Deux Cœurs brisés

Bonjour/Bonsoir !

Heureusement que les vacances étaient là, j'ai enfin pu écrire à mon aise jusqu'à plus soif ! Hélas, la rentrée approche, donc je vais encore mettre du temps à sortir mes chapitres à cause des cours. Désolée d'avance, mais je sais que vous serez tolérants car vous êtes les meilleurs lecteurs du monde~ ! (un bon léchage de couille en intro, ça fait plaisir).

Du coup, on passe à vos wonderful reviews, puis je vous mettrais les avertissements parce que PUTAIN y en a dans ce chapitre de l'apocalypse de la muerte !

Hum ! Hum ! Ne nous emballons pas…

Katz :

Ow voui ! Le petit Canada en mode kawai ! Il est tellement réfléchi, cet enfant (ça change de certains, tiens) ! Le BFT (des deux mondes) est voué à foiré ses plans tant qu'ils ne comprendront pas la notion de discrétion U.U En même temps, avec Romano au cul qui vous hurle dessus, la discrétion, on en reparlera.

Akinoyo :

C'est un plaisir de recevoir des commentaires venant tout droit la majorité silencieuse. Je suis très heureuse si ce que je fais te plais (pourvu que ça dure). Je ne désespère pas de faire quelque chose de plus mignon et léger bientôt, parce que je n'ai que des projets de ce genre-là en tête en ce moment (ça bouillonne, les idées tordues) et je vais finir par me déprimer toute seule (c'est ça, être douée). Bon, après un chapitre léger, laisse-moi te traumatiser (j'ai des lacunes en marketing, décidemment).

Mimichan :

Le Retour de la Force ! Tu m'en bouches un coin, à revenir à chaque fois XD Good job, girl ! Oh bon sang, toi aussi tu vois bien Espagne en cerveau à conneries pour le BFT ? Mais ça lui va si bien ce rôle ! Avec son petit sourire de Méditerranéen, là ! Le fourbe ! Bon, pour me venger de l'angoisse que je ressens sur « Mi amore », je t'envoies ce chapitre en pleine face pour que tu comprennes ma douleur (prend-moi en pitié où ça va vraiment partir en steak dans cette fic Q.Q)

Bien, une bonne chose de faite ! Je remercie aussi ceux qui suivent cette histoires depuis les méandres de l'ombre (*musique d'ambiance*)

Chapitre plutôt long, finalement. A votre plus grand désespoir (parce que des chapitres comme celui-ci, il en faudrait des court et éclipsés). Mais vous verrez bien (façon, les avertissements vont vous faire comprendre que ce chapitre justifie le Rated à lui seul) (vivement que je refoute un lemon Fruk, ça me manque) (est-ce que je suis vraiment en train d'enchainer des parenthèses les unes après les autres ?) (il semble que oui…) (bref).

Subtile transition vers les avertissements :

/!\ Auteure qui pète un câble ! Danger ! Cette fiction contient de la torture et des relations sexuelles aux motivations ambigües (et encore, c'est rien à côté à côté du chapitre 18 – je sais, on y est pas encore, mais je tente de maintenir la hype, au cas où) /!\


Chapitre XIV :

La claque rencontra sa joue, brusque, froide, haineuse et suffisamment puissante pour le réveiller.

Francis cligna des yeux sans distinguer de forme particulière. Une drogue coulait dans ses veines à en faire danser les lumières et les ombres. Des bruits inhumains lui parvenaient, déformés de leur réalité. S'il l'avait pu, il se serait frotté les yeux, mais des liens entravaient ses poignets, et même ses chevilles. Sur sa chaise mal cadrée, il avait l'impression d'être prêt à choir d'un instant à l'autre.

« Réveille-toi, enflure ! lui cria un inconnu dont l'accent germanique ne laissait place à aucun doute sur le camp où il se trouvait. Tu nous fais perdre notre temps.

_ Restez calme, ordonna néanmoins une autre voix ».

Cette autre voix lui faisait fortement penser à celle de Ludwig. Oui, ce devait être lui. Même entre deux hallucinations, Francis pouvait l'affirmer. Puis, ça faisait sens. Qui d'autre jouirait autant de le voir en pleine déchéance ? Combien de temps avait-il rêvé de ce moment ? Le voir à sa merci, effondré, sa tête basculant dans un sens puis dans l'autre pour se remettre les idées en place. Une ombre dans un lieu ombragé.

Il dut cependant mettre bien trop de temps à retrouver ses esprits car il se prit une seconde baffe au visage, qui lui fit cracher trois gouttes de sang. Evidemment, il s'était ouvert la gencive dans la manœuvre.

Au moins, cela le réveilla complètement.

En secouant la tête, il distingua deux ombres qui le toisaient sévèrement. L'ouverture béante derrière eux les mettait à contre-jour, mais Francis déduisit que Ludwig était l'homme un peu en retrait, qui le contemplait avec les bras croisés, accoudé au mur de pierres froides.

« Enfin de retour parmi nous ? railla son ennemi juré. Je n'y croyais plus.

_ Où m'as-tu emmené… ?

_ Là où personne ne nous interrompra.

_ La précision scientifique ? J'adore ! »

Son ironie lui valut encore un coup mais il y fit face sans trop broncher. Des baffes, il s'en était déjà pris d'autres.

Angleterre avait raison, il était profondément incapable de fermer sa gueule. Pour son plus grand plaisir d'ailleurs. Quelle joie d'avoir une répartie d'acier et d'emmerder le monde avec !

« Allez, vas-y, fais-moi rire, Lulu ! Qu'as-tu prévu de beau au programme ? Une ch'tite vengeance au coin du feu ? Tranquille ? Parle, mon ami, parle. Ça fait si longtemps ! »

La quatrième baffe lui fit comprendre que, bon, il allait peut-être se calmer avec l'ironie, au moins le temps de reprendre définitivement ses esprits.

« C'est ça, Francis, parle. Parle librement comme tu aimes le faire. C'est justement ce que je souhaite.

_ Houla, n'extrapole pas ! Parler pour te casser les pieds, ok, mais ne compte pas sur moi pour vendre mes soldats !

_ Oui, c'est ce qu'ils disent tous, les premiers jours. Puis ils craquent, les uns après les autres, lâchement.

_ Tu généralises beaucoup. Je suis plutôt adepte du platonisme en ce qui concerne la douleur. C'est vrai, quoi ! Une fois que tu t'es persuadé que ce n'était que mental et que la mort n'était que bien peu de chose, tout devient plus facile à endurer !

_ Quel naïf tu fais.

_ Tu crois vraiment que c'est la première fois qu'on attente à ma vie ?

_ Personne ne t'a jamais fait souffrir comme j'ai prévu de le faire.

_ Tu veux en discuter avec Arthur ? Vous devez avoir plein de choses à vous dire.

_ Ne t'inquiètes pas pour ça, j'ai déjà prévu de lui envoyer un beau cadeau ».

Francis allait bien se l'avouer, cette dernière promesse l'inquiétait énormément. Bien sûr, il savait qu'il en fallait beaucoup pour déstabiliser son cher amour, mais Ludwig avait l'avantage d'être très sûr de lui, et plutôt victorieux jusque-là. Une certaine paranoïa s'engouffrait en lui mais il fit de son mieux pour garder son sourire satisfait.

« Bref, ne parlons pas de la vermine, je viens de déjeuner, continua le Germanique en recevant un regard noir pour cette insulte gratuite et puérile. Je me doute que les premiers jours vont être insupportables pour mes collaborateurs puisque tu vas courageusement garder tout ce que tu sais pour toi, mais ce n'est qu'un bref mauvais moment à passer. Je vais te laisser faire connaissance avec ton nouvel ami, puis je reviendrais récupérer les morceaux de ton âme dans trois-quatre jours, lorsque tu seras suffisamment brisé pour enfin utiliser ta bouche intelligemment ».

Joyeux programme.

Francis n'aimait pas du tout l'idée d'être torturé. Déjà, parce que malgré son attachement pour les enseignements de Platon, il n'était pas étranger à la douleur, et ensuite parce qu'il trouvait ça sale. Sale parce qu'il ne le faisait pas lui-même et ne l'avait jamais fait, même à Angleterre, même dans les périodes les plus sanglantes de sa vie. Il n'aimait pas l'idée et savait qu'en temps normal, Ludwig n'aurait jamais fait pareille chose. Si seulement le vrai lui pouvait se débarrasser de cette détestable influence nazie. Cette crapule n'était pas Allemagne. Il refusait de le croire.

« La seule chose que je peux te dire, France, c'est que plus vite tu craqueras, plus vite tu auras la paix. A prendre ou à laisser ».

Sur ces bonnes paroles, le Germanique s'engouffra dans la brèche de lumière sans un regard pour lui. La sentence était tombée, froide comme la mort, et il le laissa là, en bon condamné à mort, en huit clos avec son bourreau. C'était insultant de voir que Ludwig n'avait nulle intention de s'encombrer lui-même de la tâche fastidieuse de l'interroger. Il préférait passer le sale boulot à ses sbires et récupérer les honneurs par la suite.

Quel enfoiré.

Il avait décidemment bien changé. Gilbert devait s'en mordre les doigts.

« Ne t'en fais, mein Katze, on va bien s'amuser pendant son absence. Je ne te donne pas plus de 24h avant que tu ne craques ».

Francis ne lui rendit qu'un regard noir comme marque de défi. L'homme sourit sournoisement en attrapant violemment son menton pour aligner leurs deux visages.

« Ouais… Un petit mignonnet à la gueule d'ange comme toi ne tiendra jamais au-delà. Regarde-toi. On dirait un prince. Je ne sais pas d'où le Patron te connait, mais nul doute que tu as dû vivre dans le luxe jusque-là. Tu respires l'homme d'affaire faiblard. Tes muscles ne sont faits que pour épater les femmes, n'est-ce pas ? Tu as dû te muscler tout seul dans ta chambre avant chaque diner d'affaire, une cuillère d'or entre les lèvres, pour jouer le bellâtre fier. Mais ici, tes illusions ne valent plus rien. Ici, l'homme redevient bête. Je ferais ressortir ton animalité dans chacun de tes hurlements ».

