Chapitre 14

La nouvelle du mariage du Roi d'Erebor se répandit comme une traînée de poudre et bientôt les félicitations affluèrent. Thorïn ne savait plus où donner de la tête, entre les plaisanteries de ses imbéciles de neveux sur son âge et le temps qu'il lui avait fallu pour se caser, les conseils avisés de sa sœur sur le mariage (mon frère, si tu t'avises de faire du mal à cette petite, je te jure que te tue), les préparatifs de la cérémonie, les embarras administratifs dus à la nature non-nanique de la fiancée, et Bella qui passait son temps à pleurer dans les bras de Dis en répétant qu'elle n'aurait jamais dû accepter de l'épouser. La Hobbite était tout simplement terrorisée et il la comprenait un peu, au vu de la complexité des rites Nains. Mais aussi parce que Bella avait honte de paraître devant tout Erebor dans son état. Chacun savait plus ou moins qu'elle ne ressemblait plus vraiment à quoi que ce soit d'identifiable (mais personne n'avait osé émettre de commentaire, de peur d'avoir toute la famille royale en général et Thorïn en particulier sur le dos).
Aussi Thorïn s'apprêtait-il à faire quelque chose qu'il n'aurait jamais fait pour quelqu'un d'autre. Il savait qu'il se mettrait probablement tout le conseil d'Erebor à dos, mais après tout, c'était lui le roi.
Lorsqu'il avait fait part de son idée à Dis, elle l'avait regardé intensément pendant un moment.
- Je suis fière de toi, mon frère, avait-elle lâché.
Cette approbation lui suffisait.

Thorïn signa le message, se relut plusieurs fois, conscient de la gravité de cet acte. Puis il apposa son cachet.
- Alea jacta est, se dit-il.
Il fit appeler Tauriel.
- J'aurais une mission à vous confier.
La jeune Elfe se montra plus qu'enthousiaste lorsqu'il lui révéla son projet. En la regardant partir, Thorïn sentit son coeur se serrer. Il fallait que cela réussisse. Il voulait que cela réussisse. Et pour une fois, il se réjouit que Tauriel fasse désormais partie de sa famille. Lady Tauriel, ambassadrice de Mirkwood à Erebor et épouse du second héritier. Il commençait vraiment à lui trouver de l'utilité.
- Après tout, se dit-il en suivant du regard la chevelure rousse de l'Elfe qui s'enfonçait au galop dans la nuit, Bella n'est pas la seule créature défigurée de la Terre du Milieu.
Il n'avait pas fait part de son plan à la Hobbite. Elle n'aurait pas approuvé de toute façon. Il comptait juste la mettre devant le fait accompli.

Thorïn se trouvait avec sa fiancée lorsque Tauriel revint.
- Lady Tauriel souhaite vous parler, annonça le garde.
- Faites la entrer, s'exclama Thorïn avec enthousiasme.
Bella fronça les sourcils.
- Depuis quand es-tu heureux de voir Tauriel, Thorïn?
Même si elle-même appréciait beaucoup l'Elfe, c'était au delà de sa compréhension.
Thorïn l'embrassa doucement sur les lèvres.
- Depuis qu'elle m'apporte l'espoir pour nous deux.
Tauriel entra, souriante. Thorïn la questionna du regard.
Elle hocha la tête, et si sa nature ne l'avait pas retenu, Thorïn lui aurait bien sauté au cou.
Elle n'était pas seule.

- Vous deviez être vraiment désespéré pour faire appel à moi, Thorïn Oakenshield.
Thorïn grimaça. Lui, par contre...
- Roi Thranduil.
Bella crispa sa main dans la sienne.
- Qu'est-ce qu'il fait ici?
- C'est moi qui lui ait demandé de venir, Azyungâl.
Thranduil s'approcha de sa démarche sinueuse. Thorïn crut qu'il allait avoir le mal de mer.
- Je suis heureux de vous revoir, Belladona Baggins.
Thorïn l'interrompit. Il y avait des limites à ce qu'il pouvait supporter, et Thranduil avait une fâcheuse tendance à les outrepasser allègrement.
- Trève de politesses, Elfe. Pouvez-vous faire quelque chose pour elle, oui ou non?
- Tss, fit l'Elfe en question. Toujours aussi brusque. Elle est dans un état moins grave qu'on ne me l'avait laissé entendre.
- Thorïn, de quoi parle-t-il?
Le Nain prit les mains de la Hobbite dans les siennes.
- Thranduil ici présent, bien que les relations entre nos deux peuples soit fraîches et que j'abhorre ses sourcils (l'Elfe se racla la gorge), a eut la gentillesse d'accepter de te soigner.
Bella ne pouvait en croire ses oreilles. Thorïn avait fait appel à Thranduil. Pour elle. Ce n'était pas possible. Elle ouvrit la bouche, puis la referma. Une boule se forma dans sa gorge.
- T...Thorïn...
- Puis-je la soigner à présent?
- De quoi avez-vous besoin? demanda le Nain.
- C'est un processus très douloureux. Il serait mieux qu'elle dorme.
Thorïn fit signe à Tauriel.
- Tauriel, pourriez-vous aller chez Oïn et rapporter...
- J'y vais.
Thranduil fit un petit geste impatient.
- Ne pourrions nous pas aller dans une chambre ou une pièce avec un lit?
- Mais bien sûr, soupira Thorïn. Cet Elfe l'insupportait. Il n'aurait pas eu besoin de lui qu'il lui aurait déjà sauté à la gorge.
Bella s'allongea sur son lit, la gorge nouée. Elle n'était pas rassurée.
- Thorïn...
- Je suis là, la rassura-t-il. Elle serra sa main dans la sienne.
Tauriel revint avec le somnifère. Bella le but d'une traite. Elle ne cessa pas de regarder Thorïn dans les yeux jusqu'à ce que le sommeil ne l'emporte. Juste avant de sombrer dans les ténèbres, une peur irraisonnée s'empara d'elle.
Et si je ne me réveille jamais?
Mais il était trop tard pour avoir des regrets.
- C'est bon. Elle dort.

