Raphi5930 : Tu m'aurais dit que tu soupçonnais pas Robin, ça m'aurait étonnée... ;p en plus, le chapitre précédent a ravivé ta haine contre lui...

Guest : Je suis contente que l'histoire de Lily t'intéresse :D On glane de minis infos ici et là... Regina est peut-être folle mais elle est loin d'être bête. Les fous et les prisonniers ont toujours de la suite dans les idées...

Guest : Le divorce est plus au programme, on a des trucs plus urgents pour le moment ^^ mais tu peux cracher ton venin sur Robin xP

Je vous laisse vous répartir en Team Muffins et Team Juice x) A moins que quelqu'un ait une autre théorie ?

Bonne lecture ! *s'en va manger des muffins et boire du jus d'orange*


Les jours avaient été éprouvants, vagues. Emma s'en souvenait à peine si ce n'est que Lily était là, tantôt adolescente ou adulte, énergique ou mourante. Certaines visions lui donnaient encore des frissons. Emma se rappelait être restée là, simplement, assise, à l'observer sans jamais se lasser. Elles avaient parlé, ri. Lui parler avait fini par ne plus paraître absurde.

Emma avait aussi souvenir d'avoir voulu agrandir l'appartement et d'avoir essayé de pousser les murs. Lily l'avait soutenu dans son entreprise, bien qu'infructeuse et impossible.

Ruby ou Killian étaient passés dans la semaine pour s'assurer que tout allait bien, peut-être même étaient-ils passés tous deux. Elle savait pas vraiment s'ils étaient passés en coup de vent ou s'ils étaient restés. Emma ne s'en étaient pas souciée. Elle n'avait pas faim mais sa gorge sèche réclamait de l'eau. Elle lui avait parlé, elle en était certaine bien qu'elle ne s'en souvienne plus très bien. Elle réalisa qu'elle avait pleuré en se rendant compte de la trace salée que ses larmes avaient laissé sur ses joues.

Puis Lily avait fini par quitter son esprit. Il lui avait fallu une semaine pour arrêter définitivement ses apparitions. Son absence avait été douloureuse, aussi déchirante que la première, bien qu'Emma sache que son départ se corrélait avec son retour à la normal.

D'autres visions plus effroyables que Lily avait accompagnée cette semaine. Emma avait vu une poubelle publique claquer des mâchoires devant elle. Elle avait vu l'eau de sa paume de douche devenir subitement rouge avant de revenir aussi claire qu'avant. Elle avait eu de grosses difficultés à se concentrer sur les choses et lire était devenue une tâche momentanément impossible. Les lettres étaient floues et ce, peu importe ce que mettait en place Emma pour remédier au problème. Sa bouche était sèche et pâteuse, comme si elle émergeait d'un profond sommeil. Le jour de sa dernière visite à Saint-Thomas demeurait flou et lui revenait par brides. Sa semaine était moins obscure bien qu'elle n'en garde pas un souvenir vivace. Cependant, des trous noirs crevaient toujours son souvenir des derniers jours. Ni Ruby ni Killian n'avaient jugé pertinent de parler de cette semaine avec Emma, sachant qu'elle trouverait une parade pour ne pas leur répondre.

Elle avait pris une semaine de congé et était restée enfermée dans son petit appartement, le temps de retrouver pleinement ses esprits et ses capacités. Ruby s'était chargée de prévenir Gold et de tout mettre en ordre. Emma posait rarement ses vacances et cette semaine de congé ne suscita pas trop d'interrogations de la part du patron. Killian avait pris en main ses dossiers en cours afin qu'elle n'accumule pas de retard.

Il était tard et Emma parcourait pour une énième fois le petit carnet du regard. Elle le lisait encore et encore, y cherchant désespérément une réponse. Elle se frotta les yeux et soupira. Elle récita encore une fois à voix haute, dans l'espoir que ceci finirait par faire sens à ses oreilles :

« Je suis la Reine...Le petit Prince est roqué... C'est la partie immortelle... »

Elle lâcha un profond soupir et relut encore une fois le carnet. Regina se désignait comme étant la pièce la plus forte de l'échiquier... Elle est logiquement assujettie au Roi... Mais qui était le Roi ? Son mari ? M. D'Arque, le directeur de l'hôpital ? Il n'y a pas de Prince aux échecs, Killian avait raison et ce, peu importe l'échiquier. Mais si Regina était la Reine alors le Prince pourrait désigné son fils, Henry.

« Le petit Prince est roqué », répéta Emma.

Le roque était une stratégie bien connue. En tant normal, elle s'appliquait exclusivement au Roi mais ici... Emma se pinça les lèvres. Le roque du petit Prince désignait la mise en sécurité de son fils, quelque part dans un recoin de l'échiquier. Restait à découvrir si Regina avait caché les coordonnées quelque part...

Emma tourna une page et s'arrêta encore une fois sur le même passage. L'écriture était tantôt droite et fine, tracée d'un mouvement assuré tantôt grossière et dégoulinante. On pouvait clairement déceler au fil des pages, l'évolution ou du moins la certaine décadence de son état mental. Regina parlait de sa vie au sein de l'hôpital mais là, juste à cet endroit, elle faisait mention des pièces d'échecs.

« Aux échecs, il faut faire attention avant de jouer. Il ne faut pas jouer trop vite et rester attentif. »

Les mots étaient écrits avec force et semblaient presque gravés dans le papier. C'était la seule phrase de tout le carnet à avoir été écrite ainsi. C'était la seule phrase dont les traits avaient été retracés plusieurs fois.

