Titre: Tout travail mérite salaire.

Disclaimer: Les personnages appartiennent à la grande JKR, l'histoire est à moi, à moi, à moiii (pardon)

Rated: M

Résumé: La vie de Draco Malfoy se déroulait sans heurs, jusqu'à ce qu'il fasse la bêtise de trop. Une bêtise qui le conduira à passer un mois en retenue avec la rigide Mme Pince et une certaine Hermione Granger. UA.

Note de l'Auteure:

Bonsoir à tous !

Actuellement, je vous écris du lit de ma chambre d'hôtel, mes parents ayant décidés de nous emmener mes frères et sœurs et moi dans une sorte de roadtrip ! Je m'en plains pas, j'avais besoin de vacances, de voir ailleurs...

En tout cas, je suis extrêmement fière de vous annoncer que j'ai réussi à continuer cette histoire ET que je ne compte pas l'abandonner de sitôt contrairement à ce que pourrait penser certaines. Je suis désolée si l'attente vous a paru vraiment très longue mais j'ai été prise dans beaucoup d'événements et d'états d'âme différents dont un manque tenace d'imagination.

Enfin bref, c'est pas le chapitre dont je suis le plus satisfaite mais je l'aime bien pour plusieurs raisons. Disons qu'il a son charme. Bon, je vous l'annonce direct c'est pas le chapitre le plus joyeux mais je peux déjà vous dire que ça va s'arranger avec le temps. Je ne compte pas tomber dans le drama.

Je ne sais pas quand arrivera la suite sincèrement mais il y aura une suite et le plan du prochain chapitre est presque fini (si je change pas d'avis entre temps, ce qui arrive souvent). Pour celles, qui se poseraient la question, je ne sais pas combien de chapitres fera cette histoire, peut-être une vingtaine ou plus. Ce qui est sûr c'est que j'ai déjà une idée pour après l'épilogue, je vous en dirai plus plus tard. Beaucoup plus tard !

Je remercie encore ma BetaReader CFLM Angel qui corrige toujours mes chapitres plus vite que son ombre ! Et je vous remercie vous pour vos reviews, vos ajouts en alerte ou favoris et votre soutien !

RAR:

Guest: Salut ! Je suis heureuseee que tu aies dévoré ce chapitre ! En effet, j'ai adoré décrire leur voyage en Espagne. Le rapprochement entre Pansy et Ron se concrétise un peu plus dans ce chapitre ! J'espère qu'il sera te combler. Bisous et merci pour ta review !

unepetitefolle: Merci pour ta review ! J'espère que tu apprécieras la suite de cette histoire !

Marion: Désolée pour cette fin sadique. Tu seras tout dans ce chapitre à propos de Bellatrix and co'. Je déteste Ombrage, je l'ai toujours détesté comme bon nombre de fans. Il y a effectivement une référence au cinquième tome concernant le crime d'Ombrage, j'ai toujours été révolté par la gifle qu'elle met à Harry dans son bureau en le traitant de menteur dans le film (par contre je ne me rappelle pas si elle exécute le même geste dans le livre). Merci pour ta review, n'hésite pas à me laisser un autre petit message. Bisous :)

BlackShadow: Rien n'est moins sûr :p Merci pour ta review, à la prochaine !

Rose: Contente que tu aies aimé ce chapitre ! Merci !

Julie: Merci pour ton message ! La suite, la voici !

Maintenant enjoy !


Chapter Thirteen

« Hey ! » salua Théo en entrant dans la chambre de sa petite-amie.

Peintures faites à même les murs, tentures psychédéliques et quelques poufs sur le sol constituaient cette pièce à laquelle le jeune homme avait eu un peu de mal à s'habituer, mais qu'il trouvait aujourd'hui très chaleureuse.

Assise sur son grand lit rond, Luna dessinait comme à son habitude calée sur ses cousins et ses peluches d'enfant. Elle portait une robe à fleurs jaune qui lui descendait jusqu'aux pieds. Elle n'était pas vraiment de saison, mais Luna adorait porter des tenues de Printemps ou d'Été une fois rentrée chez elle. Ça la rendait de bonne humeur.

La lumière du jour filtrait à travers les larges fenêtres de sa chambre et un léger rayon de soleil tombait pile sur la silhouette de la jeune fille, il la trouvait belle. Limite trop bien pour lui, comme un ange tombé du ciel. Il savait que si ses copains entendaient ses pensées, il serait loin de faire l'unanimité et c'est bien pour ça qu'il gardait tout ça pour lui.

« Salut ! » répondit-elle en décollant son visage de son calepin.

« Ton père m'a laissé entrer... Il m'a encore fait ce regard... »

Théo, sans trop savoir pourquoi, avait l'impression que Monsieur Lovegood ne l'aimait pas. Il avait une bonne raison de lui en vouloir, il sortait avec sa fille unique après tout.

« Il t'aime bien Théo » lui assura Luna en mettant ses lunettes de vue mauve sur le haut de son crâne.

« Ah, je sais pas... » répliqua-t-il en s'installant à ses côtés sur son lit.

« Si mon père te détestait vraiment, tu n'aurais même pas mis un orteil sur le seuil de l'entrée et encore moins dans cette chambre. »

« Pas faux. »

« T'en fais pas. Il cherche juste à te montrer qu'il est le chef » ricana-t-elle en déposant son calepin sur sa table de nuit tout en se mettant en tailleur.

« Ça, je risquais pas de l'oublier » avoua-t-il en grimaçant. « Tu dessinais quoi ? » demanda-t-il après quelques secondes afin de changer de sujet.

« Je continuais ton portrait. »

« Oh c'est vrai ? Je peux y jeter un coup d'œil, ça y est ? »

« Non, pas encore, mais bientôt promis » déclara-t-elle en se penchant au-dessus de lui pour lui voler un baiser.

Elle avait les lèvres douces et sentait bon la rose. Ses cheveux blonds lui chatouillèrent brièvement le cou et un sourire béat s'afficha sur ses lèvres. Il adorait lorsqu'elle l'embrassait même lorsque ça ne durait que quelques secondes, il réalisait alors que les moments où il retrouvait Luna étaient les meilleurs de ses journées.

« Comment s'est passé la répétition ? » lança la petite blonde en s'attachant les cheveux en un chignon rapide.

« Bien. On n'a jamais été aussi bon. »

« Tant mieux, vous faites tellement d'efforts. Ça serait bien si vous pouviez être récompensé. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-il plus très sûr de la suivre.

« Que vous soyez repéré, que vous enregistriez un album et que vous deveniez des rock star » s'expliqua-t-elle.

« Oulala, on se calme » rit-il. « Moi je suis bien comme ça. »

« Je sais. Je dis ça parce que... » commença-t-elle avant de se mettre à califourchon sur lui. « … Tu as un vrai talent de compositeur et j'ai l'impression d'être la seule qui s'en rend pleinement compte » poursuivit-elle. « Je veux dire « The Last Fun » c'est la meilleure chanson que j'ai entendu depuis des siècles. »

Théo lui sourit franchement, heureux de la voir si enthousiasmée. Il avait écrit cette chanson un soir, en repensant à ses amis et aux bons moments qu'ils avaient vécus ensemble. Plus le temps passé et plus il sentait qu'ils s'éloignaient quelque peu. Il ne voulait pas forcément le montrer, mais cela l'affectait et par moment ça le rendait même nostalgique.

Ainsi, c'est sur un coup de tête que les mots lui étaient venus. Ne voulant pas d'emblée en parler au groupe, il avait d'abord demandé son avis à Luna et elle avait été conquise. Au-delà, de ses baisers divins, de ses yeux fantastiques et de son sourire envoûtant, ce qu'il aimait le plus chez elle c'est qu'il n'avait pas peur d'être lui-même à ses côtés.

« Et tu n'as pas peur qu'une fois devenu une rock star tout plein de filles me tournent autour ? » dit-il pour détendre l'atmosphère qui était devenue beaucoup trop sérieuse à son goût.

Comme il s'y en était attendu, Luna leva ses yeux au ciel, mais lui fit tout de même son plus beau sourire.

« Tout plein de filles te tournent déjà autour mon cher, mais je te fais assez confiance pour savoir les remettre à leur place. »

« Je pourrais très bien succomber à la tentation... »

« Hum, répète pour voir. Je crois que j'ai mal entendu » s'exclama-t-elle en faisant mine de tendre l'oreille.

« J'ai rien dit » affirma-t-il narquoisement en levant ses bras au ciel.

« C'est bien ce qui me semblait Monsieur le compositeur. »

Tandis que le jeune homme la faisait basculer sous lui pour lui montrer sa façon de penser, des coups se firent entendre à travers la porte. Et, après quelques instants, la voix de Monsieur Lovegood résonna :

« Est-ce que vous restez dîner Théodore ? »

Luna le regarda interrogative, elle se posait sûrement la même question. Il adorait la jeune femme et c'était bien la seule chose qui le poussait à rester parce que, pour être honnête, la nourriture de Monsieur Lovegood était infecte. Théo pensait même qu'il essayait probablement de l'empoisonner.

« Euh oui oui, bien sûr !» finit-il tout de même par répondre.

« Parfait ! » répliqua Monsieur Lovegood.

« Super ! » s'écria Luna. « J'espère qu'il a acheté du pudding » ajouta-t-elle les yeux pétillants d'envie.

Et en la regardant Théo se dit que oui, il l'aimait vraiment et il était bien décidé à lui dire un jour et à lui prouver.


« Je t'écoute » chuchota Draco tandis qu'une boule se coinçait peu à peu au fond de sa gorge.

Le blond avait l'impression que la pièce tanguait autour de lui. Il ne comprenait plus rien en vérité, il ne voulait pas comprendre et pourtant il laissa son père lui raconter comment il avait retrouvé sa tante, roulée en boule devant son magasin, le regard dans le vide, les cheveux et les vêtements sales. Il ne pouvait le croire, mais lorsque Lucius lui affirma avoir vu un grand panneau « Vendu » affiché sur la vitrine du magasin, il finit par se poser des questions.

Malgré les efforts de son père pour essayer d'arracher quelques mots à Bellatrix, elle n'avait rien voulu lui dire et s'était enfermée dans une sorte de mutisme. Lucius craignait qu'elle retombe en dépression, chose que lui et Draco essayaient par tous les moyens d'éviter depuis qu'ils avaient renoué contact.

Draco savait que son père culpabilisait de ne pas s'être occupé de Bellatrix durant sa première dépression nerveuse. Il fallait dire qu'à cette époque, lui-même, n'était pas en très bonne forme. Cependant, lorsqu'elle avait fait sa tentative de suicide, Lucius s'en était deux fois plus voulu et s'était juré de prendre soin d'elle à l'avenir.

« Je l'ai donc installé dans la chambre d'amis, je pouvais pas la laisser seule. Tu comprends ? »

« Je comprends Papa, t'as pris la bonne décision » rétorqua Draco dans un souffle.

« Je savais même pas qu'elle avait mis en vente le magasin, pourquoi est-ce qu'elle aurait fait une chose pareille ? C'est vrai ça, elle y tenait plus que tout. »

« Bonne question Papa... Bonne question » répondit Draco tout en se pinçant l'arête du nez.

« J'espère qu'elle acceptera bientôt de me parler » confia Lucius à l'autre bout du fil. « Bon... Je vais me coucher fils, fais en autant. Désolé pour le dérangement. »

« T'inquiète pas. Bonne nuit. »

Draco mit un terme à la conversation et, à la seconde où son doigt appuya sur la touche rouge, son cerveau se mit à tourner à plein régime. Le jeune homme prit place sur son lit et continua de réfléchir. Il ne savait pas pourquoi son père avait retrouvé sa tante dans un tel état, mais il savait que cela devait être lié à la vente de son magasin et si cela était lié à la vente de celui-ci, cela le conduisait automatiquement vers Tom Jedusor. Ses poings se serrèrent autour de son téléphone et sa mâchoire se contracta. Il savait que Tom était intéressé par la vente de la boutique et, si ce panneau s'était retrouvé là, ça ne pouvait pas être lié au hasard. C'était forcément de sa faute.

La colère prit place sur les traits du blond, mais fut chassée à la minute où une petite voix se fit entendre à travers la porte.

« Euh Draco... T'es toujours là ? » murmura Hermione, pas très sûre d'elle.

Un léger sourire étira ses traits et il ferma les yeux afin de se détendre.

