Castiel va légèrement perdre patience avec Dean (ça arrivera encore, personne n'est parfait)

Leur relation évolue, dans le bon sens, et ça va continuer dans le prochain chapitre. Je suis en train d'écrire le chapitre 22, pour vous donner encore une idée, donc vous vous doutez qu'il y a des hauts et des bas, même si Dean ira de mieux en mieux, en quelque sorte. Bref, merci encore. Merci beaucoup, même!

Bisous

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Le matin du sixième jour, Castiel trouve Dean assis sur le sol de la salle de bains, la joue appuyée contre le mur carrelé, les yeux fermés. "Dean?"

"Mmh?" dans un léger sursaut, sans se décoller du mur.

"Est-ce que tu veux-"

"Ne me parle pas de nourriture, Cas, je t'en supplie."

"J'allais te demander si tu voulais prendre une douche," répond Castiel, une épaule appuyée contre l'encadrement de la porte.

Dean ouvre difficilement les yeux. "Je ne peux pas me lever."

"Ça fait longtemps que tu es là?"

"Je n'arrivais plus à dormir après que tu sois parti, donc j'ai regardé la télé, et ensuite, j'ai eu la merveilleuse idée de manger quelque chose… je ne sais même plus ce que c'était, d'ailleurs, et franchement, je ne veux pas le savoir, puis j'ai eu envie de vomir, mais quand je me suis rendu compte que je ne pouvais pas rester allongé plus de deux minutes sans avoir presque littéralement envie de me vomir moi-même, j'ai décidé de rester ici. Au début pour vomir, mais ça fait longtemps que je n'ai plus rien à vomir, alors maintenant, c'est surtout parce que le carrelage est frais, pendant que moi, je ne vais pas tarder à fondre, et à me transformer en flaque."

Castiel ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire, quelque peu amusé, puis s'approche. Il se baisse pour être à hauteur de Dean, et pose doucement une main sur son front. "Tu as de la fièvre," dit-il. "Beaucoup de fièvre, même."

"J'avais deviné tout seul, Cas, mais merci quand même," raille Dean.

"Ne bouge pas, je reviens," avant de se redresser.

"J'espère que tu te fous de ma gueule," en le fusillant du regard. "Même si je voulais bouger, comme tu dis, je ne pourrais pas, alors- Eh, mais où tu vas, comme ça?"

Dean soupire quand Castiel sort de la salle de bains, mais reste tranquille jusqu'à ce qu'il revienne avec le docteur Singer. Celui-ci fait quelques pas vers Dean, qui recommence à se plaindre. "Si jamais vous osez me demander comment ça va, je vous jure que je vais casser quelque chose."

"D'accord, alors-"

"Vous trouvez que j'aie l'air d'aller bien?" en haussant le ton, sans vraiment s'en rendre compte. "Je suis à deux doigts de mourir, de mourir vraiment, mais vous voulez que je vous dise? J'espère bien que je vais mourir, comme ça vous allez regretter d'avoir à tout prix voulu que j'arrête de me droguer, alors que franchement, si on regarde les choses en face, c'était pas vraiment de la drogue. Beaucoup de gens prennent des anxiolytiques et des stimulants, et pourtant on ne les séquestre pas comme ça."

Castiel roule des yeux. "Tu sais très bien que-"

"Mais j'en ai rien à faire!" alors que Singer pose un thermomètre sur son front en soupirant. "Vous êtes tous en train de me torturer, alors je peux avoir autant de mauvaise foi que je veux."

"Tu as de la fièvre, mais c'est encore acceptable," dit Singer. "Il faut surveiller, et si ta température monte encore, on la fera redescendre, d'accord?"

Dean agite vaguement la main, sans répondre, et le médecin se tourne vers Castiel, qui hoche la tête. "Je vais surveiller."

Singer se lève, échange quelques mots avec Castiel, mais Dean n'y fait pas attention. Il garde les yeux fixés sur le goutte-à-goutte de sa perfusion, un peu au-dessus de lui, alors que sa tête est appuyée contre le mur. Il n'écoute pas Castiel lui dire qu'il revient dans une minute, et sursaute quand il entend son prénom. "Quoi?"

