Attention ! Ce chapitre comporte une scène à caractère sexuel.
Oscar fixait son lieutenant avec une intensité qui, malheureusement, ne le laissait pas indifférent. Il aurait été capable de commettre mille folies pour un regard comme celui-ci. Un éclair de colère s'alluma dans ses prunelles grises. Elle n'était qu'une messagère ! Il voulait lui offrir son cœur et tous ses trésors inconnus, et que lui offrait-elle ? L'amour de sa domestique !
- Quel honneur ! railla-t-il avec un rire mordant.
- Girodelle !
- Oh, pardonnez-moi colonel ! Si c'est un ordre, et pour vous plaire, j'irai conter fleurette à toutes les filles de ferme des environs !
- Je ne vous permets pas ! s'indigna la militaire. Vous n'êtes qu'un… qu'un… ! Je me demande ce qu'Andrée peut bien vous trouver !
- Allez donc lui demander !
- Lieutenant !
- Il a raison, entendirent-ils soudain.
D'un même mouvement, ils se tournèrent vers la porte ouverte, dans laquelle s'encadrait une silhouette. Ils n'avaient rien entendu, rien vu. Immobile et muette, Oscar avait la pâleur des statues antiques.
- Un pli de ton père, expliqua André. Il m'a demandé de te le remettre en mains propres.
- Depuis quand êtes-vous là ? demanda Girodelle devant l'absence de réaction de son supérieur.
- Depuis un moment, malheureusement… Tu n'aurais rien dû dire Oscar. C'était inutile.
- Gi… Girodelle a découvert notre… secret… tout seul, annona-t-elle.
- Je ne parlais pas de cela, mais de mes sentiments.
- Colonel, me serait-il possible de m'entretenir avec votre domestique quelques instants ? réclama le lieutenant.
- Mais… bien sûr !
- Seuls, précisa-t-il.
- Oh !
Son regard glissa vers Andrée, mais cette dernière était trop troublée pour répondre aux questions muettes de son amie. Puisque le vin était tiré, il fallait bien le boire, même si elle n'avait rien demandé. Même si elle savait déjà qu'il aurait le goût d'une abominable piquette. Elle acquiesça, rassemblant toute sa dignité et son courage pour faire face à cette entrevue.
- Bon, accorda Oscar. Je… Je vais faire un tour dans les jardins. Je vous laisse quelques instants.
- Merci colonel.
- Lieutenant !
- Oui colonel ?
- Andrée mérite qu'on la traite avec respect.
- Je n'en ai jamais douté, répondit dignement Girodelle en fermant la porte au nez de son supérieur.
Il se retourna lentement. La jeune fille était immobile. Dans le jeu d'ombres et de lumières du bureau, sa féminité était palpable. Plus athlétique qu'Oscar, elle n'en demeurait pas moins plus fine que la majorité des hommes, éternelle silhouette d'adolescent. Etranges destinées !
Andrée devenait nerveuse sous le regard insistant de Girodelle. Il s'en aperçut enfin et ponctua son observation d'un sourire rassurant.
- Mademoiselle…
- Je vous en prie lieutenant, l'interrompit André d'une voix lasse et chargée de larmes retenues. Vous m'avez toujours appelé André, continuez à faire de même.
- André… Comment vous dire ?
- C'est pourtant simple, dit-elle en le regardant de face, plongeant ses prunelles luisantes dans le gris tendre des prunelles tant aimées. Je ne suis plus une enfant, et vous n'avez pas à me ménager. Oui c'est vrai, j'ai eu l'audace de tomber amoureuse de vous… L'ai-je cherché ? Non ! Est-ce que j'attends quelque chose de cet amour ? Non, rien ! Rassurez-vous monsieur… Il n'aurait tenu qu'à moi, j'aurais emporté ce secret dans la tombe.
Des larmes roulèrent sur la joue de la travestie, éclairant le silence de leurs sillons brillants. Andrée faisait appel à toutes ses forces pour rester droite, pour ne pas faiblir, pour dire ce qu'elle voulait dire… jusqu'au bout. En cet instant, Girodelle l'admira, plus encore que dans sa nudité.
- Vous voulez savoir le fond de ma pensée ? demanda-t-elle d'une voix étranglée, qui l'obligea à rester silencieuse quelques secondes de crainte de la voir se briser. Je souhaite qu'Oscar ouvre les yeux sur le mensonge de notre situation avant qu'il ne soit trop tard. Vous feriez un très beau couple, et elle serait heureuse avec vous. C'est ma conviction profonde…
Elle s'arrêta quelques instants, mais reprit rapidement lorsqu'elle s'aperçut qu'il s'approchait d'elle.
- Certes, vous connaissez le secret inavouable de mon cœur. Rassurez-vous monsieur, il n'en sera plus question à l'avenir. Plus jamais… Je… Mais, que faites-vous ?