« Oui, Hermione. Je suis toujours là. »

Hermione sourit également même si, actuellement, il ne pouvait voir son visage. La façon qu'il avait de dire son prénom lui donnait toujours des frissons imperceptibles. C'était plus agréable que tout et n'importe quoi. Elle était restée assise à même la moquette durant tout l'échange téléphonique qu'il avait eu avec son père. D'abord curieuse, elle avait voulu écouter leur conversation, puis s'était finalement rétractée en se disant que c'était mal. Néanmoins, elle sentait que Draco était quelque peu chamboulé.

« Ça va ? » questionna-t-elle après quelques instants.

« J'ai connu des jours meilleurs... Enfin, en l'occurrence des nuits meilleures » répliqua-t-il tout en se faisant la réflexion que sa victoire sur Madame Ombrage était désormais bien loin.

« Tu... Tu veux en parler ? » proposa Hermione qui tâchait de ne pas être trop intrusive.

« Non, ça va aller... En fait, je suis un peu fatigué » avoua-t-il en se frottant les yeux. « Je crois que je vais pouvoir dormir maintenant... Bonne nuit Hermione » annonça le blond en se mettant sous les couvertures.

« Bonne nuit... » répliqua-t-elle d'une voix peu convaincue.

La déception pouvait se lire sur son visage. Tout d'un coup, son prénom sonnait faux à ses oreilles. En réalité, il sonnait faux parce qu'il lui disait au revoir. Même si ce n'était que pour la nuit, même si ce n'était que pour quelques heures. D'ailleurs, elle se sentait ridicule de penser de cette manière.

La jeune fille passa ses mains moites de frustration sur son visage quelque peu peinée puis se releva en direction de son lit. Elle n'avait pas d'autre option maintenant que de dormir. Forte de cette constatation, Hermione se réfugia au creux de ses draps et tenta de trouver le sommeil. Au bout d'une demi-heure, le sommeil s'installa enfin. Un doux rêve fit même son apparition pour son plus grand bonheur, mais malheureusement il tourna vite en cauchemar et vers cinq heures du matin la jeune fille se réveilla passablement dégoûtée. Dans ces cas-là, il n'y avait qu'une chose pour la dérider.

Draco avait essayé durant une heure, puis deux, puis trois de trouver le sommeil. Mais ce foutu sommeilavait décidé de se faire la malle. Il savait exactement pourquoi. Il se faisait du souci. Il se faisait du souci pour sa tante et pour son père. Et il était en colère. En colère parce qu'avant que son père appelle, il passait un super séjour. Un séjour d'enfer même. Pour une fois, il s'était senti bien. Détendu.

Il n'était plus en colère à présent, en vérité il enrageait. Et lorsqu'il mettrait la main sur le responsable, il s'en mordrait les doigts.

À quelques mètres de là, Hermione s'était changée et avait enfilé un survêtement Nike. Cela faisait trop longtemps à son goût qu'elle n'avait pas couru et elle commençait à le ressentir dans chaque fibre de son corps. Elle avait sérieusement besoin de se défouler. Avant de franchir le hall de l'hôtel, elle s'attacha les cheveux en une queue de cheval et mit les écouteurs de son Mp3. « Walk This Way » de Mo résonna dans ses oreilles et elle s'élança dans les petites rues pavées.

Elle se sentait à nouveau vivante lorsqu'elle sentait son pouls s'accélérer, quand ses baskets frappaient le bitume, quand la sueur coulait sur ses tempes, quand elle sentait ses muscles travailler. C'était sa drogue, son moment de plaisir coupable, sa dépendance tenace et incurable. Elle ne pouvait faire autrement et encore moins lorsqu'elle n'avait pas le moral c'est ce qu'il l'aidait à faire face. Et peut-être aussi à se dire qu'elle avait de la chance d'être en vie.

Durant une heure, elle courut ainsi à travers le quartier et elle se sentait bien. Le silence régnait sur la ville, qui se réveillait peu à peu et c'est dans cette quiétude qu'Hermione adorait évoluer. Elle s'accorda même un autre plaisir en poursuivant sa marche sur la promenade qui longeait la plage. Tandis, qu'elle repensait à la petite baignade qu'elle et Draco s'étaient accordés la veille, elle s'aperçut qu'une chevelure blonde détonnait au loin dans le paysage.


Il faisait une chaleur d'enfer dans le gymnase cet après-midi là. La chaudière avait quelque peu disjoncté durant les heures précédentes et Monsieur Rusard faisait son possible pour la rafistoler le temps que le chauffagiste arrive enfin. C'était le cadet de ses soucis qu'il fasse aussi chaud dans ce gymnase que dans le slip de Mick Jagger, tout ce qui l'intéressait c'était de regarder le 84ème épisode de la troisième saison de Mystery House. Oui, Argus Rusard adorait cette télé-réalité qu'il n'hésitait pas à dénigrer en public, mais dont il ne ratait jamais un épisode une fois rentré chez lui.

Son petit salon de quatre mètres carré était donc régulièrement témoin de ce petit divertissement qu'il s'accordait. Et alors qu'il s'arrachait pratiquement les cheveux sur cette chaudière démoniaque, il priait secrètement pour qu'Amber ait eu le courage de dire à Richard ce qu'elle ressentait pour lui. Bien sûr, il existait les rediffusions, mais hélas tout le monde savait que cela n'égalait jamais la vision en direct.

Au bout de dix minutes, Monsieur Rusard s'accorda une petite pause et en profita pour observer ses mains rouges et rugueuses. Il détestait son travail, il détestait son salaire et par-dessus tout il détestait ces gosses mal élevés et pourris gâtés qui fréquentaient les lieux mais, malheureusement, c'était tout ce à quoi il pouvait prétendre avec ses qualifications. Il s'était de nombreuses fois juré qu'il quitterait cet endroit pour le soleil des caraïbes une fois la retraite atteinte, ce qui n'allait plus tarder. Là-bas, il comptait bien se dorer la pilule jusqu'à pas d'heure avec un cocktail dans la main. D'ailleurs, il avait économisé toute sa vie pour réaliser ce rêve.

Lui, un parasol et le bruit des vagues. Il pouvait déjà les entendre. Bientôt, il s'en irait. Oh oui, bientôt. Il jubilait d'avance, un sourire goguenard sur les lèvres. Il n'avait plus qu'à prendre son mal en patience et...

« AAAAAAAAAAAAAH. »

Le concierge soupira à l'entente du cri poussé par cette brune hystérique qui était accompagnée par un roux dégingandé. C'était au moins la troisième fois depuis qu'il était arrivé qu'il l'entendait évacuer sa frustration ainsi. N'avait-elle donc aucun self-control ? Lui, ça faisait déjà 20 ans qu'il se retenait de hurler.

« Oh, c'est pas si grave Parkinson, tu vas pas nous faire un caca nerveux !» déclara Ron d'une voix lasse.

« Non, mais tu te fiches de moi ! C'est une véritable fournaise ici! C'est une catastrophe ! Et je te rappelle que les auditions ont lieu dans un quart d'heure ! » répondit son interlocutrice brune en s'éventant avec une feuille.

« Je risquais pas de l'oublier, tu me le rappelle depuis le début de la semaine. Je me demande bien ce qui m'a pris de te donner mon numéro de portable en passant. »

« Le portable permet... » commença Pansy.

«... Une meilleure communication entre tous les membres du club » termina Ron en levant les yeux au ciel sous le regard éberlué de la jeune femme. « C'est plus de la communication à ce stade, c'est du harcèlement. »

« Tu exagères ! » accusa-t-elle.

« Comme toi avec cette histoire de chaleur ! Si tu as si chaud, tu devrais enlever ton pull. Point final » répliqua innocemment Ron.

« Et me retrouver à moitié à poil à côté de toi ? Hors de question! » débuta-t-elle avant de se lever et d'approcher son visage à quelques centimètres de celui du roux, ses grands yeux verts lançaient des éclairs et ses mains reposaient sur les accoudoirs de Ron qui pouvait sentir son souffle chaud sur sa peau. Elle fronça un peu le nez d'un air dédaigneux, puis déclara « Écoute-moi bien grand dadais : c'est pas de sitôt que je te ferai ce plaisir. »

Ron déglutit avant de se replacer correctement sur sa chaise. Cette fille était folle, c'était le qualificatif qui lui correspondait le mieux. S'il n'y avait pas eu cette petite lueur de dégoût dans son regard, il aurait presque pu croire qu'elle suggérait qu'il se passerait quelque chose entre eux plus tard. Mais non, sa phrase laissait plutôt entendre que ça n'arriverait jamais. Pansy se replaça sur son siège, puis recommença à s'éventer.

« Bon, où est-ce qu'on en était ? » demanda-t-elle comme si sa phrase précédente n'avait jamais existé.

« Hum... » débuta Ron en essayant de se concentrer à nouveau. « Et bien... On discutait de la possibilité de retenir les meilleurs à la fin pour les faire répéter ensemble. »

« Ah oui, ça serait pas mal. On leur laisse le choix des répliques ?»

« Oui, pourquoi pas. On les laissera se concerter au préalable. »

« D'accord » accepta Pansy en notant tout ce qu'ils s'étaient dits sur un petit calepin.

Ron la regarda faire tout en se demandant ce qui avait bien pu lui prendre d'accepter de s'inscrire à cette activité. Il n'avait absolument aucune passion pour tout ce qui était un tant soit peu artistique même si il lui arrivait par moment de regarder le patinage sur la chaîne sportive; alors qu'est-ce qui avait bien pu lui prendre ? Contrairement à ce que pensait Ginny, il n'éprouvait rien pour Pansy, hormis peut-être un sentiment de pitié. Et elle... l'attendrissait peut-être un peu. Un tout petit peu.

« Tu crois qu'on aura du monde ? » questionna-t-elle tout en mâchouillant son stylo le regard plongé vers son calepin.

« J'en sais rien... J'espère » déclara-t-il, peu sûr de lui.

Il est vrai qu'il n'en savait rien du tout, mais en la regardant d'un peu plus près il sut qu'elle attendait plus de cette journée qu'elle voulait bien le montrer. C'était peut-être une façon pour elle de se renouveler, de se recréer une réputation. Elle semblait fragile, pensive, une légère lueur semblait transparaître dans son regard. Une lueur de tristesse qu'il avait bien envie de faire disparaître.

Ron était comme ça, un peu comme ses frères, il avait besoin de faire rire les gens, de les faire sortir de leur morosité. Il manquait d'entraînement depuis quelques temps, mais il ressentait le besoin fondamental de lui montrer qu'il y avait quelqu'un qui lui portait un peu d'intérêt. Un tout petit peu.

« Tu sais... » commença-t-il maladroitement. Elle tourna tout doucement son regard vers lui et là il perdit ses moyens.

« Oui ? » l'encouragea-t-elle.

Il ne savait pas trop pourquoi, mais il sentait que ce n'était pas du tout le moment de faire une blague dont il avait pourtant le secret. Alors, il posa sa main sur son épaule et la pressa légèrement.

« Ça va aller Parkinson. Tout travail mérite salaire. »

Il se sentait parfaitement ridicule. Toutefois, Pansy ne se moqua pas de lui, ne se mit pas en colère, elle se contenta de sourire légèrement et de souffler un petit « Merci » du bout des lèvres et ça lui suffit. Il savait dans le fond que c'était tout ce qu'elle avait besoin d'entendre à cet instant. Ron ne put s'empêcher d'être surpris tout de même, Pansy Parkinson qui vous remercie c'était à marquer dans les annales.

Soudain, quelqu'un frappa aux portes du gymnase. Ron enleva précipitamment sa main de l'épaule de la jeune fille qui lui faisait face et une petite tête brune fit son apparition dans l'entrebâillement. Un jeune homme d'à peu près une quinzaine d'années se montra.

« C'est bien ici les auditions de théâtre ? » demanda-t-il timidement avant de souffler comme un bœuf en tirant sur le col de son haut. « Oh mais il fait une chaleur d'enfer ici. »

Pansy se tourna vers Ron un petit sourire malicieux sur ses lèvres avant de déclarer au jeune homme :

« Et bien si tu as chaud... Tu devrais enlever ton pull. »

Puis, elle éclata de rire. Un rire cristallin que Ron avait rarement entendu. Il éclata de rire à son tour et vu la tête que faisait le jeune homme qui était venu passer une simple audition, il devait se demander si il n'avait pas atterrit chez les fous.


