Salut tout le monde !
Alors oui je sais, je sais, j'ai encore mis trois plomb alors que j'avais annoncé le contraire je n'aies aucune excuse et un seul mot à vous dire : PARDON ! Désolée pour toute cette attente, je suis vraiment le Antoine Daniel de la fanfic (toutes proportions gardées bien sûre) et je vous remercie infiniment de la patience dont vous avez fait preuve, vous avez été des anges !
Sur ce je ne m'étends pas plus, et je vous laisse découvrir ce qu'il s'est passé après la soirée chez Melody ;)
Chapitre 14 :
Le réveil s'apparenta à une véritable séance de torture. N'ayant que très peu dormis durant la nuit, merci cerveau, je n'avais pas du tout entendu l'alarme de Mélody sonner, et les filles avaient dû me passer des glaçons dans le cou pour me sortir de mon coma, toutes les autres méthodes ayant lamentablement échouées… Les yeux à moitiés fermés, et les neurones pas encore tout à fait en activités, il avait fallu que ce soit Rosa et Iris qui m'aide à rassembler toutes mes affaires, et que Mélody me rappel de prendre mon médicament avant de manger mon petit déjeuné sans parler de Kim, qui, elle, transporta et monta mes affaires dans le bus jusqu'à ce que nous arrivâmes devant le lycée. Les muscles lourds de fatigues, je faillis bien louper la dernière marche me séparant du sol, mais Iris me rattrapa par le bras juste à temps pour m'empêcher de me vautrer sur le béton. Décidément, cette journée promettait d'être grandiose…
- T'es sûre que tu veux pas rentrer chez toi plutôt ? me demanda Rosa, l'air visiblement inquiet à cause de mes exploits matinaux.
- T'inqui…ète pas, Rosa…, articulai-je dans un bâillement à m'en décrocher la mâchoire. J'ai… J'ai juste du mal à émerger. Ça ira mieux dans la journée, dis-je en fermant mon casier à clé, après avoir quelque peu lutter pour y mettre toutes mes affaires.
- Anita, t'as à peine dormi cette nuit… C'est pas sérieux !
- Mais non, ça va ! Aller ! On se voit en Espagnol ! tranchai-je en lui adressant un dernier sourire avant de prendre la direction de l'aile de Philo.
Aile que j'eus un peu de mal à atteindre sans encombre… J'avais percuté par trois fois des élèves à cause de ma vision trouble par moment, et m'étais prise une porte de casier dans la tête, bien trop occupée à bailler… Heureusement pour moi, Nathaniel avait remarqué que je n'étais pas dans mon assiette, en même temps, je pense que ce n'étais pas bien difficile à deviner, et était venu à ma rencontre pour m'aider à atteindre notre salle de classe sans plus de dommages.
- La nuit a été courte ? me demanda-t-il alors qu'il se saisissait de mon sac pour que je puisse monter les escaliers plus facilement.
- On va dire ça, ris-je jaune. Merci, pour le coup de main, ajoutai-je alors que nous commencions notre ascension.
- Pas de problème !
En voilà un qui était décidément de très bonne humeur ce matin… Rares étaient les fois où j'avais pu voir Nathaniel sourire aussi franchement ! Peut-être que ça avait un rapport avec le retour d'Ambre au lycée ? Ou s'était juste moi qui été tellement fatiguée que je le trouvais plus rayonnant que les autres jours ?… Va savoir ! En tout cas, il faisait plaisir à voir ! Et pour une fois, nous parlions d'autres choses que les cours ! Le temps de gravir les deux étages qui nous séparaient de notre salle de classe, il me fit l'éloge du dernier livre qu'il avait lu. Ne l'écoutant qu'à moitié pour essayer de ne pas faire un malaise à cause de l'asthme et de la fatigue, je n'en saisis pas le titre, mais je reconnus le nom de l'auteur : Jussi Adler-Olsen. Je n'avais pas lu son dernier livre, mais lorsque l'on parle de thriller policier, c'est toujours une valeur sûre ! Et vu l'enthousiasme qu'affichait mon ami en parlant de sa lecture, je ne pouvais qu'en déduire qu'Olsen n'avait apparemment pas perdu de son talent, ce qui, malheureusement, se faisait de plus en plus rare chez les écrivains à la longue bibliographie.
Nous cessâmes notre conversation sur une petite crise de fou rire, en rentrant dans la classe. Très gentiment, Nathaniel alla jusqu'à déposer mon sac à ma place à côté de Castiel, qui, étonnement, était déjà installé. Il regarda d'un très mauvais œil mon ami le délégué, mais n'émit pas un seul mot, tout juste un grognement de mécontentement. Toujours sous l'influence de la plaisanterie que m'avait raconté Nath, et de la brume de fatigue embaumant mon cerveau, je ne captai pas tout de suite la situation. Ce n'est qu'en m'asseyant que je me rendis compte de ce fait très bête et totalement évidant : j'étais assise à côté de Castiel, le garçon dont j'étais très probablement amoureuse. En songeant à cela, ma bonne humeur se calma tout de suite, et je sentis le rouge me monter aux joues. Incapable de maîtriser ma réaction, je détournai tout de suite le regard pour ne pas qu'il remarque le phare que je venais de piquer.
- * Calmes toi ma veille ! C'est Castiel, ok ? C'est pas parce que tu as compris qu'il te plaisait que tu dois agir différemment* m'adjurai-je intérieurement tout en sortant mes affaires de mon sac. * Du calme et du sang froid ma grande ! *
- Tu t'sens bien Gamine ?
Une partie de mes stylos tomba par terre dans un petit tintement. Surprise par sa question, et par sa voix, j'avais sursauté sur place en lâchant mes affaires. Pour le calme et le sang-froid, on repassera… Bonjour la maîtrise !
- Flûte ! pestai-je en me baissant. Oui ! Oui ! Je vais très bien, répondis-je en profitant du fait que mes cheveux tombaient en cascade pour cacher le rouge de mes joues. Pourquoi ?
- Tu trembles comme s'il faisait moins quarante, et t'as l'air fatigué genre comme si t'avais pas dormi de la nuit…
- Je trembles à cause de la fatigue, parce qu'en effet, on a veillé tard. Trucs de filles, tu peux pas comprendre, éludai-je en prenant toujours soin d'éviter le contact visuel.
À partir de là, je ne dis plus un mot de la matinée. Notre cours de Philo fut plus soporifique que jamais, si bien qu'à un moment, je finis même par m'endormir, chose qui ne m'était encore jamais arrivée en cours ! C'est Castiel qui me réveilla d'un bon coup de coude dans les côtes, juste au moment au notre professeur passa à côté de nous. Il semblait parler d'une évaluation ou d'un test qui aurait lieu je ne sais pas trop quand, et qui porterait sur un sujet que je ne compris pas à cause de ce réveil pour le moins brutal. Et à vrai dire, je m'en fichais un peu. Cette interrogation pouvait bien attendre, mon mal de crâne, lui, non. M'être assoupis n'était vraiment pas une bonne idée, ça n'avait fait que décupler la migraine que je me traînais lascivement depuis ce matin. Je fus tout simplement incapable de suivre ce qui pouvait bien se dire, et fus encore moins capable d'absorber la moindre information. Il allait falloir que je demande ses notes à Nath pour la prochaine fois si je ne voulais pas d'avantage creuser mon retard…
Après le cours d'Espagnol, durant lequel mon silence fut toujours aussi éloquent, Rosalya me traîna de force à l'infirmerie pour que l'on me donne de quoi soulager ma migraine, et aussi pour que je prenne mon traitement, que bien évidement, j'avais complètement oublié. Mon amie me tira derrière elle par le bras tel un capitaine qui tient son gouvernail à travers la tempête, et après avoir affronter la marée humaine d'élèves affamés se dirigeant vers le réfectoire, nous réussîmes à atteindre l'officine sans que je ne rentre dans qui que ce soit. Un exploit quand on pouvait voir l'état de fatigue dans lequel je me trouvais… Rosa ne s'était d'ailleurs pas privé de me faire la morale sur tout le trajet, et plus d'une fois je l'avais entendu souffler bruyamment pour s'inciter à garder son calme.
- Anita ? Tu es en avances aujourd'hui, tu viens pour ta prise d'oxygène ? nous demanda le docteur Kei en nous voyant pénétrer dans la salle d'attente.
- Oui ! s'empressa de répondre Rosalya à ma place. Et elle ne se sent pas bien depuis ce matin, vous pouvez lui donner un truc contre le mal de tête et la fatigue ?
Madame Kei leva un sourcil circonspect en entendant la déclaration de Rosa, mais ne posa aucune question. Elle demanda juste à mon amie de nous attendre ici, le temps qu'elle m'examine dans une autre pièce. J'eus alors droit à la totale. Prise de température, constantes, questions gênantes en tous genres, et lorsque le médecin en chef de l'infirmerie paru rassuré par mes réponses, elle nous fit quitter la salle d'examen pour m'installer dans la salle de repos, où elle m'ordonna de m'allonger pour que je puisse faire ma séance d'oxygénation. Rosalya n'attendit même pas d'avoir sa permission pour me rejoindre, l'air bien plus énervé qu'inquiet. Il n'était pas utile de bien la connaître pour voir qu'elle bouillonnait intérieurement, et qu'elle se retenait difficilement pour ne pas lâcher tout ce qu'elle avait sur le cœur.
Le docteur, après m'avoir ordonné d'avaler deux cachés blancs au goût horrible, m'installa les tuyaux à oxygènes et lança mon traitement. Elle me conseilla également de profiter de ce moment pour me reposer, parce que d'après elle, je souffrais de surmenage et d'un manque flagrant de sommeil. Madame Kei demanda également à Rosayla de veiller à ce que je mange quelque chose avant de retourner en cours.
- Bon, maintenant, vide ton sac ! m'adjura mon amie lorsque nous fûmes seules.
- De quoi tu parles ? Je t'ai déjà dit que j'allais bien Rosa. Je suis juste fatiguée, c'est tout, tentai-je de la rassurer, sans succès.
- Ah non Anita ! Pas d'ça avec moi ! Je vois bien qui a un truc qui te tracasse. T'as deux solutions, ou tu me dis tout, ou je te force à parler.
- Rosa…
Je ne finis pas ma phrase. Au début j'avais eu l'intention de lui dire un truc futile du genre, « c'est juste la fatigue » ou « tu te fais des idée », mais face à sa détermination et à son air vraiment énervé, je préférai baisser la tête et garder le silence.
- Hé ! Tu sais que tu peux tout me dire. C'est à cause de ce qu'ont dit les filles hier ? Pas vrai ?
- Oui…, admis-je dans un murmure. Tu vas me trouver stupide, mais… mais hier… je… fin, j'ai compris que…
Rien que de penser aux mots que j'allais prononcer, je sentis le rouge me monter aux joues et le reste de ma phrase resta obstinément coincé dans ma gorge. Même avec la meilleure volonté du monde, je n'arrivais pas à le dire, ce qui m'agaça à un tel point que je finis par prendre un oreiller pour étouffer la frustration que j'éprouvais à ce moment-là.
- Tu as compris que tu aimais Castiel, pas vrai ?
J'acquiesçai, toujours incapable de regarder mon amie dans les yeux tant j'avais honte de moi.
- Ba t'en a mis un temps ! s'exclama alors Rosalya, presque hilare. C'est ça qui t'as empêché de dormir toute la nuit ?
- Te moques pas de moi ! protestai-je. J'ai déjà assez honte comme ça ! Oui. J'y ai pensé toute la nuit, et à cause de ce qu'a dit Capucine, je me suis fait des films sur lui et Ambre…
- Tu savais pas qu'elle lui cours après depuis la primaire ?
- Si, mais jusque-là, j'y avais jamais vraiment fait attention. Et hier soir, ben, disons que j'ai eu une longue réflexion philosophique tardive qui m'a complètement fait délirer, maintenant que j'y repense.
- Anita ! Depuis le temps, t'as pas compris qu'elle est pas du tout son genre ?
- Bien sûr que si ! m'emportai-je, de plus en plus irrité par l'air rieur de mon amie. C'est pas à cause de ça que j'ai pas dormi ! L'idée qu'elle puisse l'intéresser ne m'a traversé l'esprit que quelques secondes…
- Ba alors explique moi ! Sérieusement ! Depuis ce matin je ne te reconnais plus ! T'évite de nous regarder dans les yeux, t'évite Castiel comme la peste, et dès qu'on te pose une question, tu vires au rouge brique ou au blanc cadavérique ! Qu'est-ce qu'y t'arrives ?
Je rebaissai à nouveau la tête. Comment lui expliquer que si je n'avais pas dormi de la nuit, s'était non seulement parce que j'avais compris que j'étais amoureuse, mais aussi et surtout parce que j'avais pris conscience que le temps des mensonges avait trop duré. Comment tout lui dire sans mentir ? Parce qu'il n'y avait pas qu'à Castiel que j'avais caché la vérité, j'avais menti à tout le monde… Je savais pertinemment que Rosalya n'apprécierai pas de savoir que je lui avais dissimulé tant de choses et je ne sais pas si c'est le poids de la fatigue, ou la lassitude de devoir toujours faire attention à ce que je disais, qui me poussa à avouer, mais le fait est que je fis… Je lui dis tout d'un trait sans lui laisser le temps d'en placer une. Quand j'eus fini de vider mon sac, je tremblais de peur à l'idée de voir l'expression que pouvait bien avoir mon amie. Je m'attendais franchement à me faire enguirlander pour tout ce que je lui avais caché, alors je vous laisse imaginer ma réaction lorsqu'elle me prit dans ses bras de la manière la plus douce qui soit.
- Ma pauvre chérie ! Et tu vis avec ça depuis tout ce temps ! Mais pourquoi tu ne m'en as pas parlé plus tôt ?
- Tu… Tu ne m'en veux pas ? m'étonnai-je, complètement ébahit par sa réaction.
- Un peu, concéda-t-elle en me libérant de son étreinte. Mais je comprends pourquoi tu as fait ça. Seulement… Tu aurais pu m'en parler avant !
- Rosa je…
- Je sais. Tu t'en veux et tu es désolée, me coupa mon amie. Je comprends mieux pourquoi tu n'as pas beaucoup dormi cette nuit… Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ?
