Il était une fois
Petit note de l'auteur: Bonjour et sans transition, information: nous arrivons aux ultimes chapitres de cette fic alors si vous voulez pousser un cri d'indignation et me supplier de ne pas tuer, Sirius, Demy, Tom, le chien ou encore carrément les Potter (sait-on jamais), c'est le moment. Cliquez en bas sur le bouton 'review' et pour sauver Sirius, tapez 1, etc.^^ Bon, sans ça, ce chapitre se termine par un lemon très explicite, donc avis aux âmes réservées... Bonne lecture! :)
Chapitre 14 : Too Much Heaven
Je me suis réveillé en sursaut. Pendant de longs instants, je suis resté assis dans le noir, haletant, une coulée de sueur froide me brûlant le dos, avant de me demander ce qui m'avait tiré si brutalement du sommeil. Puis une porte a claqué en bas, et je me suis rappelé que c'était le même bruit qui avait interrompu mes rêves. Je me suis glissé dans ma paire de jeans et me suis coulé silencieusement hors de ma chambre, après un regard inquiet au réveil : quatre heures vingt-cinq du matin. Demy ne rentrait jamais si tôt. Ou ce n'était pas Demy… J'ai quand même pris la peine de vérifier que le boucan n'avait pas réveillé Tom mais dans sa vieille mansarde au grenier, mon garçon dormait à poings fermés.
La baguette dans une main, j'ai descendu l'escalier du duplex sans prendre la peine de boutonner ma braguette. Mon pantalon glissait sur mes hanches quand j'ai rasé les murs jusqu'à l'entrée et, avec mes cheveux hirsutes et mes yeux rougis de sommeil, je ne devais pas avoir l'air bien intimidant. J'ai néanmoins bondi dans le vestibule éclairé en criant :
-Qui va là ?
Ce n'était que Demy, prostrée contre le mur, en train de littéralement s'arracher les cheveux. Ses pieds bougeaient nerveusement et ses épaules se convulsaient au rythme de respirations frénétiques et saccadées. Soulagé, j'ai laissé retomber mon bras et grommelé :
-Ah, c'est toi. Tu m'as fait peur. Qu'est-ce qui t'as pris de faire tant de bruit ?
Elle a levé le visage vers moi et j'ai failli reculer tant ses yeux flamboyant de fureur étaient à cet instant le reflet exact de ceux de son oncle. Des larmes de rage striaient ses joues.
-Je suis suspendue, a-t-elle fait d'une voix hachée.
-Oh. Pourquoi ?
Elle s'est levée, péniblement tant ses jambes tremblaient de colère. Comme calmée par ma présence – ce serait bien la première fois ! -, elle a pris une profonde inspiration et essuyé ses yeux d'un revers de manche. Puis elle s'est dirigée vers la cuisine, tout en expliquant :
-Une enquête sur ma personne a révélé des faits alarmants dans mon passé, apparemment. En gros, on vient de m'inventer un casier judiciaire.
Elle ouvre le placard et je vois son regard se poser sur la bouteille de Whisky Pur Feu. Pour détourner son attention, je demande :
-Mais tu n'en as pas ?
Elle se retourne et me foudroie du regard. Sa voix est nouée quand elle répond :
-On m'a envoyée à Azkaban sans procès. Comment tu crois que Dumbledore m'aurait sortie de là, sans ça ? Je n'ai commis aucun crime.
C'est clair comme au premier jour dans ma tête, le souvenir de cette nuit où les Détraqueurs ont arrêté Demy sur le pas de la porte des Potter. James avait raconté à ses parents comment je m'étais enfui du manoir des King in extremis avant d'être enrôlé de force parmi les Mangemorts, et ils avaient demandé au ministère la protection de leur maison - on leur avait envoyé les Détraqueurs. Je ne m'étais jamais posé la question d'un quelconque jugement ou procès pour moi, Demy était coupable sans aucun doute possible, coupable dès l'instant où elle m'avait menti, coupable parce qu'elle m'avait pratiquement livré à Lord Voldemort, moi, l'homme qu'elle aimait. Je garde le souvenir aigu du mépris que j'avais pour elle alors, la blessure d'une fille tellement sans cœur qu'alors je ne la considérais même plus comme un être humain. L'ancienne rancœur remonte en moi comme un flot de bile.