Hermione continuait d'avancer sûre et certaine qu'il ne pouvait s'agir que de Draco. Il était assis sur le ponton qui longeait la berge. Les yeux plongés vers l'horizon tandis que le soleil poursuivait son ascension loin derrière lui. Le vent marin soufflait sur ses cheveux, le décoiffant légèrement.

La brune essuya la sueur qui s'étalait vicieusement sur son front, une envie tiraillante la poussait à s'approcher encore et encore de ce jeune homme, qui ne le savait pas, mais qui hantait ses pensées. Une fois arrivée sur le ponton, Hermione s'approcha presque sur la pointe des pieds, de peur d'effrayer le blond.

Il ne cilla même pas lorsqu'elle s'installa à ses côtés, elle aussi les pieds dans le vide, comme si il avait senti qu'il s'agissait d'elle.

« Salut Granger » déclara-t-il simplement, son regard toujours rivé vers l'océan.

Hermione esquissa un sourire, puis le regarda. Il tenait une casquette noire entre ses doigts frêles et des cernes s'étalaient sous son regard bleuté magnétique. Il semblait à des kilomètres d'elle, intouchable. Son petit sourire s'effaça rapidement face à ce constat, c'était un garçon, un petit garçon. Et à la fois un homme qui l'impressionnait par sa force de caractère. Un homme qui n'avait fait que trébucher au cours de sa vie, mais qui s'était pourtant toujours relevé.

« Salut Malfoy » chuchota-elle.

Elle l'observa jouer distraitement avec sa casquette qu'il replaça à l'envers sur son cuir chevelu d'un geste précis et contrôlé. Elle n'aurait su dire depuis combien de temps il en portait, elle devait cependant admettre que cela lui allait plutôt bien. Hermione reporta son regard sur l'horizon à l'instar de son... Ami.

La brune ne savait pas vraiment pourquoi, mais elle trouvait que ce mot ne correspondait pas à la relation qu'elle entretenait avec le blond. Certes, c'était ce qu'ils avaient décidés d'être. Cela faisait des semaines qu'ils avaient convenu que ça ne serait que platonique entre eux. Toutefois, elle sentait bien que ce n'était pas comme avec Harry et Ron. Elle ne voulait pas se mentir à elle-même. En fin de compte, elle le savait depuis bien longtemps. Elle était irrémédiablement et inconditionnellement attirée par Draco Malfoy.

Habituellement, les silences qui pouvaient régner entre eux ne la dérangeait nullement. Ils étaient même agréables, voire salvateur, mais là elle n'en pouvait plus. Il fallait qu'il lui parle, qu'importe ce qu'il dirait.

« Raconte-moi un truc... Embarrassant » lâcha-t-elle finalement, mais elle regretta ses paroles à la minute où Draco se retourna vers elle un sourcil relevé l'air de dire « Vraiment ? T'as trouvé que ça ? ».

« Un truc embarrassant ? Qui te dit que j'aurais envie de partager ça avec toi ? » répondit-il d'un air moqueur. « Mais toi d'abord, je t'en prie. Honneur aux dames. »

« Bien sûr... » répliqua-t-elle en levant ses yeux au ciel. Elle aurait dû s'y en attendre.

« Vas-y Granger, je suis toute ouïe » s'exclama-t-il en tendant son oreille gauche vers elle.

Hermione fit une moue boudeuse avant de revoir les cernes sous les yeux de Draco. Alors, elle prit sur elle et se lança.

« Je sais faire pas mal de choses... »

Elle eut à peine le temps de continuer sa phrase que Draco éclata de rire. Un rire naturel et sincère. Hermione fronça ses sourcils, d'abord surprise elle en arriva à être vexée. Et tandis que la susceptibilité s'emparait doucement mais sûrement de son être, Draco ne cessait de lui rire au nez. Il riait tellement qu'il se tenait les côtes sous le regard à la fois médusé et blasé d'Hermione.

« Oh... Mon dieu Granger, c'était... Tellement pervers ce que tu viens de dire ! »

« Mais pas du tout ! » s'offusqua-t-elle les yeux ronds comme des soucoupes.

« Ah oui ? Et comment tu réagirais si quelqu'un te disais qu'il, je cite, 'savait faire pas mal de choses.' hein ? »

« Je... Je... » bafouilla la jeune fille.

« Tu ? » la nargua-t-il.

« C'est toi aussi ! Qu'est-ce que tu as l'esprit mal placé. »

« C'est faux ! » s'indigna faussement le blond une main sur son cœur, un air de prêcheur sur le visage. « Je suis l'innocence même Granger, tu devrais le savoir. »

« Bah voyons. En tout cas. S'il y avait un prix du meilleur comédien, aujourd'hui tu ne remporterais pas la palme. »

« Je joue très bien la comédie, figure-toi que j'ai été acclamé pour mon interprétation de Tigrou dans ma pièce de théâtre de cours préparatoire. »

« Tigrou ? Dans Winnie L'Ourson ? Non, sérieusement ? Aaaah, tu devais être trop craquant avec tes petites moustaches et ton petit costume rayé » se moqua-t-elle gentiment.

« Craquant, je l'ai toujours été, je ne te cache rien, mais c'est vrai que les moustaches rajoutaient un certain charme. »

Ils se sourirent et Hermione vit enfin son visage s'éclairer, malheureusement, il se referma de suite, ses yeux s'obscurcissant. Comme lorsque l'orage approchait. Un nouveau silence s'installa où ils se contentèrent de fixer la mer. La tranquillité de l'instant était juste troublée par le remous des vagues qui martelaient inlassablement les colonnes du ponton. La mer était d'un bleu indigo absolument envoûtant.

Hermione profita de ce moment pour respirer à plein poumon et apprécier la chance qu'elle avait de se trouver ici. Il n'était pas donné à tout le monde de pouvoir faire un tel voyage et elle essayait de graver chaque minute de celui-ci au fin fond de sa mémoire. Elle n'avait jamais été aussi détendue, aussi apaisée, aussi sûre d'elle et de ses choix. Et c'est en jetant un coup d'œil au blond à ses côtés qu'elle comprit que son état de plénitude était dû en partie à sa présence. Il se tourna brièvement vers elle et Hermione sentit sa respiration se couper rien qu'à la façon qu'il avait de la regarder, son souffle s'en allait au loin dans une autre contrée. Et étrangement plus il la regardait et plus la brune se sentait mal, parce qu'elle le sentait. Elle en était certaine. Elle ne l'obtiendrait jamais, le mot inaccessible résonna alors dans sa tête, se fraya un chemin dans ses veines et ses entrailles.

Inaccessible. Inaccessible. Inaccessible. C'est ce qu'il était et il le resterait.

« On ferait mieux de rentrer à l'hôtel » finit-il par déclarer.

Hermione se contenta d'acquiescer même si elle n'aurait pas été contre le fait de passer plus de temps à cet endroit. Après s'être relevé, galant, il lui tendit sa main pour qu'elle en fasse de même sans se rendre compte de l'état dans laquelle cela la mettait. Un léger frisson traversa la brune propre à toutes les fois où leur peau rentrait en contact. Comme à chaque fois, elle fit en sorte de masquer son trouble et de ne surtout pas laisser ses pulsions la guider. Alors, elle récupéra un peu précipitamment sa main puis s'empressa de faire la conversation en mettant ses idées de côtés.


Suite à cet épisode sur le ponton, les jours étaient passés plutôt rapidement. Et plus ils passaient, plus Draco avait senti la nervosité s'emparer de lui. Il allait devoir rentrer et s'occuper de sa tante. Mission première : l'empêcher de se foutre en l'air. Il le savait. Elle n'était pas prête pour une nouvelle relation. À chaque fois qu'elle s'était attachée à quelqu'un, ça avait mal tourné.

Après le décès de Narcissa et son divorce, à la connaissance de Draco, elle s'était entichée de trois mecs presque successivement. D'abord, il y avait eu Wilfried. Wilfried... Pauvre Wilfried. C'était un gars plutôt grand et maigrichon dans les souvenirs de Draco. Il faisait du yoga et mangeait sainement. Heureusement pour sa tante, c'était un mec zen parce qu'il avait reçu toutes les insultes les plus inimaginables à la figure, ainsi que des assiettes, des savonnettes, des portes-clés, des yaourts et même des mouchoirs usagés. Il avait tenu huit mois ce brave Wilfried.

Puis, il y avait eu Grégoire ou Grégory, il ne s'en souvenait plus très bien, maçon aux mains calleuses et son harmonica que sa tante s'était empressée de foutre au feu au bout de quelques semaines, inutile de préciser que c'était ce qui avait attiré celle-ci en premier.

Celui qui avait tenu le plus longtemps se nommait Bob, il possédait un ravissant chat persan tout blanc aux yeux bleus que Bellatrix, sous une impulsion, avait décidé de raser et c'est après sa rupture avec ce cher Bob que les signes de sa bipolarité s'étaient faits encore plus visibles.

Aujourd'hui, elle avait presque réussi à retrouver une vie « normale » et il avait fallu qu'un malade vienne tout chambouler encore une fois. Voire même tout détruire.

Quand Draco retrouva son appartement londonien. Il fut étonné de la première image à laquelle il se heurta. Son père dormait à moitié sur le canapé du salon, une barbe de quelques jours s'étalait sur ses joues et son menton lui donnant un air encore plus vieux qu'il ne l'était déjà. La télé était allumée et les sons de la dernière émission à la mode étaient presque étouffés par les ronflements de Lucius.

Draco soupira avant de déposer son sac de voyage à terre. Il s'installa le plus bruyamment possible aux côtés de son père dans l'espoir de le réveiller, mais celui-ci n'émit qu'un son guttural sans toutefois ouvrir les yeux. Déçu, le jeune homme se passa une main tremblante sur le visage. Il était fatigué, exténué. Tel Atlas, il avait la sensation de porter le poids du monde sur ses épaules. Il avait envie de se crever les yeux tant ils lui semblaient secs et il avait envie de dormir.

Dormir. Dormir. Dormir.

Un bâillement sonore sortit spontanément de ses lèvres ce qui eut pour effet de réveiller son père qui, vu son regard hagard, ne savait pas trop où il se trouvait.

« Draco ? Mais... Il est déjà 20h ? » s'exclama-t-il une expression confuse sur le visage.

« Il est 21h15 Papa » répondit le jeune homme en tournant sa tête vers son paternel.

« Mais... Tu m'as dit que tu serais là à 20h » dit Lucius en caressant sa nuque.

« Notre vol a eu du retard. »

« Ah » lâcha-t-il simplement. « Et comment s'est-il passé ? »

« Ça a été » répliqua Draco sans plus de précision.

Lucius hocha la tête semblant plus qu'épuisé. Draco le regardait fixement son pied battait par terre dans un rythme assez frénétique qu'il n'arrivait pas à contrôler. Il n'avait rien de plus à ajouter par rapport à son vol, au retard de l'avion ou tout autre chose qui concernait son séjour à Barcelone. Il fixait toujours Lucius en attente de réponses à ses questions muettes.

Son père évitait de le regarder, pour la première fois de sa vie, il ne le regardait pas. Il évitait purement et simplement son regard.

Draco ne l'avait jamais trouvé aussi... Triste. Cette constatation le frappa de plein fouet dans la poitrine. Son père était triste. Triste et vidé. Tout comme lui. Le lycéen, rassemblant tout son courage, avala sa salive, puis posa la question qui traînait au bord de ses lèvres.

« Comment elle va ? »

« Comme quelqu'un à qui on a tout pris. »

Réponse à glacer le sang. Sang qui tambourinait au fin fond des veines de Draco.

« Est-ce que... Est-ce que je peux faire quelque chose ? » interrogea Draco tout en ayant peur de la réponse.

Lucius soupira et se passa une main sur son visage blême.

« Il faut que je retourne au travail... Est-ce que tu pourrais rester ici quelques jours le temps que je m'organise. »

« Mais Papa... »

« Je sais, tu as le lycée, mais elle n'as plus que nous Draco... Je ne peux pas l'obliger à retourner à l'hôpital. Surtout que pour l'instant elle n'est un danger pour personne, ni pour elle-même, ni pour les autres. J'ai juste peur qu'elle le devienne. »

« S'il n'y a pas un autre moyen » accepta le blond.

« Merci, fils. Je te ferai un mot pour l'école. »

Lucius posa une main sur l'épaule de son fils, reconnaissant.