- J'en sais rien, soupirai-je. Mais ce qui est sûr, c'est que j'en ai ma claque des mensonges. Et d'un autre côté… j'ai peur. Non ! Je suis terrifiée Rosalya ! Je meurs de trouille à l'idée que tout le monde sache, et que tout redevienne comme dans mon ancienne vie. Les messes basses, les regards en coin, la pression des médias et de ma famille paternelle je ne déteste rien de plus que tout ça ! Tu ne peux pas savoir à quel point j'étais heureuse de pouvoir être moi-même sans que tous mes faits et gestes ne soient jugés, ou déformés par des gens qui ne savaient rien de moi. Même les vacheries d'Ambre avaient un certain côté agréable, parce qu'elles prouvaient que j'étais enfin traité normalement.
- Ah ouais. Quand même… T'es sûre que t'es pas un peu masochiste sur les bords ?
- Rosa ! protestai-je en lui donnant un petit coup avec mon oreiller.
- Oui ! Oui ! Pardon ! Mais c'est que je suis pas douée pour ce genre de truc moi… Toute cette histoire c'est trop de secret ! J'ai horreur de ça ! Franchement je sais pas comment t'as fait pour tenir jusque-là, à ta place j'aurai pas tenu une semaine…
Je me laissai tomber en arrière en poussant un gémissement de désespoir. Tout ce qu'elle me disait ne faisait que me confirmer que j'avais eu tort de mentir à tout le monde. Jamais je n'aurai dû faire ça ! C'était très certainement la pire idée que j'avais eu de toute ma vie ! Comment avais-je pu penser ne serait-ce qu'un instant que mentir était la meilleure solution à long terme ? À cause de ma stupidité, je risquais de perdre tous les amis que je m'étais fait, et celui que j'aimais. Parce qu'il ne fallait pas être dupe ! Si Rosa m'avait tout de suite pardonné mes cachoteries et mes non-dits, Spicy lui, me crucifierait sur place lorsque je lui dirais…
- …Le seul conseil que je peux te donner, c'est de tout avouer à Castiel le plus vite possible, enchaîna-t-elle, toujours aussi rassurante. Et ne le laisse pas en placer une tant que tu ne lui auras pas tout dit ! Explique-lui comme tu m'as expliqué, et s'il est pas trop bête, il comprendra pourquoi t'as fait ça, et il se rendra compte que si tu lui avoue tout, c'est qu'il doit beaucoup compter pour toi.
- Ou il rentrera dans une colère noire et ne me parlera plus jamais, ajoutai-je, cynique.
- Non mais t'as bientôt fini d'être défaitiste ! se rebiffa soudainement Rosalya. T'es pénible à la fin ! Rien ne t'obligeait à nous mentir aussi longtemps ! T'aurais dû nous dire la vérité y a bien au moins un mois de ça ! Tu aurais dû nous faire confiance ! Maintenant t'assume ! S'il est pas assez intelligent pour comprendre, et qu'il décide de plus te voir pour ça, et ben c'est que d'une, il ne t'aime pas comme toi, ce qui m'étonnerait beaucoup vu la manière dont il te regarde, et deux c'est que c'est un abruti, ce qui m'étonnerai beaucoup moins. Maintenant tu arrêtes l'apitoiement, tu relèves le museau, et tu me fais le plaisir de manger quelque chose !
Ahurie par son mordant et son autorité, je ne trouvais rien de mieux que d'acquiescer bien docilement, et lui demander de me passer ma lunch box. Je mis quelques minutes à me remettre de son coup de sang, mais il ne me fallut pas bien longtemps pour me rendre compte que c'est elle qui avait raison, et qu'il était grand temps pour moi d'assumer mes choix, dire la vérité. Restait à trouver le bon moment, mais y avait-il seulement un bon moment ?
Comprenant sûrement que j'étais encore en train de remuer mes mauvaises pensées, mon amie entreprit de me distraire, ce qu'elle réussit à faire assez facilement, pour mon plus grand étonnement, mais à ma plus grande joie ! Il faut dire que sa bonne humeur était particulièrement communicative, et ses histoires complétement délirantes, très drôles ! Il m'avait suffi de voir briller ses yeux de malice en l'entendant parler des nouvelles aventures de sa mère face à son père, pour tout de suite retrouver le sourire, bien qu'il me fallût plus de temps pour faire disparaître de mon esprit toute ma mauvaise conscience et mes appréhensions quant aux prochains jours. Toute fois, j'y parviens, et même si l'angoisse restait maintenant impeccablement masquée sous la bonne façade que j'arrivais à afficher, ça n'empêcha pas mon cœur de manquer un battement lorsque les voix de Castiel et Lysandre nous parvinrent du couloir. Autant poussées par la curiosité que part la surprise d'avoir entendu nos amis monter le ton, Rosalya et moi laissâmes un silence de mort s'emparer de la pièce dans l'espoir de mieux percevoir ce qu'ils pouvaient bien dire. On pouvait entendre l'infirmière rouspéter virulemment, son timbre résonant dans le couloir. Elle donnait tellement de la voix qu'on ne pouvait pas entendre ce que disaient nos amis. Rosa m'abandonna d'un air agacé, un peu comme si quelqu'un parlait trop fort devant sa série préférée, pour se rapprocher de la porte, et assouvir sa curiosité.
- Puisque je vous dis que vous ne pouvez pas entrer jeune homme ! N'insistez pas !
- Mais nous voulons juste avoir des nouvelles de notre amie, nous sommes inquiets comment va-t-elle ?
- Elle va bien ! Maintenant dehors !
Ahurie par le comportement de l'infirmière, Rosalya et moi échangeâmes un regard entendu. Elle comme moi, avions reconnu la voix de Lysandre. Et comme je l'avais supposé à juste raison, mon démon aux cheveux rouges ne devaient pas être bien loin. Sans émettre un son, mon amie me demanda si j'étais prête à le voir. Je ne prix même pas la peine d'y réfléchir, et acquiesçai.
Rosa quitta la pièce en trombe et, de ce que je pus entendre, rattrapa nos amis avant qu'ils n'aient quitté l'infirmerie.
- Ah enfin vous voilà ! pus-je entendre. C'est pas trop tôt ! Ça fait un moment qu'on vous attend !
S'en suivis alors une discussion à voix basse avec l'infirmière qui les avaient chassés. Je n'eus pas le temps de réaliser ce qu'il était en train de se passer que, déjà, Rosalya était de retour en poussant devant elle un Lysandre et un Castiel impassible.
- Oui, oui madame Boon, l'Association Asthmitié vous remercie de votre compréhension. Oui madame, pas plus d'un quart d'heure, bien sûr… cause toujours vieille chouette, déclara mon amie une fois la porte refermée. Ba alors les garçons ! On se promène dans les couloirs sans autorisation ? enchaîna-t-elle, un rire dans la voix.
- Nous avons croisé Iris qui nous a dit que nous pourrions te trouver ici. Comme c'était bien le dernier endroit où je t'aurais cherché, elle nous a précisé que si tu étais là, c'était parce qu'Anita n'était pas au meilleur de sa forme… Comme j'avais besoin de te voir au sujet du dîner de ce soir, et que nous nous inquiétions pour Anita, Castiel et moi ne nous sommes pas penchés sur les formalités administratives…, répliqua Lysandre sur son ton habituel.
- Vous avez un repas ce soir ? demandai-je tout en évitant volontairement le regard noir de reproche que m'adressa Castiel.
- Oui. Les parents de Leigh et Lysandre sont en ville aujourd'hui et on a pensé que ce serait plus sympa de manger tous ensembles dans l'appartement, plutôt que d'aller dans un restau. C'est toujours d'actualité ?
- Oui, mais je ne me souviens plus de ce que nous avions convenue pour le désert, déclara notre ami juste après avoir acquiescé silencieusement aux dires de Rosa. Je comptai te demander de venir avec moi pour être sûr de ne pas oublier une fois arriver à la pâtisserie, mais je suppose qu'Anita préférerai que…
- Ne te fais pas tant de soucis pour moi ! le coupai-je avant qu'il n'ajoute quoique ce soit d'autre. Partez tant que les cours n'ont pas encore repris.
- Tu en es sûre ?
- Mais oui Lysandre ! Elle est sûre ! s'empressa de répondre Rosalya avant moi en se tournant pour faire face au frère de son copain. Et puis de toute manière, elle ne va pas rester toute seule Castiel va lui tenir compagnie.
Nous étant de dos, Rosa ne put voir l'expression de profonde consternation que Spicy est moi lui adressâmes. Je n'en revenais pas qu'elle me fasse un coup pareil ! Je voyais très bien où elle voulait en venir en faisant en sorte de nous laisser seuls tous les deux. Elle pensait sûrement que j'en profiterais pour tout avouer à mon ami, mais tout ça, c'était bien trop brutal et précipité à mon goût ! Il me fallait encore un peu temps, juste assez pour trouver la force de tout lui dire, et d'ensuite en subir les conséquences… Demain, me promis-je. Demain je briserai ce miroir mensonger que j'avais créé, et tant pis si c'était autant d'éclats acérés que je recevrais de la part de Castiel !
- Non mais c'est quoi cette habitude que t'as de répondre à ma place !? s'emporta mon ami alors que je restai silencieuse.
- Ça te pose un problème de rester avec Anita ? répliqua Rosa du tac au tac avec un sourire malin. Bon ! Tant pis, enchaîna-t-elle en entraînant Lysandre vers la sortie, sans attendre de réponse, je demanderai à Nathaniel de venir. Il a sûrement beaucoup de travail, mais je suis sûre qu'il ne refusera pas de veiller sur son amie, lui…
Je n'en revenais du culot dont pouvait parfois faire preuve Rosalya ! Comment arrivait-elle à parler comme ça à Spicy alors qu'il émanait de lui une colère aussi palpable que dévastatrice ? Je crois bien qu'à part elle, personne ne l'osait à sa place, s'il me regardait comme ça, j'aurais très vite tourné des talons pour le laisser se calmer. Mais elle, ça semblait lui faire ni chaud, ni froid. Et le pire, c'est que ça stratégie marcha ! Elle et Lysandre n'avaient plus qu'un pas à faire pour être hors de la pièce lorsque je vis Castiel serrer des poings avant de déclarer presque en hurlant : « Laisse tomber ! J'vais rester ! Et laisse le crétin du lycée là où il est ! » sur quoi il se laissa tomber sur la chaise qu'avait occupé Rosa près de moi, en croisant ses bras sur sa poitrine d'un air renfrogné.
Un long soupir m'échappa lorsque la porte se fut refermée sur le rire de Rosalya. Génial ! Elle me l'avait mis dans une de ces humeurs…
- Quoi ?! T'as un problème ?! m'attaqua tout de suite mon ami. Si t'es pas contente, j'peux partir tout de suite ! Si tu crois que j'ai que ça à faire de surveiller des gamines, tu trompes !
- Oh ! Mais c'est fini oui ! répliquai-je, énervée à mon tour. Si c'est pour subir ta mauvaise humeur, tu peux y aller je te retiens pas ! C'est pas moi qui t'ai demandé de rester ! Et si passer un peu de temps avec moi te mets d'humeur si joyeuse, ce n'était pas la peine d'accepter la proposition de Rosa !
Après cet échange tout sauf amical, nous restâmes un long moment plongé dans un silence tendu et gonflé d'animosité. Lui ne décampait pas de sa position d'enfant boudeur à l'air renfrogné, et moi je choisis de faire comme s'il n'était pas là jusqu'à ce qu'il brise ce malaise qu'il avait provoqué. Pour une fois, je n'allais pas faire le premier pas. Je n'en avais ni la force, ni l'envie. Après tout, je n'avais rien fait de mal, et je supportais très mal le fait d'être utilisée comme un sac à frappe… Non seulement ça m'énervait, mais en plus de ça, même si généralement je ne lui en disais rien, ses mots me faisaient mal. Quand Castiel était dans ces humeurs-là, la moindre parole qu'il pouvait prononcer était autant de couteaux affutés qui venaient me lacérer le cœur non seulement parce que ce qu'il pouvait me dire n'était franchement pas des plus agréable, mais aussi et surtout parce qu'il me faisait de la peine quand il se mettait dans des états pareils… Cette colère qu'il affichait, parfois, ce n'en était pas vraiment une…comme en cet instant… De devoir rester avec moi ne le dérangeait pas au fond, ça j'en étais sûre. Non. S'il s'était mis dans une telle colère, c'était parce que Rosalya lui avait donné un ordre, et qu'en plus de ça, non seulement elle avait laissé entendre qu'il n'était pas un bon ami, mais elle avait également dit que Nathaniel était quelqu'un de mieux que lui. Ce qui, de mon point de vue, se discutait.
Bien que franchement agacée de m'en être pris plein la tête, je ne le renvoyais pas bouler lorsqu'il entama la conversation après s'être calmé. Ça me surprit même d'entendre si vite sa voix percer le silence de la pièce. Pour être honnête, je m'étais attendue à devoir passer les trente prochaines minutes dans cet horrible calme…
- Il t'est arrivé quoi en Espagnol ? demanda-t-il finalement tout en admirant le mur en face de lui.
- J'étais encore un peu dans les vapes, et je me suis prise un coin de bureau dans le ventre. Ça m'a coupé la respiration, et il a fallu que Rosa m'aide à marcher le temps que je retrouve mon souffle… Ensuite elle m'a traîné ici pour que je prenne mon traitement et pour que je me repose.
- Heureusement que t'étais pas censé faire des folies hier soir, railla mon ami avec un sourire mauvais.
- C'est quand même pas ma faute si Rosalya nous a fait veiller jusqu'à pas d'heures ! Elle tenait absolument à nous faire parler...
- Et de quoi vous avez parlé ? s'enquit-il, visiblement très intéressé par le sujet.
À son ton malicieux plein de sous-entendus et à ce sourire étrange qui ne quittait pas son visage, il devait très certainement avoir deviné quel avait été le sujet principal de la soirée… Surtout que c'était Rosa qui avait lancé la conversation…
- De choses et d'autres, éludai-je en détournant le regard et en priant pour ne pas avoir viré au rouge brique. À un moment on a parlé de toi et d'Ambre…
- Ambre et moi ?! Qui s'est amusé à lancer des rumeurs bidon ?! s'emporta-t-il immédiatement.
Je dois bien admettre qu'outre le fait d'avoir réussi à retourner sa curiosité contre lui, le fait que Spicy soit sorti de ses gonds aussi rapidement à la simple mention d'un « Ambre et lui », me soulagea plus que j'aurais pu l'imaginer… Même si je me doutais qu'elle n'était pas du tout son genre de fille, je ne pouvais pas en être totalement certaine jusqu'à maintenant. À présent que j'avais ce nœud en moins dans la gorge, je devais admettre que je respirais un peu plus facilement, et pour tout vous dire, cela m'aida même à aborder plus sainement le reste de la conversation. Comme quoi, il suffit de quelques mots pour faire des miracles !