Pendant une demi-seconde, Francis se sentit vaciller. Il espérait que l'homme n'ait pas senti sa peur naissante. Mais ses paroles le touchaient en plein cœur. La bestialité, c'était une des craintes du Français. Il était l'un des héritiers de l'Empire romain… un Empire qui prônait l'importance de la civilisation, de la force de l'homme sur la nature, sur ses instincts indécents. Revenir à un état primaire… ça lui faisait mal au cœur. Il avait l'impression que ça signifierait trahir son père. Et son grand-père. Et toute l'influence que la Grèce antique avait eue sur lui et son géniteur également.

Mais il allait sans doute surprendre son ravisseur, qui se trompait sur toute la ligne à son sujet. Francis avait fait la guerre, l'amour, tout ce qu'un homme pouvait vivre. Il avait été jeune, idéaliste, père, puissant, faible, joueur, conquérant, oublié, aimé… Il avait eu une vie d'humain en version longue. Le bourreau allait être étonné de sa résistance.

Car oui, Francis était catégorique : il tiendrait.

Beaucoup trop de choses étaient en jeu. Et ce n'est pas comme s'il pouvait mourir, après tout. Enfin… en théorie… Ça dépendra de ce qu'Allemagne avait prévu de faire à son pays pendant son absence.

L'occupation allait être longue. Au moins, Francis se réconforta dans l'idée que, quelque part, il avait sauvé celui qu'il aimait.

Même si le son cassant du fouet qui bat l'air eut vite fait de lui changer les idées.

O*0~.o.~0*O

« Tu es pénible, Frankreich. Ton mutisme me déçoit ».

Lilian eut la flemme de regarder son bourreau. Lever les yeux lui couterait un effort inutile et il préférait garder son énergie. Surtout qu'avec ce genre d'attitude, il avait vite fait de faire enrager son geôlier. Merveilleux.

« Tu te crois fort mais tu agis comme un gosse. Comme un sale gosse égoïste et mal élevé. En même temps, je pense que c'est parce que tu l'es ».

Houuuu… La vilaine insulte, ironisa intérieurement le Français. Je ne sais pas si je m'en remettrais un jour.

Il tira un peu sur ses liens, mais sa chair toujours un peu carbonisée après l'explosion qu'il avait provoquée et subie rendit son effort assez vain. Il se doutait que son visage devait se décharner en une horrible peau morte et écarlate. Il allait falloir attendre longtemps avant qu'elle ne se régénère. Surtout qu'il n'avait pas eu accès aux soins. En tout cas, il ne sentait plus ses jambes, impossible de s'enfuir. Quelle détestable situation.

Lilian détestait quand on l'empêchait de faire ce qu'il voulait. L'entrave le répugnait. Sa liberté, c'était l'une des rares choses qu'il chérissait avec vigueur (suffisait de se souvenir de la Révolution de 1789 pour le comprendre). Là, outre la douleur qui élançait son corps blessé, la sensation d'enfermement commençait à l'étouffer.

« Tu as l'air tellement misérable, Lilian. Mais quel plaisir de te voir enfin courber l'échine devant moi. Je suis sûr que même Angleterre ne t'a jamais vu dans un état aussi pitoyable.

_ …

_ Qui ne nie pas consent, tu sais ? C'est un de tes propres proverbes.

_ …

_ C'est ça, reste muet comme tu sais si bien le faire. Te réentendre parler n'en sera que plus jouissif. Je ne te donne pas plus de cinq jours avant de me dire tout ce que je veux savoir. Quoique tu en penses, tu restes un homme. Et un homme n'est que faiblesse. Fais-moi confiance, tu craqueras.

_ …

_ C'est bien toi, ça. Toujours à te croire au-dessus de tout, loin de tout. Tu t'imagines pouvoir me tenir tête longtemps, comme si tu étais un surhomme ou une créature du genre. Mais tu ne vaux pas mieux que cette chair à canon qu'on envoie crever au front. Tu ne seras qu'un informateur de plus, un simple traitre comme on en croise tant.

_ …

_ Et pourtant, je suis prêt à me montrer magnanime si tu acceptes de coopérer dès maintenant. Au lieu d'être attaché ici, je te ferais transférer dans une cellule plus luxueuse, je laisserais tes « proches » t'envoyer du courriel, que je superviserais néanmoins, et surtout, je te laisserais en paix. N'est-ce pas un meilleur programme que de croupir ici avec un inconnu ?

_ …

_ Tu me dégoûte ».

Karl leva la jambe et enfonça sans ménagement son pied dans le ventre creusé de son prisonnier, qui en perdit son souffle et le fil de ses pensées. Pendant près de huit secondes, Lilian ne respira plus, complètement bloqué par la force du coup. Ses yeux s'étaient écarquillés sous le choc et s'injectaient de sang, tandis que sa bouche muette restait ouverte sans bruit, figeant son visage dans une expression de douleur pure. Cependant, il parvint à reprendre le contrôle de sa respiration, toussotant pour évacuer cette gêne dans son estomac.

« Tu vois ? Tu es comme tous les autres. Faible ».

Lilian toléra enfin une rencontre entre leurs deux regards, ne serait-ce que pour lui montrer toute l'aversion qu'il ressentait pour sa petite personne. Entre le rictus victorieux du Germanique et la haine manifeste que le Français laissait passer par ses yeux, le contraste était manifeste. Karl avait renversé le rapport de force qu'il avait maudit lors de la précédente guerre. Ce n'était plus lui qui était ligoté à une chaise, à attendre que son bourreau ne finisse son manège. Maintenant, il était le maître. Et il allait régner sur l'Europe. Sa vengeance contre France était déjà en place, ne restait plus qu'à faire payer ce sale gosse qu'on appelait Angleterre.

Paraissant lassé de perdre son temps avec son prisonnier, Karl fit demi-tour pour quitter la cellule, claquant des doigts pour annoncer à son sous-fifre que le sort du Français était désormais de son ressort.

Lilian rebaissa la tête, pas plus intéressé que ça par son bourreau attitré. Allemagne n'était plus là, il n'y avait donc plus rien d'amusant dans cette salle. Voir Karl divaguer tout seul était plus divertissant que de regarder un vulgaire humain lui déballer un speech qui se voulait effrayant. Lilian ne l'écouta même pas, plutôt concentré sur ses jambes immobiles. Ne plus les sentir l'inquiétait un peu. Combien de temps allait-il devoir attendre avant de retrouver le contrôle de son corps ?

Non mais quelle idée aussi de se faire exploser ? Et combien de semaines était-il resté inconscient ? Comment avançait la guerre ? Cet imbécile d'Angleterre était-il toujours aussi increvable ?

Lilian priait pour que ce soit le cas.

Pas qu'il s'inquiétait pour le sort d'Oliver, mais surtout parce qu'il était son dernier recourt.

La France qui se reposait sur l'Angleterre. On aura tout vu.

Pourvu que cette greluche de Parisienne prenne ses nouvelles fonctions au sérieux. Manquerait plus qu'elle reste là, les bras ballants, à attendre que l'hiver passe. Non, même complètement con, elle était capable de se montrer patriote et de chercher la bagarre avec l'ennemi. Karl allait souffrir de ses petites combines. De toute façon, quand il s'agissait de faire chier, Paris avait toujours été aux premières lignes. Pour une fois que ça allait servir à quelque chose. Non, parce que, jusque-là, il n'y avait que son patron qu'elle avait fait chier. Logique.

Lilian continua d'ignorer les pourparlers de l'Allemand qui, dans un élan de bonté, s'était pris au jeu de lui montrer un à un tous ses jouets de torture, comme s'il n'en avait jamais vu. La seule chose que le prisonnier avait envie de lui sortir, c'était qu'il avait utilisé lui-même ces objets avant que ses aïeules ne naissent. Mais si Lilian s'était promis de garder le silence, il s'y tiendrait.

Ça ferait bien trop plaisir à Karl qu'il craque sous la torture. Et France n'était pas là pour lui faire plaisir. Ne l'en déplaise.

La chair sensible et mise à nue de son visage fut empoignée par geôlier amusé, qui le força à le regarder. Lilian sentait sa peau souffrir de picotements là où les doigts sales de l'homme le touchaient. Répugnant.

« Tu joues au plus malin, mais ça ne durera pas. J'ai plus d'un tour dans mon sac pour te forcer à parler ».

Ce n'était que des paroles. Lilian valait mieux que ça. Toute sa vie, il n'avait fait que fermer sa gueule, alors il n'allait pas se gêner pour continuer sur sa lancée. Au diable la douleur.

Personne n'avait le droit de lui dire quoi faire.

O*0~.o.~0*O

Ludwig repassa cette porte par laquelle il était sorti une semaine auparavant. Plusieurs contretemps avaient retardés son retour mais, au moins, il était quasiment sûr qu'il obtiendrait des réponses satisfaisantes de Francis, sa chère victime. Il jouissait d'avance de savoir qu'il avait craqué face à la souffrance, ce qui était aussi légitime que compréhensible. Et il ne se gênerait pas pour retourner ces informations contre lui. Francis allait payer pour ses crimes. Enfin ! Et ce n'était que justice ! Qui pourrait lui donner tort ? Une semaine, c'était beaucoup. Même pour un immortel. La bonne question à poser était « combien de temps avait-il tenu avant de craquer ? » et là encore, il ne se gênerait pas pour la poser au geôlier.

Car il voulait l'humilier à son tour, cet ennemi qui lui avait pris ce qu'il aimait.

Cependant, son entrée dans cette cellule de fortune, bâtie en matériaux primaires à deux cents mètres d'un camp nazi, ne fut pas accueillie comme il l'espérait. Il ne s'y engouffra que dans un silence religieux et ne fut accueilli que par une atmosphère pesante et lasse.

Pas de sourire fier du bourreau, pas de honte dans les yeux de la victime, pas de vengeance opérée, pas de dialogue, pas un bruit. Pas de fierté à exalter.

Merde.

Francis n'avait toujours pas craqué.

Le bourreau était indéniablement frustré. Ses traits étaient tirés par la fatigue et l'énervement. Il s'était même ouvert la lèvre à force de la mordre de colère. En une semaine, il semblait avoir pris 10 ans en pleine face. Un peu de repos ne lui ferait pas de mal.

