Titre : L'ombre des mensonges
Auteur : Green Absynthe
Note : Bonjour à tous, je me devais de faire une petite note avant de commencer ce chapitre. J'ai beaucoup de retard dans la publication et ce, pour des raisons professionnelles. Je manque énormément de temps pour écrire alors pardonnez-moi si ce chapitre et les suivants vous paraissent bâclés. Je fais de mon mieux car je tiens absolument à aller jusqu'au bout de cette fiction d'ici la rentrée, mais je n'ai que peu de temps à consacrer à son écriture… Je vous souhaite tout de même une bonne lecture !
Chapitre 14 : changed
Noël /nɔ.ɛl/ (religion) Fête chrétienne commémorant la naissance de Jésus-Christ, le 25 décembre.
Sigyn referma son dictionnaire avec le sentiment de rester ignorante malgré sa lecture. Elle avait compris qu'à chaque fois qu'elle ne comprenait pas un mot, elle pouvait retrouver la définition dans le gros dictionnaire posé sur ses genoux mais là, il ne lui apprenait pas grand-chose. Il n'était pas expliqué pourquoi les midgardiens paraissaient encore plus heureux à cette période. Quand elle avait demandé à Jane, elle lui avait parlé de La Magie de Noël, mais Sigyn n'avait ressenti aucun pouvoir, pas plus que son époux quand elle lui avait posé la question.
Conneries de Midgardien, avait pesté Loki, peu content d'être ignorant car il avait appris de Sigyn la partie théorique de la fête. Mais les deux asgardiens ne comprenaient absolument pas l'intérêt. La jeune femme s'était risquée à demander à Thor, mais ce dernier avait choisi de ne pas prendre parti, haussant simplement les épaules en disant qu'ils avaient beaucoup à apprendre de cette Terre.
Dégonflé !
Sigyn fit tourner la boule de verre offerte par Loki (avec l'argent de Stark) peu avant Thanksgiving, faisant danser les motifs devant la lumière de la lampe. Elle reposa l'objet quand on toqua doucement à la porte de sa chambre et elle devina aisément que c'était Jane car personne n'était aussi délicat qu'elle ici.
« Je ne te dérange pas ? demanda la midgardienne en entrant.
- Non, pas du tout, répondit Sigyn avec un sourire poli.
- Est-ce que tout va bien ? demanda Jane.
- Loki a encore du mal à s'habituer à…
- Je parle de toi, Sigyn. Est-ce que tu vas bien ? rectifia la scientifique.
- Oh, fit la jeune femme. Oui, je vais bien.
Sigyn fronça les sourcils. Elle sentait une vive inquiétude chez Jane, ce qui l'étonna assez.
- Thor est en train de parler à Loki, c'est ça ? devina l'asgardienne.
- Oui, fit Jane en soupirant légèrement. Je suppose que tant qu'on n'entend pas le marteau de Thor résonner, il n'y a pas de danger…
- J'espère que Loki voudra bien l'écouter. Il n'a jamais été très amateur de discussion de la sorte…
- Mais à toi, il veut bien parler, fit remarquer Jane.
- Je suis son épouse, justifia Sigyn comme si c'était la raison la plus naturelle.
- Il a de la chance de t'avoir. Je suis sûre que les choses seraient bien pires pour lui si tu ne le soutenais pas.
- Loki a beaucoup de ressources. Je pense qu'il n'a besoin de personne pour s'en sortir, répondit Sigyn.
- Je ne le connais pas très bien, mais je pense que tu te trompes. Ta présence lui fait du bien, c'est certain.
- Qu'est-ce qui te fait dire cela ? demanda l'asgardienne, légèrement agacée par les suppositions de Jane.
- Loki n'a pas l'air d'être le genre à endurer quelque chose qu'il n'apprécie pas s'il peut l'éviter. Alors s'il tolère ta présence aussi souvent, c'est qu'elle lui est agréable, je suppose, expliqua Jane avec un sourire entendu.
Sigyn sourit à son tour, uniquement parce qu'elle ne savait pas quoi dire. Elle n'avait jamais vu les choses sous cet angle et fut contrariée d'être satisfaite des paroles de Jane. Depuis quand était-elle aussi mièvre ? Quelle folie l'avait poussée un jour à dire à Loki qu'elle pensait l'aimer ? Elle chassa tant bien que mal cette pensée, embarrassée et honteuse.
