Titre
: Vent d'Est
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits :Naruto
est la propriété de Masashi Kishimoto (je l'ai apprise
par coeur).
Avertissements : AU,Yaoi, Yuri,
Het. Spoilers
en tout genres. En outre, étant donné la différence
d'éducation de certains et suite aux événements
qui ont suivi le départ de Naruto, des personnages peuvent
paraître OOC.
Blabla de l'auteur :
Un détail qui a son importance : j'ai commencé le
scénario de « Vent d'Est » avant la
découverte de l'identité des parents de Naruto, du coup
toute la théorie autour du nom du Yondaime dans cette fic est
fausse, mais je la garde néanmoins afin de ne pas mettre à
bas toute l'intrigue qui a été bâtie autour. Par
contre, je suis à jour pour le reste, alors ça va y
aller en spoilers en tous genres. Vous voilà prévenus.
Bonne lecture à tous !
Chapitre
13 :
De
galères en déconvenues
Apprendre le russian n'était pas si difficile tant que l'on passait sur le fait qu'il s'agissait d'une langue totalement différente du japoni, avec des inflexions impossibles à prononcer pour un Japonin lambda. Sans parler du ridicule de la chose : Stanford était un géant poilu tandis que Shikamaru avait l'air d'un enfant imberbe à côté de lui. Ou quelque chose du genre. Quoi qu'il en soit, il prenait au moins autant de place qu'Ino et lui réunis, si ce n'est plus.
Pas pour la première fois depuis leur départ du Japonin, Shikamaru se dit que Shino était un génie dans son genre. En voyant Stanford, il était sensé de se dire qu'il ne pourrait jamais rentrer dans la Libellule. Pourtant, sans qu'il sache trop comment, Shino avait réussi à aménager une nacelle fermée non loin de leur cockpit, à l'aide de pièces de rechange qu'il avait emmené en cas de panne et de matériaux divers qu'il avait récupérés sur l'île. Cela lui avait pris deux jours de plus, mais en fin de compte Stanford pouvait prendre place à leurs côtés.
— Tu as bientôt fini ? demanda Shikamaru.
Shino leva à peine la tête de son ouvrage.
— Presque. Il faut encore que je refasse des calculs. Et ce serait pas mal, des essais avant de décoller vraiment hors de l'île.
— Tu penses que ça tiendra ?
— Ça devrait aller, mais il vaut mieux faire des tests. Comment ça se passe du côté de Stanford et d'Ino ?
Ino et Shino ne s'étaient plus trop reparlés depuis l'arrivée de Stanford. Shikamaru n'avait pas le temps de les réconcilier en bonne et due forme : entre Shino qui travaillait sur son avion et Ino qui tâchait d'apprendre le maximum de vocabulaire russian en un minimum de temps, ils avaient déjà assez à faire sans devoir en plus revoir leur travail d'équipe. Tant qu'ils ne se marchaient pas sur les pieds, c'était tout ce que Shikamaru demandait.
— Pas mal. J'ai déjà appris à dire : « Bonjour, je veux ce journal s'il-vous-plaît » et « Attention à la marche » en russian. Encore une heure, et je pourrai prononcer correctement le mot qu'ils utilisent pour « ours blanc ».
— Et qui est ?
— J'en sais fichtrement rien. Je n'arrive pas à savoir comment l'assemblage de sons nécessaires à sa prononciation marche, alors le répéter...
Shino poussa un rire qui ressemblait beaucoup à un soupir. Plus Shikamaru le connaissait et plus il se disait que ces diables d'Aburame ne réagissaient décidément pas comme les gens ordinaires.
— Nous devrons passer par la Franche-Terre, dit-il pour changer de sujet de conversation. Tu penses revoir ta mère ?
Le rire de Shino cessa net.
— J'en doute. La Franche-Terre est un très grand pays. En outre, si nous voulons optimiser notre trajet, il nous faut passer par le Nord.
— Et alors ?
— Sa région d'origine était le Sud.
— Oh.
Shikamaru attendit un peu que Shino développe ce qu'il venait de dire, mais quand il vit que son subordonné ne semblait pas pressé de se confier, il haussa les épaules et retourna auprès des deux autres. Tant pis. Les origines de Shino n'avaient pas d'influence directe sur la mission ; il pouvait donc garder ses secrets s'il y tenait.
Ino bavardait gaiement en un russian maladroit quand il la rejoignit. Elle lui adressa un large sourire ravi et débita une série de mots barbares qui lui donnèrent mal à la tête. Derrière elle, Stanford paraissait ravi : il se planta devant Shikamaru et lui dit d'une voix forte :
— Merrzi de fotre aide.
— Allons bon, dit Shikamaru. T'as réussi à lui apprendre du japonin ?
— Juste ces mots-là, dit Ino. Il y tenait.
— T'emballe pas trop, surtout. Je suis pas sûr que le Hokage serait très content qu'un prince étranger apprenne trop de choses sur nous.
Ino éclata de rire.
— Penses-tu, je crois que ça ferait plaisir à Jiraiya, au contraire ! Ça lui permettrait de bavarder avec un compatriote.
— Jiraiya est Russian ?
— En partie, par sa mère. T'as jamais remarqué ses cheveux blancs ?
Shikamaru fit la grimace.
— Ça ne veut rien dire, ça. J'ai un cousin qui a les cheveux blancs, tout ça parce qu'il a un très lointain ancêtre russian du côté de son père.
— Jiraiya est un sang mêlé. Il y a quinze ans, il était reparti en Russia auprès de sa famille maternelle avant de revenir suite à la mort du Sandaime, pour prendre sa place.