« Quand est-ce que tu es devenu ce jeune homme si fort et responsable ? »

Draco se figea sur place, incapable de prononcer un mot. Mal à l'aise, il émit un petit sourire gêné. Une petite lueur s'alluma dans les yeux de son père et c'est d'un ton léger qu'il ajouta :

« Je me demande si il n'y aurait pas une jolie jeune fille là-dessous. »

« Aaah Papa, commence pas ! »

« Quoi ? On ne fait que discuter, j'émets des hypothèses. »

« Qui sont complètement délirantes. »

« Mais bien sûr ! Tu me la présentes quand ? »

« Quand les poules auront des dents. »

« Oh, il y a donc bien une fille. »

« Tu me fatigues » affirma Draco, un petit sourire à la commissure de ses lèvres en dégageant gentiment son épaule. « Je vais me coucher » déclara-t-il avant que son père ne rajoute autre chose.

« Bonne nuit, fils. »

« Bonne nuit Papa. »

Tout en se dirigeant vers sa chambre son sac de voyage sur son épaule, il repensa aux dernières paroles échangées avec son père. ' Quand est-ce que tu es devenu ce jeune homme si fort et responsable ?' Lui-même ne le savait pas. En passant dans le couloir, il jeta un coup d'œil à la porte de la chambre d'amis et un pincement au cœur le prit par surprise. Il avait déjà tellement de mal à se gérer lui-même, comment faire pour gérer le baby-sitting d'une adulte ? Morose, il entra dans sa chambre, plus anxieux que jamais.


« Ça va ? » s'enquit Ginny auprès d'Hermione au déjeuner.

« Hein ? » répondit celle-ci perdue dans ses pensées.

« Ça va Hermione ? Tu fais une tête étrange. Et tu as à peine touché à ton assiette » ajouta Harry en réajustant ses lunettes sur son nez.

Sentant les regards inquisiteurs de ses amis sur elle, la jeune fille sentie son visage s'empourprer.

« Euh... En fait je ne me sens pas très bien » avoua-t-elle en repoussant ses petits pois de sa fourchette.

« Tu devrais aller à l'infirmerie » suggéra Ron.

« Non, je suis juste un peu barbouiller. Je vous retrouve plus tard » lança-t-elle tout en prenant son plateau dans la foulée.

Ses amis ne s'opposèrent pas à son départ, mais elle devina tout de même leur regard inquiet dans son dos. Qu'est-ce que Ginny pouvait l'agacer parfois à jouer les mères poules. Hermione déposa son plateau près des cuisines, puis s'en alla dans les couloirs du lycée.

C'était une belle journée... Enfin... Une belle journée pour Londres, s'entend. C'est à dire clémente vis à vis des températures plutôt douces pour la saison. Mais même avec un temps pareil, Hermione n'avait pas envie de sourire. Voilà des jours que Draco n'avait pas pointé le bout de son nez au lycée, depuis leur retour en réalité. Il ne l'avait pas appelé, ne lui avait pas envoyé de message et la jeune fille commençait à s'inquiéter.

C'était bien son genre pourtant de faire ça et de ne pas se soucier de ce que pouvait ressentir les autres. Où avait-elle donc la tête ? Des larmes de rages commencèrent à vouloir faire leur apparition, mais la brune respira profondément pour ne pas se laisser dominer par ses émotions. Elle entra dans les premières toilettes qu'elle trouva, s'aspergea vivement le visage d'eau, puis fronça les sourcils face à son reflet. Minable.

« Tu es pathétique ma pauvre fille » se critiqua-t-elle, pour cela elle n'avait besoin de personne.

Soudain, elle se rendit compte d'où elle se trouvait et lâcha un petit cri de désespoir. C'était les toilettes où Draco et elle avaient pour habitude de se retrouver à l'époque où ils flirtaient. Évidemment, parmi toutes les toilettes qui existaient dans l'établissement, il fallait qu'elle tombe sur celle qui avait été témoin de leurs escapades.

Elle était en colère, contre lui et contre elle-même. Contre lui pour tout ce qu'il lui faisait ressentir et subir, contre elle-même qui n'arrivait pas à se contrôler. Quand avait-il pris une aussi grande place dans son existence ? II y a encore quelques mois, elle le détestait et c'était beaucoup plus simple à l'époque. Désormais, tout était différent, embrumé, et Hermione ne supportait pas le changement. Elle aimait ce qui était constant, sans surprise, enfin elle croyait aimer ça. Le problème qu'elle rencontrait avec Draco c'était qu'il ne cessait de la surprendre. De la plus mauvaise des manières comme de la plus belle. Il était un concentré de contradictions à lui tout seul et elle n'arrivait pas à le cerner. Toujours pas.

Hermione soupira. La rage au ventre, elle attrapa son sac, puis se dirigea vers la sortie. En sortant, elle tomba presque nez à nez avec Pansy Parkinson. Elles se sourirent, gênées, et elle continua sa route. C'était facile pour les autres de continuer leur petite vie comme si de rien n'était, mais pas pour elle. Même Blaise et Théodore ne semblaient pas être plus perturbés que ça par son absence, pourquoi est-ce que cela l'affectait autant ? Elle savait bien la réponse. Elle tenait à lui, c'était clair comme de l'eau de roche. Elle n'arrivait juste pas à l'accepter tout simplement parce que la peur la tiraillait. Elle avait peur de trop s'attacher, de se rendre compte qu'elle n'était qu'une distraction pour lui. Une de plus.

Hermione sans s'en rendre compte, s'était dirigée vers la salle de son prochain cours. La porte de sa salle de classe n'étant pas encore ouverte, elle s'installa à même le mur, puis se laissa lentement glisser à terre. Elle plongeait tout juste sa tête à l'intérieur de ses bras quand une voix vint interrompre ses pensées.

« Salut Hermione, ça ne va pas ? »

La brune releva son regard marron et rencontra celui bleuté de Luna.

« Oh salut Luna, on ne t'as pas vu au déjeuner. »

« J'avais un projet d'art plastique à terminer, j'ai mangé une barre de céréale et un sandwich dans la salle de Monsieur Firenze » répondit doucement la blonde un petit sourire énigmatique sur les lèvres, sa pochette à dessins noir et grise dans ses mains, son sac sur le dos. « Je peux ? » demanda-t-elle en désignant la place à côté d'Hermione.

« Oui, bien sûr » accepta Hermione.

Le regard de Luna se perdit dans le vide, toujours son petit sourire sur les lèvres. Hermione un peu mal à l'aise s'obligea à faire la conversation.

« Tu... Tu... »

« Tu n'es pas obligé de discuter avec moi Hermione si tu n'en as pas envie. Je comprends tout à fait » prononça Luna son regard bleuté toujours dans le vide.

Hermione écarquilla les yeux de surprise, troublée par la perspicacité de la jeune fille.

« Je ne me sens pas obligée » mentit-elle tout de même.

« Si, je le sens bien, mais ce n'est pas grave. Sois tranquille. »

Être tranquille. Hermione ne rêvait que de ça, mais il n'y avait qu'auprès d'une personne en particulier qu'elle arrivait à trouver paix et apaisement.

« Il va revenir » souffla brusquement la blonde à ses côtés.

« Tu es devin ? » ne put s'empêcher de questionner Hermione, étonnée de voir que Luna sache vers quoi allaient ses pensées.

La blonde émit un minuscule rire, puis se retourna vers la brune.

« Il va revenir » se contenta-t-elle de répéter.

Et Hermione la crut.


Pansy secoua sa chevelure brune, après avoir croisé Hermione Granger. Celle-ci faisait un peu peine à voir. Des frissons traversèrent la jeune fille à l'idée qu'une grippe ou qu'une bronchite traîne dans le lycée.

En effet, tous les gens qu'elle croisait semblaient faire une tête de déterrée. Draco était absent depuis au moins une semaine. Et elle avait surpris Millicent se moucher exagérément à la cantine. Non, elle n'en faisait pas trop.

Elle ne voulait pas tomber malade. Elle ne pouvait pas l'être.

Elle pénétra dans les toilettes et son regard se figea sur le miroir. Malgré, celui-ci crasseux et légèrement fêlé, elle trouva qu'elle avait plutôt bonne mine. Cela la soulagea quelque peu et ses joues se colorèrent instantanément. Elle souffla de soulagement avant de sortir un stick à lèvres de son sac. Elle le passa minutieusement sur ses lèvres quelque peu gercées, puis retourna à la contemplation de son reflet.

Elle ne voulait pas tomber malade. Elle ne pouvait pas l'être.

D'abord, parce qu'elle avait des tonnes de devoirs et de révisions qui l'attendaient tous les soirs. Parce que le club de théâtre reposait sur ses frêles épaules et parce que le moindre virus que sa mère pouvait contracter la tuerai.

Pansy fouilla dans son sac à la recherche d'aspirines, sentant un léger mal de tête faire son apparition. Un petit mal de tête, il n'y avait pas de quoi s'alarmer. Elle se sentait tout à fait bien. Oui, tout à fait bien.

Tandis que la jeune fille se répétait cette litanie dans sa tête, un bruit de toux puis d'étouffement se fit entendre à l'intérieur d'une cabine. La brune fronça ses sourcils fins et noirs, surprise de ne pas être seule. Elle était convaincue il y a encore quelques secondes d'être totalement seule.

La surprise laissa finalement place au dégoût quand les bruits d'étouffements se transformèrent en bruits de vomissements. Tout le monde était malade dans cette école. Pansy en était maintenant convaincue. Rangeant précipitamment ses affaires, elle s'apprêtait à sortir quand le bruit caractéristique d'une chasse d'eau que l'on tire résonna.

Une chevelure blonde se refléta dans le miroir, coupant Pansy dans son élan. Le regard des deux jeunes filles se captèrent, rapidement, furtivement. Puis, tout en s'essuyant la bouche avec un bout de papier toilette, Daphné se précipita vers la sortie, une expression presque paniquée sur le visage. Pansy la regarda faire, décontenancée.


Au milieu du salon, sur le canapé, son ordinateur posé sur ses cuisses, Draco tentait de terminer sa dissertation de littérature. Depuis qu'il était enfermé chez lui, Blaise, qu'il avait brièvement mis au courant de sa nouvelle situation, lui avait fourni les devoirs en tout genre à accomplir ainsi que quelques cours.

Cela faisait plus d'une heure qu'il essayait de terminer son papier, en vain. Il avait vraiment l'impression d'être bon à rien. Sa tante ne sortait de la chambre d'amis que très rarement et lorsqu'elle le faisait ce n'était que pour s'avachir devant des clips de hard rock et des émissions culinaires. Il avait d'abord essayé de la distraire en lui proposant de prendre l'air ou de jouer avec lui, mais elle semblait hermétique à toutes ses propositions. Il avait bien tenté de lui faire quelque chose de correct à manger, hélas dans ce domaine, il était aussi doué que son père, alors il avait renoncé. Il ne s'était jamais senti aussi inutile. La détresse de sa tante le dépassait complètement.

Lucius rentrait le soir, le regard plein d'espoir, puis constatait qu'il n'y avait aucune amélioration. C'était bien sa veine. Ce n'était pas de sa faute si le coup de grâce avait sûrement été porté à sa tante. Il était dans la fleur de l'âge tout de même. Au lieu de se préoccuper de toutes ces histoires d'adulte, il aurait dû être en train de s'amuser avec ses copains, boire, danser, draguer des filles. Mais pas s'occuper de sa tante dépressive et à moitié folle.

Draguer des filles. Contrairement à ce que pensait la plupart des gens, c'était bien une activité qu'il n'avait que rarement pratiquée. Il se trouvait que Draco n'avait jamais vraiment besoin de draguer, c'était même plutôt l'inverse qui se produisait à plusieurs occasions. Il usait un peu de son charme et elles tombaient comme des mouches. Un petit rictus naquit aux coins de ses lèvres en repensant à cette jolie française qui l'avait accosté cet été. Et sans qu'il ne s'y en attende, pendant qu'il essayait de se remémorer les traits de cette fille, le visage d'Hermione lui apparut.

Hermione et son sourire un peu tordu. Hermione et son regard flamboyant. Hermione et ses cheveux mouillés. Hermione et ses joues roses. Elle tournait sans cesse dans son esprit et ne lui laissait pas une once de répit.

« Quel con » murmura-t-il soudain en prenant sa tête entre ses mains.

Ça faisait une semaine. Il s'en rendait compte à présent. Une semaine qu'il ne lui avait pas donné de nouvelles. Il avait tellement été occupé avec sa tante et le reste qu'il n'avait même pas pensé à lui parler. En vérité si, il y avait pensé mais à chaque fois qu'il approchait de son téléphone pour rechercher son prénom une peur s'était emparée de lui. Il avait peur de ne pas savoir quoi lui dire. Ni comment lui dire.