- Tu veux venir au supermarché avec moi ? proposa Jane. Il est en bas de la rue, dans le bon périmètre donc pas de soucis avec les bracelets.
- Pourquoi pas ? » fit Sigyn, emportée par sa curiosité.
OoO
Les gens autour d'elles les regardaient avec insistance, faisant sourire Jane. Sigyn quant à elle, ne remarquaient même pas les regards, elle était bien trop absorbée par la contemplation des rayons remplis de nourriture.
« Tu croyais que tout arrivait directement dans le réfrigérateur ? se moqua gentiment Darcy qui les avait rejoint au supermarché.
- Je ne m'étais jamais posée la question, avoua Sigyn en regardant avec intérêt une pièce de viande emballée dans de la cellophane. Qui chasse cette viande ? demanda-t-elle ensuite à la scientifique.
- Et bien… C'est-à-dire qu'elle arrive directement ici. Les animaux sont élevés dans des fermes géantes dans le but de devenir…ça, répondit-elle en désignant la barquette de viande.
- C'est étrange, avoua l'asgardienne en reportant son attention sur les dindes.
- On devrait en prendre une pour Noël, proposa Darcy en soulevant une des dindes pour la placer dans le panier que Jane tenait.
- Tu sais la cuisiner ? demanda Jane avec un sourire moqueur à son amie.
- On avisera ! Ça ne doit pas être si compliquée, répondit la jeune femme en roulant des yeux. On fera une sauce à la canneberge !
- Pour atténuer le goût de la dinde que tu auras fait brûler ? fit la scientifique dans un rire amusé auquel Darcy répondit en tirant la langue.
- Euh Sigyn ? que comptes-tu faire avec cet énorme potiron ? s'esclaffa Darcy en voyant Sigyn s'approcher avec l'énorme légume dans les bras.
- Ce n'est pas un potiron, mais une citrouille. Tu peux le reconnaître à sa forme plus ronde et à sa couleur orange, répliqua Sigyn, apparemment bien documentée sur le sujet. J'aimerais goûter une tarte à la citrouille, et ensuite l'évider pour y faire un visage effrayant !
- Tu te trompes de fête Sigyn ! A moins que tu veuilles nous faire le remake de l'Étrange Noël de Monsieur Jack ! dit Darcy en lançant un regard amusé à Jane qui sourit à son tour.
- Après tout, pourquoi pas ! » approuva la scientifique.
Sigyn saisit le large couteau de cuisine, ironiquement le même qu'elle avait un jour utilisé pour tenter de se débarrasser des bracelets magiques, et l'abattit sur le chapeau de la citrouille. Elle grimaça. Elle n'avait jamais songé que la peau de cette chose orange puisse être aussi dure ! Elle tenta une nouvelle fois de percer la peau mais son couteau ne faisait que piquer légèrement. Jane et Darcy se retinrent de rire en voyant l'air furieux de l'asgardienne qui s'obstina avant de finalement lâcher le couteau quand il dérapa pour lui entailler légèrement un doigt.
« Maudite courge midgardienne, siffla-t-elle entre ses dents avant de sucer le sang qui coulait sur son index.
- Tu ne t'es pas fait trop mal ? s'inquiéta Jane.
- Rien qu'une petite coupure, assura Sigyn en regardant presque méchamment la citrouille, faisant finalement rire Darcy qui s'était retenue jusque-là.
- Tout va bien ma sœur ? demanda Thor en entrant dans la cuisine. Loki m'a dit que tu t'étais blessée.
- Pourquoi ne vient-il pas lui-même ? » demanda Jane.
Thor regarda ostensiblement vers Darcy. La scientifique comprit que Loki ne voulait pas se montrer devant elle, seule à ne l'avoir jamais vu sous son apparence Jötunn. Darcy n'était pas stupide, elle savait la raison pour laquelle Loki restait enfermé quand elle venait les voir et songea qu'il était temps d'y mettre un terme. Avec tout le courage qu'elle avait, elle quitta la cuisine sans que personne ne la regarde et alla droit vers la chambre de Loki qu'elle ouvrit à la volée.
