NOOON! Vous ne rêvez pas, la suite est là!

Bon d'abord bonjour, mes enfants! :D

Et sincèrement désolé de cette infernale attente mais ce chapitre était dur, autant pour le contenu que pour les sentiments. Mais là, je suis pas mal fière de moi, je voulais faire un truc réel parce que ce genre de conneries peut arriver dans la vraie vie et ceux qui n'y croient pas, bah ayez l'esprit ouvert ;D C'était très dur d'écrire ce chapitre, je vous jure, j'ai failli m'arracher les cheveux. Je voulais vous toucher qu'il vous plaise, comme d'habitude mais avant tout, je me suis rappelé que l'histoire devait me plaire à moi, non? :D

Dans ce chapitre, on apprends enfin le passé de Levi, du moins une grosse partie! Si l'histoire ne vous plaît pas, tant pis, ça faisait très longtemps que je voulais faire un truc de ce genre. Mais j'espère de tout cœur qu'il va vous plaire!

Je n'ai pas corrigé ce chapitre parce que je n'ai pas le temps parce que voyez-vous demain, JE PARS VOIR LOWELIE! Eh oui, on va se rencontrer, et j'ai trop hâte de la voir! Je stresse aussi beaucoup, je suis du genre timide et on ne s'est jamais vues en vrai, je vous dis pas la pression! -.- Merci de prendre la peine de lire ce chapitre, la suite, la semaine prochaine (si possible) ^^


C'était un cauchemar. C'était trop brutal, trop soudain.

J'étais complètement désemparé. Il n'y avait pas d'autre mot. Ma vision s'était rétracté d'un seul coup, je ne voyais que cette femme, elle grossissait et envahissait tout l'espace. Je n'entendais rien mis à part un bourdonnement mais en même temps, j'entendais le moindre petit bruit, même le plus imperceptible. Ma gorge était étroitement serré et mes mains devenaient tremblaient légèrement suite au choc et à la nervosité. J'étais si tendu que j'aurais pu partir en courant, comme un voleur mais la triste vérité, c'est que j'étais dans l'incapacité de faire bouger mes jambes qui semblaient s'être soudés au sol impeccable de l'hôtel. J'avais mal, très mal au ventre. Mon estomac me tiraillait mais pourtant je n'éprouvais pas l'envie de vomir, bien que le sentiment n'en était pas très loin.

Je la regardais fixement, tanguant un peu. Mes pieds étaient scotchés mais ça n'empêchait pas mon corps de basculer tellement le mal de crâne s'intensifiait, me broyant le peu de conscience que je possédais. Impossible de réfléchir ni de parler. J'avais besoin d'un temps minimum pour assimiler le fait que la femme de l'homme envers qui, je venais de prendre conscience de mes réels sentiments pour lui, se trouvait sur le pas de la porte et qu'elle était déterminé à mettre les pieds dans le plat, sans envisager de faire machine-arrière. Une vague seconde, je me demandais si Sam avait éprouvé cette sensation que tout voler en éclats, que désormais, le rêve était terminé et que la réalité était à la porte.

Je la voyais de près la réalité désormais.

Pourquoi maintenant? Alors que je pensais à Levi plus que jamais. Que mon cœur ne voulait pas se calmer? Que je venais de prendre conscience d'une chose très important qui pourrait définitivement me détruire? Que je me rendais compte que je l'aimais. C'était une sorte de punition où simplement l'ironie du sort?

Levi...

Je n'étais pas le seul à être troublé. J'observais cette femme, perdu et je pus constater que malgré l'assurance qu'elle affichait, derrière il y avait une femme aussi paumé que moi. Elle tremblait mais c'était presque invisible et surtout, elle mordillait très fort sa lèvre inférieure, si fort que je ne craignais qu'elle ne la déchire et que sang macule ses lèvres fines. Elle était aussi mal à l'aise que moi j'étais en état de choc. Visiblement, elle avait beau eu s'être préparé à ça, ce n'était pas assez. Je le savais plus que quiconque. On ne pouvait pas être préparé correctement à ça, c'était impossible. Je la regardais encore et encore mais il y avait un truc qui m'était anormalement familier et qui me gênait. Je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.

J'étais si occupé à la regarder comme si elle était un mauvais présage (à mes yeux, elle l'était réellement) que je ne me rendais pas compte de ce qui allait suivre. De ce que j'allais devoir affronter. Elle se chargea de me le dire. Elle arborait toujours le même air épuisé et triste, quand elle reprit la parole d'une voix terne:

- Es-ce que je peux entrer?

J'étais sur le point de lui dire qu'elle pouvait bien sûr, vu je n'étais pas chez moi et que par déduction logique, c'était son mari qui payait l'hôtel. Mais c'était une très mauvaise idée. Elle pourrait faire de fausses déductions, des déductions que je comprendrais parfaitement, tant je me mettais à sa place. Après tout, son mari couche... pardon, couchait avec moi et dans la plupart des cas d'adultères, ça se passait dans un hôtel dont le mari payait gracieusement la chambre où il gâcherait son mariage en toute tranquillité. Ça ne s'était pas déroulé comme ça entre Levi et moi, c'était même moins glorieux mais je ne voulais pas empirer les choses, c'était suffisamment dur comme ça. Pour elle comme pour moi.

Pour toute réponse, je m'écartais brusquement en baissant piteusement la tête avant de bredouiller:

- Oui...

On pouvait me traiter de lâche mais est-ce que n'importe quel personne n'aurait pas honte dans une situation comme la mienne? J'avais trop honte pour la regarder dans les yeux. Je me sentais comme un parfait connard même si certains détails m'avait été omis, je n'en n'étais pas moins responsable. Je m'étais jeté dans les bras de Levi sans réfléchir une seconde aux conséquences que ça pourrait entraîner. C'était aussi de ma faute.

Je la laissais entrer dans la chambre, qui moins d'une heure auparavant, avait été témoin d'une scène ambigu entre Levi et moi. Il y a moins d'une heure, j'étais allongé sur ce lit, dans les bras de Levi alors qu'il me touchait avec une douceur inégalé et là, je faisais face à son épouse, triste et un peu amorphe. J'étais si serein, si bien dans ma bulle, une bulle qui était bel et bien crevée. Je la dévisageais, les battements de mon rythme cardiaque résonnant dans mes oreilles. Qu'est-ce qui s'était passé? Comment on en était arrivés là? Comment j'en étais arrivé là? M'éprendre d'un homme appartenant à quelqu'un d'autre?

Elle jaugeait la pièce autour d'elle, les bras croisés. Elle avait l'air si détaché, calme. Elle faisait défaut à cette pièce qui me paraissait chaleureuse quelques heures plus tôt et qui, était aussi glaciale que la glace maintenant. Moi, je priais en silence, comme le pauvre minable que j'étais, en tournant en boucle une question, dans mon fort intérieur.

Où es-tu Levi?

Quelque part, j'espérais vainement que Levi viendrait me sauver, comme il l'avait fait hier soir. Les situations étaient différentes mais d'un certain sens, similaires. J'étais la princesse sans défense, mise en face de problèmes. Lydia était la méchante sorcière maléfique et Levi serait le chevalier qui viendrait me tirer de là. Il m'emmènerait loin d'ici, en me promettant de rester auprès de moi pour toujours. Mais Levi était à la sorcière maléfique, dans mon conte à moi, la princesse ne gagnait pas. C'est dingue, je comptais sur lui pour me sortir de là. Je devais me faire une raison: il n'apparaîtrait pas. Et c'était à moi de régler ce problème. C'était à moi de le faire et à personne d'autre.

Je devais prendre en charge ce que j'avais moi-même causé.

Lydia se dirigea vers la grande table, là où son mec m'avait carrément traité de pute, et se retourna vers moi, en me souriant. Mais son sourire n'atteignait pas ses yeux. Ils étaient vides, éteints. Je déglutis et attendais qu'elle amorce le mouvement, la première. Je ressemblais à un enfant, en attente d'être grondé et d'être puni pour une grosse bêtise. Je me conduisais comme un enfant aussi. Vouloir ce que je ne pouvais pas avoir. J'étais capricieux, j'étais difficile. Cependant, j'acceptais ma punition, qu'elle quel soit. Silencieusement, elle m'incita à la rejoindre. Il fallait mieux ne pas rester debout à mon avis. Je m'avançais droit devant, sans la regarder et vint saisir la chaise en face d'elle. Elle s'assit et j'en fis de même. Tout ça, dans le plus grand silence, c'était des gestes mécaniques. On était deux robots, réalisant de simples gestes banals.

