Ils marchèrent environ deux heures, puis d'un seul coup Bujac arrêta le groupe.

-Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Jay.

A sa grande stupeur, elle vit Bujac défaire sa ceinture et laisser tomber son blaster à terre. Il dit :

-Faites comme moi.

Il y eu un bref moment de flottement, Puis Blom fit de même, suivi de Julius et des autres. Jay ne voulait pas lâcher son fusil, Yil, qui se tenait juste derrière elle lui chuchota :

-Faites ce qu'il dit major, si vous voulez vivre.

Le fusil et le blaster allèrent rejoindre le sol.

Quelques secondes passèrent. Puis, devant eux, à environ trente mètres, quelque chose remua. C'était une toile de tente qui venait de se soulever, démasquant trois éclaireurs républicains.

D'autres toiles bougèrent, et Jay et son groupe se rendirent compte qu'ils étaient quasiment encerclés. Les soldats qui s'étaient découvert les premiers approchèrent d'eux. Ils virent alors le scorpion du LRSS sur les manches de leurs uniformes.

-On a affaire à des sacrés petits malins ! dit l'un des scouts.
-Cinq secondes de plus, et on déclenchait les mines, ajouta un deuxième. Considérez-vous tous comme revenus d'entre les morts !

Il marcha sur le côté, s'agenouilla et fouilla la boue. Il en ressortit une mine bondissante télécommandée qu'il neutralisa. Les autres groupes qui s'étaient rapprochés firent de même.

Jay en compta cinq. Ils n'auraient eu aucune chance.

Le premier à avoir parlé s'approcha du groupe des impériaux qui était resté immobile. Il dévisagea d'abord Bujac.

-T'es un peu trop futé toi, dit-il. Comment as-tu su que c'était piégé ?
-Je l'ai senti, répondit Bujac d'une voix calme.
-Senti hein ? T'es un chasseur alors ? Un peu comme moi alors ! Répliqua le soldat.

Les autres éclaireurs s'esclaffèrent.

-Je doute que nous chassions la même chose, dit alors Bujac.
-Et il répond ! S'exclama le scout en lui envoyant un crochet du gauche en plein visage.

La tête de Bujac ne bougea pas.

-T'es un pisteur et t'encaisse, reprit l'éclaireur. On verra plus tard si tu tiendras longtemps.

Il passa ensuite aux autres membres du groupe, sans rien trouver de remarquable, sauf avec Blom, qui portait encore son casque.

-Retire ça, lui dit-il.

Le convict s'exécuta. L'éclaireur regarda le cercle peint au sommet.

-Section pénale, hein ? Vous en êtes tous ?
-Je ne sais pas, répondit Blom en regardant droit devant lui.
-De toutes façon, vos puces parleront pour vous. Nous avons cassé vos codes, répliqua le scout avec un sourire mauvais.

Il arriva enfin à Jay.

-C'est mon jour de chance ! J'ai toujours rêvé de monter une jument impériale ! Bon, la gueule c'est pas terrible, ajouta-il en lui arrachant son masque, mais en levrette avec une bonne cagoule…

Jay se taisait. L'éclaireur passa derrière elle et lui mit soudain la main entre les fesses. Elle recula d'un coup, vint se plaquer contre le scout et lui envoya de toute ses forces son coude gauche dans le ventre. Spade recula un peu tassé sur lui-même et une fine dague noire surgit comme un dard de sa main gauche.

-Chienne ! Je vais te saigner pendant que je te…
-Il vaudrait mieux éviter Spade… dit le troisième scout, qui était resté muet jusqu'ici.
-Range ce couteau, ajouta-il.

Spade hésita. Il regardait Jay, prêt à bondir.

-Une dernière fois, range ce couteau !

La lame disparut dans un claquement sec.

-C'est toi le chef, dit l'éclaireur d'une voix où se mêlait la fureur. Pour l'instant…
-Bénit ta chance. Tu aurais fait ce que tu voulais et c'était la corde.
-Fouillez-les et entravez-les, reprit-il, et toi, Spade, occupe-toi des armes.

Quelques poignards finirent par terre. Le scout remarqua le fusil de tireur d'élite aux pieds de Jay.

-C'est à toi ?
-Non, j'étais juste chargée de le porter.
-Tu mens ! Putain, je te ferais cracher jusqu'à l'heure de ton dépucelage ! Cria-il.

Le chef s'approcha et vit l'arme.

-On a eu une dizaine de gars dessoudés par un sniper il y a deux jours. Ça pourrait être avec ça ?
-Certainement chef. Mais laissez la moi, elle va tout nous raconter.

L'officier fit semblant de ne pas avoir entendu. Il s'adressa à Jay :

-C'était vous ?

Continuer de nier ne servait plus à rien. Elle répondit :

-Oui, c'était moi.
-Pourquoi avoir menti ?

