Museelo ta review m'a valu un bon fou rire XD. Que d'enthousiasme ! Ca me fait vraiment plaisir !

Merci pour toutes ces reviews, les gens (plus de 60, c'est la fête ! OO :)

Ce chapitre-ci est un peu plus long, ne ? Et le prochain concluera avec cette partie 'révélations' (j'espère que ça n'est pas trop long, mais je trouvais vraiment bien l'idée de prendre mon temps pour ça). La fin est proche :)

Le lien

J'ai à peine le temps de me recomposer un visage flanqué d'une expression des plus neutres que la porte s'ouvre, laissant entrer dans la pièce Ken et Yukki. Comment leur expliquer que l'on ne travaillera pas aujourd'hui, alors que le nombre de répétitions annulées dans l'histoire du groupe doit à peu près frôler le zéro absolu ? Il faudrait vraiment que l'un de nous soit à l'article de la mort pour que ça soit le cas, et j'exagère à peine... Au pire, même avec un membre absent, on se débrouille... Mais là, deux... C'est déjà mal parti : ils ont l'air suspicieux, d'emblée. Yukki ne doit toujours pas comprendre pourquoi il s'est fait virer tout à l'heure, et c'est légitime... Ken quant à lui, est du genre à sentir à des kilomètres lorsque la tension est à couper au couteau... Je suis mal barré, on ne va pas se mentir. Mais je dois rejoindre Tet-chan et je n'ai pas de temps à perdre en explications sans fin...

Salut vieux !... me lançe aussitôt Ken avec entrain, avant de jeter un coup d'oeil à la pièce. Et ben tu es seul ?

Salut... En fait vous voyez, Tet-chan ne peut pas répéter aujourd'hui... Alors il est rentré chez lui... Je... suis juste resté pour vous le dire.

Je dois vraiment être mauvais dans ce registre, apparement... Je ne suis pas du tout convaincant ! Même moi, je ne crois pas à ce que je dis ! Et puis, comment puis-je gentiement envoyer bouler deux de mes meilleurs amis ? Et sans qu'ils ne se posent de questions, qui plus est... C'est tout bonnement impossible. Mais d'un autre côté, que puis-je leur dire ? Certainement pas la vérité, je vois ça d'ici... Cela ferait tout de même un peu trop dans la même journée...

Il a des problèmes ? Demande Ken aussitôt.

Non, non... Il ne se sentait juste pas bien... Rien de grave, rassure-toi.

'Je suis supposé croire ça ?'

Yukki, observateur dans l'âme, n'en croit pas un mot. Je le sens d'ici. Ca recommence... Qu'ai-je donc, à céder à la facilité de cette façon ? Je ne devrai pas être en train de les écouter comme cela... Pendant plus de 15 ans, je me suis efforcé de respecter leur intimité, alors qu'ai-je donc à lire en eux comme si c'était normal ? Ne puis-je donc plus faire sans ? Cette seule pensée m'irrite... Et puis Yukki n'est pas dupe, je le sens de plus en plus... Qui plus est, je détourne le regard, lui confirmant ainsi que je mens... Ken se remémore alors mon comportement déplacé avec lui, il y a quelques temps... Ma soudaine irritabilité, moi qui en temps normal, suis plutôt d'un caractère relativement coulant... Il ajoute avec précaution :

Excuse-moi mais toi non plus, t'as pas l'air bien.

Hyde, renchérit Yukki, 'y a quelque chose qu'on devrait savoir ?

Ok les gars, soupirai-je, je ne vais pas vous mentir... Il se passe quelque chose. Mais je ne peux pas vous en parler maintenant, alors...

Non mais attends, on ne va pas rester là si... C'est grave ?

Non. Ecoutez, vraiment...