— Ah, c'est donc là qu'il avait disparu... Mais dis-moi, comment tu sais ça, toi ?
Ino eut un sourire moqueur. À côté d'elle, Stanford les regardait sans comprendre. Shikamaru n'aimait pas beaucoup devoir parler de ce genre de choses en sa présence ; l'espace d'une seconde, il se demanda s'il devait amener Ino à l'écart pour qu'ils puissent discuter à leur aise. Certes, la barrière de la langue leur permettait de larges écarts de conduite mais qui sait si cet homme ne disposait pas d'une formidable mémoire qui lui aurait permis de répéter leurs paroles en face d'un traducteur ? C'était une idée farfelue mais il avait été entraîné par sa famille pour envisager les idées de ce genre. Aucune possibilité n'était à exclure quand on était en mission.
— Je suis un ninja, non ? dit Ino. Je sais des choses que d'autres ne savent pas.
— La belle affaire. Moi et tous les membres de ma famille aussi, pourtant on ignorait totalement cette information. Ou alors c'est encore un autre secret en rapport avec ton côté anglican ? Un pouvoir spécial qui te permet de deviner les destinations des gens ?
— Non, idiot. C'est tout simplement lui qui nous l'a dit.
De mieux en mieux. Plus cette mission avançait et plus Shikamaru voyait à quel point Ino et lui se connaissaient mal, en fin de compte.
Il détestait cela.
— Pour quelle raison ? demanda-t-il sans quitter Stanford des yeux.
— Parce qu'il en avait envie, je suppose.
— Ino, il n'a jamais révélé cette information à personne, pas même au Conseil. Pourquoi est-ce qu'il te l'aurait dit à toi en particulier ?
— Ce n'est pas à moi en particulier mais aux membres de mon clan. Et puis d'abord, comment tu sais qu'il ne l'a pas dit au Conseil ?
— Je suis un ninja, non ?
Ino fit la grimace.
— C'est malin.
— C'est toi qui a commencé.
Shikamaru allait répliquer quand il vit l'expression de Stanford : amusée, comme s'il venait d'entendre une blague très drôle.
— Pourquoi il rigole comme ça, lui ?
— Je vais lui demander.
Stanford agita les bras en signe de déni lorsqu'Ino lui demanda la cause de son hilarité. Shikamaru vit le visage de son amie se décomposer.
— Beûrk, dit-elle.
— Quoi ?
— Il dit qu'on ressemble à un vieux couple.
— Beûrk, en effet.
— Et maintenant ?
— Ah, bah...
Shino se dirigeait vers eux.
— La Libellule est prête pour les premiers tests, dit-il d'une voix monocorde.
Shikamaru remarqua qu'il s'efforçait de garder les yeux rivés sur lui, en évitant soigneusement Ino qui faisait la moue. Il soupira. C'était vraiment très, très énervant en définitive.
— Bon, on y va. Et bas les pattes, vous deux. J'ai pas envie de devoir vous séparer si ça se passe mal.
o-o-o
Des milliers, des millions d'images lui parviennent en même temps, vestiges d'une époque passée où il était encore libre et savait. Quelle était la dernière fois où il avait pu courir à sa guise par-delà les forêts et les plaines ? Depuis quand n'avait-il plus que le goût de la cendre et du fiel sur la langue ? Des milliers de visages le scrutent, lui qui autrefois les dominait tous et qui, dans une certaine mesure, les aimait. Ses enfants.
À présent, n'existent que les coeurs aigris et la haine qui colle à la peau aussi sûrement que la sève du plus bel arbre de Kanhiyapur.
Hurle et détruit.
Le Kyûbi se réveille.
o-o-o
Après divers essais plus ou moins heureux et deux révisions de la nacelle et du moteur, la Libellule fut enfin prête à partir. Stanford serait installé un peu en avant du cockpit de Shikamaru et d'Ino ; il ne disposerait que de peu de place et il serait soumis à un froid glacial, mais c'était la seule solution si on voulait l'emmener. Stanford s'accroupit dans sa nacelle sans protester, trop heureux d'avoir enfin la chance de quitter sa prison.
— Il nous faudra nous arrêter bien avant la Franche-Terre, dit Shino.
— De toute manière, il faudra bien l'amener quelque part, soupira Shikamaru. Tu es sûre qu'il sait quoi faire en arrivant, Ino ?
— C'est ce qu'il affirme, en tout cas. Si on trouve le noble qui était censé l'accueillir jusqu'à ce qu'il soit emmené au palais de son père, celui-ci pourra l'aider à regagner sa juste place.
— Espérons que ce soit aussi simple. Ça fait quoi, dix ans qu'il est là ?
— Seulement sept. À peu près. Il n'avait pas de quoi compter précisément.
— C'est quand même long. Bien des alliances se dénouent en sept ans.
— S'il s'agit d'une royauté et que son père est toujours au pouvoir, cela devrait aller.
— Mouais. On verra bien.
Avaient-ils vraiment le choix ? Maintenant qu'ils avaient décidé d'inclure Stanford dans leur groupe, ils devaient s'accommoder de cette solution. Shikamaru les voyait mal traîner ce géant avec eux dans leur mission, même s'il parlait sans doute mieux que lui l'anglican.