« Je suis la Reine. Le petit Prince est roqué. C'est la partie immortelle. Sortir la Reine est risqué mais c'est ce qui permet le déploiement des pièces et empêche les blancs de roquer. Ce n'est pas un zugzwang. La Licorne doit appuyer la Reine pour l'échec au Lion et libérer mon petit Prince. »

Emma songea qu'elle avait du juste. Le petit Prince désignait Henry et ceci expliquait l'emploi du possessif. Emma se souvenait que la partie qu'avait disputée Anderssen et Kieseritzky était restée dans les esprits sous le fameux nom de ''partie immortelle ''. L'ouverture s'était faire en Gambit du Roi puis Kieseritzky avait sorti sa Reine pour empêcher le camp adverse de roquer et de mettre le Roi en sûreté... Cependant, la Reine était mal placée et c'est une des erreurs qui lui avaient coûté la victoire.

Les coups étaient nobles, risqués quoique maladroits mais Anderssen en était ressorti vainqueur, parce que son adversaire avait commis une erreur. Le coup de grâce avait été brillamment mené par un Fou et deux Cavaliers. Mais Emma se souvenait que durant cette partie mémorable, Anderssen avait sacrifié un Fou, deux Tours et sa Reine...

Elle ne savait plus à laquelle de ses reines, Regina se comparait...

La mention d'un Lion l'intriguait également. Le Lion était une pièce au Fairy Chess. Son déplacement était comparable à celui du Roi, à la différence près qu'il était apte à se mouvoir de deux cases à la fois. Le Lion pouvait par conséquent désigner un Roi avec un large champ d'action... Si Regina était la Reine alors M. Wood était logiquement le Lion... Mais cela pouvait aussi faire référence au directeur de Saint-Thomas... Emma soupira.

Elle tourna la page. Se faisant, ses doigts glissèrent sur la phrase que Regina avait écrite avec tant d'insistance. Les mots apparaissaient en relief de l'autre côté de la page qui était vierge de toute écriture. Ceci marquait la fin du carnet. Elle passa distraitement ses doigts le long de la page et sentit quelque chose. Elle approcha alors le carnet de sa lampe de chevet. Emma prit le coin de la page entre ses doigts et le leva afin que la lumière traverse le papier. Il y avait des trous. Emma dit défiler plusieurs pages du carnet. Il n'y avait qu'une seule et unique page de tout le carnet à être ainsi trouée et c'était celle qui parlait du jeu d'échecs. Elle scruta la page avec attention. Chaque trou transperçait consciencieusement une lettre. La lumière s'infiltrait à travers les petits trous et délivraient le dernier message caché dans ce carnet.

« A... I... » lut Emma pour elle-même.

Ses yeux parcoururent les autres lettres qui avait été transpercées délicatement et minutieusement. Elle posa le carnet et écrivit prestement le message que Regina y avait caché. Elle sauta de son lit pour appeler Killian. Elle avait là une preuve irréfutable à ses yeux. Regina n'était pas folle.

Le message qu'avait caché Regina entre ses pages étaient un appel silencieux. Il avait été le fruit d'un vain espoir d'être un jour entendu. Ce message ne contenait que deux petits mots, lourds de sens :

Aidez-moi.

Emma bondit du lit et laissa le carnet derrière elle. Elle arracha le câble qui rechargeait son portable et chercha frénétiquement son numéro. Elle trépignait sur place, impatiente de lui annoncer la nouvelle.

- « Allo... ?, fit une voix ensommeillée à l'autre bout du fil.

- Elle est pas folle, s'écria Emma extatique. Elle avait caché un message dans son carnet ! Elle a fait toute une métaphore avec le jeux d'échecs pour pas que ce soit découvert et elle croit que son fils est vivant. Je sais pas comment mais elle le pense et j'ai du mal à voir comment une folle pourrait cacher un tel message si c'est pas une preuve qu'elle a toujours toute sa tête. »

Elle termina sa tirade, le cœur battant, attendant que son interlocuteur partage son enthousiasme. Ne l'entendant pas, elle recula le téléphone de son oreille et vérifia qu'elle était toujours en correspondance avec lui.

- « Killian ?, l'appela-t-elle. Tu dors ?

- … Je dormais, fit-il la bouche pâteuse. Tu pouvais pas me dire ça demain, au bureau ? »

Elle l'entendit bailler. Elle continua de plaider sa cause et marchait au fil de ses paroles. Elle repartit dans sa chambre pour prendre le carnet et repartit dans la cuisine. Elle l'ouvrit sur la petite table de la cuisine et relut ce qu'il y avait d'écrit afin de citer Regina le plus justement possible. Elle entendit Killian bailler à l'autre bout du fil. Elle avisa l'horloge et réalisa qu'il était 2h passé.

- « Alors, Swan, quelle idée as-tu en tête ?, demanda-t-il.

- On va roquer la Reine.

- On ne peut pas enlever la reine de Saint-Thomas sous prétexte que tu as eu une hallucination et qu'elle a laissé un pseudo message codé dans son journal intime..., évoqua-t-il avec raison.

- On va roquer la Reine, soutint Emma. Elle est pas folle.

- D'accord, Swan, soupira-t-il. On verra ta théorie demain. Si ça ne te dérange pas, j'aimerai dormir... à moins que tu ne veuilles me rejoindre. »

Elle l'entendit sourire et s'amusa qu'il soit apte à ce genre d'humour même dans un demi sommeil.

- « Je te laisse, sourit-elle.

