Salut, salut ! Et voilà, on y est, c'est le dernier chapitre (enfin, concrètement, il reste encore un petit épilogue, parce que pourquoi pas)… Moi qui pensais que je ne posterais jamais de fics multi-chapitres ici ! XD Ne jamais dire jamais, comme on dit !
J'espère que cela vous plaira ! A très vite ! *Repart se cacher dans un trou de souris*
Cassette 7, Face B
« J'ai peur, mais je ne veux plus laisser la peur me paralyser. Merci. Pour tout. »
Gaara appuya sur stop. C'était enfin terminé. Il avait l'impression d'avoir été sur ce projet pendant des mois, alors que ça ne lui avait pris que quelques jours, en plus du temps entre la sixième et septième cassette, qu'il était en train d'enlever de son appareil.
Il prit son feutre indélébile et inscrivit le numéro 13 sur la première face de la cassette, avant de la mettre dans sa boîte et de la ranger avec les autres dans le paquet qu'il allait envoyer à Naruto.
Il regarda la lettre de sa mère posée sur son bureau, et eut envie de la relire. Comme pour s'assurer que c'était bien réel, et qu'il n'avait pas rêvé ces mots si rassurants.
Soudain, il entendit la porte de l'appartement s'ouvrir ; Temari était rentrée beaucoup plus tôt que prévu. Elle toqua à sa chambre.
« Oui, fit Gaara.
- Salut, je suis revenue plus tôt parce que la soirée était assez ennuyeuse, et… Tu vas bien ? »
Elle s'était interrompue en voyant le visage de Gaara, qui ne laissait clairement pas de place au doute quant au fait qu'il avait pleuré. Elle se précipita vers lui et posa une main sur son épaule. Puis elle remarqua la lettre encore dans les mains de son petit frère. « C'est la lettre de Maman ? »
Gaara fit oui de la tête en tendant la lettre à sa sœur pour qu'elle la lise. Elle s'éloigna de quelques pas le temps de sa lecture, puis quand elle eut fini, elle revint rapidement vers Gaara et le prit dans ses bras. Un peu hésitant d'abord, ce dernier lui rendit ensuite son étreinte.
« Je suis désolée, » murmura la jeune femme.
Gaara lâcha Temari pour l'interroger du regard. « Pourquoi ? » Demanda-t-il enfin.
Temari prit le visage de son frère dans ses mains et lui caressa les joues de ses pouces. Elle n'avait jamais eu un geste aussi affectueux envers lui. « Parce que j'aurais dû prendre ta défense plus ardemment face à notre père, répondit-elle. Et être plus présente pour toi.
- Je ne t'en veux pas, lui dit Gaara. Je sais bien que toi et Kankuro aviez peur de sa réaction. C'est moi qui suis désolé d'avoir été aussi distant avec vous… » Il aurait voulu en dire plus, mais il se sentait épuisé.
Temari lui sourit et le serra de nouveau dans ses bras, en lui disant que ce n'était rien et qu'elle comprenait. Elle se redressa et vit les cassettes de Gaara.
« Tiens, je n'avais pas vu ce genre de choses depuis des lustres ! Tu en fais quoi ?
- C'est rien… Juste un besoin de… Consigner certaines choses. De les dire.
- Et ça t'a fait du bien ?
- Oui. Beaucoup plus que ce que je pensais.
- Alors tant mieux. Elles sont destinées à quelqu'un, ou juste à toi ?
- A quelqu'un.
- D'accord. Je te laisse tranquille. Passe une bonne soirée. »
Elle sortit de la pièce en refermant doucement la porte derrière elle. Gaara se sentait encore un peu dans un état second, entre la lettre, la fin de ses cassettes et sa sœur. Il aurait eu envie de lui parler un peu, mais pas ce soir-là. Cela faisait beaucoup d'émotions d'un seul coup, et il avait besoin de repos.
Néanmoins, il ressentait l'envie de se rapprocher d'elle, ainsi que de son frère. Ils avaient beaucoup de choses à rattraper.
Le lendemain, après son travail, il emballa ses cassettes et partit à la poste pour les peser et les envoyer. Mais au moment d'aller payer, il fut pris d'un énorme doute… Est-ce que c'était vraiment une bonne idée de faire ça ? Est-ce que ça n'était pas suffisant d'avoir au moins dit à voix haute tout ce qu'il ressentait ?
Non, ça ne l'était pas. A quoi tout cela aurait servi s'il n'envoyait pas son colis comme prévu ? Cela aurait été comme tout garder pour lui de nouveau. Et puis il avait dit bien d'autres choses importantes à Naruto, et il voulait que son ami les entende. Il voulait qu'il sache tout ce qu'il représentait pour Gaara ; c'était aussi ça, le but des cassettes. Il se dit qu'il ne pouvait pas avoir fait tout ça pour rien et qu'il devait aller au bout des choses.