La Libellule parut plus longue à décoller, plus gauche aussi. Du fond de son cockpit, Shilamaru ricana. Il avait tellement entendu Shino radoter sur son avion qu'il en venait à présent à le considérer comme une personne à part entière, au même titre que ses compagnons ! Selon Shino, la Libellule était une femme fine et élancée qui ne manquait pas d'un certain standing malgré l'aspect brut de sa conception. Comme toutes les belles femmes, il fallait en prendre soin et la traiter avec égards ; c'est pourquoi il avait tant tardé à les faire partir. Sans être aussi poétique, Shikamaru préférait largement perdre une journée dans leur voyage plutôt que de prendre le risque d'une panne qui les aurait envoyés par le fond. Ino n'était pas de cet avis, mais elle n'était pas à prendre avec des pincettes en ce moment avec la querelle qui l'opposait à Shino ; mieux valait mettre ses récriminations de côté jusqu'à ce qu'elle revienne à de meilleurs sentiments.
Cette mission commençait à ressembler à une garde d'enfant : entre la fillette têtue, le gamin mal luné passionné sur un sujet ou deux et le sauvageon, c'était le pompon. Shikamaru n'avait pas été formé pour ça, bon sang !
— Il a l'air de tenir le coup, dit-il en jetant un coup d'oeil à la nacelle de Stanford. Shino, combien de temps avant qu'on arrive ?
La voix de Shino lui répondit, déformée par la transmission radio.
— Au moins vingt heures. Je vais tâcher de faire le plus de chemin possible.
— Ne te force pas. Tu as aussi besoin de te reposer.
— Je vous rappelle quand nous arriverons aux frontières de la Russia.
Shikamaru soupira. Vingt heures, c'était bien long.
— Puisqu'on a du temps à perdre, dit-il à l'intention d'Ino, et si on continuait notre discussion ?
— Laquelle ? demanda Ino d'une voix pâteuse.
— Celle où tu me disais que Jiraiya vous avait révélé des choses sur lui qu'on ne savait même pas, nous autres.
Ino eut un rire sec.
— Qu'est-ce que tu veux savoir ?
— Tu répondras à toutes mes questions ?
— Si cela ne remet pas en cause des secrets qui ne m'appartiennent pas, pourquoi pas. Le Hokage m'a bien dit de tout te révéler qui pourrait être utile à la mission. Ça l'est ?
— S'il est russian, cela pourrait m'aider, mais c'est surtout une question de curiosité.
— Je pourrais ne pas te répondre.
— Pas si tu veux que je reste concentré sur notre mission exclusivement.
— Si ça t'amuse... alors ?
— Pourquoi vous l'avoir dit à vous et pas aux autres ?
— Il voulait gagner notre confiance.
— Pourquoi ?
— Tu te souviens, il y a cinq ans ? Quand le Sandaime est mort ? Jiraiya était venu à ses funérailles et finalement il est resté en tant que son successeur.
— Oui, je m'en souviens. Mon père avait été appelé pour enquêter sur cette drôle d'affaire. Finalement, le dossier lui a été retiré à la dernière minute et on a accusé une femme d'origine étrangère. Je n'ai pas tous les détails, on refusait de nous en parler, aux enfants. Je me souviens que mon père était sans cesse en rogne. Même ma mère n'osait pas l'approcher, et pourtant c'est quelque chose ma mère !
— C'est vrai.
— Jiraiya vous a approchés à ce moment-là ?
— On a avait énormément de problèmes avec le village. Les gens ont commencé à se méfier de nous, puis ils se sont montrés de plus en plus odieux. Mon père avait sans cesse peur qu'on soit expulsé avec la coupable.
— J'ignorais cela, chuchota Shikamaru, troublé. Tu ne m'avais jamais dit que vous étiez menacés comme ça.
— Ton père était au courant et c'est sans doute pour ça qu'il n'était pas content. Mais à part ça, quand ça a fini par se tasser un peu, on s'est mis d'accord pour ne pas trop ébruiter l'affaire. Il fallait garder profil bas.
— Je dois être le plus mauvais espion de l'Histoire du village, grogna Shikamaru. Comment est-ce que j'ai pu manquer ça ?
— Comme je t'ai dit, on s'est montré très prudent.
— Et Jiraiya ?
— Une fois qu'il est devenu Hokage, il nous a aidés à reprendre un semblant de dignité. Il nous a protégés.
— C'était donc si grave ?
— Beaucoup de choses ont changé à la mort du Sandaime. Tu as de la chance, tu viens d'une bonne famille qui remonte au premier Hokage. Nous autres Yamanaka sommes si peu éloignés de nos cousins anglicans que nous avons encore la marque de notre affiliation.
Shikamaru ne pouvait pas la voir, mais il était sûr qu'Ino devait jouer avec ses cheveux, ses beaux cheveux couleur de blé mûr qu'elle portait si fièrement depuis toute petite. À présent qu'il savait plus de choses sur tout ce que cette couleur impliquait, il se sentait moins d'humeur à se moquer d'elle à chaque fois qu'elle faisait un de ses caprices de fille à leur sujet. Il se demanda ce que cela faisait de posséder une telle couleur durant une période de troubles. Les siens étaient d'un noir profond, couleur des nuits de Konoha. La teinte n'était pas aussi soutenue que ceux de Sachiko, par exemple, mais on pouvait du premier coup d'oeil voir qu'il était un Japonin.
— J'aime bien te regarder, dit-il sur le ton de l'évidence. J'ai l'impression de regarder l'été.
— T'es con, rigola Ino.
Pourtant, son rire était tellement plus naturel qu'avant ! Shikamaru se promit qu'une fois la mission terminée, il l'emmènerait au resto avec Chôji et peut-être même Neji et Sachiko. Un yakiniku ou des sushi, quelque chose de bien cher pour fêter le simple fait d'être ensemble. Ensuite, ils iraient se balader dans les rues ou finir la soirée dans un bar, à savourer leur première vraie cuite entre amis qu'ils avaient eue depuis des mois. La vraie vie, quoi.
