Chapitre 14
Les séances d'aide aux devoirs devaient débuter après les vacances de Noël. Léna n'avait aucune idée de ce qu'ils allaient pouvoir faire pendant celles-ci. Peut être allaient-ils travailler les matières qui leur posaient soucis ou être surveillés comme l'avait dit Edward ? Peut être les deux ? Si c'était le cas, Léna se demandait pourquoi les professeurs ou plutôt le Directeur – elle en était sûre – voulaient mettre en place ce système de surveillance. Pourquoi maintenant ? Cela faisait déjà quelques années qu'elle se trouvait dans cette école.
Son groupe se composait seulement de garçons. L'un des trois était l'élève masculin le plus populaire de l'école. Son intelligence et sa beauté y était pour beaucoup. L'autre professeur s'appelait Rubeus Hagrid. Il était en troisième année. Léna s'était renseignée sur lui et Tom. Si l'aide aux devoirs était vraiment de l'aide aux devoirs, Rubeus ne pourrait pas les aider. Il n'avait pas encore suivi les cours au même niveau de difficultés qu'eux. Peut être avait-il une particularité ? Il devait sûrement être très doué dans une matière ou bien ils l'avaient choisi pour sa taille de demi géant. Elle lui permettrait de les maitriser, Edward et elle, s'ils tentaient de faire une bêtise. C'était barbare, Léna en avait conscience. Mais qui sait ?
Quant à la présence d'Edward – elle en était sûre aussi – était du au fait qu'il soit un élève le plus « récalcitrant » au règlement comme elle. Les professeurs avaient composé cette équipe en choisissant les élèves les plus turbulents et les deux meilleurs éléments. Enfin, pour ce Hagrid, elle en était moins sûre.
Léna réfléchissait à cela en étant confortablement installée sur l'un des fauteuils de la salle commune des Serdaigle. Elle se trouvait dans un coin d'où elle pouvait voir la pièce dans son ensemble. Le brouhaha de la pièce ne la perturbait pas le moins du monde.
La jeune fille pencha la tête en arrière et observa un moment le plafond parsemé d'étoiles. Puis, son regard se dirigea vers la fenêtre qui donnait sur les montagnes environnantes. En fait, elle ne contemplait pas vraiment le paysage qui s'offrait à elle. L'élève de Serdaigle était complètement plongée dans ses pensées. Ses amis étaient parti chacun de leur côté et pour une fois, la jeune fille se retrouvait seule – ce qui n'était pas pour lui déplaire. La solitude lui faisait du bien surtout lorsque ses pensées étaient embrouillées.
Son regard balaya la pièce. Léna trônait sur son fauteuil au milieu de tous les élèves comme si elle observait ses royaux sujets. Cette image la fit sourire. Les élèves riaient, travaillaient, lisaient, mangeaient, discutaient, … Ils faisaient toutes ces choses sans lui prêter la moindre attention.
Au bout de quelques minutes, elle se leva et traversa la salle. Son estomac criait famine mais il n'était pas encore l'heure de diner. En réalité, il était cinq heures et demie. Léna se dirigea vers l'endroit qui répondrait à son besoin : la cuisine. Elle croisa quelques élèves en chemin. La plupart se retournait sur son passage. Certains lui souriaient en la reconnaissant, d'autres la saluaient et le reste ne lui prêtaient pas d'attention. Il était vrai qu'on pouvait la qualifier de « populaire ». Léna avait fait en sorte que cela arrive. En effet, lorsqu'elle était arrivée à Poudlard, la jeune fille avait décidé qu'elle devait s'intégrer rapidement en faisant oublier à tout le monde qu'elle était une orpheline qui ne connaissait rien en la magie. Elle avait travaillé dur pour pouvoir apprendre et rattraper les autres. La jeune fille avait ressentit le besoin de s'entourer de personnes qui la soutiendraient. Alors, elle s'intéressait à tout le monde et restait agréable avec eux quelque soit la maison sauf quand ils cherchaient la bagarre. Léna le reconnaissait. Elle ne pouvait s'empêcher de s'emporter dès qu'elle trouvait quelque chose d'injuste. Les nombreuses punitions et les heures à récurer les sols et les plafonds de toutes les pièces du château en étaient la preuve. D'ailleurs, le Directeur en avait assez de son comportement. Il en était venu à vouloir remettre au goût du jour la punition préférée d'Appolon Picott. Il s'agissait de suspendre au plafond les élèves désobéissants par les poignets au moyen de chaines pendant plusieurs. Cependant, le professeur Dumbledore – qui lui avait déjà demandé de cesser les tortures physiques deux ans auparavant – lui avait expressément rappelé qu'il avait définitivement exclus ce genre de pratiques et que, désormais, cela était interdit par la loi. Léna avait pu tester les chaines quelques fois. Elle non plus ne souhaitait pas réitérer l'expérience. Ça non !
