Chapitre 14 : La famille Weasley
Je me dirige vers ma place habituelle, entre Ginny et Hermione quand Fred me prend le bras et me fait signe de m'assoir à côté de lui.
Je ne résiste pas, en fait je suis heureuse qu'il me le propose. Nous nous sourions bêtement, sans que je puisse y faire quoi que ce soit en m'assoyant à ses côtés. Fred est vraiment charmant…
La personne à ma droite m'accroche avec son coude, me faisant revenir à la réalité du même coup. Je me suis assise à côté de mon père sans même m'en rendre compte. Il me sourit lui aussi et je m'efforce de lui sourire, malgré mon malaise. J'ai peur qu'il se fasse des idées.
Je me sers de légumes quand M. Weasley arrive par la cheminée. Il prend place au bout de la table. Il y a quelque chose qui ne va pas. D'habitude en arrivant du travail, il s'écrit : « Bonjour tout le monde ! » C'est presque devenu notre signal pour commencer à manger. Un genre de « Bon appétit ! » mais là, rien. Il s'est assis à la table sans dire un mot et il se sert à manger comme s'il avait une dent contre la nourriture.
Sa femme s'approche de lui pour le saluer comme elle le fait habituellement. Il lui répond sans même la regarder. Ça ne lui ressemble pas. Il est toujours joyeux malgré les circonstances dans lesquelles nous sommes. Je ne suis pas la seule à avoir remarqué qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Mon père aussi observe le couple et j'ai deviné à la diminution des conversations tout autour que nous ne sommes pas les seuls.
- Tu as passé une bonne journée, mon chéri ? demande Mme Weasley.
M. Weasley fait signe à sa femme qu'il n'a pas le goût d'en parler. Les conversations reprennent, mais sans conviction. Mme Weasley s'assoit à côté de son mari. Elle lui parle à voix basse si bas que seul son mari peut l'entendre.
- Je ne t'ai pas vu cet après-midi, me dit mon père pour prétendre une conversation. Où étais-tu ?
- J'étais dans ma chambre, dans mes livres, lui menté-je
- Tu n'étudies plus dans le hall ?
Je n'ai pas le temps de répondre à mon père, car un bruit sourd se fait soudain entendre. C'est M. Weasley qui vient de frapper sur la table avec son poing.
- Ça suffit Molly ! Je n'ai pas le goût d'en parler ! crie-t-il
Il réalise ensuite qu'il est dans la cuisine. Tout le monde le regarde stupéfait. Il baisse la tête.
- Qu'est-ce qui t'arrive Papa ? demande Bill qui est sans doute arrivé quelques minutes avant que son père ne frappe sur la table.
M. Weasley se tourne vers lui et c'est comme si Bill avait lu dans ses pensées.
- Tu l'as croisé ?
M. Weasley répond par un grognement et reprend place à la table. On pourrait entendre une mouche voler dans la pièce. Il n'y a personne qui ose parler. Bill place son manteau sur sa chaise et prend place à côté de Ginny.
- Croisé qui ? demande Mme Weasley
Il y a un nouveau moment de silence où M. Weasley regarde Bill. C'est comme s'il lui disait de se taire s'il ne voulait pas qu'il le punisse.
- Percy ! dit Mme Weasley qui vient de comprendre. Tu as vu Percy ?
- Oui, je l'ai vu, répond son mari en soupirant. Il est passé à côté de moi à l'atrium. Il a fait comme si je n'existais pas.
- Il ne t'a surement pas vu ! explique nerveusement Mme Weasley.
- Bien sûr qu'il m'a vu ! Mais ce petit prétentieux a levé le nez. Il m'a bien fait comprendre que je n'étais pas assez bien pour lui !
Mme Weasley se met à pleurer. Son mari en la voyant ainsi à l'air de se sentir coupable de s'être emporté. Il la prend dans ses bras et tente de la consoler.
- Si on n'est pas assez bien pour lui alors pourquoi en parler davantage ? Il ne mérite pas qu'on se fâche pour lui, dit Bill pour tenter de conclure la conversation.
Tout le monde continue de manger en silence, mais je n'arrive pas à détacher mes yeux de Mme Weasley et son mari. Je ne les connais pas beaucoup, me je me doute qu'ils n'ont pas mérité que leur fils les renie. Je me sens si triste pour eux.
Mme Weasley pleure à chaudes larmes, malgré les paroles encourageantes de son mari. Ses yeux coulent en silence, même si elle essaie de les arrêter de temps en temps avec son mouchoir. M. Weasley a repris son air renfrogné qui ne lui va pas du tout. Il mange de grosses bouchées, comme s'il se vengeait sur la nourriture.
