Five Hundred Years After

Disclamer : Les personnages utilisés dans cette fanfiction sont la propriété de SquareSoft/Squarenix. Seuls les personnages d'Irélia, Evan, Lena, Allister, Marvin, Flint, Asaki, Agehus, les deux inconnus, les gars de l'école et l'école elle-même -parce qu'elle n'existe pas- et tous les autres m'appartiennent (pour le moment, parce qu'il y en aura d'autres).

Merci à eux d'avoir créé des mondes et des personnages qui nous font rêver encore et encore, chaque jour, égaillant notre petit monde.

Cette fanfiction se déroule dans le monde de Final Fantasy septième du nom.

Je vous souhaite à présent une très bonne et agréable lecture, en espérant que cela vous plaise.

Chapitre Treize : Icicle Inn

/\/\/

"Déçu d'être tombé sur moi à la courte paille ?" plaisanta Agehus, le nez rivé vers le ciel bleu éclatant qui surplombait le village d'Icicle Inn.

"Oh que oui." maugréa faussement Flint, qui commençait à s'habituer à son compagnon de route.

Quelques heures plus tôt, le groupe entier était arrivé à Icicle Inn, et avait décidé de faire un tour dans les environs afin de patrouiller et enquêter sur Eisen et Seamus, dans le but de les intercepter. Après avoir posé leurs affaires dans une petite auberge qui ressortait davantage du chalet que d'un hôtel, ils avaient formés des groupes, afin d'être plus efficaces. Lena et Allister étaient partis d'un côté, Marvin, Asaki et Irélia d'un autre, tandis que Flint s'était retrouvé avec Agehus suite à un malencontreux accident de courtes pailles. Une idée d'Allister, et quelque chose disait à Flint qu'il n'y avait pas eu que des coïncidences dans le tirage des petits bâtonnets.

Il passa sur ce détail : après tout, sa relation avec Agehus s'était améliorée. Enfant ou pas, ce dernier était compétant, et avait un sens de la répartie qui déstabilisait le vice-président. L'éternel conflit entre eux deux étaient devenus un jeu, qui poussait toujours l'un et l'autre à leurs limites.

A vrai dire, ni Flint ni Agehus n'avaient jamais appris à avoir tort, et chacun voulait toujours le dernier mot.

Ils s'étaient un peu éloignés d'Icicle Inn, afin de prendre de la hauteur autour de la petite ville vacancière. Les gens allaient et venaient, leurs skis sous leurs bras, ou à leurs pieds, profitant du climat montagneux.

"Tu as déjà skié ?" demanda Agehus, par curiosité.

"Jamais." admit Flint. "Je n'ai pas vraiment le temps pour ce genre de choses.

-Tu ne t'arrêtes jamais de travailler ?

-Dernièrement, si."

Tandis qu'ils longeaient le rebord d'une petite montagne qui cernait le village, tout en scrutant les moindres détails des alentours, Agehus fit un petit bond sur un promontoire, quelques mètres au-dessus du sentier, à l'aide de sa matéria de vent, et fit le tour de l'horizon.

"Tout est calme."

La tête rivée sur le promontoire, Flint surveillait les pas de l'enfant.

"Ne tombe pas.

-Jamais."

Ils marchèrent ainsi un bon kilomètre. La route s'éloignait assez de la station de ski, et ne trouvant rien, le duo rebroussa chemin.

"Pas de nouvelle, bonne nouvelle." admit Flint.

Agehus resta sur le promontoire encore un peu, surveillant les environs. Il se pencha vers le sentier afin de discuter avec le vice-président.

"C'est rassurant d'un côté, mais c'est un sentiment de fuite : il faudrait que les choses bougent, afin qu'on puisse y mettre un terme le plus rapidement possible.

-Tu t'ennuies avec nous ?" lança Flint.

"Tu n'imagines pas !" plaisanta Agehus.

Flint plaisanta avec l'enfant, et redressa la tête vers ce dernier. Son sang se glaça aussitôt, lorsqu'il aperçût les formes d'un griffon des montagnes derrière l'enfant qui plaisantait avec lui.

"AGEHUS !" hurla Flint, en sortant son fusil.

L'enfant se retourna, lançant déjà les pouvoirs de sa matéria, mais c'était déjà trop tard : le monstre le renversa, toutes griffes dehors, sous un choc violent. Flint poussa la gachette de son arme, et l'animal tomba à la suite de sa proie.

Il attrapa de justesse son compagnon de route qui s'effondrait le long du promontoire sous le choc, après une chute d'une dizaine de mètre, blessé. Le choc fut rude, si bien que le fils du président tomba violemment en arrière, en essayant d'amortir le choc. Une douleur lancinante le prit à l'épaule gauche, qui avait amortit une grande partie du choc. Mais ce n'était pas important.

« Agehus ? Agehus ? » appela le roux, sous la panique.

Il se redressa, oubliant la douleur, relevant le jeune Utaïen blessé par la même occasion. Ses yeux étaient clos, comme s'il avait perdu connaissance, ou pire.

Flint paniqua de tout son être, tremblant de tout son corps. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir été entrainé à ce genre de situation pendant sa formation chez les Turks. Il passa sa main au cou si fragile du gamin qui avait les yeux clos. Le pouls battait encore. Il était vivant, mais les griffes de l'animal l'avaient atteint à l'épaule. Ce n'était qu'un gosse après tout. Il n'aurait jamais dû les accompagner, se mêler à tout ça.