-Aucun crime aux yeux de la loi, fais-je d'une voix basse et emplie d'amertume.
-Sirius.
Les bouteilles tintent dans le placard et tirent mon regard du vide.
-Quoi ?
Demy me regarde d'un œil étrange.
-Tu veux un verre ?
J'acquiesce.
-Tu m'as fait tellement de mal.
Les mots se sont échappés d'entre mes lèvres avant que j'ai pu les retenir.
Elle vide son verre d'un trait et me transperce d'un tranquille regard bleu.
-Tu crois vraiment que je devrais payer toute ma vie pour avoir été faible à seize ans ? Tu crois vraiment que je méritais Azkaban pour avoir cru que l'homme que j'aimais pourrait me protéger du seigneur des ténèbres ? Bien sûr que mon plan était idiot, bien sûr que j'ai risqué ta vie en même temps que la mienne… mais tu ne sais pas, tu ne peux pas savoir à quel point j'avais peur. Lord Voldemort avait fait assassiner mes parents, et Alex, et il menaçait de te tuer aussi… comment peux-tu m'en vouloir encore pour avoir voulu croire que l'on pouvait être sauvés, que tout pouvait s'arrêter, puisque tu proposais de faire de ton plein gré ce que Voldemort voulait de toi ?
Je la contemple longuement, d'un œil nouveau. Puis je vide mon verre aussi.
-C'est ce que tu as cru ?, dis-je finalement. Qu'ils nous laisseraient tranquilles ? (Je prends une inspiration douloureuse) C'est tellement naïf.
Je n'y crois pas. Toutes ces souffrances pour un espoir idiot ! Pour l'espoir débile qu'a celui qui gémit sous la torture, que ses souffrances s'arrêtent ! Parce qu'elle a cru voir le bout du tunnel et qu'elle a plongé ! Demy a un rictus en coin, comme le reflet de ma douloureuse incrédulité.
-Je sais.
Elle soupire et avale une autre gorgée d'alcool, au goulot, avant de ranger la bouteille. Puis elle s'assoit sur le buffet avec un air pensif, comme si elle se demandait pourquoi elle avait été tellement en colère quelques minutes plus tôt.
-Ca ne sert à rien de s'énerver, dit-elle comme pour elle-même. Ils n'ont aucune preuve, en fait, c'est sûrement une manœuvre pathétique pour me déstabiliser. Je me demande si ça vient de Scrimgeour ou de King…
-King a plutôt intérêt à te garder sous la main, s'il veut pouvoir te torturer à tout va. Surtout que s'il voulait te virer, il n'aurait qu'à invoquer le fait véridique que tu as une mission sur le feu qui traîne en longueur et qu'il te soupçonne d'être corrompue.
Elle me regarde dans les yeux.
-Pourquoi on avait jamais parlé comme ça ? fait-elle.
-Parce que tu m'as interdit de te parler, je réplique. La seule chose que j'ai le droit de faire, c'est…
Je l'embrasse. Ses lèvres sont chaudes et j'y savoure le goût de l'alcool. D'abord surprise, elle me répond ensuite avec langueur et me rappelle à quel point je l'ai dans la peau. Elle attrape les deux pans ouverts de mon jean et m'attire entre ses cuisses. Elle soupire quand nos lèvres s'écartent le temps d'un souffle.
-Sirius ?
Mes mains glissent lentement sous son pull, et ma bouche descend le long de son artère où je sens le pouls qui s'affole, et plus bas vers le creux de sa clavicule. Un soupir rauque se coince dans sa gorge, juste sous mes lèvres. Je l'attire plus près et son bassin vient dans un mouvement convulsif se frotter contre le mien, que je sens répondre à cet appel lascif.
-Je n'ai pas le droit de parler, fais-je finalement avant de lui retirer son pull.
Mes mains se rappelaient où la caresser, et moi j'avais oublié quelle ivresse cela me procurait. Sur le buffet de la cuisine, puis sur mon lit là-haut, je lui ai fait l'amour très lentement, très doucement et les yeux ouverts. Je voulais sentir que c'était elle, que c'était moi, ne pas me perdre dans l'extase avec un visage flou et anonyme. J'ai joui tellement violemment que ça m'en a donné le vertige. Elle aussi a gémi longtemps du fond de sa gorge, la tête basculée en arrière et les ongles plantés si fort dans mon dos que c'était comme si elle avait mal. Je me suis demandé, ensuite, en caressant son corps endormi, s'il était possible qu'elle n'ait pas eu d'autre homme que moi, depuis huit ans. J'ai sombré dans le sommeil sans réponse, mais avec la certitude qu'au matin venu, elle ne serait plus là.