Ludwig jeta un regard exaspéré à la salle, déçu que son plan prenne du retard. Il toisa le matériel de torture avec un air mauvais, comme s'il leur reprochait d'avoir été aussi inefficace.

Quant au prisonnier, il était allongé sur une table d'examen, la poitrine montante et descendante, qui se mouvait hâtivement et irrégulièrement. Ses ongles trônaient par terre, arrachés un à un, dans une petite flaque de sang séchée devenue noire. Plus loin, cinq bassines presqu'entièrement vidées de leur eau attendaient à côté d'un petit conteur à volt où étaient reliées quelques pinces acérées. Le corps étendu était parcouru de cire séchée, provenant à coup sûr des bougies laissées au coin d'une table. Des fouets imbibés de sang étaient abandonnés au sol, jetés rageusement dans un excès de colère.

« Asseyez-le sur la chaise, ordonna Ludwig en se massant l'arête du nez ».

Francis se sentit tiré sans ménagement malgré ses jambes devenues molles. Ses bras se retrouvèrent attachés à la chaise, comme il en fut sept jours auparavant, ainsi que ses jambes, qu'il ne sentait de toute façon plus. Ses yeux n'avaient même pas la force de regarder Allemagne en face. Il avait peur de perdre toute dignité s'il affrontait le charisme rayonnant de cet homme. Cet homme qui allait si bien, qui était désormais si grand face à lui.

Puis cette douleur dans tout son corps. Cette douleur qui brûlait, piquait, déchirait selon la torture utilisée. Tout. Il ressentait tout. Il y avait une douleur spécifique pour chaque instrument.

« Réajustez sa chemise pour cacher les marques ».

Le bourreau sourcilla mais fit ce qu'on lui demandait de faire.

« Mettez-lui un bandeau sur la bouche pour cacher sa déshydratation.

_ Vous avez un plan en tête ? tenta l'homme.

_ Silence ! Je n'ai pas de compte à rendre.

_ Pardon… »

Ce petit manège fini, on aurait presque crû que Francis avait été simplement malmené pendant un petit combat simplet. Aucune trace de torture réelle, car ses mains décharnées étaient cachées derrière son dos.

« Planquez les appareils et les traces de torture, allez chercher une toile, un chevalet et de la peinture, puis amenez-moi monsieur Feliciano Vergas, ordonna finalement l'Allemand. Mais vous, ne revenez que quand je vous le dirais.

_ Bien, monsieur ».

Francis s'étouffa sous cet ordre aberrant. Mais qu'espérait-il faire en amenant Italie pour voir ça ? Puis avec de la peinture ? Mais à quoi s'attendait-il ? Italie n'était pas stupide au point de tout accepter de la part de son allié, surtout ses fétichismes sadiques bizarres. Ça n'avait plus aucun sens. Aucun. Italie était suffisamment sensible pour ordonner à Ludwig d'être plus gentil avec son prisonnier. Or, ce n'était pas dans l'intérêt du Germanique de créer un conflit au sein de son propre camp.

Qu'avait-il derrière la tête ?

L'ordre fut exécuté et, bientôt, on vit passer la tête douce mais timide de l'Italien.

« Ve ?! Fratello ! »

La réaction tant attendue ne s'était pas fait attendre, c'était le cas de le dire. Italie sembla immédiatement indigné par l'état de son grand frère. Il ne comprit cependant pas toute la douleur qu'exprimait son regard fatigué et ses tremblements. Il ne pouvait pas imaginer ce que venait de subir son aîné. C'était au-delà de ce qu'il pouvait concevoir. Sans surprise, il commença donc à chercher des réponses.

« Ludwig… Qu'est-ce que tu lui as fait ? Pourquoi tu le retiens attaché ici ? Tu aurais pu le mettre avec nos autres prisonniers, dans une cellule à part, jusqu'à la fin de la guerre ! C'était ce qui était prévu dans le plan ! Pourquoi m'as-tu menti ? Tu n'as pas le droit de…

_ Comment oses-tu me parler de la sorte ? trancha net son interlocuteur en croisant les bras. Tu m'as trahi le premier, ce n'est qu'un juste retour des choses ».

Francis hoqueta et Feliciano sursauta.

La Première Guerre mondiale était remise sur le tapis.

La dangereuse réunion du mari jaloux avec l'épouse infidèle et l'amant venait de commencer. L'innocente valse venait donc bien de les mener à une tragédie.

« Tu m'as lâchement abandonné en me poignardant dans le dos, tu m'as laissé pour ce sale type sans ouvrir le dialogue avec moi. Par peur. Tu as participé à mon échec, à mon humiliation, et tu t'es fait sauter par cet enfoiré pour me faire sortir de mes gonds. Puéril de ta part ! Et je suis supposé te pardonner sans punition ? Je suis supposé te refaire confiance pleinement après ça ? Alors, laisse-moi me répéter mais « comment oses-tu me parler de la sorte » ? Je détiens le pouvoir aujourd'hui. Je renais de mes cendres. Sans toi. Tu ne t'es toujours pas fais pardonner de ton outrage passé ».

Francis avait compris où il venait en venir mais assista, impuissant, à la manipulation affective vengeresse d'un Allemand orgueilleux.

« Si tu tiens réellement à me prouver ta bonne foi… »

(Ce jeu de mot démoniaque vous est présenté par l'Association des « Ras-le-bol de ces fictions trop dramatiques ». Cordialement)

La phrase resta en suspend alors qu'il s'approchait de son allié, d'un pas à la fois maitrisé et languissant. Les deux grandes paumes de ses mains encadrèrent le visage torturé de Feliciano pour le relever doucement vers lui, un fin sourire charmeur peint au visage. Toujours ligoté, Francis se sentit impuissant à laisser son petit frère se faire manipuler par de belles paroles.

« Si vraiment tu tiens à notre alliance… il me faut des preuves concrètes de ta fidélité… Autrement, je ne te ferais… jamais… confiance ».

Le malin entrecoupait sa phrase de baisers papillon sur l'ensemble du visage de son allié, le contemplant en train de se perdre dans ses réflexions. Ludwig le charmait de paroles cruelles, usant et abusant de la provocation qu'il savait efficace sur les remords de ce pauvre Italien amoureux. Quelle tristesse de constater que, depuis le début, chacun d'entre eux avait joué de ses sentiments. Francis comme Ludwig étaient tous deux bien cruels avec une personne qu'ils savaient aimer, l'un fraternellement et l'autre amoureusement. En fait, Francis avait l'amer sentiment que son ennemi cherchait à lui rendre ses coups par les mêmes méthodes. Il usait de son charme, le retenait prisonnier dans un lieu isolé sans que personne ne soit au courant… Tout était un peu trop semblable à son goût. Qui aurait cru que Ludwig Beilschmidt serait aussi mauvais joueur ? Ou aussi sadique ?

« C'est à toi de décider, Italie. Si tu veux t'imposer face à moi en tant qu'allié digne de confiance, j'ai besoin que tu me prouves ta loyauté, que tu m'obéisses au doigt et à l'œil sans poser de questions. Tu comprends, n'est-ce pas ? »

Feliciano avait les yeux de plus en plus brillants et humides. Il était déchiré de l'intérieur. Clôturant ses yeux pour ne plus faire face à cette cellule abandonnée, un million d'images repassèrent dans son esprit comme une cantonade macabre. Son infidélité avec Francis, notamment, responsable de cet acharnement. Son implication dans cette tragédie lui était évidente et désolante. Si seulement sa colère contre Ludwig ne l'avait pas poussée à accepter cette erreur avec son frère… Si seulement il avait pu le dissuader de ce projet de revanche… Qu'avait fait l'Europe à part des erreurs ? A quand remontait ce cercle vicieux ? N'y avait-il vraiment aucun innocent parmi eux ?

Francis était coupable d'avoir eu l'esprit conquérant puis revanchard.

Arthur d'orgueil mal placé et de jalousie.

Ludwig d'avidité et de puissance.

Italie de colère non-contrôlée et de s'être laissé influencer.

Ça lui faisait mal. Il avait laissé Francis le séduire pour se venger d'Allemagne, trop aveuglé par sa rancœur. Il avait été jaloux d'être laissé derrière, d'être considéré comme un moins que rien.

Son cœur tambourina dans sa cage thoracique alors que les mains chaudes d'Allemagne se glissaient le long de ses joues, recueillant les perles salées venant de lui échapper. Sa crise d'angoisse détruisit son souffle et ses pensées. Ses crimes lui faisaient trop mal, il ne voulait plus y penser. Italie ne souhaitait que tourner la page. Pourquoi Ludwig le faisait-il tant souffrir alors qu'il savait qu'il l'aimait ? C'était injuste !

Feliciano voulait juste être aimé par celui qu'il aimait. Il regrettait de s'être donné à un autre par vengeance puérile.

Tout était de la faute de Francis.

« Fais ce que tu veux ».

Son acceptation gonfla le sourire d'Allemagne qui l'embrassa avec tendresse, passant une main dans son dos pour coller leurs deux corps, appuyé par le regard consterné du Français bâillonné. Italie. Son petit frère. Il s'était laissé convaincre. Pour des caresses, pour de l'amour. Il avait tranché son hésitation. Allemagne était tout ce qu'il désirait, pas besoin de s'encombrer d'un frère qui l'avait utilisé. Sauf que maintenant, il commettait la même erreur avec son amant.

Le baiser continua en une caresse légère, jusqu'à ce que l'Allemand y mette fin pour attraper le chevalet que lui avait apporté son second. Sous les airs interrogateurs des deux hommes présents à ses côtés, il déplaça le meuble pour le placer au centre de la pièce, mais pas face à Francis. De profil. Un peu sur le côté, même. Cela fait, il s'empara d'un tabouret pour le placer devant le chevalet et attrapa gentiment la main de son amant pour la baiser amoureusement. Le point de contact de ses lèvres réchauffa l'Italien qui ne put néanmoins masquer son scepticisme, même lorsqu'il fut escorté jusqu'au tabouret.