'Je crois qu'on n'a pas vraiment le choix'

Yukki n'est pas tellement du genre à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il sait que si c'est important, s'il doit savoir de quoi il retourne, alors il sera forcément mis au courant, tôt ou tard. Il est patient. Et là, il sent que ce n'est pas le moment, même s'il est loin de se douter du fond de l'histoire, je suppose. Quoique, allez savoir... il est plus observateur que moi. Qui sait s'il n'a pas percé Tet-chan à jour, lui ? Malheureusement, il ne pense pas à cela en ce moment, alors je ne le saurai pas. A mon grand soulagement, Yukki coupe la parole de Ken et lançe tranquillement :

Ok. On oublie la répétition pour aujourd'hui. De toute façon, c'est pas comme si on n'était pas au point.

Sans doute, approuve Ken, mais de toute façon, moi c'était pas pour le boulot que je m'en faisais... Plus j'y pense et plus je me dis que quelque chose ne va pas chez toi... et depuis un moment.

Il me regarde fixement, comme s'il attendait que la réponse soit marquée sur mon front. Je me sens assez mal à l'aise. Je n'aime pas vraiment mentir, cacher des choses... Mais franchement, je ne me vois pas leur expliquer que j'essaie de conquérir Tet-chan d'une part -Ken en avalerait son mégot !- et que j'ai un certain don d'autre part... Ils ne sont pas cardiaques, mais je pense que là je pourrai les assomer sévèrement... Et désolé pour eux, mais ce n'est pas de leur part, que je cherche une approbation... Pourtant, quand je les regarde ainsi... Tous les deux très différents mais avec en commun l'inquiétude et l'envie l'aider... Je me dis qu'en m'y prenant bien, pourquoi pas ? Peut-être que je me trompe un peu ? Peut-être que j'ai besoin de plus, que le dire à une personne ne me suffit pas... qu'eux aussi, qui comptent beaucoup pour moi, j'aimerai qu'ils sachent... Je n'y avais jamais pensé auparavant, mais quand je les vois avec cet air si rassurant, si concerné sur leurs visages... Je me dis que peut-être, ils pourraient l'entendre... Ce doit être pour ça que les mots s'échappent malgré moi, pensivement :

Un jour... Je vous expliquerai sans doute...

Quand tu dis ça, plaisante Ken, ça sonne comme un drame...

Bon écoutez, je dois y aller ! Fais-je vivement, me ressaisissant du même coup.

Et peut-on savoir où tu vas ?

Voir Tet-chan, dis-je aussitôt, bien franchement.

Je suppose qu'on ne peut pas t'accompagner, dit Yukki tranquillement.

En effet.

Alors... Bon courage.

Merci.

Alors que je m'élance dans le couloir en me disant qu'effectivement j'en aurais bien besoin, j'ai juste le temps d'entendre la voix pour le moins intriguée de Ken s'élever à l'adresse de notre batteur :

Pourquoi 'bon courage' ?

Je ne sais pas... répond-il pensivement. J'ai eu l'impression que c'était ce qu'il fallait dire...

Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Des gens comme Tetsu ou Yukki... Même Ken... Ils sont tellement à l'écoute, malgré les airs qu'ils se donnent parfois... Tellement concernés... Je les envie. Peut-être que cette capacité m'a été donné parce qu'on savait que ça ne serait pas mon cas. Que je suis moins débrouillard, plus égoïste peut-être... Et on me l'a attribué pour combler mon retard ?... Je divague, me dis-je en montant dans ma voiture. Je ne sais pas comment j'ai pu avoir cela, et je ne le saurai sans doute jamais. J'ignore probablement une quantité d'aspects de ce don... si tant est que ç'en est un.

Je suis très étonné lorsque je me rends compte que j'entre dans le parking de l'immeuble de notre leader. Déjà arrivé ? Un coup d'oeil à ma montre... J'ai roulé comme une tortue... Il est presque l'heure dite. Aura-t-il eu trop de temps ou pas assez ? Si ça se trouve, ça n'aura pas avancé d'un poil. Il sera peut-être toujours choqué, tel que l'on s'est quittés... Mais qu'importe. Je vais exploser si tout cela ne prend pas fin bientôt. Alors, planté devant sa porte, je m'accorde une brève seconde pour expirer lentement, tenter d'avoir l'air calme... Et je frappe en lançant :

Tet-chan, c'est moi.