- Je vous serre dans mes bras Andrée, répondit simplement Girodelle. Oscar a dit que vous étiez digne de respect Elle ne s'est pas trompée. Mais je ne peux répondre aux tendres sentiments que vous me portez. Chuuuuuuuut, dit-il en la berçant, déchiré par les sanglots que la jeune femme ne pouvait plus retenir. Je ne peux vous offrir un cœur qui est capturé par une autre. Je serais par trop indélicat…
- Je le sais, murmura imperceptiblement Andrée. Aimez-la ! Aimez-la bien monsieur. Oscar est plus fragile qu'il n'y parait, et plus forte aussi. Son bonheur serait mon seul réconfort…
Elle leva vers lui ses yeux étincelants de larmes. Il se pencha, posa doucement ses lèvres sur les lèvres salées. Malgré lui, il approfondit le baiser. Une étincelle s'embrasa devant l'acceptation de cette bouche inexpérimentée mais frémissante d'attente. Ses sens ayant été rudement mis à l'épreuve par sa conversation avec Oscar, il céda à cette pulsion primitive, celle d'un homme tenant une femme consentante dans ses bras. Une belle femme, même si elle était vêtue en homme.
Sans quitter les lèvres de la jeune femme, il déboutonna la chemise et arracha les bandes qui cachaient les trésors de féminité de la demoiselle. Sous les caresses avides et la bouche gourmande, Andrée s'abandonna, gémissante et palpitante. Elle n'avait jamais ressenti un tel appel du désir, impérieux et sauvage, n'avait jamais brûlé de la sorte. Son premier baiser lui semblait si fade désormais. Pourtant elle en avait conservé longtemps le souvenir comme un trésor. Mais cela ! Cela…
Avant qu'elle n'ait compris ce qui se passait, le lieutenant s'insinuait entre ses jambes. Excité jusqu'à la limité du supportable, enfiévré par la passion candide de la jeune femme, il ne se demanda pas un instant si elle était neuve. D'ailleurs, les domestiques n'étaient pas réputées pour être farouches, du moins aucune de celles qu'il connaissait… Quand il entra en elle, elle retint de toutes ses forces le cri de surprise et de douleur. Peu à peu, la conscience que c'était LUI qui se mouvait en elle l'emporta sur le reste. Des larmes perlèrent au coin de ses prunelles, se concentrant sur ce membre explorateur. Elle espérait plus que tout lui donner du plaisir !
Lorsque Girodelle augmenta la cadence, les entrailles d'Andrée semblèrent se déchirer. Cependant, une étrange sensation l'envahissait, une chaleur comme elle n'en avait jamais connu. Les gémissements laissèrent place à de légers cris, « des couinements » disait-elle en entendant parfois les autres femmes. Elle avait conscience de chaque coup de reins, de chaque caresse… Tout à coup, le corps masculin se tendit et le rythme s'apaisa.
Confus et troublé au-delà de ce qu'il aurait pu imaginer, il osa regarder le visage niché dans son cou, le relevant d'un doigt sous le menton. Haletante, rose de plaisir, des mèches collées sur son front et ses joues, les lèvres entrouvertes sur un souffle incertain, elle lui offrait une adorable frimousse. Plus encore, il découvrit soudain qu'elle était belle, d'une beauté simple et naturelle.
- Serez-vous aussi belle après l'amour, Oscar ? pensa-t-il.
Il vit avec inquiétude une expression de souffrance passer sur ce beau visage. Que se passait-il ? Il se rendit compte avec horreur qu'il avait parlé à voix haute. Il venait d'infliger une blessure profonde et particulièrement douloureuse à cette femme amoureuse. Honteux et écœuré par sa conduite, il s'écarta rapidement. Sans dire un mot et profitant de l'immobilité du lieutenant, Andrée se rhabilla.
- Ne dîtes rien à Oscar, jamais ! parvint-elle à articuler d'une voix étranglée. Je… Je préserverai ce souvenir au plus profond de mon cœur, mais jamais plus il ne sera question de ce qui s'est passé. Jamais plus… S'il le fallait, j'irai jusqu'à jurer devant Dieu qu'il ne s'est rien passé entre nous. Adieu monsieur…
Sur ce, elle s'enfuit littéralement du bureau. Son cœur était gonflé du bonheur de cette étreinte, et lacéré par les dernières paroles de Girodelle. Elle avait perçu son mouvement pour la retenir, au moment où elle passait la porte. Mais il était trop tard… Elle était certaine qu'il se serait excusé. De quoi ? D'être amoureux de sa meilleure amie, de son « maître » ? Elle préférait ne plus rien entendre, et surtout pas ses regrets pour son comportement.