- A demain. Repose-toi, Swan.

- A demain. »

Emma raccrocha. Son petit appartement baignait dans un faible halo de lumière. Tout était silencieux. Elle ne pouvait rien faire tant qu'il ferait nuit... Cependant, elle pouvait encore collecter quelques informations. Elle repartit dans sa chambre et ouvrit son armoire brinquebalante. Sous la penderie, elle extirpa son ordinateur portable. Elle se jeta sur son lit, ouvrit l'ordinateur et l'alluma. Elle voulait absolument se renseigner sur l'accident du petit Henry Wood.


Elle prenait consciencieusement des notes. Ses longs cheveux s'éparpillèrent sur sa feuille et elle les remit machinalement dans son dos. Sa chevelure brune était teintée de mèches rouges. Le stylo écrivit encore quelques mots sur le papier.

- « Donc vous avez choisi de vous tourner vers le secteur médical ?, demanda encore Ruby.

- Oui, c'est exact. Ma mère est morte alors que j'étais très jeune... des suites d'une maladie. J'ai toujours admiré cette profession.»

La femme posa un plateau sur la table basse. Elle servit un peu du contenu de la théière dans une tasse de porcelaine avant de la poser devant Ruby. Cette dernière posa son stylo. Elle détailla l'infirmière dont les cheveux si noirs rendaient son teint d'un blanc éclatant.

- « Donc, Mlle Blanchard, reprit Ruby. Comment se passe votre stage à Saint-Thomas ?

- Et bien, commença Mary Margaret, mon stage va bientôt se terminer. J'y suis depuis presque un an.

- Mmmh, fit Ruby en prenant des notes.

- C'est la première fois que je travaille dans un hôpital psychiatrique et je dois admettre que c'est assez déroutant au début.

- Déroutant ?

- Les patients sont parfois... surprenants, attendrissants aussi... Mais je dois admettre qu'ils peuvent être effrayants, en de rares occasions.

- Vous avez un exemple ?

- Une patiente m'a agressée. »

Mary Margaret conta alors brièvement comment l'incident s'était déroulé et comment il avait été maitrisé. Ruby nota l'intervention d'un collègue, plus pour s'occuper et donner une fausse impression d'assiduité que pour se rappeler l'importance d'un tel détail. Ruby remarqua que l'infirmière devenait moins loquace lorsqu'il s'agissait de mentionner ses collègues.

- « Vous aimez les patients mais pas vos collègues ?, demanda-t-elle innocemment.

- Oh, il y a certains collègues qui sont très appréciables en tant que personne, intervint Mary Margaret.

- D'autres moins ? », insista Ruby.

Mary Margaret fit la moue et parut hésiter.

- « Vous me garantissez que cet entretien est anonyme ?

- Absolument.

- Et bien..., il y a un collègue qui ne respecte pas la procédure. Il est... dur avec les patients, nuança Mary Margaret d'un air coupable.

- Qu'est-ce que vous entendez par là ?

- Il se montre cruel et...

- Qu'est-ce que vous entendez par ''ne respecte pas les procédures'' ?, cita Ruby en griffonnant les informations avec empressement.

- Certains patients suivent un traitement peu commun. Il s'agit de la sismothérapie, la thérapie par électrochocs. Normalement, la patient doit être sous anesthésie mais ce n'est pas le cas.

- Vous en avez parlé ?

- Oui, mais le directeur n'a rien fait. Je sais que les patients peuvent... être déboussolé et tenir des propos incohérents mais cette patiente n'aurait pas pu imaginer ce qu'elle racontait. »

L'infirmière évoqua ensuite les procédures du personnel et l'échange glissa doucement vers les procédures de sécurité.

- « Vous vous y sentez en sécurité ?, demanda Ruby avec inquiétude.

- Oui, bien que le personnel manque un peu..., avoua Mary Margaret. Les murs qui encadrent le bâtiment rassurent. Les patients ne peuvent pas s'échapper et ce, pour leur propre sécurité.

- Et la sécurité au sein de l'établissement ?

- Certaines portes sont sécurisées mais ce sont celles qui donnent dans les bureaux du personnel et celles qui permettent de sortir.

- Pas pour les pièces communes ?

- Si celle de la cafétéria a un système de sécurité mais la porte reste toujours ouverte. »

Ruby se pencha sur son calepin et prit des notes avec assiduités. Mary Margaret but une gorgée de thé tandis que la secrétaire finissait d'écrire son propos.

- « Quel est ce système de sécurité ?, demanda Ruby. Un système à empreinte digitale ?

- Oh non, rit l'infirmière. C'est un code pour le grand portail de l'entrée et la porte du bâtiment. Il y en a un pour entrer et un autre pour sortir. Ils changent tous les mois... Mais les bureaux, eux, s'ouvrent avec les cartes du personnel. »

Ruby hocha la tête et recommença à écrire. Mary Margaret s'éclipsa quelques instants avant de lui tendre sa carte en question. Elle la prit et l'observa avec attention, essayant de déceler le moindre détail...

- « Est-ce que je pourrais avoir du lait pour le thé, s'il vous plait ?, demanda-t-elle dans un sourire poli.

- Oui, bien sûr. »

La secrétaire d'Emma vit l'infirmière quitter la pièce. Dès que celle-ci eut quitté son champ de vision, elle dégaina son téléphone portable. Elle prit un cliché du recto où figurait une photo de la titulaire de la carte ainsi que les informations d'usage. Ceci pourrait servir si Emma prévoyait d'en faire une imitation. Puis elle la retourna et photographia le verso qui était des plus intéressants car comportant le listing des codes de l'année. Ceux-ci changeaient une fois par mois. Ruby rangea soigneusement son téléphone dans sa poche lorsqu'elle entendit l'infirmière revenir vers elle.

