« Le temps manque pour tout. »
de Honoré de Balzac

Le lendemain matin Circia ne fût pas réveillée par les quelques rayons de soleil qui filtraient à travers le vieux rideau de la chambre mais par une sensation plutôt désagréable d'être observée. La vélane se frotta les yeux et se redressa doucement avant de pousser un cri d'effroi. Ce n'était pas une sensation, Kreatur l'horrible elfe de maison se tenait dans l'entrebâillement de la porte et la regardait avec un air de dégoût encré sur le visage.

Dans un geste plutôt habile malgré l'heure matinale, la jeune femme attrapa sa baguette et la pointa sur la créature qui poussa un petit rire mesquin.

« Qu'est-ce que tu fais là ? », demanda-t-elle avec véhémence.

« Une hybride dans la chambre du maître Regulus ! Si ma bonne maîtresse voyait ça, que dirait-elle à son fidèle Kreatur ! », cracha t'il en se parlant à lui-même.

L'elfe secoua la tête comme s'il n'arrivait pas à y croire et commença à reculer. Ne voulant pas le laisser partir aussi facilement Circia se leva d'un bond et lui attrapa son bras décharné pour le faire rentrer totalement dans la pièce.

« Tu m'espionnes ? A qui rends-tu des comptes ? Au professeur Rogue ? », le questionna t'elle vigoureusement.

Une fois de plus Kreatur laissa échapper un ricanement mais cette fois ci, il courba le dos et un ton plus mielleux se fit entendre.

« Kreatur ne fait que son devoir, il veille à ce que les invités du maître Sirius ne manquent de rien… »

Circia relâcha sa prise. Elle savait qu'elle ne pourrait rien tirer de ce petit être fourbe et malveillant. La jeune femme soupira et lui fit signe de sortir de la chambre.

L'elfe de maison mima une nouvelle courbette et s'empressa de sortir non sans marmonner comme à son habitude.

« Le maître des potions ne devrait pas s'intéresser à cette femme, c'est une sale hybride, non il ne devrait pas s'intéresser à elle, il vaut beaucoup mieux… »

Le contenu de ses commentaires s'évanouirent rapidement, jusqu'à ce qu'ils deviennent impossible pour Circia de les entendre. Malgré tout, ces dernières phrases lui avaient amplement suffit pour être certaine que Rogue posait des questions à l'elfe sur ce qui se passait au square Grimaud.

La jeune femme se laissa retomber sur le lit. A cet instant elle regretta de s'être montrée si dure à l'égard de Sirius la veille. Il l'avait invité et tout ce qu'elle trouvait à faire c'était de lui lancer tout un tas de reproches. La vie n'avait pas été tendre avec lui et au moment où il retrouvait enfin la liberté, il était de nouveau enfermé dans cette vieille maison avec pour seul compagnie un elfe à moitié fou.

Il était inutile de tenter de se rendormir. Circia décida d'aller prendre une douche puis de descendre à lui cuisine pour se servir une tasse de café.

Une fois chose faîte, la vélane arriva au rez-de-chaussée, habillée d'un jean qu'elle avait jadis trouvé dans une boutique moldu ainsi que d'un simple débardeur rouge, ses longs cheveux mouillés retombant nonchalamment de part et d'autre de son cou.

Circia s'avança silencieusement dans la maison encore endormie et passa la porte de la cuisine. Là elle se rendit compte qu'elle n'était pas la seule à être aussi matinale. Le maître de maison était assis au coin du feu, la tête entre les mains, vraisemblablement pensif. La jeune femme hésita un instant à le déranger et s'appuya contre le montant de la porte pour l'observer.

Son allure semblait refléter son intérieur meurtri. Le dos vouté, il paraissait presque fragile. Se croyant seul il n'était pas utile qu'il affiche cette carapace qu'il s'efforçait d'arborer aux yeux des autres membres de l'ordre. Circia se sentit gênée d'entrée ainsi dans son intimité sans en être invitée. Elle décida donc de signaler sa présence.

« Bonjours… », souffla-t-elle un léger sourire aux lèvres.

Sirius sursauta et se leva brusquement comme s'il venait d'être pris en flagrant délit d'une quelconque infraction.

« Vous êtes déjà debout ? », demanda t'il en s'avançant vers elle.

« Oui, à vrai dire, j'ai reçu une visite pas très agréable de votre elfe de maison, il ferait un très bon espion vous savez. », lâcha-t-elle avec amusement.

Le maître de maison ne sembla pas trouver cela très drôle et fonça les sourcils.