« Maintenant, je t'ai vu le Schtroumpf ! Plus besoin de te cacher ! » lui cria-t-elle.
Tout son courage s'évanouit quand elle vit l'air menaçant et furieux de Loki qui s'était brusquement redressé et qui maintenant s'avançait vers elle lentement, comme un prédateur.
« Rassure-moi, les jötunn ne mangent pas les humains, hein ?! fit-elle en reculant au fur et à mesure qu'il approchait.
Finalement, il bondit sur la jeune femme et la plaqua au mur, plaçant son avant-bras sous sa gorge pour l'empêcher de bouger.
- Je pourrais, si j'ai vraiment faim, » susurra-t-il en dévoilant un sourire cruel.
Finalement, Darcy se mit à crier, ameutant tout l'appartement jusqu'à la chambre. Thor se précipita vers Loki pour l'écarter de Darcy, Jane réconforta son amie, et Sigyn observa le tout avec un étonnement profond. Puis Loki se mit à rire tout en lançant des regards moqueurs vers la midgardienne apeurée qui ne cessait de répéter : il va me bouffer.
« Sa curiosité est punie, se contenta de déclarer Loki quand Thor lui demanda la raison des tremblements de Darcy. Elle voulait voir le monstre, elle l'a vu, ajouta-t-il plus sombrement.
Sigyn soupira et regarda Loki avec sévérité.
- Tu dois apprendre à maîtriser ta force, Loki. Tu aurais pu la blesser. C'est une midgardienne, elle est fragile, réprimanda Sigyn à voix basse quand elle se rapprocha de Loki.
- Je m'en fiche, se borna Loki. Elle l'a bien mérité, et elle a de la chance que je sois bridé avec ces bracelets.
- Ne refais plus cela, s'il te plaît, demanda simplement Sigyn. Je ne supporte pas qu'elles te regardent avec ce regard effrayé, chuchota-t-elle en désignant Jane et Darcy.
- Moi au contraire, j'aime cela, répliqua Loki avec un sourire déplaisant.
- Nous devrions retourner à la cuisine, dit Thor pour tenter de briser la glace. Sigyn, je t'aiderai avec ce truc orange.
- Très bien, répondit l'asgardienne en lançant un regard courroucé à Loki. Mais essaie de ne pas la broyer, » ajouta-t-elle avec une légèreté feinte car en vérité, elle songeait de plus en plus que Loki et elle n'avaient plus leur place à Midgard, s'ils l'avaient un jour eu…
Sourire, rire, sourire encore…et voir que tous étaient dupes. Sigyn songea que si Loki avait été attablé avec eux, il aurait tout de suite su qu'elle feignait la joie en ce jour de Noël, fête qui ne représentait finalement pas grand-chose pour l'asgardienne. Pourtant, elle faisait des efforts, pour Thor et Jane, pour Darcy, pour quoi au final ? Même la nourriture lui parut sans intérêt tant elle se sentait triste ce jour-là. Et de façon tout à fait étrange, l'endroit où elle souhaitait être à présent était Jotunheim. Elle rêvait de neige et d'isolement, de n'entendre que le vent glacial hurler alors qu'elle s'installerait au bord du lac gelé en attendant que les heures passent. Ici, dans le salon surchauffé de l'appartement de Stark, Sigyn ne sentait presque étouffée dans cette atmosphère qui n'était pas la sienne, sur cette planète qui n'était pas sa terre. Mais elle ne laissa rien paraître. A la fin du repas, elle se proposa même pour la vaisselle, tout en songeant à quel point elle devenait aussi manipulatrice que Loki, à feindre la sympathie pour s'attirer les bonnes faveurs de Thor et des midgardiennes. Mais au final, Loki se montrait bien plus honnête : il ne reniait pas ce qu'il pensait même s'il était désagréable et difficile à vivre. En fait, elle était pire que cela, car elle décevrait tout le monde quand elle révélerait son véritable visage. Parce que son masque devenait de plus en plus lourd chaque jour et elle en avait pris conscience quand Loki avait effrayé Darcy. Ils auraient beau faire semblant, ils ne seraient jamais de ce monde, ni d'aucun autre maintenant…
Quelques jours plus tard...