Mary Margaret versa du lait dans la tasse. Ruby l'en remercia et visa la tasse de son contenu. Elle resta encore un petit quart d'heure à discuter de l'hôpital Saint-Thomas puis Ruby décida qu'il était temps de finir cet entretien. Elle rangea ses affaires et se leva pour serrer la main de Mary Margaret.

- « Merci beaucoup de m'avoir accordé un peu de votre temps, la remercia Ruby.

- De rien, sourit Mlle Blanchard. J'espère que j'ai pu vous aider...

- Oui, beaucoup.

- Vous allez donc postuler pour un poste en hôpital psychiatrique ?

- Oui, mentit-elle avec habilité. Je dois avouer que cela suscite mon intérêt. »

Ruby continua sa mise en scène. Elle argumenta sa motivation pour cette profession. Elle bavarda ensuite un peu avec Mary Margaret, le sujet s'éloignant de son but premier. Puis quand elle en eut l'occasion, elle disposa et repartit avec les informations qu'Emma attendait avec impatience.


Emma conduisait la voiture à vive allure. Elle l'avait déjà interrogé à plusieurs reprises et il avait consciencieusement choisi un véhicule commun, aux lignes communes qui serait difficilement identifiable.

Killian devait admettre qu'il n'était pas tout à son aise. Il ajusta sa position sur son siège et attrapa la poignée au plafond, sachant pertinemment que ce geste visait plus à le rassurer plus qu'à le sauver en cas d'éventuel accident.

- « Tu vois, je le savais, clamait Emma pour la énième fois.

- Oui, oui, approuva Killian. Tu avais raison. Mais tu pourrais rouler moins vite ?

- Elle a caché un message, tu te rends compte ? Elle est pas maboule, c'est un génie ! On va la sortir de là dans la journée.

- Tu es sûre que ça va marcher ?, demanda son ami avec inquiétude.

- Oui, fit Emma confiante. Ruby a eu toutes les infos via l'infirmière stagiaire. Puis elle a piraté différents dossiers... les plans de l'hôpital, l'emploi du temps du personnel...

- On pourra avoir de sacrés ennuis si on se fait prendre.

- Mieux vaut demander pardon que la permission. » conclut-t-elle avec sagesse.

Elle gara la voiture puis coupa le moteur. Elle se connecta à sa boite mail sur son téléphone et écrivit un message qu'elle sauvegarda dans ses brouillons avant de se déconnecter.

Comme l'en avait informée Ruby, l'accueil était désert. L'employé en charge de les accueillir était actuellement en pause et il s'éterniserait sous prétexte de ''fumer une dernière cigarette''. Ils se rendirent dans la salle commune. Il y avait là trois infirmières qui s'occupaient de donner le traitement aux patients. C'était le moment le plus propice pour intervenir : trop occupées par les patients, elles ne s'attarderaient pas sur leurs présences.

Killian se dirigea vers l'une d'entre elles et lui demanda quelque chose et se présenta comme le nouvel infirmier stagiaire. Pour en attester, il lui montra sa carte. L'infirmière fit venir une de ses collègues. Personne n'avait été informé de sa venue et pour cause : il n'existait pas. Sa carte d'employé de Saint-Thomas était aussi fausse que le sourire enjôleur qu'il avait collé à ses lèvres.

Emma se dirigea discrètement vers le canapé de la salle.

« Hey, c'est moi » souffla-t-elle.

Regina quitta la télévision du regard et regarda son interlocutrice sans la voir. Son regard était éteint et son visage dépourvu de toute expression. Regina ne reconnut pas cette femme aux cheveux bruns étrangement raides sous ce chapeau à large bord... Cependant, ses yeux verts lui rappelèrent quelqu'un...

« Venez, il faut y aller », déclara l'avocate en lui prenant la main.

Regina ne dit mot et se laissa guider. L'avocate la conduisit jusqu'aux toilettes. C'était désert. Emma entraina Regina avec elle dans une cabine et referma derrière elles. La voyant toujours aussi apathique et perdue, Emma retira son chapeau et sa perruque un court instant pour dévoiler sa véritable apparence et ses cheveux blonds. Elle se recoiffa ensuite de sa perruque et de son chapeau.

- « C'est Emma Swan, vous vous rappelez de moi ? Je suis venue il y a pas longtemps.

- … Oui, répondit Regina en la reconnaissant enfin.

- Putain fallait qu'ils vous droguent aujourd'hui... » pesta-t-elle.

Regina se sentit coupable en l'entendant parler si durement. Elle tendit son bras. Elle releva la manche et dénuda son bras. Emma posa son regard sur sa peau.

« Mendell. » expliqua Regina du bout des lèvres.

Emma fronça les sourcils, sentant la colère la gagner. Le bras de Regina attestait de la trace de plusieurs piqures et le bleu était tel qu'il en était devenu noir.

- « Je lui ferai payer à cette tête d'enfoiré, assura l'avocate. Mais on doit sortir d'ici d'abord.

- … Il faut... la licorne... pour Henry...

- Non, on part maintenant. » coupa Emma.

Elle n'avait pas le temps de faire preuve de complaisance et de se montrer compréhensive quant à son délire médicamenteux.