Flint regrettait. Un gosse de quatorze-quinze ans ne méritait pas ça. Il attrapa son arme et invoqua son sort de soin le plus puissant, avant de courir le plus loin possible du danger. Ils devaient fuir, dans le cas où d'autres griffons se trouvaient là.

L'erreur avait été stupide : en plaisantant, ils avaient oublié les dangers les plus banals.

Il courut longtemps dans la neige, puisant dans ses forces, le gamin dans ses bras. Il avait les clefs de l'auberge. Il pourrait vérifier ses blessures là-bas, en toute sécurité.

A l'auberge, la chambre était vide. Les autres étaient partis découvrir la ville dans ses moindres recoins. Il n'y avait qu'eux deux.

Dans ses bras, Agehus gémit de douleur. Il le posa sur le lit le plus proche, et referma violemment la porte derrière lui une fois déchargé. Puis il revint sur le blessé.

« Agehus ? Tu m'entends ?

-...mmmm... » grogna la voix enfantine du gamin.

Les griffes avaient littéralement déchiré la chair au niveau de la clavicule. Flint attrapa la chemise du jeune garçon, tremblant, dans le but de se rendre compte de l'étendue des dégâts. Avait-il encore besoin de soin ? Il défit la chemise, et tomba sur de nombreux bandages qui couvraient le torse du gosse.

Avait-il déjà été blessé ? La confrontation avec les deux frères sans doute.

La plaie à l'épaule était cachée par tous les bandages utilisés pour une blessure antérieure. Sans chercher à comprendre, il attrapa son opinel, et déchira le tissu, afin de voir enfin la plaie. Il regretta son geste à la seconde où la lame découpa les lanières blanches, se rendant compte de la vérité.

Agehus n'avait jamais été blessé, auparavant. Du moins, si, par les deux frères, mais ces blessures-là avaient déjà guéries depuis longtemps.

Les bandages n'étaient pas là pour ça, loin de là. Il laissa tomber son opinel sur le sol, les yeux grands ouverts de surprise, tandis que ses neurones essayaient de faire quelques rapports logiques, en vain. Son cerveau s'était de nouveau arrêté.

Agehus ouvrit les yeux, devant lui. Sa blessure semblait s'être refermée, grâce à la magie qu'avait usée Flint un peu plus tôt. Le garçon grimaça, sous la douleur sans doute. Puis ses deux yeux turquoise se portèrent sur Flint, debout devant lui, livide.

Puis il jeta un coup d'œil à sa position, son état, et remarqua sa chemise ouverte et les bandages déchirés. Il laissa échapper un soupir, légèrement déçu, ainsi qu'une grimace qu'il essaya de dissimuler.

« Ah... » laissa-t-il échapper, en essayant d'échapper au regard du roux.

Il y eut un silence. Flint ne savait pas quoi dire. Au bout de quelques secondes, il réussit enfin à se ressaisir et retira sa chemise noire en toute hâte, et pour couvrir le jeune voleur.

«'Toujours aussi gentlemen, même dans le pire moment, c'est ça ? » plaisanta Agehus, en acceptant la chemise. « Je m'attendais quand même à ce que tu hurles ou que tu cr...

-J'AI ENVIE DE CRIER, FIGURE TOI ! » lâcha soudain Flint, qui craquait.

Il tremblait, livide. Il n'avait pas encore à y croire. On s'était bien foutu de lui.

« Ne te retiens pas. » soupira Agehus, en regardant le sol.

« TU ES UNE FEMME, BORDEL ! » lâcha enfin le roux, en se prenant la tête dans ses mains.

Une femme ! Là, sous les bandages, rien ne ressemblait au torse d'un garçon. Agehus possédait toutes les courbes d'une femme, une vraie. Derrière la chemise et les bandages, rien ne paraissait. Il s'était laissé duper par son apparence, son visage émacié et son comportement.

« C'est un fait. » admit Agehus. « Je suis une femme. J'ai vingt-et-un ans.»

Le jeune combattant, qui se trouvait donc être une jeune femme, soupira à nouveau, se mordant les lèvres, comme il avait la bonne habitude de faire quand elle semblait embêtée. Finalement, elle défit dans ses cheveux un chouchou qui remontait de longues mèches, invisibles en temps normal, accrochées de cette manière. Les quelques longues mèches de cheveux brunes tombèrent sur les épaules de la demoiselle.

Flint la regarda, et vira au rouge. Il venait enfin de comprendre.

Agehus se redressa, difficilement, et se présenta alors officiellement, sans le regarder dans les yeux.

« Je m'appelle Ageha Kisaragi…et je suis…

-…le papillon. » grogna Flint en faisant trois fois le tour de la pièce, comme pour essayer de se calmer.

En plus d'être une femme, il s'agissait de la dirigeante d'Utai.

« Ecoute, je…

-Je ne veux rien savoir. » pesta le roux en s'adossant contre le mur de la chambre.

Il ne savait pas quoi penser. On s'était bien foutu de lui. L'héritière d'Utaï avait toujours été en sa compagnie. Tout s'expliquait. Pourquoi Utaï les avait aidés si facilement, certaines réactions du gamin qui était finalement une femme de son âge.

Il la regarda enfin.

Elle avait la tête baissée, sa main droite accrochée à son bras gauche. Elle ne semblait pas quoi faire, elle non plus. Un instant, il crut qu'elle allait pleurer.

Et bien qu'elle pleure ! pensa-t-il, hors de lui.

Il ne le pensa qu'une seconde seulement.

Voyant que casser la glace allait être difficile, il laissa échapper un soupir et s'approcha de la jeune femme, qui était incapable de trouver une solution à la situation, et grogna :

« Eh, ne pleure pas.