J'ai émergé au moment où Tom a sauté sur mon lit et m'écrasant de toute sa vingtaine de kilos. J'ai bien essayé de me retourner en grognant et d'enfouir la tête sous mon oreiller, mais ses petits poings m'ont labouré de coups alors qu'il hurlait de rire. Résigné, j'ai ouvert un œil.
-Mhprf ?
-On est samedi, je veux mes gaufres !, fait mon fils de sa voix flûtée.
Je tente une dernière esquive.
-Demande à maman…
Comme c'est étrange de dénommer Demy « maman », d'ailleurs. Quand elle est avec Tom, ça lui va bien, mais hier soir… Oh mon dieu Sirius, non, ne commence pas à fantasmer sur la mère de ton fils quand il est là, pitié. Le monstre m'attrape les oreilles et tire dessus comme un forcené.
-Mais, avec Emilie, elles ont… (il bafouille tant ce qu'il va dire semble le révolter) elles ont fermé leur porte à clef !
Je grogne, mais la situation m'intrigue suffisamment pour que je daigne me lever. Mon fils sur mes épaules, nous nous glissons jusqu'à la porte de la chambre des filles contre laquelle nous collons nos oreilles respectives. D'abord, on entend rien, puis… si, là ! Des chuchotements excités d'adolescentes et des rires suraigus ! Ma main devant la bouche de Tom l'empêche de se mettre à piailler, il se contente de me tirer les cheveux ; mais au fond moi aussi j'aurais bien poussé un cri hystérique. C'est que je n'avais jamais entendu Demy glousser.
Quand Demy et Emilie se sont finalement jointes à nous pour le brunch, elles avaient retrouvé un sérieux à la limite du sinistre – du moins pour Demy, car la charmante médicomage, avec son minois de princesse et ses grands yeux, aurait du mal à paraître sinistre même si elle essayait. C'est d'ailleurs étrange qu'elle s'entende comme cul et chemise avec un personnage aussi glauque et tourmenté que la mère de mon fils.
Elles entrent dans la cuisine et je me fais la réflexion qu'un petit déjeuner en famille un samedi matin, chose si banale chez les Potter, n'était encore jamais arrivé depuis que j'habite ici. D'habitude, à dix heures du matin, les filles dorment ou parfois ne sont même pas rentrées ; surtout qu'Emilie a profité de mon arrivée pour prendre plus de gardes de nuit à l'hôpital, parce que c'est là, dit-elle, « qu'on rigole le plus ». Du coup, être à quatre autour de la table à manger du pain beurré, c'est un peu comme un trente février. Demy m'accorde à peine un regard, ainsi que je l'avais prédit ; mais alors qu'elle me bouscule pour attraper le thé, sa main s'attarde dans le bas de mon dos avec une douceur suspecte. Tout guilleret, je tente un sourire elle me répond par un royal doigt d'honneur. Tom, qui n'a rien perdu du manège, se met à faire le même geste à Emilie, laquelle le lui rend fièrement.
-Tom !, je crie. C'est un vilain geste, faut pas faire ça !
Emilie pouffe dans son mug de café. Sérieusement, je me demande ce que serait devenu ce gosse si je n'étais pas arrivé.
-Je fais ce que je veux !, rétorque ma demi-portion en postillonnant des bouts de toast partout. J'ai huit ans aujourd'hui !
-Quoi ? s'exclame Demy et ce faisant crachant une fontaine de thé sur la table.
La catastrophe fait diversion auprès de Tom qui hurle de rire et se met à avaler son chocolat à toute vitesse pour le cracher aussi. Je reste interdit quelques instants, assez atterré que Demy ait pu oublier l'anniversaire de son fils. Mais le t-shirt trempé de thé qui colle sur ses seins nus fait à son tour diversion auprès de moi et me distrait de mes reproches.
Emilie finit par se lever et gémir qu'elle doit aller au boulot.
