Chapitre 14 – Le château de Dracula

Col de Borgo, 28 décembre 2013, 20h00

La chevauchée n'était pas fantastique mais elle tirait pour, Beckett n'était pas très gentil avec le cheval noir et le pauvre était suintant de sueur.

Le paysage des Carpates à nos pieds était poignant, l'hiver s'était bien installé sur les horizons de la Transylvanie. Je regardai par-dessus mon épaule et vis l'Enfer s'étendre sous moi. Mon regard embrassait les cimes des pins en perçant la voûte nocturne sans étoile. Je me retournai vers Dracula et Christoff, chevauchant à notre gauche. « Il y a beaucoup de richesses dans ces terres, n'est-ce pas ? » Demandai-je en ayant la tête qui tourne légèrement à avoir un peu trop longtemps regardé en bas ?

Mais le prince me sourit en hochant la tête. « Argent, or… Toutes les richesses de ce beau pays ! »

Je crois que je vais être malade. « Mais la Valachie c'est de l'autre côté de la Transylvanie de l'autre versant des Carpates, non ?

-Vous êtes perspicace ma jeune amie, oui en effet ce qui a été mon royaume se trouve au sud de la Transylvanie de l'autre côté des Carpates. Mon château de Poenarie… Au sommet d'un roc où prend sa source l'Arges est maintenant un champ de ruines. Et le château de Bran à l'est est là où j'ai fomenté ma disparition aux yeux des Hommes… Pour m'installer à ce col de Borgo… »

Je hochai la tête puis revint aux paysage.

On en arriva enfin aux grilles du château qui perçait le ciel dans toute sa sombre splendeur, dissimulé avec malice au versant d'un pic au cœur du col.

Dracula descendit de monture, suivi par Christoff et bientôt Beckett les imita et je suivis le mouvement en rechignant à descendre mais le cheval noir titubait de fatigue. Dracula ouvrit les grilles en baissant un gros levier en métal et elles se levèrent dans un bruit assourdissant.

Je grinçais des dents : « ben pour l'effet de surprise c'est loupé.

-Avec la vue sur le col c'était déjà raté très chère, lorsque nous avons dépassé ce côté, » me fit remarquer Beckett qui semblait un poil nerveux en vissant son chapeau sur son crâne.

En guise de réponse je lui tirai la langue puis vérifiai mon équipement. J'avais encore un pieu, mon poignard, un jeu de cinq carreaux, mon épée, le desert eagle avec plein de munitions, le calice odieux et l'arbalète. Prise d'une inspiration, je sortis mon épée et la tins dans ma main en marchant pour rejoindre notre petit groupe. Derrière les grilles s'élevaient les milles marches menant jusqu'à l'entrée du château. « Drôle, on est pourtant pas dans les Chevaliers du Zodiaque, » commentai-je en souriant, la main gauche sur la hanche. « Quand tu vois ça tu te sens obligé de les monter au pas de course. »

C'est ce que l'on fit, Dracula devant, suivi de Beckett, moi et Christoff fermant la marche.

Au milieu de la montée des marches (non, on n'est pas à Cannes) Dracula s'arrêta soudain et je me déportai sur la gauche pour voir pourquoi il s'était arrêté. Au sommet se tenait une demoiselle aux longs cheveux roux et à la stature noble. Elle portait un pantalon en velours noir avec un pull en laine blanc au moins aussi long que le pantalon. « Qui est-ce ? » Demandai-je en m'approchant mais lorsque je vis l'expression de Dracula ravi et totalement partout mais ailleurs…

Il monta les marches encore plus vite pour retrouver la belle rousse et j'eus une envie soudaine de faire une épreuve de tir à… Oh ? 50 mètres ?

« C'est Lucy Westenra, » me glissa obligeamment Beckett à l'oreille en se penchant vers moi sur ma droite.