C'était facile de mentir aux autres ou d'omettre la vérité, mais pas avec elle. Et c'était difficile de dire : « Écoute, j'ai une tante complètement cinglée dont je dois m'occuper, qui peut à tout moment péter un câble et me tuer avec un hachoir à viande mais sinon tout va bien. Je gère. Bisous. ». Non, non, non. Bien sûr ce n'était pas entendable. Pas du tout. Il en avait marre, tellement marre de se prendre la tête sans cesse. Il avait besoin de prendre l'air.

D'un geste fébrile, il reposa son Mac sur la table basse du salon avant de se diriger vers le hall d'entrée.

Merde, pensa-t-il rapidement.

Il avait presque oublié sa tante dans tout ça. Il rebroussa chemin et alla vérifier si elle se trouvait bien dans son lit. Tout doucement, il ouvrit la porte, les volets étaient légèrement baissés laissant passer un petit rais de lumière qui lui permit de distinguer une masse sous la couette ainsi que des cheveux noirs sur l'oreiller. Après, s'être assuré qu'elle dormait. Il attrapa son manteau dans l'entrée. Souffla un bon coup, puis sortit du duplex. Puis de l'immeuble et il quitta même sa rue, savourant sa liberté retrouvée.

Il était à la limite de l'extase. Il ne détestait pas sa tante, loin de là. C'est juste qu'il considérait que ce n'était pas à lui de faire ça, ce n'était pas son rôle. Ni celui de son père, d'ailleurs. Tous les deux n'étaient pas assez « qualifiés » pour tout cela. Pas plus tard qu'il y a deux jours, incommodé par son odeur, il avait dû donner son bain à sa propre tante. Sa propre tante. Comment dire qu'il aurait préféré voir le corps d'une femme d'une quarantaine d'années que plus tard dans sa vie. Bien plus tard.

Sans s'en rendre compte, il était arrivé devant la maison d'Hermione et, tout en observant les œillets rouges de sa grand-mère, il réfléchit à l'éventualité de sonner à sa porte. Il resta planté une bonne dizaine de minutes en se demandant ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Il avait envie de se frapper, il se comportait en vrai carpette. Il n'avait qu'à sonner et il verrait bien ce qu'il se passerait par la suite. Oui, il n'avait qu'à faire ça. Il en était bien capable...

« Bonjour jeune homme » salua poliment Elisabeth en sortant de sa propriété.

Elle portait un gros manteau bleu ciel surplombé d'un bonnet en laine de la même couleur. Se bottes en cuir fourré aux pieds, elle regardait Draco, un petit sourire en coin des lèvres.

« Euh... Bonjour Madame Granger » répondit le blond en se passant une main derrière sa nuque, gêné.

« Vous venez rendre visite à Hermione ? »

« Oui, oui. »

« Tant mieux. J'espère que vous arriverez à la dérider, ça fait des jours qu'elle fait la tête » grogna-t-elle en levant ses yeux au ciel.

« Je vais faire mon possible Madame » déclara Draco.

« J'espère bien. Désolée, je dois y aller. J'ai mon cours de couture qui commence dans une demi-heure » annonça-t-elle en regardant sa montre tout en avançant dans l'allée. « Soyez sage » murmura-t-elle en un doux sourire en passant à côté de lui avant de lui tapoter gentiment l'épaule de sa main gantée.

Draco sourit. Il aimait bien la grand-mère d'Hermione, elle avait ce côté un peu spontané et chaleureux qu'il appréciait. Elle lui inspirait confiance. Le jeune homme soupira, ne pouvant plus faire demi-tour à présent, il entra dans la maison Granger, qu'Elisabeth avait laissé ouverte pour lui.

La maison était silencieuse. Il enleva son manteau et le déposa dans l'entrée avant de partir à l'exploration de la bâtisse. Aucune trace d'Hermione dans le salon, ni dans la cuisine. Il décida donc de monter à l'étage, convaincu qu'elle devait se trouver dans sa chambre. Et c'est en pénétrant dans le couloir qu'il constata qu'il ne s'était pas trompé.

L'entrebâillement de sa porte lui permit de voir qu'elle lisait tranquillement assise sur son lit. Elle portait un pull rose poudrée à col bateau ainsi qu'un jeans brut qui, il devait l'admettre, lui allait carrément. Il prit une profonde inspiration, puis sans plus hésiter, il ouvrit la porte avant de s'installer nonchalamment sur le chambranle de la porte, les jambes et les bras croisés.

« Salut Granger. »

« WAW ! » s'écria Hermione son dos atterrissant brutalement sur le parquet de sa chambre. « Outch » pleurnicha-t-elle par la suite en frottant son dos endolori.

« Ça va ? » questionna Draco d'une voix préoccupée en la rejoignant sur le sol.

Dans sa chute, son livre avait, lui, atterri sur sa tête et elle avait la sensation d'être totalement ridicule. Le rouge lui monta aux joues tandis que la colère prenait place dans son esprit. Sentant le vent tourné, Draco se recula les mains devant lui comme pour se protéger. Hermione enleva lentement le livre de poche posé sur son cuir chevelu, puis se releva péniblement avant de se mettre à crier :

« Mais qu'est-ce qui va pas chez toi Draco Malfoy ?! Tu as un petit pois à la place du cerveau ou quoi ?! » Elle le menaçait de son livre, son visage déformé par la colère. « Tu peux me dire qu'est-ce qui te prends de ficher aux gens des peurs pareilles ?! »

« Désolé. Désolé. Désolé. » s'excusait Draco, ses bras toujours en avant.

« Oh oui, tu peux l'être désolé... Et puis... Qu'est-ce... Comment est-ce que tu es entré ici ? » le questionna-t-elle confuse.

« C'est ta grand-mère qui m'a laissé entrer avant de partir. »

« J'aurais dû m'en douter » s'exclama-t-elle en roulant des yeux. « Et l'idée ne t'as pas traversé l'esprit de frapper à la porte avant de me foutre la trouille de ma vie ? »

Draco se contenta de sourire, simplement heureux de l'entendre, même si c'était pour lui crier dessus. Hermione se contenta de le fusiller du regard tout en tapant du pied, ses bras croisés sur sa poitrine, elle attendait clairement une réponse et était décidée à ne pas se laisser attendrir.

« Alors ? J'attends. »

« Quoi ? Tu veux vraiment une réponse ? »

« Tu m'énerves. Tu peux pas savoir à quel point j'ai envie de t'arracher les yeux. »

« J'aime quand tu es violente, Granger » confessa-t-il les mains dans les poches de son jeans.

Une exclamation de rage s'échappa des lèvres de la jeune fille et un rire de celles du jeune homme. Hermione reprit son calme, puis décida de l'ignorer. Elle se réinstalla sur son couvre-lit et reprit sa lecture où elle l'avait laissée sous le regard ahuri de Draco. Apparemment, elle était vraiment décidée à ne pas faire attention à lui et même lorsqu'il s'assit à ses côtés, elle ne réagit pas. Hermione faisait, en réalité, semblant de lire mais elle ne voulait pas qu'il s'en aperçoive. Cela faisait déjà cinq bonnes minutes qu'elle relisait la même phrase plus que perturbée par l'arrivée de Draco.

« Tu vas continuer à me fixer longtemps comme ça ? » lui demanda-t-elle au bord de l'implosion.

« Je ne te fixe pas, je te regarde c'est différent. »

« Et pourquoi me regardes-tu dans ce cas ? »

Parce que tu es jolie, pensa Draco tellement fort qu'il faillit lâcher cette phrase dangereuse. Si dangereuse.

« J'aime bien ton pull. »

« Serais-tu devenu gay sans m'en avoir informé, Malfoy ? » interrogea Hermione un sourcil relevé, railleuse.

« Je trouve qu'il te va bien, voilà tout. »

Hermione lui sourit, incapable de rester trop longtemps en colère contre lui. C'était son caractère, il était impulsif et elle ne le changerait pas pour tout l'or du monde.

« Ginny trouvait aussi qu'il m'allait bien. »

« La petite Weasley serait-elle devenu lesbienne ? Oh, Potter-Super-Star doit être effondré. »

Hermione rit de bon cœur, pas vexé pour un sous. Draco adorait l'entendre rire, il réalisait seulement maintenant combien ça lui avait manqué.

« Non, elle m'a emmené faire les boutiques. Elle pensait que ça me changerait les idées. »

« En tout cas, je dois admettre qu'elle a plutôt bon goût » avoua Draco en observant les courbes de la jeune fille.

Hermione sentit soudain ses joues chauffer face au regard scrutateur du blond, elle posa son livre sur sa table de nuit, puis se rallongea sur son flan droit, ses deux mains sous sa tête. Elle aussi se mit à contempler le blond. Son regard passa de ses cheveux en bataille, à ses yeux couleur acier, son nez sans réel défaut et enfin s'attarda sur ses lèvres.

« Où étais-tu ? » lâcha-t-elle enfin.

Draco, déboussolé, d'abord par l'inspection qu'elle avait réalisé puis par sa question, se gratta la nuque comme à chaque fois qu'il était mal à l'aise. L'instant était venu. Il n'était plus question de fuir à présent. Il lui devait la vérité.

« Si tu ne veux pas me le dire, c'est pas grave... » commença-t-elle.

« Non, je vais te le dire » la coupa-t-il. « Je suis venu pour ça en fait. »

La brune attendit. Il n'y avait pas d'urgence de toute façon. Elle avait l'impression de pouvoir tout entendre. Absolument tout. En tout cas, elle en avait l'impression.

« Voilà... J'ai... » débuta-il avant d'être interrompu par la sonnerie de son portable.

Draco fronça ses sourcils et écarquilla les yeux quand il lut « Papa » sur le petit écran.

« Excuse. Il faut que je réponde » la main sur son IPhone, il appuya sur la touche verte, puis laissa la voix de son père le ramener sur terre.

« Bon sang, mais où est-ce que tu es Draco ?! » l'entendit-il rugir à l'autre bout du fil. « Je t'avais confié une mission. UNE putain de mission. C'était si dur d'attendre que je rentre du travail franchement ?! »

« Mais qu'est-ce qui se passe ? » questionna Draco maintenant emprunt à la panique. Il imaginait déjà sa tante étendue sur une civière.

« Il se passe qu'elle est sortie. Elle s'est envolée. Et c'est de ta faute. »

Hermione n'y comprenait rien, mais vit le blond blêmir à vue d'œil. Une main sur le combiné du téléphone l'autre tirait furieusement sur son cuir chevelu.

« Mais c'est pas possible, elle dormait quand je suis parti. »

« Y a un truc magique avec le sommeil, c'est que parfois on se réveille, tu sais. »

Il le prenait pour un con. Son père le prenait pour un con.

« Tu crois que je ne le sais pas ? » répondit-il acerbe.

« Ramène-la. C'est tout ce que je te demande. »

Bip. Bip. Bip.

Il avait raccroché. Un silence de plomb se répandit dans la pièce. Hermione le regardait confuse, désorientée. Elle s'était assise sur son lit, ses fesses sur ses talons. Elle ressemblait à un chien qu'on aurait abandonné au bord de la route.

« Faut que j'y aille. »

« Attends... »

« Tu comprends pas » l'interrompit-il. « Faut vraiment que j'y aille. »

Draco quitta la pièce à la vitesse de l'éclair, laissant des effluves de son parfum derrière lui. Hermione avait envie de pleurer, mais elle en avait assez de pleurer, tout d'un coup elle laissa la détermination s'emparer d'elle.

Il n'allait pas se débarrasser d'elle comme ça.

Dévalant les marches, elle se posta face à lui dans le hall d'entrée, puis lui souffla :

« Je viens avec toi. »

« Pas question. »

« Je viens avec toi » répéta-t-elle presque féroce.

Leur regard s'affronta et Draco finit par céder devant la volonté nouvelle de la jeune fille.