-Un samedi ?, demandé-je.
-Le jour de mon anniversaire ?, s'indigne Tom.
-Oui les enfants, soupire-t-elle. Les gens meurent même le samedi, ce qui est un certain manque de savoir-vivre, je vous l'accorde, mais je dois quand même aller faire ce que je peux pour les sauver.
Puis elle ajoute, à voix basse pour que Tom n'entende pas :
-Il y a eu un attentat aux locaux de La Gazette du Sorcier, ce matin. Les presses ont explosé en blessant presque tous ceux qui étaient là, mais plusieurs journalistes ont aussi disparu. On va certainement t'y envoyer d'un instant à l'autre, ajouta-t-elle à Demy.
-Non, répondit cette dernière d'une voix sombre. Pas tant que je serai suspendue.
-Ah, c'est vrai, fit Emilie en se grattant le sommet du crâne. Bon j'y vais. Tâchez de faire quelque chose de correct pour les huit ans de l'énergumène…
-La barbe… lâche Demy alors qu'Emilie nous laisse.
Elle s'appuie contre le mur, son t-shirt toujours mouillé, et j'ai une folle envie de lui faire l'amour sur-le-champ. Mais je me retiens et dis :
-J'aurais bien une idée…
Le regard bleu vif qu'elle lève vers moi me rappelle étrangement celui de Dumbledore. Je croise les bras.
-OK, j'ai un plan. Rejoins avec Tom dans une heure, sur la place du village à Loutry-Ste-Chaspoule. Et ne soit pas en retard !
Finalement, Demy et Tom étaient en retard d'une demi-heure quand j'ai été assez téméraire pour en demander la raison, on m'a crié que ce n'était pas moi qui avais rangé la cuisine. Bref. Je les ai emmenés, à pied, sur la colline au-dessus du village. Tom riait en courant dans les hautes herbes, ses cheveux fous balayés par le vent. C'est qu'il ne sortait pas souvent de Tottenham, ce gosse. Par chance, c'était une belle journée, bien qu'un peu fraîche, et il pouvait à loisir baigner ses yeux de ciel bleu et se rouler dans la terre poussiéreuse de la lande. De temps en temps, il attrapait un insecte répugnant et venait me le donner en grande pompe, avant de repartir sur les chapeaux de roues pour en chercher un autre. Je les balançais discrètement au fur et à mesure.
Au bout d'une demi-heure, on est arrivés au vieux terrain en friche derrière la maison des Weasley, sur lequel ils ont planté des poteaux de Quidditch. J'ai offert à Tom le balai que j'étais parti lui acheter plus tôt, un Brossdur Kid, avec limite de vitesse et stabilisateur intégrés. J'avais pris le mien, et nous avons passé l'après-midi à nous renvoyer le souaffle, à marquer des buts et à hurler des « Mais y'a faute ! » à l'arbitre qui s'était endormie sous un arbre. Tom était fou de joie et je me pris à rêver que, quand il serait à Poudlard, il serait dans l'équipe de Gryffondor et que je viendrais voir ses matchs…
Un bruit en bas du terrain attira mon regard. Demy était en train de parler à un objet dans sa main, une sorte de miroir vu d'ici. Voyant que Tom était occupé à poursuivre une guêpe, j'en profitai pour aller me poser à côté d'elle. Elle avait rangé l'objet dans sa poche et s'était levée, époussetant ses vêtements.
-Je dois y aller, fit-elle d'une voix faussement décontractée. Tu ramèneras Tom ?
-Où tu vas ?, demandai-je, suspicieux. Je croyais que tu étais suspendue.
-Ce n'est pas pour le boulot, Sirius.
Son ton est sec et presque vindicatif.
-Quoi alors ?, je m'emporte. Dis-moi ! Qu'est-ce qu'il y a de plus important que l'anniversaire de notre fils ?
Elle m'attrape soudainement et brutalement par le col. Je suis tellement surpris par sa force insoupçonnée et par la violence de sa réaction que je ne me débat pas.
-Ne t'avise pas de me dire ce que je dois faire pour mon fils, Sirius. Surtout pas.
Elle m'envoie durement valser et fait volte-face pour s'éloigner d'un pas vif. Je tremble de colère :
-C'est ça, casse-toi ! Laisse-nous ! Tu n'es pas capable d'assumer une famille !