- Hahaha ! Mais non ! Idiot va ! Les filles n'oseraient jamais te faire ça ! Tu les intimides beaucoup trop, enfin… à une ou deux exceptions près, rectifiai-je en songeant à Rosalya, ce que Castiel ne releva pas.
- Alors c'est quoi cette histoire ? me demanda-t-il, sceptique.
- Capucine nous a dit qu'Ambre t'aimait parce que tu avais fait un truc pour elle quand vous étiez petits.
- Ah ! Ça ! Ah ah, c'te blague. Ça tombe vraiment amoureuses pour rien les filles.
- Pourquoi tu dis ça ? répliquai-je en essayant de ne pas me formaliser de sa remarque.
- Elle m'a fait pitié, c'est tout. Déjà gamine elle embêtait son monde et son cher « grand frère » n'était pas comme aujourd'hui.
- Pitié ? Pourquoi ? m'enquis-je, de plus en plus curieuse.
- Elle pleurait pour un truc que lui avait fait son frère, répondit simplement Castiel.
- Et tu l'as consolée ?!
Nonchalamment, il inclina la tête de manière à poser ses yeux sur moi. Son regard n'exprimait pas grand-chose si ce n'est un reproche silencieux du genre « tu le fais exprès ou c'est naturel chez toi la bêtise ? »
- Tu me vois vraiment consoler une gamine ? répliqua-t-il comme si c'était la chose la plus improbable du siècle.
- Tu étais un gamin toi aussi à ce moment-là..., lui fis-je remarquer en faisant la moue.
- Je te trouve bien curieuse d'un coup Gamine… Ça date tout ça, je m'en souvenais même pas.
- Ambre, elle, elle n'a pas oublié.
Castiel haussa des épaules avec désinvolture.
- Ça m'fait une belle jambe.
Maintenant je comprenais mieux pourquoi Ambre me détestait tant ! Me voir passer le plus clair de mon temps avec le garçon qu'elle aimait depuis toutes ces années sans avoir réussi à se rapprocher de lui, alors que moi j'avais réussis en quelques mois à peine, ça avait un côté plus que rageant. Pour un peu, je lui pardonnerai presque, mais je n'étais pas assez bonne pour ça. Je n'avais toujours pas oublié l'épisode du collier, et je n'avais pas encore digérer le fait qu'elle avait failli faire renvoyer son frère de l'école sans avoir envisagé ne serait-ce qu'un instant d'assumer sa bêtise lorsque les choses avaient commencé à dégénérer pour lui. Et puis s'il n'y avait que ça ! La fois où elle avait enfermé Ken dans un placard n'était pas mal elle aussi ! Le pauvre, à cause de ça il vivait en pension à l'école militaire et devait en subir tous les jours le prix, alors que pendant ce temps-là, Blondie ne faisait que bêtises sur bêtises et se montrait très compétente dans l'art d'embêter son monde… Un jour, je trouverai le moyen de lui rendre la monnaie de sa pièce à celle-là ! Mais pour le moment, je n'étais pas assez en forme pour me mesurer à elle… Les docteurs avaient été très clair, si jamais je venais à faire une autre crise dans les jours à venir, ça pouvait très bien être la dernière que je ferais… Enfin bon, ils avaient aussi que la probabilité de ce scénario était inférieure à un cas sur dix si j'évitais tous facteurs aggravants et que je suivais à la lettre mon traitement sur la semaine.
- Dis, tu veux pas me raconter ce qui s'est passé ? finis-je par lui demander alors que le silence avait repris sa place dans la pièce depuis un petit moment.
- En quoi ça te concerne ? répliqua Castiel en levant un sourcil circonspect.
- Simple curiosité. Et puis il ne me reste plus que dix minutes de traitement après faudra que j'aille tranquillement attendre devant la salle de mon prochain cours. Autant parler de quelque chose plutôt que de rester silencieux, tu crois pas ?
- Humf ! Comme tu veux, mais c'est vraiment l'histoire la plus idiote du monde, Nathaniel martyrisait sa sœur, va savoir pourquoi. Il lui faisait les pires vacheries et une fois, alors qu'ils étaient au parc, il lui a cassé sa poupée préférée.
- Nathaniel ? m'étonnai-je.
- Ouais, Nathaniel, répéta Spicy, goûtant visiblement l'effet de sa révélation sur son meilleur ennemi. Il a pas toujours été aussi angélique ton pote… 'Fin bref ! J'étais aussi au parc et Ambre n'arrêtait pas de pleurer. C'était vraiment agaçant t'imagines même pas ! J'ai dû lui réparer sa poupée à la noix pour avoir un peu de répit. Mes pauvres oreilles en souffrent encore…
Je ne pus m'empêcher d'imaginer la scène. Bien que surprise de l'apprendre, je visualisais très bien Nathaniel en petit démon blond faisant des misères à sa sœur. Quant à Castiel, j'essayais de m'en faire une image bien plus jeune, sans ses cheveux rouges et avec l'air plus innocent, ce que me fit irrémédiablement sourire. Je le voyais bien lui rendre sa poupée, l'air un peu bougon en lui tendant l'air de dire : « c'est bon elle est réparée, arrête de nous caser les oreilles ». Bien qu'il n'ait fait ça que pour sa tranquillité, c'était quand même gentil de sa part.
- Pourquoi tu souris bêtement comme ça ?
- Pour rien, ris-je doucement. Qu'est ce qui s'est passé ensuite ?
Spicy me regarda bizarrement quelques secondes, avant de souffler bruyamment, de lassitude sans doute.
- Elle ne m'a pas lâché de la journée et ça dure depuis tout ce temps. Marrant hein ? Quand je te disais que ça tombe amoureuses pour rien les filles.
- C'était sa poupée préférée... Elle a dû être vraiment contente que tu la lui répares !
- C'est bien ce que je dis…
Je préférai garder le silence et ne pas relever. Un débat sur le sujet ne servirait à rien, et je dois bien admettre que c'était tout sauf le genre de conversation que j'avais envie d'aborder avec lui en ce moment ! Malgré tout, elle était mignonne son histoire, mais j'avais quand même un peu de mal à imaginer Nathaniel martyriser quelqu'un et Castiel rendre service... Comme quoi, il s'en passe des choses en grandissant…
Le reste de la journée s'écoula lentement par la suite. J'avais toujours un peu de mal à regarder Spicy dans les yeux, mais ça allait mieux que ce matin. Lorsque la machine sonna la fin de ma prise d'oxygène, nous quittâmes tous deux l'infirmerie en prenant garde à ce qu'il ne se fasse pas attraper par le cerbère en charge de la surveillance. Ensuite ? Eh bien nous allâmes attendre que le cours d'Histoire commence, tous les deux tranquillement dans la salle, parlant de choses et d'autres. Vouant une véritable passion à l'Histoire, je fis tout mon possible pour rester éveillée et concentrée, et ce malgré les nombreuses tentatives de mon ami visant à me faire décrocher… Le cours achevé, il m'accompagna à la salle suivante, et me laissa sous la garde de Rosalya. Un peu vengeur, il déposa mon sac (qu'il s'était fait un devoir de porter juste sur les derniers mètres, histoire de faire croire à Rosa qu'il avait joué son rôle à fond) aux pieds de mon amie en lui lâchant un : « Elle a eu du mal à respirer pendant le trajet. À toi de te charger d'ça maintenant, à moins que tu ne sois pas une assez bonne amie pour porter son sac ? » sur quoi il lui avait tourné le dos pour rejoindre son propre cours de sa démarche habituelle. Castiel partit, je rassurai Rosa en lui révélant qu'il avait juste dit ça pour la mettre mal à l'aise, et que je n'avais pas besoin que l'on se charge de mon sac ce qui parut grandement la soulager. Sportive comme elle l'était, cela ne m'étonna pas et comme elle me le confia un peu plus tard dans l'après-midi, même si elle avait voulu porter mon sac, elle n'aurait pas pu, du fait de la « longue et exténuante » marche que Lysandre et elle avaient accompli jusqu'à la pâtisserie. Je lui assurai que pour moi ça n'avait aucune importance, et que mon petit passage à l'infirmerie avait suffi à me remettre sur pieds au moins pour finir la journée le plus normalement possible, ce qui fut le cas.
Comme il me l'avait promis quelques jours auparavant, Castiel m'attendit à la sortie du lycée pour me raccompagner chez moi avant sa répétition. Je dois bien admettre que je fus plus que surprise de voir qu'il n'avait pas oublié ce qu'il m'avait dit. Pour moi, c'était juste le coup de l'émotion qui l'avait poussé à me faire pareille promesse ; grossière erreur de ma part ! Je n'eus pas le temps de dire quoique ce soit qu'il avait déjà quitté sa position favorite (bras croisés adossé à un mur) pour venir me délester de la majorité de mes sacs. Là où Kim, pourtant bien plus forte que moi, avait eu du mal à soulever tout mon attirail, lui s'en saisit d'un seul bras comme si de rien n'était, et me fit signe de lui filer mon sac à dos dans la foulé. Médusée, je le laissai faire sans bouger ni rien dire. Je restai plantée là, sur le perron de l'école, et le regardai descendre les escaliers le plus naturellement du monde en me demandant si je devais lui dire ou pas que j'étais censée rentrer en bus aujourd'hui, comme je l'avais promis à tante Carla…
- Oh ! Tu bouges Gamine ?! J'ai pas toute la soirée moi ! m'apostropha-t-il à mi-chemin sur les marches.
- J…J'arrive ! bafouillai-je en me précipitant pour le rattraper.
Tant pis pour Carla ! De toute manière, ce qu'elle ne savait pas ne pouvait pas lui faire de mal ! Et puis qu'est-ce que je pouvais bien risquer à marcher tranquillement jusqu'à la maison, s'en aucun poids à porter ? Rien.
Une fois à ses côtés, je lui adressai un grand sourire pour me faire pardonner de l'attente, et entamai la conversation en lui demandant si Lysandre et lui avait quand même prévu de répéter ce soir. Il me regarda d'une drôle de manière avant de détourner la tête pour me répondre.
- Nope. Pas ce soir, il a ses parents et moi faut que je…
- Anita ! Castiel !
Nous nous retournâmes d'un même mouvement, surpris de voir Iris nous faire de grands gestes tout en courant dans notre direction, alors que nous n'avions même pas franchis le coin de la rue.
- Ouf ! Vous étiez… pas encore… partie…, constata-t-elle le souffle court. Anita, dis-moi, tu pourrais me prêter tes cours d'Histoire / Géo s'il te plaît ?
Un peu surprise par sa requête, je clignais plusieurs fois des yeux. Elle nous avait vraiment couru après dans tout le lycée juste pour me demander mes notes ? En même temps, venant d'Iris s'était possible elle avait sûrement dû louper un cours à cause d'une compétition ou parce qu'elle devait aller chercher son frère à l'école plus tôt… Mr Faraize l'autorisait à le faire quand sa mère ne pouvait pas se libérer du boulot… J'acquiesçai donc à la requête de mon amie tout en attrapant mon classeur.
- Merci ! Tu me sauve la vie ! Bon je vous laisse, ma mère et mon frère m'attendent dans la voiture, et Thomas n'est pas particulièrement patient. À plus les amis !
- Bye Iris !
Elle nous adressa un dernier salut de la main et disparu de l'autre côté de la rue. Sa mère devait très certainement s'être garée sur le parking des visiteurs…
Iris partie, nous reprîmes tranquillement notre marche dans un silence seulement rompu par le bruit de la ville et de la circulation. En passant devant le café, je vis Mélody et une fille de ma classe d'Espagnol toutes deux installées en terrasse avec tous leurs cours étalés sur deux tables. Visiblement elles étaient en pleine séance de révisions, donc je décidai de ne pas les embêter, et adressai toute fois un petit salue de la tête à Mélody qui m'avait également remarqué. Mais ce qui me parue étrange, c'est qu'elles n'étaient pas les seules à potasser leur cours à l'extérieur. Je reconnu également plusieurs personnes avec qui j'avais des cours en commun, et d'autres visages familiers dans le parc, qui étaient tous avec des cahiers à la main ou en train de faire des exercices.
- Dis, tu trouves pas qu'il y a une ambiance bizarre aujourd'hui ? finis-je par demander à Castiel alors que nous nous rapprochions de la sortie du parc.
- Pas spécialement… Pourquoi ?
- Je sais pas… depuis ce matin j'ai l'impression que quelque chose m'échappe mais avec la fatigue et tout le reste, j'ai pas vraiment fait gaffe… Seulement, j'sais pas… Lysandre aussi m'a dit qu'un truc le perturbait. Lui aussi, il avait l'impression d'avoir oublié une chose importante ce matin. Quand on vous a vu à midi avec Rosa, je me suis dit que c'était cette histoire de gâteau, mais maintenant je me demande si il y a pas autre chose…, dis-je en creusant dans mes souvenirs pour essayer de me rappeler de ce que j'aurai pu oublier.
- Vous faîtes la paire tous les deux, souffla mon ami. Rappel moi ce qu'on a demain ?
- Heu… Moi j'ai Français le matin, et après on a Histoire / Géo ensemble, pourquoi ?
- Rien d'autre ? insista-t-il.
- Ba y a le sport l'après-midi, mais à part ça, j'vois pas…
- Eh ben ça va pas être triste demain ! s'exclama-t-il dans un grand sourire moqueur.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Rien, oublies. On est arrivé. Je peux te laisser tout ton barda ou t'as besoin que je te porte tout ça à l'intérieur ? demanda-t-il alors que je cherchai mes clés dans mon sac pour ouvrir la porte d'entrée.
- Non c'est bon tu peux les laisser là. J'vais me débrouiller… Castiel… merci pour… 'fin tu sais…, commençai-je à bafouiller sans pouvoir le regarder dans les yeux de peur de rougir.
- T'inquiète, t'as pas besoin d'me remercier. Bon aller faut vraiment que j'y aille moi ! J'te dis à demain Gamine, et repose-toi un peu tu fais peur à voir.
- Charmant…Tu te fais du souci pour moi Spicy ? répliquai-je, taquine.