Il accepta donc avec beaucoup d'appréhension de laisser son paquet entre les mains de l'employé de la poste et quitta rapidement les lieux.
C'était la fin de l'après-midi, et il faisait beau. Il décida de proposer à sa sœur de sortir un peu, juste tous les deux, même pour simplement prendre un verre en ville. Fortement étonnée, Temari accepta néanmoins avec joie son invitation.
Cela faisait un peu plus de deux semaines que Gaara avait envoyé ses cassettes à Naruto.
Et il était envahi par l'angoisse.
Naruto les avait-il bien reçues ? Et sinon, où étaient-elles passées ? Devait-il lui demander pour être sûr ? Non, jamais, il n'aurait pas l'air malin. Ou bien Naruto les avait finies, et il ne voulait pas lui répondre ? Après tout, Gaara lui avait dit mot pour mot qu'il ne s'attendait à aucune réponse. Mais ne pas savoir si Naruto voulait toujours rester ami avec lui l'angoissait encore plus. Est-ce que c'était parce qu'il lui avait avoué qu'il était amoureux de lui ? Est-ce que ça l'avait fait fuir et qu'il n'aurait jamais dû le dire ? Est-ce qu'il venait à nouveau de tout gâcher ?
Il rentra chez Temari après son travail. Ce fut Kankuro qui l'accueillit ; il avait pris quelques jours de vacances pour les passer avec son frère et sa sœur, qui était revenue de chez Shikamaru. La cohabitation était un peu étrange, et parfois électrique, mais globalement, la fratrie s'en sortait plutôt bien.
« Ta journée s'est bien passée ? Demanda Kankuro en voyant la mine un peu dépitée de son petit frère.
- Oui, ça va, répondit Gaara avec une petite voix. Où est passée Temari ?
- Sortie faire quelques courses, elle ne devrait pas tarder. Au fait, il y a un truc qui est arrivé ici à ton nom. Temari l'a mis sur ton lit.
- Un 'truc' ? Répéta Gaara, intrigué.
- Oui, une enveloppe avec un objet dedans. Tem dit qu'elle pense que c'est une cassette audio, je sais pas d'où elle sort ça. »
Les yeux de Gaara s'agrandirent comme des soucoupes. Il bredouilla un vague « merci » et fila dans sa chambre, sous le regard interloqué de son grand frère.
Il referma précipitamment sa porte et s'empara de l'enveloppe qu'il voyait posée sur son lit. Par réflexe, il la retourna pour lire l'adresse de l'expéditeur.
C'était bien Naruto.
La tête lui tourna et il dut s'asseoir. Il était infiniment soulagé de recevoir quelque chose de la part de Naruto, et en même temps, il avait très peur, car il ne savait pas à quoi s'attendre.
Il ouvrit l'enveloppe le plus délicatement possible. Il en sortit une feuille pliée sur laquelle était écrit de façon brouillonne : « Ecoute-moi d'abord ! » Avec un petit smiley caractéristique. Gaara sourit et posa la feuille un peu plus loin, avant de se relever pour aller chercher le lecteur cassette qu'il avait utilisé pour ses enregistrements. Il se réinstalla sur son lit et sortit la cassette de Naruto, qui avait été enveloppée dans du papier journal pour être protégée.
La première chose qu'il remarqua fut qu'il s'agissait de sa propre cassette. La dernière. Celle avec le numéro 13 sur la première face, sur laquelle il avait lu la lettre de sa mère. Il la retourna et vit que Naruto avait inscrit un 14 sur l'autre face, au feutre indélébile lui aussi, mais bleu, cette fois-ci.
Il prit son casque qu'il brancha sur le lecteur, inséra la cassette, s'adossa sur la tête de lit et enclencha le bouton lecture.
« Salut, Gaara ! »
Naruto avait l'air plutôt nerveux.
« Comme tu le vois, j'ai décidé d'utiliser la dernière face de tes cassettes pour te répondre, je me suis dit que c'était la meilleure façon de conclure cette aventure audio. »
Son ton ne semblait pas très naturel, comme s'il récitait un texte.
« Je dois dire que… Oh, et puis zut. »
Gaara l'entendit froisser un papier.
« J'avais écrit un texte pour te le lire parce que je pensais que ce serait plus simple, mais je me sens ridicule. De nous deux, c'est toi qui es doué avec les mots, pas moi. Je serai plus efficace si je ne me restreins pas, même si je risque de divaguer un peu. Tu me connais ! »
Gaara sourit. C'était beaucoup mieux comme ça. Naruto n'avait pas besoin de préparer ses textes pour faire passer ses messages, il était bien plus doué que lui en improvisation.