"Je te demandais d'enlever ton t-shirt."

"Quoi?" répète Dean en se redressant un peu.

"Fais-moi confiance," avec un petit sourire, avant de s'approcher. "Avance-toi un peu, je vais me mettre derrière toi."

Dean le fixe avec méfiance quelques secondes, mais finit par obtempérer. Il retire son t-shirt, et pousse un petit soupir quand l'air glisse sur sa peau. Castiel s'assoit, pose une bombe d'eau thermale à côté de lui, puis laisse Dean se réinstaller entre ses jambes, le dos contre son torse. "Ça va?"

"Je ne vois toujours pas où tu veux en venir, mais ça va."

"Ferme les yeux," répond Castiel.

"Pourquoi?"

"Ferme les yeux."

Dean ferme les yeux.

Il entend le bruit d'un bouchon qu'on ouvre, puis réprime un frisson quand une multitude de minuscules gouttelettes se déposent sur sa peau trop chaude. "Qu'est-ce que c'est?" demande-t-il.

"De l'eau," en pressant une nouvelle fois le spray, sur le visage de Dean. "Tu aimes?"

"C'est merveilleux," souffle Dean, en bougeant un peu.

Castiel se tend derrière lui. "Tu peux… Dean, arrête de bouger contre moi comme ça, parce que sinon-"

"Mmh," les paupières toujours closes. "Désolé. Je ne bouge plus."

Ils restent tous les deux immobiles pendant plusieurs minutes, mais Dean rouvre brutalement les yeux lorsqu'il sent l'érection de Castiel contre son dos, et ne parvient pas à retenir un éclat de rire. "Apparemment, que je bouge ou pas, ça ne change rien."

"Tu sens?"

"Je vois très mal comment je pourrais ne pas sentir, Cas."

"Et ça te fait… rire?" sur un ton hésitant.

"J'ai des raisons d'avoir peur de ce que tu pourrais faire avec ça?"

"Tu sais que non, tu n'as pas de raisons d'avoir peur."

"Oui, je sais," réplique Dean en relevant un peu les yeux pour chercher son regard. "C'est pour ça que ça me fait rire, Cas, alors détends-toi, et pense à… je ne sais pas, moi, quelque chose que tu n'aimes vraiment pas. Ça va passer."

Castiel lui adresse un sourire, et Dean le lui rend. "En attendant, tu peux me passer le truc avec de l'eau dedans?"

"Ça s'appelle une bombe d'eau thermale, Dean," le corrige Castiel en la lui mettant dans la main.

Dean hausse les épaules, puis s'asperge le visage, avant de faire dévier le spray vers Castiel, qui pousse un cri de surprise. "Dean, ce n'est pas-"

"Si tu pouvais voir la tête que tu fais," avec un rire. "Je te jure que ça vaut de l'or."

Castiel ouvre la bouche, mais la referme en croisant le vert dans ses yeux. Dean sourit, vraiment. Il sourit tellement que ça creuse des fossettes, et Castiel pose son index sur sa joue gauche, sans arrêter de le regarder, l'inspiration qu'il n'arrive pas à prendre presque douloureuse quand il se rend compte… à quel point il est amoureux. Il est amoureux de chaque petit détail. Des fossettes, de toutes les tâches de rousseur, du moindre rayon de lumière dans ses yeux, et de la pureté dans toutes les expressions, dans les sourires, les rires, et les sentiments que Dean exprime autrement qu'avec les mots. Il est amoureux de ses gestes, de sa manière de froncer les sourcils, maintenant, et de le regarder, tellement tendrement. Et tout ce que Castiel a envie de dire, tout ce qu'il aimerait murmurer… 'Ne meurs pas, Dean.'

"Pourquoi tu me regardes comme ça, Cas?"

"Pour rien," répond-il, la voix presque trop douce. "Pour rien."

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Dean finit par s'endormir contre Castiel.