Ma remarque le coupa net alors qu'il était en train de passer le portail du jardin. Il resta quelques instants la main posée sur le bois du portique, semblant hésiter entre me répondre et partir. Soudain, alors que je croyais qu'il allait simplement continuer sa route sans me répondre, il tourna la tête vers moi afin de lier nos regards. Je vis alors une tempête d'émotion passer dans ses prunelles. D'abord se fut de la colère qui déferla si vite que je crus bien qu'il allait me renvoyer balader violement, mais très vite cette vague laissa place à une toute autre animation, plus douce, plus calme, et, paradoxalement, plus douloureuse. C'était comme si… comme si pour lui la première rafale de rage avec avait été plus facile à gérer que ce qu'il semblait ressentir à présent. De le voir ainsi en proie à un tel tourment me pinça le cœur et me troubla également. Spicy venait de faire tomber l'armure, et aussi bizarre que cela puisse paraître, cela me désarmait complètement. Je ne savais pas quoi faire ! Devais-je le rejoindre pour le prendre dans mes bras et le réconforter ? Attendre patiemment qu'il dise quelque chose comme j'étais en train de le faire ? Ou alors peut être étais-ce à moi de parler ? Je n'en avais pas la moindre idée… C'est après un temps qui me parut interminable que je me décidais finalement à amorcer un pas vers lui, mais je n'eus pas le temps de bouger. Il semblait avoir pris lui aussi sa décision en même temps que moi.
- Ouais… j'm'inquiète…, finit-il par avouer d'une voix si faible et sur un ton qui lui ressemblait si peu que je crus avoir rêvée.
Sur quoi, sans me laisser le temps de dire quoique ce soit, il referma le portail et disparu de mon champ de vision sans se retourner. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais en le voyant ainsi s'éloigner, un mauvais pressentiment s'empara de moi. Comme si à partir de ce moment, tout aller changer entre nous, alors que je ne lui avais encore rien dit… Peut-être était-ce justement ça ? Peut-être que j'aurai dû tout lui avouer quand nous étions seul face à face et qu'à présent je regrettais ma couardise… Un peu à regret, et sans plus écouter mes sentiments, je détachai mes yeux de l'endroit où se tenait mon ami quelques secondes au part avant, et entrepris d'ouvrir la porte de la maison. Pour autant, cette humeur songeuse ne me quitta pas de la soirée, et ce même lorsque tante Carla rentra folle de joie d'avoir signé un nouveau gros contrat et m'emmena au bowling fêter ça comme elle en avait l'habitude. Oui, certains offrent un dinée dans un restaurant guindé, des cadeaux ou des promotions Carla, elle, préfère offrir un bowling à toute son équipe pendant que son associé, lui, décide des augmentations et des primes qui seront distribuées à la fin de la soirée. C'est d'ailleurs avec Fabien que je passais la plus grande partie de mon temps pendant que tous les autres s'amusaient, puisque les pistes m'étaient interdites.
Je ne l'avais encore jamais rencontré et je dois dire qu'il détonnait fortement avec l'image que m'avait dépeint ma tante ! Moi qui m'attendais à faire face à un homme bien plus âgé qu'elle, à l'allure un peu sévère et aux grands airs de comptable parfaitement antisociable, je fus plus que surprise lorsque Carla fit les présentations ! Nous avions rendez-vous avec toute la boîte en face de leur bowling habituel, et bien que ma tante nous y ait conduit en mode Fast and Furious, un petit groupe de personnes nous attendait déjà, des femmes pour la plus part. Nous avions à peine pris place que j'eus droit à un bain de foule qui me fit tourner la tête à cause de toutes ces odeurs de parfums qui se mélangeaient entre elles et de toutes ces têtes qui se précipitaient pour nous embrasser. Tante Carla avait apparemment réussir à convertir une bonne partie de sa boîte à la tradition de la « bise », et des câlins de bienvenue. Seules certaines personnes restèrent un peu en retrait et préférèrent juste nous saluer à distance, ce que je trouvais bien plus appréciable que de devoir saluer tout le monde un à un. La partie plus masculine de l'équipe arriva quelques minutes plus tard, c'est d'ailleurs à ce moment-là que ma tante me présenta son collaborateur. D'abords je crus à une blague cet homme grand à la carrure athlétique, au sourire si avenant, et d'un âge sensiblement identique à celui de Carla ne pouvait pas être le rabat-joie qu'elle me décrivait depuis toutes ces semaines !
- Honey chérie, je te présente Fabien ! Fabien, ma nièce, Anita. Elle te tiendra compagnie pendant que tu feras les comptes.
- Hi Anita ! Nice to meet you ! Carla m'a… heu how you say in French…? A yes ! Heum Carla m'a beaucoup parlé de toi, articula-t-il dans un français approximatif avec un très fort accent.
- Je peux dire la même chose de vous ! répondis-je en anglais pour ne pas le forcer à poursuivre dans une langue qu'il ne maîtrisait visiblement pas bien.
Mon aplomb sembla le ravir car il éclata d'un rire franc tout en relevant ses lunettes d'un doigt pour ne pas qu'elles tombent par terre.
- Bien, les présentations étant faites, Fabien, mon Chou, je te laisse avec tes chiffres et tes calculs j'ai des équipes à former pour notre petit tournois de célébratiiion ! Tu as apporté le chapeau ?
Son associé acquiesça et lui désigna une table derrière nous où les membres de la compagnie c'étaient déjà attroupés et semblaient fort afférés.
- Splendiiiideeeeee ! Je vous laisse mes chéris, et Fab, je te confie ma nièce, alors fais bien attention à elle, sinon mon beau-frère et ma sœur me couperont la tête !
Sur quoi elle nous laissa seuls pour partir rejoindre le reste de l'agence afin de coordonner le petit tournois et faire les équipes. Carla partie, Fabien m'invita à le suivre pour prendre place dans un coin plus tranquille. Pendant que lui sortait tous ses papiers et son ordinateur pour faire ce que ma tante lui avait demandé, je fis de même pour relire un peu mes cours, répondre à des messages en retards, et voir si mes parents m'avaient écrit. Pas à un seul moment il ne se plaint de tout le bruit qu'il l'entourait, et s'est admirative de sa capacité de concentration que je le regardais parfois mordiller son stylo en fronçant les sourcils, la mine tirée par ses calculs. En le voyant ainsi se prendre la tête, à écrire des formules mathématiques dignes d'un livre de sorcellerie, et à griffonner tout un tas de notes sur son calepin, je ne fus que d'avantage convaincu que le monde des chiffres et de l'entreprenariat n'était absolument pas fait pour moi ! Je préférais largement prendre des photos et les retravailler sur mon ordinateur, plutôt que de passer des heures à manipuler nombres et formules ! Mes cours relus, c'est d'ailleurs ce que je fis. Il y avait de cela quelques semaines, lorsque j'étais, comme tous les Vendredi après-midi, au parc avec Castiel et Démon, j'avais pris une magnifique photo de mes deux terreurs préférées, que j'avais l'intention d'offrir à Spicy, mais avant ça, elle devait être un peu retravaillée au niveau de l'éclairage et des contrastes. Jamais encore je n'avais pris autant de plaisir à travailler sur une de mes photographies. Castiel avait vraiment un sourire et une expression indescriptibles sur celle-ci. Ses yeux étaient rieurs et empreint d'amour pour son chien, et quand on les regardait tous les deux ainsi unis, il devenait impossible d'ignorer la chimie qu'il y avait entre eux elle était presque visible, palpable.
- Darling ! C'est toi qui a pris cette photo ?
Je sursautai en me retournant vers Carla qui avait visiblement finie de jouer.
- Heu… Oui, lui confirmai-je en priant pour ne pas trahir mon malaise. C'était au parc, la semaine avant l'accident. Castiel m'avait proposé de venir avec lui promener son chien, et comme il faisait beau j'en ai profité pour prendre quelques clichés…
- Et bien mon Chou, tu as vraiment un réel talent pour la photographie ! Elle est sublime !
- Merci… Ça se passe bien pour toi ? demandai-je en essayant d'apercevoir son tableau de score, sans succès.
- Nous sommes en train de les exploser ! répondit-elle fièrement. J'en suis à cinq striks et ce n'est que le début ! Et toi Fabien, ça avance comme tu veux ?
- Yeah ! Je pense que nous allons pouvoir offrir à tout le monde une belle prime de fin d'année si mes prévisions du marché s'avèrent exactes. Quand vous aurez finis, il faudra qu'on réunisse toute l'équipe pour savoir s'ils veulent toucher cet argent maintenant, ou attendre encore trois mois.
Carla acquiesça simplement d'un air entendu, sans rien ajouter de plus, ce qui est rarissime chez elle ! Il faut croire que quand l'esprit de compétition la possède, elle retrouve toute sa concentration et son sérieux… En même temps cela ne m'étonna pas tant que ça. Je ne connaissais personne à part elle et mon père qui avaient autant la soif de vaincre. C'était à en faire peur ! Je me souviens que quand j'étais petite, ils s'amusaient à se lancer toutes sortes de défis absurdes pour savoir qui d'eux joueraient avec moi, et qu'en général ça finissait toujours mal pour un des partis. Une fois Papa avait même dû recoudre Carla parce qu'elle s'était ouverte la main, c'est pour dire à quel point elle pouvait être obstinée quand elle le voulait.
Le reste de cette soirée bowling se passa très bien et nous ne rentrâmes pas trop tard à la maison pour que je puisse prendre tous mes médicaments. L'équipe de ma tante remporta le petit tournois improvisé, et pour fêter ça, et maintenir une cohésion de groupe, Tata offrit un verre à tout monde. En les voyant tous réunis à parler et à chahuter aussi fort, je compris soudainement mieux pourquoi Carla parlait de tous ces collègues comme étant plus des amis que des collaborateurs c'est parce que c'était le cas ! Eux tous représentaient un groupe unis que Fabien et Carla avaient construit, un groupe qu'ils avaient su porter haut, et qu'ils continueraient de porter encore plus haut jusqu'au marché newyorkais si j'avais bien compris toutes les explications que m'avait donné Fabien sur leurs projets d'avenir. La tête posée sur mon oreiller, je m'endormis avec l'intime conviction qu'un jour ils y arriveraient, et que ce jour-là je n'aimerai pas être là pour assister au débordement de joie suprême de ma tante. Si pour chaque gros contrat elle invitait tout le monde à faire une soirée, et payait sa tournée, qu'est-ce que ça allait être le jour où elle remporterait un marché tout entier ?
- Allez debout Tata ! Tu vas être en retard ! m'écriai-je en tambourinant sur la porte de ma paresseuse de Tante.
Pour tout réponse j'eus droit à un grognement sourd.
- Tante Carla ! répliquai-je plus virulemment. Que je sache c'est toi qui a insisté pour me déposer à l'école ! Debout maintenant ! Je t'ais préparé ton casse-croute, ton café et ton muffin. T'as plus qu'à bouger tes fesses et me déposer devant le lycée, aller ! Si tu ne bouges pas je…
La porte s'ouvrit très lentement dans un grincement, me faisant sursauter au passage. Dans le sombre entrebâillement je pus distinguer, tapis, la Carla des lendemains de soirée, les cheveux complètement en batail et les yeux explosés par la fatigue.
- Trop de lumière, grogna-t-elle en se cachant rapidement dans la noirceur de sa chambre.
- Tante Carla t'es même pas encore habillée !
- Moins fort Darling… J'ai la tête qui va… exploser… Je ne suis pas en état de t'emmener au lycée aujourd'hui…
- Pff ! En même temps qu'elle idée t'as eu de faire un after ! ne pus-je m'empêcher de remarquer. J'y vais alors. À ce soir.
- See you Sweety et sois prudente sur la route hein !
- T'inquiète ! On se voit ce soir ! répliquai-je en descendant rapidement les escaliers avant de sortir de la maison à grandes enjambées pour essayer de rattraper un peu mon retard.
Une chose était sûre, avec le temps que m'avait fait perdre Carla, jamais je ne pourrais être à l'heure en cours en marchant. Si j'avais pu courir j'aurais peut-être eu une chance d'y arriver, mais je devais encore me tenir tranquille pour quelques jours. Carla avait assez stressé comme ça à cause de cette histoire ce n'était pas le moment de risquer une rechute ! D'ailleurs mes parents aussi ses faisaient du souci pour moi. Ce matin en me réveillant j'avais eu la bonne surprise de voir qu'ils m'avaient écrit, mais les nouvelles n'étaient pas aussi bonnes que dans leur dernier message… Apparemment, plusieurs groupes d'insurgés s'étaient formés dans la région où ils étaient tous les deux en missions et la situation devenait de plus en plus électrique entre ces milices armées et le reste de la population. D'après Maman, on pouvait parfois sentir le sol de la région gronder d'une voix sourde, profonde et glaciale : celle de la guerre. Si j'avais bien tout compris, les groupuscules les plus radicaux, complètement aveuglés par la promesse de l'or, et du pouvoir, s'étaient confiés pour mission de passer de villages en villages afin de décimer les opposants au pouvoir actuel, tuant et massacrant tout ceux allant contre leur volonté, et arrachant les enfants à leur famille pour en faire des futurs combattants. Comment de tels comportements étaient encore possible à notre époque me dépassait complètement, et malheureusement ils n'en restaient pas moins une réalité… Mais comme le disaient mes parents dans leur mail, si l'on veut changer les choses, chaque geste compte, même les plus petits. C'est dans cet optique qu'ils m'avaient laissé cette année. Mon père, lui, était parti pour une campagne de vaccinations et de soins, ma mère, pour dénoncer ces traitements inhumains à travers un reportage engagé. Eux avaient la chance d'être protégé par l'armée, pas comme ces pauvres gens dont la vie était fauchée juste parce qu'ils ne partageaient pas les mêmes idées, ou tout simplement parce qu'ils avaient eu le malheur d'être là au mauvais endroit au mauvais moment… Très égoïstement, je dois dire que cela me rassurait de les savoir en sécurité, mais ce que qui me soulageait plus encore, s'était de savoir que ma mère n'avait plus qu'à effectuer son passage en direct pour pouvoir rentrer. Comme Carla les avait mis au courant pour mon accident, ils avaient décidé que l'un d'eux devaient rentrer pour soulager un peu ma tante, et apparemment, ma mère était celle qui avait pu se libérer de ses obligations la première, ce qui n'était pas pour me déplaire. Si ça avait était mon père, je le voyais déjà m'accompagner en me tenant par le bras jusque dans la salle de classe pour s'assurer que ma bonne santé… Et j'exagère à peine !