La pression s'accumulait de plus en plus. Tout mon corps était lourd malgré l'état d'alerte dans laquelle j'étais plongé. J'étais fatigué mais réveillé plus que jamais. Je crois même qu'il me serait inenvisageable de trouver le sommeil pour les prochains jours. A cause de Lydia mais surtout à cause de Levi. Penser à lui me réchauffait le cœur et j'avais une très forte envie de demander à Lydia de me l'arracher d'un coup sec. Je ne voulais pas ressentir ça. Pour personne et encore moins pour lui, ce sale menteur qui a le don de me retourner le cerveau avec un seul regard. Je ne veux pas l'aimer. Mais de toute évidence, c'était trop tard.

J'attendais que Lydia ouvre le bal, c'était à elle de commencer la partie. C'était elle qui était venue, et moi, je ne sentais pas capable d'articuler un mot, ne serait-ce qu'un petit bonjour. Et puis, qu'est-ce que je peux dire? Je doute que les femmes trompés ont besoin de parler de tout et de rien, de la pluie et du beau temps avec l'amant de leurs maris. Et Lydia n'échappait pas à la règle. Je serais profondément dégueulasse si je lui sortais un truc du style "Bonjour, comment allez-vous ce matin? La top forme? Moi, je sais pas trop, je viens de me rendre compte que j'aimais votre mari, qu'est-ce que je devrais faire? Vous auriez un conseil à me donner?" Autant préparer mes bagages pour l'Enfer, que je finirais par rejoindre de toute manière. Inutile de se voiler la face: j'ai couché avec Levi et elle sait très bien. Aucune formule de politesse ne pourrait réparer ça.

Les minutes défilaient sans qu'un mot ne soit prononcé entre nous. Lydia ne me regardait même pas, elle lorgnait un point fixe sur la table. Ses lèvres tremblaient toujours. J'en profitais pour mieux la détailler. C'était une très belle femme. Je le réalisais. Ses cheveux étaient presque aussi noires que ceux de Levi. Son teint était mat, ce qui renforçait le bleu cristal de son regard. Elle avait une jolie silhouette, élancé et distingué. C'était le genre de femme qui hantait nos rêves. La femme parfaite par excellence. Je me souvenais de ses paroles le soir fatidique de notre rencontre. Douce et gentille. Horriblement gentille. Elle correspondait parfaitement bien à Levi. Mis à part pour le caractère, néanmoins. C'était même troublant qu'il ne l'ait pas déjà bouffé.

Elle était magnifique mais là, elle se rapprochait plus d'une poupée de chiffon. Elle était fade et pâle. Elle maintenait sa tête dans ses deux mains, posés sur la table. J'attendais. J'attendais patiemment. L'anxiété était épouvantable. Et mon mal de ventre empirait, j'avais envie de me plier en deux et de me rouler en boule. C'était moi qui lui avais fait ça. J'avais fait d'elle une poupée sans vie, morne et sans couleur. Il y a quelques temps, elle avait causé tant de souffrance en moi, par sa simple existence et aujourd'hui, c'était la mienne qui lui gâchait sa vie. Je la détestais parce qu'elle était la femme de Levi tout comme elle me détestait parce que j'étais l'amant de Levi. Et pourtant, je la comprenais plus que quiconque sur cette terre. Tout s'écroulait autour d'elle, tout comme ça l'avait fait pour moi. Je compris alors pourquoi elle me semblait familière.

C'était moi que je voyais. Cette femme, c'était moi, quelques temps à peine.

Et j'étais véritablement Sam.

Est-ce que j'avais l'air si détruit? Est-ce que j'avais l'air sur le point de m'effondrer comme elle? Avais-je l'air de ressembler à un cadavre ambulant comme elle? Étais-je en réalité plus fragile que je ne laissais paraître?

Je ne pouvais m'empêcher de voir l'ironie de la situation. Entre Levi et moi, c'était terminé. Plus de sexe ni rien et voilà que sa femme se mettait à entrer en scène alors qu'il n'y avait plus à voir. Mais ce qui c'était passé plus tôt, avec lui, me remplissait de doutes. Je ne le comprenais, je ne savais pas ce qu'il voulait. Mais moi, je savais ce que je voulais et ce n'était pas ça.

Elle se redressa et elle m'offrit un regard déterminé et sûr. Je me tendis sur ma chaise. C'était une conversation sérieuse que nous allions avoir. Une conversation qui changerait tout. Mais tout n'avait-il pas déjà changé?

- Je ne sais pas quoi dire.

Sa voix monotone, sans aucune émotion résonnait drôlement dans la pièce. Elle rit.

- Qu'est-ce qu'on peut dire dans une situation comme ça? Qu'est-ce qu'on est censé dire à l'homme qui couche avec votre mari? Tu sais, j'ai imaginé cette discussion beaucoup de fois, en venant ici. Je m'imaginais ce que je pourrais où ce que je pourrais faire. Je pensais savoir quoi dire quand je suis arrivé devant cette porte. Mais au final, tout ce que j'avais sur la langue s'est dissipé quand je t'ai vu ouvrir. Je pense qu'une part de moi espérait encore que je me trompais. Que c'était pas possible.

Je la laissais parler. C'était tout ce que je pouvais faire, tout ce que je pouvais lui offrir. Mais au fur et mesure de ses paroles, mon cœur se serrait irrévocablement. Il se brisait au son de sa voix qui s'éteignait peu à peu. Elle passa sa main sur son visage et dans ses cheveux avant de soupirer de fatigue.

- Je suis passé par plusieurs stades d'émotions. J'étais très colère, ainsi qu'incroyablement blessé. J'ai été triste, j'ai été perdue, j'ai même rigolé comme une pauvre folle. Et bien sûr, je me suis posé toutes les questions, les plus fréquentes et communes: pourquoi? est-ce de ma faute? es-ce la sienne? qu'est-ce que j'ai fait? qu'avons-nous fait? mais je n'aurais jamais cru avoir autant mal en découvrant la vérité. Je savais qu'il y avait quelqu'un d'autre. Je suis sa femme depuis si longtemps, mais avant ça, j'ai été son amie. Je le connais mieux que quiconque, mieux que lui alors bien sûr que je le savais. C'est l'instinct. Je crois même le savoir depuis le début mais peut-être, qu'au fond de moi, je n'avais pas la force ni le courage de vouloir m'assurer que l'homme que j'aime me fasse une chose pareille.

Je me voyais de plus en plus en elle. Je la distinguais à travers un brouillard mais ses paroles m'écrasaient et me lacéraient la chair pour mieux s'y ancrer. S'y fondre jusqu'au bout.

- Mais je devais savoir. Je m'étais décidé à savoir ce qui allait foutre en l'air mon mariage. Et c'est toi, un garçon qui n'a même pas fini les études.

Il n'y avait aucune méchanceté dans ses paroles. Elle était basse et rauque, comme si elle avait hurlé durant des heures sans s'arrêter une seule fois. Sa voix était atrocement cassé, elle me donnait mal au cœur. Je n'aimais pas le son de sa voix.

- Et le pire, c'est que je ne te hais pas. Je ne te mentirais pas cependant; il y a un moment où j'ai souhaité que tu disparaisse. C'est normal, de souhaiter que la personne qui te vole l'être le plus chère a ton cœur, disparaisse de la surface de la terre. Je l'ai souhaité. Très fort mais certains vœux ne marchent pas, n'est-ce pas? Et je ne m'excuserais pas de l'avoir désiré.

Elle était maître d'elle-même. C'était impressionnant. Je ne savais pas comment elle faisait. Quand j'avais découvert Sam avec Ian, j'avais ruiné tout son appartement. Du sol au plafond, j'avais tout ravagé comme ils avaient ravagés mon cœur. Mais elle, elle était l'exact opposée de moi. Elle parlait avec calme et contrôle, ne laissait pas sa voix monter ni descendre d'un ton, et ses paroles étaient prononcé sans aucune rancœur. Elle était vide. Je parlais avec un cadavre, sans vie ni âme. Lydia disait savoir depuis le début pour lui et moi; si c'était le cas pourquoi elle réagissait comme un fantôme? Mais je suppose que la réalité est toujours plus violent de ce à quoi on s'attends. Était-il possible qu'elle avait espérait secrètement que ça soit faux, qu'elle était paranoïaque et que Levi n'allait pas voir ailleurs? En y repensant, étais-je le seul avec qui, il l'avait trompé? Je crois que je ne pourrais jamais lui pardonner si il avait touché d'autres personnes comme il m'avait touché. Mais Lydia comptait, non?