Celui-ci prend souvent sa température, délicatement, pour ne pas le réveiller, vérifiant que la fièvre tombe. Et il fixe toute cette douceur, sur son visage, quand il n'a plus peur.

"Cassie, est-ce que tu-"

Gabriel se coupe, et s'arrête avant d'entrer. Castiel lui fait signe de se taire. "Parle moins fort," chuchote-t-il. "Dean a le sommeil léger."

"Désolé," répond Gabriel, sur le même ton, avant de s'approcher.

"Qu'est-ce que tu voulais?"

"Savoir si on pouvait aller boire un café."

"Dans une heure," après une seconde de réflexion.

Il y a un accroc dans la respiration de Dean, mais il ne se réveille pas.

Gabriel baisse les yeux vers lui, et son regard est attiré par les bleus dans le pli de son coude, là où l'aiguille est plantée dans sa veine. Il se penche, puis tend la main.

"Gabe, non, ne le touche pas, il va-"

Dean a un violent sursaut, se redresse brusquement, et Castiel ne réagit pas assez vite pour l'empêcher de frapper Gabriel dans la pommette. Celui-ci recule, parce que le coup est rapide, quasiment instinctif, la réaction première de Dean s'il se sent en danger. Il se débat quand Castiel referme ses bras sur lui pour le maintenir contre lui. "Dean," dit-il. "Dean, ça va."

Gabriel porte la main à son visage. "Ce n'est que moi, Dean."

"Que toi?" s'emporte Dean. "Ne me touche pas sans prévenir, si tu ne veux pas que je te casse le nez, abruti."

"Je suis désolé."

"Rien à foutre, espèce de-"

"Gabe, sors," intervient Castiel, relâchant un peu Dean. "S'il te plaît."

"Je vais aller chercher Charlie," répond Gabriel en se relevant.

Il sort, mais Dean ne se détend pas. Castiel le lâche. "Dean, calme-toi."

"Je suis très calme," crache-t-il, se redressant difficilement, les jambes tremblantes. "Ne me dis pas de me calmer alors que tu savais très bien ce qui se passerait si tu laissais n'importe qui d'autre que toi me toucher comme ça."

"Je suis-" avant de s'interrompre, puis de se lever d'un bond, lorsque Dean trébuche, se rattrape au lavabo. "Dean, est-ce que tu te sens bien?"

"Mais, oui, putain, ça va," s'agace Dean en sortant de la salle de bains.

Castiel se lève pour le suivre. Dean attrape rageusement un nouveau t-shirt, qu'il enfile en revenant vers le lit, et Castiel résiste à l'envie de l'aider à s'asseoir, parce qu'il sait que Dean ne le laisserait pas faire. "Tu es vraiment sûr que ça va?" demande-t-il tout de même.

"Tu peux arrêter, juste cinq putains de petites minutes, de me traiter comme si j'étais en sucre?"

"Mais je-"

"Oh, c'est bon," le coupe Dean, trop sèchement. "Tu commences vraiment à m'énerver, et puis merde," en retirant tout seul le cathéter de sa perfusion.

"Dean, non, ne-"

"Lâche-moi un peu, tu veux bien?"

"Dean," intervient Charlie en entrant dans la chambre, suivi de près par Gabriel. "Tu peux essayer de-"

"Non, je ne peux pas," la respiration trop rapide, avant de jeter un regard meurtrier à Gabriel. "Et toi, j'ai rarement vu plus con."

Gabriel penche la tête en soupirant. "Je ne pense pas que ce soit vraiment contre moi que tu es en colère, tu sais."

"Oh, tu crois?" échappant à la vigilance de Castiel assez longtemps pour se lever et faire quelques pas dans la direction de Gabriel, qui lui adresse un sourire, presque encourageant.

"Recule, Dean," dit Charlie, sans pour autant s'interposer physiquement.

"Je vais lui casser la gueule, à cet abruti," alors que Castiel attrape sa main pour le retenir.

Gabriel secoue la tête à l'attention de son frère. "Laisse-le faire, Cassie," puis, se retournant vers Dean, qui avance vers lui, jusqu'à le plaquer contre le mur, sans que Gabriel ne fasse quoique ce soit pour l'en empêcher. "Qu'est-ce qui t'énerve à ce point, Dean? Vas-y, tu peux le dire."