Regina la vit fouiller dans un large sac à main. Comment ce sac était-il arrivé là ? Peut-être Emma l'avait-elle depuis le début et qu'elle ne le remarquait que maintenant... Cela devait être ça... Elle regarda Emma sortir une robe et un chapeau à large bord ainsi qu'une paire de lunettes. L'avocate coinça les lunettes sur le col de son vêtement.

Regina la regarda faire, le regard toujours absent. La brune prit la robe que lui tendait Emma. Elle referma difficilement ses mains autour du tissu. Elle se sentait si faible... Elle avait besoin de dormir.

- « Hey, on se réveille, l'interpella Emma. Changez vos habits, on va y aller.

- On va où ?

- On va dehors, loin d'ici. »

La notion même de ''dehors'' était obscur. Tout se limitait à Saint-Thomas, le reste n'existait pas. Elle n'arrivait pas à se faire obéir de son corps.

Emma rabattit le couvercle des toilettes et incita Regina à s'y asseoir.

« Je m'excuse d'avance pour ce que je vais faire, expliqua-t-elle, mais on a vraiment plus le temps. »

Emma s'agenouilla et tira sur le pantalon. Regina sentit vaguement le tissu glisser le long de ses jambes. Elle tenta de lever ses pieds pour aider Emma dans sa tâche mais elle avait l'impression qu'ils étaient englués dans le sol. Emma se releva et attrapa le bas du haut blanc tacheté. Elle le fit passer par-dessus sa tête. Les vêtements informes et ternes de Regina chutèrent sur le sol.

Emma prit la robe des mains de Regina.

« Allez debout. » la pressa-t-elle.

Regina se hissa sur ses deux jambes et Emma l'aida à ajuster son équilibre. Emma s'accroupit et l'aida à mettre ses deux pieds dans la robe. Elle se redressa ensuite, habillant le corps de Regina du tissu. Elle était ample et noire c'était une robe anodine qui n'attirerait pas l'attention. Le décor tourna et prit Regina par surprise. Elle s'appuya sur Emma puis ses jambes rechignèrent à la porter. Emma s'appuya sur la paroi de la cabine pour ne pas tomber à son tour. Elle tentait péniblement de remonter la fermeture éclaire de la robe et avoir Regina ainsi appuyée sur elle ne lui facilitait pas la tâche.

- « Non, non, non, marmonna Emma. C'est pas le moment. Faites un effort pour tenir debout.

- Je peux pas... » souffla la brune.

Le zip de la fermeture attesta qu'Emma avait terminé sa tâche. Regina tenta de de tenir debout par elle-même, s'aidant néanmoins d'une main posée sur la paroi de la cabine. Emma remarqua que sa tête oscillait dangereusement.

Emma attrapa son visage et incita Regina à la regarder. Les yeux de la brune regardèrent dans sa direction mais ils n'arrivaient pas à se fixer sur elle. Regina la transperçait du regard, sans la voir. Emma fronça les sourcils, tâchant de paraître sévère et résolue.

« Je peux pas vous faire sortir toute seule. Il va falloir marcher. Si vous tombez, je vous laisse ici, la mit-elle en garde. Je vous préviens j'hésiterai pas à le faire, c'est compris ? »

Regina hocha la tête. Cette menace eut le mérite de la réveiller quelque peu. Emma la lâcha doucement, prenant garde à ce qu'elle ne vacille pas.

Regina regarda l'avocate fouiller à nouveau activement dans son sac. Emma lui attacha ses cheveux bruns et une queue de cheval. Elle passa du rouge sur ses lèvres, s'appliquant à ne pas dépasser.

« Ça peut paraître superflu mais croyez-moi, l'apparence ça joue beaucoup. Les Yankees gagnent parce que les adversaires sont fascinés par leurs rayures. » se justifia Emma en rageant son matériel dans son sac.

Elle lui tendit la paire de lunettes de soleil qu'elle avait accroché au col de son vêtement. Regina les posa machinalement sur son nez. Sa vision déjà floue devint obscure. Elle en était presque aveugle.

« Il y a du soleil dehors, informa Emma. Ça ne semblera pas bizarre. »

Emma sortit une paire de chaussures de son sac.

« Les chaussures sont neuves... Les talons sont minimes mais même avec ça, vous aurez tout sauf l'allure d'une folle furieuse. »

Regina hocha la tête. Emma s'agenouilla ensuite et glissa les pieds de la brune dans les chaussures. Elle attacha la petite sangle autour de ses chevilles et se redressa.

« Et bien, Mlle Mills, quelle allure. » la flatta Emma.

L'avocate sourit mais Regina resta de marbre. Elle était prisonnière de sa tête avant tout et la voix de l'avocate l'atteignait comme un écho lointain. Emma passa une main dans sa perruque qui commençait à lui irriter le crâne, songeuse, et murmura :

« Nous allez me tenir le bras pour ne pas tomber. Vous allez marcher la tête haute. Pensez que... vous avez gagné quelque chose... un oscar ou j'sais pas... Que vous êtes une reine voilà ! Vous êtes une reine et vous marchez... dans la cour de votre palais. Ça vous va ? »

Regina acquiesça, assimilant ce qu'il lui faudrait faire. Emma leva le verrou de la cabine et elle sortirent.

Les talons faisaient un bruit infernal sur le carrelage de l'hôpital. Le cœur de Regina battait avec anarchie dans sa poitrine. Emma sentit la main de la brune se resserrer légèrement autour de son bras. Killian plaisantait à présent avec les infirmières. Il détournait ainsi habillement leur attention de leur tâche première. Ils auraient tôt fait de s'apercevoir de l'absence d'une patiente...