-Je ne pleure pas ! » bougonna-t-elle, sur la défensive, en redressant la tête.

Pas de doute, c'était bien Agehus. Homme ou femme, elle agissait de la même manière. La provocation avait agis comme un charme, et elle avait repris ses moyens.

« Oui, c'est ça… » lâcha-t-il par habitude.

Lui même était mal à l'aise, n'ayant jamais géré de situation de crise dans ce genre.

"Tu me détestes officiellement encore plus, je suppose ?" maugréa la jeune femme, en tournant à nouveau la tête.

Flint laissa échapper un soupir.

« Je ne te déteste pas… » répondit-il doucement.

L'Utaïenne redressa sa tête brune, étonnée. Ils échangèrent un regard, tandis que la tension redescendait lentement. La jeune femme prit une inspiration et déballa ses excuses :

« Je suis désolée. Je ne pensais pas que ça irait si loin. Lorsque l'on s'est rencontré, tu m'as prise pour un garçon, et ça m'a vexée. J'ai pensé me venger en continuant à t'y faire y croire, puis t'embêter en t'avouant la vérité, mais ça devenait de plus en plus difficile au fur et à mesure des jours de te le dire. Je suis désolée, je ne voulais pas que ça aille si loin."

C'est vrai, lors de leur première rencontre, il l'avait prise pour un garçon. Il s'en souvenait. Il soupira. Il comprenait le point de vue d'Ageha, et pourquoi elle avait agis ainsi, mais sa prise de position les avait emmenés dans cette situation.

Doucement, le président tapota la tête d'Ageha, pour rassurer cette dernière. Elle grimaça, ne sachant comment réagir, mais sembla soulagée.

"Ne pense pas que je vais te pardonner aussi facilement." maugréa Flint, en reprenant un ton de défi.

Ces mots eurent leur effet, et Ageha décrocha un mince sourire moqueur, reprenant ses couleurs.

"J'attends de voir ça."

Puis la jeune Utaïenne se retourna enfin, toujours la chemise de Flint sur le dos, et comprenant qu'elle souhaitait se changer, Flint sortit momentanément de la chambre, retournant dans le salon principal de l'auberge, profitant de l'instant de répit pour allumer un feu.

La jeune femme revint quelques minutes plus tard, un sweat sur le dos et vint se poser près du feu. Flint était assis sur une chaise : pendant ces quelques minutes, une multitude de questions lui avait traversé l'esprit : que faisait la représentante d'Utaï à leurs côtés ? Pourquoi était-elle partie à la recherche des deux frères ? Trop de questions se bousculaient.

Flint jeta un oeil sur la jeune femme, qui laissait ses cheveux détachés, désormais.

"Qui te remplace à Utaï ? Car j'imagine qu'ils ne doivent pas être ravis que leur Papillon soit en danger.

-J'ai un accord avec l'ancien dirigeant. » admit Ageha.

"Il n'a pas peur pour toi ?

-Si. Evidemment. Mais...il me protège à sa façon : je ne supporterai pas une vie prisonnière derrière un masque Utaïen. Un dirigeant se doit de rencontrer le monde réel. Pas juste des papiers et des informations rapportées."

Flint acquiesça. Il comprenait le point de vue d'Ageha, lui-même étant dans une position similaire. Contrairement aux Papillons, les présidents et vice-présidents de la Shin-Ra devait suivre le lourd entrainement des Turks, afin d'être près en cas d'attaques ou attentats.

"Et tu es vraiment l'une des meilleures combattantes d'Utaï ?

-Tu en doutes encore ?

-Un peu." plaisanta Flint.

Ageha eut une fausse grimace, pour répondre à l'attaque verbale du vice-président, mais savait pertinemment qu'il se moquait d'elle.

"Que fais-tu sur les traces des deux frères ?

-On a entendu parler de l'incendie des labos de Lyrick de Rocket Town jusqu'à Utaï. J'ai enquêté sur le sujet, j'étais à Canyon Cosmos à ce moment-là, pour des raisons politiques et j'ai filé discrètement."

Flint acquiesça. Ceci expliquait l'implication d'Utaï dans les recherches.

"Le soir où je suis allé à Utaï, le Papillon que j'ai rencontré...

-C'était bien moi. Pour donner un coup de main à la Shin-Ra de façon purement officielle, j'ai été obligée de vous convoquer là-bas."

Cela se tenait. Flint resta pensif quelques instants, et Ageha rajouta quelque chose, d'une voix plus discrète.

"Je t'interdit de me considérer comme le Papillon, Flint. Je suis là de mon plein gré, tout comme toi. Je suis consciente des risques, mais je refuse catégoriquement que notre planète se fasse exploser parce qu'une société bidon a retrouvé des restes d'un monstre datant d'il y a deux mille cinq cents ans."

Flint laissa échapper un sourire et murmura :

"Je t'ai dit que je ne te pardonnerais pas facilement. Papillon ou pas. Tu as voulu joué à ce jeu, ne compte pas sur moi pour admettre ma défaite."

Fille ou garçon, Papillon ou pas, Ageha était là pour la même chose que les autres.

"Pff...tu ne me fais pas peur, Flint."

Puis la jeune femme se releva et enfila quelque chose de chaud, afin de faire un tour dehors :

"Je vais m'acheter des fringues de fille, je reviens. J'ai jeté toutes les miennes quand je vous ai rejoint, à cause de toi.

-Tu vas surprendre les autres.