Elle transplane et mes derniers mots se perdent dans les bourrasques du vent froid qui se lève à l'approche du soir.
Demy
L'orage a éclaté au bout de vingt minutes. En quelques secondes, une pluie glaciale et bien de chez nous m'a trempée jusqu'à la moelle des os. La terre battue du chemin transpirait une eau boueuse qui avait depuis longtemps transi mes pieds dans mes baskets détrempées. J'ai lancé mon mégot fumant dans une flaque et rabattu sur ma tête la grande capuche de ma cape puis, les mains enfoncées dans les poches, j'ai pressé le pas. Il fallait un bon quart d'heure pour rejoindre Poudlard depuis la Tête de Sanglier où j'avais transplané. Aberforth, le patron, avait voulu m'offrir un verre avec son habituel air avenant. J'avais décliné l'invitation, en me demandant s'il avait reconnu en moi la jeune fille qui venait se saouler à son comptoir, les soirs où Rosier l'avait tant rossée qu'elle n'avait plus la force de retourner au château. Aujourd'hui, le chemin me paraît moins long. Ce soir, mon pas est sûr, mes foulées longues et légères comme celle du prédateur en chasse ce soir, ce n'est plus moi qui ai peur.
Nous avons décidé d'intervenir de nuit pour éviter autant que faire ce peut d'impliquer les élèves, même s'il y aura toujours quelques curieux qui sauront quelque chose. C'est Rusard, le nouveau concierge, qui m'a ouvert la grande porte avec un regard qui n'avait rien d'accueillant. Mais il est vrai que par ces nuits d'orage, n'importe quel visiteur a des airs menaçants.
-Je dois voir le directeur, ai-je annoncé en retirant ma capuche pour secouer mes cheveux trempés.
Il n'a pas répondu, trop occupé à regarder d'un mauvais œil la mare d'eau et de boue qui s'étendait à mes pieds. Agacée, je lance un rapide sort de séchage à mon manteau dégoulinant.
-Le directeur est au courant, fait une voix venant du hall.
-Ah, Rogue. Tu as déjà averti Dumbledore ? C'est parfait. Au travail, alors.
Rogue fait taire d'un geste le concierge qui allait protester, et engage le pas vers l'escalier nord. Je le suis, laissant mon regard s'attarder sur les murs de granit, les tentures défraîchies, les tableaux dont les personnages murmurent à mon passage. Soudain, je regrette de n'avoir jamais su profiter de la magie de cet endroit… des deux années que j'y ai passé, je n'ai jamais vu Poudlard que comme un refuge. Ce soir, alors que je le parcours de couloirs étroits en escaliers dérobés, j'apprécie soudain le merveilleux de ce château, tous les mystères qu'il cache pour qui veut les découvrir, toute la vie qu'il offre depuis le terrain de quidditch jusqu'à la salle sur demande. Je n'ai jamais su en profiter. Et le fait que je le regrette maintenant prouve à quel point j'ai changé, comme je suis plus solide aujourd'hui, et plus vivante, en fait.
-Je me demande pourquoi tu as voulu être prof…
-Quoi ?
Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais formulé ma pensée à voix haute.
-Rien. Je me demandais si tu avais voulu être professeur par pur sadisme ou parce que tu voulais revenir à Poudlard.
Rogue me fusille du regard à l'évidence, ma question a fait mouche, et je ferais mieux de la fermer.
-Tu le saurais si tu étais un aussi bon legilimens que moi, King, finit-il ma rétorquer avec un rictus sadique. A propos, la vie avec Black se passe bien ?
-Je te conseille de ne pas aggraver ton cas sur ce sujet, Severus.
-Ouuh, j'ai peur…
Il percute mon bras et se fige. Devant nous, la porte est grande ouverte.
-Qu'est-ce que…
Un frisson me parcourt l'échine et soudain j'ai un terrible pressentiment.
-BAISSE-TOI !
Il est trop tard quand je fais volte-face : l'éclair rouge me percute de plein fouet et me projette violemment contre le mur. Je m'écrase par terre et une atroce douleur me foudroie la jambe. Les yeux brouillés de larmes et luttant contre le vertige, je fais un effort pour ramper jusqu'à ma baguette. Rogue gît sur le palier de la cellule. Une botte m'écrase les doigts.