"C'est toi."

"Alors, frappe-moi," réplique Gabriel. "Si tu penses que c'est ce qui va t'aider."

Le temps est suspendu pendant quelques secondes. Dean le fixe, et personne n'ose intervenir. Gabriel reste immobile. "Frappe-moi," répète-t-il.

"La ferme," acerbe, refermant ses mains sur le col de la chemise de Gabriel.

"Dis-le, Dean," toujours sans bouger. "Ça va te faire du bien."

Et au moment où Charlie pose la main sur le bouton d'appel d'urgence, Dean craque :

"Ce qui m'énerve à ce point," crache-t-il entre ses dents. "C'est que t'as pas l'air d'avoir fait assez d'études pour comprendre qu'il ne faut pas toucher quelqu'un qui a été violé. Un putain de psychiatre est censé savoir ça, non? Cas a compris, lui, tu vois, et il a attendu que je sois d'accord, mais toi, non, il a fallu que tu essaies. Bordel de merde, même Richmond a été assez intelligent pour comprendre tout seul que mon père m'a-" se coupant avant de relâcher brusquement Gabriel, et de ramener ses bras contre lui. Il recule de plusieurs pas, le visage complètement fermé. "Je ne voulais pas dire ça," dans un souffle presque déchirant, avant de sortir dans le couloir.

"Une bonne chose de faite," finit par reprendre Gabriel, alors que Charlie emprunte le même chemin que Dean quelques secondes plus tôt.

"Tu n'étais pas obligé de le pousser à bout comme ça," répond Castiel quand il se retrouve seul avec son frère.

"Bien sûr que si," en secouant la tête. "Dean est le genre de personne trop têtue pour admettre qu'il a besoin d'aide, et surtout pour accepter d'être aidé. Je sais que tu crois qu'il va se briser si on le pousse un peu trop, mais, Cassie, tu penses vraiment qu'il peut souffrir plus que ça? Moi, je ne pense pas, et dans ce cas-là, il ne peut qu'aller mieux, ou ne plus aller du tout. J'étais obligé d'insister, parce qu'il n'aurait jamais rien dit."

"Il m'a parlé, à moi, et je n'ai pas eu besoin de le torturer pour ça."

Gabriel a un petit sourire. "Oh, ça," dit-il. "C'est parce que Dean est très, très amoureux de toi."

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Dans le couloir, Charlie trouve Dean assis contre un mur, le regard un peu dans le vide. Elle s'approche. "Je peux m'asseoir?"

"L'hôpital n'est pas à moi," répond Dean, comme si ça n'avait pas vraiment d'importance. "Alors je suppose que tu peux t'asseoir où tu veux."

"Tu sais, Dean," en se laissant glisser pour s'installer à côté de lui. "Ce que tu as dit n'a surpris personne."

"Alors pourquoi m'avoir forcé à le dire?"

"Parce que ça devait venir de toi."

Dean rit, un brin sarcastique. "Qu'est-ce que ça pourrait bien changer?"

"Beaucoup de choses," répond Charlie.

"Il y a beaucoup de choses que je ne vais pas te dire."

"Pour quelle raison?"

Distraitement, Dean passe ses doigts sur les bandages, autour de ses poignets. Il sent les points de suture sous les compresses, et appuie doucement dessus, recherchant la douleur. "Parce que je ne veux pas que tu saches ce que j'ai fait," finit-il par répliquer. "Je ne voulais même pas que Cas sache, mais il peut être vraiment obstiné."

"Tu lui as dit ce que tu ne veux pas que je sache, et, dis-moi, Dean, est-ce qu'il a changé d'avis à ton sujet?"

"Non."

"Alors-"

"Alors ça n'a rien à voir," en la coupant, sans hausser le ton. "Tu ne m'aimes pas comme Cas m'aime."