Entre...

J'obéis. Fébrile, j'abaisse la poignée, entre et referme derrière moi. Tetsu est seul. Maintenant que j'y pense, Aiko a dû reprendre son train, sans doute... Je lui présenterai mes excuses, pour lui avoir parlé de façon un peu trop familière... et je la remercierai aussi, car elle n'est pas étrangère à mon désir d'agir. Mais j'oublie bien vite la soeur de Tetsu pour me concentrer sur ce dernier. Il est assis à une chaise, les bras sur la table, bien à plat... Il a vraiment l'air fatigué. Je devine que cela fait un moment qu'il est dans cette position, sûrement... Pourtant, lorsque j'arrive vers lui, ses yeux brillent d'un étrange éclat... Une ombre de sourire passe sur son visage. Je sens qu'il se corrige, car elle disparaît aussitôt. Je m'assied en face de lui, ne sachant que dire...

Ca fait déjà une heure ? Demande-t-il enfin.

Oui. A la seconde près.

C'est la première fois que tu es aussi ponctuel... remarque-t-il pour lui-même, presque amusé.

C'est la première fois que c'est aussi important.

'Je ne dois pas y penser... pas y penser... Ca ne doit pas être bien compliqué...'

De quoi ? De quoi parle-t-il ? Je le fixe, perplexe, et il a l'air gêné. Alors je comprends. Il ne désire pas que je lise en lui. Il ne veut pas que j'anticipe, que je module mon attitude en fonction de ce qu'il pense... Il ne veut pas que je lui coupe l'herbe sous le pied. La décision s'impose alors à moi : je ne lirai pas en lui. J'ai al sensation que ça sera dur, vu comme nous sommes proches, comme l'atmosphère est électrique et comme sa voix semble m'appeller, mais... Je ne le trahirai pas. Je souris et hoche la tête pour lui faire comprendre qu'il peut se détendre. Je crois qu'il comprend ce que je veux dire.

Tu... Tu accepterais que je te pose des questions ?

Oui, acquiesçai-je. Tout ce que tu voudras.

Depuis combien de temps tu... Peux faire ça ?

Depuis toujours, je suppose. Mais j'en ai réellement pris conscience petit à petit, quand j'ai été en âge de comprendre...

Est-ce que tu as un moyen... hésite-t-il, de le bloquer ou... tu n'y peux rien ?

J'ai appris à... le contrôler. Je l'ai appris et j'y arrive à la perfection, sans problèmes. Sauf dans certains cas.

Alors comment tu as pu savoir pour... moi ?

Il est temps. Je me rends alors compte combien il est difficile de résister à sa voix. C'est comme... Comme ces mythiques chants de sirènes qui appellaient les marins, les ensorcelaient et faisaient échouer leurs bateaux sur les récifs... C'est comme un aimant. Je me sens attiré et la tentation de céder, de laisser libre court à mes capacités est tentante... C'est fou. Et je crois... Oui, je crois que je commence à saisir pourquoi il en est ainsi. Pourquoi lui plus qu'un autre. Mais ça n'est pas le moment. Accédant à sa requête, je lui raconte tout depuis le début. D'abord, comment je fonctionne. Quel éctait mon état de santé cette fois-là et ce que cela implique... Comment j'ai découvert ce qui se passait, puisque que c'était lui, et enfin comment j'ai compris la nature exacte de tout ceci. Je n'omets aucun détail. Rien. Peu importe que cela soit flatteur ou non pour moi ou pour lui. C'est l'exacte vérité que je transmets. Parfois, il rougit lorsque je décris ses propres sentiments... D'autres fois, il écarquille les yeux, comme s'il était en pleine lecture d'un roman à suspens... Les expressions sont multiples, elles dansent sur son visage d'une seconde à l'autre selon la tournure de mon récit... Lorsque j'en viens à la fin, je le sens chamboulé.