L'atmosphère est si lourde autour de la table. Je suis surprise de voir les jumeaux se lever et ils s'approchent de leur mère. Ils lui mettent chacun une main sur l'épaule. Leurs visages sont mélangés entre la colère et la tristesse. Une expression qui détonne beaucoup avec leur attitude habituelle. Mme Weasley leur attrape les mains. Sa peine est si grande qu'elle n'arrive pas à regarder ses fils qui sont là pour la réconforter.
Cette tristesse me traverse le cœur. Je ne peux rester là sans essayer de leur donner une lueur d'espoir. Je ne le peux pas et je ne le fais pas. Les mots jaillissent de ma bouche sans que je puisse les arrêter.
- Percy est votre fils. C'est ça ?
Mme Weasley me regarde comme tous ceux qui sont dans la pièce. Elle acquiesce en faisant oui de la tête.
- Vous avez vraiment beaucoup d'enfants, continué-je un peu intimidé par l'ensemble de mon auditoire.
Monsieur et Mme Weasley me regardent, incertain de savoir si ce que je viens de dire est un reproche ou un compliment. Je ne sais pas si ce que je vais dire sera bien interprété, mais je dois leur dire un mot pour les réconforter.
- Je connais peu votre famille, mais je sais déjà que vous avez beaucoup d'amour à donner. C'est surement pour cela que vous avez autant d'enfants. Ils sont le fruit de votre amour. Je comprends que vous soyez triste que votre fils se soit détourné de vous. Peut-être qu'en fait que c'est lui qui a raison et que c'est nous qui avons tort. Nous le saurons qu'à la fin de ce conflit. Mais ce qui est sûr c'est qu'avec tout l'amour que vous lui avez donné, avec tout l'amour qui unit votre famille, il est sûr que vous serez à nouveau réunis. Ne perdez pas courage. Vous avez de beaux enfants qui vous aiment et qui croient que vous êtes des parents formidables. Pour l'instant, ce sont eux qui auront le bonheur de profiter de votre amour. Je suis heureuse de connaître la famille Weasley et je propose qu'on lève nos verres à votre santé. À la famille Weasley !
Nous nous levons tous, un verre à la main et nous trinquons à leur santé.
Mme Weasley pleure toujours, mais le sourire sur son visage et son teint rosé qui s'étend jusqu'à ses oreilles me font dire que c'est des larmes de joie.
Fred me regarde avec un sourire pétillant. La famille se réunit pour serrer leur mère dans leurs bras.
- Je suis fière de toi, ma fille, me murmure mon père en me prenant dans ses bras.
Je sens les larmes me monter aux yeux. Je lui souris et je le prends dans mes bras. Je suis surprise de l'effet qu'ont eu les mots de mon père sur moi. Je ne me sens pas aussi proche de lui que je l'aurais voulu. Il y a un certain malaise qui s'est installé entre nous. C'est surement toutes ces années où nous avons été séparés qui font que malgré notre lien de sang, nous sommes des étrangers l'un pour l'autre. Mais ses mots ont fait remonter la petite fille à papa en moi. Il a toujours été important pour moi de le revoir. Il a toujours été une image, un souvenir, peut-être bien plus brillante que ce qu'il était en réalité. Toute ma vie, j'ai voulu être auprès de lui. Mais depuis que je suis arrivée dans cette maison, depuis que je l'ai revue, je me sens loin de lui. Je le tiens à distance, je trouve refuge dans mes livres, car c'est plus facile ainsi. Je ne veux pas souffrir à nouveau. Mais en me disant ses mots, il a réveillé la petite fille qui le désirait ardemment. J'ai trouvé dans ses yeux tout l'amour que j'ai tant espéré pendant toutes ces années. J'ai terriblement peur de souffrir à nouveau. J'ai peur qu'il parte ou pire qu'il meure. Mais la chaleur de ses bras me fait oublier tout ça.
Une main s'est placée dans mon dos. Je lève la tête et tombe dans le regard étincelant et familier de Remus. Mon père l'attrape par le cou et le tire pour qu'il se joigne à notre étreinte. J'aurais cru que sa présence aurait été de trop mais cela me fait l'effet contraire. J'ai l'impression que notre famille est enfin complète de cette manière.
Nous desserrons doucement notre étreinte. Remus me regarde un moment. Il glisse un doigt sur mon visage puis il retourne à la table.