- N'empêche… il me manque…, murmurai-je d'une petite voix en pénétrant dans la cours déserte du lycée.
Je regardai mon téléphone : 8H45. Voyant que j'avais déjà un quart d'heure de retard, je pressai le pas dans les couloirs pour ne pas franchir l'heure limite à laquelle il ne me serait plus possible de rentrer en cours. C'est alors qu'au détour d'un couloir je croisai Nathaniel. Coupée nette par ma surprise de le voir vadrouiller alors qu'il aurait dû être en cours, je le fixai avec des yeux aussi ronds que ceux qu'il m'adressait.
- Anita ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en se rapprochant de moi.
- Je pourrais te retourner la question ! Pourquoi tu n'es pas en cours ?
De la surprise, les yeux de Nathaniel passèrent à l'incompréhension.
- Mais de quoi tu parles Anita ? Tu sais bien qu'il n'y a pas cours aujourd'hui, répondit-il très sérieusement, les sourcils froncés.
- Quoi ? Mais… Attends Nath je te suis pas là, répliquai-je en faisant un petit non de la tête. Pourquoi est-ce qu'on aurait pas cours ?
- Tu ne te souviens pas ? Hier les professeurs ont fait une annonce disant que les cours d'aujourd'hui étaient annulés pour qu'on puisse réviser les examens de demain. C'est le meilleur compromis qui ait été trouvé. On fait les examens demain, et après ça nous serons en vacances pour deux semaines… Heu… Anita ? Tu… tu vas bien ?
Il n'avait pas sérieusement fait ça ? Pas vrai ? J'étais en train de faire un cauchemar, ou alors c'était une caméra cachée et bientôt Castiel allait sortir de sa planque pour me dire « j't'ais bien eu » ou un truc dans le genre. Interdite, je regardais Nathaniel sans le voir. J'étais tout simplement sous le choc. Spicy m'avait vraiment fait un coup aussi bas ? Ah voir la tête de mon ami le délégué face à ma réaction, le doute n'était pas permis quant à la réponse. Petit à petit mon sang, qui s'était glacé en entendant les propos de mon camarade, se transformait au fil des secondes en magma bouillant et brûlant, libérant une explosion de rage dévastatrice.
- I'm gonna to kill him ! No ! Better ! Voy a arrastrar los ojos y entonces voy a hacer comerlos ! Este hiro de... ! (Je vais le tuer ! Non ! Mieux ! Je vais lui arracher les yeux et je vais lui faire avaler ! Ce fils de…) m'écriai-je d'un coup.
Folle de rage je remerciai à peine Nathaniel de m'avoir prévenu pour les examens et lui tournai le dos en attrapant mon téléphone, bien décidée à incendier mon crétin d'ami aux cheveux rouges. Quand je pense qu'aujourd'hui je m'étais levée tôt pour me préparer exprès pour lui dire la vérité, je n'en revenais pas d'avoir était aussi bête ! Toute la nuit je m'étais tournée et retournée dans mon lit en cherchant comment aborder le sujet, à choisir précautionneusement chaque mot que j'allais lui dire pour ne pas y aller trop brusquement, et lui il me faisait un coup pareil !
« Go to hell ! * J'ai vu Nath, il m'a prévenu pour les exams, tapais-je à toute vitesse. J'espère que tu te marres bien ! You're just a jerk ! Don't call me ! I don't want to talk to you anymore ! »
Sur quoi je remis furieusement mon portable dans ma poche en position silencieux. Je n'en revenais toujours pas du sal coup que venait de me jouer Castiel, mais pour le moment j'allais devoir faire preuve de contrôle et me focaliser sur mes révisions, parce qu'à présent je n'avais plus qu'une journée pour revoir tout ce que nous avions vu depuis le début de l'année. Les poings serrés, je partis établir mon campement de révision dans la bibliothèque toujours en fulminant et en l'insultant dans toutes les langues que je connaissais. C'était une manie que j'avais prise de ma mère. Quand j'étais petite pour ne pas que je comprenne quand elle insultait des gens au volant, elle le faisait en espagnol. Du coup, maintenant, lorsque je suis hors de moi, je fais pareil mais en anglais puisque c'est la langue qui me vient le plus naturellement dans ce genre de situation, mais je ne vous cache pas qu'une fois que je suis lancée, parfois mon espagnol se mélange à tout ça…
La bibliothèque était un peu plus pleine que d'habitude mais il ne me fut pas difficile de trouver un coin isolé où je pus m'étaler. Écouteurs dans les oreilles, je mis momentanément Castiel de côté et fis en sorte de me concentrer sur mes cours. Heureusement pour moi, j'avais déjà réviser tout ça pour la semaine dernière vu que nous aurions dû avoir nos examens à ce moment-là une relecture suffisait donc pour mes cours de français et philosophie, mais pour les matières scientifiques c'était une toute autre histoire ! Sans parler de mes cours d'Histoire / Géo que j'avais filé à Iris ! Comment allais-je faire pour réviser si je ne les avais pas ?!
- * Du calme et de l'ordre Anita ! Tu as déjà revue tes cours, et tu as les livres pour compenser. Concentre-toi et relis-moi ces cours ! *m'adjurai-je intérieurement.
Après avoir soufflée un bon coup pour évacuer la panique qui commençait à me gagner, je me replongeais dans mes cours pendant un temps qui me parus extrêmement bref, seulement, ce ne fut pas le cas. Loin de là ! J'étais passée au cours de physique lorsque Lysandre vient me rejoindre à ma table. Bien trop absorbée par mes formules et les chiffres, je ne l'avais pas vu arriver, et il fallut qu'il mette sa main sur mon épaule pour que je remarque sa présence.
- Oh ! Lysandre ! Tu m'as fait peur, dis-je en retirant mes écouteurs.
- Excuses moi, répondit-il dans un sourire tout en prenant place à côté de moi. Je t'aie vu arriver ce matin, mais tu avais l'air fermé et très contrarié, du coup je n'aie pas osé te déranger… seulement…
Mon ami sembla hésiter un peu avant de se reprendre.
- … tu n'as pas bougé depuis ton arrivée et il est déjà quatorze heures…
- Quoi ?! m'écriai-je un peu trop fort, ce qui m'attira un regard noir de la part d'une des bibliothécaires. Mince ! Quelle idiote ! J'ai pas vu le temps filer…
- Tu as mangé ?
- Non et il faut que j'aille à l'infirmerie pour prendre mes traitements aussi… Décidément aujourd'hui rien ne va ! Entre ça, les examens et l'autre abruti, je crois que j'ai tiré le gros lot, pestai-je en rassemblant mes affaires sous le regard bienveillant de mon ami.
- Je n'ai pas mangé non plus. Si tu le souhaites nous n'avons qu'à aller à la cafétéria ensemble, et je te tiendrais compagnie pendant que l'infirmière s'occupe de toi.
- Merci Lys, c'est gentil de ta part, mais tu sais que tu n'es pas obligé d'attendre avec moi à l'infirmerie hein ! Être seule ne me dérange pas.
- Nous y allons ? se contenta-t-il de me répondre avec un sourire très doux et apaisant.
Mes affaires rangées, nous quittâmes ainsi tous deux la bibliothèque pour rejoindre la cafétéria et manger un morceau. Contrairement à son habitude, Lysandre se montra bien plus loquasses si bien que pour la première fois depuis que nous nous connaissions je n'eues pas l'impression de faire toute la conversation. Nous parlâmes d'un peu de tout et de rien. Le repas avec sa famille s'était bien passé et cela lui avait fait apparemment très plaisir de revoir ses parents plus tôt que ce qui était prévu vivant à la campagne, ces derniers ne pouvaient pas souvent venir en ville rendre visite à leurs fils, et comme Leigh avait la boutique à faire tourner, les deux frères ne pouvaient pas faire régulièrement le trajet le week-end. Mais cela semblait convenir à Lysandre. Leigh comme lui préféraient la vie urbaine et même si leurs parents ne les comprenaient pas vraiment à ce sujet-là, ils avaient tout de même convenu qu'il serait plus profitable à Lysandre de vivre avec son grand frère en ville, pour qu'il puisse fréquenter le meilleur établissement possible. Sans compter que cela lui permettait aussi de prendre petit à petit son indépendance en lui offrant une bonne expérience de vie. Enfin du moins c'est comme ça que Lysandre le voyait ! Un autre que lui dans la même situation aurait pu le prendre autrement, mais le plus important, c'est que la situation semblait parfaitement lui convenir, à lui comme à son frère d'ailleurs. Pour un jeune homme d'une vingtaine d'année, d'avoir à gérer sa propre affaire et un frère plus jeune ne devait quand même pas être facile tous les jours, aussi facile à vivre que soit le frangin !
Aussi étrange que cela puisse paraître, sa situation me faisais un peu penser à la mienne mais dans le sens inverse, ce qui le fit beaucoup rire lorsque je lui avouais. Certes je ne vivais plus avec mes parents pour les mêmes raisons que lui, mais pour ce qui est de la partie gérer la maison, faire en sorte que le frigo soit plein et veiller à l'intégrité physique et mentale de la personne avec laquelle on vit, je pouvais très facilement imaginer ce que Leigh devait éprouver ! Et encore ! Lysandre devait être bien plus sage que ma tante !
- Je suis sûre que tu exagères !
- Tu veux parier ? le défiai-je taquine alors que nous nous dirigions vers l'infirmerie. Dans le genre trentenaire qui se comporte encore comme une adolescente, elle se pose quand même à un sacré niveau ! Ce matin elle est pas allée bosser parce qu'elle avait la gueule de bois.
- La quoi ? Excuse-moi mon français a encore quelques lacunes, avec Leigh nous n'avons pas vécu très longtemps en France.
- Ne t'excuse pas voyons ! C'est ma faute, j'avais oublié que ce n'était pas ta langue natale. Comment je pourrais te traduire ça... ? Ah mince comment disent les américains déjà… hangover ? non ?
- Ah oui ! Je vois ! Elle a un peu trop fêté le contrat dont tu m'as parler tout à l'heure ?
- Exactement ! ris-je à la mention du « un peu trop fêté ». Du coup je me suis retrouvée à venir à pied. Je pensais être en retard pour les cours mais Nathaniel m'a dit pour les examens et… enfin bref tu connais la suite, souris-je en essayant de cacher la colère qui remontait au souvenir de ce que m'avait fait Castiel…
- Toi aussi tu avais oublié ! Cela me rassure… Castiel m'a envoyé un message ce matin pour me le rappeler, mais j'étais déjà ici lorsque j'ai reçu son texto.
- Toi au moins t'as eu la chance qu'il te le rappel…, raillai-je en essayant de ne pas me remettre dans une fureur noire, bien que la perspective en fut très tentante.
- Ah oui, c'est vrai que hier soir il ne te l'a pas dit… Tu sais, il ne faut pas lui en vouloir, il ne pensait pas à mal.
- Pff tu parles ! Il a dû bien se marrer ! Quand j'y repense, ça me rend malade ! En plus hier soir je lui ai dit qu'un truc me perturbait, que j'avais l'impression d'avoir zappé un truc important, il s'est contenté d'hausser les épaules l'air de rien. Tu penses que ça lui aurait écorcher la bouche de me le dire ?!
Les moniteurs auxquels j'étais reliée commencèrent à s'emballer. Mon rythme cardiorespiratoire avait augmenté, franchissant le seuil de vigilance. M'en rendant compte, je ramenai mes genoux vers moi et mis ma tête entre les jambes pour prendre de grandes et profondes inspirations. L'effet fut quasiment immédiat : mes constantes redescendaient dans la norme. Pendant tout ce court moment, Lysandre ne dit pas un mot, et se contenta de passer une main rassurante et apaisante dans mon dos. Ce n'est que lorsqu'il eut la certitude que je m'étais calmée qu'il reprit la parole.
- Il ne va sûrement pas apprécier, mais vu la situation, je vais me permettre de t'expliquer ce qui s'est passé.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Eh bien voilà, ce matin, nous n'avons pas fait qu'échanger en SMS. Te voyant visiblement en colère à ton arrivée, je l'ai appelé pour savoir s'il était au courant de quelque chose et il m'a expliqué ce qu'il avait fait. Tu sais, s'il ne t'a rien dit hier soir, c'est parce qu'il voulait que tu te reposes. L'anniversaire de Melody t'avais visiblement fatiguée, et avec ton accident et les complications qui ont suivis, il a pensé que tu allais imploser si il te disait tout de suite pour les examens. Il s'est dit qu'il valait mieux te laisser dormir convenablement, et te prévenir ce matin avant que tu ne partes pour le lycée, seulement, le connaissant, il a dû oublier de mettre son réveil, et s'est laissé devancer par Nathaniel qui t'as mis au courant. Je sais que sa démarche n'a rien de très conventionnelle, mais, à sa manière, il a essayé de prendre soin de toi. Crois moi Anita, ça partait d'une bonne intention. Castiel est peut-être de caractère difficile, mais s'il y a bien une chose qu'il ne fera jamais, c'est faire volontairement du mal à quelqu'un qu'il apprécie.
Alors là j'en restais bouche bée ! Était-ce réellement Lysandre qui venait de tenir un discours si long ?! Et ce qu'il disait sur Castiel était-il vrai ? Il n'avait donc pas fait ça pour se moquer de moi, mais pour que je me repose ? Finalement, peut être que j'y était allée un peu fort ce matin en le traitant de tous les noms possibles et imaginables… Certes son idée n'était pas la meilleure du siècle, loin de là ! Mais d'un autre côté il savait que j'étais déjà prête à passer les examens la semaine dernière, donc ça a dû le conforter dans son délire… Quand même ! Quelle idée il y a eu ! Pff abrutie de Spicy…
- Merci… de m'avoir dit tout ça Lysandre.
- Mais de rien voyons, je t'en prie. Je vais te laisser à présent, l'infirmière en est à son cinquième allé retour devant ta porte. Je pense qu'elle ne voit pas d'un très bon œil le fait que nous soyons seul tous les deux, dit-il sur un ton très léger. Je retourne à la bibliothèque, peut-être nous verrons nous plus tard, et si ce n'est pas le cas, bon après-midi Anita.
Je me contentai de lui sourire en faisant un petit signe de la tête avant qu'il ne disparaisse, en saluant l'infirmière qui revenait vers nous ce qui le fit rire. Décidément, Lysandre était quelqu'un de bien mystérieux, de très tête en l'air, mais je venais aussi de découvrir un nouveau trait de sa personnalité, il était aussi quelqu'un de très juste et de très convaincant.