« Si je pouvais me débarrasser de lui, croyez-moi je le ferais sans hésiter, mais il a entendu beaucoup trop de chose pour que je puisse le laisser partir ! », répondit-il dépité. « Oh je manque à tous mes devoirs, vous voulez déjeuner ? J'ai du café, du thé, je peux faire griller quelque toast. Pour avoir mieux il faudra attendre que Molly se lève, elle est particulièrement douée pour les petits déjeunés. », ajouta t'il en s'agitant.
Ce changement soudain de ton tira un rire à la jeune femme.

« Une tasse de café me suffira. Bien qu'étant française je n'aime pas particulièrement manger le matin. », répondit elle en s'asseyant autour de la table.

Sirius acquiesça et d'un coup de baguette magique fit venir à elle une tasse fumante.
Tous deux échangèrent des banalités, chacun prenant soin de ne pas évoquer leur discorde de la veille. Pour autant Circia mourrait d'envie de savoir ce que Rogue était venu faire si tard et pour qu'elle raison il y avait eu des éclats de voix. Même si le maître des potions et Sirius n'étaient pas vraiment en très bon terme, des broutilles ne pouvaient pas justifier une dispute aussi bruyante. Trop curieuse, la jeune femme s'apprêta à lancer le sujet mais un cri de rage se fit entendre à l'étage.

La vélane sursauta violemment, et le contenu de sa tasse s'échappa sur la table en bois. Sirius releva les yeux vers elle et grimaça sans pour autant avoir l'air inquiet.

« Nous devrions peut être aller voir ce qu'il se passe ? », demanda t'elle en commençant à se lever.

L'hôte secoua négativement la tête.

« Mauvaise idée, je suis prêt à parier que c'est une lettre de Poudlard l'informant d'une énième bêtise des jumeaux », répondit-il avec un sourire amusé.

Circia n'avait jamais eu de problème avec Fred et George Weasley. Même s'ils étaient généralement peu attentifs aux cours, ils ne dérangeaient jamais leurs camarades. Bien entendu elle avait eu vent des quatre cent coups qu'ils faisaient subir à Rusard mais elle-même n'en avait jamais fait les frais, et de toute manière ils n'avaient pas intérêt à essayer avec elle car le professeur de sortilège était réputé pour avoir la main plutôt lourde sur les punitions.

La théorie de Sirius s'avéra très rapidement juste. Des pas précipités se firent entendre dans l'escalier, accompagné de cris.

« Cette fois ils ont dépassé les bornes ! Je te jure Arthur je vais les tuer, je vais les tuer tous les deux et à mains nue. Me faire ça à moi ! Et à quelque mois de leur examen final, mais qu'est-ce qu'il peut bien leur passer par la tête ! Je n'ai jamais reçu de hiboux aussi tôt depuis que la tante Nivrea avait jugé bon d'informer toute la famille que son mari n'était qu'un poivreau qui avait quitté le domicile familiale pour aller vivre près d'une sirène rencontré en Guadeloupe ! », hurlait Molly comme une hystérique.

« Molly chérie, calmes toi ! Nous allons les raisonner, ils vont y retourner ! ».

Lorsque Mrs Weasley arriva dans la cuisine, elle était encore en chemise de nuit, le visage rougit par la colère, et tenait une lettre chiffonnée entre ses mains.

« Allons Molly, qu'est ce qui justifie tant de bruit de si bon matin ? », tenta de dédramatiser Sirius.

La mère de famille semblait prête à exploser d'un instant à l'autre. Furieuse elle jeta la lettre sur la table et se laissa tomber sur une des chaises.

« Les jumeaux ont décidé de quitter Poudlard, avant même d'avoir obtenu leur Aspic, ils ont ravagé l'école et se sont enfuit sur leur balai. A l'heure qu'il est personne ne sait où ils sont mais croyez moi je vais les traquer et quand je les tiendrais je leur ferrais regretter d'être venu au monde ! »

Mr Weasley se tenait derrière sa femme, une main qui se voulait rassurante sur son épaule. Lui ne semblait pas aussi en colère que son épouse, au contraire il affichait une mine désespérée, presque résignée.

Circia fit venir une tasse de thé et la tendit à Molly, espérant que cela pourrait la détendre légèrement. Cette dernière bue une gorgée puis posa sa tête entre ses mains.

« Je ne comprends pas, qu'est-ce que j'ai fait de mal, qu'ai-je loupé dans leur éducation pour qu'ils soient aussi irresponsables ? »

Sirius et Circia échangèrent un regard. Ni l'un ni l'autre ne savait quoi dire, cette fois les jumeaux étaient allez trop loin, rien ne pouvait justifier un tel comportement.
Le maître de maison s'éclaircit la gorge et posa une main sur le bras de Mrs Weasley.