Elles étaient à une dizaine de pas de la porte de l'établissement lorsque quelqu'un les interpella. Regina se crispa en reconnaissant sa voix.

« Attendez ! Vous avez fait tombé ça... »

Mendell s'avança vers elles, tendant un tube de rouge à lèvres. Emma le prit en souriant et le remercia poliment. L'infirmier disposa alors sans chercher à s'imposer plus. Regina soupira et son main se resserra autour du bras d'Emma.

« On y est presque. » dit-elle pour la rassurer.

L'avocate composa le premier code et laissa échapper un profond soupir quand la porte s'ouvrit sans protester.

Elles parcoururent sans encombres les quelques mètres qui les séparaient de l'imposant portail de l'hôpital. Emma enfonça les boutons de métal puis un bip sonore leur signala qu'elles pouvaient ouvrir la porte. Regina était libre.

Killian les rejoignit quelques instants plus tard. Il prit le pick-up et passa le grand portail qu'une infirmière avait ouvert pour lui. Il la salua, accompagnant son geste d'un sourire enjôleur et sortit de Saint-Thomas.

Il s'arrêta à quelques mètres, juste le temps pour qu'Emma et Regina s'engouffre dans le véhicule. Il démarra aussitôt. Emma éclata de rire, comme une enfant qui vient commettre une bêtise. Elle se défit de son déguisement et laissa son sac sur la banquette. Elle s'approcha du dossier du siège de Killian et s'exclama :

- « On a failli se faire prendre par l'autre infirmier ! Puis il est parti. J'ai cru que mon cœur allait lâcher !

- Content de voir qu'il y en a une qui s'amuse..., commenta-t-il.

- Roh ça va ! Personne nous a vues et Ruby nous a assurés que les caméras marchaient pas. C'est du flan leur surveillance.

- Dommage que les infirmières soient les seules à se souvenir de mon doux visage..., se chagrina Killian. Et comment va notre évadée ? »

Il ajusta le rétroviseur et lança un coup d'œil à Regina. Cette dernière avait retiré son chapeau et ses lunettes. Elle regardait à présent par la fenêtre défiler le paysage qui l'éloignait sans cesse un peu plus de cette prison psychiatrique.

- « Je crois qu'on l'a droguée avec ses médocs, expliqua Emma. Elle est complètement à l'ouest.

- Espérons que ce n'est qu'une conséquence de son traitement.., marmonna Killian.

- Je t'ai entendu, lui fit-elle remarquer. Elle est shootée mais elle a marché comme une reine et a pas attiré l'attention de l'autre tête de con. Si elle était tombée, on aurait été dans une merde pas possible...

- C'est qui celui-là ?, demanda Killian.

- Mendell... », souffla Regina.

Le trajet s'effectua en silence. Emma demandait de temps à autre à Regina si elle se sentait bien et la brune hochait la tête, ne répondant que rarement. Son monde était encore flou, le son n'était pas distinct. Tout manquait de consistance et de réalité. Elle ne réalisait pas encore qu'elle était libre.

Arrivés à New-York. Killian se gara derrière la coccinelle jaune.

- « Tu vas rendre la voiture ?, demanda Emma.

- Oui.

- Tu as bien donné des faux papiers ?

- Oui, assura une nouvelle fois Killian. Je ne suis pas un débutant, je te le rappelle. J'ai plus d'expérience que toi. Et le type chez qui j'ai pris la voiture est pas organisé dans ses papiers. Les flics auraient un mal fou à s'y retrouver.

- Je sais que tu es un pro, je voulais juste m'en assurer. » sourit-elle.

Elle descendit du véhicule et fit le tour pour ouvrir la portière à Regina.

« Venez, je vous emmène dans votre nouveau chez vous. »

Regina sortit de la voiture pour monter dans la coccinelle jaune. De l'intérieur, le véhicule paraissait moins criard. Emma fit un signe de la main à Killian et la coccinelle partit. Regina n'en était pas certaine mais le véhicule semblait prendre des détours inutiles par moment, ce qui ralentissait inutilement le trajet. Emma remarqua que sa passagère n'était pas rassurée.

« J'évite les rues qui ont des caméras. C'est chiant mais on est sûre de pas être suivie. »

Regina se détendit. La coccinelle ralentit enfin s'arrêta dans une rue large bordées de maisons accolées les unes aux autres. Elles étaient coquettes et d'apparence chaleureuse. Emma la fit entrer dans l'une d'elle.

L'avocate referma la porte derrière elle. Regina entendit la clef actionner le mécanisme de la serrure. La brune regarda l'intérieur de la maison, silencieuse. Emma posa son sac dans l'entrée.

- « C'est pas Byzance mais c'est déjà plus cool que votre hosto.

- ...Oui.

- La maison est à moi mais je ne vis pas ici, informa Emma. Je l'ai rachetée sous un faux nom donc personne ne nous trouvera ici. Je m'en sers pour cacher les témoins ou mes clients au besoin. J'ai pas trop confiance en la police... Il est trop facile de se procurer leurs informations. »

Regina hocha la tête.

« Ça va ? » demanda l'avocate en fronçant les sourcils, soucieuse.

Elle semblait ailleurs, physiquement présente sans vraiment être là. Emma mit une main dans le dos de la brune et la guida doucement à travers les pièces. Regina restait silencieuse et étrangement voutée, comme si elle craignait que quelqu'un ou quelque chose ne surgisse et ne l'attaque. L'avocate attribua ce comportement à son séjour à Saint-Thomas.