- J'ai longuement réfléchi. Et j'ai décidé qu'il fallait que tu fasses un choix. Je ne peux pas vivre comme ça plus longtemps, dans le déni et l'illusion. J'en ai assez de faire comme si tout allait bien. Je veux que tu fasses le bon choix, pour toi comme pour moi. Je veux que tu renonces définitivement à Levi.

Entendre ça me sortit instantanément de ma torpeur. C'était comme se réveiller après un long cauchemar pour en retomber dans un encore pire. Mon cœur révulsait au point de se déchirer. Ma poitrine me faisait mal. Non, je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas. Mais n'étais-ce pas ce que j'avais déjà fait en laissant Levi partir? Il avait choisi Lydia, je croyais cette histoire terminé jusqu'à ce matin. Je ne voulais pas y être confronté une nouvelle fois, je ne pourrais pas le supporter, c'était trop dur. Je me souvenais de ces semaines où je n'étais qu'une pâle coquille vide, une représentation fade de ce que j'avais été. La cicatrice n'était pas refermé et voilà qu'une deuxième se préparait sournoisement. Pas encore.

Je sursautais quand elle ouvrit la bouche encore une fois:

- Ah, ça va être plus difficile apparemment. Je peux le voir en toi. On peut facilement lire tes pensées, tu sais? sourit-elle sans réellement sourire. Tu ne veux pas le quitter, pas vrai?

J'aurais pu ouvrir la bouche et lui dire qu'en vérité, c'était déjà fini. Levi m'avait quitté mais quelque chose me disait de le garder pour moi. Je ne savais pas ce que je voulais faire. Je voulais Levi mais je voulais aussi ne plus le voir. Je jouais sur deux tableaux et la corde était trop raide. Je ne sais pas ce que je veux ni ce que je compte faire. Prendre le risque de miser sur Levi alors que j'ignorais tout de lui? Il n'avait même pas voulu me dire quel genre de boulot il faisait pour posséder une limousine. Je ne savais rien de lui. Je ne pouvais pas faire un choix en étant aveugle.

Alors je demandais:

- Parlez-moi de lui. Et de vous deux. De votre mariage, s'il vous plaît.

Le ton de ma voix ne laissait place à aucun doute ni réplication. J'en avais assez, j'étais à bout. Si je dois choisir de quitter l'homme dont je venais tout juste de tomber amoureux, je devais avoir une excellente raison. Je devais avoir toutes les cartes dans ma manche.

Lydia m'observa d'abord pendant une ou deux minutes, dans le silence. Je voyais qu'elle réfléchissait. Elle se tâtait, cherchant à deviner si elle pouvait me parler où pas. De toute évidence, c'était quelque chose qui valait le coup d'attendre pendant au moins cinq bonnes minutes. Elle me défiait du regard. Je ne me rétracterais pas si c'est qu'elle cherchait à savoir. Trop de choses étaient en choses pour que je continue à avancer dans le noir. Il était temps de trouver le bout du tunnel, plus que temps. Finalement, elle abdiqua. Elle n'avait guère la possibilité de me refuser quoique ce soit. Si elle voulait que je m'efface, elle devait me dire pourquoi. Qu'est-ce qui pourrait me pousser à tirer une croix sur la personne qui a bouleversé mon existence? Mis a part le fait qu'il soit un connard de menteur. Pardon, je ne l'avais pas demandé, si je reprends ses dires.

- Tu ne vas pas me faciliter la tâche, hein? Bien, d'accord. Ouvre bien grand tes oreilles. Je vais te parler de lui. De nous. De notre vie et de notre passé. Si ça peut t'aider à faire le bon choix, soit, ça ne me dérange pas. Par contre, Levi entrera dans une colère noire si jamais il apprend ce que je compte te dévoiler. Notre passé est quelque chose d'extrêmement sensible chez lui. Peut-être son seul point faible. Mais je serais hypocrite si je disais que ça m'inquiète. A vrai dire, je n'en n'ai rien à faire de ce qu'il veut pour le moment. Il m'a menti, il me doit bien ça. Néanmoins, je garderais certains détails pour moi. Tu ne m'en voudras pas, hein? Je veux être la seule qui puisse tout savoir sur lui, pour le garder rien que pour moi.

- Avant, je... j'aimerais savoir comment vous avez su que nous étions ici? Et vu que vous êtes honnête, je le serais à mon tour. C'est fini entre votre mari et moi, enfin c'est que je croyais. J'ignorais qu'il était marié, je l'ai l'appris le soir où je vous ai rencontré. Ça n'excuse rien mais c'est donnant-donnant, hein? Mais j'en ai marre d'être pris pour le dindon de la farce.

- C'est drôle, moi aussi. Aaah, Levi ne t'a rien dit sur lui, pas vrai? Il a toujours été comme ça. Pour répondre à ta première question, avant tout, sache que Levi est le propriétaire de cet hôtel.

J'ai cru que mes yeux allaient sortir de ma tête. Je crus défaillir. QUOI? Il est le propriétaire de cet endroit? Mais... mais... Ça explique le luxe dont il a toujours fait preuve. Je pensais que c'était un mafieux, qu'il finirait par en avoir marre de moi et qu'il me découperait en morceaux avant de jeter mes rester dans une boîte destiné à l'océan. C'était bien moins palpitant et moins inquiétant. Mais posséder un hôtel tout entier... Qu'est-ce qu'il faisait comme boulot pour se permettre tout ça? Je ne savais pas quoi penser, j'étais déjà paumé alors que la véritable histoire n'avait pas encore débuté. Je baissais la tête, confus. C'était dérangeant d'entendre ça de la bouche de Lydia. J'aurais préféré l'entendre de sa bouche à lui. Mais pas sûr qu'il se serait confié, même elle, admettait que Levi est un homme très secret.

- Ne vas pas t'imaginer que c'est un mec puissant qui contrôle tout le pays. En réalité, cet hôtel, il l'a hérité de ses grands-parents. De son grand-père plus précisément, il lui a légué tout l'hôtel ainsi que la résidence principale familiale chez laquelle, nous vivons lui et moi. Pour autant, ce n'est pas spécialement un homme riche. Enfin, pas plus qu'un autre. Certes, il gagne beaucoup grâce à l'hôtel mais il travaille en tant que PD-G dans une entreprise d'agence immobilière. Il n'aime pas plus ce boulot qu'un autre mais il est doué dans ce qu'il fait. C'est un homme au sens aiguisé des affaires, un vrai requin. C'est pratiquement lui qui maintient l'agence à flots.

Pause.

- Mais pour finir de répondre entièrement à ta question, comme je te l'ai dis, je savais que Levi avait une liaison. Je pensais qu'il était suffisamment intelligent pour ne pas amener sa maîtresse ici, mais visiblement, quelque chose l'a perturbé au point qu'il n'a pas pris le temps de réfléchir. Il ne fait jamais d'erreur comme ça.

Impossible de louper son sous-entendu. J'étais la chose qui l'avait perturbé.

- J'ai quelques amies qui travaillent dans l'hôtel. Hier soir, l'une d'entre elle m'a appelé très tard pour me dire qu'elle avait aperçu Levi entrer dans une chambre tenant une personne dans ses bras. Elle m'en a tout de suite informé. L'amitié est précieuse, tu ne trouves pas? Les amies passent avant tout. Y compris le patron.

Cette explication était si bête, dénuée de tout détail hors du commun, que j'en été presque blessé. Notre histoire à Levi et à moi me semblait bien plus importante et plus incroyable qu'une simple histoire d'adultère. Mais tout était commun dans la vie, ce qui pouvait me paraître extraordinaire, pouvait être si banal aux yeux d'un autre que moi.