-Non. Tu es le seul qui ne s'en est pas rendu compte, mon cher." plaisanta Ageha, avant de disparaître sous le nez furieux de Flint.

/\/\/

Emmitouflée dans un sweat d'hiver, Irélia grimpait le long du paysage vallonné et enneigé qui s'offrait sous ses yeux. Cela faisait une bonne heure qu'elle était partie, accompagnée d'Asaki et de Marvin, au sud d'Icicle Inn. En discutant avec quelques habitants du coin, elle avait commencé à entendre parler de vieux bâtiments au sud de la station de ski. Plusieurs fois, le nom de Modeoheim avait résonné à ses oreilles, et avait attisé sa curiosité.

Asaki et elle avaient donc décidé de faire une petite excursion, pendant que les autres patrouillaient autour d'Icicle Inn.

"Tu crois que Flint va remarquer, à un moment où un autre, que notre jeune compagnon n'est pas celui qu'il pense être ?" minauda Asaki, tandis qu'ils grimpaient tranquillement.

"Pour une femme, il y a de quoi se vexer lorsqu'on nous prend pour un garçon." admit Irélia, avec un sourire. "Mais à un moment, il va falloir qu'il le sache. Et je pense que notre jeune demoiselle s'est coincée à son propre jeu."

Ils plaisantèrent sur le sujet, loin de s'avoir qu'au même instant, Flint découvrait avec stupeur la vérité au sujet du Papillon.

Une dizaine de minutes plus tard, au-delà d'une colline, le trio aperçut enfin les décombres de vieux bâtiments abandonnés. Ces derniers devaient être là depuis des dizaines d'années. On pouvait remarquer quelques différences entre de nouveaux bâtiments, datant d'il y avait vingt ou trente ans, et d'autres, bien plus vieilles encore, qu'Asaki ne sut même pas estimer.

Mais dans tous les cas, plus personne ne vivait ici depuis bien longtemps.

Asaki grimpa, accompagné de Marvin, un peu plus sur les hauteurs des toits enneigés, tandis qu'Irélia déambulait dans le village fantôme. L'ambiance était étrange. Quelque chose dérangeait la jeune femme. Elle continua à marcher, silencieuse, passant la tête à l'intérieur de quelques maisons afin d'essayer d'y trouver quelque chose.

Mais les maisons ne l'intéressaient pas plus que ça. Au fur et à mesure de ses pas, elle s'approchait d'une immense bâtisse, qui avait dû servir à autre chose qu'à une habitation. Comme une grande salle de sport, ou un grand hangar. Tandis que les deux fauves visitaient les alentours, Irélia se retrouva plantée devant l'entrée du bâtiment. En cherchant un peu, elle découvrit un bout de tôle pliée et fatiguée par le temps. Il y avait la place d'y faire passer une personne, et Irélia n'attendit pas : elle se glissa dans l'ouverture, pénétrant dans le hangar.

L'endroit était grand, peu éclairé, et une multitude de caisse en bois brisés sur trouvaient à l'intérieur, ainsi que quelques machines pour soulever ces dernières. Un entrepôt, à première vue.

Irélia invoqua dans sa main une petite boule de feu, grâce à la matéria insérée dans son épée afin d'y voir plus clair. Elle fit le tour du propriétaire, espérant trouver quelque chose, sans savoir vraiment à quoi elle s'attendait.

"Irélia ?" appela Asaki, de l'autre côté du hangar.

"Oui ?

-Tu es dans l'entrepôt ?

-Oui.

-Quelque chose d'intéressant ?

-Pas vraiment." admit Irélia, tout en fouinant dans une pièce de stockage. "Je rev...iens ?"

Irélia eut une pause, tandis qu'elle effectuait un demi-tour pour revenir dans la pièce principale du hangar. Sous ses pieds, le sol venait de plier, très légèrement. Comme si, à cause des années, le plancher avait subi de lourds dégâts, et qu'il pouvait désormais céder à tout moment.

Mais pour céder, faudrait-il déjà y avoir un vide. Hors le hangar était construit à même le sol.

Irélia déglutit. Elle n'osait plus bouger. Plusieurs informations se bousculaient dans sa tête, sans qu'elle n'arrive à les gérer.

Premièrement, il y avait quelque chose en dessous. Une pièce, un gouffre, une tombe, ou quelque chose dans le genre.

Deuxièmement, et quel que soit le cas, il y avait un vide, et une chute occasionnée.

"...oh, non..." murmura-t-elle

D'un bond, elle sauta vers l'entrée de la pièce de stockage, mais le sol se déroba sous ses pieds. Par réflexe, elle s'agrippa au rebord, mais celui-ci s'arracha sous son poids, l'emportant dans sa chute.

Les dents serrés, Irélia tomba deux bons mètres plus bas, sur les gravas qui l'avait emporté. Elle resta quelques secondes immobile, pestant intérieurement.

Pour autant, elle était heureuse que la hauteur ait été inférieure à trois mètres, auquel cas elle ne serait sans doute plus encore consciente.

Elle leva les yeux vers l'ouverture, afin d'appeler les autres, mais se figea sur place, dérangée par un détail.

La lumière du jour éclairait légèrement la cavité.

Son cœur se serra, tandis qu'elle se revoyait allongée, dans une crevasse, la lune éclairant légèrement le ciel, seule compagne à sa détresse. Ses sens se réveillèrent et lui rappelèrent un détail, inéluctable et fatal : elle allait mourir.

"Bordel...réveille toi." maugréa Irélia à elle-même, en essayant de reprendre ses esprits.