Il se laissa asseoir dessus, les yeux oscillants entre la silhouette si charismatique de son amant et celle de son frère chancelant. Francis n'attrapa jamais son regard, le contact visuel n'arrivait plus à se former entre les deux latins. Allemagne avait brisé leur lien.

Ce dernier déposa une toile blanche sur le chevalet et mit à la disposition de son jeune allié, un panel magnifique de couleurs en tubes.

« Mon doux Feliciano… Tu sais que j'aime te voir peindre ? Tout ce qui sort de tes doigts n'est que magie. S'il-te-plait… Montre-moi ton talent. Je le veux ».

Francis essaya de rouspéter mais rien n'y fit, le bandeau le rendait muet. Quant à l'Italien, il comprit immédiatement ce que son amant souhaitait voir en peinture.

La déchéance de Francis. Immortalisée sous son pinceau à lui.

« Ludwig, je ne pense pas que…

_ Tu ne me désobéirais pas, Feliciano ? N'est-ce pas ? Tu m'as juré fidélité. Ou alors, tu m'as menti sur tes intentions.

_ Non ! Je ne t'ai jamais menti !

_ Bien. Dans ce cas, fais-le ».

Quelque chose se brisa dans le regard de l'Italien. Pour prouver son amour à Ludwig, il allait participer à l'humiliation de Francis. Il avait l'impression de passer son temps à trahir l'un pour contenter l'autre. Mais il n'y pouvait rien. Il s'était piégé tout seul.

« Commence par le visage, acheva Allemagne en toisant Francis d'un air sévère. C'est le plus important dans un portrait ».

Serrant les dents, Feliciano fit face à la toile blanche avant de lancer un coup d'œil en coin à son frère aîné. Il allait devoir retranscrire en détail la douleur qui se lisait dans ses yeux bleus. L'horreur d'être tranché en deux, la peur de disparaitre au cours de l'invasion, l'inquiétude pour celui qu'il aimait. C'était sûrement grâce à ses dons artistiques mais Italie voyait tout ça très facilement. Puis, il connaissait son frère depuis le temps. Il pouvait déceler les failles dans ses pupilles. Et le pire, c'était qu'il allait devoir mettre ça sur feuille. Aimait-il au point de faire autant de mal ?

Francis, lui, se demandait ce que Ludwig allait bien pouvoir faire avec ce tableau. Il n'était pas du genre à se toucher dessus chaque soir avec un rire démoniaque. Non, cet enfoiré avait un plan derrière la tête.

L'angle du chevalet était parfait. Italie pouvait peindre et n'avait qu'à jeter un petit coup d'œil sur le côté pour voir son sujet. Allemagne avait pensé à tout.

Se sachant étroitement observé par deux paires d'yeux, il contint son stress en étalant plusieurs pâtés de peinture sur son ardoise. Il désespéra de toutes les couleurs sombres qu'il était forcé d'utiliser, préférant l'éclatement des mélanges et la vie plutôt que d'abuser du noir, gris ou marron. Un sourire amer lui échappa lorsqu'il commença à travailler son jaune pour en faire un or pur et parfait. Les cheveux de Francis étaient si magnifiques… Et avec ses pupilles bleues, ils allaient être les seules touches de couleur de l'ensemble du tableau.

Quelle laideur cela allait-il être…

Les poils fins du pinceau caressèrent la toile blanche, la souillant enfin de cette couche graisseuse et humide. L'action entamée, Allemagne soupira de tranquillité, comme satisfait de la tournure des choses. Il attrapa son allié par derrière pour le coller à son torse, se fichant de le gêner dans son travail. Ses lèvres allaient parfois se poser sur le sommet de son crâne, le faisant rougir.

Immobilisé sur sa chaise bancale, Francis faisait appel à tout son courage pour cacher les douleurs qu'il ressentait. Il avait mal partout. Dans le corps et dans l'âme. Contre le bois dur de son maigre support, son dos le lança atrocement. Les plaies causées par le fouet, maltraitées par la cire brûlante des bougies, n'étaient toujours pas fermées. L'arrière de sa chemise était maculée de sang, il le sentait. Mais de face, l'illusion était parfaite. On aurait cru qu'une simple petite bagarre l'avait amoché. Et Francis s'imaginait très bien comment Italie avait interprété son état. Il s'était dit, tout innocemment, que Francis avait fait la forte tête pendant son arrestation. Qu'il avait cherché la bagarre et s'était pris deux-trois coups en contrepartie. Et après tout, comment pouvait-il concevoir que son si cher Ludwig l'avait laissé aux mains d'un truand ?

Comment imaginer que Ludwig ait pu tolérer et être à l'origine de ça ?

Ce si tendre et gentil Feliciano… Pouvait-il imaginer un instant son frère ligoté à une table d'opération, face à un bourreau au sourire radieux ? Pouvait-il visualiser la pince acérée qui attrapait un à un ses ongles pour les arracher tout doucement, pour faire durer le mal plus longtemps ? Pouvait-il imaginer le cri strident qui avait échappé à sa gorge, toutefois incapable de vendre son pays ? Imaginait-il le fouet claquer l'air, puis son dos, pour s'enfoncer dans sa chair rouge ? Concevait-il l'image atroce de son frère tant aimé, assis et attaché à une chaise, en train de suffoquer sous une violente décharge électrique reliée par ses doigts décharnées à une machine inquiétante ?

Non.

Une simple petite bagarre. Rien de plus, rien de moins.

Le tabouret fini par devenir gênant. Italie avait besoin de plus de liberté de mouvement pour son œuvre. Il préféra donc se mettre debout, toujours prisonnier des bras forts de son allié.

« C'est sublime, Feliciano. Sublime, félicita l'Allemand en contemplant la peinture d'un œil gourmand ».

Pour l'instant, seul le visage et le haut du buste étaient peints, mais la suite était à venir. Le détail de la souffrance était saisissant. Le portrait donnait l'impression d'être réel. Et nul doute que cela n'était qu'un début.

Les traits du visage étaient tirés, les yeux vidés de leur substance vitale, les joues se creusaient de malnutrition et le bandeau sale bâillonnait les cris que l'on devinait. C'était criant de vérité. Feliciano était tellement doué que c'en était magique. Il avait la capacité, le don de retranscrire à la perfection la réalité, de la rendre vivante. Ses peintures arrachaient toujours le cœur, soit parce qu'elles étaient si pétillantes que n'importe qui se sentait morne à côté, soit parce que, comme là, elles faisaient mal à voir.

Ludwig observa son prisonnier avec amusement, le provoquant en baisant le cou tendu qui s'offrait à lui. Italie se penchait un peu en avant pour fignoler un détail qui semblait lui tenir à cœur. Collé derrière lui, Ludwig montra sans embarras le plaisir que lui offrait la vie érotique de cette échine qui se découvrait devant lui. Francis sourcilla de colère lorsqu'il vit la langue de l'Allemand s'y perdre, s'attirant un léger cri de protestation.

« Ludwig ! P-pas… pas ici…

_ Pourquoi pas ? Nous sommes seuls ».

Le salop.

Feliciano sembla l'ignorer pour retourner se concentrer sur sa peinture, mais l'état de ses joues parlait pour lui.

« Et puis… dois-je te rappeler que tu ne peux que m'obéir ? »

Le pinceau fit un faux mouvement et sembla trembler contre la toile. A nouveau, les remords qu'il souhaitait enterrer lui explosaient en plein visage. Pourquoi Ludwig était-il si cruel avec lui ? Alors qu'il faisait tout pour lui plaire… Ces paroles amères lui glacèrent le sang. Que devait-il encore accepter pour prouver sa valeur ?

« D-désolé…, se contenta-t-il de dire en espérant remonter dans son estime ».

Allemagne sembla sincèrement heureux de cette réponse puisqu'il continua de déposer ses lèvres où il le pouvait.

« C'est bien, Feliciano… Tu apprends vite de tes erreurs ».

Le compliment sonna amer, encore une fois. Chaque belle parole cachait un sous-entendu, un reproche.

« A partir de maintenant, contente-toi de te tenir tranquille et ne t'arrête pas de peindre ».

Italie hocha la tête en poursuivit son œuvre, sans jamais croiser le regard de son frère souffrant. Sa douleur, il l'avait déjà parfaitement retranscrite sur le papier. Maintenant, il ne voulait plus la voir en face.

D'humeur apparemment câline, Ludwig entoura le corps frêle de son amant pour lui offrir caresses et baisers, faisant se côtoyer étroitement la chaleur naturelle de leurs deux organismes. Italie sentit que quelque chose n'allait pas dans cette étreinte, il était terriblement embarrassé de s'afficher devant son aîné pour satisfaire les désirs de son amoureux jaloux. Et pourtant, il ne pouvait rien faire d'autre que d'acquiescer, quoiqu'il puisse lui arriver.

Cependant, son cœur s'emballa d'appréhension lorsqu'il sentit deux mains le débarrasser de sa veste militaire en la déchirant calmement. Il se refusa de croire ce qui lui arrivait. C'était impossible de concevoir la suite des événements. Il se fourvoyait certainement. Ludwig n'était pas en train de le dévêtir comme dans leurs moments d'intimité, sous les yeux d'un prisonnier de guerre qu'ils connaissaient plus ou moins de longue date.

Il ouvrit la bouche pour poser la question fatidique mais deux doigts montèrent rapidement se glisser dans sa bouche pour jouer avec sa langue et le maintenir au silence, alors que l'autre main finissait d'arracher les boutons persistants du vêtement.

« Chuuut… Tout ce que tu dois faire, c'est peindre. Je ne veux aucun son, aucun signe de lutte, aucune trahison. Peint et jouis ».

Il y eut comme une sonnerie d'alarme dans la tête du jeune homme. Son sang ne fit qu'un tour et son regard se perdit partout et nul part dans la salle. Il ne savait plus quoi dire ou quoi penser. Ses sens s'embrouillèrent et ses yeux s'embrumèrent. Il ne voulait pas faire l'amour ici et maintenant, devant Francis. C'était impensable et sale.

Et pourtant, une main se glissait sournoisement à travers la ceinture de son pantalon pour le libérer de sa prison de tissu. Ses doigts malhabiles rendirent les traits de son pinceau hasardeux et crispés. Avec en plus les larmes qui brouillaient sa vue, le tableau n'allait plus être qu'un ramassis d'idées noires et abstraites.