Rien que pour ça, il avait hâte de rentrer.
o-o-o
Hommes et femmes, adultes et enfants, humains misérables qui craignent pour leur vie et pleurent le peu qu'ils perdent à chaque seconde ! Pourquoi est-il de retour parmi eux ? Il avait été si bien, dans cet abîme d'ignorance et d'incompréhension !
L'homme à l'oeil de sang vient et lui crie d'arrêter. La tache sur son coeur, la haine dans son coeur qui s'évapore peu à peu, laisse une peau fumante. Peau nue, chair blanche. Qu'il a l'air troublé, pauvre être impuissant ! Le Kyûbi veut l'écarter d'un coup de queue, mais il l'esquive et revient à la charge, homme impudent à la voix de tonnerre et à la poitrine nue.
— Je t'en prie, Naruto ! hurle-t-il. Réveille-toi !
Se réveiller ? Jamais le Kyûbi n'avait été plus alerte, jamais il n'avait vu le monde cette manière ! Pourquoi cet homme est-il si triste ? Lui ne l'est pas, lui le Kyûbi, lui le Chasseur de soleils ! Le ciel est vaste, la terre est fertile, le torrent gronde et apaise la soif. À ses pieds, telles des fourmis de peur et de haine, les humains courent.
— Naruto ! crie à son tour un homme aux cheveux de nuage.
Il est là derrière lui, le géant à la taille de fourmi. Un garçon au masque de monstre, un monstre au masque de garçon se tient près de lui, ses yeux semblables au mont Guogai sur lequel il avait tué pour la première fois, lui le Neuvième, lui le Dernier. Le goût de cendre dans sa bouche devient insoutenable.
Hurle et détruit.
o-o-o
Shino s'était trompé : quinze heures seulement leur suffirent à atteindre les frontières de la Russia. Shikamaru pouvait difficilement lui en vouloir. Comment aurait-il pu savoir que ce vaste pays d'hiver avait récemment étendu son territoire au-delà des mers, au-delà du ciel ? Les services de renseignement de Konoha étaient très performants, mais ils couvraient à peine leur pays seul, alors ce qui se passait loin du Japonin ou de Cathay ? C'était beaucoup trop demander, même pour des ninja de leur trempe.
Le comité d'accueil se composa d'une flotte d'une dizaine de cuirassés et d'un gros appareil volant en forme de ballon ovale. Shikamaru s'émerveilla de la présence d'hélices sur les côtés, d'une nacelle contenant un équipage d'une cinquantaine de personnes peut-être et surtout des deux rangées de canons qui occupaient ses flancs. On leur avait sommé de se rendre. Ino avait sursauté en entendant les hauts-parleurs leur hurler dessus en russian, puis en anglican et d'autres langues inconnues qui rendirent Shikamaru curieux : en tout, combien y avait-il de nations aux langues différentes dans le monde ?
— Quoi qu'ils disent, je crois qu'on ferait mieux d'obtempérer, dit-il à Ino. Je n'ai pas envie de finir comme bouffe pour poissons dans ces mers gelées.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
La voix de Shino se fit entendre.
— Je n'ai pas compris le reste, mais ils ont dit en franc-terrois de nous rendre sans opposer de résistance.
— Rien d'autre ?
— À part qu'ils font partie de la flotte tsareïte, non.
— C'est le père de Stanford qui les aurait envoyés ? fit Ino, surprise.
— J'en doute, dit Shikamaru. Comment pouvait-il savoir qu'on ramenait son rejeton ? Non, c'est soit une opération de routine, soit ils cherchent quelque chose ou quelqu'un de précis. Il n'y a qu'à espérer qu'il ne s'agit pas de nous.
— Et si c'est le cas ?
— Essayons d'abord de savoir ce qu'ils nous veulent, on avisera après. Tu as ton oreillette ?
— Oui.
— Shino ?
— Elle est déjà placée.
— Le froid a l'air de limiter la réception. Comment ces hélices font-elles pour tenir avec le gel ? Shino m'a dit qu'il avait dû installer un radiateur pour éviter au moteur et aux passagers de geler.
— C'est sans doute à cause de leur protection, chuchota Ino.
— Laquelle ?
— Je ne connais pas bien ces gens, mais dans ma famille d'Anglica on disait que les Russians possèdent la protection de Baba Yaga, la Grand-mère Hiver comme ils l'appellent. Elle empêche le froid de les tuer ou quelque chose dans le genre.
— C'est pratique.
Durant leur discussion, les canons de l'appareil volant s'étaient peu à peu déplacés pour se pointer vers eux. Shikamaru soupira.
— Shino, si tu peux les contacter avec la radio fais-le. Dis-leur que nous sommes tout décidés à nous rendre.
— Je le dis en quelle langue ?
— Franc-terrois, si tu peux. Autant les éloigner de notre pays-cible.
— Et s'ils essaient de nous parler en franc-terrois ? demanda une Ino affolée.
— On se débrouillera.
— Tu ne connais pas un traître mot de cette langue !
— Eh bien vous n'aurez qu'à dire que je suis un prisonnier de guerre ou un serviteur étranger, je sais pas moi, improvisez ! Je suis nettement désavantagé dans cette histoire.
— Génial. On va tous mourir.
Malgré ses mots, Ino prit une grande inspiration, sans doute pour se donner du courage. La seconde suivante, elle était prête : regard déterminé, sourire confiant et pose professionnelle. De son côté, Shikamaru prit l'air le plus accablé et le plus misérable possible. Il aimait bien jouer les idiots paresseux à l'occasion, ce qui était d'autant plus facile qu'il l'était au moins à moitié.