Arrivée dans le hall d'entrée, Léna ouvrit la porte à côté de l'escalier principal et s'engouffra dans le couloir. Des tableaux représentants toutes sortes de fruits décoraient les murs de pierre. Elle les regardait avec envie. Son attention complètement tournée vers les fruits, elle n'entendit pas les pas pressés qui s'avançaient vers elle et se prit de plein fouet la personne chargée de victuailles.
Léna releva la tête et s'excusa. La fille ramassa les sucreries tombées et s'enfuit rapidement en s'excusant. La Serdaigle continua son chemin jusqu'au tableau représentant une poire. Elle s'apprêtait à chatouiller le fruit lorsqu'une une voix l'interrompit.
- « Si tu ne veux pas avoir d'ennui, je te conseille de ne pas toucher à cette toile » Léna se retourna lentement.
- « Surprise de me voir ?
- Euh …
- Tu as perdu ta langue ? demanda la voix, moqueuse.
- Je … Euh … Balbutiai Léna, tellement honteuse qu'elle ne su quoi dire. Oh ! laissa échapper Léna lorsqu'elle vit la fille qu'elle avait bousculée à côté du garçon qui l'avait arrêté dans son geste.
- Les jeunes filles se laissent tenter trop facilement. Elles ne savent pas résister à leurs envies » remarqua le Préfet-en-Chef.
Un silence s'installa. Léna n'aurait su dire si la fille avait rougit de gêne à cause de sa remarque ou du fait d'être regardée par le Grand Tom Jedusor. Ou les deux. Quand à elle, la Serdaigle ne montra pas qu'elle était un peu agacée et se contenta de le fixer en attendant que la conversation se termine vite.
Le Préfet-en-Chef reprit :
- « Je parle bien sûr de la gourmandise.
- Oui, nous avions compris où tu voulais en venir », répondit l'autre fille en se mordant la lèvre de façon suggestive. Elle avait apparemment abandonné son attitude de petite fille timide pour laisser place à une séductrice en herbe.
Léna se sentit gênée, cette fois. L'autre élève, apparemment de Serdaigle, lui fit honte. Une jeune fille et même une femme ne devait se comporter comme cela. C'était indécent.
Le préfet vit le trouble de Léna et lui sourit gentiment. Elle rougit et détourna les yeux. Elle aurait voulu remettre à sa place la jeune fille mais elle n'eut pas le courage de le faire. En même temps, elle s'aperçu que le jeune homme n'avait pas répondu à ses avances. Elle se sentit soulagée. Si à l'inverse, Tom Jedusor avait répondu, Léna ne savait pas quel comportement elle aurait du adopter.
- « Moi ou un autre préfet patrouillons souvent dans cette zone pendant les heures que nous nommons « heures à risque », poursuivit Tom. Liz ne te l'a pas expliqué, Léna ?
- Non, elle ne me l'a pas dit, répondit la concernée sous le regard noir de l'autre fille présente dans la pièce.