« En vrai, c'est la première fois que j'utilise mon walkman pour enregistrer ma propre voix. Je ne m'en suis servi que pour écouter des cassettes, pas pour les faire. Du coup, j'espère que la qualité du son sera potable. Tu me diras, j'aurais pu prendre une vieille cassette à moi pour tester, mais… Je viens seulement d'y penser. Voilà ce qui se passe, quand t'es pas là ; j'oublie de réfléchir avant d'agir.
Bon, on est pas là pour ça, je me recentre. »
Il commençait déjà à divaguer. C'était bien ce Naruto-là que Gaara préférait entendre. Il sourit tendrement malgré lui.
« Alors… Par où commencer ?
Déjà, sache une chose : à partir du moment où j'ai commencé à écouter tes cassettes, il a été hors de question pour moi de ne pas aller jusqu'au bout. Tu m'as accordé ta confiance, alors j'y fais honneur. Et d'ailleurs, je te remercie. Je sais que ce n'est pas facile pour toi. J'espère aussi que je ne t'ai pas trop fait attendre, j'ai mis plus de temps que ce que je pensais pour tout finir.
Je suis aussi désolé, parce que je n'ai pas toujours été très malin, et Shikamaru a fini par comprendre que tu m'avais envoyé des cassettes. Je préfère te l'avouer, parce que c'est plus honnête. Mais je te jure sur tout ce que j'ai de plus cher au monde que je ne lui ai rien dit qu'il ne savait pas déjà – on a parlé de ton état après la soirée chez Sakura, mais c'est tout. Je n'ai rien dit d'autre, ni à lui, ni à qui que ce soit. »
Ce n'était pas très étonnant de la part de Shikamaru. Gaara n'était pas inquiet : il croyait Naruto sur parole quand il promettait qu'il n'avait rien dit d'autre, et il savait que Shikamaru ne dirait rien non plus. De toute façon, Temari ne semblait au courant de rien, et s'il ne lui avait rien dit à elle, il n'avait rien dit à qui que ce soit.
« Ensuite. Il y a deux choses que tu as faites très régulièrement pendant tes cassettes : me remercier et dire que tu étais désolé. Faut qu'on revienne là-dessus. »
Il avait pris une voix très sérieuse.
« Je pense que tu m'as accordé bien plus de crédit que nécessaire. Je t'ai peut-être donné un coup de pouce, mais c'est toi qui as fait le plus gros du travail. C'est toi qui as trouvé la force et le courage de changer, d'améliorer ta vie. Au final, c'est toujours toi qui as fait le choix de rester avec moi, d'aller vers les autres, et tout. Moi, j'étais juste un adjuvant pour le protagoniste que tu es !
J'ai été vérifier le mot adjuvant, parce que ça m'est revenu quand tu as parlé du schéma narratif. »
Gaara rit. Naruto semblait particulièrement fier de son coup. Et il avait vraiment tout écouté.
« J'ai pu constater au fil de tes histoires, et surtout sur la dernière cassette, que tu avais fait énormément de chemin. Tu peux être fier de toi. En tout cas, moi, je le suis. »
Gaara prenait peu à peu conscience du fait qu'il était parti de loin, mais il n'arrivait pas encore à reconnaître tout le travail qu'il avait fait sur lui-même. Que quelqu'un d'autre le lui dise, et en particulier Naruto, le touchait beaucoup.
« Je me souviens encore de la première fois que je t'ai vu. Ce n'était pas au resto U, c'était quelques jours avant, tu étais assis sur un banc en train de lire. »
Ah oui ? Gaara était surpris.
« Toi, tu as été frappé par mon super t-shirt orange, et moi, c'était par ta couleur de cheveux. Je crois que je ne te l'ai jamais dit, mais c'est quasiment la même couleur que ceux de ma mère ! »
C'était drôle, Naruto était blond et sa mère rousse, et c'était l'inverse pour Gaara.
« Bref, je crois que c'est ça qui m'a marqué, en plus du fait que tu étais tout seul dans ton coin. Alors quand je t'ai revu au resto U, encore une fois tout seul, je me suis dit que je pouvais pas ne pas au moins essayer de t'aborder. C'est dingue quand je me dis que c'était il y a deux ans à peine, qu'à l'époque tu m'aurais mordu si j'avais tendu la main vers toi. Regarde où on en est aujourd'hui ! Tu trouves pas ça formidable ? »
Si, ça l'était, c'était vrai. Gaara était bien obligé de l'admettre.
« Moi, si. Tu peux vraiment te féliciter. Tu es bien plus fort que ce que tu penses sûrement. Avec ce que tu as pu traverser, je suis sûr que plein de gens auraient perdu l'esprit pour moins que ça. »
Il sentit sa gorge commencer à se nouer. Il n'avait, en effet, pas l'impression d'être aussi fort que ça.