Lucy ? Quoi encore une ?? « Bordel mais j'en ai marre de ces filles !! » Grognai-je en fronçant les sourcils et en montant, plutôt en frappant les marches montées. Une fois que tout le monde fut réuni autour de Dracula et de sa pouffe, heu pardon 'de sa charmante progéniture infernale' j'eus un choc en reconnaissant : GAETAN ? OO

Aaaaaaaaah putain je hais les Tzimisce !! TT Y'en a marre des Lucy aux yeux verts aussi !! Voilà, me revoilà larguée en arrière en fin de file pendant qu'ils sont tous là comme trois idiots à présenter leurs hommages à madame, hé ho, Vladislav !!

Ca me rappelle des choses que j'essayais d'oublier. Et je dépassai tous ces imbéciles avec humeur pour pousser les portes quand je me rendis compte que je réagissais avec Vladislav exactement comme avec Judas alors que j'étais tétanisée à l'idée de refaire le même schéma avec Nines. Lorsque j'ouvris les deux lourdes portes en étant rejointe par Beckett et Christoff je me retenais de pleurer et on entendit les bruits caractéristiques d'un combat très violent. Si bien que Beckett démarra le premier, suivi de Christoff et que je me retrouvai à la traîne derrière eux !! « BORDEL DE MERDE FAIT CHIER !! » et malgré moi suivi de : « J'EN AI RAS LE CUL DES LUCY !! »

Dans le grand hall du château, Marie se battait contre un gars aux longs cheveux blonds qui devait être Van Helsing. Moi personnellement, Van Helsing sur le moment, rien à péter. Non, moi je fonçai sur Marie qui s'intéressa ensuite de très près à moi. Mais je ne m'intéressai pas vraiment au combat. On était à six contre la très ancienne Baali. Dracula usait de ses sortilèges qui se retrouvaient contrecarrés par les gris-gris et les sorts de la Baali. Van Helsing en plus essayait de blesser Dracula ce qui dérangeait celui-ci dans ses sortilèges. Mais le Tzimisce était aidé par son Infante, Beckett dérangeait Van Helsing, et Christoff et moi n'étions préoccupés que de Marie qui lançait ses sorts tout en ferraillant avec nous.

Enfin moi-même je ne me préoccupai pas du combat. Je prenais Marie pour mon punching-ball. En y repensant je n'avais jamais été vraiment en l'aise de toute façon en compagnie de Lucie, j'avais de mauvais souvenirs de son attitude et pas beaucoup de bons sur la fin de ma scolarité au lycée. J'étais vraiment jalouse d'elle, apprenant à un moment donné par Judas qu'il faisait des câlineries à Lucie en publique jusqu'à ce que sa mère le crû 'guéri' en sa compagnie mais le rabrouât de leur attitude déplacée en réunion parents-profs.

Ah, oui tiens, des cajoleries à Lucie jusqu'à venir se plaindre de l'anecdote à mon oreille alors que moi ça ne faisait que le gêner. Et pourquoi moi ça devait le gêner d'ailleurs ? Lucie en vérité l'avait connu après moi mais c'était comme si ça avait été l'inverse. Lucie c'était jusqu'à faire croire à sa mère qu'il était redevenu hétéro et moi ça l'agaçait. C'était super, non ?? Tiens je n'avais pas fait attention à l'époque mais maintenant ça me frappe. Et j'avais été jalouse de Lucie beaucoup plus que pour ses copines de l'internat !! Et après c'était pour me reprocher ma jalousie envers ces filles ?? « NON MAIS HO CONNARD T'AVAIS DEJA EU UN EXEMPLE AVEC LUCIE PENDANT TOUTES LES ANNES DU LYCEE !! » Beuglai-je avant de râler en donnant un grand coup d'épée vertical si violent que je crois…

… Vraiment pas sûre, je ne faisais pas attention à ce que je faisais…

Je crois que le sang qui m'éclaboussa et qui éclaboussa l'alentour était celui de Marie car après elle hurla comme un cochon qu'on égorge et son épaule gauche pendait sur le côté. Ce n'était pas très beau à voir. Mais comme mon punching-ball se reculait trop loin pour que je pusse taper dessus, je le rattrapai. Et un nouvel échange durant lequel Marie se régénéra à une vitesse hallucinante eut lieu.