Les souvenir étaient trop forts, et pour couper court à la blessure mentale, elle illumina la crevasse où elle avait atterrit. Les réminiscences du passé disparurent, et la rouquine se calma, petit à petit.

"ASAKI ?! MARVIN ?!" appela-t-elle, tandis qu'elle découvrait les nouveaux lieux.

Au loin, elle entendit la voix d'Asaki, qui accourait, sans doute suivit par Marvin.

"Irélia ?!" appela Asaki, qui tentait de la localiser.

"Ici !"

Le fauve de Canyon Cosmos accourut dans le hangar, et retrouva, à l'aide de la voix d'Irélia, la petite salle de stockage. Le plancher tout entier s'était effondré, laissant apparaître un sous-sol, qu'Irélia éclairait à l'aide d'une petite boule de feu inoffensive. La rousse l'attendait, lui et le loup, couverte de brouissures et de poussières.

"Ca va ?

-Ouais. J'ai juste été un peu surprise.

-Tu es tombée où ?"

Irélia tourna la tête tout autour d'elle, prenant connaissance des lieux un peu plus en détail et grimaça.

"Je suis dans un couloir.

-Un couloir ?

-Un couloir blanc. Neuf.

-Neuf ?" répéta Asaki.

Irélia soupira. Elle avait une vague idée de ce qu'était l'endroit. Sans un mot, elle disparut de la vision d'Asaki et de Marvin, s'engouffrant dans le bâtiment souterrain.

Marvin sauta dans le trou, rejoignant son amie, et, après un soupir, Asaki fit de même. Il retrouva les deux autres, arpentant un long couloir, bariolé de portes closes. Les mêmes portes que des hôpitaux. Il s'agissait donc de bâtiments plutôt neufs, cachés sous l'ancien hangar, invisibles à la vue de tous. Il se stoppa devant l'une d'elle, et se redressa sur ses deux pattes arrière, afin d'examiner l'écriteau accroché sur cette même porte.

"Labo numéro 22." lut le fils du sage de canyon cosmos.

Irélia ne broncha pas. A ses pieds, Marvin glapit comme s'il comprenait, lui-aussi. La rousse s'était arrêtée au beau milieu du couloir, la gorge sèche.

"Irélia. On devrait faire demi-tour. Je ne pense pas que tu veuilles savoir ce qu'il se trouve derrière ces portes.

-C'est un des labos de Lyrick." murmura Irélia.

"Oui. Il y a de grands risques que ça le soit.

-Tout est abandonné.

-Ils ont fui après les la destruction du labo de Rocket Town. Ils savent que les deux frères les tueront s'ils les trouvent." expliqua Asaki.

Lentement, la rousse se retourna vers Asaki, les dents serrées.

"Ils ont dû abandonner leurs cobayes." murmura-t-elle.

"Irélia...

-On doit chercher s'il y a des survivants.

-Irélia, attends ! Je ne suis pas sûr que tu puisses supporter ce genre de choses.

-Je m'en contre-fou. Il faut les libérer." ragea Irélia.

Elle ouvrit la porte la plus proche, et pénétra dans une salle. Celle-ci était une véritable salle de laboratoire, mais les cages, et autres systèmes d'emprisonnements étaient vides. Elle fit un tour rapide, puis sortit, se rua vers une autre porte, et l'ouvrit à son tour.

Le manège dura un moment, jusqu'à ce qu'elle tombe sur des écriteaux "Salle de stockage", au fond du long couloir.

De l'autre côté de la porte, des bruits se faisaient entendre. Des grattements, des râles. Partagée entre l'adrénaline et l'appréhension, la rousse poussa la porte, tremblante.

Longtemps, elle resta immobile, sur le palier de la nouvelle salle. Asaki la dépassa légèrement, et lâcha un grognement de fureur.

L'odeur était atroce.

Un mélange de sang et de pourri.

Devant eux, s'étalait une centaine de capsules, accrochées sur les côtés de la salle, véritable de petites prisons. La grande majorité était vide, mais certaines étaient encore habitées.

Lentement, Irélia avança. Les premières cages étaient vides. Toutes portaient un écriteau électronique, décrivant les expériences, ou plutôt les atrocités, réalisées aux anciens occupants, ainsi que leurs lieux de kidnapping et leurs antécédents. Après avoir dépassé une dizaine de cellules, ils tombèrent sur un cadavre d'une femme, recroquevillée par terre. Elle n'était pas morte de faim ou de soif, car les cellules semblaient avoir un dispositif automatique pour nourrir les prisonniers. Non, elle avait sans doute été incapable de supporter les expériences, et avait fini par mourir, après que Lyrick ait quitté les lieux.

"Irélia..." murmura Asaki.

"...il y a du bruit." fit remarquer Irélia, tandis qu'elle continua à avancer.

Elle fit quelques pas, jusqu'à ce qu'une voix ne la gèle sur place.

"Il y a quelqu'un ?!" hurla une voix masculine, au désespoir.

Irélia se précipita quelques cellules plus loin, et tomba sur un homme d'une quarantaine d'années, recroquevillé dans sa cellule, habillé d'un uniforme jaune, le teint pâle. Lorsqu'il vit Irélia, il tenta de sourire, mais il ne savait sans doute plus utiliser les muscles de son visage.

"Vous n'êtes pas de Lyrick ?" demanda l'homme, qui avait quelques difficultés à parler.

"Non. Je vais vous sortir de là."