« Bon, ensuite, le fait que tu t'excuses tout le temps. Il va falloir que tu comprennes que tu n'as pas de raison de culpabiliser autant ! Pour ta mère, pour ton ex, pour plein de choses. D'ailleurs, tu l'as bien vu : ton ex ne t'accuse de rien, et ta mère ne t'en a jamais voulu. Si tu me permets, ils auraient été stupides, dans le cas contraire.
Ton père est d'ailleurs un sacré connard. Voilà. C'est dit. »
Gaara se mit à rire. Naruto ne mâchait jamais ses mots, et cette franchise était libératrice. Lui-même n'avait jamais osé dire ça de son père, comme si ça aurait pu lui retomber dessus. Et puis, il entendait toujours dire qu'il fallait « aimer ses parents, car ce sont nos parents »… Mais il n'en pensait pas moins, et c'était rassurant de voir qu'une personne extérieure à la situation avait le même avis sur la question. Il avait moins l'impression d'être en tort.
« C'est certainement pas de ta faute si ta maman est morte. Elle te l'a dit elle-même. Et puis, tu n'étais qu'un bébé, en quoi tu aurais pu être responsable ? Pareil pour ton oncle, tu n'y es pour rien. C'est pas de ta faute non plus si vous vous êtes fait agresser, toi et ton copain. C'est uniquement de la faute des types qui vous ont fait ça. Ils avaient aucune raison valable de s'en prendre à vous. En fait, rien ne justifie toutes les attaques que tu as subies. Personne n'avait le droit de se moquer bêtement de toi et de t'insulter sans raison. Moi, je trouve que tu es quelqu'un de génial, avec plein de qualités, et j'ai beaucoup de respect pour toi. Je t'admire, tu sais.
Je suis sûr que non, tu ne sais pas. N'est-ce pas ? »
« Non, c'est vrai, je ne le savais pas, » dit Gaara en se frottant le bras nerveusement.
« Et pourtant. Tu es courageux, même si tu prétends le contraire. Il faut du courage pour supporter tout ce que tu as supporté. Et il faut du courage pour réussir à parler de tout ça.
Il en faut aussi pour me supporter ! »
« Quelle andouille ! » Fit Gaara en riant. Naruto ne pouvait décidément pas rester sérieux trop longtemps.
« Il t'est arrivé plein de trucs injustes, et je ne compte plus les fois où j'aurais voulu être présent physiquement à tes côtés quand tu me les as racontés. Je comprends que tu en aies eu marre. Je comprends aussi que tu aies pensé à en arriver à… A certaines extrémités. »
Sa voix était devenue triste. Gaara baissa les yeux.
« Mais je suis vraiment heureux que tu ne l'aies pas fait. Et je ferai tout ce que je peux pour faire en sorte que tu n'aies plus envie de le faire, que tu n'aies plus envie d'appuyer sur le bouton stop, pour te citer. Moi aussi, je veux que tu vives. »
Ses yeux commencèrent à se voiler de larmes. Il les frotta en se disant qu'il n'avait jamais autant pleuré que lors de ces derniers mois.
Et en fait, il ne le regrettait pas, car il en avait eu bien besoin.
« Tu ne vas pas te débarrasser du jour au lendemain de tes peurs et de ta culpabilité, c'est vrai. Ça prendra le temps qu'il faudra. Mais garde en tête que tu n'es plus tout seul. C'est fini. Tu as ton frère et ta sœur, et tu as plein d'amis qui s'inquiètent pour toi. Plusieurs personnes m'ont demandé de tes nouvelles, tu sais ? »
Hinata lui en avait demandé directement quelques jours plus tôt. Elle voulait savoir si son boulot d'été se passait bien. Gaara avait été content de recevoir son message.
Naruto lui avait bien sûr envoyé quelques messages aussi, mais il avait arrêté d'un seul coup. Probablement quand il avait reçu les cassettes.
« Et puis tu as moi. Tu peux compter sur moi, je ne te laisserai pas tomber, je t'en fais la promesse. Je te montrerai des exercices de relaxation pour tes angoisses, je sais que ça m'aide un peu quand j'ai trop de choses à évacuer ; mais sur toi, je pense que ça marchera encore mieux. Je t'aiderai à trouver un psy aussi, si jamais c'est ce qu'il te faut. Parce qu'il y a des choses pour lesquelles je suis pas qualifié, mais mon rôle c'est aussi de te rediriger vers les gens qui pourront t'aider quand moi, je ne le peux pas. »
Il avait l'air déterminé, et il y avait beaucoup de sincérité dans sa voix. Qu'est-ce que Gaara avait pu faire pour mériter un ami aussi dévoué ?
« Il me faudrait à peu près autant de cassettes que toi si je voulais répondre à tout ce que tu as pu dire. Mais on a tout le temps devant nous pour ça, et il est temps pour moi d'aller à l'essentiel, et de passer au sujet pour lequel j'ai vraiment fait cette cassette.