Thranduil ferma les yeux et se concentra, passant ses mains au dessus du corps inerte.
- Comment fait-il? demanda Thorïn, curieux, à Tauriel. L'Elfe haussa les épaules.
- C'est de la magie très ancienne.
D'abord il ne se passa rien. Puis Thranduil commença à psalmodier. Thorïn sentit une sueur glacée couler le long de son dos. C'était une incantation lente, venue du fond des âges, dont il ne comprenait pas la langue. Tout juste reconnaissait-il des sonorités indubitablement elfiques. Thorïn pouvait presque sentir la magie vibrer dans l'air.
- Regardez, ça marche, murmura Tauriel.
Thorïn, fasciné, vit les cicatrices s'effacer lentement de la peau de la Hobbite. Il ne put cependant se retenir de se crisper quand les os du nez et des doigts se remirent en place avec un craquement sec.
La mélopée cessa brusquement. Thranduil vacilla. Thorïn vit que des cernes sombres s'étaient creusées sous ses yeux, et que ses jointures étaient blanches. La respiration de l'Elfe était sifflante. On aurait dit qu'il n'avait pas dormi depuis des semaines.
- J'ai fini, marmonna-t-il d'une voix rauque de fatigue. Il vaut mieux la laisser se réveiller seule à présent.
Thorïn fit glisser un doigt tremblant le long de la joue à nouveau lisse de Bella. Il revoyait à présent la jeune Hobbite qui lui avait ouvert sa porte un soir, dans la Comté.
- C'est incroyable.
- Vous m'aviez promis quelque chose en échange, Oakenshield.
Thorïn fit face au roi elfique. Le teint grisâtre, il s'appuyait contre le mur.
- Soit, grinça Thorïn. Un membre de la lignée de Durïn tient toujours ses promesses.
Il mit la main dans sa poche et en sortit l'objet de la convoitise de l'Elfe.
- L'Arkensone.
Thorïn observa son reflet dans la pierre. Elle lui semblait perdre son éclat de jour en jour. Comment avait-il pu perdre la raison pour elle?
Il la tendit au roi de Mirkwood. Curieusement, ce geste ne lui coûta rien. Il se sentait même mieux.
- Je paye toujours mes dettes.
L'Elfe tendit la main, ses doigts errants au dessus de la pierre, les yeux fixés sur les reflets changeants du joyau.
Puis il retira brusquement sa main. Un sourire étrange se dessina sur sa figure. Presque admiratif.
- Gardez-la.
Thorïn n'en croyait pas ses oreilles.
- Je voulait savoir jusqu'où vous étiez capable d'aller pour sauver la Semie-Homme, Thorïn Oakenshield. Vous avez réagi au-delà de mes espérances.
Thorïn se raidit, s'attendant à un coup fourré.
- Que voulez-vous en remerciement?
Le sourire de l'Elfe s'accentua.
- Considérez cela comme un...cadeau de mariage pour la future reine d'Erebor.

Bella rouvrit doucement les yeux. Elle se sentait merveilleusement bien. Un instant, elle ne se rappela plus où elle était. Et puis elle se souvint. La première chose qu'elle remarqua fut qu'elle voyait. Avec ses deux yeux. Elle porta instinctivement ses mains à son visage, s'attendant à y trouver les cicatrices.
Rien.
Sa peau était aussi lisse que celle d'un nouveau-né. Elle observa ses mains. Ses doigts étaient de nouveau droits. Pas une seule trace de blessure sur ses bras.
- Tu es guérie, Azyungâl.
Thorïn était là, appuyé sur le chambranle de la porte. Il s'approcha et s'assit sur le lit.
- Il m'en coûte de le dire, mais ce maudit Elfe a fait du bon travail.
Il prit son visage en coupe dans ses mains.
- Je retrouve ma Bella.
- Thorïn, je voudrais...voir.
Sa voix tremblait. Le Nain lui tendit un miroir en souriant.
Bella ferma les yeux et l'éleva face à sa figure. Puis elle prit une grande inspiration et rouvrit les paupières.
Elle eut un choc. Elle reconnaissait ce visage.
C'était bien le sien. Moins rond et plus creusé, certes, mais elle reconnaissait les taches de rousseur, le petit nez et la bouche délicate.
Je suis de nouveau moi.
Même ses cheveux avaient repoussé et lui balayaient désormais les épaules. Elle en saisit une mêche et la fit rouler entre ses doigts. Une larme de joie coula sur sa joue.
Thorïn enlaça sa taille et posa son menton sur son épaule. Puis il entreprit de lui tresser les cheveux.
- Qu'est-ce que tu fais?
Le tressage était quelque chose de très intime et important dans la tradition Naine.
- Maintenant qu'ils sont assez longs, tu peux porter les tresses de la lignées de Durïn.
Il accrocha une petite boucle d'acier richement sculptée au bout de la tresse et se recula pour observer son oeuvre.
- Sa Majesté la reine Belladona d'Erebor. Épouse du Roi sous la Montagne Thorïn II Oakenshield.

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