Et c'était peut-être ça que cherchait Ludwig. Une œuvre où la seule chose de pleinement visible était la souffrance de Francis, sur un fond flou et hasardeux, apeurant, réalisé par un amant se forçant à se repentir d'une infidélité passée.

Francis était mortifié de ce qu'il voyait.

Par un réflexe de gêne, il baissa la tête, mais aussitôt, le cri de douleur de son petit frère reporta son attention vers lui. Mais ce ne fut que le regard froid et intransigeant d'Allemagne auquel il fut confronté. Le message était d'ailleurs clair : s'il ne contemplait pas jusqu'au bout son ennemi se taper son frère, il ferait souffrir ce dernier par représailles.

Et là, Francis comprit jusqu'où le vice était poussé.

Ce que Ludwig lui disait derrière cette mascarade, c'était « tu vois, Francis, tu as retourné Italie contre moi en le sautant, et bien vois comme je vais t'avoir avec la même technique. Tu m'as enchainé à une chaise pour m'humilier de tes exploits, laisse-moi te montrer de quoi je suis capable en retour ».

A cheval entre douleur et rage, Francis fut forcé de garder les yeux ouverts lorsque son petit frère se fit empaler avec une fausse tendresse. Il n'arrivait pas à exprimer à quel point il se sentait bouleversé par les événements. Tout était de sa faute. D'abord Angleterre, et maintenant Allemagne. Face à combien de vengeance allait-il être trimballer avant de se racheter ? Après la torture physique, on le mettait devant une torture mentale. Horriblement bien joué de la part de l'Allemand. Horriblement. Les cris de son frère cadet lui étaient insupportables. Sa propre douleur lui était insupportable.

Il n'allait pas tenir.

Je vais tenir.

Il n'allait pas tenir.

Je dois tenir.

Il n'y survivrait pas.

Plutôt mourir que de lâcher.

Le mal était déjà fait, plus de retour en arrière n'était possible. Francis luttait contre lui-même pour remporter cette victoire qui lui coûterait tant de douleur. Sa force mentale était tout ce qui lui restait.

Et le pire, c'était que pour se forcer à oublier ce qu'il savait de ses troupes, il ne pouvait que se concentrer sur la douleur. Depuis sa scission, il sentait certaines choses lui échapper. Paris prenait le contrôle à sa place. Hélas, il lui restait des bribes qui refusaient de le lâcher. Et se concentrer sur la douleur était devenu le seul moyen pour lui de se défaire de lui-même. Il voulait ne plus rien savoir sur les actions de son peuple. S'il n'avait rien à avouer, tout serait tellement plus simple.

Oublier.

Oublier.

Oublier.

Oublier qui il était. Il n'était plus France.

Les cris d'Italie continuaient à le déchirer dans ses pensées.

Oublier son pays.

Il ferma les yeux, concentré sur le sang qui continuait de couler dans son dos.

Oublier la France.

Entre orgasme et sanglots, Italie s'effondra au sol, et au même instant, Francis lâcha ses larmes en continuant sa litanie intérieure, ignorant le sourire empli de jouissance de son ennemi. Il n'allait rien dire. Il n'avait rien à lui dire. Il ne savait rien. Il n'était plus rien.

Le mari jaloux s'était vengé de l'amant orgueilleux en punissant la femme infidèle. C'était aussi simple que ça.

O*0~.o.~0*O

Lilian serra les dents à nouveau, au moment où le choc le percuta. Seul un gémissement étouffé l'avait trahi.

« Tu vas parler, fumier ?! Où sont les Résistants ?! »

Le fouet claqua l'air puis s'en alla heurter son dos dans un bruit de chair déchirée.

Heureusement, il avait encore eu la présence d'esprit de serrer les dents juste à temps.

Lilian se trouva fort pitoyable en cet instant. Agenouillé au sol comme s'il priait, ses poignets étaient maintenus l'un contre l'autre devant son buste, liés par une corde rigide à un pieu rentré dans le sol. Son dos vouté laissait s'écouler d'intarissables filets de sang qui allaient se joindre à l'exécrable mare sous ses jambes. Il nageait dedans.

Le bourreau sembla tiquer d'agacement, lui-même essoufflé de toute la force qu'il mettait dans ses coups. C'était à se demander qui allait craquer en premier.

Lilian bénissait son je-m'en-foutisme, sans lequel il n'aurait jamais pu tenir aussi longtemps. Toutes ces années à jouer l'homme-imperméable lui étaient passablement bénéfiques en ces temps troublés. Mais ce serait mentir que d'affirmer que ça ne lui faisait rien. Il était physiquement éreinté de ses efforts. Ses journées, il les passait à deviner quand il lui fallait serrer les dents pour laisser échapper le moins de bruit possible. Il ne faisait que jouer aux devinettes. Quand donc allait-il recevoir le prochain coup ? Il le devinait avec les réactions de son bourreau, une grande inspiration, les pieds qui arrêtaient de glisser nerveusement contre le bitume, le son de l'air que l'on tranche… Puis le coup.

Il serra les dents.

Juste un gémissement de douleur parvenait à lui échapper. Ce n'était presque rien par rapport aux cris qu'il aurait pu lâcher. Vraiment, il s'en sortait bien.

Mais cette entrave lui donnait envie de hurler. Sa liberté lui manquait. Puis les marches ennemis sur ses terres titillaient ses nerfs. Il les voyait gratter du terrain, attaquer et souiller son territoire de leurs bottes sales et ensanglantées. Ses champs fertiles brûlaient parfois devant ses yeux, dans une crise hallucinatoire qu'il ne parvenait pas à endiguer.

Mais à son grand bonheur, il commençait à perdre le contrôle de la moitié Sud de son pays. Bien fait pour le bâtard d'Allemand qui espérait des réponses. A ce rythme-là, son prisonnier allait devenir aussi utile qu'un déchet trainant dans une poubelle. Tant mieux et bien fait. De toute façon, Lilian ne pensait qu'à emmerder ses bourreaux. C'était devenu son but dans la vie. Et quand Allemagne se rendrait compte qu'il avait été roulé par son prisonnier…

Lilian s'en délectait d'avance.

L'homme leva son bras pour lui asséner un nouveau coup, mais la porte s'ouvrit à ce moment-là, le prenant par surprise.

L'air sembla se rafraîchir soudainement.

Karl Beilschmidt était de retour, plus fier que jamais. Si les choses n'allaient pas bien pour lui sur le front, il n'en montrait rien. Son visage était toujours aussi fermé, toujours parcourut de son petit sourire satisfait, tranquille, presque rassurant, mais qu'on savait trompeur. De sa démarche assurée, il avait l'air sûr de sa victoire prochaine. L'imbécile avait l'air de grandement sous-estimer Angleterre et ses plans tordus. Surtout, il sous-estimait un Angleterre enragé qu'on lui ait pris celui qu'il aimait. Par amour, il pouvait devenir un vrai tyran. A croire que l'orgueil de Karl l'avait rendu con. Plus con que d'habitude, à vrai dire.

« Alors ? interrogea-t-il avec son insupportable sourire plaqué aux lèvres. Combien de pièges avez-vous déjoués grâce à ses aveux ?

_ … Euh… aucun, monsieur…

_ Pardon ?

_ A… a-aucun… monsieur… »

Le sourire d'Allemagne se figea sur ses lèvres avec un petit quelque chose de menaçant. Dans ses yeux, on lisait qu'il était en plein déni.

« Je vois. Ses aveux ne concernaient pas les Résistants, mais les soldats qui restent, n'est-ce pas ? Peu importe, toute information est bonne à prendre. Que vous a-t-il dit ?

_ R-rien, monsieur… »

La vois du geôlier était de plus en plus faible. Son malaise tranchait avec l'assurance qu'il avait eu jusqu'à maintenant.

Quant à Karl, il nageait maintenant en plein délire. Sa paupière trembla un peu et ses doigts se mirent à pianoter dans le vide. Crise de fou furieux en approche. Alerte. Ça allait chier… Quelle fierté pour Lilian que de le voir perdre les pédales en direct. L'Allemand semblait en train de dérailler pour devenir fou. Apparemment, cette résistance de sa victime bouleversait ses plans, et ça, il détestait.

Au plus grand damne de Lilian – et au plus grand soulagement du bourreau – Karl reprit contrôle de lui-même en inspirant un bon coup. Il massa ses tempes doucement, les yeux clos, finement observé par deux paires d'yeux plus ou moins intriguées de son comportement. Restait à savoir s'il s'était vraiment calmé ou s'il faisait semblant pour rester un tant soit peu digne.

« Vous n'avez rien tiré de lui après tout ce temps ?

_ Il… il est plus résistant que je ne le pensais… Il n'a pas dit un mot depuis que vous êtes parti… Je… Je n'ai jamais entendu le son de sa voix… Pourtant, je n'ai pas chômé pour le faire parler, je vous le jure… !

_ Taisez-vous, je dois réfléchir. Non, en fait, dégagez de là. Je vais prendre le relais pour l'instant et vous ferais rappeler si nécessaire.

_ B-bien, monsieur… »

L'homme rangea à la hâte le fouet ensanglanté qu'il tenait jusque-là et courut à l'extérieur, profiter du soleil qu'il n'avait pas eu le loisir de voir depuis quelques temps. Une fois seuls, l'ambiance se dégrada davantage, comme si la présence de l'autre guignol avait gêné leur confrontation. Une fois de plus, leurs yeux se bravèrent.

« Une semaine était peut-être trop prétentieux de ma part, je te l'accorde, mais ton petit manège ne durera pas éternellement. Rien qu'à voir l'état déplorable dans lequel tu es… ».

Il laissa sa phrase en suspens, prenant le temps d'apprécier sa vengeance, visible sur le corps de son ennemi.