Irélia chercha l'interface de contrôle de la cellule, et l'ouvrit, après avoir jeté un vague coup d'oeil à l'écriteau. James Aster. Numéro 1045. Kidnappé à Icicle Lodge, un an plus tôt. Expériences réalisées : injection de substance Matéri n°26. Matéri ? Comme des Matérias ?

L'homme sur la photo de la cellule ne ressemblait plus vraiment à l'homme en chair et en os qui pleurait de joie sous ses yeux, craquant émotionnellement.

Elle ouvrit la porte, et Asaki aida l'homme à se relever.

"Cherchez la sortie." murmura Irélia."Je finis de fouiller.

-Il n'y a plus personne ici. Les autres sont morts." expliqua l'homme. "Ou en tout cas, je n'entends plus personnes depuis des jours."

Irélia acquiesça et continua son avancée. L'homme avait raison. La plupart des cellules étaient vides. Certaines avaient été explosées, d'autres ouvertes depuis fort longtemps.

La main dans la fourrure de Marvin, Irélia continua d'avancer. Une autre cellule attira son attention. Lorsqu'elle s'approcha, une petite passerine se redressa de la couverture de prisonnier et tenta de s'envoler, faiblement, jusqu'à la vitre de verre qui la séparait de la liberté.

Le minuscule oiseau au plumage orange et rouge, avec quelques plumes bleues au bout des ailes, tapa sur la vitre.

Irélia trouva le petit tableau de bord, et tandis qu'elle appuyait sur le bouton d'ouverture, elle serra les dents, les larmes aux yeux.

Ses jambes cédèrent, flageolantes. Les larmes glissèrent sur ses joues, tandis que la petite passerine sautilla jusqu'à l'humaine, trouvant refuge dans les doigts tremblants de celle-ci.

En silence, Irélia souleva la passerine, et la serra délicatement contre elle.

Ce lieu la rendait malade.

/\/\/

Après avoir trouvé une porte dérobée qui menait jusqu'au hangar, au-dessus du labo, et avoir fouillé le bâtiment dans ses moindres recoins, Asaki, Marvin, Irélia et l'homme sortirent enfin, après avoir prévenu par téléphone l'équipe de secours d'Icicle Inn.

Une vingtaine de minutes plus tard, le cobaye de Lyrick fut emmené en hélico directement jusqu'à Healen, afin de recevoir les premiers soins.

Silencieux, Asaki fixa le ciel qui commençait à prendre une teinte sombre, annonçant la fin de la journée. Ils rebroussèrent chemin jusqu'à Icicle Inn, dans le silence le plus total.

Ce ne fut qu'aux abords de la ville qu'Asaki prit enfin la parole.

"Tu es courageuse, Irélia."

Irélia resta silencieuse. Puis, après tant d'effort pour se contenir, elle rentra dans une rage folle, afin d'évacuer tout ce qu'elle avait pris sur elle.

"CES TYPES SONT DES ENFOIRES !" hurla Irélia. "JE LES HAIS ! SI JE TOMBE SUR L'UN D'EUX, JE...JE..."

Elle se stoppa, se rendant compte qu'elle pêtait complètement les plombs. Asaki la fixa et eut un petit sourire, comprenant pourquoi Irélia s'était arrêté.

"...et tu ne feras rien, car tu n'es pas comme eux."

Irélia serra les dents, furieuse. Dans son cou, au chaud dans la fausse fourrure de son sweat d'hiver, la passerine chantonna légèrement.

Le groupe continua sa route jusqu'à Icicle Inn. Les autres devaient déjà être rentrés de leurs propres inspections.

/\/\/

"Vous avez trouvé quoi ?" répéta Flint comme un perroquet qui n'en croyait pas ses oreilles.

"Un des labos de Lyrick." répondit Asaki.

Dans le petit chalet, chauffé par la douceur d'un feu de cheminée, Asaki, Marvin et Irélia avaient retrouvés tous leurs compagnons. Irélia s'était assise, sans un mot, à côté du feu de cheminée, la tête de Marvin sur ses genoux, et la passerine dans son cou.

Dans la même pièce, Asaki expliquait leurs péripéties aux autres membres du groupe. Il n'y avait qu'Agehus, qui semblait absent, sous prétexte qu'il était parti faire une course, selon les dires de Flint.

De leurs côtés, le fils du président, Lena et Allister n'en revenaient pas.

A la fin des explications, Allister passa une main dans les cheveux d'Irélia, sans faire la moindre remarque. Flint et Lena discutèrent un moment du sujet, jusqu'à ce que la porte ne s'ouvre, laissant entrer une jeune femme aux longs cheveux noirs, habillée d'un pantalon noir assez souple pour le combat, un sweat d'hiver à col ouvert.

"Salut ! J'ai raté un truc ?" salua la jeune femme.

Lena et Allister échangèrent un sourire et allèrent saluer le dernier membre du groupe.

"...vous pourriez paraître un peu plus étonnés." pesta Flint.

"Pourquoi ?" minauda Allister. "Tu te serais enfin rendu compte de ta bêtise, Flint ?

-Vous n'allez pas me dire que j'étais le seul à m'être trompé ?"

Asaki ricana légèrement et se dirigea vers Agehus, devant laquelle il resta quelque peu étonné par un détail.

"...habillée ainsi, tu ressembles au Papillon, Agehus.

-Sans doute parce que, hypothétiquement, je suis peut-être Ageha Kisaragi, le Papillon d'Utai ?" admit Ageha, en détournant le regard, légèrement gênée.

