de surcroit, d'être passée pour une imbécile. Cette phrase si préparée, une fois encore, viendrait différemment : elle ne pouvait que la retenir indéfiniment ou dire quelque chose, n'importe quoi, en espérant ne pas commettre d'erreur.
« - Souhaitez-vous commencer à vous pencher sur les potions ? »
Il se tourna vers elle si brusquement qu'elle en sursauta.
« - C'est-à-dire ?
- Commencer à… étudier les potions. Je n'ai pas encore trouvé de solution quant au lieu, mais j'ai bien une idée. Revenir à… à ce à quoi vous êtes brillant. »
Il la fixait avec une intensité telle, de son regard noir et épuisant, qu'elle dut combattre pour ne pas tourner les yeux, éviter cet échange à la fois indéchiffrable et dérangeant. Elle se sentait mal, dans ce moment, et l'angoisse qui lui tordait les tripes lui donnait presque l'impression d'être malade. Elle se trouvait à nouveau, brutalement, dans la situation de leurs premiers échanges, du renouveau de leurs relations. Où tous les mots pouvaient être des armes, mêmes involontaires. Cette angoisse de sa réponse, attente incontrôlable et toujours trop longue : elle était sur le point de tourner les yeux, presque à la recherche d'un appel d'air, quand enfin il répondit.
Son visage entier changea. La raideur s'atténua et, dans son regard, elle vit passer – sans en être sûre, malgré tout – l'ombre d'une joie entièrement imprégnée dans le noir de ce regard : dans un battement de paupières elle vit la lumière briller dans ces prunelles et sur l'esquisse d'un sourire.
« - Oui, je voudrais cela en effet. »