« Depuis le temps que j'en rêvais…, avoua-t-il. C'est encore mieux que dans mes rêves, même. Tu fais tellement pitié. Et le pire, c'est qu'à force de rejeter tout le monde, tu t'es piégé toi-même. Regarde-toi… Personne dans ce monde n'est en train de se battre pour te sortir de là, excepté peut-être l'autre vicieux d'Anglais. Mais il a trop à faire pour penser à toi. Quel déchirement cela doit être pour lui d'être obligé de t'abandonner pour se consacrer pleinement à une guerre qu'il va perdre. Il doit tellement en souffrir. Ne plus dormir de la nuit, trop obnubilé par ton état de santé qu'il devine exécrable. Ce crétin va s'affaiblir tout seul et me donner carte blanche pour le détruire ».

Quel malade.

Sa marche militaire l'approcha de son prisonnier, qu'il toisa avec un sourire empli d'amertume. Sans prendre la peine de retirer ses gants, il lui empoigna le visage pour l'approcher du sien, souriant comme un fou.

« Tu es seul ! Tu n'as plus rien à perdre désormais ! Alors à quoi bon lutter comme ça ?! Il n'y aucune raison à ce que tu te fasses autant de mal ! Surtout que tu te branles pas mal de ce qui peut arriver à ton peuple ! Je te connais peut-être moins que les autres, mais ta réputation n'est plus à faire ! Alors, merde, parle ! »

L'hystérie d'Allemagne était palpable, mais Lilian s'en fichait pas mal. Il le fixait avec un air de défi, ses iris mauves s'obscurcissant de rancœur. S'il devait se justifier, il pouvait très bien dire que c'était pour soutenir Angleterre, ou bien pour sa fierté personnelle, mais il savait que son mutisme n'était dû qu'à son instinct de contradiction. Il ne devait pas faciliter la tâche à son ennemi, peu importe ce qui pouvait se passer dans cette cellule humide.

Au bord de la crise de nerf, Karl commença à se tirer nerveusement les cheveux, les lèvres pincées et la mâchoire serrée. Il bondit jusqu'à la porte d'entrée et beugla à s'en rompre les cordes vocales.

« Ramenez-moi Luciano Vergas de suite ! »

Il y eut beaucoup de remue-ménage dehors, sans doute sous l'effet de la panique générale qu'avait provoqué leur patron en hurlant, puis un bruit de course se fit entendre, accompagné de quelque chose du genre « mais merde ! Pourquoi tu beugles, toi ?! Tu pouvais pas envoyer quelqu'un me chercher posément ?! » et Lilian déduisit que le jeune Italien était arrivé en quatrième vitesse.

Allemagne l'empoigna d'une main rigide avant de le jeter dans la cellule et de refermer la porte derrière eux.

« Non mais t'es sérieux ?! se plaignit Italie en se relevant tant bien que mal. T'as cru que tu pouvais tout te permettre comme ça ? T'es pas le seul à en chier, je te rappelle ! Alors prend un peu sur toi quand t'es de mauvaise humeur ! »

Après une courte pause de réflexion, Italie se posa enfin la question de savoir où il était. Bien. Le monde avance.

« L-Lilian… ? »

Et vraisemblablement, il n'en revenait pas de croiser son frère aîné en ce lieu sordide. A bien y réfléchir, il ne devait même pas être au courant des libertés qu'avait prises Karl à son sujet. Ça se voyait dans le regard outré que l'Italien envoya à son allié.

« C'était pas dans le plan.

_ Beaucoup d'imprévus ont lieux, ces derniers temps.

_ Te fous pas de moi, s'il-te-plait. J'ai un cerveau et un réseau d'information viable.

_ Tu remets en doute ma bonne foi ? (le retour éclair de l'Association des « Ras-le-bol de ces fictions trop dramatiques ». Merci)

_ Je remets tout en doute depuis quelques temps. Et tu viens de me prouver que j'avais bien raison. Vas-y, éblouis-moi ! Que lui as-tu fais pour qu'il se retrouve dans un état pareil ?

_ Si tu parles de sa peau décharnée, saches que cet imbécile s'est fait sauter chez lui le jour où on est allé le cueillir. Il avait planqué les réserves de poudre de la ville dans sa cave ».

Un mélange de respect et d'agacement passa sur le visage de l'Italien alors qu'il se tourna vers son frère. Ça ne l'étonnait même pas.

« Très bien. Et le fouet au mur, c'est lui qui l'a mis là pour décorer peut-être ?

_ Tu te doutes bien qu'il doit avoir pleins d'informations juteuses pour nous. Ce serait dommage de le laisser croupir dans une cellule sans chercher à obtenir deux-trois potins. Et comme il fait toujours sa forte tête, j'ai pensé à mettre en place quelques arguments pour l'aider à parler.

_ Eh bien, maintenant, tu vas pouvoir le laisser tranquille.

_ Hélas ! Il n'a toujours rien dit. Donc, désolé Italie, mais je ne compte pas le laisser tranquille ».

Encore une fois, Luciano sembla tourmenté intérieurement entre le respect et l'amertume qu'il pouvait ressentir pour les actions de son frère. Il le regarda, agenouillé dans son sang, puis vint se mettre devant lui en lui relevant le visage doucement, du bout des doigts.

« Tu t'es mis dans une merde pas possible, mon vieux…

_ …

_ Je te reconnais bien là.

_ Laisse, Italie. Il a besoin d'être malmené pour parler.

_ On paris combien que tu n'obtiendras rien de lui ?

_ Tu me sous-estimes, Luciano. Pour l'instant, je ne l'ai laissé aux mains que d'un de mes subordonnés. Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac pour le faire avouer. Et c'est pour ça que tu es là.

_ Houla ! Je t'arrête tout de suite, Karl ! Je ne suis pas dans le même délire que toi ! Frapper pour faire parler ne marchera pas sur lui, alors ne me fais pas perdre mon temps… »

L'Italien avait commencé à partir mais la poigne ferme de son allié l'empêcha de faire un pas de plus vers la sortie. La gorge compressée par une puissance qu'il n'avait pas deviné, Luciano resta figé devant son assaillant, choqué de ce geste envers sa personne.

« Tu me trahis donc encore. Dois-je donner le signal à mes hommes pour les laisser s'en prendre aussi à tes troupes traitresses ? J'ai suffisamment de force pour me le permettre. Si tu ne veux pas recommencer une tragédie dans le style de la Première Guerre mondiale, je te conseille fortement de te tenir à carreau. Tu dépasses les bornes et tu ne t'en rends même pas compte, égoïste comme tu es. J'ai passé sous silence cette partie de jambes en l'air que tu t'es octroyé avec lui, mais ma patience à ses limites. Obéis-moi ou meurs.

_ Tu… tu es complètement barré, Karl…

_ A qui la faute ? Lorsque je serais pleinement repu de ma vengeance, les choses redeviendront tranquilles. Si tu tiens à retrouver ce paradis perdu, il va falloir te donner à fond dans cette guerre. Et si France possède les informations nécessaires à notre réussite, il nous faut les gagner. Alors mets-y de la bonne volonté ».

En le poussant en arrière, Allemagne consentit enfin à lui lâcher la gorge. Le jeune Italien toussa quelques instants en le fusillant du regard. Cependant, il ne dit rien, preuve que les mots avaient un impact sur lui. A tous les coups, son côté sentimental lui avait donné des remords. Il était complètement épris de Karl et savait qu'il avait fait une connerie en couchant avec Lilian pour le rendre jaloux. Mais l'entendre de la bouche même de son allié tant aimé, ça le mettait mal à l'aise.

« Que veux-tu que je fasse pour me faire pardonner ? cracha-t-il. Que je le blesse ? Qu'est-ce qui te dit que je serais plus efficace que tes fouets ?! Ou alors, tu t'en fous de ses aveux mais tu cherches juste à me punir ! »

Karl tiqua légèrement.

Lilian le vit et jura intérieurement. Evidemment, il y avait de ça derrière tout ce foutoir. Allemagne cherchait vengeance avant tout. Et se venger d'Italie faisait partie du plan. En le forçant à faire du mal à son « amant », il s'assurait de sa fidélité politique et affective. A peu de choses près, on pourrait croire qu'Allemagne était en quête de reconnaissance et d'amour.

« Ce que je veux est simple, Luciano. Je veux que tu laves mon honneur. Cet homme m'a humilié en se servant de toi, alors qui d'autre serait mieux placé pour cette tâche ? Fais-lui mal. Je veux le voir souffrir de ta main. Et si tu refuses… et bien, tu sais ce qui va se passer si tu refuses ».

Italie serra les dents. Soit il était énervé de devoir faire du mal à son aîné, soit il était énervé qu'Allemagne ne lui fasse pas confiance. A choisir, Lilian pencherait pour le deuxième choix. Il se savait moins important que Karl dans le cœur de son petit frère, et ce même malgré les liens du sang et leurs nombreuses alliances passées.

En fait, France n'était pas étonné de la décision de son cadet lorsque celui-ci avança vers lui avec un air résolu sur le visage. Dans son dos, Karl l'enlaça, parcourant son corps de petits tremblements d'excitations. Il sembla lui murmurer quelque chose à l'oreille qui le fit frémir. En apparence, on voyait un couple échanger quelques mots érotiques, mais dans les faits, un criminel était en train de corrompre son complice.

Très vite, et sans pouvoir rien y faire car ses bras étaient attachés entre eux et ses jambes blessées, Lilian fut tiré en arrière jusqu'à finir allonger sur la table d'opération « le seul semblant de lit encore disponible » s'était justifié Allemagne. Quelques paires de ceinture entourèrent son corps pour l'immobiliser à la table et il avoua intérieurement ressentir une immense appréhension pour la suite. Sa gorge se serra d'avance alors qu'une boule gonfla dans son ventre. La peur de l'inconnu et de la douleur le rongeait. Mais tout ce qu'il devait faire, c'était garder le silence. Pas un mot. Rien.

« Désolé, entendit-il cependant alors qu'une vive lumière se mit à l'éblouir ».

Luciano ajusta la lampe comme un médecin sur son lieu de travail, la décalant pour ne pas trop l'aveugler tout en lui laissant la liberté d'agir en y voyant quelque chose.

Qu'allait-il faire ? Que lui avait chuchoté Karl à l'oreille ?

La main gantelée de son petit frère se mit à trembler au-dessus de son visage, et il le vit se mordre les lèvres.

« Et encore, tu as la chance d'être immortel, continua le jeune latin en masquant sa tristesse. D'autres en mourraient.