Car il reste encore un truc qu'on n'a pas encore abordé. J'imagine que tu sais de quoi je parle. »
Gaara respira un bon coup. Il n'était pas sûr d'être prêt à entendre la suite.
« Je vais être honnête : j'ai rien compris à ma vie quand tu m'as annoncé que tu étais amoureux de moi ! »
Il s'était mis à rire, mais ce n'était pas moqueur. Ce n'était même pas nerveux.
« Je veux dire, je venais de recevoir une boîte mystérieuse avec des cassettes dedans – d'ailleurs, j'étais trop content d'avoir l'occasion de ressortir mon walkman ! J'ai tellement de bons souvenirs avec ce truc, du coup merci ! La prochaine fois, on fera des compilations de chansons, comme quand j'étais plus jeune ! Maintenant que je l'ai dépoussiéré, j'ai pas envie de le reperdre au fin fond de mes affaires !
… Désolé, je blablate encore. »
Il était vraiment adorable. Gaara retrouva le sourire.
Naruto s'éclaircit la gorge avant de reprendre.
« Donc, oui, je disais, je venais de recevoir de mystérieuses cassettes, sans savoir de qui ça venait, parce que Monsieur n'avait même pas mis son adresse. »
Il avait pris un ton taquin. Ce n'était pas la meilleure idée que Gaara ait eue, mais il n'avait pas voulu que Naruto sache tout de suite que le paquet venait de lui. Il voulait qu'il le découvre en écoutant les cassettes, pour être sûr qu'il écouterait au moins le début.
« Et je découvre que ça vient de toi, qui n'es pas vraiment réputé pour être bavard ? Et en plus tu me dis que tu m'aimes ? Hein ? Quoi ? Comment ? »
Il rit de nouveau, mais cette fois-ci, on sentait quand même une petite pointe de nervosité.
« Je crois que je suis passé par toutes les émotions possibles le long des cassettes : la joie, la tristesse, la colère, la peur, le dégoût – le dégoût, c'est pour ton père, hein ! »
Gaara ricana, il avait bien compris. Naruto avait vraisemblablement eu peur d'avoir dit quelque chose de travers, sans doute parce que ça lui arrivait bien plus souvent que ce qu'il aurait souhaité.
« Je suis vraiment content que tu les aies faites. Ça ne pouvait que te faire du bien de vider ton sac. Et je suis super flatté que tu m'aies choisi, moi. Merci encore de m'avoir accordé autant de confiance.
Et merci tout court pour m'avoir raconté tout ça. Pas seulement ton passé, mais aussi tous ces événements qu'on a en commun, de ton point de vue à toi. Je suis heureux d'avoir pu mieux te comprendre et mieux te connaître. »
Cela lui mettait du baume au cœur de savoir que ses cassettes avaient eu l'effet escompté de ce côté-là aussi.
« Et surtout, ça m'a permis de réfléchir plus amplement à notre amitié et ce qu'elle signifiait pour moi.
Tu disais sur la face A de cette cassette que tu avais peur que notre amitié change et que rien ne soit plus pareil. Je vais peut-être paraître encore trop rentre-dedans, mais… Bien sûr qu'elle va changer ! A quoi tu t'attendais en me confiant des trucs aussi personnels ? »
Il ne disait pas cela de façon agressive ou condescendante, il lui rappelait simplement des faits.
« On a passé une espèce de cap, au niveau de la confiance qu'on s'accorde l'un à l'autre ; moi je trouve ça hyper positif ! »
Il avait l'air surexcité, c'était vraiment une bonne nouvelle pour lui. Gaara sourit, mais un peu tristement.
« Et rentre-toi bien ça dans ton petit crâne têtu : pas question pour moi de mettre fin à notre amitié ! Ni maintenant, ni plus tard ! Il faudrait vraiment que tu me fasses un truc ignoble pour que je ne veuille plus te parler, et je ne crois pas que tu en sois capable. Même si tu prends un air grognon et misanthrope et agacé par tout et n'importe quoi, moi je sais que tu es quelqu'un de bon et de généreux. Je suis fier de t'avoir pour ami. »
« Pour ami, » répéta Gaara. C'était ce à quoi il s'attendait, alors il n'était pas déçu. Mais il avait tout de même un pincement au cœur. Cependant, il était rassuré de savoir que Naruto ne le rejetait pas et qu'il voulait lui aussi maintenir leur amitié. Un léger soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres.