« Je vous montre la maison et je vous laisse tranquille après. » murmura Emma.

Sur la gauche, on devinait une petite cuisine fonctionnelle, tout juste assez grande pour contenir un grand réfrigérateur ainsi qu'une table et quatre chaises. Les plans de travail offraient assez de surface pour qu'un cuisinier s'y sente à son aise.

Sur la droite, il y avait la salle à manger et le salon qui étaient fondus l'un dans l'autre. Une table et quatre chaises assorties meublaient l'espace. Côté salon, un large canapé de cuir ancien et deux fauteuils rondouillards attendaient que quelqu'un vienne s'y assoupir. Une grande télévision était disposée sur son meuble.

L'escalier était la première chose que l'on voyait en entrant car juste en face de la porte d'entrée. Il montait droit à l'étage où il desservait les pièces deux chambres et la salle de bain. La baignoire était large et il y avait deux lavabos.

La décoration était sobre, presque monochrome et chaleureuse sous certains aspects. On s'y sentait chez soi. C'était sécurisant et accueillant. La maison était propre et paraissait habité bien que les circonstances attestent que cela était rarement le cas.

« Voilà, conclut Emma. Vous connaissez la maison... Vous pouvez prendre une douche, il y a des vêtements dans la commode de la chambre. Mais vous pouvez aussi vous reposez si vous voulez. Si vous me cherchez, je serais en bas.»

Emma descendit au rez-de-chaussée et laissa Regina seule à l'étage. La brune entra dans la chambre dotée d'un large lit dont le matelas était accueillant et généreux. Elle tira un tiroir de la commode. Ce dernier grinça légèrement. Elle prit quelques vêtements qu'il contenait et se dirigea vers la salle de bain.

Elle atteignit difficilement la fermeture éclair de la robe. Ses doigts se refermèrent plusieurs fois sur le vide avant de pouvoir faire glisser la fermeture. Elle laissa la robe choir à ses pieds et ôta ses sous-vêtements avant d'entrer dans la baignoire.

Elle se lava à grandes eaux, ne cessant d'observer la pièce, réalisant doucement qu'elle avait quitté l'hôpital. Elle se sécha et enfila les vêtements avant de sortir de la salle de bain. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle réalisa que l'hôpital avait une odeur et qu'elle ne l'avait plus. Elle se sentait plus légère.

Elle entendit des voix au rez-de-chaussée. Le ton semblait monter. Elle s'arrêta quelques instants, cherchant à déterminer si les voix essayaient de la ramener à l'hôpital. Elle porta une main à son cœur dans l'espoir d'en apaiser l'anarchie des battements.

Elle descendit l'escalier aussi silencieusement que possible. Les voix étaient trop fortes pour s'émouvoir de ce léger bruit. Regina reconnut la voix d'Emma et la voix d'un homme qu'elle ne connaissait pas.

- « Tu sais qu'on pourrait avoir de gros ennuis, dit la voix grave. C'est de l'abus de faiblesse et du kidnapping.

- Elle est pas folle je te dis.

- J'ai vu son dossier.

- Ça veut rien dire !, s'emporta Emma. Elle a laissé un message dans son carnet et...

- Et tu l'as logiquement fait sortir de son hôpital » conclut la voix de l'homme dans une légèreté moqueuse.

Regina se rapprocha lentement. Elle fit glisser ses pieds sur le sol, essayant de ne pas faire craquer ses chevilles.

- « Tu penses donc que j'ai simulé quand j'ai pété les plombs 'y a deux semaines ?, accusa Emma.

- Toi non, mais elle, on ne sait pas.

- On est sur une grosse affaire. Son mari c'est...

- Robin Wood je sais. Tu sais aussi qu'il fera tout pour la retrouver. Il l'aime.

- Elle est en sécurité ici, affirma Emma.

- Sous réserve que tu ne sois pas le danger en question. »

Regina passa doucement la tête dans l'ouverture de la porte. Emma faisait face à un homme. Il avait les cheveux courts que l'on devinait ondulés et une barbe minutieusement taillée mais ce qui frappait Regina c'était son uniforme de policier. Il avait une arme et une étoile de shérif à sa ceinture. Son souffle se bloqua dans sa poitrine. On allait la ramener dans cet enfer. On allait de nouveau l'enfermer.

Emma réalisa sa présence et la colère quitta son visage, prenant une expression plus engageante.

« Mlle Mills, je vous présente Graham Humbert. Il est shérif. »

Graham se retourna vers Regina et cette dernière recula prudemment d'un pas. Elle ramena ses mains jointes contre son cœur. Elle serra les poings, prête à se défendre. Emma la rassura aussitôt, réalisant son erreur :

- « Tout va bien. C'est un ami de longue date. Il va suivre votre affaire depuis l'intérieur pour être sûr qu'il ne vous arrive rien.

- Tu es bien sûre de toi, sourit Graham.

- Parce que tu vas m'abandonner ?, le défia-t-elle gentiment.

- Bien sûr que non... Je dois retourner travailler. S'il y a quelque chose à son sujet, je te préviens.

- Tu pourras me donner le dossier ? » s'empressa de demander l'avocate.

Graham acquiesça. Il salua Regina d'un signe de tête et Emma le raccompagna devant la porte d'entrée. Regina garda le silence et ne bougea pas. Elle entendit cependant le shérif et l'avocate et échanger quelques mots dans un murmure qu'ils espéraient discret.