Nonchalamment, je me penchai pour attraper mon portable et le rallumai. J'avais un appel manqué de ma tante, et un SMS de Castiel :
« Je voulais pas que ça se passe comme ça… mais compte pas sur moi pour m'excuser Gamine ! »
- *Pfff, il ne changera jamais… Même quand il est en tords, s'excuser il sait pas faire. Enfin bon je me contenterais de ça* me dis-je en écrivant une réponse sans grand enthousiasme :
« T'as de la chance que Lysandre soit un bon avocat. Bon, je passe l'éponge, mais la prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je te fais la peau Spicy ! »
Sur quoi je rappelai ma tante pour savoir pourquoi elle m'avait appelé, à savoir prendre des nouvelles de ma santé… Elle n'avait pas encore totalement fini de cuver vu la voix qu'elle avait au téléphone, mais d'après les bruits que j'avais pu entendre derrière elle pendant notre conversation, elle avait quand même trouvé la force de se rendre au travail. J'étais prête à parier que Fabien avait dû l'appeler en urgence pour avoir son aide, parce que ce matin, travailler était bien la dernière chose dont elle avait envie !
Mon traitement fini, je quittai machines et médicaments en tous genres pour retrouver mes cahiers et mes exercices jusqu'à une heure un peu avancée dans la soirée mais cela n'avait pas grande importance puisque pour se faire pardonner de sa faiblesse du matin, Carla avait décidé qu'elle viendrait me chercher après le travail. Au moins je n'aurais pas à rentrer à pied de nuit et ce serait toujours ce temps-là de gagner sur les révisions qu'il me restait à faire ! En plus cela donnerait une bonne excuse à Carla pour appeler son cher Antoine. Depuis le temps qu'elle me rabattait les oreilles avec lui… cela dit, depuis que j'habitais avec elle jamais elle n'avait tenu aussi longtemps sans manger sa nourriture…
« Vrrr » « Vrrr » « Vrrr » « Vrrr » « Vrrr »
- Mince ! pestai-je en sortant de la salle de bain, mes cheveux trempés tout juste enrouler dans ma serviette.
Mon portable avait vibré toute la soirée. D'abords à cause de Nathaniel qui voulait prendre de mes nouvelles, ensuite Iris qui s'était excusée pendant au moins cinq bonnes minutes pour ne pas m'avoir rendu mes cours aujourd'hui, Rosa qui m'avait appelé durant le repas parce qu'elle ne comprenait rien à notre cours d'Espagnol, et maintenant qu'il était vingt-trois heures, et que j'avais enfin pu boucler toutes mes révisions, voilà qu'on demandait encore mes services…
- Anita's speaking ? lâchai-je sans grand entrain.
- Ah cool tu ne dors pas encore ! Dis-moi j'avais une question ça te dirais de venir à la plage demain après les examens avec les filles et moi ? On s'est dit qu'une petite sortie pour fêter les vacances ce serait cool.
- Euh… je sais pas Rosa… Demain j'avais plus ou moins prévu de parler à Castiel justement après les exams… Tu sais, histoire qu'il ait les vacances pour encaisser la bombe que je me prépare à lui lancer…
- N'en dis pas plus ! Je t'interdis même de venir si c'est ça ! Bon ma chérie je te laisse, j'ai encore les fiches de français à revoir. Encore merci pour l'Espagnol ! Je sais déjà que je vais complètement planter la Physique, alors faut vraiment pas que je me loupe sur mes coefficients… Surtout qu'en Histoire Géo il parait que le prof a décidé de changer le sujet… J'espère qu'il sera pas trop dur… Enfin ! On se voit demain ! Bonne nuit !
- Ni…Night Rosa ! déglutis-je difficilement en l'entendant parler de la seule matière que je n'avais pas pu réviser…
Tremblante, je reposais mon téléphone sur la table de chevet. Pourquoi avait-il fallu qu'elle me parle de ça ?! J'avais réussi à me calmer en relisant notre manuel de cours et en consultant les quelques fiches que j'avais faite, mais à présent toute sérénité m'avait quitté, et c'est très agitée que je me couchai. 23H11… Plus que sept heures sommeil en perspective, il fallait donc que je dorme, c'était ce qui été prévu à la base mais le temps passant, je restai dans mon lit à fixer obstinément le noir dans lequel ma chambre était plongée, ou alors je passais mon temps à me retourner toutes les deux minutes… 23H15… 23H31… 23H42… jusqu'à ce que je me retourne une dernière fois pour voir qu'il était minuit !
- Raaaaaaa c'est pas vrai ! maugréai-je en aplatissant mon oreiller sur mon visage. Dors pauvre cloche ! Dors !
« Vrrr » « Vrrr » « Vrrr »
- Bon sang ! C'est qui encore ?! murmurai-je en me redressant pour attraper mon téléphone.
00H16 « Arrête de te prendre la tête, et dors Gamine »
C…comment pouvait-il savoir que je ne dormais pas ? Suspicieuse et un peu flippée par cette coïncidence, je cherchai dans le noir une éventuelle caméra qu'il aurait pu cacher dans ma chambre la semaine dernière lorsqu'il était venu et que je dormais, mais très vite je me rendis compte de ma bêtise. Je lis et regarde bien trop de thriller, ça a fini par me rendre paranoïaque, me dis-je en me rallongeant tout en me couvrant la tête de ma couette. D'un geste, je rajustai la luminosité de mon portable, bien trop aveuglante pour mes yeux en quête de sommeil et pianotai une réponse.
00H19 « Comment tu savais que je dormais pas ? »
00H19 « T'aimerai bien le savoir hein… j'en savais rien mais j'arrivais pas à dormir non plus »
- * Non mais je rêve ! Il doute vraiment de rien lui ! * me dis-je en roulant des yeux à la lecture de sa réponse.
00H20 « Et du coup tu t'es dit : et si je faisais chier Anita ? »
00H21 « Non J'me suis dit que si j'arrivais pas à roupiller tu devais pas être mal non plus J'me suis trompé ? »
00H21 « Non –' ça fait une heure que j'essaie mais pas moyen… »
Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'une réponse ne suive. Il devait très certainement avoir fini par s'endormir… Du moins c'est ce dont j'étais convaincu quand je m'apprêtais à reposer mon téléphone, mais l'écran de celui-ci se ralluma :
« Appel entrant : Spicy »
Je me mordis la lèvre inférieure, prise entre deux feux. Devais-je accepter l'appel alors qu'il était minuit et demi et ce au risque de me faire chopper par ma tante qui avait la fâcheuse tendance à trainer dans les couloirs à cette heure-là ? Et puis il n'y avait pas que ça ! Si je répondais, Dieu seul sait combien de temps nous allions passer à parler ensemble, et combien d'heures de sommeil ça me laisseraient avant les examens… Mais d'un autre côté, même si j'avais été en pétard contre lui toute la journée, je pouvais difficilement résister à l'envie d'entendre sa voix et de discuter avec lui…
- * Oh et puis mince ! Foutu pour foutu, autant rendre cette insomnie agréable* me dis-je en faisant glisser mon doigt vers la droite de mon écran.
- T'en a mis un temps pour répondre ! Tu t'étais pas endormi au moins ?
- Non t'inquiète. Pourquoi t'appel ? C'est pas trop ton trip d'habitude… Tu te sens seul Spicy ? T'as perdu ta peluche ? le taquinai-je en souriant bêtement toute seule dans mon lit à la vision d'un Castiel dormant avec une peluche Mon Petit Poney.
- Très drôle Gamine ! Na ! J't'ai appelé parce que tu vas me dire ce qui t'empêche de dormir.
- À ton avis petit géni ? J'te signale que grâce à toi j'ai passé la journée à bosser dans le stress et qu'en plus de ça, j'ai pas pu revoir les cours de Faraize ! C'est pas suffisant comme raison ça ?
- Arrête ton char ! Je sais qui y a pas qu'ça ! T'as déjà révisé la semaine dernière et pourtant, à la même heure, tu dormais. Alors, c'est quoi le problème ?
Je marquai un arrêt, surprise de voir à quel point il m'avait cerné.
- La vérité ? demandai-je. J'ai peur de décevoir mes parents… Je ne te l'ais jamais dit, mais ils ont tellement sacrifié pour moi que…ben… je ne peux m'empêcher de me dire que lorsque je ratte quelque chose, j'ai l'impression de ne pas me montrer digne d'eux… C'est bête hein ?
- Oui, asséna-il d'un ton morose.
Sa remarque me pinça un peu le cœur. En même temps à quoi je m'attendais venant de lui ? Castiel est son honnêteté radicale… Il n'allait certainement pas me cajoler en me disant que je n'étais pas bête, que c'était normal de ressentir ce genre de chose pour ses parents et que je devrais me mettre moins la pression parce qu'il n'y avait aucune raison pour ça se passe mal.
- Tu parles pas beaucoup de tes parents Gamine, mais si y a bien une chose dont je suis sûr, c'est que c'est pas parce que tu loupes un truc qu'ils vont se dire que tout ce qu'ils ont fait pour toi n'aura servie à rien. Tu te fais du mal en pensant comme ça et j'aime pas t'entendre dire des conneries pareilles… Personne n'est parfait alors arrête de te prendre la tête et essaye de dormir maintenant, j'ai pas envie qu'on joue le Retour du Zombie 2 demain !
- Hey ! protestai-je.
J'entendis un ricanement à l'autre bout du fil. L'image de son sourire m'apparue alors, et sans que je puisse y faire quoi que ce soit, je sourie à mon tour en sentant un poids se lever de mes épaules. Il avait raison, me prendre la tête ne servait à rien.
- Merci, murmurai-je. Je vais essayer de dormir maintenant. Bonne nuit Spicy…
- Bonne nuit Gamine, et si jamais tu fais des cauchemars, m'appelle pas ! Et si tu dors pas dans les dix minutes, je débarque chez toi pour te filer un somnifère !
- T'es bête, ris-je doucement même si la perspective de le voir débarquer ne me déplaisait pas. Aller, à demain.
Sur quoi je raccrochai avant qu'il ait eu le temps de dire quoique ce soit d'autre qui aurait pu me retenir.
La nuit fut plus courte encore que ce qu'elle aurait dû être, et mon réveil cruellement difficile. Après avoir raccrochée, je n'avais pas réussi à m'endormir tout de suite. Certes la conversation avec Spicy m'avait rassuré pour les examens, mais le fait de l'avoir eu au téléphone m'avait amené à m'inquiéter d'une toute autre chose : comment allais-je lui dire la vérité ? Et surtout, comment allait-il réagir ? Ces simples questions m'avaient hanté jusqu'à trois heures du matin, tournant en boucle dans mon esprit avec tous les scénarios possibles et imaginables allant de pairs… Je ne fus donc pas étonnée de voir que j'avais des cernes en me regardant dans le miroir après m'être passé un peu d'eau froide sur le visage, histoire de finir de me réveiller totalement.
- Bon ! Aller ! Aujourd'hui tu lui dis tout et tu réussis tes examens ! m'ordonna mon reflet fatigué. Et pas le droit de te défiler ! Maintenant, va te préparer et déchire tout !
Bien plus énergiquement que lorsque j'avais quitté mon lit, c'est remotivée que je me plantai devant mon placard pour choisir ma tenue du jour. Allant au plus simple, j'enfilai le premier jean qui me tomba sous la main, et fit attention à sélectionner un joli T-shirt manches longues, toujours par soucis de dissimuler les bleus marquant ma peau. La plupart avait commencé à se dissiper mais des tâches jaunes entourant des plaques rouges, voir noires, n'étaient pas vraiment du plus bel effet… Je devais déjà composer avec mon attelle pendant au moins trois jours encore, je n'allais pas en plus arborer de l'art contemporain sur ma peau…
- Honey ! Déjà prête à cette heure ? lança Carla de la table à manger alors que je descendais la rejoindre.
- Les épreuves commencent tôt. On passe toutes les matières aujourd'hui et ce soir, vacances !
- Hahaha ! De te voir si énergique est un vrai plaisir My Little Sunshine ! Je voulais te dire, ta mère m'a envoyé un mail dans la nuit elle passe ce soir en direct vers seize heures pour CNN et après ça, elle prendra l'avion pour nous rejoindre ! N'est-ce pas grandiiiioose !? Des vacances entre filles ! Tu t'imagines bien que j'ai déjà prévenu Fabien que j'allais très certainement poser des jours et cette fois-ci ce petit malin devra faire sans moi ! Hors de question de je rentre pour recevoir un nouveau client ou que je retourne sur un chantier pour me faire entendre dire que nous n'avançons pas assez vite !
En entendant toutes ces bonnes nouvelles, je ne pus m'empêcher d'arborer un sourire extatique. J'allais pouvoir passer deux semaines de vacances avec ma mère et ma tante ! Cela faisait bientôt trois mois et demi que j'avais pas vu Maman alors inutile de vous dire qu'apprendre que j'allais pouvoir passer deux semaines avec elle me transporta sur un petit nuage. Si je pouvais réussir mes examens et faire en sorte que Castiel ne m'en veuille pas trop, ce serait vraiment la plus belle journée de ma vie !
Transportée par l'allégresse, je ne me départie pas de mon sourire jusqu'aux portes du lycée. Ce ne fut qu'arrivée devant celle-ci que le stress me rattrapa aussi rapidement que si l'on m'avait versé un saut d'eau glacée sur la tête. Je me revis alors lors de mon premier jour ici, éprouvant la même peur de faire le premier pas pour franchir les grilles, le même nœud à l'estomac, la même boule dans la gorge, le même petit tremblement des mains… Pourtant, tant de choses avaient changé depuis mon arrivée… J'avais à présent de vrais amis, de vrai ennemi aussi mais personne ne cherchait à m'utiliser, ou à me prendre en photos pour se faire un peu d'argent personne n'inventait d'histoires sensations sur mon compte pour faire le buzz… On me regardait comme une ado lambda et plus important encore, j'avais enfin l'impression d'être traitée en être humain et pas en sac d'argent ambulant ! Pourquoi devrais-je risquer de perdre tout ça ? Pourquoi devais-je donc tout avouer ? Abandonner tout ce que j'avais réussi à construire et qui me rendait heureuse n'était-ce pas au contraire la pire des choses à faire ? J'avais réussi à garder le secret jusque-là. Je n'avais tout avoué à Rosalya que dans un excès de faiblesse, et j'avais suffisamment confiance en elle pour savoir qu'elle ne dirait rien, alors pourquoi ?...