- Le reste est pareille à tout autre histoire: je suis venue dès que j'ai pu, bien que je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Je fermais les yeux et je le voyais, lui, en train de caresser une autre que moi. Mais dans ton cas, c'est un autre qu'il faut dire. Tu sais, je ne suis pas surprise que tu sois son amant. Que ça soit toi, parmi les milliards d'autres possibilités. Tu me paraissais même, la plus probable.

J'allais l'interrompre pour lui poser une nouvelle question mais elle m'intima d'un geste de patienter.

- Plus tard. Je t'expliquerais ça plus tard. Bref, je suis venue ici pour confronter mon mari et sa maîtresse. Mais quand je suis arrivé devant l'hôtel, je l'ai vu en sortir tout seul. Je t'avoue que de le voir là, ça m'a fait un coup de massue. La vieille rengaine: on sait mais nous refusons toujours de l'admettre. J'ai failli me décourager où le rattraper pour exiger enfin des réponses. Mais j'ai pensé à toi, ma mystérieuse rivale. Je pensais que ça serait plus amusant de te surprendre, , je suis entrée et je me suis dirigé directement ici. C'est l'une des chambres préférés de Levi. Je savais que si il y avait une minuscule chance que tu sois encore là, c'est ici que tu serais et non ailleurs. Il te traite différemment, il te traite presque comme moi. Je l'ai su quand j'ai appris qu'il tenait quelqu'un dans ses bras. Il n'est pas du type à porter où toucher n'importe qui. La suite, tu la connais.

Une fraction de seconde, je crus fondre sur place comme une glace quand elle dit qu'il me traitait différemment. C'était sa femme, c'était donc vrai. Elle l'avait dit qu'elle le connaissait mieux que personne, elle ne pouvait pas se tromper. Il me traitait différemment des autres. Ba-boum. Battement de cœur qui devint très vite raté quand je me rappelais sa phrase suivante: il te traite presque comme moi. Retour brutal sur terre. Je n'aurais pas décollé longtemps avant de me crasher comme une crêpe. Avec Levi, j'ai la nette impression de vivre réellement sur des montages russes.

- Maintenant... maintenant, ce que je vais te dire, ça ne va peut-être en rien t'aider dans ta décision. Je suis même sûre que tu n'en seras pas plus fixé mais tu veux connaitre notre histoire et notre passé, alors... oui, tu dois l'entendre. Si tu comptes t'incruster pour de bon dans notre vie, tu finiras par tout savoir, de toute manière. J'ai dit notre passé, parce que c'est Levi et moi depuis toujours. Je le connais depuis l'enfance, quand on était en primaire. Alors oui, c'est bien notre passé.

Sans m'en apercevoir, je m'étais recroquevillé sur ma chaise. Lydia allait me parler de Levi. Et de leur histoire. Bien que je n'étais pas très chaud à l'idée d'entendre leur fabuleuse histoire d'amour, c'était plus fort contre moi, contre ma volonté d'une certaine façon. Je savais que j'allais avoir mal mais j'acceptais quand même la douleur en approche. Mais j'étais prêt à entendre ça? Et si j'apprenais que Levi était amoureux d'elle? Que je n'étais qu'une façon de tuer sa routine ennuyeuse? Ça serait pire que tout, surtout maintenant alors qu'il comptait plus que n'importe quoi dans ma vie. Ce n'était pas anodin. Ce qu'elle allait me dire. Ce n'était pas anodin. On ne devient pas encore plus renfermée et distante si ce sujet n'était pas important.

- Levi est... il est compliqué. Depuis que je le connais, il a toujours été compliqué. C'est le mot qui lui correspond le mieux plus que n'importe quel. Il est distant, froid, indifférent et parfois, j'ai la sensation qu'il n'éprouve rien du tout. Comme si il n'avait pas de cœur. Mais ce n'est qu'une vive sensation parce qu'en réalité, Levi n'est cruel que quan- tu sais quoi, c'est un détail que je vais garder pour moi, si tu le veux bien. Je ne veux pas te donner des mauvaises raisons.

Je ne lui dis rien. Je me contentais d'écouter avec attention.

- Mais quand tu grattes à la surface, tu vois qu'il n'est pas si méchant que ça. Tu as dû voir ses différentes facettes, n'est-ce pas? Il est lunatique par moments, il change d'humeur sans prévenir, même après des années de mariages, je ne sais jamais à quoi m'attendre. Il me surprend toujours. Il n'a vécu aucun moment traumatisant, tu sais. Il n'y a eu aucun événement qui a fait naître une tel personnalité. Aucun accident, ni d'enfance difficile. Il a vécu avec ses parents. Ils n'étaient jamais là, ils travaillaient souvent mais dans notre monde aujourd'hui, la plupart des parents ne laissent t-ils pas leurs enfants seuls? Il était plus proche de ses grands-parents, suite aux absences répétés de sa mère et de son père. D'où l'héritage. Je crois qu'ils culpabilisaient à la place de leurs enfants. Ils craignaient pour le sentiment de solitude de leur unique petit-fils. Mais il n'était pas malheureux. Il était Levi.

J'essayais de le cacher mais intérieurement, j'étais en émoi d'entendre enfin quelque chose de concret sur Levi. C'était très important à mes yeux. Lydia parlait de son enfance comme si ce n'était rien mais c'était tout pour moi. Rien n'était commun quand Levi était touché, de près où de loin.

- C'est comme ça que je l'ai rencontré. Mes parents étaient des voisins de ses grands-parents. Quand je regardais par la fenêtre, je voyais toujours un petit garçon tout seul, devant la résidence. Il était là tous les jours et il ne bougeait pas du trottoir, il avait l'air d'attendre quelque chose de spécifique. Aujourd'hui, je me plais encore à penser, que c'était moi qu'il attendait. Mais peut-être suis-je trop présomptueuse. En bref, je l'ai abordé et après ça je ne l'ai plus quitté. Pas une seule fois. C'est peut-être court et pas assez précis pour toi mais je t'avais prévenu que je ne te dirais pas tout. Je veux garder cette rencontre pour moi toute seule. On a passé toute notre enfance tous les deux. Au début, j'avais cru m'être trompé sur son compte; je le trouvais bizarre et il me faisait un peu peur. Il dégageait cette espèce d'aura déjà dès notre plus jeune âge.

Bien sûr que je comprenais ce qu'elle voulait dire. Je l'avais moi-même ressenti cette aura unique qu'il émanait de lui. Puissante et envoûtante mais effrayante et bouleversante également. C'était ça qui m'attirait le plus chez lui.

- Il était mon ami. J'étais la sienne. On s'entendait bien. Il ne parlait jamais mais il m'écoutait attentivement, même les choses les plus idiotes que je disais, il les é crois que je comblais le manque en lui. C'était Levi et moi. Juste lui et moi.

Elle répétait ce mot plus pour elle que pour moi. Ça se voyait à son regard. fragile.

- Notre mariage ne s'est pas fait comme dans un conte de fée. Non, ça aurait été trop facile. J'aimais Levi mais comme n'importe quel fille adolescente. J'étais amoureuse de lui mais pas assez pour m'imaginer faire ma vie avec lui. Quand à lui, j'ignorais tous de ses sentiments. C'était comme ça entre nous deux, ça n'était jamais assez. Et puis...

Je retenais mon souffle. Elle releva ses yeux brillants vers moi.

- Il y a eu le troisième garçon, Aaron. Elle rebaissa la tête et rit tout doucement. Il y a toujours un autre garçon.

Aaron. Je ne savais pas comment ni pourquoi mais je sentais que toute l'histoire de Lydia et de Levi tournait autour de lui. Il était la source, le centre, le point de départ et d'arrivé. C'était lui qui avait provoqué tout ça, c'en était impossible autrement. Lydia avait raison: il y a toujours un autre mec. Pourquoi, il faut toujours un autre mec (où une autre fille)? Il n'y a donc aucune preuve d'originalité dans ce monde qu'est le nôtre? Où était-ce plus amusant de faire vivre et revivre l'histoire la plus vieille du monde? J'eus peur un instant d'entendre une histoire similaire à celle de Ian et moi mais au vu de ses doigts qui tremblaient, non c'était autre chose. Quelque chose de plus dur et d'infiniment plus sombre.

- Aaron, c'était... c'était...

Je croyais qu'elle était sur le point de pleurer mais elle se reprit très vite en soufflant un bon coup.