Ella haussa les épaules.

-C'est le jeu.
-Ramassez votre masque, dit l'officier.

Elle se baissa et le remis en place.

-Nous vous connaissons. Vous vous appelez Jay Hawkers, vous êtes major de la flotte impériale, et vous venez de nous descendre une frégate et au moins dix soldats. Notre officier de renseignements va être ravi de vous rencontrer.
-Et une fois qu'il aura appris tout ce qu'il veut savoir, il vous confiera à nos bons soins, ajouta Spade d'un air gourmand.

Il ajouta :

-Bordel, depuis le temps que je te piste ! C'est moi qui ai trouvé ta veste dans l'épave, et j'étais curieux d'en voir le contenu !
-Et tu ne sais pas encore ce qu'il faisait avec ce chemisier à moitié brulé ! Renchérit un des scouts.

Tous éclatèrent de rire. Le chef les interpella :

-Bon ça suffit maintenant ! Entravez-les et en route !

Les bras furent plaqués dans le dos et les liens furent tirés. Jay essaya de crisper ses poignets pour avoir un peu de jeu, mais ce fut peine perdue. Ils se mirent en marche en file indienne sous la surveillance des éclaireurs.


Ils marchèrent toute la journée sans s'arrêter. Il n'y eu aucun arrêt pour boire ou se nourrir. Enfin la halte fut ordonnée. Les soldats les délièrent un par un pour les besoins naturels. Ils avaient ensuite droit à deux minutes chacun pour avaler une demi ration de survie arrosée d'un petit gobelet d'eau empestant les traitements antiparasites. Les liens furent ensuite immédiatement renoués.

La nuit tombait sur Dvar.

Les prisonniers furent placés dos à dos par groupe de trois. Les chevilles furent entravées pour empêcher les évasions. Elle se retrouva avec Blom et Bujac. Interdiction de parler, la moindre entorse se soldait par un coup de crosse ou de botte. Le froid humide commençait à les envahir. Les trois impériaux essayèrent de serrer leurs dos le plus possible pour conserver un peu de chaleur. Elle finit par sombrer dans un demi-sommeil. Rêvait-elle ? Elle sentit à nouveau qu'on l'observait et entendit les voix. Où plutôt la voix car cette fois-ci elle était seule.

-Excellent, elle sera bientôt mûre… C'est lorsqu'il ne reste plus rien que le meilleur se révèle…

Une pause. Puis la voix reprit.

-Peut-être une première tentative… Jay, tu m'entends ?

Elle sursauta. Elle venait de prendre un coup d'épaule dans son dos. Elle crut au départ qu'elle avait parlé dans son sommeil et qu'une sentinelle était venue la frapper, mais elle ne vit ou n'entendit personne autour d'eux. A sa droite Blom remua, puis se rendormit. En ronflant.

-Major, major, vous m'entendez ? Chuchota une voix à sa gauche.
-Oui, je vous entends Bujac, répondit-elle sur le même ton. C'est vous qui m'avez réveillé ?
-Oui major. C'était nécessaire.
-Pourquoi ?
-Ça serait trop long à vous expliquer et ce n'est pas vraiment le lieu. Mais sachez que vous êtes en danger et que vous ne devez pas répondre à qui vous parle.
-Ah bon, parce qu'actuellement je ne suis pas en danger peut-être ? Ces salauds d'éclaireurs n'arrêtent pas de me reluquer.
-La voix est bien plus dangereuse.

Elle ne pût s'empêcher de hausser les épaules. Ça devait vraiment être terrible !

-Ne plaisantez pas major, reprit Bujac qui devait peut-être avoir lu dans ses pensées. Je vous aiderai…

Un bruit de pas dans leur direction. C'était Spade.

-Alors poupée ? On parle dans son sommeil ? On ne se rappelle plus que c'est interdit ?
-Hum…
-Tu vas voir quand on sera arrivé à la base. Encore deux jours de marche… Tu seras bien fatiguée et tu auras envie d'un bon lit…
-Tu ne seras pas le premier à me tringler espèce de porc ! Je te garantis qu'une statue sera plus chaude que moi !

Spade la gifla.

-Tu n'auras pas le choix. J'ai tout ce qu'il faut pour attendrir la viande nerveuse…

-Retourne à ton poste Spade !

C'était le chef qui venait d'apparaître de nulle part. Le scout sursauta.

-Et arrête de tourner autour d'elle ! Demain tu pars en tête !

Spade regarda le chef d'un œil noir mais obéit. Il repartit vers le groupe d'éclaireurs.

Jay aurait bien voulu remercier l'officier mais c'était impossible. Il fallait garder la distance, conserver l'armure intacte le plus longtemps qu'elle le pouvait. Elle se replia à nouveau sur ses deux compagnons et essaya de se rendormir.