Sigyn songea un instant que plus elle passait du temps avec Loki, moins elle était sensible au froid. Cela ne la surprenait pas tant que cela, après tout, elle avait vécu quelques années à Jotunheim où les températures étaient bien pire que cet hiver New-yorkais.
La jeune femme posa ses mains sur la rambarde glacée de la fenêtre, se penchant légèrement pour regarder en bas la silhouette des enfants qui s'affrontaient dans une bataille de neige. Elle songea à ces enfants jötunn qui partageaient les mêmes jeux que les petits midgardiens et ne put s'empêcher de sourire, si bien qu'elle ignora l'engourdissement de ses mains. Quand elle s'en aperçut, elle tenta de ramener ses mains à elle, mais elles semblaient collées au métal. Elle parvint à les détacher avec un peu plus de force mais elle demeura intriguée par ce phénomène : une fine pellicule de glace recouvrait désormais la rambarde. Son regard se porta à nouveau sur ses mains. Était-ce de la magie ou une particularité de l'air midgardien ? De son pouce, elle détacha les morceaux de glace incrustés sous ses ongles et décida qu'elle avait pris assez d'air frai pour la journée. Elle referma la fenêtre toujours troublée mais décida de garder tout cela pour elle. Peut-être devenait-elle folle ?
Elle marchait pieds nus dans la neige mais le froid ne l'incommodait pas. New York était bien moins froide que Jotunheim. Pourtant, elle ne savait pas pourquoi elle déambulait dans Central Park… Elle comprit seulement quand elle parvint à atteindre le lac gelé. Comme Jotuheim, sauf les buildings en arrière plan. Pourquoi était-elle autant obsédée par ce monde ? La condition de Loki y était sans doute pour quelque chose, pourtant elle ressentait comme si Jotunheim était chez elle, comme si c'était le lieu qu'elle devait rejoindre.
« Parce que Jotunheim est bien chez toi, fit une voix inconnue derrière elle.
Sigyn se retourna vivement et se trouva face à un adolescent. Elle ne le connaissait pas, mais il y avait quelque chose de familier en lui. Il était jötunn, sa peau bleue l'attestait pourtant sa carnation était légèrement plus claire que celle de Loki, faisant ressortir ses magnifiques yeux rubis.
- Qui es-tu ? Demanda Sigyn en s'approchant doucement, intimement convaincu que le jötunn n'était pas un danger.
Il se contenta de rire, la détaillant avec autant de curiosité qu'elle le faisait. Sigyn, en voyant son sourire sut d'où venait son sentiment de familiarité : il avait quelques traits qui lui rappelaient son frère Ragnar, comme ses lèvres qui prenaient un léger pli aux commissures quand il riait.
- Pourquoi es-tu dans mon rêve ?
- Pourquoi es-tu dans le mien ? Rétorqua malicieusement le jötunn en haussant les épaules. As-tu froid ? Demanda-t-il ensuite d'un air concerné quand il vit les pieds nus de Sigyn.
- Non, répondit-elle, intriguée. Je ne sens absolument pas le froid.
- C'est une bonne chose, commenta sérieusement l'adolescent. Parce que tu devras être forte et supporter le froid de l'intérieur.
- Pourquoi ? S'inquiéta Sigyn alors qu'une bourrasque de vent glacé ébouriffa ses cheveux.
- Je ne peux pas te le dire, les rêves ne sont pas censés révéler l'avenir, déclara le jötunn ennuyé. Je ne devrais même pas être là, mais tu sais mieux que quiconque que la magie n'est pas quelque chose qui se maîtrise, surtout quand on est novice…
- As-tu au moins le droit de me dire ton nom, jötunn sorcier ?
- Narfi, c'est ainsi que je me nomme. Mais cela pourrait changer…
- Pourquoi ? Demanda une nouvelle fois Sigyn, s'inquiétant quand elle vit le corps du jötunn devenir peu à peu translucide.
- Tu pourrais en décider autrement, Mère… »
Sigyn prit une grande bouffée d'air quand elle s'éveilla brusquement. L'eau de son bain avait beaucoup refroidi, et c'était un euphémisme vu les morceaux de glace qui flottaient à la surface… Elle trembla violemment mais ce n'était pas de froid. Elle était juste terrifiée par ce cauchemars, car c'est ainsi qu'elle le voyait. Ses larmes n'avaient même pas le temps de couler qu'elles gelaient déjà sur ses joues, confirmant ses craintes : c'était bien de la magie qui la perturbait depuis des jours, rendant la glace omniprésente dans sa vie, comme si quelque chose souhaitait qu'elle reste constamment au froid. Comme ce soir où son bain chaud était devenu glacial.
