Nota : inspiré du Comics Américain Captain Harlock

14.

Flash Back

An de grâce 2932, sur Terre, petite Province de l'ancienne Allemagne, nommée « Arcadie »

L'homme n'était plus de toute jeunesse mais il grimpait la petite montagne avec des enjambées franches et un rythme soutenu qui témoignaient de la souplesse qu'il avait du avoir jadis, le souffle était un peu court, pourtant il accélérait le pas au fur et à mesure de son avancée. Pressé. Inquiet. Dans un soleil couchant, entre chien et loup, il l'aperçut enfin. La silhouette familière qu'il n'avait pas vue depuis des années mais qu'il reconnut immédiatement. La longue cape noire, le port altier, l'endroit où se tenait l'étranger ne permettaient aucun doute sur son identité. L'homme ralentit enfin le pas.

- Tu n'aurais pas du venir.

Le paysage n'avait plus rien de sa beauté d'antan, ni de sa quiétude. L'Arcadie portait bien mal son nom en ces temps dévastés. Pourtant, au sommet de la colline se tenait un arbre majestueux qui conservait toute sa prestance. A ses pieds, les deux hommes se considérèrent du regard un instant.

- Enfin, je suppose que personne à part moi, n'aura eu l'idée de venir ici.

L'homme en noir lui sourit. Une cicatrice bien connue lui barrait le visage alors qu'un bandeau noir dissimulait depuis peu une partie de son regard sombre. Il n'était bien sûr plus celui que l'autre avait connu, ses traits s'étaient durcis et la flamme ne brillait plus comme autrefois dans cet œil qui avait des reflets orageux et une intensité qui perçait l'âme de celui qui s'y plongeait trop longtemps. Mais il y avait une expression bienveillante et une certaine douceur qui émanaient de lui et qui mettaient en confiance ceux qui ne s'arrêtaient pas à la glace de son expression.

- Mais je suis heureux de te revoir, continua le plus âgé.

- Cet arbre a conservé toute sa force, répondit enfin le célèbre hors-la-loi comme s'il avait pensé tout haut.

- Tu as vu ? C'est incroyable. Le sang a beaucoup coulé, la verdure beaucoup disparu mais rien ne l'a jamais entamé. Il est comme toi, une force, un repère, pour nous autres.

Le rebelle posa son regard acier sur le visage las du vieil homme qui parlait avec une amertume qu'il n'essayait pas de dissimuler.

- Vous avez l'air fatigué, Milos.

- Tout a tellement changé ici depuis ton départ. La guerre a eu raison de beaucoup d'entre nous. Ton exil, la mort de Maya… Certains continuent d'espérer, d'autres ont baissé les bras. Tu ne les reconnaîtrais pas. Tout particulièrement Van…

- Van ? demanda le pirate d'un ton surpris.

- Suis-moi, il n'est pas prudent pour toi de rester ici.

Ils s'acheminèrent vers une petite maisonnée non loin de là. Harlock n'y était pas venu depuis longtemps mais il reconnut sans peine l'intérieur chaleureux de son ancien maître d'armes. La poussière recouvrait une partie des meubles et le temps semblait s'être arrêté. Son regard marqua un arrêt sur une photographie encadrée qu'il effleura du bout des doigts. On le voyait, lui, sans son bandeau noir, les yeux étincelants, à ses côtés, une jeune fille blonde, lumineuse, souriante et déterminée et, plus en retrait sur la photo, un garçon tout aussi blond qu'elle, au teint clair, le regard un peu perdu…

Harlock perçut la mélancolie du vieil homme qui avait suivi des yeux son geste vers la photo, il recula sa main et murmura sur un ton ferme :

- Mes souvenirs ne sont plus que sur de vieilles photographies, Milos. Ils ont alimenté mon combat et mon rêve… mais ce ne sont plus que des verres vides.

Le cadre lui échappa des doigts et le verre se brisa au sol, sans qu'il ne manifeste la moindre émotion.

- Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre, affirma le vieil homme se méprenant sur ces quelques mots.

- Je n'oublie pas. Elle a fait ma force, elle m'a permis de vivre libre. Le Queen Emeraldas vogue aujourd'hui dans l'océan de l'espace en arborant le pavillon rouge de la liberté, en hommage au sang que Maya a versé.