- « Tu fais ça parce qu'elle lui ressemble mais elle n'est pas elle, la prévint Graham.

- Je sais qui elle est, dit Emma d'un ton sec. Je sais très bien qu'elle n'est pas Lily et je suis certaine qu'il y a quelque chose de pas net dans cette histoire. »

Regina fronça les sourcils : qui était Lily ? Elle n'était pas Lily. Si cet homme avait raison alors Maitre Swan était venue la chercher pour l'unique motif d'une ressemblance physique et...

Emma reparut dans la pièce, lui faisant face.

- « Vous avez faim ? Il y a un truc qui vous ferait envie ?

- Non... J'ai mal à la tête. », répondit-elle.

Emma grimaça, contrariée.

- « Je ne peux rien vous donner tant que je ne sais pas avec quoi ils vous droguent. Ça pourrait avoir un effet secondaire et je ne tiens pas à ce que vous creviez pour un doliprane.

- ..Je vais dormir.

- Attendez, vous devez encore m'aider. »

La formulation était troublante. Après deux ans passés entre quatre murs et à être traité comme moins qu'un être humain, il état vraiment étrange qu'on s'adresse à elle ainsi.

« Vous devez me donner un peu de cheveux, d'urine et de sang. »

Regina fronça les sourcils, indécise. Emma sortit de son champ de vision et revint avec une seringue, un flacon, une bouteille d'alcool et du coton. Les yeux de la brune s'écarquillèrent. Elle chercha du regard un échappatoire.

- « Vous êtes sous l'emprise d'un truc et on sait pas encore quoi. On doit faire ça maintenant, tant que c'est présent et actif.

- Je veux pas., souffla Regina.

- Je vous ai aidée à sortir de Saint-Thomas, vous devez m'aider maintenant, reprit Emma, compréhensive. J'ai besoin de ces éléments pour prouver que vous n'êtes pas folle.

- Je.. Je ne suis pas folle, assura Regina.

- Sans vouloir vous blessez, votre parole n'aura pas de valeur devant la cour mais moi, je vous crois. »

Regina mobilisa le peu de conscience qui lui restait encore. Elle pointa vaguement du doigt le flacon en plastique au couvercle rouge que tenait Emma.

- « Je suis d'accord pour ça et les cheveux mais pas la seringue, trancha Regina.

- C'est non négociable, sourit Emma.

- Et je donne pas... Tous mes cheveux.

- Juste deux-trois, confirma-t-elle. Mais on va faire ça avec la pince à épiler parce qu'il faut les bulbes. Et je sais piquer si ça peut vous rassurer.

- Je veux pas. »

Emma posa son matériel sur la table. Elle imbiba le coton d'alcool et invita Regina à tendre son bras. Bien que réticente et bornée, Emma finit par arriver à ses fins. Elle désinfecta la parcelle de peau qui accueillerait l'aiguille. Elle avait en connaissance de cause, choisir le bras qui n'avait pas souffert de multiples piqures.

« Regardez-moi, ce sera moins douloureux si vous regardez pas. » conseilla-t-elle.

Regina lâcha l'aiguille du regard et regarda Miss Swan. Lever les yeux vers elle demandait trop d'énergie. Elle aurait préféré les fermer et laisser le sommeil la happer.

- « Avec ce qu'on va trouver dans votre sang et dans votre urine, on pourra établir des conclusions plus fiables, expliqua Emma en approchant l'aiguille de son bras. On aura les résultats qui indiquent ce que votre organisme a ingéré au cours des dernières heures. Quant aux cheveux, ça nous permettra de voir si vous avez été empoisonnée de manière chronique. J'ai aussi dû donner tout ça quand j'ai pété les plombs.

- Je... comprends pas..., souffla Regina.

- Ce n'est pas grave. Retenez juste que je suis là pour vous aider... Voilà c'est fini. », termina Emma en retirant l'aiguille gorgée de sang.

Emma scotcha un bout de coton sur son bras à l'endroit où elle l'avait piquée. Regina acquiesça. Ella daigna finalement répondre aux deux autres requêtes de l'avocate. Elle n'était plus en état de réfléchir et de contester. La fatigue martelait sa tête. Elle souhaitait simplement qu'on la laisse tranquille.

« Je peux dormir maintenant ? », soupira Regina, excédée.

Emma acquiesça et la regarda prendre place sur le canapé pour un sommeil bien mérité. L'escalier était trop éprouvant et dormir ici était plus sage. Regina ferma les yeux et replia ses bras sous sa tête pour se constituer un oreiller de fortune. Elle ramena ses jambes contre elle. Quand tout est confus et que tout vous échappe, éprouver son corps et ses limites est le seul ancrage dans la réalité qui subsiste.

« Mais qu'est-ce qu'ils vous ont fait là-bas ? », chuchota Emma.

Regina ne lui répondit pas. Le sommeil l'avait déjà emporté. La brune changea de position et croisa les bras pour conserver sa chaleur. Elle se lova dans ce survêtement informe trop grand pour elle. Le sommeil parviendrait peut-être à apaiser le folie qui obscurcissait encore son esprit.

Le temps des questions viendrait plus tard.


Notes :

Un zugzwang est un ''coup forcé'' aux échecs. C'est le seul coup que l'on peut faire et cela nous met dans une situation difficile.

La mention des Yankees est en référence aux répliques du film Attrape-moi si tu peux : Pourquoi les Yankees gagnent toujours / Ils ont Mickey Mantle ? / Leurs maillots rayés fascinent leurs adversaires.

Je mettrai la suite mercredi !