« Tu ne sais même pas dans quoi tu t'engages. »

« Peu importe. Je viens avec toi. »

Leurs manteaux sur le dos, ils prirent un taxi dans lequel ils n'échangèrent pas une seule parole. Draco en voulait à Hermione de lui avoir pratiquement forcé la main et, en même temps, il appréhendait ce qu'elle allait découvrir. Celle-ci, de son côté, ressentait presque de l'excitation, elle allait pénétrer dans un bout de la vie de Draco et c'était ce qu'elle recherchait. C'est ce qu'elle continuait de rechercher constamment. Une sorte de curiosité malsaine vis à vis de lui s'était développée au cours des mois et elle n'avait rien fait pour l'arrêter. Son côté « Je veux tout savoir de toi, Malfoy. » lui faisait un peu peur, chacun avait le droit d'avoir son jardin secret après tout mais, en ce qui concernait Draco, elle avait plutôt la sensation d'être face à un champ.

Au bout d'un quart d'heure, le taxi se stoppa juste à côté d'une rue commerçante où quelques petits immeubles survivaient encore. Draco paya le chauffeur et s'engouffra dans l'immeuble au numéro 13.

« Elle trouve le nombre 13 très cool, vendredi 13 tout ça » annonça-t-il simplement. « Viens. »

Elle n'avait absolument aucune idée de qui il parlait. Cependant, elle s'engouffra tout de même à sa suite et son nez fut instantanément happé par l'odeur de moisissure qui se dégageait des murs, ainsi que par celle des poubelles qui n'avaient pas dû être ramassées. Draco était habitué maintenant, ça faisait déjà quatre ans que Bellatrix habitait ici. Il avait largement eu le temps de s'accommoder.

« C'est au sixième. L'ascenseur fonctionne plus. Ça ira ? »

La brune acquiesça tout en se demandant pour qui il la prenait. Elle courait tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Elle était nettement plus en forme que lui et elle se permit de lui démontrer en montant les marches de l'escalier en colimaçon sans même se plaindre ou être essoufflée. Elle n'avait aucune idée de ce qu'ils faisaient ici, mais elle était bien décidée à le savoir et ce n'était pas quelques marches qui allaient l'impressionner.

Une fois arrivé sur le pallier, Draco dénicha un trousseau de clés dans le renfoncement d'une planche du vieux parquet. Il enfonça une de celles-ci dans la serrure de l'appartement, puis constata que la porte n'était pas fermée à clé. Preuve qu'elle était venue. L'appartement de sa tante était aussi sinistre que la dernière fois qu'il était venu et cela faisait un moment.

La peinture s'était écaillée, des fissures étaient apparues au plafond et des cafards longeaient les murs de la cuisine américaine. Mais ce n'était pas le pire. Le pire c'était la pile de vaisselles sales dans l'évier, les vêtements toujours dans leur panier qui avait trop attendu d'être étendu et qui maintenant suintaient, les vingt messages vocaux sur son téléphone fixe non-écoutés, les tasses de café éparpillées, le mobilier plein de poussière et le calendrier de l'année précédente toujours affiché.

Le jeune homme ne savait même pas quand les fenêtres avaient été ouvertes pour la dernière fois. En tout cas, elle n'était pas là. C'était évident. Il devait maintenant partir à la recherche d'indices pour savoir précisément où elle était allée. En longeant le couloir, il s'aperçut que la lumière ne fonctionnait pas. Encore un aspect qui rendait cet appartement si charmant. Hermione était toujours derrière lui et inspectait chaque recoin du logement avec la plus grande précaution, elle avait la sensation d'être dans un repère de truand.

Il connaissait ce lieu par cœur. Au fond du couloir se trouvait la salle de bain, première porte à gauche les toilettes et derrière porte à droite, la chambre de sa tante. Il y pénétra et regarda un peu partout à la recherche de quoi que ce soit qui pourrait lui mettre la puce à l'oreille. Les draps étaient défaits et le bureau rempli de papiers comme si des porte-documents entier avaient été vidés dessus. Des affiches joliment encadrées de films et de groupe couvraient les murs mais étaient envahies par la poussière.

« Draco... » commença-t-elle prudemment. « Je suis désolée de te demander ça mais... Où sommes nous ? »

« Chez ma tante. »

« Ta tante ? »

« La sœur de ma mère » expliqua-il. « Excuse-moi, j'ai pas le temps de tout te dire dans les détails. Pour faire court, je cherche à savoir où est-ce qu'elle est partie » continua-t-il en commençant à fouiller frénétiquement sur le bureau.

Hermione acquiesça dans le vide, son regard absorbé par la moquette grise et tachée. Draco vidait les quelques boites qu'il trouvait sur son passage tandis qu'Hermione se balançait d'un pied sur l'autre sans trop savoir quoi faire.

« Tu comptes rester planter là ? » lui demanda brusquement le blond.

« Euh non » répliqua-t-elle d'une voix mal assurée.

Elle se pencha afin de chercher dans les documents, puis au bout de quelques minutes finit par s'asseoir en tailleur à même le sol. Diverses brochures, factures et autres prospectus étaient étalés formant un arc de cercle autour de la jeune fille. Elle souffla attirant l'attention de Draco qui lui jeta un regard agacé. Ne voulant pas être un boulet à ses yeux, elle effectua le plus contentieusement sa recherche jusqu'à trouver un prospectus intéressant avec la date du jour inscrit dessus, peut-être que ça allait l'intéresser.

« J'ai... J'ai trouvé ça » hésita-t-elle. « Je sais pas, peut-être que ça peut aider. »

Draco accepta le document tendu et ses sourcils se froncèrent à la vue de ce qui était inscrit. Apparemment Tom Jedusor organisait un meeting dans le centre de Londres. Il ne pouvait s'agir que de ça, c'était incontestable. Elle était partie le retrouver. Subitement, il froissa le papier, la vision du sourire hypocrite de Tom sur le prospectus lui donnant envie de vomir. L'adresse en tête, il jeta le papier à terre, puis se précipita vers la sortie.

« On y va » enchaîna-t-il à l'adresse de la brune.

« Est-ce que ça va ? Tu trembles. »

Draco jeta un coup d'œil à ses mains, effectivement elles tremblaient. Il les cacha dans les poches de son manteau et s'avança alors vers le hall d'entrée. Hermione le suivit, docilement, tout en ayant l'impression d'être un petit chien. Une fois arrivés dans la rue, Draco héla un taxi et dedans il eut du mal à cacher sa nervosité. La brune n'osait même pas lui faire une quelconque réflexion. Elle le regardait simplement se débattre avec ses émotions.

« Draco... Il faut que tu m'expliques... »

« Je te jure Hermione, c'est pas le moment » lui répondit-il sèchement.

« Mais... »

« Non, tais-toi » lui assura-t-il.

Il avait l'impression qu'il allait faire un massacre. Là, tout de suite. Il se savait injuste de s'en prendre à la jeune fille, elle n'y était pour rien après tout, mais il ne pouvait s'empêcher de trouver sa présence mal venue. Au prix d'un effort insurmontable, il réussit à contrôler les tremblements de ses membres et se concentra sur le paysage qui se dessinait à travers la vitre tandis que sa voisine de banquette en faisait de même, le cœur au bord des lèvres. Elle détestait quand il se comportait comme ça. Comme un égoïste qu'il était, mais qui perturbait toujours la brune. Elle, si altruiste et généreuse.

Ils traversèrent plusieurs boulevards et avenues avant de se retrouver au centre de la City. Le chauffeur les déposa au pied d'un gigantesque immeuble et Hermione s'étonna de ne jamais en avoir vu d'aussi haut. Draco la regarda d'un œil railleur, la jeune fille avait la bouche grande ouverte, les mains sur les hanches, elle semblait stupéfaite. Comme une enfant qui venait de voir le père Noël.

« Ah y a pas ça dans ta campagne, Grangie. »

Il était de retour, le Draco joueur. Ce lycéen à la peau presque diaphane avait tellement de personnalités différentes qu'il aurait pu dérouter le monde entier. Ce fut instantané, les joues de la jeune fille se colorèrent d'un rouge soutenu, honteuse de son ignorance.

« C'est à dire que... J'ai... J'ai Jamais... » bafouilla-t-elle.

« C'est pas grave. Je suis venu tellement de fois ici que j'en suis presque devenu blasé, j'aime bien te voir émerveillée par des choses auxquelles je ne fais même plus attention. »

« C'est... Waw ici quand même » ne put s'empêcher d'admirer la lycéenne.

« C'est sûrement là que mon père rêverait de me voir travailler » lança le blond tout en commençant à avancer.

Perche qu'Hermione se précipita d'attraper. Ce n'était pas souvent que le jeune homme évoquait l'existence de son père. Hermione avait toujours la sensation qu'il était inexistant dans sa vie. La dernière fois qu'elle avait entendu parler de lui, c'était en Espagne et là-bas le jeune homme ne lui avait pas fait un portrait très flatteur de son paternel. Il avait l'air de mettre une grosse pression sur les épaules de son fils et Hermione comprenait mieux à présent pourquoi Draco avait besoin de faire des choses telle que saccager le lycée.

« Ah oui ? Il fait quoi ton père ? » demanda-t-elle innocemment.

« Entrepreneur. Il a monté sa propre boîte y a quelques années. Il espère probablement que je suive son parcours sauf que j'ai aucune foutue idée de ce que je veux faire de ma vie. »

Sentant l'humeur de Draco se dégrader, Hermione préféra changer de sujet. Elle nota mentalement que lui parler de son père n'était pas du tout un bon moyen de le détendre. Son père avait l'air froid et distant, tout le contraire de ses parents qui avaient plutôt tendance à l'étouffer par moment.

« En tout cas, ce n'est pas moi que tu retrouveras au sommet de ces immenses tours » affirma la lycéenne en riant.

« C'est clair » sourit le jeune homme. « Je suis sûr que tu aurais installé ton bureau à au moins cinq mètres de la fenêtre. »

« Au moins » confirma la brune.

« Je me rappellerai toujours de ta tête quand je t'ai emmené au London Eye » ricana-t-il.

« C'était super dangereux. J'aurais pu mourir d'une crise de panique par ta faute » répliqua-t-elle en le pointant du doigt d'un air accusateur.

« J'avais la situation parfaitement sous contrôle. »

« Tellement » pouffa-t-elle. « J'aurais bien voulu voir ta tête si je m'étais évanouie. »

« Avoue que tu as aimé. »

« Je ne le nie pas. Je le nierai jamais. Par contre, ne compte pas sur moi pour remonter dans cette machine du diable, Malfoy. »

Draco rit de bon cœur et Hermione sourit, heureuse d'avoir réussi à le dérider quelque peu. Soudainement, le blond s'approcha d'elle et lui ébouriffa les cheveux d'un geste tendre et contrôlé.

« Il se pourrait bien que je t'y emmène à nouveau, j'aime bien ton petit regard paniqué. »

« Non, hors de question. Cette fois j'appellerai la police pour séquestration. »

« Et je leur raconterai comment ça te rend adorable les émotions de ce type. »

« Ah bon ? Adorable ? » lui demanda-t-elle en souriant.

« T'enflammes pas Granger. »

« Je m'enflamme pas... Mais comptes sur moi pour te ressortir cette phrase. »

« Tu ne ferais pas ça ? »

« Je vais me gêner, tiens. »

Draco fit semblant de bouder, puis trouva une parade.

« Rappelle-moi qui a failli coucher avec un mec aussi poilu que le Yéti ? »

Et ce fut immédiat. Choquée, Hermione se retourna vers lui la bouche grande ouverte, les yeux écartés, les narines dilatées.

« Je t'interdis de refaire mention de ce moment... D'égarement. Puis, comment est-ce que tu sais... »

« Qu'il est poilu comme Bigfoot ? Il se changeait devant nous après le sport. Compte sur moi pour te rappeler ce... Comment tu dis ? Ah oui, 'moment d'égarement', toute ta vie » se moqua-t-il vicieusement.

« Tu ne ferais pas ça ? »

« Je vais me gêner, tiens » la parodia-t-il.

« Qu'est-ce que tu peux être cruel. »

« Tu n'as pas idée. »

« Je. Te. Déteste. »

Ils se sourirent, complices. Il y avait bien longtemps qu'ils n'avaient pas eu une conversation de cet acabit et ça leur fit du bien à tous les deux. En réalité, depuis Barcelone, ils n'avaient pas échangé une seule parole, ni un seul regard. Le retour sur le sol anglais avait été des plus froid et des plus brutal leur ramenant à une certaine vérité qui les avait tous les deux meurtris.

« Je suis content de te voir sourire, tu pourras dire à ta grand-mère que j'ai accompli ma mission » annonça-t-il l'air de rien.