- Tu dois avoir beaucoup de travail en tant que Préfet, reprit l'autre Serdaigle. En plus, TU es Préfet-en-Chef, ce qui n'est pas rien. Cela doit être difficile de suivre les cours et gérer tes devoirs de Préfet ! Tu dois être fatigué, laisse-moi … »
Elle fut interrompue par la porte du couloir qui s'ouvrait. Un élève de Serpentard s'approcha de Tom Jedusor.
- « J'ai fini mon tour. Matt et moi te feront notre rapport à 19 heures.
- Merci, William » répondit le Préfet-en-Chef.
L'autre fille attendit que le Serpentard soit sorti pour revenir à la charge.
- « Est-ce que les Préfets travaillent le Dimanche ? demanda-t-elle.
- Oui, nous travaillons tous les jours. Mais pour en revenir à …
- Tu n'as pas le temps pour un petit rendez-vous demain ? Je veux dire, un tête à tête avec … ? le coupa-t-elle en prenant la pose. Moi par exemple ?
- Je suis désolé mais comme je te le disais, je travaille le Dimanche. Mes devoirs de Préfet ainsi que les cours me prennent beaucoup de temps. Et le Dimanche matin, tout les Préfets se rassemblent pour une réunion hebdomadaire.
- Oh … »
Pendant ce petit échange, Léna s'était écarté un peu d'eux. Elle ne voulait pas être mêlée à cette conversation des plus déplacée. Elle était encore plus mal à l'aise que tout à l'heure. D'un côté, la jeune fille comprenait son « point de vue ». Il était vraiment beau et il avait quelque chose de très attirant. Elle ne savait s'il s'agissait de ses bonnes manières, de son charisme, de son intelligence, de … Bon, elle s'égarait là. La jeune fille ne l'avait peu côtoyé mais elle avait vu beaucoup de qualités chez lui, qu'elle appréciait.
Cependant, parfois elle le trouvait étrange. Son autorité sur certains Serpentards ou même d'autres élèves l'interrogeait. Elle avait l'impression qu'on l'admirait presque comme un Dieu. Cela lui fichait un peu la trouille. C'était pour cela et aussi parce qu'elle avait un petit ami (plus ou moins), qu'elle ne voulait pas trop l'approcher. Léna préférait éviter de tomber sous son charme comme l'autre fille.
Revenue sur terre, la Serdaigle s'aperçu de l'ambiance légèrement électrique de la pièce. Elle pensa qu'il était temps de changer de sujet.
- « Qu'est-ce que tu vas nous donner comme punition ? »
Un autre silence s'installa. Le Préfet-en-Chef ramena ses mains derrière son dos et la détailla longuement. Léna remarqua que le sourire du jeune homme s'élargissait. Elle eut un doute. Et se demanda ce qui allait se passer ensuite.
- « Toi, tu vas rendre ces confiseries dans la cuisine, ordonna Tom Jedusor en se tournant vers la fille qui lui faisait des sourires aguicheurs même si elle venait de se faire envoyer sur les roses.
- Oui, tout de suite, répondit celle-ci d'une voix mielleuse. Au fait, je m'appelle Elizabeth mais tu peux m'appeler Beth ! »
Léna recula pour la laisser passer. Les hormones qui émanaient d'elle la dégoutèrent. La Serdaigle la regarda chatouiller la poire qui se transforma en poignée de porte et entrer dans la cuisine. La porte se referma toute seule derrière elle. Le claquement sonna comme le clap de fin d'une pièce de théâtre. Cela fit presque sourire Léna.
Puis elle se souvint qu'elle venait de se faire prendre la main dans le sac par le Préfet-en-Chef.
Léna se tourna à nouveau vers ce dernier et attendit. Elle savait qu'il ne fallait pas qu'elle se fasse remarquer à cause de bêtises de ce genre. C'était pour cela qu'elle se sentait encore plus coupable. Les yeux rivés vers le sol, elle attendait que l'autre revienne.