- Aïe ! m'écris-je alors que l'on venait de me pincer le bras.
- Ha ! Ha ! Ha ! Alors Gamine ? Tu rêves debout ? T'es au courant que les examens c'est dedans le lycée, pas dehors ?
Voilà pourquoi songeai-je en me retournant pour voir le visage de Castiel illuminé de son sourire des bons jours. Pour rien au monde je ne voulais perdre cette expression qu'il affichait. Je n'avais tout simplement plus le droit de lui mentir ! Et chaque jour où je gardais ce secret pour moi était un jour de plus qui risquait de m'éloigner de lui… Toute la nuit j'avais imaginé ce que je ressentirai si jamais il décidait de ne pas me pardonner et de me sortir de sa vie, et je dois bien admettre que c'était de loin l'une des pires sensations que j'avais éprouvé jusqu'ici… Comment arriverai-je à supporter ses regards noirs ? La déception dans ses yeux ? Sa colère à mon égard ? Pour être honnête, je ne m'en pensais pas capable, et si jamais il s'avérait que Spicy ne veuille plus m'adresser la parole, j'avais même envisagé de changer d'école… Mais pour l'instant rien n'était fait. Toutes mes craintes n'étaient que veines suppositions et elles ne servaient à rien si ce n'est m'embrouiller l'esprit.
- Tu t'sens bien ? enchaîna mon ami, en perdant son air enjoué. C'est moi qui te fais peur comme ça ?
- Hein ! Quoi ? Non ! m'empressai-je de bafouiller. C'est pas toi c'est les examens ! Rêve pas trop Spicy, t'es pas aussi intimidant que ce que tu crois, répliquai-je en souriant pour me donner une contenance.
- C'est ça ! Tu trompes personne Gamine ! Aller viens on va aller voir dans quelles salles ils nous ont collé !
Sur quoi Castiel franchit les grilles, ouvrant ainsi la marche. Ne voulant pas me faire trop distancer, je pris une grande inspiration et le rejoins, les jambes néanmoins un peu tremblantes et la gorge de plus en plus serrée face à ce qui m'attendait…
Arrivés devant les tableaux d'affichages il y avait un tel monde et un tel brouhaha que Castiel refusa que je m'engage dans la foule et parti seul jouer des coudes pour aller consulter les listes. Je ne vis personne de mon cercle d'ami en l'attendant ; je ne réussis même pas à repérer la chevelure argentée de Rosa, pourtant reconnaissable entre mille ! De loin il me sembla reconnaître Iris mais le temps que je me mette sur la pointe des pieds, en me penchant pour avoir un autre angle de vu, Ambre passa à côté de moi et me ficha un coup de coude dans les côtes. Non content d'en avoir le souffle coupé, je tremblais maintenant comme une feuille. Cette sale garce avait tapé en plein dans un de mes bleus, ce qui avait provoqué une contraction de tout mon corps sous la douleur, et comme je n'étais déjà pas douée pour maîtriser les spams qui me secouaient depuis ce matin, maintenant j'en étais tout simplement incapable…
- T'es dans ce bâtiment, finit par m'annoncer Castiel alors qu'il s'extirpait de la masse. Salle de Philo 109. Avec Lys' on est du côté des salles de Sciences… Ça va ? T'es toute pâle...
- C'est le stress…, mentis-je en jetant mon regard le plus noir à la jumelle de Nathaniel. Merci d'avoir affronter la foule pour moi.
- Pff t'parles, c'était… Hé ! Respire ! m'ordonna-t-il.
Sûrement avait-il remarqué le tremblant incontrôlable auquel j'étais en proie. Tout ce que je pus faire pour le rassurer, ce fut lui adresser un sourire gêné qu'il balaya très vite en mettant sa main dans la mienne pour y exercer une pression rassurante. En sentant sa peau contre la mienne, mon cœur se mit à battre encore plus vite et plus fort que devant les portes de l'école et je n'avais pas la moindre illusion sur le fait que le rouge devait m'être monté au visage… Pourtant, Spicy ne releva pas mon changement d'état. Pour une fois, il se contenta de m'adresser un sourire qui n'avait rien de moqueur ni de méchant, et m'entraîna loin des autres pour me déposer devant ma salle d'examens sans dire le moindre mot. J'étais tellement perturbée par son geste que j'en oubliai de lui souhaiter bonne chance pour ses épreuves, et ne me rendis même pas compte du moment où il m'avait laissé. C'était comme si mon cerveau s'était éteint à partir du moment où il m'avait touché, pour se rallumer automatiquement dans la salle de classe devant le premier sujet d'examen. Tout ce qui s'était passé entre le moment où Castiel m'avait accompagné, et le moment où j'étais entrée dans la salle avait été complètement occulté par cette simple pression de ses doigts contre mon poignet… Pour en arriver à un tel niveau je devais être plus mordu que ce que je ne pensais, ou alors j'étais complètement HS à cause du stress et de la fatigue… Ah vous de choisir !
Le matin les épreuves se suivirent et s'enchaînèrent à un rythme effréné. On nous fit d'abords passer les langues, ce qui me permis de me détendre et de me mettre en confiance puisqu'il s'agissait d'un domaine dans lequel je n'éprouvais aucune difficulté réelle. En sortant de notre dernière épreuve, le Français, à midi, j'étais plutôt confiante pour la suite des évènements, mais très vite je me souviens que je n'avais pas pu relire mes cours d'Histoire. C'est donc le stress au ventre que je partie à la recherche d'Iris. Le veille je lui avais envoyé un message lui demandant de me retrouver près d'un atrium pour qu'elle puisse me donner mes fiches. Elle était là à l'heure convenue, ce qui me soulagea grandement ! Au moins, je n'aurai pas à lui courir après ! Pressée, je la remerciai d'être venu, fourrai mes affaires dans mon sac, et la quittai après avoir échangé quelques mots, pour aller m'isoler dehors sous un grand arbre dans la cour D où il n'y avait jamais grand monde, surtout dans cette période d'effervescence où se mêlait stress des examens et excitation à l'approche des vacances.
Je sentais le stress descendre un peu en lisant la partie du cours concernant l'histoire de France et celle traitant de l'Amérique, par contre, lorsque relus en travers celle du Japon et de la Chine, mes veines recommencèrent à se liquéfiées et mes tempes à battre dans mon crâne. J'avais complètement oublié la moitié des choses dont nous avait parlé le prof !
- C'est pas vraiiii ! Je me souvenais même plus qu'on avait parlé de la Dynastie Ming…, gémis-je en aplatissant mon cours sur ma figure.
Plus je lisais ce cours, et plus j'avais envie de tout envoyer balader ! En plus de ça je commençai à avoir sommeil et faim… Si seulement j'avais pas passé une partie de la nuit à faire la toupie, peut être que j'aurai été plus en forme que ça pour réviser mon cours à la dernière minu… Qu'est-ce que c'est que ce bazard encore ?! Qui vient de m'arracher mon classeur des mains ?!
- T'as assez bûché pour aujourd'hui, déclara Spicy en s'asseyant à côté de moi. Tiens ! Mange un peu ! On entend ton ventre grogner depuis l'entrée du lycée !
- Castiel je suis pas d'humeur à jouer ! Rends-moi mon classeur s'il te plait j'dois revoir l'histoire d'Asie…
- Y a pas moyen, trancha-t-il le plus calmement du monde. Je te le rendrais que lorsque t'aura mangé… Et j'y pense, tu dois pas passer à l'infirmerie pour prendre ton traitement ?
- Pff ! T'es chiant ! grognai-je en mordant de mauvaise foi dans le sandwich qu'il était allé m'acheter.
- Et fier de l'être ! répliqua-t-il avec un sourire idiot tout en s'assaillant à côté de moi.
- Ouais c'est ça… Et non. J'en ai fini des aérosols, je suis juste sous ventilation la nuit et anti inflammatoire pour mon poignet jusqu'à demain. Normalement je dois retourner à l'hôpital en début de semaine pour savoir si je garde l'attelle ou pas…
Par la suite je ne dis plus un seul mot. J'étais bien trop concentrée pour essayer de me rappeler mentalement tous mes cours afin être sûre de les connaître. Je n'avais pas d'autre choix puisque tant que je n'aurai pas fini mon déjeuner, Spicy tiendrait mon classeur et mes fiches en otages… Comme s'il avait besoin de faire ça pour que je mange ! Pff du grand n'importe quoi ! Même si je dois bien admettre que c'était vraiment très gentil de sa part de faire tous ces efforts à mon égard depuis ce matin… en même temps, après sa mauvaise blague, il devait chercher à se faire un peu pardonner, alors que c'était déjà fait. C'est vrai que sur le coup ça m'avait rendu complètement dingue, mais avec un peu de recul j'avais fini par me faire une raison, et puis ce n'est pas comme si j'allais en mourir !
- L'Histoire de l'Asie correspond à l'histoire collective des régions côtières de l'Asie de l'Est, de l'Asie du Sud, du Proche et du Moyen-Orient, liées entre elles par l'immense steppe eurasienne. Elle a traversé les mêmes trois grandes « révolutions techniques » que l'Histoire du reste du monde, chacune d'elles bouleversant profondément…, récitai-je à mi-voix avant d'être interrompue par un grand éclat de rire. Quoi ?! On peut savoir pourquoi tu te marres ?!
Sans que je ne sache pourquoi mon ami à la tête rouge venait d'exploser dans un fou rire. Atterrée, je le regardai comme s'il était devenu fou. Ça lui avait pris d'un coup, comme ça, et maintenant il ne semblait plus pouvoir s'arrêter. Il en était presque plié en deux, et plus il riait, plus il me faisait peur. Peut-être même plus que lorsqu'il était dans ses mauvais jours, parce qu'à bien y réfléchir, c'était bien la première fois que je le voyais dans un tel état ! Je dus attendre qu'il se calme un peu pour comprendre qu'en fait, s'était moi la cause de sa crise !
- T'es pas croyable... t'es vraiment en… en train de réciter ton cours là ? demanda Spicy en essuyant une larme qui avait fini par perler au coin de son œil.
- Ben… oui, répondis-je le plus innocemment du monde, pourquoi ?
Loin de le calmer, ma réaction ne fit que déclencher une nouvelle crise d'hilarité. Au début il essaya de réprimer son rire, ce qui tordit son visage dans une drôle de grimasse, mais n'y tenant plus, Castiel le laissa éclater sans plus aucune retenue.
- Mais tu vas me dire pourquoi tu ris à la fin ?! protestai-je, excédée de ne pas comprendre ce qui se passait.
Nous n'étions que tous les deux, il n'y avait personne autour de nous, et tout ce que j'avais fait, c'était manger en essayant de me rappeler mes cours, où y avait-il de quoi rire ?
- Pour…rien, oublies, répondit-il en se calmant pour de bon apparemment. J'te l'ais dit hier soir, t'as pas de soucis à t'faire, tu vas gérer Gamine. Et tes parents ne te crucifieront pas si tu loupes une épreuve, surtout pour un exam de mi trimestre !
- Eux peut être pas, mais les autres, c'est pas dit, lâchai-je du tac au tac en regrettant tout de suite mes paroles.
- Comment ça ?
Et merde ! Voilà ! Voilà ! Pourquoi fallait-il que je dise ça ? Pourquoi je pouvais pas juste la fermer ? Maintenant il était clair que mon ami avait retrouver son sérieux et qu'il attendait des explications. Il n'y avait qu'à voir ses sourcils froncés et son air terriblement sévère et inquisiteur pour s'en rendre compte. Parfois j'aimerai être muette, ça arrangerait bien des choses tiens !
- Pour la faire très courte, disons que du côté paternel, l'échec n'est pas envisageable. On va dire que mon grand-père a instauré un certain code, et qu'il vaut mieux s'y tenir, éludai-je en essayant de masquer le mieux possible toute la tristesse et la colère que pouvait faire naître chez moi cet homme qui avait fait tant de mal à mes parents.
- Exigeant le vieux ?
- T'as pas idée, soupirai-je en repensant à toutes les atrocités qu'il avait pu dire sur la famille de ma mère. Puis y a pas que ça… si je suis aussi à crans, c'est parce que j'ai pas beaucoup dormis cette nuit…
- On peut savoir pourquoi t'es pas aller dormir quand je te l'ais dit ? grinça-t-il en cachant à peine son agacement face à cette révélation.
- Pas la peine de me faire des reproches, je le paie assez comme ça… J'ai vraiment essayé de dormir, mais comme je te l'ais dit, je stress, et quand je stress, je n'arrive pas à dormir ! mentis-je en priant pour que mes joues ne se couvrent pas de rouge, ce qui aurait trahi le fait que le stress n'était pas mon unique source d'insomnie si vous voyez ce que je veux dire. Bon ! J'ai fini ton sandwich, tu me rends mes fiches maintenant ?
- Si tu les veux, t'as qu'à venir les chercher, répondit mon ami, une lueur de défi dans le regard.
- Très bien !
Sans lui laisser le temps de réagir, je me jetai sur lui pour récupérer mes biens. L'effet de surprise étant à peu près le seul avantage que je pouvais avoir sur lui, j'avais tout misé dessus, et j'étais presque arrivée à mes fins, mais Castiel aussi avait de bons réflexes… Mes doigts purent juste effleurer mon classeur avant qu'il ne lève son bras bien haut au-dessus de ma tête, pendant que de son autre bras il me maintenait à bonne distance de ma cible, et ce malgré toutes mes tentatives pour me relever… Rien à y faire, ma taille était définitivement prisonnière de sa poigne, et j'avais beau tendre mon bras à m'en déboiter l'épaule, j'étais définitivement trop petite pour espérer arriver à quoi que ce soit. Maudit Spicy ! D'ailleurs, mes tentatives et protestations d'espérées le firent bien marrer à en juger par le grand sourire satisfait qu'il affichait et à la lueur moqueuse que je voyais briller dans ses yeux à chaque fois que je faisais un geste. Bien qu'un peu agacée par son comportement, je dois bien admettre que moi aussi je finis par ne plus prendre la situation au sérieux. De le voir avec un air si doux me faisait complètement fondre et je n'avais plus qu'une envie, rester là dans ses bras à le regarder pour graver à jamais son visage dans mon esprit. Seulement, de chahuter fini par me fatiguer et je fus donc obligée de capituler de mauvaise grâce en me laissant complètement choir sur lui. Comprenant sûrement que je n'en pouvais plus, Castiel abaissa son bras pour reposer mes affaires, mais ne retira pas pour autant sa main de ma hanche.