« Quoi ? Mais de quelle mission tu parles ? »

« Elle m'a dit que ça faisait des jours que tu faisais la tête, elle m'a demandé d'essayer de te rendre le sourire. »

Hermione leva ses yeux au ciel, pas très étonnée que sa grand-mère agisse de cette manière. Ça lui ressemblait bien de dire ce genre de choses.

« Et qu'est-ce que tu lui as répondu ? » questionna-t-elle tout de même curieuse.

« Que je ferais mon possible. Elle est marrante ta grand-mère. »

« Aah oui, très drôle... » répondit-t-elle un brin d'ironie dans la voix.

« Je me demande pourquoi tu faisais tant la tête » s'interrogea-t-il un doigt sur le menton tel un détective.

« Pour rien, une broutille » éluda-t-elle en brassant de l'air de sa main droite.

« Vraiment ? » questionna-t-il en l'attrapant brusquement par le poignet.

Il la ramena vers lui, et Hermione sentit son pouls s'accélérer. Pour cacher son trouble, elle réfugia son visage dans sa grosse écharpe. Draco enfonça son regard dans celui de la brune incapable de savoir pourquoi il agissait de cette manière. Il avait juste ressenti le besoin soudain de la sentir près de lui.

« Hermione... » chuchota-il finalement.

« Oui ? » répliqua-t-elle désorientée.

« Je... »

Cependant, il n'eut pas le temps de répondre car une forte exclamation retenti non-loin de leurs oreilles. Draco en conclut que les bruits provenaient de leur droite et invita Hermione à le suivre au pas de course. Il en avait presque oublié le pourquoi du comment ils étaient ici initialement.

Ils arrivèrent devant un grand chapiteau blanc où une estrade artisanale avait été construite et recouverte d'un tapis rouge sang. Tom évoluait sur la scène, à l'aise et sûr de lui. Des centaines de personnes étaient présentes, l'acclamant et l'admirant. Draco observa ce manipulateur descendre les marches pour rejoindre les loges et en profita pour scanner la foule à la recherche de sa tante.

« À quoi elle ressemble ? » demanda doucement Hermione à ses côtés se doutant de ce qu'il cherchait.

« Elle... Elle est brune... » répondit-il tout en regardant autour de lui. « Les cheveux longs et frisés... En fait tu l'as déjà rencontrée » se rappela-il soudain.

« Vraiment ? Où ça ? »

« Dans sa boutique. Son magasin de musique. »

« Chez B. ? »

« Exactement. »

« B. C'est ta tante ? C'est pour ça que tu travaillais là-bas ? »

« Oui ! » admit-il d'un ton empressé en se passant une main dans les cheveux. Il était prêt à céder à la panique quand un éclair de génie le traversa. « On la trouvera pas ici, suis-moi. »

Ils traversèrent la foule à grand renfort de coups de coudes. Les gens commençaient à peine à se disperser quand ils atteignirent le derrière de la scène. Un vigile était présent ainsi qu'une femme qui n'arrêtait pas de l'insulter.

« Puisque je vous dis qu'il faut que je le vois, espèce de demeuré ! »

Pas de doute, il s'agissait du ravissant timbre de voix de sa tante. Habillée tout de noir, comme à son habitude.

« Madame, je vous le répète depuis tout à l'heure, il n'est pas disponible » lui rétorqua le vigile en mâchant vulgairement son chewing-gum.

Il fit une bulle et lui claqua celle-ci à la figure. Le geste de trop qui fit s'emporter Bellatrix.

« SALE PETIT CON DE MES DEUX ! TU VAS ME RAMENER TOM TOUT DE SUITE OU JE FAIS BRULER TOUT VOTRE PETIT CIRQUE DE MERDE ! » hurla-t-elle ses cheveux partant dans tous les sens.

Draco cacha son visage entre ses mains. Il avait honte, tellement honte. En plus, Hermione était là. Elle regardait la scène, choquée.

« Oh oh, doucement Madame. Calmez-vous ! »

« TU ME DIS PAS DE ME CALMER CONNARD ! ET ME TOUCHE PAS ESPACE DE SALAUD ! JE TE JURE QUE... »

« C'est quoi ce bordel ?! » s'exclama une voix rauque sortant de l'ombre.

Les cheveux bien peignés, une chemise rouge sang à moitié ouverte sur le torse, un pantalon noir sur les hanches, Tom débarqua, l'air bien embêté. Draco resta planté sur place, il était comme tétanisé.

« Ah, le voilà ! Le grand, le beau, le magnifique... » commença Bellatrix avant d'être interrompue par son bourreau.

« La ferme Bellatrix ! La ferme ! »

« Tu oses me dire de me la fermer ?! Mais à cause de toi, j'ai plus rien ! Ma vie est finie ! »

« La naïveté ça se soigne » ricana-t-il.

« Je vais t'en foutre moi de la naïveté ! Je vais t'attaquer en justice. Je vais... »

Tom s'approcha d'elle, menaçant, et lui murmura quelque chose que ni Hermione ni Draco n'entendirent. Bellatrix resta plantée là, interdite, limite effrayée. Le visage blême. Et au moment où le blond se décida à sortir de sa cachette, Tom empoigna violemment Bellatrix par le cou avant de la jeter au sol.

Draco vit rouge et, une demi-seconde plus tard, il envoyait son poing dans la figure de Tom, puis l'attrapa par son col de chemise. Il avait mal à ses phalanges mais la douleur était atténuée par la rage qu'il ressentait au creux de son ventre. Le méprisable manipulateur avait le nez en sang et Draco ressentit une certaine satisfaction en admirant son travail.

« Si je te revois, t'auras pas que le nez de pété. Je te préviens. »

Hermione s'était précipitée auprès de Bellatrix qui, terrorisée, pleurait toutes les larmes de son corps.

« Quoi ? C'est toi qui va me faire la peau peut-être ? » pouffa le brun nullement impressionné.

Draco n'avait jamais autant désiré la mort de quelqu'un, hormis le chauffard qui avait tué sa mère, il n'avait jamais eu la volonté de tuer avant ce jour.

« Absolument » cracha-t-il froidement. « Et je te ferai tellement mal que tu imploreras ta mère, que tu voudras que Dieu ou tout autre entité mette fin à tes souffrances. La mort te paraîtra douce comparé à ce que je te ferai Tom, si je revois encore ta sale tronche. Maintenant dégage pour que je répare ce que tu as brisé. »

Le blond finit par le lâcher, puis se dirigea vers sa tante qui pleurait toujours dans les bras d'Hermione. Il la releva et elle entoura ses bras autour de sa nuque. Il encercla ses hanches d'une poigne de fer et invita Hermione à les suivre. Celle-ci jeta un dernier regard noir en direction du vil serpent, puis se détourna définitivement. Ils n'avaient plus rien à faire ici.

Une fois dans l'intimité du taxi, Draco envoya un SMS à son père pour lui indiquer que sa tante se trouvait bien avec lui.

« Je veux... Je veux rentrer chez moi » articula Bellatrix entre deux sanglots.

« Impossible, je peux pas te laisser seule... »

« Je suis capable... »

« Impossible, je te dis. Papa me tuerait s'il t'arrivait quelque chose » confia-t-il. « Tu es trop fragile. »

« C'est n'importe quoi... » protesta-t-elle

« Non, c'est pas n'importe quoi ! Tu crois que je t'ai pas vu tout à l'heure insulter le vigile et hurler ? C'est comme d'habitude. Tu crois que je me rappelle pas la fois où t'as menacé Papa avec le couteau de cuisine ? Ou celle où tu disais que t'allais sauter par la fenêtre ? 'Je vous jure je vais le faire, je vous jure que je vais sauter petits cons ! ' C'est ça que tu criais ce jour-là, et là tout à l'heure j'ai vu le même regard alors il est hors de question que je te laisse seule, putain » répliqua-t-il catégorique. « C'est toujours la même chose, pourquoi il faut toujours que tu m'embarques dans tes conneries ? J'avais que ça à foutre bien sûr de venir te traîner jusqu'à la maison. »

« Draco... » avertit Hermione qui sentait que les choses allaient mal tourner.

Mais il était trop tard, il était lancé à présent.

« J'avais que ça à faire de jouer les preux chevalier pour Madame. Moi j'ai pas de vie, moi j'ai pas d'envies, moi j'ai jamais mon mot à dire, n'est-ce pas ? Je peux plus continuer à supporter ça. »

« De toute façon, je m'en fou, vas-y casse-toi. C'est ce que tout le monde fait à longueur de temps. Tout le monde se casse. »

« La faute à qui ? Tout le monde se casse parce que tout le monde te fuis, voilà la vérité. Personne peut te supporter. T'es qu'un boulet. »


Hermione retint son souffle tandis que les yeux du blond lançaient des éclairs. Le taxi était arrêté à un feu et, ni une ni deux, Draco en profita pour sortir du véhicule. Il claqua la portière derrière lui et il partit sans se retourner.

« Draco ! » se mit à crier la jeune fille.

« Laissez... » chuchota calmement sa tante. « Il a raison. »

« Non, il n'avait... »

« C'est comme ça entre nous » coupa-t-elle.

Hermione était déconcertée. Si Draco lui avait dit le quart de ce qu'il lui avait craché au visage, elle aurait certainement fondu en larmes mais Bellatrix avait plutôt l'air d'être... Apaisée. Comme si la dispute lui avait remis les idées en place.

« Je ne sais pas depuis combien de temps vous fréquentez Draco... »

« Oh, on ne se fréquente pas, on est juste amis » déclara la lycéenne le rouge aux joues.

« Et bien... Même si vous n'êtes qu'amis s'il y a bien une chose que vous devez savoir sur Draco c'est que c'est un être meurtri. Il est plus fragile que ce qu'il laisse paraître. »

Hermione acquiesça en silence peu encline à discuter. Elle se faisait du souci pour Draco, à la minute où il avait quitté le taxi, elle avait eu envie de le suivre.

« C'est pas un méchant garçon » continua Bellatrix. « Mais il est en colère et ça fait des années qu'il le cache. »

« Tout de même... Il n'avait pas à vous parler comme ça » affirma la jeune fille.

« Je le comprends, bien plus que lui-même. Il n'avouera jamais que dans le fond on a les mêmes faiblesses. Bien sûr, il n'est pas exactement comme moi mais je tolère son comportement parce que je sais qu'il souffre. D'ailleurs, je suis désolée pour ce qu'il a dit sur notre passé. Je n'ai pas eu une vie facile vous savez et je me doute que ça a dû vous mettre mal à l'aise. »

« Ne vous justifiez pas » la rassura Hermione. « Même si je ne connais Draco que depuis quelques mois, même si connaître est un bien grand mot, je le comprends moi aussi. Je commence tout juste à saisir comment il fonctionne. »

« C'est bien. C'est important qu'il ait des amis tels que vous. Il faut qu'il soit entouré, parce qu'à la minute où s'installe la solitude, il est presque impossible de la déloger » souffla Bellatrix en regardant son reflet à travers la vitre du taxi.

Hermione ressentit instantanément de la peine pour la tante de Draco. Elle ressentait même de la pitié. Pour chasser son trouble, elle consulta son téléphone, pour finalement constater qu'il ne lui avait pas envoyé de message. Toutefois, sa grand-mère s'inquiétait de ne pas la voir rentrer. Elle lui indiqua rapidement qu'elle était toujours vivante mais qu'elle en aurait encore pour quelques heures avant de rentrer à la maison. La lycéenne soupira en constatant qu'il était déjà plus de dix-huit heures. La nuit était tombée et elle pouvait s'imaginer combien le froid devait être à présent mordant.

« Vous êtes arrivés » marmonna le chauffeur en se garant en bas de la rue du duplex.

Bellatrix paya le taxi, puis se retourna vers Hermione. Le moteur du véhicule ronronnait toujours à leur côté et la jeune fille s'étonnait qu'il ne soit pas déjà parti.

« Je vais rentrer, vous, prenez ce taxi et retrouvez Draco. »

« Mais... Je n'ai aucune idée d'où il peut être. Et Draco ne voulait pas vous laisser seule. »

« Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais sagement rentrer... »

« Non, on va faire un compromis. Laissez-moi vous accompagnez jusque là-haut et ensuite j'irai chercher Draco. »

Bellatrix mit un moment à peser le pour et le contre, mais finalement accepta. Le taxi-man leur souligna qu'il faisait tourner le compteur signe qu'elles avaient intérêt à se grouiller peu importe ce qu'elles avaient à faire.