— On dépose sa majesté poilue, on empoche la récompense s'il y a ou on s'enfuit si cela s'envenime, en tout cas on ne reste pas dans les parages. Je n'aime pas trop la gueule de leurs canons.
o-o-o
L'homme à l'oeil de sang et l'homme aux cheveux de nuage sont tombés. Ne reste que le garçon-monstre qui sourit sans sourire ; le garçon-monstre qui a un coeur et pas de coeur en même temps. Le Kyûbi se lèche les babines, car le garçon a une bonne odeur : une odeur de mort, une odeur de malédiction. L'odeur de ceux qu'a touché Moïra, la Triple.
Le garçon lève les bras, un rouleau prêt. Il insuffle la vie à l'encre, il mime le pas des dieux. Garçon-monstre qui pleure comme il rit.
Un coup de patte, son masque est brisé. L'homme-nuage devient sang.
Garçon-monstre et Oeil-de-Sang crient.
Hurle et détruit.
o-o-o
Contre toute attente, les Russians se montrèrent courtois, limite lèche-bottes. La présence de Stanford y fut pour beaucoup. Dès qu'ils eurent compris qui il était, les soldats de la flotte se firent un plaisir de les accompagner à leur avant-poste le plus proche. Shikamaru suivit les opérations de loin, lui qui arrivait à peine à comprendre qu'on lui disait bonjour. On les plaça sur l'un des bateaux, le plus grand qu'ils avaient, afin qu'il puisse aussi porter la Libellule. Shino veillait sur son avion d'un oeil jaloux.
Les trois amis furent invités à attendre sur le pont battu par les vents du Nord tandis que Stanford s'entretenait avec le capitaine. À sa longue barbe touffue et au regard ferme qu'il leur lança, Shikamaru le devina un vétéran, un soldat qui avait combattu sur le terrain pendant de longues années avant d'accéder à un rang supérieur. Le bras en fer au bout duquel se trouvait un crochet de taille respectable était aussi un petit plus non négligeable.
— Nous arrivons à Vladinsk, selon le maréchal Koutouzov, dit Ino qui traduisait via Stanford. Nous allons nous reposer le temps qu'ils envoient un message à la capitale pour avertir le pouvoir en place.
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne perdaient pas de temps, dans ce pays au climat impossible. Le port dans lequel on les mena était plus recouvert de givre qu'autre chose. Shikamaru put distinguer quelques embarcations à jamais immobiles avec la prise de la glace, des maisons agglutinées en un tas informe afin de garder le plus de chaleur possible, quelques traîneaux et autres véhicules rudimentaires faits de bois et de clous rouillés. À côté de la flotte rutilante de fer et de modernité, les piteuses masures de Vladinsk semblaient sortir d'un autre âge.
— Tout est arrangé, continua Ino. Koutounov a reconnu Stanford. Il paraît qu'ils étaient à sa recherche depuis des années. Les hommes qui l'ont exilé sont tous morts avant d'avoir pu révéler son emplacement, alors ils désespéraient un peu de le revoir en vie. Nous sommes cordialement invités à Maskva.
— Et si on n'en a pas envie ? grommela Shikamaru qui commençait à geler sur place.
— Tu n'as pas compris. Les Russians sont très friands des conventions quand il s'agit de gratitude. Dans ce cas de figure, « cordialement » signifie qu'on a pas le choix.
— Barbares, murmura Shino.
— Oh toi tu peux parler ! s'écria Ino. Si je me souviens bien, les Francs-Terrois ont aussi une conception très personnelle de la cordialité.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
— Ah oui ? Et la trêve de Marignac ? Tu l'as oubliée, peut-être ?
— Ça s'est passé il y a plus de cinquante ans.
— Il n'empêche que c'était bas !
Shikamaru avait trop froid pour laisser passer une occasion de râler.
— Je peux savoir pourquoi vous vous disputez à propos d'une obscure bataille qui s'est déroulée avant votre naissance à l'autre bout du monde ? Focalisez-vous sur la mission. La mission !
— N'empêche que c'est vrai, marmonna Ino.
— On s'en fout. Pourquoi c'est si facile ? On leur amène le prince, ils nous offrent une bouffe et c'est tout ?
— Tout n'est pas obligé d'être une tragédie ou un plan de conquête du monde. La gratitude et la gentillesse, ça existe aussi.
— Dans le cas des alliés de même statut, peut-être. Mais nous sommes des étrangers, avec une allure louche, ramenant un prince disparu depuis sept ans. Je trouve ça bizarre qu'ils nous ouvrent les bras comme ça, sans discuter. Comment ils peuvent savoir que c'est le bon, d'abord ? Ce Stanford-là, ça peut être un imposteur !
— Euh... Ben j'en sais rien, en fait... Je fais que traduire ce qu'on me dit.
— Demande à sa majesté. Pas question de se retrouver le cul gelé sur une chaise percée.
— Charmant, dit Ino, pourtant elle s'exécuta.
Shikamaru se tourna ensuite vers Shino.
— Tu penses qu'on ira loin si on s'esquive en pleine nuit à leur insu ? demanda-t-il à voix basse.
— J'en doute, dit Shino. Outre le fait qu'ils mettront sans doute des gardes armés devant la Libellule, il ne reste plus assez de carburant pour faire le reste du chemin. J'ai consulté la carte, aux dernières nouvelles cette partie du pays est surtout composée d'étendues glacées sans aucune trace d'habitation. Les conditions de vie y sont trop rudes pour que des hommes puissent s'y installer.
— Pourtant il y a ce port...