- Hum… Castiel… ton bras s'te plaît, articulai-je en rougissant du plaisir coupable de vouloir rester souder à lui malgré ce que je venais de dire.
- Oui ? Il est très bien là où il est ! décréta mon ami, ce qui ne fit qu'enflammer davantage mon visage.
Non mais à quoi il joue ? Il est sérieux là ou il s'amuse juste à balancer des trucs pour me faire virer au rouge brique ? Interdite, je le fixai quelques secondes droit dans les yeux pour essayer de voir où il voulait en venir, mais tout ce que je pus y voir, ce fut une lueur malicieuse accompagné d'un grand sourire satisfait. Pourquoi fallait-t-il qu'il soit si compliqué à décrypter ?! Il pouvait pas être un peu plus lisible ? Non ? Ce sourire il s'signifiait quoi ? Qu'il était contant de sa bonne blague ou que la situation ne lui déplaisait pas ? Raaa ! Et moi je pensais à ça alors que ça devait être tout sauf ma préoccupation du moment ! Un peu de sang-froid Anita !
- Peut-être, concédai-je en essayant de rester diplomate, mais dans cette position, j'ai du mal à respirer. Tu crois qu'y aurait moyen que ton bras me relâche juste le temps que je me redresse ?
Et voilà ! Fini le beau sourire et les yeux rieurs… Bonjour le masque de marbre, tu m'avais manqué ! Vraiment, si j'avais pu, j'aurais gardé le silence et serrais rester collée à lui… Pourquoi fallait-il que la raison m'ait si vite rattrapé ?
Il releva son bras, et je fus à nouveau maîtresse de mes gestes. Je me relevai doucement, non sans faire une dernière tentative pour récupérer mes fiches. Elle s'avéra fructueuse, et taquine je lui tirai la langue tout en rouvrant mon classeur pour travailler. Seulement, au lieu de me rassoir en tailleur, je choisis de ne pas effacer la proximité qu'il avait fait naître entre nous, et sans lui demandé son avis, je mis ma tête sur sa jambe pour m'en faire un oreiller. Je n'eus pas le courage de regarder sa réaction, mais j'en déduis qu'elle ne devait pas l'avoir trop dérangé puisqu'il ne protesta pas et ne chercha pas à me faire bouger…
Par la suite nous gardâmes tous deux le silence. Moi révisant, lui piquant un roupillon contre le tronc de l'arbre qui nous abritait. Les minutes s'égrenèrent alors lentement dans le calme le plus olympien, bien loin de nos éclats de rire de tout à l'heure. J'eus d'ailleurs du mal à réviser en y repensant. Ça et notre proximité si soudaine m'avait totalement fait oublié les examens, et maintenant je n'avais plus qu'une idée en tête, tout lui avouer au sujet de ma famille pour pouvoir enfin avancer. Je savais que j'avais prévu de le faire après les exams, mais je n'y tenais plus ! Plus j'y pensais et moins je révisais, sans compter que mes lèvres tremblèrent plus d'une fois en essayant d'amorcer cette conversation qui ne serait pas la plus joyeuse que nous ayons eu, mais tant pis ! Je devais le faire !
- Castiel… j'ai… j'ai quelque chose à te dire…, finis-je pas lâcher, mes yeux toujours rivés sur mes feuilles et mon cœur commençant à battre à tout rompre.
- Hum ?
- En fait… si j'ai pas bien dormis cette nuit, c'est pas uniquement à cause de ma famille, c'est aussi à cause de toi… Y a… y a un truc que je dois te dire, déglutis-je difficilement. Je… Je…
Les mots restèrent coincés dans ma gorge. Je n'arrivais tout simplement pas le dire ! Je n'arrivais à lui dire « Je t'ais caché un truc important sur moi, mon véritable nom est Carter, et je fais partie de ce que les journalistes appellent l'empire Carter ». C'était pourtant pas compliqué sur le papier ! Sortir quelques mots, lui demander pardon et lui expliquer que si je lui disais tout ça, c'était parce que je l'aimais et que je ne voulais plus lui mentir. Alors pourquoi pas un seul son ne voulait sortir de ma bouche ?
- Raaaa ! Pourquoi il faut que ce soit si compliqué ?! gémis-je en aplatissant mon classeur sur mon visage pour cacher ma gêne et ma frustration.
Je frissonnai en sentant ses mains fraîches se refermer sur mes poignets. Très doucement, sûrement par soucis de ne pas me faire mal, Castiel me força à reposer mon cours. Ce n'étais plus mes feuilles que j'avais sous les yeux, mais son visage fendu d'un sourire taquin penché sur moi.
- Continue, je t'en prie, demanda-t-il, visiblement très intéressé parce que j'avais à lui avouer.
Perdu dans ses yeux, je sentis mon cœur manquer un battement et mortifiée par la peur, je détournai tout de suite mon regard. Maintenant c'était foutu ! Comment voulez-vous que je lui avoue un truc pareil alors qu'il me regardait comme ça ? Rosa avait raison depuis le début ! Si au début j'avais eu des doutes, maintenant j'en étais sûre, je lui plaisais. Jamais aucun garçon ne m'avait regardé avec à la fois autant de douceur et de défi comme il le faisait en cet instant. Jamais encore je ne l'avais vu poser ce regard là sur une fille, et pour le coup il aurait vraiment fallu que je sois idiote ou aveugle pour ne pas comprendre que lui et moi étions irrésistiblement attirés l'un par l'autre. Et même si je dois dire que dans un premier temps cela empli mon être d'une douce sensation, cela me mortifia la seconde d'après. Lui dire la vérité n'était déjà pas facile en n'étant pas sûr de ça, mais maintenant c'était presque du domaine de l'infaisable pour moi… D'ailleurs mon incrédulité et ma panique durent se lire son mon visage vu la réaction de mon ami…
- Ha ! Ha ! T'es vraiment trop marrante quand tu fais cette tête ! Alors qu'est-ce que tu as à me dire ?
- Je… Je…
« Driiiiing ! Les épreuves reprennent d'ici dix minutes, tous les élèves sont priés de se rendre à leur salle d'examen »
- * Sauvée par les exams ! Si c'est pas le comble*, raillai-je intérieurement. Ahaha ! Bon ben quand faut y allait faut y allait ! m'exclamai-je en me relevant à toute vitesse, trop heureuse de ce répit que le sort m'accordait.
- Pas si vite Fillette ! me retient Spicy en m'attrapant par la main. T'as pas fini il me semble…
- Certes ! C'est exact… Heu… On… on en reparle après les exams ? prorogeai-je de plus en plus mal à l'aise.
Castiel prit une moue dubitative, visiblement pas enchanté de ma proposition…
- Mouais… d'accords, mais si je n'arrive pas à me concentrer, ça sera de ta faute… Tu m'intrigues beaucoup tu sais…
- Pardon ! Je m'en voudrais que tu rattes tes tests par ma faute ! ironisai-je avant de récupérer mon bras pour prendre la poudre d'escampette. À toute Spicy !
Comme il m'avait retenu, je courus un peu pour arriver devant ma salle juste avant que les surveillants ne l'ouvrent. Au passage je croisai Rosalya dans les couloirs et à en juger par la manière dont elle me regarda, il était clair que ma petite discussion avec mon ami aux cheveux rouges avait laissée des traces sur mon visage. En tout cas, cela avait bien fait sourire Rosa de me voir ainsi… Je n'osais même pas imaginer la tête que je devais avoir… Sûrement un savant mélange entre le fantôme, le zombi, et la fille amoureuse…
Au moment de rentrer dans la salle, je fis une petite prière intérieure pour que le reste de ma journée se passe bien, que tout finisse dans un happy ending comme seul les films en ont le secret, mais je ne comptai pas trop là-dessus.
Le temps passa à une vitesse folle devant les sujets d'examen ! Les épreuves de sciences ne furent pas aussi tordues que ce à quoi je m'étais préparée, et pour l'Histoire / Géo, comme je l'avais pressenti, relire mes cours à la dernière minute ne fut pas suffisant pour que je puisse répondre à toutes les questions dans leur entière complexité. Malgré ça, je ne pensais pas m'être trop plantée non plus. En tout cas, j'avais joué le jeu jusqu'à la dernière seconde et posai juste un point final à ma copie lorsque Mr Faraize nous demanda de nous lever et de lâcher nos stylos. Pas tout à fait satisfaite de moi, j'affichais une tête mi-figue mi-raisin en attendant que notre professeur passe récupérer ma copie, me libérant ainsi au passage. Je n'avais plus qu'une envie : fuir aussi vite que possible cette salle pour pouvoir profiter de mes vacances !
Enfin… avant ça j'avais une chose plus difficile à faire que passer ces examens… Alors que tout le lycée explosait littéralement en cris de joies et en soupires de soulagements après cette longue journée, j'avais pour ma part une dernière épreuve qui m'attendait. Castiel devait m'attendre quelque part pour que nous finissions notre conversation et même si ce que j'avais à lui dire semblait l'intéresser au plus haut point, il était à mille lieux de se douter de ce que je m'apprêtai à lui révéler… Si j'avais pensé qu'il serait déçu et en colère sans avoir la moindre attente de ma part, maintenant j'étais convaincu que j'allais devoir affronter bien plus qu'une crise de nerf et de colère !
Comme une condamnée se rendant au buché, c'est tête basse, et les pieds traînant que je pris la direction de notre lieu de rendez-vous, tout en réfléchissant à comment je pourrais mieux faire passer ma révélation. C'est ainsi que je traversai plusieurs couloirs jusqu'à arriver dans l'allée menant droit à la cour centrale, là où devait m'attendre mon ami, sûrement assis sur le dossier de notre banc, à parler peut-être avec Lysandre ou Iris comme ça lui arrivait… M'en rendant compte, je pris une grande inspiration et commençai ma remontée avant d'être surprise par un cri suivit d'une longue plainte provenant de la salle de repos des élèves :
- Non ! NON ! Pas Érika Carter ! Pas elle ! C'est pas possible ! Pourquoi ! hurlait la voix de Peggy.
Intriguée et ne comprenant pas pourquoi Peggy parlait de ma mère, je tournai une dernière fois la tête vers l'entrée pour vérifier que mon ami n'était pas encore arrivé. Les environs étant vides, je choisis de rentrer dans la salle de repos. En franchissant le seuil de cette porte, un horrible pressentiment vient m'étreindre au point que j'hésitai à faire un pas de plus mais le besoin de savoir fut plus fort...
La télé était allumée, branchée comme à son habitude sur la CNN. Un speaker parlait vite sur fond d'un reportage, alors qu'un bandeau rouge défilait en bas de l'écran pour afficher les gros titres. Ce reportage, c'était celui de ma mère. Elle était là, debout, bien droite dans une tenue à la fois légère et fonctionnelle comme le nécessite la contrée désertique où elle avait été envoyée. Son chèche autour de la tête et du cou pour se protéger du soleil et du sable, on pouvait la voir sourire en présentant son sujet alors que des mèches blondes venaient de temps à autre se perdre au milieu de son visage. En la voyant ainsi aussi forte, aussi belle, alors que des enfants du village venaient jouer dans le cadre de la caméra, je ne pus m'empêcher d'éprouver un sentiment de fierté en me disant que cette femme si géniale était ma mère. Pourquoi Peggy semblait donc si mal devant ces images si réussies ? Elle qui était une fan inconditionnelle de ce que pouvait faire ma mère, elle aurait dû être en admiration devant son engagement en faveur de l'humanitaire et des cultures du continent africain, alors pourquoi ?...
C'est alors que je compris. La vérité me frappa de plein fouet, comme si l'on venait de me donner un uppercut en pleine poitrine. Sous le choc, je manquai de tomber en arrière alors que tout se glaçait autour de moi. Le speaker, les pleurs silencieux de Peggy, les regardes attristés de mes camarades regardant les informations, et ce bandeau rouge comme le sang. Les yeux figés sur l'écran, je regardai impuissante les images que la CNN passait sûrement en boucle depuis un bon quart d'heure.
- Non…, soupirai-je en croyant à peine à ce que je venais de voir.
Ma mère parlait, mais bientôt son sourire et son doux visage furent balayés. Une explosion retentie non loin, suivis par des coups de feu. D'un coup, bien trop vite pour que je puisse le décrire, une vague de sable et de vent déferla dans un grondement assourdissant, emportant tout sur son passage, enfants, village, médecins, caméra et…
- Ma-maman…,murmurai-je la voix brisée.
Voilà pour ce long chapitre. J'espère de tout cœur qu'il vous a plu et j'aimerai beaucoup avoir vos retours dessus : Vous a-t-il plu ? Est-t-il trop long ou puis-je en refaire des aussi fourni ? Qu'en avez vous pensez ? Vos avis m'intéressent grandement donc n'hésitez pas à laisser un petit message que ce soit une review ou en message privé, je m'engage à y répondre ! =) D'ailleurs pour celles et ceux qui le veulent, j'accepte aussi les demandes sur AS si vous avez des questions sur l'histoire, des points que vous voulez que j'éclaire n'hésitez pas ! mon pseudo est le même qu'ici : YukiHunter.
En ce qui concerne le temps de sortie de ce chapitre, je vous demande encore pardon j'ai conscience qu'il a été horriblement long... J'ai eu un syndrome de la page blanche hallucinant pendant l'été, et quand la fac a repris ben disons que 24H et 7 jours ne suffisent pas à faire tout ce que je devrais/voudrais faire.
De tout cœur merci encore de la patience dont vous avez fait preuve, j'espère vraiment que le chapitre a été à la hauteur de l'attente et j'espère que vous serrez aussi cléments pour le prochain, parce que je peux déjà dire une chose, l'attente sera encore là. Pas aussi longue je le souhaite sincèrement parce que de vouloir écrire et de ne pas pouvoir aligner trois mots est juste très frustrant et vous entraîne vite dans un cercle de frustrations sans fin...
D'ici la prochaine sortie portez vous bien, et pour avoir des petites nouvelles de temps en temps sur l'avancée des chapitres, vous avez le blog ;)
See you soon !
Yuki Hunter
PS : dans le chapitre précédent j'ai fait une petite erreur sur un prénom, l'ex d'Anita ne s'appel pas Cédric mais Vickor, c'est pas fondamentalement important mais pour que ceux qui avez lu le chapitre précédent avant que je ne corrige la coquille comprennent de qui je parlerai à l'avenir, je vous le précise.