Il y eut un silence. Même si tout le monde avait conscience du fait qu'elle était une femme, personne ne s'était attendu à ce que leur compagnon soit un invité de marque. Allister explosa de rire, Irélia redressa enfin la tête du foyer de la cheminée, un sourire aux lèvres.

La révélation d'Ageha changea un peu le sujet et les esprits.

Allister et Lena partirent du chalet/auberge, pour aller faire quelques courses de premières nécessités, tandis qu'Asaki et Ageha allèrent discuter sur le petit balcon enneigé.

Flint resta dans la pièce principale, en compagnie d'Irélia et Marvin, fatigué par les évènements.

"Irélia ?

-Oui, Flint ?

-Tu savais, n'est-ce pas ?

-Oui.

-Et tu n'as rien dit ?

-Non."

Flint soupira, devant les yeux espiègles de la rouquine, qui câlinait le loup des forêts, accroupie aux côtés de ce dernier. Son sourire était revenu. Même Flint s'en rendait compte. Le vice-président s'assit aux côtés de la Terrienne, épuisé.

"Tu as changé."

Irélia se stoppa dans le câlinage du loup, et se retourna lentement vers rouquin, le fixant de ses deux yeux émeraudes, surprise. Elle resta silencieuse, réfléchissant à la remarque, puis acquiesça d'un bref signe de tête.

"...je suppose, effectivement. Mais je ne suis pas la seule."

Ils échangèrent quelques regards. Flint esquissa une grimace, incapable de contredire les propos de la jeune femme.

"...c'est vrai." admit-il.

Ils soupirèrent d'un accord commun. Irélia blottit sa tête dans l'encolure de l'animal sauvage, pensive. Les rencontres changeaient les gens. Elle avait beaucoup appris en compagnie des Turks et du vice-président de la Shin-Ra. La vie n'était pas facile tous les jours, mais elle avait l'impression de vivre. D'exister en tant que tel. Depuis combien de temps n'avait-elle pas eue cette impression ? Depuis combien de temps n'avait-elle pas placé sa confiance dans les mains d'autres personnes.

"Je suppose que tu es devenue naturellement méfiante, à cause de ton passé." devina Flint.

"Sans doute..." admit Irélia.

"Un lien avec ta blessure ?"

Flint pointa la poitrine d'Irélia. La rouquine grimaça. Sous son T-shirt écru se trouvait une large cicatrice qui partait de sa poitrine jusqu'à l'épaule gauche. Flint avait tapé juste, mais elle ne voulait pas discuter de cela. Elle se rappela de la sensation qu'elle avait ressentie quand elle était tombée dans le laboratoire de Lyrick.

"...c'est vrai. J'ai haï l'humanité." admit-t-elle.

Elle resta silencieuse, avant de renvoyer la balle.

"Je suppose que les apparences sont importantes, pour ton statut. Ici, tu dois pouvoir te reposer."

Il acquiesça.

"...construire de vraies relations avec des gens de confiance a un aspect plutôt agréable."

Tous deux partageaient cet avis.

Le vice-président se releva et rejoignit Lena et Allister dehors, pour les aider pour les courses, laissant la rouquine en compagnie de l'animal des forêts.

Elle calina l'animal, se réfugiant émotionnellement dans sa fourrure chaleureuse, et la passerine prit place dans la chevelure rousse de la Terrienne. Après de longues minutes, Irélia murmura, les yeux rivés vers le foyer brûlant :

"Je me suis retrouvée jetée dans une crevasse de chantier, un morceau de verre coincé entre la poitrine et la clavicule. J'avais treize ans. J'ai voulu protéger mon amie d'une vitre en verre qui se trouvait sur le chantier, et elle a explosé sur le choc. En voyant ma blessure, mon amie m'a poussée dans le vide, car elle avait peur d'être portée responsable : nous n'étions pas censées se trouver là, en pleine nuit. Il était cinq heures du matin. Elle s'est enfuie, en me laissant dans la crevasse. On ne m'a retrouvée que trois heures plus tard, à l'ouverture des travaux. Je suis restée dans le coma pendant des semaines, entre la vie et la mort."

Un grognement sourd résonna dans la gueule de l'animal, suivi d'une plainte, ainsi qu'un coup de tête rassurant. Irélia glissa son visage dans la fourrure.

"...j'ai haï l'humanité. Elle n'était qu'une enfant. Et pourtant, ces trois heures m'ont appris à ne compter que sur moi-même. J'ai regardé le ciel, immobile, blessée et trahie. J'avais froid, et tout était silencieux. Dans les livres, quelqu'un nous sauve toujours juste à temps. J'ai appris qu'il ne s'agissait que de contes de fées. Depuis, j'ai appris à me méfier et à ne pas me lier aux gens, car cela ne m'apportait rien de bon. Sourire et rigoler avec eux étaient une chose. Partager et vivre en leurs compagnies en étaient une autre. Mais les choses changent. J'ai rencontré des gens qui en valent la peine, on dirait."

Elle resta longtemps silencieuse, blottie contre son ami animal. Puis, elle murmura, les dents serrées :

"...je veux sauver Evan..."

Ses doigts se serrèrent contre la fourrure grise, frustrée. L'animal poussa une plainte, pour accompagner l'humaine. Puis, fatiguée, Irélia s'allongea par terre, et s'endormit quelques minutes plus tard, rassurée par la présence de ses deux amis des forêts.