Cela me ferait presque mal à la tête, d'être sur le qui-vive de la sorte. Ce n'est pas comme si j'avais envie de l'écouter... C'est que... Je n'y peux rien. C'est comme un fruit bien mûr qu'on aurait envie de cueillir... Pourquoi faut-il que ma résistance soit si mince ? C'est bien la première fois que j'ai autant de mal à me contrôler, alors que je suis en parfaite santé... Je n'y comprends rien. Je me ressaisis et profite de ce qu'il ne dit rien pour poser cette question qui est capitale pour moi. Je la pose d'une voix mal assurée, d'ailleurs.

Tet-chan... J'ai une question à te poser moi aussi.

Oui ?

Est-ce que je te fais peur ?

Peur ? répète-t-il.

Est-ce que tu... as peur de ce que je peux faire ?

Mais...

Même moi, j'ai eu peur... avouai-je avec un petit rire désabusé.

Je ne comprends pas.

En guérissant, je te l'ai dit, les choses auraient dû redevenir normales. Mais... Pour une raison quelconque, je n'ai pas pu faire abstraction de toi. C'est comme si ta voix s'imposait à moi, de force. Pour la première fois, je n'arrivais plus à... bloquer. Je t'entendais tout le temps, de plus en plus loin et de plus en plus fort.

Quel crétin ! C'est à croire que je ne suis plus le seul maître à bord, que quelqu'un d'autre me fait dire n'importe quoi. Enfin 'n'importe quoi', non... Mais quel besoin avais-je de lui révéler cela ? Au pire, je passerai pour un obsessionnel... Je suis presque sûr, en plus, d'avoir parlé rapidement, d'une voix électrisée... Ce mal de tête que j'ai finira par me faire perdre la tête... Moi qui voulait me montrer rassurant, je ne suis pas sûr d'être sur la bonne voie... Mais j'aimerai... vérifier cette hypothèse que j'ai... qui résoudrait ce 'pourquoi'.

Ca ne marche pas avec moi ? Demande-t-il d'une petite voix.

Et alors, il se produit une chose très étonnante, en un laps de temps assez court. Je sens, avec mes simples moyens d'humain normal, de gars qui connaît bien son meilleur ami, qu'il est... Rassuré. Il n'a aucunement peur de moi. Il sourit, même. Je ne sais pas à quoi il pense en ce moment, mais une chose est pratiquement sûre : il m'aime toujours autant. Bien sûr, cela ne suffit pas toujours à passer outre les obstacles, mais néanmoins, je peux le sentir... Il a confiance en moi. Il n'a jamais été effrayé par moi. Il était surpris, ce qui est très différent et parfaitement normal. Maintenant qu'il y a pensé, qu'il a assimilé cette nouvelle donnée, je vois revenir petit à petit le Tet-chan que je connais. Le bonhomme perdu que j'avais sous les yeux semble s'effacer, l'assurance en profitant pour revenir s'installer... Et en même temps que je note cela, m'accrochant à son sourire... Je m'aperçois que je n'ai non seulement plus mal à la tête, mais encore que je n'entends rien de ses pensées et que cela ne me demande aucun effort. Rien, zéro. Je le regarde presque bêtement, et je n'entends rien. J'ai juste à me dire de ne pas le faire et c'est bon. Comme avec n'importe qui, comme toujours depuis que je sais y faire. Quel calme, tout à coup...

Je ne sais pas... avouai-je, perplexe. Là, si. Je n'entends rien de toi, ça ne me demande aucun effort... Peut-être parce que ton esprit est moins confus qu'avant... J'en sais rien. J'avais tellement peur de... t'entendre sans arrêt. Je n'aurais pas pu te faire ça ! J'aurais dû partir...

Partir ?

M'éloigner. Tu l'as dit tout à l'heure. C'est incorrect de faire ça, peu importe que je le fasse exprès ou non !

J'ai été horriblement gêné que tu l'aies appris comme ça... Mais tu ne me repousses pas ?

Non...

Tu n'es pas dégoûté ?

Bien sûr que non.