— Il est misérable. Je pense qu'il doit surtout servir d'avant-poste pour l'armée, mais puisqu'ils ont l'air d'avoir des moyens de transport performants ils peuvent se le permettre. Ce n'est pas notre cas.
Shikamaru eut un sourire amusé.
— Je croyais que ton bébé était un bijou de technologie.
— Pour le Japonin, oui. Pour le reste du monde, il a des décennies de retard.
— Je vois.
C'était très embêtant... et cela pouvait sérieusement remettre en question la mission. Shikamaru attendit d'avoir l'avis d'Ino avant d'envisager la moindre alternative. Celle-ci vint lui faire son rapport.
— Koutounov a connu Stanford quand il était jeune, c'est pour ça qu'il n'a eu aucun problème à le reconnaître. D'après lui, il y en ce moment pas mal de troubles dans le pays. Le père de Stanford est mort, il a été tué par une faction dissidente de la noblesse. À sa place, le demi-frère de Stanford, Alexandre Godounov, a tenté de remettre de l'ordre mais il est mort il y a quelques mois, sans avoir donné d'héritier au trône. Le pays est plongé dans des guerres civiles et autres joyeusetés du genre. Le retour de Stanford est une bonne chose pour eux.
— Un roi pour la cohésion de la patrie, hein ? soupira Shikamaru. Décidément, cette histoire de sauvetage est encore plus délicate que je le pensais.
— On fait quoi ? demanda Shino.
— Je crois qu'on n'a pas trop le choix. On va accompagner Stanford et une fois qu'on sera sûr qu'il est tranquille sur son trône, on s'en va.
— Tu veux rester le temps qu'il arrive au pouvoir ? Et la mission ?
— Tout est lié en politique, dit calmement Shikamaru. Si les guerres civiles agitent ce pays, fatalement cela va retomber sur les autres, et qui sait peut-être sur nous aussi. On a tout intérêt à ce que les autres nations aient un gouvernement stable capable de faire face à leurs propres problèmes.
— Et si le chef du pays est un tyran qui veut étendre son territoire ? demanda Shino.
— Raison de plus pour s'assurer que ce n'est pas le cas. J'ai vu cette fichue carte moi aussi. Maintenant qu'on a eu un aperçu de leur puissance militaire, je me dis que je n'aimerais pas trop que ces Russians viennent traîner du côté du Japonin.
— Tu parles d'une mission, grommela Ino. On fait des heures sup' dans des conditions de travail abominables. Enfin...
Tout sourires, elle se tourna en direction de leurs hôtes russians pour leur dire qu'ils acceptaient leur invitation avec plaisir.
Shikamaru se dit qu'il était grand temps qu'il se mette sérieusement au russian.
o-o-o
Un homme aux yeux de sang et un autre aux crocs d'argent le regardent. Ils ont le mal en eux. Les autres ont disparu ; peu lui importe.
— Viens avec nous, ô Éventreur de Nuées, dit Yeux-de-Sang.
Éventreur-de-Nuée se met à rire. Depuis combien de temps n'avait-il pas entendu ce nom ? Il se baisse vers les humains mais ils ne sont plus là, ils ne hurlent plus. Il est seul avec ces enfants au coeur percé.
Chaude, la terre est chaude des flammes et du sang versé.
Rouge, le ciel est rouge à cause de Yeux-de-Sang et de sa folie.
Je crois que je vais me reposer, pense-t-il.
Apaise et dort.
o-o-o
Deux jours de repos à Vladinsk, et Shikamaru regretta de ne pas être né avec la constitution de Chôji. Les nuits en Russia étaient pires que le jour. Plus d'une fois, il eut l'impression de perdre ses orteils ou ses doigts ; il se fallut de peu qu'une de ses oreilles ne se détachât après la première nuit. Ino avait le teint presque violacé. Shino était bien planqué dans ses vêtements, mais Shikamaru se dit que d'eux trois, c'était sans doute lui qui devait souffrir le plus, à cause de ses insectes. Ceux-ci puisaient sans cesse dans ses réserves pour se maintenir en vie ; c'était d'autant plus vrai avec une température si basse et aussi peu de nourriture. Ils avaient tous droit aux mêmes rations que les soldats, et c'était déjà pas mal. Brouet matin et soir, soupe à midi et un en-cas qui consistait en de la viande séchée quand on sentait qu'on était au plus mal ; telles étaient les menus de l'équipage.
À la fin de la deuxième nuit, Shikamaru eut une très mauvaise surprise. À dire vrai, il ne fut pas le premier à la remarquer : il était encore trop engourdi au réveil, trop gelé. Shino avec qui il partageait la chambre ne fit aucun commentaire, sans doute parce qu'il était mal en point lui-même. Shikamaru se dirigea à pas lents vers le réfectoire où se réunissaient les troupes. Ino s'y trouvait déjà avec Stanford et Koutounov, à essayer d'avaler le brouet immonde qu'on leur servait.
Il y eut comme un cri de surprise général, le bruit de chaises renversées et de personnes qui tombaient à genoux. Avant que Shikamaru ait pu réagir, il se retrouva avec les trois-quart du réfectoire à genoux devant lui, en prières ou en lamentations. Il se réveilla pour de bon.
— Euh, j'ai oublié que j'étais tout nu avant de venir ou quoi ?
Stanford se précipita sur lui.
— Vos cheveux !
— Quoi, mes cheveux ?
— C'est incroyable ! s'écria Koutounov. Un miracle !
— Quoi ?
Puis il lui vint à l'idée qu'il n'était même pas censé comprendre cet homme.