-Je vais vous tuer pour m'avoir fait ça…, susurre Regulus Black.
-Et ensuite le seigneur des ténèbres te tuera aussi, réussis-je à grincer entre mes dents serrées de souffrance.
Je sens mes doigts se broyer sous les talons de sa botte alors qu'il s'accroupit et je me retiens de hurler. Il me retourne sur le dos et m'observe un instant, les yeux agrandis de fureur. Sa baguette vient lentement s'appuyer contre mon cou et son sourire se teinte de démence.
-Endolo…
-EXPELLIARMUS !
Regulus est projeté dans les airs. J'en profite pour rattraper sa baguette au vol et me relever dans un cri de souffrance pour reculer vers la porte. Trop tard : Regulus s'est remis sur pieds et fonce vers moi en hurlant de rage. Vacillant sur mes pieds, je lève sa baguette juste à temps :
-Oubliettes !
-Oubliettes !
Mon sort et celui de Rogue frappent le Mangemort en même temps. Assommé, il s'écrase sur moi comme un poids mort je bascule en arrière, manque la première marche de l'escalier et dégringole à une vitesse vertigineuse les deux étages abandonnés de la tour d'astronomie. Ma tête heurte celle de Regulus en roulant et je perds conscience.
-King. King, réveille-toi, bon sang.
Je gémis. J'ai le sentiment de m'être cassé tous les os. Je laisse échapper un chapelet de jurons bien sentis en me relevant. Ma jambe blessée tremble sous mon poids et je suis obligée de m'appuyer sur Rogue.
-Comment il a fait pour sortir de sa cellule ?, fais-je d'une voix pâteuse.
-Cette charogne avait ça sur lui, dit-il en me montrant un bout de fil de fer crochu. C'est un vieux truc de moldu, j'aurais dû y penser…
-Et maintenant il est K.O. ! Comment on va le traîner jusqu'à Pré-au-Lard pour transplaner ?
-Toi tu ne vas nulle part dans ton état, rétorque Rogue en raffermissant sa prise sur ma taille. Tu ne tiens même pas debout. Je vais t'emmener à l'infirmerie et ensuite je m'occuperai de ce fils de chien.
-Oublie ça tout de suite !, je crache. Qui est l'Auror de nous deux ? Alors pose une attelle sur ma jambe, utilisons la cheminée de ton bureau et qu'on en finisse !
Rogue me fait un rictus. Dans un autre contexte, ce sourire mauvais m'aurait foutu la trouille.
-Bien. Ferula.
Je pousse un soupir de soulagement. En m'appuyant un peu sur l'épaule de Rogue, je peux boiter sans souffrir.
-Voilà. Et maintenant, où va-t-on avec ça ?, demande-t-il en désignant du pied le corps inconscient de Regulus.
-Loin. Là où il ne trouvera rien ni personne pour lui rafraîchir la mémoire. Je ne suis pas sûre que ses petits copains lui manqueront, de toutes façons.
-C'est dangereux. Ses parents vont s'inquiéter et les Black sont une puissante famille : ils vont mettre le ministère sans dessus dessous. Et le seigneur des ténèbres va redoubler de méfiance quand il s'apercevra qu'un de ses Mangemorts – celui qui s'était si brillamment occupé de la liste ! – a disparu.
-Tu crois que c'est moins dangereux de le relâcher en espérant que Voldemort n'est pas assez puissant pour lui rafraîchir la mémoire ? C'est non Rogue, hors de question. On le fait disparaître.
Rogue acquiesce.
-A vos ordres, madame l'Auror… J'ai récupéré ta baguette. La voilà.
Je tends la main et contemple son aspect avec horreur : la chair est tuméfiée, bleue et violette, crispée dans une position de souffrance et les doigts broyés ont doublé de volume. L'annulaire et l'auriculaire pendent mollement sur le côté. Je n'ose même pas essayer de la bouger. J'ai un haut-le-cœur en attrapant ma baguette avec la main gauche.
-Je crois que je vais devoir m'en remettre à toi pour ce soir, Severus.
Il ne fait pas de commentaire et lève sa propre baguette pour déplacer le corps de Regulus, qui nous précède comme un fantôme dans le couloir menant au bureau du maître des potions.