Hermione était déjà venu chez Draco, néanmoins, elle ne pouvait pas dire qu'elle gardait un souvenir impérissable de leur soirée d'Halloween. À l'aide de l'ascenseur, elles atteignirent l'appartement du jeune homme mais une fois devant la porte Bellatrix se retrouva comme paralysée. Hermione lui jeta un coup d'œil, avant de s'autoriser à sonner. Le bruit de la sonnerie sortit la patronne de « Chez B. » de sa léthargie.

Et trois secondes plus tard, un grand homme aussi blond que Draco apparut dans l'entrebâillement de la porte. Il portait une chemise blanche et un pantalon noir retenu sur ses hanches par une belle ceinture en cuir. Et Hermione le trouva à la fois classe et distingué.

« Euh... Bonsoir » salua-t-elle maladroitement.

« Bonsoir Lucius » ajouta Bellatrix à ses côtés.

« Ah enfin, te voilà ! Je me suis fait un sang d'encre ! » avoua-t-il. « Mais où est Draco ? » leur demanda-t-il en inspectant des yeux le couloir.

« Il arrive bientôt » répliqua rapidement Hermione. « Il devait aller voir... Blaise pour... Un devoir » mentit-elle pas très habilement.

«Je vois... Et vous êtes ? » questionna-t-il suspicieusement.

« Hermione Granger. Une amie de Draco. »

« Enchanté. »

« Moi de même... Bon, il faut que je file. Ravie d'avoir fait votre connaissance. »

Puis, Hermione s'empressa de prendre l'ascenseur. Dans l'habitacle, elle regarda son reflet dans le miroir et eut envie d'être enterrée sous terre. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle venait de rencontrer le père de Draco. Son regard polaire l'avait transpercé de part en part et il lui ressemblait tellement qu'elle pouvait affirmer sans conteste qu'il s'agissait bien de son géniteur.

La jeune fille soupira tout en avançant vers le taxi, elle n'avait aucune idée d'où pouvait se trouver Draco. Londres était une grande ville, il pouvait être n'importe où. Et pendant qu'elle regardait ses pieds à la recherche d'une illumination, les paroles de Bellatrix lui revinrent en mémoire « Draco est un être meurtri. Il est plus fragile que ce qu'il laisse paraître. ». Et là, elle sut. Elle sut exactement où elle allait le trouver.

Quand elle arriva aux abords du cimetière, elle constata que les portes de celui-ci étaient closes. Le cimetière était fermé donc il ne pouvait pas être à l'intérieur, n'est-ce pas ?

Non, non, non, il n'a pas osé..., pensa-t-elle paniquée.

Et pourtant, ça lui ressemblait bien de faire ce genre de choses. Hermione émit le soupir le plus bruyant de toute sa vie puis se dirigea vers les grilles. À travers les barreaux, elle tenta de distinguer une quelconque silhouette, mais la nuit était trop noire et les quelques lampadaires ne pouvaient pas l'aider à y voir grand-chose. Ne pouvant passer par-dessus la grille, elle opta pour faire le tour du cimetière. Elle trouva finalement un interstice dans laquelle elle se glissa difficilement mais sûrement. Une fois, à l'intérieur du lieu, elle le contempla à la recherche du blond, malheureusement aucun signe de lui ne lui apparut.

Alors, elle essaya de se rappeler où pouvait bien se trouver la tombe de sa mère. La jeune fille tourna ainsi pendant un quart d'heure, et au moment où elle commençait à se dire qu'elle s'était en fait complètement trompée, une lueur apparut sur sa gauche. Une bougie brillait au loin, enfermée dans une lanterne. Elle s'approcha précautionneusement de la source de lumière et c'est avec soulagement qu'elle vit des cheveux bonds platine se révéler dans la nuit noire. Elle ne s'était pas trompée.

« Salut Malfoy » envoya-t-elle incapable de dire autre chose.

Il était assis en tailleur et fixait la pierre tombale comme si elle allait bouger d'un instant à l'autre. À son appel, il tourna lentement son regard vers elle et Hermione s'aperçut qu'il avait le regard complètement vide. Cependant, celui-ci se réanima en constatant qu'elle était bien présente. Elle se trouvait là, et elle avait du mal à le réaliser elle-même.

« Salut Granger » se reprit-il. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Je suis venue voir comment tu allais » rétorqua-t-elle en s'installant auprès de lui.

« Je me suis jamais senti aussi bien, ça se voit non ? »

« Ne sois pas sarcastique, je suis quand même rentrée par effraction dans un endroit aussi mal fréquenté pour te retrouver après tout » lui envoya-t-elle d'une voix douce.

Elle réussit à lui arracher un minuscule sourire et une part d'elle s'envola dans les cieux.

« Désolé d'être parti tout à l'heure. »

« Ce n'est pas à moi que tu dois présenter des excuses. »

« Oui, je sais. Je ne voulais pas m'emporter, mais c'est devenu... Tellement dur à supporter. »

« Je sais. »

« Elle me manque... Trop » lâcha-t-il tandis qu'une larme coulait sur sa joue. « Tu te rappelles quand je t'ai parlé de ma pièce de théâtre ? »

« Oui » confirma-t-elle, attentive.

« Je me souviens d'aucune de mes répliques. Ni des camarades qui m'accompagnaient. Ni de la salle. Ni même du thème général de la pièce. Je n'ai que des bribes de souvenirs à présent mais... Je me souviendrai toujours de ma mère m'applaudissant à la fin. Elle était fière. En tout cas, j'ose l'espérer... J'avais 9 ans. Elle est morte l'année suivante. Je te jure Granger, tous les jours je pense que ça sera moins douloureux, tous les jours je m'efforce de pas y penser mais elle est toujours là. Toujours là. »

Hermione se concentra, à la fois pour ne pas craquer et pour trouver quelque chose à lui dire. Tout le monde avait son lot de souffrances, mais pour Draco c'était encore différent.

« Elle sera toujours là... » commença-t-elle.

« Tu crois... Tu crois que je vais finir comme ma tante ? » la questionna-t-il en tirant ses cheveux vers l'arrière. « Parce que ça me bouffe. Ça tourne. Ça tourne tout le temps dans ma tête. Je suis triste. Je suis seul, je suis tout le temps seul. »

« Calme-toi Draco » lui ordonna-t-elle en prenant une de ses mains entre les siennes. « Calme-toi. Je suis là moi. Je vais pas partir. Je vais... »

« Ne promets pas de rester. Ne promets rien, je t'en prie. »

« D'accord, je ne te promets rien. »

« Les promesses sont faites pour être brisées. »

Elle en avait envie pourtant, ne serait-ce que pour le rassurer, de lui dire qu'elle allait rester avec lui pour toujours s'il le souhaitait, mais ce n'était pas de ça dont il avait besoin. Alors, elle se contenta de presser sa tête contre sa poitrine tout en lui serrant la main. Ils allaient bientôt être engourdis ou mourir de froid mais elle s'en fichait. Ce qui comptait, c'était Draco.

Peu à peu, il se calma, les minutes défilèrent et Draco émit un bâillement sonore suivit par la brune.

« On ferait mieux de rentrer » préconisa Hermione.

« Encore deux minutes » lui demanda le blond en lui caressant les cheveux.

« D'accord. »

Elle aurait voulu que le temps s'arrête et leur accorde un petit moment de répit, un tout petit. Mais le destin était farceur et, à peine s'était-elle décidée à fermer les paupières, qu'une voix résonna au loin, interrompant ses rêveries et ses espoirs.

« Je sais que vous êtes là, bande de petits voyous ! »

« Oh oh, il est temps de filer Granger » s'exclama Draco d'un ton pressé.

Hermione se releva à l'aide de Draco, puis ils commencèrent à fuir à travers les tombes. Tenant fermement sa main dans la sienne, la lycéenne se laissait guider. Le jeune homme semblait connaître l'endroit comme sa poche, même dans cette noirceur environnante.

Les bruits de pas étaient toujours dans l'air et Hermione sentait son cœur battre furieusement dans sa poitrine. L'adrénaline avait envahi ses membres, sensation familière qu'elle ne ressentait habituellement qu'en courant sur le bitume. Peur, appréhension et une forme de plaisir se battaient aussi à l'intérieur de son organisme.

Sentir que Draco était auprès d'elle lui apportait à la fois un sentiment de sécurité et de crainte. Il serrait toujours sa main, comme si il avait peur de la perde ou qu'elle s'en aille sans lui. Sans qu'elle s'y attende, le blond s'arrêta sans la prévenir et colla son dos sur un muret tandis que l'homme armé de sa lampe torche passait à leur côté sans les voir. Un bras dans son dos et l'autre autour de ses hanches, Draco la maintenait solidement contre lui. La brune pouvait respirer son odeur à travers son vêtement et son souffle dans ses cheveux. Son pouls, déjà bien actif, s'accéléra encore lui coupant la respiration.

« Je pense qu'il est parti » chuchota Draco au creux de son oreille après quelques instants.

Hermione resta interdite, ne sachant pas trop comment réagir. Alors, elle opta pour le recul. Mais c'était sans compter sur la poigne de fer qu'exerçait le jeune homme sur elle. Elle choisit finalement, de ne plus bouger du tout, puisque tel était son désir mais elle ne pouvait empêcher son cerveau de tourner à plein régime.

« Une idée me dit que ce n'est pas la première fois que tu fais ça » murmura la brune d'un ton rieur.

« Que j'emmène une fille dans un cimetière ? Non, effectivement ce n'est pas la première fois. »

« Idiot... Tu vois très bien ce que je veux dire » répliqua-t-elle en le frappant légèrement sur l'épaule ce qui eut pour conséquence de faire ricaner son interlocuteur.

« Oui, tu m'as démasqué. S'est souvent arrivé que je n'arrive au cimetière qu'après les horaires d'ouverture à cause des cours ou autre, alors je venais la nuit. »

Hermione acquiesça silencieusement à ses dires, tout en essayant d'imaginer un Draco seul et malheureux devant la tombe de sa mère. Ça lui fendit le cœur.

« Par contre, c'est la première fois que je me fais pincer » annonça-t-il dans un petit rire. « Au fait... » se reprit-il. « Merci pour ma tante. Mon père m'a envoyé un SMS. »

« De rien. C'était la moindre des choses. »

Un silence suivit ses paroles. Un silence qu'Hermione considéra comme particulièrement inconfortable. Elle n'avait qu'une envie, se dégager des bras du jeune homme. La sensation était loin d'être désagréable, mais elle sentait qu'elle allait déraper.

« Pourquoi ? » demanda soudain Draco en resserrant imperceptiblement sa prise sur la jeune fille.

« Pourquoi quoi ? » répondit-t-elle, perdue.

« Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ? Ma tante, moi. Pourquoi ? Est-ce qu'on te fait pitié ? »

« Non... » répliqua-t-elle presque choquée qu'il puisse penser cela.

« Alors, pourquoi ? »

Et là, Hermione ne sut quoi répondre. Et même si elle ne pouvait le voir dans l'obscurité, elle releva son visage vers lui. Elle cala son menton sur son torse, les yeux clos et lui murmura la seule chose qui lui vint à l'esprit à ce moment.

« Embrasse-moi » supplia-t-elle presque.

Ca y est. Elle avait dérapé.

« Qu... Quoi ? » lui demanda-t-il surpris.

« Embrasse-moi » réitéra-t-elle avec plus de conviction.

« Hermione... » avertit-il.

« Je t'en conjure... Embrasse-moi... » chuchota-t-elle des larmes aux coins des yeux.

Il sembla hésiter quelques secondes, puis il accéda à sa requête. Il l'embrassa tout d'abord timidement. C'était aussi bon que dans ses souvenirs. Elle n'aurait jamais cru qu'elle ressentirait à nouveau cette chaleur caractéristique mais pourtant celle-ci était bien là. Il mit ses mains en coupe autour du visage de la brune et l'embrassa avec plus de passion entremêlant sa langue avec la sienne. Des papillons naquirent au creux de son estomac et elle s'envola à dix mille lieux de là.

Hermione n'avait aucune idée d'où tout ça allait les mener, à vrai dire elle ne savait même pas ce qu'elle allait faire le lendemain, mais il y avait bien une chose dont elle était certaine, elle aurait pu passer sa vie à presser ses lèvres contre celles de Draco Malfoy.


Alors ? J'espère ne pas vous avoir déçu ! Je vais pas blablater plus longtemps ! Je suis trop pressée d'avoir votre avis. A vos claviers !

A la prochaine (dans pas trop trop longtemps, je croise les doigts et je me bouge les fesses). Bisous !