Au fond d'elle, elle s'en doutait mais elle refusait de l'admettre, elle n'osait même pas s'imaginer cela… Elle n'avait pourtant pas encore saigné ce mois-ci.
Elle plongea la tête dans l'eau, tout ce qu'elle souhaitait à ce moment était de disparaître mais elle se redressa dès qu'elle manqua d'air, soupirant alors qu'elle essorait ses cheveux. Elle ne devait pas céder à la panique juste parce qu'elle avait fait un rêve étrange et qu'elle avait du retard… Quant à la magie, elle pouvait être due à l'affaiblissement des bracelets ! C'était plausible. Ce fut sur cette pensée rassurante qu'elle quitta son bain et résolut à aller dormir.
« Les bracelets s'affaiblissent, commenta Sigyn le lendemain quand le verre qu'elle tenait dans sa main se couvrit de glace.
Loki fronça les sourcils et examina le verre rempli d'eau qui était désormais un bloc de glace.
- Pas les miens, répondit-t-il en fermant la porte de sa chambre pour poursuivre la discussion à l'abri des oreilles indiscrètes.
Il prit les poignets de Sigyn pour les examiner, cherchant une faille mais il en remarqua aucune.
- Je fais pourtant de la magie, fit-elle remarquer. Certes, je ne le fais pas sciemment, mais ce ne sont pas des choses naturelles…
- Ce n'est pas ta magie, je le sens et je suis sûr que tu le peux aussi, lâcha gravement Loki en s'écartant brusquement de son épouse.
- Ça ne se peut pas Loki, trancha catégoriquement Sigyn dans un déni total. Je suis asgardienne, et toi jötunn…
- Ne sois pas stupide. Crois-tu qu'il s'agisse du premier métisse de nos deux espèces ? Siffla Loki.
- Tu savais que nous pouvions concevoir et tu ne m'en as rien dit ! S'indigna la jeune femme.
- Ma seule certitude était que ce n'était pas impossible théoriquement, clarifia Loki. Mais aussi bien pendant nos années de mariage que cette année, tu n'as jamais été enceinte, j'en ai donc conclu que nous n'étions pas compatibles sur ce point là…
- Comment peux-tu en parler de façon si détachée ? Soupira Sigyn.
- Parce que c'est un problème que nous pouvons régler. Nous ne voulons pas de cet enfant, alors nous ne l'aurons pas et serons plus vigilants désormais, répondit le jötunn.
- Tu as raison, » fit la jeune femme sans masquer son soulagement. Seulement, elle n'avait pas encore à l'idée qu'ils seraient obligés d'en parler aux autres afin de prendre les dispositions nécessaires…
« Tu veux vraiment avorter ? Demanda Jane à Sigyn après avoir réussi à se retrouver seule avec elle.
- Notre choix est fait, s'agaça Sigyn.
Plus tôt dans la journée, Thor avait tenté de les convaincre d'abandonner cette idée, d'élever leur enfant pour que tout rentre dans l'ordre et qu'ils démarrent une nouvelle vie à Asgard. Sigyn ne lui en voulait pas mais trouvait que ses paroles étaient d'une gentille naïveté. Comme si un enfant pouvait résoudre leurs problèmes…
- Oh ! Ne va pas imaginer que je porte un jugement de valeur ! Au contraire, je pense que c'est un choix que toute femme devrait pouvoir faire ! Seulement, j'espère juste que ta décision vient uniquement de ton non-désir d'enfant, et non pas par crainte, expliqua Jane.
- Je crains qu'un jour puisse naître le fils de Loki… J'éprouve beaucoup d'affection pour mon époux mais je connais trop bien ses ténèbres ainsi que les miennes… Nous ne pourrions donner naissance qu'à un être néfaste.
- Mais si Loki n'avait pas été aussi… lui-même ? Demanda Jane avec une légère grimace qui fit rire Sigyn.