Ah vraiment il l'avait bien saisi sa chance de me reprocher ma jalousie envers ce groupe de filles qu'en plus je ne connaissais pas ! J'lui en foutrai moi des Lucie !! Tiens à l'autre aussi j'vais lui en foutre des Lucy option 'je zappe quand Lia m'adresse la parole' !!

« Pendant ce temps, Rodriguez doit être entouré de filles beaucoup plus faciles à vivre que toi… » Glissa la voix suave de Marie alors que j'allais rabaisser mon épée sur son crâne posé au sol.

Je fis des yeux ronds.

« Et au retour : 'tu es idiote de nous avoir confondus, maintenant c'est trop tard'. »

Elle m'envoya son pied dans le ventre et je tombai à la renverse en bas des escaliers du trône au bout du hall. Il y eu une bourrasque soudaine, Marie hurla de rage…

Je n'étais pas physiquement grièvement blessée. Mais je voyais où Marie en arrivait comme moi. Etait-ce une abominable machination faite exprès pour m'éloigner ? Rembobinez un peu l'histoire du film. Longtemps j'ai exprimé à Judas ma jalousie envers Lucie tout en me la reprochant. Ensuite il ramène un troupeau d'étrangères pour regarder un film qu'on parlait d'aller voir depuis un moment. Et finalement c'est pour me reprocher ma nouvelle démonstration de jalousie. Ca n'avait pas de sens, même pas en test. Ca n'avait strictement aucun sens hormis celui d'utiliser ceci comme preuve la plus récente à mon caractère insupportable. Vois : tu es d'une jalousie impossible, exemple : mes copines d'internats inconnues. C'était sûr que j'avais loupé et bien loupé l'épreuve de 'la fille raisonnable comme les autres'.

Oh pardon, espèce de trou du cul sans délicatesse aucune qui a subitement eu l'idée d'oublier que quand je disais 'oui' c'était 'non' dès qu'il s'agissait de te partager, qui n'a pas senti mon hésitation au téléphone, qui s'est contenté de gober mes assurances alors que je tirai une tronche de dépressive, qui a oublié que mon anniversaire avait été un désastre et qui était censé me connaître par cœur !! Pardon de ne pas faire dans la mesure dès qu'il s'agit d'amitié !! Connard de petit manipulateur de mes fesses !! La vérité c'est que ça t'a bien servi ma jalousie !! D'abord pour ton ego ensuite pour me faire culpabiliser !!

Je le hais, je le hais, je le hais d'avoir fait l'aveugle !! Je le hais d'avoir été librement câlin avec Lucie et pas avec moi !! Et je lui foutrai un tisonnier dans le cul pour avoir osé me reprocher un trait de mon caractère en ayant su combien j'avais été seule toute ma vie !! C'est comme si je lui avais reproché d'être pédé !! Et surtout, surtout je le hais d'avoir fait semblant de m'accepter comme je suis !!

Vraiment, est-ce que Nines serait pareil ?

Nines n'a pas besoin de se faire cirer l'ego. Nines est un vampire et un leader qui se montre aussi manipulateur que les autres quand il en trouve l'utilité. Pour l'Etat Libre Anarch.

Tout le monde n'est qu'un pion derrière un leader alors ?

Alors Beckett a raison de vivre comme il le fait.

Mais même en le voulant je ne pourrais pas vivre comme lui et vivre pour moi-même. Je n'ai pas d'estime 'brute' assez élevée pour ça. C'est pour ça que je suis retenue aux Anarch, ils sont encore entre les deux. Je représente quelque chose de bien pour eux. Nines, au contraire des autres Barons plus vieux, voit l'esprit Anarch comme un groupe de vampires libres de s'entre aider ou non. Alors que le Sabbat et la Camarilla font du 'marche ou crève'.