« Je voudrais que tu te voies comme moi je te vois : quelqu'un d'intelligent, sensible et à l'écoute des gens. Tu as dit à un moment que tu ne savais pas quoi répondre à Temari quand elle te demandait pourquoi on était amis, parce qu'on est très différents. Moi je trouve plutôt qu'on est complémentaires : je parle beaucoup et je comble tes silences dans la conversation, mais toi, tu écoutes tout ce que je dis et tu trouves toujours les bons mots pour répondre. Je suis très spontané et impulsif, et toi tu me canalises et me rappelles quand je dépasse les limites. Je t'oblige à voir un peu de monde quand tu commences à vouloir t'enfermer, et tu m'apprends à apprécier les moments calmes, sans personne autour. »
Gaara soupira de nouveau, les émotions devenant encore une fois un peu trop fortes. Il n'avait pas l'habitude que l'on fasse son éloge, et cela le mettait un peu mal à l'aise. Il voulait y croire, et en même temps, il n'avait pas l'impression que c'était bien de lui dont Naruto parlait.
« Je sais que tu n'attendais pas de réponse de ma part au sujet de tes sentiments pour moi, mais je veux quand même t'en fournir une. J'ai beaucoup réfléchi. Tu as un peu perturbé ma vision des choses sur certains trucs. »
Gaara fronça les sourcils. « Qu'est-ce qu'il veut dire par là ? » Murmura-t-il. Un espoir commençait à naître malgré lui, et il ne voulait pas l'autoriser à trop grandir.
« Tu as parlé d'œillères à plusieurs reprises, j'ai bien l'impression que j'en ai aussi. Je suis passé à côté de beaucoup de choses concernant mes amitiés, et pas seulement la nôtre. Comme si je les prenais trop pour acquises et que je restais bloqué sur une vision que j'ai de mes proches, et qui ne bougerait plus par la suite. Ce qui me donne l'impression d'avoir loupé plein de trucs.
Et j'ai l'impression d'en avoir loupé vraiment beaucoup avec toi.
Je n'ai pas vu à quel point tu allais mal, et je te demande pardon. »
« Je ne t'en veux pas, » répondit Gaara.
« Je sais que tu as sûrement tout fait pour que ça ne se voie pas, mais ce n'est pas une excuse. Je n'ai pas envie que ça en soit une.
Quand tu as parlé de la tentative de suicide que tu avais voulu faire, et qu'en plus j'ai fini par comprendre que ça t'avait de nouveau traversé l'esprit ces derniers mois, j'ai été terrifié. Parce que ça voulait dire que j'aurais pu te perdre.
Et ça, c'était pas possible. »
Il n'avait jamais été aussi sérieux. Gaara se recroquevilla sur lui-même.
« Ça a été très dur de t'entendre en parler, je ne te le cache pas. Vraiment très dur. Une partie de moi aurait voulu ne jamais l'entendre, mais d'un autre côté, j'imagine bien que c'était nécessaire, que tu avais besoin d'en parler. »
« Oui… » Lâcha Gaara dans un souffle.
« Et finalement, pour moi aussi, c'était nécessaire. Ça a été comme une claque pour me ramener à la réalité, et me faire réaliser que tout pouvait s'arrêter brusquement. J'ai honte d'avoir eu besoin d'entendre un proche me dire qu'il avait pensé à mourir pour en prendre conscience… Je suis désolé. »
« C'est moi qui le suis, » dit Gaara, avant de réaliser que Naruto l'aurait sûrement réprimandé, parce qu'il s'excusait encore une fois.
« J'ai eu un déclic, moi aussi. J'ai commencé à voir notre relation autrement. J'ai toujours vu notre amitié comme différente. Avec les autres, ça s'est construit assez vite, et les liens se consolidaient presque tout seuls. Mais avec toi, j'ai dû apprendre à prendre mon temps, à être patient et plus posé. C'est pas quelque chose que j'ai l'habitude de faire !
Mais ça en a toujours valu la peine. Tu as toujours été quelqu'un que je voulais connaître plus. Et même si tu m'as parfois – souvent – donné du fil à retordre, je ne regrette pas une seule seconde d'avoir décidé de t'embêter au resto U et à la bibliothèque, de t'avoir traîné à des pique-niques et des fêtes du Nouvel An. »
Et Gaara ne regrettait pas ces moments une seule seconde non plus.
« Ton amitié m'a toujours été précieuse. De ça, j'ai toujours été sûr, et c'est encore le cas. Je regrette d'ailleurs de ne pas te l'avoir dit assez.
Et quand je suis arrivé à la fin des cassettes, j'ai eu le besoin de remettre tout ça en perspective. »
Comment ça ? La tête lui tournait de nouveau.
« Imaginer que j'aurais pu te perdre me rend malade. C'est pareil pour mes autres amis, pour ma famille, mon père, bien évidemment.
Mais avec toi, il y avait quelque chose de différent par rapport à mes autres amis. Sans doute lié au fait que je vois notre amitié comme à part, avec un lien plus profond. Comme un meilleur ami. C'est ce que je me suis dit.
