Absence
Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000
Le reste de la journée fut calme, trop calme au goût de Dean qui avait passé son temps à essayer de contenir sa colère et sa rancœur envers son père. Les mots de Sam, bien que destinés à John, l'avaient profondément ébranlé… « Tu ne m'as pas sauvé…tu n'étais pas là »…Non…non leur père n'avait pas été là…Mais lui non plus.
Le jeune homme était sorti prendre l'air quelques heures en compagnie de Russel, le rottweiller de Bobby. Quand il était revenu, John était toujours dans le bureau, le nez plongé dans son journal, le visage fermé et sans doute l'esprit presque aussi préoccupé que son fils ainé. Mais pour le moment, ce n'était pas les états d'âmes de son père qui l'intéressaient, non…il était plutôt inquiet pour son frère. Ne le trouvant pas au rez-de chaussée, Dean monta les escaliers, se demandant bien comment Sam avait pu monter sans que personne ne le voit.
Mais Sam n'était pas non plus à l'étage…Cette fois, la panique commença à gagner le jeune homme.
- Bobby ? Bobby ! Appela-t-il comme un perdu en redescendant les marches en courant.
- Quoi ? Grogna l'autre.
- Où est Sam ?
Le vieux chasseur haussa des épaules.
- Je pensais qu'il était en haut…
- Ben il n'y est pas ! Répliqua le jeune homme en refaisant le tour des pièces au rez de chaussée.
- Sam !
Intrigué par le vacarme, John émergea du bureau.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Sam n'est plus dans la maison. Expliqua Bobby dont la panique commençait également à transparaître sur son visage.
Sans prendre la peine de réfléchir plus longtemps, Dean se précipita à l'extérieur, une arme à la main. Il s'apprêta à crier le nom de son frère lorsqu'il l'aperçu, dans le garage, appuyé contre la carcasse d'une vieille jaguar.
- Sam !
L'ainé se mit à courir vers lui et le rejoignit en quelques ne manquant pas de constater au passage qu'il paraissait complètement désorienté.
- Mais nom de Dieu Sam ! ça ne va pas de me foutre une trouille pareille ! Qu'est-ce qui t'as pris ?
La démarche peu sûre, le plus jeune trébucha maladroitement en marmonnant.
- Il…il était là…il l'a tué…et il a pris son corps…
Le cœur serré, Dean s'approcha doucement de son cadet.
- Calme-toi Sammy…tu as fait un cauchemar…
Arrivé à sa hauteur, il le soutint en le rassurant.
- Allez viens p'tit frère, je te ramène…
Le regard perdu, Sam chercha autour de lui, comme s'il s'attendait à voir quelqu'un ou quelque chose…Quelque chose qui aurait dû être là.
Le lendemain, John et Dean continuaient de s'éviter tandis que Bobby essayait de jouer les tampons entre les deux. Mais dans l'état actuel des choses, l'ainé en avait assez d'essayer de comprendre les erreurs et les gaffes de père. Pour le moment, il y avait deux choses qui comptaient à ses yeux : que tous les trois reprennent des forces, et que Sam puisse enfin tourner la page de Big Bear Lake.
Depuis son cauchemar de la vieille, le plus jeune semblait étrangement calme, presque indifférent. John avait bien tenté de lui parler une ou deux fois, mais le cadet n'avait même pas daigné réagir. Ce nouveau changement d'attitude avait surpris son frère, qui, ne sachant pas trop ce qu'il convenait de faire, avait espéré que la réponse vienne du père Jim, qui devait arriver dans la journée.
Dean passa près du bureau de Bobby et remarqua aussitôt qu'il était occupé à rassembler divers éléments pour une future enquête.
- Qu'est-ce que c'est ? L'interrogea le jeune sans vraiment attendre de réponse.
- Etrange. Répliqua le vieux chasseur sans relever le nez des coupures de journaux. Plusieurs cas de disparitions…des signes de lutte, des traces de sang…beaucoup de sang…Mais pas de corps, rien…
- Un point commun entre les victimes ? Demanda John depuis le recoin le plus sombre de la pièce.
- Aucun…ils n'habitaient même pas dans le même état…
Dean n'en su pas davantage, et il s'en moquait de toute façon…Des disparitions, des meurtres, c'était le genre d'affaire dont il ne souhaitait pas s'occuper maintenant. Pour le moment, il préférait aller voir son frère.
Sam était assis sous le porche, installé dans un fauteuil en bois, une couverture sur les genoux, le regard fixe et perdu au loin. Dean se manifesta doucement.
- Hey…
Le plus jeune resta silencieux, ce qui inquiéta légèrement son grand frère qui tourna la tête un instant vers l'objet de son attention. Mais il n'y avait rien…Rien à part la route au loin, et les arbres la jonchant.
- Tu n'as pas froid ici ?
Il attendit quelques instants que son cadet ne murmure quelque chose, n'importe quoi, au lieu de ça, Sam resta impassible, sans bouger, sans rien dire.
- Le père Jim va bientôt arriver…Sam ?
La porte était fermée…Il était sûr de l'avoir refermé derrière lui, même s'il était monté en catastrophe. Tant pis, il n'irait pas vérifier…Il devait déjà être entré… Le shérif Finnigan, 20 ans de service n'avait jamais vu ça…L'horreur l'avait déjà saisie lorsqu'il avait aperçu le cadavre de Mme Carlson, mais ce n'était que le début du cauchemar…Dehors, un orage s'était abattu sur leur ville sans même avoir été annoncé par la météo. La maison, l'immense et vieille demeure de la défunte avait soudain été plongée dans le noir. Le policier, bien que surpris, avait alors sortit sa lampe torche, continuant de chercher des indices…Sauf que ces vingt et fidèles années de service dans la police ne l'avaient pas préparées à ça…le rayon lumineux de sa lampe entra alors un bref instant en contact avec une forme sombre qui se faufila derrière un fauteuil. Le shérif s'en approcha prudemment, certain d'avoir confié tous les chats de Mme Carlson aux voisins.
- Petit, petit petit…
Il fit un petit bond sur le côté, prêt à surprendre l'animal clandestin, mais il n'y avait rien. Comprenant qu'il avait affaire à un petit fuyard, Finnigan entama un tour sur lui-même…Soudain, il se trouva face à…une chose…une chose qu'il ne sut pas décrire sur l'instant. Poussant un cri de terreur, le policier se rua hors du salon, refermant brutalement la porte derrière lui avant de s'enfuir bêtement à l'étage où il alla s'enfermer dans la salle de bain.
Le souffle court, le shérif se redessina le visage qu'il avait vu en bas, et qui devait très certainement être en train de monter les escaliers…un homme…oui, il ressemblait à un homme…Sauf que ces yeux étaient…étaient rouges sang et qu'il…oui, qu'il avait des crocs…Des canines immenses…
Comme il n'entendait plus rien, Finnigan hésita à entre-ouvrir la porte. Il prit la poignée dans sa main et colla son oreille contre elle. Soudain, une voix, tout sauf humaine se mit à chantonner, mais pas depuis l'extérieur…elle était à l'intérieur, enfermée avec lui…
- Ainsi font font font les petites marionnettes…
Il y eu un cri…un seul hurlement qui déchira une nouvelle fois le calme de la nuit, et tout redevint silencieux.