- Je vais t'avouer quelque chose qui devra rester entre nous, Jane, commença Sigyn. Il y a longtemps, pendant les premières années de notre mariage, on attendait de moi que je porte l'enfant de Loki. C'est l'ordre logique des choses : se marier, enfanter, élever nos enfants jusqu'à ce qu'à leur tour ils se marient… Loki n'avait pas encore montré au monde ses parts d'ombre mais déjà j'étais soulagée chaque mois lorsque mes menstrues arrivaient… Je ne crois pas être faite pour la maternité, Jane, et je suis heureuse que ce ne soit pas un sujet de dispute entre Loki et moi…
- Je suis contente que tout soit aussi clair dans ta tête, Sigyn. Et je te soutiendrai. J'espère que tu n'en veux pas à Thor de se montrer aussi catégorique dans son désaccord. J'en ai discuté avec lui, et ce n'est pas l'idée même de l'avortement qui le rebute mais il ne peut pas s'empêcher de penser que fonder une famille serait bénéfique pour Loki, expliqua Jane.
- Je sais, répondit Sigyn. Tu sais, à Asgard il n'est absolument pas rare de contrôler les naissances ainsi… Tu dois trouver cela paradoxal, mais même si une Asgardienne ne choisit pas toujours son mari, elle peut faire en sorte de ne pas enfanter si elle le souhaite… »
« Ask veit ek standa, heitir Yggdrasill. Hár baðmr, ausinn hvíta auri; þaðan koma döggvar þærs í dala falla; stendr æ yfir grœnn Urðar brunni (1), chantonna un jeune homme en marchant dans la neige épaisse.
-Narfi, murmura Sigyn quand il se retourna pour lui faire face.
Il semblait avoir quelques années de plus que dans son précédent rêve : il avait maintenant l'allure d'un homme fait, et non plus de l'adolescent. Et chose plus remarquable encore, il avait l'apparence asgardienne, semblable aux illusions d'Odin pour dissimuler la véritable appartenance de Loki.
- Pourquoi es-tu ici ? Demanda Sigyn gravement, consciente des troubles que ce cauchemars lui apporterait au réveil.
- Je suis là parce que Père et toi avez eux des rapports sex…
- Je ne parle pas de cela, s'agaça la jeune femme devant l'air malicieux de Narfi qui lui rappela de façon désagréable son époux. Pourquoi es-tu là, dans mon rêve ?
- Je ne sais pas. Je te l'ai dit la première fois : ma magie est capricieuse.
- Ou alors tu n'es que le fruit de mon imagination, répliqua Sigyn.
- Non, j'existe réellement et tu le sais, répondit le jeune homme avec sérieux, son doigt désignant le ventre de sa « mère ».
- Cela ne prouve rien, dit Sigyn en posant instinctivement ses mains sur son ventre.
- Cela prouve tout. Je suis sûr que si tu demandes à Père, il saura t'expliquer les liens intra-utérins que peuvent avoir les enfants à fort potentiel magique avec leur mère, magiquement apte aussi… De même que la boucle du temps étant imparfaite, je sais que je viens d'être conçu…
- Autrement dit, tu prétends que depuis le futur, tu as « senti » que j'étais tombée enceinte et que grâce au lien intra-utérin, tu peux entrer dans mes rêves, résuma Sigyn avec une moue ironique sur le visage.
- C'est à peu près cela, sauf que je n'entre pas dans tes rêves volontairement.
- Tout cela est impossible : la semaine prochaine, l'enfant en moi ne sera plus, révéla Sigyn presque froidement.
Narfi afficha un air profondément surpris et porta sa main à la bouche en entrant dans une grande réflexion.
- Curieux en effet, avoua Narfi. Vraiment curieux... »
« Tu as juste à prendre ce médicament et les choses se feront naturellement, » expliqua Bruce en tendant un verre d'eau à Sigyn, ainsi qu'un comprimé.
Sigyn saisit le cachet entre ses doigts et l'examina mais elle suspendit son geste quand elle le porta à sa bouche. Quelque chose l'en empêchait. Le doute, la culpabilité, la vie qu'elle savait en elle. Elle n'était soudainement plus très sûre de toutes ses convictions et l'image du Narfi de ses rêves la hantait. Existait-il vraiment ? Comme pour manifester sa présence, le verre qu'elle tenait dans son autre main gela instantanément. Mais loin de la faire paniquer, cela la fit sourire malgré la pensée que cette magie étrangère lui manquerait probablement.