La voix, encore plus dure que d'ordinaire, presque autoritaire, n'appelait pas de commentaires. A l'évidence, le pirate aurait préféré se taire mais il savait que cet homme qu'il estimait avait besoin d'espoir. Ressasser les souvenirs ne permettait pas de guérir de ses blessures…

Milos se reprit, il ramassa le cadre mais tacha de ne pas le traiter en relique, ses gestes furent donc rapides lorsqu'il le rangea dans un tiroir sans ménagement.

- Van en tout cas n'est plus celui que tu as connu. Lorsque Maya a voulu rejoindre la résistance, il est devenu fou. Il a d'abord voulu la retenir de force, la préserver de la guerre, mais tu connais la détermination de Maya…

Un sourire d'entendement flotta sur les lèvres du pirate, comme un réflexe.

- Elle est partie furieuse en le traitant de lâche, elle voulait agir. Il lui était impensable de se cacher pendant que toi, tu te battais pour refuser d'être asservi. Van s'est enfermé et il a cessé d'espérer.

Harlock ne disait rien et son vieux maître ne savait que lire dans son regard métallique, il poursuivit avec une légère hésitation :

- Quand les derniers mots de Maya nous sont parvenus, l'annonce de ton exil et de sa mort, les yeux de Van se sont vidés de toute lueur. Elle était son garde-fou…Il s'est rallié à l'ennemi, il a tué, il a vendu son âme…

Une détonation retentit dehors et d'instinct, le hors-la-loi protégea son aîné d'un bras et dégaina son Gravity Sabre de l'autre, tout en se mettant à couvert. Des soldats terriens vêtus des couleurs de la collaboration Illumidas surgirent dans leur champ de vision. Des tirs lasers sifflèrent à leurs oreilles.

- Van… marmonna Milos entre ses dents.

Le pirate ouvrit le feu à son tour, épaulé par son vieil ami.

- ça suffit !

La voix qui avait tonné dans ce brouhaha avait une intonation si totalitaire qu'elle fut aussitôt obéie.

- Milos, pourquoi est-ce encore à lui que tu ouvres ta porte ? clama la voix au dehors.

Milos fit un signe à Harlock et tous deux sortirent en baissant leurs armes.

- Parce que je continue de croire en lui.

- Tu es pathétique, Milos…

Au dehors, l'homme qui avait parlé s'avança vers eux. Un visage à la beauté féminine, de grands yeux d'un bleu de lagon qui n'avait plus rien de la lumière d'autrefois. Il posa son regard froid sur celui du pirate, aussi opaque et impénétrable que le sien.

Il s'approcha plus près du déserteur sans le lâcher du regard puis s'immobilisa à une vingtaine de centimètres de lui. Après quelques minutes de silence, le coup de poing partit sans crier gare, violent, rapide, pour atterrir sur le visage du pirate qui ne fit aucun geste pour l'éviter, comme s'il acceptait par là le châtiment désespéré d'un frère blessé… Van Haro fronça un sourcil et ré-arma son geste. Cette fois-ci, Harlock bloqua son poing en plein mouvement. La glace de leurs yeux s'affronta à nouveau comme dans un jeu de miroir.

- Ce sont tes idéaux à la con qui l'ont tuée.

Il avait craché ces mots au visage de l'autre qui libéra de son emprise le coup de poing avorté de son vis-à-vis. Le blond reprit :

- Et pour quoi ? Pour un peuple qui l'a laissée crever sans rien faire ? Pour un ramassis de trouillards qui acceptent d'être asservis avec le sourire ? Tu as échoué. Elle s'est trompée. L'amour est une faiblesse, la liberté, une utopie ! Seuls la force et le pouvoir du plus fort, seul cela permettra de pacifier ce monde…

- En détruisant tout ?

- Ce monde ne mérite pas de vivre. Je crois en la peur, en la force brute.

L'œil du pirate se teinta d'une lueur triste, il fit demi-tour et commença à s'éloigner lentement. L'autre, habité par une colère qui enivrait son regard, cria presque :

- Que fais-tu ? Bats-toi ! Je ne suis pas digne de t'affronter ?

Milos s'interposa :

- Tu ne comprends pas ? Lui ne puise pas sa force dans la haine des hommes, Van…

Le blond, comme possédé, empoigna l'épaule de son ancien maître et le poussa violemment pour se débarrasser de cet obstacle, mais voyant que le pirate ne se retournait pas, il lança :

- Je n'aurais de cesse de me battre contre toi, contre les terriens, contre tous ceux qui me l'ont volée… Un jour, Harlock, tu seras à nouveau face à moi…

Fin du flash Back