_ Italie, mon amour. Je m'impatiente, rappela Karl en tapant du pied. N'oublies pas que j'ai un cadeau à offrir à Angleterre ».

Là, Lilian commença à paniquer. Et ce fut pire lorsqu'Italie déglutit et hocha la tête avec un air défait.

La main s'approcha de son visage, s'y déposa délicatement en un semblant de caresse, comme une ultime excuse. Elle caressa sa barbe, ayant trop poussée depuis le temps, puis retira les mèches de cheveux qui trainaient sur son front, recueillant du même coup les perles de sueurs froides qui glissaient sur sa peau moite.

Lilian écarquilla les yeux d'horreur en sentant le cuir redescendre autour de son nez et caresser ses pommettes. Il tenta de calmer sa respiration, horrifié de ce qu'il venait de deviner.

Mais déjà, sa vue se brouilla en milles hallucinations colorées. La douleur le transperça et elle dura, dura, dura. Sans plus pouvoir se retenir, il hurla à s'en rompre les cordes vocales, s'approchant à son sens de la mort, la vraie, ou du moins l'idée qu'il s'en faisait. Il se mit à l'espérer, à la prier. Plutôt mourir que de continuer à subir ça. Et ses soubresauts étaient entravés dans sa prison. Pourtant, il sentait ses jambes frapper le lit comme si elles étaient possédées, par réflexe.

Noir, noir, noir. Noir était devenu le monde lorsque ses globes oculaires lui furent sauvagement arrachés.

Ses cris perdirent leur énergie alors que son cerveau cherchait à comprendre pourquoi son lien avec les yeux était rompu. Le sang se déversa sur la table, alors qu'il sentit une silhouette se positionner au-dessus de lui. Des cris lui parvinrent, en plus des siens, mais des cris plus rythmés. Le cri de la passion charnelle.

Karl était en train de baiser Italie au-dessus de lui.

Il n'en hurla que plus fort, pour ne pas entendre les sanglots consternés de son frère ni les grognements de l'orgasme de son pire ennemi. Déjà, sa tête lui tourna et il se perdit dans les délires que lui imposait son mal.

O*0~.o.~0*O

« Tu fais peine à voir, Artie. Redescend un peu avant de faire une crise et de nous claquer entre les doigts comme un guignol. On a besoin de t'avoir en pleine possession de tes moyens ».

Allistor se fit superbement ignorer.

Arthur était plus occupé à faire les cent pas entre la très longue table de réunion et la fenêtre. Il n'avait pas volontairement snobé son frère aîné, non, c'était vraiment juste parce qu'il était pris dans ses réflexions. Depuis le coup en traître de Francis, il était toujours tiraillé entre une partie de lui qui lui en voulait et une autre qui s'émouvait de ce sacrifice. Sale histoire entre amour et devoir.

Recroquevillée sur elle-même, Paris contemplait silencieusement la Nation tourner en rond. On l'avait laissé sur une chaise, un peu à l'écart, où elle ne faisait qu'observer sans un bruit. Heureusement, Londres restait à ses côtés, oubliant les nombreux désaccords qu'ils avaient eus par le passé, et se comportait comme un vrai gentleman avec elle. Il l'avait sauvé après son long périple, après tout.

Paris était arrivée quelques jours avant, après avoir traversée le Nord de la France en évitant les troupes ennemis, puis la Manche en embarquant sur un vieux catamaran volé à l'arrache. Bien sûr, le bateau de fortune n'avait pas tenu les caprices de la mer et elle avait dû finir à la nage, manquant de se noyer un bon paquet de fois. Seul un banc de sable miraculeux dû à la marée lui avait redonné espoir alors qu'elle s'était sentie prête à se laisser couler dans l'eau salée. Puis ça avait été la croix et la bannière pour arriver à Londres, en faisant du stop ou en marchant des jours entiers. Et enfin, après un scandale à l'ambassade française, elle s'était effondrée et avait été recueillie par Londres, qui était passé chercher des documents ce jour-là. Heureux hasard après ce difficile parcours.

Depuis, elle trainait toujours auprès de Londres et d'Angleterre (mais surtout de Londres, avouons-le) et leur donnait toutes les informations qu'elle avait. Souvent, des sortes de visions de ce qui se passaient en France lui venaient en tête. Elle leur avait expliqué ce qu'avait fait Francis pour piéger Allemagne et la sauver. Sa scission.

Arthur avait été hors de lui. Il avait maudit son allié, maudit sa bêtise et les risques que ça engendrait. Puis il avait réalisé à quel point Francis y risquait sa peau.

Il en voulait à tout le monde. Allemagne, France et le reste du monde. Tous pour une raison différente.

« C'est pas possible, marmonnait-il. C'est pas possible… »

Ecosse lui aurait bien collé une baffe mais le climat ne s'y prêtait pas tellement, il fut donc obligé de se retenir et de continuer à le regarder faire les cent pas comme un idiot.

Heureusement, la situation évolua lorsqu'on leur annonça la venue surprise de Suisse. Original, ça encore.

L'énergumène s'invita tout seul dans la salle, n'attendant pas qu'on lui offre la permission d'entrer, se justifiant d'un léger « pas le temps pour ces conneries de politesses ». Toujours subtil et élégant. Allistor en rit sous cape.

« Qu'est-ce qui t'amène par chez nous, mon vieux ? interrogea l'Ecossais. Déjà fatigué de la neutralité ?

_ Rêve toujours. J'apporte un colis de la part d'Allemagne ».

Il eut à peine fini sa phrase qu'Arthur fit volte-face et que Paris se redressa de sa chaise.

« Houla ! Calmez vos ardeurs, tous les deux ! reprit le Suisse en arquant un sourcil sceptique.

_ Tu as sympathisé avec lui ? accusa Paris.

_ Qu'est-ce que vous ne pigez pas dans le mot « neutre » ? Je ne veux pas être mêlé à vos histoires, c'est pourtant pas compliqué.

_ Alors pourquoi viens-tu au nom d'Allemagne ? suspecta Ecosse en tapotant son cigare sur son vieux cendrier.

_ Parce qu'il ne veut pas se donner la peine d'envoyer ses propres messagers. Allez savoir pourquoi mais cet idiot voulait quelqu'un d'extérieur au conflit pour apporter son message. Moi, tant qu'il me paye, ça me va. J'ai fait vaguement étudier le colis à des professionnels, sans l'ouvrir, mais je suis catégorique : il n'y a rien de dangereux dedans. Je me serais attendu à ce qu'il vous offre une bombe surprise, mais non. C'est juste une sorte de grand rectangle assez épais, comme un tableau. Enfin, je vous laisse ouvrir et en juger par vous-même. Le message est adressé à Arthur Kirkland, en personne.

_ C'est bizarre, annonça Pâris. Pourquoi prend-il la peine de justifier que le destinataire est la partie humaine d'Angleterre ?

_ Ça m'a frappé aussi, avoua Suisse. Et j'avoue que ça m'a poussé à accepter de l'aider. Ce n'est pas un message de l'Allemagne à l'Angleterre, c'est vraiment de Ludwig Beilschmidt à Arthur Kirkland. C'est un message personnel ».

Arthur jugea le gros paquet d'un œil critique, peu confiant mais curieux de voir quel genre de provocation il allait recevoir.

Il prit le cadeau dans un silence mortuaire et s'isola à l'autre bout de la table pour l'ouvrir, pendant que les autres continuaient d'interroger leur visiteur.

« Tu as des nouvelles de notre Frenchie préféré, tenta Ecosse. Il commence à me manquer grave, celui-là. Et avec l'autre couillon de petit frère qui déprime, je vais finir par m'inquiéter aussi.

_ Je ne sais absolument rien. Quand j'ai posé la question à Allemagne au détour d'une conversation, il a juste sourit avant de me dire qu'il « gérait la situation ». Du coup, je ne sais pas si je dois me sentir rassuré pour vous ou non.

_ Et Italie ?

_ Il a refusé de me recevoir. Pourtant, je voulais discuter un peu avec lui, puisque ça faisait longtemps, mais j'ai été jeté dehors sans raison, avec quelques excuses d'Allemagne comme unique réconfort. Je pense qu'ils se sont un peu chamaillés, si vous voulez mon avis. En même temps, Allemagne a perdu son reste de subtilité et est devenu plus… intransigeant. Enfin, c'est l'impression que j'en ai eu.

_ Tu nous rassures pas, là, j'espère que tu t'en rends compte.

_ Je suis pas votre nounou, non plus ! Vous êtes assez grands pour vous gérer, même face à des nouvelles floues ou mauvaises ! Non mais je rêve ! »

Il ne termina pas sa remontrance car un sanglot le coupa net.

L'équipe se tourna vers le fond de la salle, où Arthur était accoudé au-dessus de la table, les mains fermement serrées sur les bords, à deux doigts de les arracher, la tête figée face au « cadeau » sur lequel s'écoulaient des larmes de frustrations. Quelques veines bleues tranchaient avec la pâleur de ses mains et de ses tempes et il se mordait les lèvres sauvagement. Dans un silence embarrassé, son corps se mit à trembler et il sembla prêt à tout détruire d'un instant à l'autre.

« Fuck… That bastard… He dared… I'll destroy him… »

Rien de bon ne pouvait découler de ce cadeau.

Allistor fut le premier à réagir et alla poser une main réconfortante sur l'épaule de son petit frère. Cependant, il fut forcé de contempler à son tour l'horreur qu'avait envoyé Ludwig. Et cette horreur le figea sur place, le sang glacé, la respiration bloquée.

Un portrait.

Un portrait réaliste de Francis, en train de souffrir le martyr, ligoté à une chaise, blessé, sale... Et son regard. Ce bleu… Si douloureux. Le tableau était aussi magnifique qu'atroce. Pour avoir une expression si parfaite de la douleur, le peintre avait dû avoir un vrai sujet devant lui.

Ecosse écrasa son cigare entre ses dents tant il les serrait fort. La main qu'il avait placée sur l'épaule de son cadet se mit à se resserrer machinalement, alors qu'il imaginait les pires scénarios possibles. Là, il était mort d'inquiétude. Vraiment.