- Aaron est arrivé lors de la seconde au lycée. Il a tout de suite tapé dans l'œil de tout le monde. Il était beau et incroyablement gentil. Avec un sens de l'humour hors du commun. C'était un véritable petit farceur. C'est à cause de ses pitreries qu'on a fait sa connaissance. Le pauvre avait essayé de piéger Levi avec la traditionnelle poigne électrique. Il ignorait à qui il avait affaire. Levi a pris la deuxième d'Aaron pour la joindre à son autre main là où était placé le dispositif. Avant de les maintenir bien appuyé pendant deux bonnes minutes. Au lieu de s'énerver, il a été épaté de l'instinct dont Levi avait fait preuve. Le lendemain, il était avec nous. Ils nous a lâchés depuis. C'était plus difficile pour Levi. Il n'était pas du genre à se faire des amis, à laisser des gens l'approchaient. J'étais la seule qu'il autorisait. Il suivait constamment Levi au début, il aimait beaucoup le taquiner. Et puis au final, Levi ne faisait plus attention. Il avait intégré Aaron à notre monde. Le toi et moi n'était plus de vigueur mais ça nous importait peu. Aaron comptait énormément pour nous deux. Il était notre Aaron. Il était notre Levi. J'étais leur Lydia.

Le timbre de sa voix s'était brisé.

- Quand nous étions sur le point de terminer le lycée, nous étions quasiment à la fin de notre troisième année, Aaron et moi, on s'est beaucoup rapprochés. Ça s'est fait comme ça, sans aucune raison, sans aucun élément déclencheur. Il n'était plus un ami, je le voyais comme un homme. Je n'avais jamais été aussi proche d'un garçon, même de Levi. C'était beaucoup plus fort, c'était difficile à expliquer. Je pensais tout le temps à lui, il occupait toutes mes pensées et tout le reste passait en second plan. Je suis tombé amoureuse de lui. Profondément amoureuse. Oh, j'aimais toujours Levi mais mes sentiments envers Aaron étaient plus puissants. C'est lui que j'ai choisi. Ça n'a pas perturbé Levi. Je sais qu'il ne me voyait pas de cette manière-là, comme je le voyais avant Aaron. Il a juste mis Aaron en garde: si jamais il me faisait pleurer, il le tuerait. Levi me traitait comme une petite sœur. Je m'étais sentie vexée, c'est horrible de ma part, mais j'aurais aimé qu'il soit un peu plus jaloux de me voir dans les bras d'un autre. Mais ça ne le touchait pas plus que ça. Mais j'étais avec Aaron, c'était tout ce qu'il comptait.

Je suivais l'histoire au fur et à mesure. Le mal de ventre se mettait de nouveau à enfler. C'était douloureux. J'avais un très mauvais sentiment concernant toute cette affaire, un mauvais pressentiment qui ne démordait pas. C'était ce Aaron. La nouvelle équation ajouté au tableau. Une équation facile en apparence mais compliqué à l'intérieur. Elle parlait de ce type au passé. Où était-il désormais? Qu'est-ce qui s'était passé entre ces trois-là? Si ça se trouve, Levi n'avait pas été indifférent à tout ça. Il savait camoufler ses émotions. Lydia devait le savoir. Il s'était clairement passé quelque chose mais quoi?

- Un jour, tout a basculé. Sans prévenir. Tout était normal. Rien ne laissait entrevoir ça. Du jour au lendemain, ma belle histoire avec Aaron s'est transformé en cauchemar. Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas ce qui s'est passé dans sa tête ni dans sa vie. Qu'est-ce qui lui arrivé derrière mon dos. Mais le truc, c'est que tout a changé. Un jour de rien du tout, tout a changé. Absolument tout. Dans sa vie, dans la mienne et dans celle de Levi.

Elle se tut pour me laisser le temps de bien assimiler ce qui allait suivre. A moins qu'elle ne le faisait pour elle.

- Aaron est mort.

Je ne dis rien. J'écoutais toujours mais je ne ressentais rien du tout. C'était comme regarder le journal télévisé. Ça ne me concernait pas alors je n'éprouvais rien. Juste un petit pincement au cœur. Parce que je pensais à toute la peine que Levi avait dû ressentir, si ce Aaron avait vraiment compté pour lui. Mais pour Lydia, ce fut l'effondrement total de prononcer ces mots, pire de les entendre. Elle tremblait violemment, on aurait dit qu'elle était morte de froid.

- Il n'était pas malade. Il n'était pas mourant. Il n'avait aucun ennui avec des gangs ou des hommes violents. C'est juste lui qui a changé. Pour quiconque ne le connaissait pas bien, ils ne se seraient pas rendus compte mais Levi et moi, on a tout de suite remarqué le changement qui s'est opéré en lui. Rien d'alarmant au début. C'était subtil, invisible. Mais ça empiré. Lui qui était si ouvert, si sociale, il est devenu renfermé. Il a cessé ses blagues pourries. Il parlait toujours comme avant mais ça sonnait faux, tel un comédien qui répétait son texte. Son sourire est devenu faux. Ses paroles aussi. Il était là, c'était Aaron mais ce n'était pas Aaron. C'est arrivé si vite, bordel, j'ai rien compris, je n'ai rien saisi! Je ne savais pas ce qu'il arrivait à l'homme que j'aimais. Je voulais l'aider, Levi aussi. Mais il ne cessait de nous rejeter. Il rejetait nos mains, notre aide, il nous rejetait nous. Il nous expulsait de son monde. Au fil des semaines, on ne le voyait plus. Et quand on avait la chance de le voir, il était agressif et violent. Il s'est mis à boire. Beaucoup. Nous n'avons rien pu faire. Nous avons tout fait. Prévenir quelqu'un, prévenir ses parents mais ça n'a eu aucun effet à part le voir se retourner contre nous. Aaron s'est détruit devant nos yeux.

Cette histoire commençait à me retourner le ventre. Je n'aimais pas ça. Ce récit me mettait de plus en plus mal à l'aise, j'étais figé.

- Et un soir, ça a été trop loin. Il a été trop loin. Il nous appelé à trois heures du matin, en pleine nuit. Il nous a demandé de le rejoindre à notre lieu spécial à tous les trois. Tu vois, la forêt qui borde le côté Est de la ville? Si tu longes le sentier et que tu coupe au bout d'un moment en te dirigeant vers le Nord-Ouest , tu tombes sur une falaise. Personne n'y va jamais à cause de rumeurs et de malédictions à la noix. C'était pour ça qu'on s'y rendait, là-bas, c'était notre endroit. Mais cette endroit, c'est devenu le pire lieu que cette terre n'ait jamais porté pour Levi et moi.

J'avais cru que Lydia ne pouvait pas paraître plus brisé mais je me trompais. Je n'oublierais jamais son regard, son sourire triste et ses gestes quand elle me raconta ce qui avait conduit à la mort de la personne qui avait le plus compté pour lui et elle.

- Nous l'avons rejoint aussi vite que possible. Aaron était ivre. Il était bourré à un point qu'il ne marchait plus sans se casser la figure et qu'il parlait à un tas de petites pierres de sa passion pour les libellules. Je ne sais pas si il nous a reconnu où si il a cru que nous étions une hallucination. Je ne serais jamais. Je ne peux pas lui demander. "Vous voilà, les gars! J'ai un pari à vous lancer!" a t-il crié. Aaron aimait le pari mais celui-là était sans aucun doute le pire de tous les temps. Je ne comprenais pas ce qu'il voulait. Des jours sans nouvelles et il m'appelait alors qu'il était ivre mort. Mais c'est quand je l'ai vu se rapprocher du bord de la falaise que j'ai compris. Ce pari. Il s'est arrêté à deux pas du bord avant de nous lancer, avec un grand sourire: "Je vous parie combien que je suis cap' de sauter?" J'ai été muette dans un premier temps. Et l'horreur de la situation m'a sauté à la gorge. Je me suis précipité vers lui mais il a reculé d'un pas. Levi s'est approché peu à peu mais plus discrètement. "Aaron" a dit Levi calmement, trop calmement. Aaron a souri plus franchement. " T'en fais pas Levi, je ne vais pas mourir! Tu vas pas te débarrasser de moi comme ça! Je vais vivre!" Peut-être était-il ironique où peut-être pensait-il réellement s'en sortir. Il n'y avait rien en bas. Moi j'avais peur. J'étais terrifié à l'idée de le perdre. Je l'ai supplié. J'ai pleuré. J'ai hurlé. J'ai appelé à l'aide. Mais je l'avais déjà perdu. Depuis longtemps. Levi avait perdu son calme, c'était la première fois que je le voyais aussi vulnérable. Tu sais pourquoi on avait aussi peur? Qu'il soit bourré ou non, ça n'avait guère d'importance. Aaron le ferait parce que c'était Aaron. Il ne reculait pas devant un pari. Alors il a souri, son premier vrai sourire depuis des semaines et il a dit, il a dit...