Sauf que ça ne collait pas tout à fait. Il manquait quelque chose. »
Gaara se redressa subitement. Il lui était à présent impossible d'empêcher l'espoir de grandir.
« J'ai beaucoup réfléchi à la question, parce que je ne voulais pas te donner une réponse précipitée, qui nous ferait du mal inutilement.
J'ai aussi pensé à un lien plus fraternel. C'est un truc qui m'a souvent manqué, de ne pas avoir de frère ou de sœur. J'ai souvent jalousé mes amis qui en avaient, toi inclus ! »
L'angoisse de Gaara était telle qu'il fit à peine attention à la boutade de Naruto.
« Mais ça non plus, ça ne m'allait pas. Et au final, je me suis rendu compte qu'inconsciemment, je n'envisageais pas autre chose, parce que ce 'autre chose', je suis habitué à ne jamais l'envisager. Je suis un mec, je suis toujours sorti qu'avec des filles, j'ai jamais envisagé que ça puisse un jour changer.
Alors j'ai changé de tactique. Au lieu de me demander pour quelles raisons c'était pas possible de l'envisager, je me suis demandé pour quelles raisons ça serait possible.
Tu vas trouver ce que je vais dire complètement idiot, probablement parce que ça l'est. Mais en fait, j'ai fini par me demander ce qui se passerait si tu revoyais ton ex. Te moque pas, j'ai déjà honte de moi, mais ça m'a rendu un peu jaloux, parce que je me suis dit que si vous vous remettiez ensemble pour une raison ou pour une autre, j'aurais l'impression d'avoir loupé le coche, et je le voulais pas. »
« C'est pas vrai… » C'était à peine s'il pensait à respirer, et son cœur battait si fort que c'en était presque douloureux.
« Je sais, c'est complètement débile, parce que si vous vous revoyez, ce sera pour pouvoir mettre ce qui s'est passé au lycée derrière vous, mais je me suis dit, et si, et si, on sait jamais, et… Et voilà.
Enfin bon. Ce que je veux dire, c'est que… Quand j'ai fini par admettre à moi-même cet état de fait, c'est comme si tout avait fait sens d'un coup. Si je vois notre amitié comme si spéciale, c'est parce qu'elle l'est, mais aussi parce que je ne te vois pas comme un simple ami uniquement, et… Et je suis sacrément nul quand il s'agit de parler de ce que je ressens… Rah !
Je pense pas être homo, je crois que je suis même pas bi, ou pan, ou je sais pas, j'y ai pas réfléchi et en fait, là, maintenant, tout de suite, je m'en fiche, ça n'a aucune espèce d'importance. Pour l'instant, ce qui m'importe, c'est toi.
Toi, et uniquement toi. »
Gaara mit la cassette en pause. Il essayait de réaliser ce qui était en train de se passer. Est-ce qu'il avait bien compris ?
« Je dois être en train de rêver… » Il hésitait à se pincer le bras pour être sûr.
« Je sais pas quand ça a commencé. Peut-être que c'était là depuis longtemps, peut-être que c'est pour ça que je me suis senti mal à l'aise quand j'ai embrassé Sakura, comme si j'étais en train de faire une erreur. Peut-être aussi que c'est pour ça que je tenais tellement à te voir aussi souvent ces derniers temps, que je pensais tout le temps à toi, que j'ai le cœur qui a eu un raté quand j'ai compris que c'était toi l'auteur des cassettes. Je sais pas. Et au final, on s'en fiche. Ce que je sais aujourd'hui, c'est que je tiens à toi bien plus que ce que je croyais. Je t'aime beaucoup. Enormément. Punaise ! »
Naruto soupirait, excédé par son incapacité à s'exprimer comme il le voulait.
« M'en veux pas, j'ai vraiment jamais été doué pour ce genre de choses.
Enfin voilà, c'est dit. Ou presque. Mais je sais pas comment rendre ça plus… Plus… Officiel, concret, je sais pas, je suis encore en train de me laisser dépasser et de perdre mes mots.
Gaara, est-ce que tu veux bien sortir avec moi ? »
Gaara se mit à rire, et des larmes coulèrent sur son visage. Mais il ne les arrêta pas, car c'était des larmes de joie.
C'était infiniment mieux qu'un rêve : c'était la réalité. Naruto venait bel et bien de lui dire qu'il voulait être avec lui, Gaara n'en revenait pas.
« Je me sens parfaitement stupide à poser cette question. Surtout que je sais que tu es amoureux de moi, mais j'ai quand même peur que tu répondes non. Tu serais bien fichu d'avoir peur que ce ne soit pas vrai, ou qu'il vaut mieux pas parce que tu as tellement peu d'estime de toi que tu penses que ça ne marchera pas, ou que je ne peux pas vouloir être avec toi, ou je ne sais quoi.