« Tu devrais y réfléchir encore et revenir si tu te sens prête, conseilla Bruce.
- Je suis prête, assura Sigyn. Il le faut…
- Rien ne t'y force. Tu ne seras pas la première femme qui renonce à l'avortement au dernier moment. Parfois, même quand un enfant n'est pas prévu ni désiré, il finit par être source de bonheur.
- Je ne suis pas faite pour être mère, dit la jeune femme.
- Les femmes ne naissent pas mères. Elles le deviennent à la naissance de leur premier enfant… Mais le choix n'appartient qu'à toi de le devenir ou non... »
Plus tard
« Ça y est ? » Demanda pudiquement Jane quand Sigyn ressortit de la salle de consultation.
La jeune femme affirma seulement d'un signe de tête mais étrangement ne put regarder en direction de Loki. Elle n'était pas apaisée, bien au contraire, elle ne s'était jamais sentie aussi troublée. Elle ne prononça pas un mot jusqu'au retour à l'appartement, et arrivée là-bas, elle s'isola jusqu'à la fin de la soirée, manquant le repas. Quand le poids de ses sentiments fut trop lourd à porter, elle s'assura que sa chambre soit fermée à clé et se libéra de ses larmes contradictoires. Elle pleurait à la fois de joie, de culpabilité, de soulagement et d'anxiété. Elle ne savait plus si elle célébrait ou si elle regrettait. Finalement, elle s'endormit, épuisée par ses pleurs…
« Sigyn, tu ne peux pas rester éternellement dans cette chambre ! Cria Jane en secouant la poignée de la porte dérouillée de l'intérieur.
- Sigyn, ouvre cette porte, s'impatienta Loki.
- Elle a peut-être fait un malaise ? Cela fait presque deux jours qu'elle s'est enfermée ! Dit Jane à Thor lorsqu'il arriva.
Loki fut prit d'un mauvais pressentiment alors qu'un de ses cauchemars refaisait surface. Alors sans réfléchir, et grâce à sa force jötunn, il fracassa la porte. Thor et lui échangèrent un regard, et Loki remarqua avec surprise de l'approbation alors qu'il baissait Mjolnir. Sans doute avaient-ils eut la même idée ?
La fenêtre était grande ouverte malgré le froid et le malaise de Loki fut plus intense encore si bien que son premier réflexe fut d'aller regarder si elle n'avait pas sauté, comme dans son cauchemars…
- Elle dort, » fit Jane en soulevant légèrement la couverture pour dévoiler la jeune femme profondément endormie.
Mais alors qu'elle toucha son visage pour s'assurer qu'elle n'ait pas de fièvre, le corps de la jeune femme se désintégra complètement pour ne laisser qu'un tas de cendres. Jane hurla et perdit connaissance, choquée, tandis que Thor et Loki restèrent interdits. L'aîné s'enquit de l'état de Jane et Loki, lui, passa sa main dans le tas de cendres, son sang froid et sa curiosité prenant le dessus sur son trouble. Comme il s'y attendait, il en ressortit les bracelets magiques qui ceignaient les poignets de son épouse.
« Loki ? Fit Thor, espérant avoir des explications de son frère.
- Je la retrouverai, mais pour cela j'ai besoin de ma magie, finit par lâcher Loki d'une voix blanche, les yeux restant fixés sur les entraves magiques.
- Elle a été enlevée ? Et ce qui s'est passé sous nos yeux…
- Une illusion, plutôt grossière en fait. Celui qui a fait cela a dû utiliser la majorité de sa magie à désactiver ses bracelets sans interférer sur les miens…
- Nous allons la retrouver…
- Nous? Hors de question, trancha Loki. C'est mon affaire, j'ai juste besoin qu'Odin me rende ma magie... »
A suivre...
(1) ce sont les paroles d'une chanson en vieux Norrois appelée « Yggdrasill ». En gros dans ce passage, le chanteur dit qu'il connaît un frêne majestueux et toujours vert s'appelant Yggdrasil qui se tient au dessus des sources d'Urdh etc.