« Tu n'y ai pour rien Molly, tes enfants sont des gens biens, certes Fred et George sont un peu…différents mais ils m'ont montré une ou deux de leur invention et c'est du bon boulot, ils sont vraiment doué pour créer des choses. Laisses leur une chance de s'expliquer avant de les tuer. »

Mrs Weasley acquiesça silencieuse d'un signe de tête et essuya les larmes qui s'étaient malencontreusement échappé de ses pupilles.

« Chérie allons-nous habiller, nous passerons au terrier et s'ils n'y sont pas on ira voir au chaudron baveur, ils ne doivent pas être bien loin de toute façon. Sans galion en poche ils ne peuvent rien faire ! »

Tous deux remontèrent se préparer, laissant seul le maître de maison et la vélane, qui ne s'étaient pas attendu à un petit déjeuné aussi surprenant. Circia grimaça. Sans Dumbledore, les élèves étaient à la merci de Dolores Ombrage.

« Ça ne va pas ? », demanda Sirius qui avait remarqué son malaise.

La vélane se passa une main lasse sur le visage, elle ne savait pas comment lui annoncer la décision qu'elle venait de prendre en toute hâte.

« Je m'inquiète pour les élèves. Ombrage à désormais tous les pouvoirs et je pense qu'il doit être difficile pour Minerva de lui tenir tête, elle a surement besoin de soutient…Je ferais mieux de repartir au château… », avoua t'elle en baissant les yeux.

Le maître de maison allait lui en vouloir, lui qui avait prévu de passer un weekend avec elle est les Weasley se retrouvait désormais tout seul. Son visage sembla se décomposer, mais en moins de dix seconde, il parut reprendre contenance.

« Sachez que ça m'embête de l'avouer mais vous avez parfaitement raison, vous devez y retourner, je comprends. », souffla t'il en se levant.

Circia lui adressa un sourire timide et se leva à son tour.

Ses valises furent prête en un rien de temps, n'ayant prévu de rester que deux jours, elle n'avait quasiment rien à ranger mis à part son pyjama et ses vêtements de la veille.

Une fois arrivée devant la porte, la jeune femme ressentit une étrange impression de solitude, la vieille maison semblait plus lugubre que jamais et son cœur se contracta. Elle s'en voulait de laisser son hôte ici, complètement seul. Ce dernier lui ouvrit la porte, un sourire faussement joyeux plaqué sur les lèvres. La vélane hésita un instant, elle l'observa discrètement puis s'approcha de lui.
Délicatement elle vint presser ses lèvres contre sa joue. Ce n'était qu'un simple au revoir mais au fond d'elle-même elle ressentait une étrange impression. Sirius parut surpris mais ne bougea pas.

« Au revoir », souffla-t-elle en passant la porte avant de transplaner.

A peine avait-elle franchit la porte du grand hall, qu'un Peeves plus fou que jamais lui jeta une bombe à eau qui la détrempa jusqu'aux os. S'étant rendu compte de son erreur sur la personne, il disparut en une fraction de seconde.

Jurant comme une charretière, Circia fût encore plus énervée en apercevant le maître des potions, qui sortait de la grande salle, s'amuser de la situation.

« Vous fermez là, ce n'est vraiment pas le moment ! », cracha t'elle en égouttant ses cheveux.

« Evaporem ! », souffla t'il en pointant sa baguette magique sur la jeune femme.

Immédiatement Circia ressentit une intense chaleur, un nuage de fumé se forma autour d'elle et quelque seconde plus tard elle était aussi sèche qu'avant.

Pour seule réponse, la vélane grogna et jeta un regard noir à son collègue. Elle n'avait pas oublié la façon dont il l'avait encore traité la veille, la laissant une fois de plus dans un flou total.

« Les gens civilisés utilisent le mot merci, pour formuler leur gratitude… », rallia-t-il non sans un sourire mesquin aux coins des lèvres.

« Vous étiez bien moins loquasse hier soir quand vous… », la jeune femme n'eut pas le temps de terminer sa phrase, un sifflement agacé la coupa.

Rogue tourna la tête de droite à gauche, vérifiant que personne ne pouvait les entendre.

« Vous ne savez donc pas tenir votre langue ! », maugréa-t-il, visiblement embarrassé et en colère.

La vélane le fixa un instant.

« Décidément je ne vous comprendrais jamais… », cracha t'elle en le bousculant pour se diriger vers la grande salle.

Elle sentit la main de l'homme tenter d'agripper son bras pour la retenir mais d'un geste brusque elle l'en empêcha et ne se retourna pas, bien décidée à l'ignorer totalement.