Ses pupilles verdoyantes allèrent se fixer sur la lettre accompagnant le cadeau. D'un geste hésitant, il la prit et s'écarta, laissant les autres contempler l'œuvre mortuaire. Cette lettre l'intriguait. Elle venait directement de la plume de Ludwig pour s'adresser directement à Arthur. Elle devait donc avoir un sens particulier, autre que simplement politique. C'était de ce fait un indice probable.

« Vois-tu, cher Arthur Kirkland, en Allemagne aussi, nous savons nous amuser ».

Ecosse n'avait certainement pas les clés pour comprendre pleinement ce message, chose qu'Arthur devait posséder, et qui expliquait sa réaction. Il jura derrière sa barbe en fixant son frère sombrer dans les remords et dans la rage. Allemagne reçut un panel complet de malédictions, d'injures, profanées par un Anglais au bord de la crise de nerf, les yeux gonflés et rouges, tant de colère que de tristesse. Puis, derrière ces deux sentiments, à peine perceptible, brillait un dégoût manifeste, le dégoût de celui qui s'était fait avoir à son propre jeu et qui en payait les frais. Oui, il savait déchiffrer cette lettre. Et ça lui faisait mal.

Qu'est-ce que Francis et Arthur avaient bien pu faire à Allemagne par le passé pour obtenir pareil message et pareille vengeance ?

O*0~.o.~0*O

Ecosse fit une moue attristée en contemplant son pauvre petit frère adoré se morfondre dans son coin. Il se faisait tard et le petit était supposé se reposer après cette dure journée de réunions politiques. Et au lieu de ça, Oliver faisait comme chaque soir après avoir reçu des rapports négatifs sur l'enquête qu'il avait lancé pour retrouver Lilian, il se mettait en boule dans le salon et plantait un couteau dans une patate piquée à la cave. Très vite, le légume se décomposait et c'était à la table de payer sa race. Ecosse avait renoncé à l'idée de la changer après chaque passage de son petit frère puisqu'il remettait ça systématiquement. Ça lui fendait le cœur de le voir ainsi. Car oui, même s'ils s'étaient cherchés des poux pendant des siècles, ils s'appréciaient tout de même beaucoup dans leur famille. Les disputes n'étaient que bien peu de choses. Puis que son ami le franchouillard se soit fait attrapé, ça le mettait aussi dans une colère noire.

Décidemment, plus rien n'allait. Et pourtant, on pensait avoir touché le fond pendant la Première Guerre mondiale.

Paris était sagement assise sur une chaise, toujours plongée dans ses pensées depuis sa grande traversée. Dès qu'elle sentait une vision pouvant leur être utile, elle se manifestait, mais sinon, elle se contentait d'attendre. Elle avait encore beaucoup de mal à se faire à l'idée qu'elle était devenue bien plus qu'une ville. Surtout, elle avait peur que la scission ne soit trop violente et que Lilian ne devienne vraiment plus que la partie occupée. Là encore, elle espérait qu'il soit resté entièrement maître de l'ensemble du territoire, même malgré ce que lui voulait.

Parce que si Lilian désirait tout oublier pour n'avoir rien à dire à son bourreau, Paris souhaitait qu'il se souvienne justement pour ne pas se laisser engloutir par l'horreur que devenait le territoire occupé.

Que faire si, dans sa folie, Lilian devenait un partisan des idées nazies ?

Non, elle se refusait de croire à ce genre de scénario. Son boss était peut-être une enflure qu'elle rêvait de détrôner, mais là, ça allait trop loin. Puis elle le savait assez fort pour lutter contre Karl.

On toqua timidement à la porte.

Soucieux de son comportement, Ecosse se leva poliment pour accueillir leur invité pendant qu'Oliver continuait de lacérer la table avec son couteau et ses malédictions démoniaques. Il allait finir par dépasser lui-même son compteur d'insultes, à ce rythme. Comptait-il seulement le nombre de pièces qu'il allait devoir donner à sa tirelire fétiche ?

Pays-de-Galle entra, visiblement défait.

C'était pas demain la veille qu'ils allaient recevoir de bonnes nouvelles, apparemment.

« Des infos, petit frère ? s'enquit Ecosse en le débarrassant de ses affaires pour le laisser s'installer au chaud.

_ J'ai mené ma petite enquête et… c'est pas fameux.

_ Quoique tu saches, c'est déjà mieux que rien.

_ Je suis allé incognito à Paris en justifiant une visite diplomatique pour avoir la paix, commença-t-il. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai vu que Karl était lui-même venu pour m'escorter… »

A ces mots, Oliver arrêta sa macabre activité avant de tourner sa tête très, très, très lentement vers son frère, l'oreille attentive. Paris en fit de même, mais avec un air moins psychopathe que le Britannique, dont le corps était parsemé de tics incontrôlables.

« Il a compris tout de suite que je cherchais des informations sur Lilian. Et il ne l'a même pas mal pris. En fait, ça l'amusait plus qu'autre chose. Avec son petit air satisfait, il m'a amené jusqu'à… jusqu'à la maison de France… et… elle… était…

_ Respire, conseilla Ecosse dont la gorge commençait à se serrer. Prends ton temps.

_ Sa maison… elle était carbonisée… »

Angleterre poignarda violemment la table dans un bruit sec et vif, visiblement hors de lui.

« Karl a ri… et il m'a expliqué que Lilian s'était fait explosé… et… son corps a été récupéré parmi les débris peu de temps après. Mais il ne m'en a pas dit plus… Je ne sais toujours pas où il est… Enfin, on sait déjà qu'il ne doit pas être… en pleine forme ».

Angleterre poignarda à nouveau la table avant de tirer le couteau vers lui pour écarteler le bois ciré.

« Et… il m'a donné un cadeau pour Oliver, finit-il avec un coup d'œil gêné vers son petit frère ».

Après un soupire, Pays-de-Galle se redressa et partit fouiller dans son sac. Il en ressortit une sorte de cylindre emballé dans du papier cadeau de mauvais goût. Au sommet, une petite carte était collée, face cachée.

Dans un silence critique, le Britannique se leva de sa chaise, les yeux ouverts si grands qu'ils étaient prêts à lui échapper en sortant de leur orbite. Quant à ses lèvres, elles étaient closes en une mince ligne rigide. Autour de lui, ce fut le calme plat. Ses bras attrapèrent fragilement le cadeau pour le poser sur la table.

« Il m'a dit de te dire…, reprit son frère, … que… que c'était mieux de lire la carte après… »

Oliver émit un léger « Tss » en extrayant la carte de sa prison de colle pour la poser à côté du paquet. Ses doigts arrachèrent sans ménage la couche de papier et il commença à apercevoir une sorte de bocal cylindrique en verre. Interloqué, il retira plus doucement le paquet cadeau jusqu'à l'écarter complètement, l'ouvrant en deux pants autour de l'objet.

Il vit. Comprit. Hurla.

Personne ne s'y était attendu, la surprise fut donc totale. Ecosse avait déjà vu son frère benjamin enragé, mais jamais à ce point. On eut dit une machine de mort lancée à pleine puissance. Oliver ne désirait plus que de se repaître du sang de son ennemi.

« Lilian…, implorait-il. Lilian. Lilian. My dear Lilian… »

Ecosse jugea préférable de l'éloigner du cadeau avant qu'un regrettable accident n'arrive. Il lui attrapa donc le coude pour le tirer en arrière, mais lorsque ses yeux se retrouvèrent confrontés à une autre paire, violette, morte, il ne put s'empêcher de sursauter et de prendre peur.

Les yeux de Lilian.

Ses yeux, enfermés dans un bocal, entouré d'un liquide anti-décomposition.

Quelle ignoble farce. Tous étaient mortifiés de l'humour noir dont semblait s'être épris l'Allemand. Si Gilen voyait ça… Ecosse se demanda en toute justesse combien de temps il fallait à une Nation pour remplacer une partie manquante de son corps.

Oliver, après s'être quelque peu calmé, s'arracha à son étreinte, chancelant, pour attraper la lettre et l'ouvrir rageusement, oubliant que ses mains tremblaient et l'empêchaient de lire correctement.

Lorsqu'il décrypta enfin le message, il sembla se décomposer sur place.

« It's my fault… »

D'un geste doux, son frère aîné vint à lui pour l'inviter à poser sa tête sur son épaule, le laissant décharger sa tristesse dans une étreinte réconfortante. Puis avec habilité, il parvint à lui prendre la carte des mains pour la porter à ses yeux, réconfortant son frère d'une tape amicale sur la tête.

« Vois-tu, mon ami Kirkland, en Allemagne aussi, nous savons nous amuser ».

Comment ça ? Quel amusement ? De quoi parlait-il ? Quelle était la valeur de ce « aussi » ? Ce message était-il une réponse à une lettre venant d'Oliver ? Un message cynique à une lettre provocatrice ?

Vu comment l'Anglais s'en voulait, il devait y avoir eu une histoire de ce genre.

En tout cas, la vengeance de Karl était totale.


Je n'ai rien à ajouter, me regardez pas comme ça ! Vous ne pensiez pas que la Seconde Guerre mondiale était rose, donc c'est logique qu'il y ait ce genre de scène (bon, j'avoue, je teste mes limites d'écritures en glissant sur une pente dangereuse, mais c'est pour la bonne cause !)

Je précise que je n'ai rien contre Allemagne. Je suis d'ailleurs persuadé qu'il n'était pas lui-même! T.T Il est trop mignon pour faire ce genre d'erreurs en toute connaissance de cause... Et il a des circonstances atténuantes!

Puis bon, rassurez-vous avec l'idée que, dans le « présent », ça va aller en s'améliorant ! Et je viens à l'instant de m'apercevoir que j'ai fait un renversement de situation de tous les diables… Au début, dans la partie « passé », ça allait, c'était les plans et stratagèmes et tout et tout… alors que dans le « présent », c'était la merde ». Et là, c'est l'inverse !

Purée ! Coup de génie ! /Brique/ Ok, coup de chance, j'avoue !

Merci d'avoir lu, en tout cas !

Ne me tuez pas trop (j'espère que mon public est toujours aussi sadique et ouvert).

Biz' !