Tout pour l'Etat Libre…

Et même si ça n'était pas le cas, suis-je vraiment quelqu'un de supportable à long terme ?

Christoff était en train de me secouer comme un prunier, Beckett engueulait derrière de jolies phrases polies Vladislav qui était en train de hurler après Lucy.

Niark.

D'avoir joué double-jeu sans son autorisation et surtout sans l'avoir averti.

C'est en en ayant assez d'être secouée par un Christoff en pleine panique que j'ouvris les yeux et que je me redressai et. « HUMPF !! »

Ca c'était le chevalier français qui m'étouffait. « Merci mon Dieu !

-Dieu est prêt à pleurer en tenant sa boite de pop-corn et se demande avec qui il va faire finir l'héroïne – répliquai-je avec humeur – le prochain qui me parle de remercier Dieu pour ma vie merdique, je l'empale. Mais merci quand même, Christoff. »

Il m'aida à me relever sans apprécier tant que ça mon humour. Nines il aurait eu les yeux brillants affichant un riquiqui sourire sérieux. Beckett aurait souri en coin en me regardant de haut. « Ah j'vous jure ces anciens Croisés, tu t'fous de la gueule de Dieu, ils vous chient une pend…

-Ca ira, Aurélia, » me coupa Beckett en rassurant Christoff en déclarant que j'étais athée avec des tendances au satanisme avancé mais la plaisanterie ne dérida pas le Français qui me regardait d'un air d'incompréhension. Alors du coup Beckett finit MA phrase avec le sourire mais en remplaçant par 'se jouer' et 'déféquer'.

Pendant qu'ils se disputaient quant au respect du divin, je brossai mon habit et récupérai mon épée en snobant Vlad qui m'appelait. Mais quand il allait me saisir par les épaules je lui glissai la lame sous le menton contre la gorge. « Vous aussi, restez à distance de moi, » menaçai-je à voix basse, froidement en le fixant alors qu'il levait les mains lentement.

« Ce n'est pas en doutant de chacun de nous que vous arriverez à déjouer Marie la Noire – répliqua t-il en un murmure en soutenant mon regard comme un roc.

-Aucune importance, mais ça, il n'y a que vous et moi ici qui le sachions.

-Coupez moi la tête si cela peut vous soulager, ma princesse. »

Je lui envoyai une gifle en allé et retour. Puis rangeai mon arme. J'allais me retourner quand il me saisit le bras. Je voyais Beckett et Christoff toujours en pleine dispute mais quelque chose me disait dans l'attitude du Gangrel qu'il ne faisait que retenir l'attention du Brujah.

« Voir Lucy en haut des marches me rappelle toujours Mina… Mais j'ai manqué à ma promesse d'être votre prince à cet instant de faiblesse et j'ai eu tort. Ce n'est pas en soupirant après une femme perdue contre un autre que je puis sortir victorieux d'en sauver une autre aussi admirable d'elle-même. Pardonnez-moi. J'ai offert une brèche jusqu'à votre âme à Marie la Noire. »

Je restai immobile. « Ca ira, j'ai plus envie de le tuer qu'autre chose. »

Mais Vlad m'attira doucement mais fermement contre lui et m'entoura de ses bras, au chaud la joue contre l'épaisse chevelure bouclée et ondulée qui couvrait ses épaules et ses bras. Glissant même un baiser sur mon front.

Je restai un moment sagement sans bouger en regardant les deux autres se disputer. « Qu'est-ce que c'était la bourrasque ? Pourquoi Marie a hurlé ?

-Une Tremere. Il semblerait que nous n'ayons pas été assez discrets à Vienne… Elle a pris le Necronomicon pendant que nous nous battions contre Marie.

-Et maintenant ? » Demandai-je en m'écartant. Bizarrement plus fatiguée que réconfortée. Je passai une main dans mes cheveux et me massai la nuque en soupirant. J'avais aussi la gorge un peu sèche et pris quelques gorgées au calice odieux. Beckett et Christoff se regardaient en chiens de faïence alors que je marchai vers eux.