Bonsoir

Bon, le chapitre est publié un peu tard mais le principal est qu'il soit publié le jour de sa sortie. Je vous préviens tout de suite: sortez les mouchoirs car Thorin se plonge dans ses souvenirs maintenant qu'il a reconnu Marianne et ça va être très dur. Je n'en dis pas plus.

Merci à Aliena pour sa review. Bonne lecture.

Chapitre XII

Lorsque le soleil se leva de nouveau. Thorin errait fou et en proie aux désirs les plus sombres de son coeur. Dans son esprit, son désir de l'Arkenstone se gonflait de la souffrance que lui causait depuis toutes ces années la disparition de Marianne et désormais la malédiction qui pesait sur elle. Le souvenir du joyau du roi se faisait plus obsédant mais les réminiscences de Marianne s'y insinuaient, rendant ses propres pensées insupportables, sa propre conscience intolérable. Ses souvenirs ne lui apportaient aucune paix.

...

"J'aimerais te forger quelque chose."lui proposa-t-il alors qu'ils se prélassaient au bord de l'étang non loin de la Montagne. Marianne profitait désormais du fait que son frère l'avait jugée assez raisonnable pour ne plus avoir besoin d'un chaperon. Thorin pensait plutôt qu'il devait désespérer de trouver une nouvelle dame de compagnie à sa soeur qui tenait plus du garçon manqué que de la dame précieuse. Elle était tout de même plus raisonnable que lors de ses jeunes années: combien de fois l'avait-il trouvé perché dans les branches d'un arbre à faire des acrobaties qui lui donnaient des sueurs froides ! Maintenant, elle se contentait de monter à cheval comme un homme. Elle savourait cette nouvelle liberté sans en abuser pour ne pas pousser son frère à changer d'avis et à reconsidérer l'avis de leur défunt père.

"Me forger quelque chose ?" s'étonna-t-elle

Elle se redressa en s'appuyant sur ses coudes dans une attitude fort peu convenable. Grands dieux! Son ancienne dame de compagnie se serait récriée de la voir sans corset et en simple chemise, à peine coiffée d'une queue basse ébouriffée. Elle se sentait juste libre et légale de Thorin. C'était ce qu'elle lui avait dit avec un grand sourire. C'est ce qui avait poussé le prince nain à lui faire cette proposition, alors qu'elle avait posé sa tête à côté de la sienne et que ses longs cheveux acajou se mêlaient aux siens.

"Aimerais-tu un bijou ?" lui proposa-t-il le coeur battant.

Elle avait soufflé avant de se laisser retomber dans les herbes.

"J'ai des bijoux à la pelle que je ne mettrai certainement pas plus de deux fois dans ma vie. Toujours des cadeaux des ambassadeurs avant que ça ne devienne ceux de prétendants. Ce n'est pas assez personnel." déclara-t-elle en regardant le ciel en soupirant "Et puis, j'ai l'impression d'être enchaînée quand j'en porte."

Tout comme il avait cette impression quand il devait porter sa couronne de prince. Elle tourna son visage vers lui. Ils n'étaient séparés que de quelques centimètres. Ses yeux étaient plus beaux que cette Arkenstone que son grand-père avait fait enchâssé au-dessus de son trône.

"Qu'aimerais-tu alors ?" lui chuchota-t-il en respirant son parfum. Depuis deux ou trois ans, il avait changé. Ce n'était plus celui d'une enfant, même s'il continuait de sentir la montagne, ses pentes herbeuses caressées par le vent et baignées de soleil, le lac dans lequel elle s'était baignée.

Son regard azur détailla son visage. Le garçon manqué avait disparu pour révéler une splendide jeune femme. Elle sembla sur le point de dire quelque chose mais se ravisa et porta les yeux sur une des tresses qui encadraient son visage. Elle s'en saisit et amena la perle de mithril qui la terminait devant leurs yeux.

"Si tu veux vraiment me forger quelque chose, fais-moi la même s'il te plaît. Elle ne quittera jamais mes cheveux, ça tu peux en être sûr."

Son bonheur fut si intense et si soudain qu'il ne put rien dire pendant plusieurs minutes.

"Thorin ? J'ai dit quelque chose..."

"Me laisserais-tu te faire une tresse ?"

Ce fut au tour de Marianne de se taire. Il lut sur son visage la surprise, l'espoir puis le doute affreux.

"Tu veux me faire une tresse pour montrer que nous sommes amis ?"demanda-t-elle lentement.

Thorin eut un sourire amusé: c'était tout Marianne, ça: poser des questions en apparence anodines pour pousser les autres à dévoiler leur jeu.

"Non. Pour annoncer à mon peuple que...j'aurai..."

Il se tut, soudain timide. Et s'il se trompait? Marianne était une grande dame maintenant, un bon parti qui devait attirer des hommes des royaumes du Gondor ou du Rohan. Elle pouvait avoir envie de nouveaux horizons...