/\/\/

Asaki était tranquillement allongé près de la cheminée du chalet où ils s'étaient arrêtés et divisés. Ageha était assise à ses côtés, fixant de ses yeux noirs, les flammes qui remontaient, chaleureuses et rassurantes, à l'intérieur de la hotte, tandis qu'Irélia dormait toujours entre les pattes de Marvin. Depuis qu'Asaki et Ageha s'étaient installés là, à leurs tours, quittant le froid de la terrasse, elle n'avait pas bougé des pattes du loup, la passerine nichée dans ses cheveux.

Même séparés, aucun des trois groupes n'avaient trouvés le moindre indice sur les frères en cavales. Avaient-ils de l'avance ? Normalement, à l'aide de l'Highwing, c'était le cas. Une équipe se trouvait de toute manière au cratère Nord, et interviendrait en cas de besoin.

Icicle Inn était un point de passage, malheureusement, obligé pour les enfants de Jenova. Ils espéraient simplement qu'aucun débordement n'aurait lieu, dans cette ville vacancière peuplée majoritairement de civils, où ils attendraient patiemment.

La porte du chalet s'ouvrit, laissant entrer Flint, Lena et Allister, quelques sacs de courses en mains.

"Marmotte dort ?" plaisanta Allister.

"Son excursion dans les vieux labos de Lyrick a dû la fatiguer.

-Elle va pouvoir commencer à monter un zoo." plaisanta le Turk, en se penchant sur la rouquine.

Le loup redressa la tête grise, tourné vers Allister, et grogna de mécontentement.

"Ne prends pas ses propos au pied de la lettre, Marvin." commenta Asaki.

"Remarquez, un loup, un oiseau, et un papillon, ça commence à faire." lâcha Flint, avant d'esquiver un couteau lancé en sa direction, sorti de la manche droite d'Ageha, qui continua à profiter, l'air de rien, de la chaleur du foyer.

Allister sourit, et s'assit sur l'un des fauteuils du salon. L'ambiance était agréable, quand bien même la mort rodait aux alentours. Irélia ressemblait à une petite poupée endormie. Elle fronça des sourcils, comme si elle rêvait. Cela amusa le Turk.

Elle eut à nouveau quelques soubresauts. Peut-être que le rêve n'était pas si agréable qu'il le pensait. Elle semblait lutter contre quelque chose, et Marvin laissa échapper un glapissement d'inquiétude.

"...non..." murmura Irélia, dans son sommeil.

Allister tendit le bras, afin de réveiller la rouquine de son mauvais cauchemar, mais ce fut inutile. Irélia s'était redressée d'un coup, les yeux grands ouverts, l'air catastrophée :

"NOOON !" hurla-t-il, à s'en arracher les poumons.

Tout le monde sursauta. La passerine s'était envolée, tandis qu'Irélia réalisait où elle se trouvait, les yeux rougis, et le souffle haletant.

"Ca va ?" s'inquiéta Asaki en s'approchant de la rouquine.

"...ils..." commença Irélia, tremblante, encore à moitié de son rêve.

"Qui ils ?

-Ils sont à la grotte nord. Eisen et Seamus." murmura Irélia.

"C'était un cauchemar, Irélia." rassura Allister.

Il y eut un silence. Irélia ouvrir la bouche pour réfuter. Elle se mordit les lèvres et murmura :

"Si je vous dis que c'est réel ? Que je rêve de faits réels ? Vous me croyez ?"

Les Turks échangèrent un regard. Non pas qu'ils n'avaient pas confiance en Irélia, mais plutôt que la théorie semblait inconcevable.

"...vous étiez sur un promontoire de canyon lorsqu'Evan a perdu le contrôle de lui-même. Allister a été le premier blessé, et Lena a perdu son sang-froid et s'est à son tour faite avoir. Puis Evan a perdu le contrôle, s'est posé devant Allister qui ne pouvait plus se défendre, et lui a assené un coup."

Flint se retourna vers les deux Turks, silencieux. Quelque chose n'allait pas.

"...est-ce que c'est vrai ?" demanda Flint.

Lena avait pali, tandis qu'Allister fixait Irélia, les bras croisés, grimaçant.

"Oui.

-Votre rapport ne fait pas mention d'autant de détails. Est-ce que l'un d'entre vous a raconté ce passage à Irélia avec autant d'informations ?"

Lena prit une inspiration. Comme tous les autres membres du groupe, elle avait compris ce qu'essayait de dire Flint.

"...non. Même en lisant des rapports, Irélia ne pouvait pas savoir ça."

Ils échangèrent tous un nouveau regard. En temps normal, ils se seraient stoppés sur pourquoi Irélia avait un tel pouvoir, mais ce n'était pas le point le plus important : tous avait compris que le cauchemar d'Irélia était réel.

"...tu as dit qu'ils étaient au Cratère ?

-Oui." murmura Irélia."Et..."

Elle se stoppa, les yeux rougis, bloquée.

"Et ?" s'inquiéta Asaki.

Des images repassaient devant les yeux d'Irélia. Elle serra les dents, et mis quelques secondes avant de répondre, la voix brisée :

"...l'autre équipe est..." commença-t-elle.

Elle fut incapable de terminer sa phrase. Flint serra les poings, hors de lui. Il attrapa son téléphone, pour appeler les Turks dispatchés au cratère Nord, mais aucun ne répondit.

Les dents serrés, Irélia reprit la parole et murmura :

"...Flint."

Le vice-président releva la tête vers elle, le souffle court. Irélia semblait vouloir rajouter quelque chose. Un détail. Et comme il n'y avait qu'un seul détail à rajouter, il serra les dents, espérant intérieurement qu'il se trompait.

Mais il ne se trompait pas :

"...ils ont la matéria noire."