"Ça, c'est vrai," sourire aux lèvres, avant de reprendre, plus sérieusement. "Je pense que tu ne veux pas me parler de ce que tu as fait parce que tu n'arrives pas à te pardonner à toi-même, quoiqu'il y ait à pardonner. Mais tu sais ce que c'est, la seule chose dont je suis vraiment certaine à propos de ton passé?"

Dean n'est pas sûr d'avoir envie d'entendre ce que Charlie est sur le point de dire, mais il hausse quand même les épaules. "Quoi?"

"Tu sais à quoi ressemble l'enfer," dit-elle. "Je peux le voir dans tes yeux."

Charlie se penche pour poser sa main sur celle de Dean, qui la regarde un moment, la vérité quelque part coincée dans sa gorge, son souffle coupé par l'envie de penser qu'il a le droit. Et maintenant, dans ce couloir, Dean raconte un peu de ce qui lui est arrivé. Un peu de ce qu'il est, de ce qu'il a été, de ce qui fait mal, et aussi de ce qu'il a au fond du cœur, parce que ce qui est brisé n'est pas toujours irréparable. Les fêlures guérissent parfois.

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Après ça, les jours passent. Il y a les bons jours, et les jours où Dean abandonne. Les jours où il n'a plus envie de se battre, où tout ce qu'il veut, c'est lâcher prise. Puis les jours où il rit, où il sourit beaucoup. Même les jours où il est à deux doigts, deux centimètres, deux battements de cœur d'embrasser Castiel. Il y a les jours où Dean le repousse, et il y a ceux où Dean pose ses lèvres sur sa joue. Ceux où il reste dans son lit parce qu'il ne veut voir personne, ceux où il hurle sur tous les gens qui essaient de lui adresser la parole, ceux où Castiel le retrouve assis quelque part, la tête entre les mains, à pleurer toutes les larmes de son corps parce qu'il ne peut plus supporter la douleur qui le consume de l'intérieur. Mais Castiel est toujours, toujours là, et il sourit, et c'est comme un second souffle, à chaque fois. Comme réussir enfin à reprendre sa respiration, alors que Dean pensait ne jamais y arriver.

Il y a aussi, et peut-être qu'il y aura toujours, toute cette colère que Dean a en lui. La rage, puis la violence. Ce qu'il a du mal à garder pour lui, à contrôler quand il a simplement envie de tout laisser s'exprimer.

Le dixième jour est un très mauvais jour. Dean se détourne quand Castiel entre dans la chambre, mais celui-ci s'assoit quand même sur le bord du lit, à une distance assez raisonnable. "Charlie m'a dit que tu refusais de lui parler, et Gabriel-"

"Laisse tomber," marmonne Dean, sans le regarder.

"Tu veux que je laisse tomber?"

"Je veux que tu arrêtes de me-"

"De t'aider?" demande Castiel, un peu froidement.

Dean rit. "Enfin, tu es en train de perdre patience avec moi," dit-il. "C'est pas trop tôt, parce que ça commence à faire long, tout ce temps à essayer de garder ton calme quand tu as juste envie de me gifler."

"Je sais très bien ce que tu cherches à faire," en penchant légèrement la tête sur le côté.

"Tant mieux pour toi," rétorque Dean, les yeux toujours obstinément fixés partout ailleurs que sur Castiel.

"Je repasserai quand tu seras calmé," répond celui-ci, avant de se lever.

Il quitte la chambre, croisant Charlie dans le couloir. "Qu'est-ce qu'il a dit?" demande-t-elle.

"Il est détestable, et il le sait," en se passant une main dans les cheveux. "Il nous teste, pour voir qui va craquer en premier, et le remettre à sa place, mais ses manières sont vraiment… tu sais. Dean a le don de pousser les gens jusqu'au point de rupture."

Charlie ouvre la bouche pour répondre, mais un fracas métallique, un peu plus loin dans le couloir, la coupe dans son élan. "Tu peux y aller, s'il te plaît?" avec un léger soupir. "J'ai un autre patient à voir, et Dean ne m'écoutera pas, de toute façon."

Castiel acquiesce.