La fin de la soirée s'est déroulée comme dans le brouillard. La poudre de cheminette nous a fait débarquer dans la cave d'une auberge, de laquelle nous sommes remontés en arguant que notre ami évanoui avait trop bu. Rogue lui a payé une chambre pour la nuit et nous sommes sortis. Dehors, un vent glacial sifflait dans la nuit noire, serpentait entre les collines et les lacs ; j'ai bien reconnu la petite ville d'Inverness, au nord de l'Ecosse. Regulus Black pourrait y recommencer une nouvelle vie, et même si l'ancienne lui revenait par bribes, je comptais sur la mélancolie que j'avais cru discerner chez lui pour le tenir loin de Londres. Il ne reviendrait pas. Nous nous sommes écartés de la route et, son bras fermement passé autour de ma taille, Rogue a transplané.
Nous atterrissons brutalement sur le palier de mon immeuble. Je titube jusqu'au mur pour aller vomir dans un coin. Ma main broyée me fait un mal de chien et j'ai la tête qui tourne. Rogue me porte plus qu'il ne me soutient jusqu'au quatrième étage. Ma main tremble quand je tourne la clef dans la serrure.
-Merci, fais-je en m'apprêtant à refermer la porte.
Trop tard : Rogue a déjà pénétré dans le vestibule.
-Hors de question que je te laisse dans cet état. Soit tu me laisses voir ce que je peux faire, soit je t'emmène à Sainte Mangouste.
-Putain, Severus ! Ca va aller, maintenant que je suis rentrée.
-Qu'est-ce qui se passe encore ?
La lumière vient de s'allumer dans l'entrée.
-Qu'est-ce que tu fais là ?, crache Sirius quand il aperçoit Rogue.
Ce dernier affiche un rictus arrogant.
-Je fais ce dont tu es incapable, Black. Risquer ta peau pour sauver ta femme.
-Oh la ferme, dis-je pour les faire taire.
Mais je n'aurais pas dû parler : je me penche pour vomir à nouveau.
-Il faut que tu l'emmènes à Sainte Mangouste, Black !, s'exclame Rogue.
-Ne me dis pas ce que je dois faire !, rétorque Sirius.
J'ai vraiment le vertige. Ces deux-là me donnent mal à la tête. Je sens la sueur dégouliner sur mon front et ma nuque et je ferme les yeux, appuyée contre le mur. Je prends le risque de parler à nouveau :
-Hors de question… que j'aille… à Sainte Mangouste… pour une jambe cassée…
-La ferme. C'est moi Saint-Mangouste.
C'est la voix d'Emilie. Enfin sûre que je suis entre de bonnes mains, je cède finalement aux supplications de mon corps et me laisse sombrer dans l'inconscience.
La lumière du jour filtrait à travers les rideaux. Etrange. Normalement, il fait déjà nuit quand je me réveille. Je voulus me redresser et pris soudain conscience que mon corps était tellement lourd, tellement engourdi que ce serait un effort surhumain. Alors je me contentai de bouger les yeux. J'étais en sous-vêtements, dans mes draps, dans ma chambre. Apparemment, quelqu'un m'avait lavé de la boue et du sang de la nuit dernière. Mais c'est vrai ! La nuit dernière… mon regard glissa jusqu'à ma main droite. Elle était autant enroulée de bandages que celle d'une momie, mais elle avait retrouvé une taille et une forme normales. A côté de mon bras, une touffe de cheveux châtain-roux s'étalait sur le drap : Tom, recroquevillé sur mon lit, dormait en suçant son pouce. J'esquissai un sourire et restai ainsi, allongée en silence, bercée par la respiration de Tom et me mettant très lentement à déplier mon corps, à essayer de bouger mes doigts.
Tom était en train de me masser les épaules quand Sirius est entré. Il est d'abord resté interdit devant le spectacle du petit garçon en train de prendre soin de sa mère comme il pouvait, avec ses mains d'enfant. Finalement, il est entré et a dit :
-Tom, je t'ai préparé ton goûter. Maman doit prendre son médicament.