Lydia pleurait silencieusement. Des larmes coulaient sur ses joues alors qu'elle cachait ses yeux dans ses mains. Elle hoquetait et sa lèvre inférieure tressautait. Elle ne pouvait pas regarder. Elle était en plein dans les souvenirs. Et moi, je regrettais plus que tout d'avoir demandé à savoir. Je n'aurais jamais entendre pareille histoire sauf dans les livres. Je tremblais aussi et mes yeux me brûlaient douloureusement. Mais je n'arrivais pas à pleurer. Je ne pouvais pas.

- ... "A tout de suite".

Le silence qui suivit fut le plus oppressant de toute ma vie. Ma gorge me picotait, mes mains étaient immobiles mais je sentais des fourmillements partout. J'étais en attente de la fin de l'histoire sauf qu'il n'y avait plus de suspense ni surprise. La fin, aussi tragique soit-elle, était prévisible et c'était sans doute ce point-là qui me bouleversait le plus. Connaître la fin mais ne rien pouvoir faire, à part attendre.

- Et il a sauté.

Mon souffle, jusqu'ici coupé, reprit bruyamment alors que je réalisais ce qui s'était produit. Que je devinais, que je comprenais la tragédie qui s'était déroulé dans leur vie. Qui les avait frappé. C'était banal. Quelqu'un était mort. Ça aurait pu tombé sur n'importe qui. Mais c'était tombé sur eux. La vie est comme ça. J'avais terriblement mal au cœur. J'étais lourd, le poids de cette histoire pesait de toutes ses forces dans mon cœur et dans mon esprit Je ne connaissais pas ce type. Il n'était rien pour moi. Mais il avait été tout pour Levi. Ainsi que pour Lydia. Ce n'était pas arrivé à moi, pour moi c'était horrible à entendre, horrible à croire mais pour eux, c'était bien pire. Cette histoire, c'était la leur et ils ne l'avait toujours pas comprise. Ni résolue. Elle s'était terminé trop vite pour qu'elle puisse être finie. Je tentais d'imaginer un Levi vulnérable. Je repensais à son regard triste de tout à l'heure. Avait-il eu le même regard pour Aaron? Où c'était bien plus pire? Je ne pouvais pas comprendre une tel tragédie, je ne l'avais pas vécue. Ce n'était pas la mienne. Mais en revanche, je savais ce que c'était que l'amitié véritable, proche de l'amour fusionnelle. Il me fallait penser à Armin ou Sasha. Si un truc pareil leur arriver, c'en était terminé de moi. Levi était une partie de mon univers mais l'autre partie était Armin et Sasha. J'imaginais la vie sans eux. Non je ne peux pas. JE NE PEUX PAS! Le concevoir me donnait envie de pleurer pour de bon. J'avais du mal tout à l'heure et maintenant, c'était dur de me retenir de laisser libre court à tout ce chagrin, et cette injustice.

- Je ne me souviens plus de rien après ça. J'étais en trop gros état de choc, je me suis évanouie à l'instant même où je l'ai vu disparaître dans le vie. Je ne l'ai pas vu mourir mais je l'ai vu disparaître. Je suis hanté par son sourire et sa dernière phrase. C'est ancré en moi tout comme le souvenir d'Aaron. Je l'ai aimé, je l'ai aimé plus que tout, plus que Levi. Et il m'avait abandonné. Il m'avait laissé en arrière. Il était parti. Sans moi.

Je ne voulais plus rien entendre. Ses mots me torturaient, me coupaient, m'attaquaient.

- Je suis désolé. Je n'ai pas l'habitude de parler de ça. Je pensais qu'après toutes ces années, j'en serais capable mais ça tue encore de repenser à cet époque, si belle jadis, qui est partie en fumée sans même qu'on sache la raison. Je vais faire bref, je veux clore le sujet"Aaron" le plus vite mais il était nécessaire que tu connaisses cette histoire parce que c'est celle-ci qui a causé notre mariage à Levi et à moi.

Je n'étais pas surpris, je l'avais deviné. Ce nom regorgeait d'un mystère sombre et épais. C'était drôle de penser qu'un seul homme avait bouleversait leur équilibre ainsi que le mien sans le savoir. Aaron avait causé ma perte et il ne connaissait même pas mon existence. Mais je ne savais quoi penser de tout ça.

- Après ça, sans surprise, ça a été une période noire. Pour tout le monde. Je n'arrivais pas à me remettre d'Aaron, son image me collait à la peau, je ne pouvais pas m'en défaire. Quand à Levi, c'était pire dans un certain sens. Il n'a jamais reparlé de ce soir-là mais il y avait quelque chose qui s'était irrévocablement cassé en lui. Il est devenu plus terne, plus froid. Le malheur nous affecte de différentes façons. Lui, c'était autre chose. Mais comme je te l'ai dit, je ne veux plus entrer dans les détails. Pour conclure, Levi m'a demandé de l'épouser trois mois après la mort d'Aaron. Je n'ai pas hésité une seconde. J'ai dit oui. J'ai aimé Aaron, d'un amour si fort que je ne peux me réveiller chaque matin sans penser à lui mais j'aimais aussi Levi. Je ne voulais plus le quitter, je ne voulais pas le perdre à son tour. Je n'ai jamais su pourquoi il m'avait fait cette offre. Pour ne pas que j'affronte la solitude seule où parce qu'il se sentait coupable de ne pas avoir pu sauvé Aaron. Ça m'importait peu, Levi était ce qu'il me restait et j'étais tout ce qui lui restait. Peu importe que sa demande ne gâche que de la pitié. Alors, je l'ai épousé.

Il n'y avait plus que le bruit extérieur qui s'infiltrait dans la pièce.

Voilà, l'histoire était finie. J'étais totalement perdu, en réalité cette histoire ne m'avait pas aidé du tout. J'étais juste beaucoup plus chamboulé et mon mal de ventre était pire que jamais. Je ne me sentais pas bien du tout. J'avais un peu le vertige. Lydia ne me regardait pas vraiment, elle voyait à travers moi. Je n'étais pas pus avancé. De la lumière était apparue dans tout ce noir mais elle était faible et sans aucune utilité. Je ne savais pas quoi en faire. J'aurais préféré me tromper. J'aurais voulu que leur mariage ne repose pas sur une tel tragédie. C'était encore pire que si Levi était amoureux d'elle. Il était évident que leur union ne reposait que sur la culpabilité qu'ils ressentaient depuis si longtemps. Mais ce n'était pas bon du tout pour moi. C'était plus problématique que si de réels sentiments d'amour avaient germés entre eux. Ils étaient enfermés dans un étau, bloqué par un événement malheureux qu'ils ne pouvaient pas surpasser. La culpabilité est parfois plus fort que l'amour. Combien de gens avaient passés leurs vies avec des gens qu'ils n'aimaient juste par pitié? Des centaines. Et Levi était l'un des leurs. Aaah, c'était dur. Quoique je fasse, je n'avais pas la moindre chance de capturer son cœur. Cependant, en avais-je le pouvoir? Tout était incertain et flou.

- Tu l'aimes?

Elle me prit encore au dépourvu avec une autre de ses questions. Cette fois, elle me regardait pour de bon, je n'étais plus transparent. Elle voyait clair en moi. Elle lisait sur mon visage. Je n'osais pas la regarder. A mon tour, je ne la voyais plus. Je me plongeais dans mes pensées pour réfléchir à cette question, qui était sans contexte la pire. Pire que tout le reste.

Levi...