Il baisse les yuex tandis que je me sens un peu plus léger, d'avoir répondu sans effort et sans hésitation aucune. Son regard se pose devant ses mains, sur la table... Sur une feuille dépliée mais froissée... une feuille que je reconnais sans peine. Ce fameux texte... Il a compris le sens. Le vrai sens, je veux dire. Il ne cherche qu'à s'en persuader. Incrédule, il murmure, autant pour lui-même :

Pourquoi ? Ce serait trop beau... 'Y a que dans les films que ça arriverait, ça... que je ne sois pas le seul à....

Toi tu aurais pu changer ton regard sur moi sans que ça ne soit étrange, et pas moi ? C'est pareil. Et c'est un signe.

Un signe ?

Je suis sûr maintenant, dis-je brusquement, de savoir pourquoi ton esprit était à ce point aimenté au mien... C'est parce que tu...

Je m'arrête. Mais oui ! Mon hypothèse est la bonne. Tout s'emboîte parfaitement, c'est logique... On pourrait trouver cela improbable voire tiré par les cheveux... Rappellons-nous seulement que je lis dans les pensées, alors à partir de là, qu'on ne vienne pas me dire que certaines choses ne tiennent pas debout ! Moi, je vis dans un monde où tout est possible, a priori. Et je me rappelle d'une chose que ma mère me disait souvent. Elle me disait que comme nous n'avons aucune idée des origines de cette capacité, de son étendue, des possibilités etc... On peut tout envisager. Parfois, j'ai fait des hypothèses et j'ai eu le loisir de constater que certaines se vérifiaient. Pourtant quand j'en parlais à mon père avant, il me disait : 'ne dis pas de bêtises, j'admets que tu es spécial, mais ne pousse pas...'. Ainsi quand j'ai dit qu'un jour je pourra ientendre même à travers des cloisons, de plus loin, je ne m'étais pas trompé... Ma mère avait raison : tout est possible, dans l'absolu. Mon hypothèse à moi, aujourd'hui, je compte bien la vérifier et pas plus tard que tout de suite. Mais avant cela... Le coeur battant, je demande soudainement :

Tet-chan il me faut une réponse et il me la faut maintenant. Tu crois que tu pourras t'y faire ? Si je te fais peur, il faut me le dire maintenant. Je comprendrai... Je te laisserai...

Tu me laisserais ?... répète-t-il, apparement choqué.

Non ! Me contredis-je aussitôt. C'est des conneries, tout ça ! Ce que j'aimerai dire, c'est que si tu me rejètes, je ne le supporterai pas ! J'ai cherché toute ma vie quelqu'un qui accepterait ce que je suis et qui m'aimerait quand même, et que j'aimerai tout autant. Et ça, sans me douter qu'il était avec moi depuis le début...

C'st toi qui me supplie, presque ? Murmure-t-il en me regardant comme si je tombais de la lune. Mais moi...

Je comprendrai que tu veuilles reconsidérer les choses maintenant... En tenant compte de tout ça. Que tu préfères quelqu'un de normal... Mais... Je suis sûr que je peux y arriver. Je peux respecter toute ton intimité. En ce moment, j'y arrive ! Alors si... Tu voulais bien me laisser une chance...

Doiha-chan... Vas-y.

Son regard est inflexible. Son expression est sûre d'elle. Sa voix ne tremble en aucune façon. Dans un premier temps, je ne vois pas de quoi il parle. Ce n'est pas tellement de la panique, ce qui se passe en moi... Plus une exaltation... Parce que c'est une succession de premières fois, pour moi. Je parle de mon secret avec quelqu'un qui n'est pas l'un de mes parents... Je m'efforçe de montrer à Tet-chan combien je tiens à lui... Et puis d'un coup, je comprends ce qu'il veut dire, je crois.

Quoi ?

Ecoute-moi.

Mais non, je...

Je t'y autorise. Vas-y.

Bon...

'Tu y es ?'

J'acquiesçe. Un frisson me parcourt l'échine, quand je l'entends ainsi. Presque... Comem si cela m'avait un peu manqué. Aurais-je besoin désormais, de ses aveux que je surprenais sans cesse et qui me mettaient mal à l'aise... De ses sentiments toujours purs et profonds ? Oui, je crois que je veux ressentir cela... Mais sans rester à l'écart, cette fois. Tetsu me regarde et sourit de façon rassurante... Et je l'entends.