— Eh, pourquoi nous avoir caché que vous parliez japoni ? fit Shikamaru avec colère.
— Il ne le parle pas, dit Stanford. Pas plus que moi.
— Mais je peux vous comprendre !
— Simplement parce que vous parlez russian, mon cher.
— Hein ?
Pâle comme la mort, Ino s'approcha de lui avec une glace qu'elle avait trouvé Dieu savait où. Shikamaru y jeta un coup d'oeil distrait.
Et poussa un cri.
Durant la nuit, ses cheveux noirs étaient devenus entièrement blancs, ainsi que ses yeux dont les iris avaient pris la teinte caractéristique des Hyûga. Shikamaru agrippa la glace et la secoua dans tous les sens avec l'espoir d'effacer cette vision, mais non, il avait toujours les cheveux et les yeux blancs.
— C'est un miracle de Baba Yaga, dit Koutounov. Cela signifie qu'elle vous a choisi.
— Mes cheveux... mes yeux... chuchota Shikamaru, pas peu choqué.
— Sont la marque de Grand-Mère Hiver. Je n'arrive pas à croire qu'elle vous ait choisi, vous un étranger !
— Comment ça choisi ? Mes cheveux sont putains de blancs ! Ils étaient noirs quand je me suis couché hier soir ! Et arrêtez de parler ! J'arrive pas à croire que je vous comprend !
— Shikamaru, dit Ino d'une voix tremblante. Tu me fais peur, tu parles en russian...
— Non, je ne parle pas en russian, grogna-t-il.
— Là, tu es repassé en japoni.
— Tu dis n'importe quoi !
— Je t'assure que non. Tu étais en train de parler russian.
— Non.
— C'est la première fois que je vois un enfant de Grand-Mère Hiver, fit Stanford avec émerveillement. C'est tout bonnement incroyable !
— Oh vous, ça suffit avec vos grand-mères et autres trucs de Russians. Rendez-moi mes cheveux et mes yeux !
— Tu recommences ! couina Ino. Tu parles encore en russian !
— Puisque je te dis que non !
— Là tu retournes au japoni !
— Arrgh !
Il fallut une bonne demi-heure pour apaiser tout le monde, dire aux hommes de se relever, chercher Shino qui s'était rendormi dans la chambre. Quand il vit Shikamaru avec sa nouvelle apparence, il se contenta de dire, d'une voix étouffée par la fatigue :
— Tu ressembles au fils caché de Jiraiya et Hiashi comme ça.
— Merci beaucoup pour ton soutien, fit Shikamaru avec humeur.
— Comment c'est arrivé ?
— Aucune idée. Je crois que je me suis réveillé comme ça. Et maintenant, ils disent que j'ai été choisi par une espèce de grand-mère pour être son fils. J'ai rien compris. Quelle putain de galère !
— C'est pas si mal, dit Shino. Avec des lunettes de soleil, ça devrait aller... Ou alors, tu racontes effectivement que tu es le fils illégitime de Jiraiya avec une Hyûga.
— Bon, ça suffit avec cette blague.
La commissure des lèvres de Shino bougea. Il devait se tordre de rire ; dommage que Shikamaru ne fût pas de cet avis. Ino revint avec d'autres informations et de la nourriture pour ses compagnons.
— Accouche, dit-il en attrapant son bol fumant de brouet noir.
— Tu aurais pu leur demander toi-même maintenant que tu connais la langue.
— Pas avec les regards abrutis qu'ils me lancent. Ça m'énerve. Qu'est-ce que j'ai ?
— Comme on t'a dit, les cheveux et les yeux blancs sont le signe que tu as été choisi par leur déesse de l'hiver, celle qu'ils appellent Baba Yaga.
— Choisi pour quoi ? Je suis même pas d'ici !
— C'est une légende locale. Lors des périodes de trouble, Baba Yaga choisit un élu à qui elle donne ses cheveux et ses yeux blancs.
— Si le gars a déjà des cheveux blancs ? demanda Shino.
Ino lui lança un regard agacé.
— Dans ce cas ce sont juste ses yeux qui changent. Mais l'ensemble, seuls les enfants de Baba Yaga en disposent. À la génération suivante, ça disparaît.
— Un gène récessif ?
— J'en doute. Les cas qu'ils m'ont rapporté n'avaient rien à voir et étaient trop isolés dans le temps et l'espace.
— Un super gène récessif alors, grommela Shikamaru.
Ino haussa les épaules.
— Va savoir. En tout cas, ils vénèrent ces élus comme des dieux.
— D'où la séance de génuflexion. Génial.
Shikamaru soupira. Encore un autre mystère à résoudre. Comme s'il n'en avait pas assez comme ça !
— Et ils faisaient quoi exactement, ces élus ?
— Ils remettaient de l'ordre dans le pays, ils ralliaient le peuple russian, ce genre de choses.
Shikamaru resta muet. Puis :
— Je vais voir si je peux pas les laver, grommela-t-il en faisant mine de retourner dans sa chambre.
— C'est peut-être pas une mauvaise chose, dit Shino. Ça pourrait nous ouvrir des portes.
— Je crois surtout que ça va m'obliger à rester ici plus que je ne le voudrais. Je suppose qu'avec une telle idée sur les élus, ils ne voudront pas me laisser quitter le pays de sitôt ?
— J'en ai bien peur, admit Ino.
— Et galère. Bon, on va modifier un peu nos plans. Quitte à avoir la syphilis, autant profiter de la montée de libido qui va avec. Tu dis que je suis une espèce de héros national et même religieux ?
— C'est ça.