Oui, je l'aime. Bon Dieu, je l'aime, je suis complètement fou de lui! Comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte avant? Comment j'ai pu être con à ce point? Me mentir à moi-même comme un arracheur de dents. Tout le monde avait essayé de me le dire. Armin. Sasha. Sasha l'avait dit; on ne réagit pas comme ça pour un homme qu'on n'aime pas. J'avais eu beaucoup plus mal que pour Ian. Mon cœur n'avait pas été brisé, il avait été arraché de ma poitrine et Levi l'avait gardé sur lui durant tout ce temps. Il a toujours été avec lui. Je pense tout le temps à lui. Il ne quitte jamais mes pensées. Tout mon monde tourne autour de lui. Il avait réussi à gommer tout le reste. Lui et son sourire. Lui et son regard. Lui et ses gestes. Lui et ses mots. Je me liquéfiais à sa vue, j'avais du mal à dormir quand il n'était pas là. Je devenais toute chose quand il était près de moi, je ne réfléchissais plus quand il me touchait. Ses baisers m'obsédaient. Je voulais toujours l'embrasser, le toucher, être avec lui. Depuis qu'il avait fracassé mon univers et ma vie, tout n'était question que de Levi. Il était d'une simplicité enfantine mais il était le plus grand risque de ma vie.

Il n'y avait pas besoin de me poser la question, c'était évident.

J'avais peur de mes sentiments. Peur de ce qu'ils représentaient. Je ne voulais plus avoir mal. Ce n'était pas la cause de Levi et de ce qu'il m'avait fait, c'était surtout à cause de Ian et Sam. La page n'était pas encore totalement tournée. Ma discussion avec Sam m'avait permis d'y voir mieux, une partie de cette histoire s'était achevé mais la partie concernant Ian restait au point mort. La page ne voulait pas se tourner, Ian ne voulait pas le permettre. Pour moi, c'était fini mais pas pour lui. Est-ce que j'étais 100% libre? Levi, lui ne l'était pas du tout. Peut-être que je devais clôturer une bonne fois pour tout, ma relation avec Ian avant même d'envisager une relation avec Levi. Une vraie relation. Mais Lydia était un barrage. Leur mariage était un obstacle de taille. Levi valait-il le coup que je prenne ce risque de me briser le cœur? Il l'avait déjà une fois. Et j'avais encore du mal à me relever. Une deuxième fois serait de trop. Je n'y survivrais pas.

Je ne savais pas quoi faire.

Je ne savais pas quel choix faire.

Me battre pour Levi ou renoncer à lui?

Je regardais Lydia, indécis. J'avais très envie de bouger. Je devenais nerveux. J'aimais bouger pour réfléchir. Ça m'aidait beaucoup, ça me détendait. Ma mère avait toujours vu ça comme un signe d'hyperactivité mais je ne devais pas être le seul quand même. La plupart réfléchissait mieux sous la douche ou dans leur lit, moi c'était en tournant en rond et en marchant de long en large à travers une pièce. Lydia comprit que je n'arrivais pas à choisir, pas tout de suite du moins. C'était trop à encaisser d'un seul coup, je venais à peine de découvrir le passé de Levi. Je n'étais pas à même de donner une réponse mûrement réfléchie maintenant. J'étais trop sous le coup de l'émotion.

- Écoute. Je ne veux pas t'obliger à choisir maintenant. Ni t'influencer d'une quelconque façon, je veux que tu choisisse la meilleure chose pour toi avant tout, ainsi que pour Levi. Je ne sais pas ce qui s'est passé pour que vous vous retrouviez là, tous les deux, si tu dis l'avoir quitté mais je ne veux pas que tu y voies un signe d'encouragement. Ce n'est pas parce que je suis sa femme que je dis ça. C'est en tant que personne, une personne qui ne veut pas que tu souffres.

Lentement, sous la couche de la nervosité, une douce colère montait. Son hypocrisie et sa gentillesse me donnait envie de hurler et de vomir. Elle m'énervait à jouer la pauvre victime, la femme compréhensive qui ne veut que mon bonheur. C'était une menteuse. Il ne fallait pas se voiler la face. Elle aime Levi. Elle disait ça pour elle, pas pour moi. Ce type d'hypocrisie me répugnait. Je déteste les gens comme ça. Ceux qui se font passer pour les gentils qui ne veulent que du bien, qu'ils ne désirent jamais rien. C'est tellement facile de passer pour une fille comme elle, d'attirer de la pitié quand on la blessait où quand on la faisait pleurer. Qu'elle arrête avec ses conneries avant que je n'explose.

- C'est bon, venons en au fait. C'est tout.

Ma voix était plus agressive que je ne l'aurais voulu. Elle en paraissait ébranlé. Quoi? Elle me demandait de renoncer à Levi, elle croyait que j'allais la chouchouter comme lui où quoi? Peu à peu, je retrouvais de mon assurance, de mon aplomb. Les minutes d'apitoiement étaient terminés. Ras-le-bol. Je n'étais pas gentil. Je n'étais pas sympa. J'étais un être humain comme tout le monde. Pas une espèce de femme sortant d'un livre digne d'un conte de fée. On dirait une putain de princesse Disney.

Son regard se durcit à son tour.

- Très bien. Quitte Levi pour de bon.

Je n'arrivais toujours pas à assimiler cette idée.

- Tu sais comment j'ai su qu'il y avait une chance que tu sois mon rival? C'est simple, je n'ai jamais vu quelqu'un aussi anéanti en me voyant. C'était la première fois qu'on se rencontrait et pourtant, tu donnais l'impression qu'un bus venait de te rouler dessus. Tu pensais que je ne verrais pas ton regard haineux envers moi? Je suis peut-être gentille mais pas stupide.

Ohoh, la princesse Disney se transformait en fée Carabosse. Mais en réalité, je savais que c'était parce qu'elle avait mal et qu'elle se sentait menacé. Pourquoi? Levi l'avait déjà choisi. Mon choix n'avait pas d'importance, à vrai dire.

- Je vais passer pour la méchante sans cœur, mais toi, après tout, tu ne vaux guère mieux, non?

Aucune trace de reproche. Elle avait raison de toute façon. Je ne valais pas mieux que Ian. J'étais là, à me révolter alors que j'avais couché avec son Levi.

- Renonce, je t'en prie. Levi est tout ce qu'il me reste. Il est tout ce que j'ai dans la vie. J'ai déjà perdu le premier homme que j'ai vraiment aimé, je peux pas perdre le second. Ne me l'arrache pas. Ne me l'enlève pas. Laisse-le moi.

Sa voix devenait hystérique. Elle devenait folle. Lydia pleurait pour de vrai. Et j'étais de marbre devant ce spectacle irréaliste. Elle prit mes mains dans les siennes et les serra fortement en me regardant droit dans les yeux.

- Laisse-moi rester auprès de lui, Eren. Tu es jeune, tu as la vie devant toi. Moi, je n'ai plus le temps. Il ne me reste que lui. Je n'ai que Levi dans ma vie. Pitié, laisse-moi rester auprès de lui. Abandonne. Laisse-le moi. Je ferais tout ce que tu voudras mais ne le prends pas, je t'en supplie.

Ce n'était pas de la comédie. Levi était toute sa vie. Si je lui enlevais, elle n'en n'aurait plus. Ses doigts fins serraient étroitement les miens, ils tremblaient. Elle était à bout. Supplier ne faisait pas partie de ses plans mais elle était prête à tout pour elle. Absolument à tout. Y compris, supplier comme une femme pathétique. J'observais cette femme qui avait déjà énormément perdu. Est-ce que j'allais réellement lui prendre le peu qu'il lui restait? C'était dur. Trop dur. Tout était embrouillé. Je n'en pouvais plus.

J'aime Levi mais je ne suis pas le seul.

Lydia pleura longtemps. Ses mains tremblantes n'ont pas lâchées les miennes une seule seconde. Elle pleurait, pleurait, pleurait. Et je restais là, à écouter ses sanglots en me demandant comme j'en étais arrivé là. J'étais sur le point de gâcher sa vie où de la sauver. C'était une responsabilité hors norme pour moi, j'étais trop faible et fragile pour l'assumer. Mais je suis resté auprès d'elle. Je ne l'ai pas consolé, je ne l'ai pas réconforté avec des phrases où des mots. Je m'étais contenté d'être là, d'être sa bouée de sauvetage alors qu'elle s'effondrait en morceaux. Je frissonnais quand une goutte d'eau glacé tomba sur mon avant-bras. Des larmes coulaient sans bruits sur mes joues. Lydia ne l'a jamais remarqué. Nous n'étions pas amis mais on se comprenait mieux que personne. C'était de Levi qu'on parlait.