Tu me fais pas ça, hein ? »
« Oh que non, promis… »
« Peut-être que ça ne fonctionnera pas aussi bien que ce qu'on pensait, peut-être que ça ne durera pas éternellement, mais on ne peut pas le savoir. Moi, je veux essayer. Si tu es d'accord. Parce que je tiens à toi, et j'ai envie de faire un bout de chemin avec toi, comme on dit. Peu importe la longueur de ce chemin, je profiterai de chaque mètre parcouru avec toi, si tu veux bien que je marche à tes côtés. »
Gaara se sentait comme sur un nuage.
« Si on m'avait dit un jour que je ferais une déclaration d'amour sur une cassette audio… Au moins, on aura été originaux ! »
Ça oui, Gaara ne pouvait pas dire le contraire.
« Si tu me permets la métaphore… On va pouvoir presser le bouton lecture et laisser défiler la bande pour voir où ça nous mènera. Ça te va ? »
« Plus que jamais. »
« Je crois que j'ai à peu près fini. On aura encore beaucoup de choses à se dire, toi et moi. Mais cette fois, on va essayer de se les dire en face à face, ou au moins de vive voix, d'accord ?
Enfin, je sais que tu n'aimes pas appeler, alors… Tu peux commencer par un 'oui' ou 'non' par message à ma demande ? Et après on avisera ? »
« Je peux bien faire ça, oui ! »
« Bon. Je pense que je vais m'arrêter là. Désolé si j'ai été maladroit dans mes mots, ça me ressemblerait bien. Mais les sentiments sont bien là, eux. Ça, je te le promets. J'ai hâte de te revoir, tu ne m'as jamais autant manqué. Prends bien soin de toi.
A très vite, Gaara. »
La cassette se termina sur ces mots prononcés avec une tendresse que Gaara n'avait encore jamais entendue dans la voix de Naruto.
Gaara se souvint de la feuille qui se trouvait également dans l'enveloppe. Il l'attrapa et la déplia ; c'était un dessin fait par Naruto. Un portrait de Gaara, qui regardait de face, et dont le visage arborait un sourire plus radieux que jamais. A côté du dessin se trouvait un mot de Naruto :
« N'oublie jamais que tu as le droit au bonheur. J'espère pouvoir te faire sourire ainsi et te voir heureux, car alors je le serai aussi. »
Gaara ne put rien fait d'autre que d'éclater en sanglots. Temari et Kankuro l'entendirent et se précipitèrent dans sa chambre pour lui demander ce qui se passait.
« Tu as reçu de mauvaises nouvelles ? S'inquiéta Kankuro.
- Quelqu'un t'a fait du mal ? L'interrogea Temari.
- Non… Non, rien de tout ça, articula Gaara difficilement. Au contraire… »
Un peu confus, les deux aînés se rapprochèrent de leur petit frère pour l'aider à calmer ses pleurs. Il respira profondément pour retrouver une contenance et essayer de leur répondre.
« Il y a ce garçon…
- Le fameux Naruto ? Demanda Temari, car Gaara lui avait beaucoup parlé de lui.
- Oui, acquiesça-t-il, tout en continuant de serrer le dessin de Naruto contre sa poitrine. Je lui ai dit que je l'aimais… » Il était un peu embarrassé, car c'était la première fois qu'il se confiait à sa fratrie sur ce genre de choses. Mais il était si heureux qu'il avait envie de le partager. « Et il vient de me répondre que c'était réciproque… »
Temari serra son petit frère contre elle. Kankuro, plus réservé, lui posa simplement la main sur l'épaule. Mais sa sœur ne l'entendait pas de cette oreille et l'attira dans un câlin de groupe.
Quelques mois plus tôt à peine, Gaara se serait senti étouffé par une telle proximité physique. Mais à présent, il voulait partager ce sentiment de bonheur qui l'envahissait. Car si la douleur et la tristesse pouvaient être partagées afin d'être allégées, la joie pouvait l'être aussi afin d'être décuplée.
Enfin, sa vie prenait un vrai tournant positif. En vérité, le tournant avait débuté avec sa rencontre avec Naruto, mais il avait maintenant la preuve que c'était réel, qu'il n'était pas condamné à rester seul et rejeté. De toutes parts, il recevait des preuves qu'il était aimé, par ses amis, par sa famille, et c'était le sentiment le plus plaisant et le plus rassurant qu'il ait connu.
Et pour couronner le tout… Il y avait eu cette déclaration de Naruto qu'il n'aurait jamais osé espérer. Il n'aurait pas pu être plus heureux qu'en cet instant.
Dans l'euphorie du moment, il dit à son frère et à sa sœur qu'il les aimait. C'était la première fois. Temari lui embrassa la tempe et Kankuro passa la main dans ses cheveux.
Tout ira bien, se répéta Gaara. Tout ira bien, maintenant…
Note : L'épilogue sera mis en ligne dès demain !