'De cette façon, si j'ai bien compris... Tu le ressentiras. Regarde-moi bien, car de toute façon je n'ai plus rien à perdre. Je t'aime et tu n'y changeras rien. Peu importe ce que tu dis ou fais, ce que tu es... C'est arrivé un jour mais ça ne disparaîtra pas un autre, c'est du solide. J'ai appris à vivre comme ça et je n'ai jamais pensé que ça puisse être réciproque...'

Ca l'est.

Je me sens tellement bien que j'aurais presque envie de... faire un geste inconsidéré. Du calme. N'importe qui rêverait d'entendre ce qu'il vient de... dire, en quelque sorte. Et moi, je n'aurais jamais cru qu'un jour on me parlerait comme ça. Que j'inspirerais ce genre de sentiments... Ma réponse a été claire et spontanée. C'est évident, que ça l'est. Mais je comprends qu'il ait besoin d'en être persuadé. Ma chanson, c'était très bien, d'accord... Mais certaines choses doivent être explicitées, parfois.

Comment ?

Je comprends que tu en doutes. Tu dois te dire que j'ai fais semblant de ne rien savoir tout ce temps, parce que j'aurais du mal à affronter cette situation... Mais si j'avais le moyen de te faire comprendre... Que tu ressentes aussi...

Il n'y a aucun moyen. C'est toi qui peut faire tout ça. Pas moi.

Pas si sûr... dis-je pensivement. Tu es spécial. Sans ça... Il y a trop de choses surprenantes... Ta voix qui s'impose... Tes sensations qui me sont familières... Tu es spécial pour moi. C'est peut-être ce qui...

J'y vais à l'instant. J'attrape ses mains et les serre dans les miennes fortement. Je le vois rougir, lorsque je fais cela. Me suis-je montré trop entreprenant ? C'est que je ne suis pas habitué à causer un tel trouble...

Qu'est-ce que tu fais ?

Laisse-toi faire. Ecoute-moi.

Bon...

Ferme-les yeux... Et efforce-toi d'être calme...

Je sais pourquoi je l'entends, pourquoi j'ai besoin de l'entendre, et pourquoi m'efforcer d'y renoncer, tout à l'heure, s'est avéré compliqué. Pourquoi j'ai ressenti tout ce temps, ses émotions avec tant de force... Pourquoi lorsqu'il a eu la certitude qu'il m'aimerait malgré tout, à l'instant, le calme s'est fait en moi et la difficulté a disparu... Et je vais vérifier cette hypothèse. C'est la sensation de proximité qui a le rôle primordial. Ca et le fait que Tetsu a toujours été un personnage primordial dans ma vie. Sans doute que moi aussi, un jour... Même sans tout cela, moi aussi un jour, je l'aurais considéré autrement. C'est obligé. Tetsu n'est aps n'importe qui pour moi, il est normal qu'il ait une influence particulière sur mon mode de fonctionnement...

Je m'en aperçois désormais, également. La proximité, qu'elle soit physique ou mentale, est essentielle. C'est parce que nous étions proches au niveau du ressenti, que le soir de notre dernier live, j'ai été si ému...C'est parce qu'il s'acharnait à ne pas vouloir que je lise ne lui, que j'y ai gagné une migraine... C'est parce qu'il s'est calmé et a accepté sereinement ses sentiments, que moi aussi je suis redevenu appaisé... Il influe sur moi, parce qu'il ya comme un lien... Plus la proximité est grande, plus tout devient facile... Rien n'est impossible, a toujours dit ma mère. Alors si Tetsu et moi, on a ce lien si spécial... Peut-être que je peux lui montrer ? Si je m'utilise comme un cataliseur, peut-être que je peux moi aussi, lui faire ressentir... ce qu'il représente pour moi ? Ca vaut le coup d'essayer. Je serre ses mains plus fort et je ferme les yeux, alors que je le sens trembler. Je crois qu'il comprend mon idée...