J'ai senti Tom acquiescer dans mon dos. Il a déposé un baiser sur ma joue puis a sauté hors du lit et il est sorti de la chambre en courant. J'ai soupiré et fait craquer ma nuque. Il avait beau y mettre toute la bonne volonté du monde, ses petites mains n'étaient pas suffisantes pour dénouer les muscles de mon dos. Sirius s'est approché sans mot dire et s'est assis derrière moi sur le lit.
-Comment va ta main ?
-Mal, soupire-je. Je ne peux pas tenir ma baguette.
-Elle va de mieux en mieux, c'est en train de cicatriser. Et tu sais bien que les os ne se ressoudent pas en un jour…
-Tu parles comme Emilie, je grince en étirant mon dos.
-Laisse, fait Sirius. Je vais le faire.
Il joint le geste à la parole et pose ses mains sur mes épaules. Elles sont tièdes et tellement plus grandes que celles de Tom… Son pouce appuie sur la base de la première vertèbre ; je tique.
-Doucement.
Il commence à me masser les épaules et la nuque. Je sens mes muscles se crisper par à-coups. Pourtant la sensation de ses doigts, si légers sur ma peau nue, me donne des frissons. Mon dos se raidit encore un peu plus.
-Détends-toi, intime-t-il dans mon oreille.
Ses pouces sont descendus sous mon débardeur, entre mes omoplates, sur un point sensible. Lentement, ils travaillent à dénouer les muscles. Le relâchement progressif de tension me fait gémir de bien-être. Les mains de Sirius me massent à présent le bas du dos, détendent mes lombaires, soulagent mon bassin. Je ferme les yeux et laisse aller ma tête en arrière, contre son épaule. C'est alors que je remarque qu'il s'est installé derrière moi, ses cuisses de part et d'autre des miennes. Ses mains se sont égarées sur les os de mes hanches.
-Est-ce que tu couches avec Rogue ?, demande-t-il dans mon cou.
Je sens une de ses mains remonter sur mon ventre, un doigt jouer avec mon nombril.
-Qu'est-ce que ça te ferait que je couche avec un autre homme ?, je réponds d'une voix rauque. Ca t'excite ?
Il me mord le cou puis se met à sucer la peau tendre sur la jugulaire, comme un vampire. Son autre main a glissé dans ma culotte. Je respire fort, la tête renversée sur son épaule. Il bascule en arrière en m'allongeant sur lui.
-Tu es à moi, grogne-t-il.
Sa main dans ma culotte joint le geste à la parole et je ne peux retenir un gémissement guttural.
-J'aime, fais-je d'une voix aigue et étranglée. Continue…
Je me tords contre lui, enivrée par son odeur, par ses caresses, par sa voix rauque de désir. Sa main continue de me torturer, s'enfonce en moi, me prends, me pince, me possède alors que la voix de Sirius m'intime de gémir plus fort. De son autre main, il m'écarte plus grand les cuisses pour s'introduire plus loin en moi; je me cambre et je sens frotter contre mes fesses son bas-ventre durci. En quatrième vitesse, il se redresse, me pose délicatement sur le dos et descend sa braguette : il empoigne mon bassin et me pénètre d'un seul long mouvement. Je crie de plaisir. Il se penche sur moi :
-Tu es à moi, répète-t-il.
Il se met à faire des va-et-vient brutaux en poussant des grognements d'envie; nos bassins cognent et sa prise sur les os de mes hanches est si forte qu'elle va laisser des bleus. Je le sens si loin en moi, je le sens toucher le fond, toucher le cœur de mon corps… je m'abandonne à l'orgasme sans retenir mon cri de jouissance, la main crispée sur le drap. Il continue à me baiser frénétiquement et des vagues de plaisir m'arrachent successivement à moi-même. Enfin, il se libère et se retire aussitôt en répandant son sperme sur mes cuisses et mon ventre, comme pour marquer son territoire. Une lueur presque démente brille dans ses yeux quand il vient lécher mon entrejambe, mordre mon clitoris ; je gémis, je tremble, je me tords, je crie, je n'en peux plus. Il vient finalement s'écraser sur le lit, sa main toujours entre mes cuisses, son doigt toujours en moi.
-Dis-le. Que tu es à moi, et à moi seul, m'ordonne-t-il.
-Je te l'ai dit…, (son doigt plonge plus loin et monte ma voix dans les aigus)… il y a neuf ans. Quoi qu'il reste de moi, je t'appartiens.
A suivre…