La voix de Dean résonne contre les murs, alors qu'il menace Jason, debout devant la porte de la pharmacie. "Dean, s'il te plaît," fait l'infirmier. "Tu sais très bien que je ne peux pas te laisser entrer."

"Dégage, Jason," siffle Dean en faisant encore un pas vers lui.

"Non."

Jason lance un regard entendu à Castiel quand celui-ci n'est plus qu'à quelques mètres de lui, et il hoche la tête avant d'appuyer sur le bouton d'appel. Il s'approche de Dean, qui ne semble même pas le voir. "Dean, est-ce que-"

"Ta gueule, Castiel, putain, j'en ai assez que tu me dises ce que je suis censé faire," hurle Dean en se retournant vers lui. "J'en ai assez d'être ici, j'en ai assez de faire tous les efforts du monde pour rien, alors tu sais quoi? Va te faire foutre. Et dis à Charlie qu'elle aussi, elle peut aller se faire foutre. Je vais rentrer dans cette pharmacie, parce que si j'ai envie de me défoncer à la morphine, je vais me défoncer à la morphine. Tu penses que tu es qui, pour décider de ce que j'ai le droit de faire ou non?"

Il n'attend pas que Castiel réponde, et fait brutalement volte-face pour menacer Jason du regard. "Je te conseille de dégager."

"Non," répète l'infirmier.

Dean envoie son poing dans sa mâchoire, le propulsant violemment contre le mur, puis se débat quand Castiel l'attrape par derrière pour l'empêcher de frapper une deuxième fois. "Arrête, Dean," en le tirant en arrière.

"Lâche-moi!" alors qu'il est tellement en colère qu'il ne voit même pas le docteur Richmond s'approcher de lui. "Castiel, lâche-moi, bordel, mais lâche-moi."

Castiel le relâche, pour mieux le coincer contre le mur. "Regarde-moi, Dean," haussant le ton pour attirer son attention. "Tu n'as pas besoin de morphine, tu en as envie, et c'est très différent. Si tu en prends, tu vas devoir tout recommencer depuis le début. Ce n'est pas ce que je veux pour toi, et ce n'est certainement pas ce que tu veux pour toi-même non plus, alors reprend le dessus, s'il te plaît."

"Je peux lui injecter un-" commence Richmond, tout en restant à distance.

"Non, vous n'allez rien lui injecter du tout, parce que Dean va se calmer tout seul," le coupe Castiel, resserrant sa prise sur les épaules de Dean, qui continue d'essayer de se dégager. "Dean, tu vas arrêter ça, et tout de suite, parce que oui, je vais perdre patience avec toi. Tu me demandes qui je suis pour te dire ce que tu as le droit de faire ou non? Qui je suis, Dean? Je suis cette personne qui t'aime et qui te tient la main quand tu ne peux pas dormir. Et je suis aussi cette personne qui t'a regardé te vider de ton sang sur le carrelage d'une salle de bains, alors tu peux me dire d'aller me faire foutre si ça te fait plaisir, mais dis-le en me regardant dans les yeux."

Le ton de sa voix est si sec que Dean finit par se détendre, même si sa colère ne retombe pas. "Lâche-moi, Cas, s'il te plaît," dit-il, plus posément, malgré sa respiration sifflante.

"Tu es calmé?"

"Je t'ai dit de me lâcher," gronde-t-il en essayant de le repousser.

"Arrête," sans bouger d'un millimètre. "Tu es en colère? Tu as envie de tout casser? Très bien, Dean, sois en colère, vas-y."

"Ne me cherche pas."

"Et qu'est-ce que tu vas faire?" provoque Castiel. "Tu veux me frapper, moi aussi?"

Plus rien n'existe pour Dean que le bleu des yeux de Castiel qui le fixe, encore et encore, et il arrive à peine à se souvenir pourquoi il y a tellement de rage en lui. Il secoue la tête, tout doucement. "Non, je ne… je ne veux pas te frapper," répond-il.

Castiel recule de deux pas, et Dean se décolle du mur, détourne le regard, puis passe devant le docteur Richmond, devant Jason, pour retourner dans sa chambre, dont il claque la porte trop fort.