- « Je suis désolée pour ce qui vient de se passer, s'excusa Tom Jedusor.
- Ce n'est rien, répondit timidement Léna qui ne voulait pas en parler.
- Si, j'insiste. Je vois bien que cela t'a rendu mal à l'aise.
- Je pense que c'est toi qui dois te sentir gêner. Elle n'avait pas à se comporter ainsi. C'était déplacé, dit Léna en regardant le jeune homme droit dans les yeux.
- Non …
- Mais tu dois avoir l'habitude des déclarations ou des approches de ce genre, coupa la jeune fille. Tu es populaire. Toutes les filles sont après toi, enfin presque. Les garçons doivent être jaloux. Je suis étonnée que David ne le soit pas. Je le connais, il aime bien plaire. Mais toi, tu es différent de lui, c'est peut être pour ça.
- Pour ça quoi ? demanda Tom, coupant le monologue de Léna.
- Pour … Euh … Reprit cette dernière, ne savant plus où elle en était. Je ne sais plus ce que je disais. Enfin, tout ça pour dire que je comprends un peu ce qu'elle ressent »
Elle se plaqua la main sur la bouche en se rendant compte de ce qu'elle venait de dire. La jeune fille remarqua qu'ils s'étaient rapprochés pendant leur conversation. Elle rougit et se détourna rapidement.
- « Pardon ! Oublie ce que j'ai dis »
Un silence s'installa. Léna resta longuement à fixer le tableau en face d'elle. Elle trouvait que la fille prenait beaucoup de temps pour rendre ce qu'elle avait prit aux Elfes de Maison.
- « Ta déclaration est meilleure que la sienne en tout cas, rit le jeune homme.
- Ce n'était pas une déclaration. Ne t'inquiète pas je ne suis pas amoureuse de toi, répondit Léna en se retournant.
- David ne serait pas content si c'était le cas. Il m'en voudrait beaucoup »
La fille émergea du tableau tout sourire ce qui mit fin à la conversation.
- « Ca y est, j'ai tout rendu » minauda-t-elle.
Elle s'arrêta net en s'apercevant de la proximité des deux jeunes gens. Léna s'écarta lentement.
- « C'est bien, maintenant retournez dans vos salles communes respectives. Je vous donne un simple avertissement mais sachez que je vous ai à l'œil désormais, reprit le Préfet-en-Chef.
- Oui ! » répondit l'autre avec un sourire en courant vers la sortie.
Le jeune homme fixait Léna, attendant visiblement une réponse.
- « Euh … D'accord, je ne le referai plus, dit Léna.
- Cela vaut mieux puisque dorénavant je serais ton professeur.
- Pas avant Janvier, répliqua la jeune fille.
- Oui, tu as raison. Cependant, je dois vous observer, toi et Edward Ronson pour savoir ce qui m'attend en Janvier, répondit Tom Jedusor en souriant. Même si officiellement, je deviens votre professeur seulement à partir du mois de Janvier, ajouta-il.
- Oh …
- Allez, retourne dans ta salle commune avant de t'attirer d'autres ennuis, lança Tom Jedusor en poussant la porte du couloir qui donnait sur le hall d'entrée.
- En fait, tu vas faire une sorte de liste où tu vas noter tout ce qu'on fait pour nous punir en conséquence ? Dit Léna en réfléchissant.
- Pas tout à fait. Je ne vais pas répertorier tout ce que vous faites mais uniquement ce qui ne va pas, sourit le jeune homme. Allez, monte dans ta tour d'ivoire et ne descends pas avant le diner » poursuivit-il en la poussant gentiment vers les escaliers en marbre.
Léna ne répondit pas mais obéit. Son ventre gargouilla. Cependant, elle avait ordre de ne pas descendre avant 19 heures 30.