— Alors ça va barder. On remet sa majesté sur le trône, on assure au pays la paix et tout le tralala, et on se sert de leurs moyens pour atteindre notre cible et la ramener au pays. Non mais !
Ino et Shino s'échangèrent un long regard abasourdi. Shikamaru n'en avait que faire.
Il avait des putains de cheveux et de yeux blancs, quoi ! Comment est-ce qu'il expliquerait ça en rentrant ?
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Naruto se réveilla avec une gueule de bois abominable, la gorge sèche, les yeux et les muscles douloureux. Quelqu'un lui épongea le front avec un linge frais.
Ouvrant enfin les yeux, Naruto vit qu'il se trouvait dans une grotte éclairée par la lumière de dizaines de bougies rouges. Un homme se tenait près de lui ; c'était lui qui l'avait rafraîchi. Il portait une tenue toute simple, un haut noir sans manches avec un pantalon noir et des bottes. Un manteau noir avec des nuages rouges avait été posé au dos de sa chaise.
— Bien dormi ? fit l'inconnu dont la voix grave résonna dans la grotte. Tu es resté inconscient un sacré bout de temps.
— Qui ?
L'homme lui fit un étrange sourire. Il était plutôt beau, brun avec des yeux d'un rouge profond à l'intérieur duquel se trouvaient de drôles de dessins. Naruto n'avait jamais vu des yeux pareils, pourtant ils lui parurent familiers, presque rassurants. L'homme mit un genou à terre, très digne.
— Permet-moi de me présenter. Mon nom est Madara Uchiha, mais tu peux m'appeler Yu.
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Shikamaru eut une pensée émue pour Neji et tous les amis qu'il avait laissés au pays, loin, si loin de l'endroit où il se trouvait. Les vêtements qu'il portait étaient le comble de l'inconfort : trop serrés, trop voyants et faits d'une étoffe si chère que le tissu seul aurait suffi à acheter une grande maison à Konoha. Dire que sa mère lui reprochait de ne pas se faire assez d'argent ! Qu'aurait-elle dit en le voyant ainsi, habillé comme un homme de cour, et ayant au bras trois femmes magnifiques aux formes sculpturales ? Il sentit alors une main familière se poser sur son épaule.
— Je me vois contraint de vous l'enlever, mesdemoiselles, dit Shino en effectuant une courbette parfaite.
— Non ? susurrèrent les donzelles. Nous nous amusions tellement !
— Que voulez-vous, nous sommes des hommes très occupés.
Après s'être bien fait prier, elles le laissèrent partir à contrecoeur. Jamais Shikamaru n'avait été plus heureux de se retirer dans un coin sombre avec Shino.
— Tu te débrouilles pas mal, pour quelqu'un qui a commencé l'étude de la langue il y a dix jours.
— Je me défends bien en langues.
L'arrivée à Maskva avait été quasi-triomphale, entre la découverte du nouveau tsareï que l'on croyait perdu à jamais et la naissance d'un enfant de Baba Yaga à ses côtés. Le peuple avait acclamé le duo sans se réfréner, persuadé de laisser la période de troubles pour un nouvel âge d'or. Shikamaru était plus perplexe mais il n'en laissa rien paraître. Fluet mais déterminé, il salua la foule avec le nouveau tsareï Nicolas et accepta sans discuter de participer à la grande fête que la noblesse avait décidé d'organiser en leur honneur.
— Où en est Ino ?
— Elle a repéré une partie du palais, mais il y a des endroits où elle n'a pas ses entrées. Nicolas est trop occupé avec ses nouvelles fonctions pour l'accompagner.
— Je vais le faire. Ils n'oseront sûrement pas refuser la voie au fils de Baba Yaga.
— Tu t'y es fait, finalement.
— Il faut bien. Et comme je l'ai dit, c'est bien utile même si je me serais bien passé de cette fichue soirée.
Shikamaru tenta de défaire son col, en vain : le noeud était trop bien fait. Il abandonna au bout de cinq minutes.
— On n'oublie pas la mission. Dès que possible, je vous envoie en tant que délégation officielle à Landers.
— Et toi ?
— Je ne peux pas quitter le pays. Ils ne me le permettront pas.
— Mais...
Shino n'eut pas le temps d'émettre à voix haute ses incertitudes : de l'autre bout de la salle de bal, une comtesse quelconque appelait Shikamaru pour qu'il se joigne à eux. Il leur fit un signe amical, un sourire de circonstance sur les lèvres.
— Il vaut mieux que je retourne distraire mes admirateurs, dit-il à voix basse. Va voir ce que tu peux trouver sur les événements d'avant notre arrivée à Maskva. Cette histoire de succession me turlupine.
— Ok. Et toi ?
— Moi, je vais jouer le gentil fils à sa grand-mère.
Shikamaru se redressa, remit en place ses cheveux blancs, si différents de la masse sombre qu'il avait appris à chérir, au fil des ans.
La mission avant tout.
À suivre...
Teaser :
Le regard de Blanche se fit plus mélancolique, comme si le fait de citer Konoha lui était à la fois douloureux et cher. Comme promis, Iruka lui montra les souvenirs qu'il avait emmenés avec lui : un bandeau à la plaque de fer fondue dont le dessin était devenu méconnaissable, la couverture qui avait servi à envelopper Naruto à son départ et surtout, la longue chaîne d'or que le Sandaime avait mis autour du cou du bébé avant de les envoyer à l'étranger. Celle-ci plus que les autres objets attira l'attention de la Franche-Terroise.
— Elle n'a pas changé, chuchota-t-elle, fascinée.
Merci de votre fidélité et à bientôt dans le Chapitre 14 : « Quinze ans après » !