Fais le bon choix.

C'était la dernière chose que Lydia m'a dite avant de s'en aller, une heure plus tôt.

Et maintenant, j'attendais le retour de Levi. Lydia n'avait pas eu le courage d'attendre son retour et de lui parler. Elle avait préféré fuir. Elle n'était pas déterminé à tout affronter, on dirait. Je me mettais à sa place. Pendant longtemps, je n'avais pas voulu affronter Ian. Même aujourd'hui, je ne le souhaitais pas. J'avais fui devant lui deux fois. J'étais un lâche. Elle l'était aussi. Nous n'étions qu'humains. Fuir les problèmes, n'est-ce pas là, le propre des hommes?

J'étais assis sur le lit. Bien droit, les jambes collées, les mains posées sur mes cuisses. Je n'avais jamais été aussi calme. J'étais patient. Serein et tic-tac de l'horloge était plus fort que ma propre respiration. Mon cœur battait normalement, il était presque trop silencieux après toutes ces émotions dans une seule journée. J'étais très fatigué. J'avais encaissé trop de choses. Entre Levi et moi, c'était comme si un bulldozer m'avait écrasé encore et encore. Mais je n'avais pas envie de dormir. Je n'en n'éprouvais pas le besoin. L'adrénaline coulait trop dans mes veines. D'abord parce que Levi ne devrait plus tarder, je savais qu'il reviendrait, Lydia me l'avait même confirmé. Je ne sais comment mais il reviendrait. Pourquoi? Je ne sais pas. Mais je voulais savoir.

Je suis amoureux de Levi. Je me demandais encore j'avais pu tomber amoureux d'un homme pareil. Il n'était pas spécialement gentil ni romantique. Il était lunatique. Il était froid. Il était méchant. Une seconde, il était soucieux de moi et la seconde d'après, il me traitait comme un chien. Il n'avait même pas dit une seule phrase gentille. Je savais juste qu'il me trouvait sexuellement attirant mais mis à part ça. Il aimait mon cul, ça on peut le dire. Mais est-ce qu'il m'aimait, moi? Aimait-il le vrai Eren? C'était frustrant. Il se contredisait tout le temps avec moi. Je pensais qu'il n'en n'avait rien à foutre de ma petite personne mais il prenait le temps pour me sauver d'un vieux pervers détraqué. Bien que Levi était plus pervers... et plus excitant... Non, non, je ne devais pas penser à ça. Ce n'était pas ma faute cependant: ça faisait longtemps que Levi ne m'avait pas touché de cette façon là. Le manque se faisait un peu ressentir.

Et puis ce matin, il avait été si cruel. Il m'avait carrément traité de pute. Et juste après, il a changé de tout au tout. Mais il était clairement affecté par quelque chose. Par moi? J'aimerais que ça soit moi qu'il le bouleverse autant. Avait-il eu peur que je parte? Que je le laisse? C'était trop beau. Je ne pouvais oublier ses yeux, son front contre le mien, la chaleur de sa peau alors qu'il me tenait dans ses bras, d'une façon presque possessive. Comme si il ne voulait pas me laisser repartir. Ses sentiments et ses paroles n'étaient pas en accords. Mais quoiqu'il ressente, ça ne suffisait pas. Les sentiments ne suffisent pas, parfois.

Il avait choisi Lydia. Je ne savais même pas si mon choix comptait à ses yeux. Il m'avait sauvé juste parce qu'il était le genre d'homme incapable de laisser un pauvre inconscient se faire violer. J'en avais appris un peu plus sur lui mais je le trouvais encore trop loin. Il était sur un autre continent, différent du mien. Il reviendrait certainement vers elle, voilà la vérité. Il m'avait aidé, je lui en serais éternellement reconnaissant mais peut-être comptait-il me quitter une fois de plus, une fois qu'il s'assurerait que tout irait bien. Mais je m'en fichais.

J'aurais aimé qu'Armin et Sasha soient là. Je voulais me réconcilier avec Sasha. Je le ferais, une fois sorti d'ici. J'irais la voir et je la retrouverais. Mais ce choix, il n'y avait que moi qui puisse le faire.

Et je l'avais déjà fait.

Je savais ce que j'allais faire.

Il y avait deux catégories de personnes amoureuses: les premiers, aiment tellement la personne désirée, qu'ils sontprêts à tout perdre, à tout faire pour cette personne. Comme accepter qu'elle appartienne à un autre, accepter qu'elle ne nous aime pas. Ne désirer que son bonheur, ne souhaiter rien d'autre à part l'aimer pour la vie. Ils s'effacent. Et les seconds, sont égoïstes. Ils ne peuvent pas supporter de ne pas avoir ce qu'ils souhaitent. Ils sont trop jaloux, trop possessifs. Aimer une personne pour eux signifie tout faire pour qu'elle leur appartienne. Qu'elle soit à eux. Ils ne s'effacent pas. Ils s'incrustent. Ils s'imposent.

Mon point de vue? Je pense que les premiers ne sont que des imbéciles. Ils ne les aiment pas. Si un homme aime vraiment une femme, il ne pourrait pas supporter de la voir sourire avec un autre. Il ne pourrait pas vivre sans elle. Il ne la laisserait pas partir docilement, sans n'avoir rien tenté. Quand on aime une personne, on prend des risques. Tomber amoureux, c'est déjà risqué. Alors autant aller jusqu'au bout. Autant foncer et tout faire. Ne pas réfléchir. Ne pas penser rationnellement. Ne pas reculer. Se battre de tout son être pour avoir ce qu'on veut. On n'a jamais rien sans se battre. On ne sait pas si on risque le train tant qu'on n'a pas couru. Il faut courir. Il faut tout tenter.

La porte s'ouvrit et je bondis sur le lit en voyant Levi entrer.

Tout se figea dans la pièce. Le temps, mon souffle, ma vie.

Mon cœur, calme jusqu'au là prit son tempo infernale, le tempo que seul cet homme pouvait provoquer. Il me mettait à chaque fois dans tous mes états. Tantôt fragile, tantôt fou. Il était Levi. Mais là, le voir m'a permis de réaliser que je prenais le bon choix. Oui, c'était le bon choix, assurément. J'avais envie de rire et de sourire comme un dingue alors qu'il s'approchait de moi, doucement en me fixant droit dans les yeux. J'ai cru me flageoler alors qu'il était sur le point d'être à même de le toucher. J'étais fou. Je ne savais pas ce qui allait se passer ni ce qui pouvait encore nous arriver. Lydia était passé aujourd'hui, les choses étaient officielles. Mais ça ne comptait pas, pas maintenant.

- Eren?

Il m'appela, la voix aussi indifférente que d'habitude mais en penchant légèrement la tête. Il me posait une question silencieuse. Il était magnifique. Je ne lui parlerais pas de Lydia, pas ce soir. Je n'avais pas envie de penser à elle, je n'avais pas envie de le partager, pas tout de suite. Il était trop tôt où trop tard pour elle. Elle était arrivé trop tard. Levi était la réponse. Levi était tout ce que je voulais, tout ce qu'il me fallait pour vivre. C'était lui et rien d'autre. Oui, je savais ce que je comptais faire. Il était temps d'arrêter de m'apitoyer sur mon sort et de parer la prochaine attaque. Il était temps d'attaquer.

Je ne renoncerais pas. Je ne renoncerais plus.

J'inspirais profondément et fermais les yeux.

Je crus défaillir quand son odeur m'effleura.

Je crus devenir fou quand je sentis son souffle sur mon visage.

Je crus tomber dans les vapes alors que je m'apprêtais à me battre pour le truc le plus fou et dangereux de ma vie.

- Je veux un rendez-vous. Je veux un rancard. Pas de sexe, pas de fleurs. Pas de phrases romantiques ni attendrissantes. Je veux un rendez-vous normal, juste toi et moi. Juste toi et moi.

J'allais me battre. Je n'arrêterais pas tant que tout espoir était terminé. Levi avait choisi Lydia mais il était revenu. Peu importe pourquoi. Il était là. C'était plus que suffisant.

J'allais peut-être me planter. Mais tant pis. Tant pis!

Désolé Lydia. Je ne te le laisserais pas. Il est à moi.