"Que tu aurais..."l'encouragea-t-elle à poursuivre en le ramenant à la réalité. Elle semblait mal à l'aise, elle aussi.

"Que j'aurais bientôt une princesse à mes côtés." acheva-t-il brusquement

Thorin guetta sa réaction. Marianne resta neutre. Il n'y avait pas de haussement de sourcil qui exprimait à chaque fois son mécontentement, ni de lèvres pincées qui exprimaient son exaspération.

"Tu veux dire que tu veux m'épouser ?" s'assura-t-elle en le regardant sans trouble.

Mahal! Thorin ne savait plus où se mettre. Est-ce qu'il avait mal présumé la situation ? Mais il s'était avancé. Il n'allait pas faire marche-arrière maintenant.

"Oui."

Marianne tourna à nouveau son visage doré par les rayons du soleil vers le ciel. Il l'entendit inspirer et expirer plusieurs fois. La situation n'aurait pu être pire.

"Écoute, on peut oublier si..."commença-t-il

"Pourquoi ?" le coupa-t-elle

"pardon ?"

"Pourquoi veux-tu m'épouser, moi ?"

"Tu as de ces questions ! Pourquoi crois-tu que je te préfère à n'importe quelle princesse naine ? Pourquoi crois-tu que je veuille passer mon existence avec toi ?"

Sa déclaration refroidit l'atmosphère. Marianne était humaine. Elle était condamnée à mourir avant lui. Elle détourna la tête mais Thorin ramena doucement son visage vers le sien. Leur bonne humeur s'était envolée.

"Je veux t'épouser tout simplement parce que tu es mon Unique, Marianne. Je veux vivre avec toi tout le temps que nous pourrons avoir parce que je t'aime, parce que je sais qu'avec toi, je ne serai jamais seul, parce que ta pensée éclaire mes journées. Tu es ma liberté, ma possibilité d'être Thorin avant d'être un prince. Je veux t'épouser parce que tu me vois tel que je suis." chuchota-t-il en appuyant son front contre le sien.

"Tu sais que nous allons devoir affronter ta famille et ton peuple ? Rien ne sera simple." lui rappela-t-elle.

"Et moi, je vais devoir affronter Girion pour le convaincre de me céder la personne à laquelle il tient le plus."répliqua-t-il avec humour avant de redevenir sérieux "Les choses ne seront pas simples mais nous saurons les surmonter. Après tout, mon père te respecte beaucoup, ma soeur t'adore et mon frère...dois-je vraiment parler de Frérin ? Et puis, tu es une dame, la dame patronesse de Dale. Tu sièges à l'assemblée de ta ville. Tu es comme une princesse et notre mariage d'un point de vue économique représenterait un immense avantage pour nos deux peuples."

"Je m'étonnais que tu n'aies pas encore trouver un moyen de parler de tes bourses."la taquina-t-elle

"Marianne!"

"Et bien quoi ?"

"Ton vocabulaire."

"Quoi mon vocabulaire ? Je parlais de tes bourses...à savoir le lieu où tu ranges tes pièces d'or. Tu pensais que...? Non?!" s'amusa-t-elle avec un sourire mutin

Thorin aurait pu se sentir gêné mais dans cet endroit, en cette compagnie, il éclata tout simplement de rire suite à sa méprise compréhensible au demeurant car Marianne était un esprit frondeur à la langue acérée. Un autre rire cristallin se joignit au sien. Ils étaient heureux et leur vie ne faisait que commencer. Spontanément, Thorin s'empara des lèvres de sa compagne et lui offrit un baiser tendre. Le silence les enveloppa de nouveau. Thorin, revenu à lui, crut qu'il avait mésestimé ses droits. Cependant, Marianne glissa ses doigts dans ses cheveux d'ébène et lui rendit son baiser. Alors qu'il n'osait croire à sa chance, elle se recula un instant et lui offrit un nouveau sourire.

"Tu me feras une tresse et un anneau."lui déclara-t-elle avec sérieux et autorité, même si son visage ne perdait pas son éclat malicieux.

L'esprit de Thorin mit un moment à revenir à lui et à comprendre ce qu'elle lui avait demandé. Une tresse...un anneau...une tradition des nains...une tradition des hommes pour...célébrer un mariage. Marianne se retint de rire quand elle lut sur son visage la compréhension.

"Est-ce à dire que..."

"Oui." le coupa-t-elle en se redressant.

Mais il l'attira à lui pour l'embrasser à nouveau. A cet instant, il se moquait bien qu'elle fasse deux bonnes têtes de plus que lui ou qu'il ait l'âge de son père.

Il pensait que leur amour tout neuf serait plus fort que tout, que rien ne viendrait gâcher leur bonheur. Il était jeune.

Jamais, il n'avait eu aussi tort.

Marianne disparut la nuit même. Girion vint implorer leur aide pour la retrouver quand elle s'avéra introuvable à Dale. Thorin revint à leur lieu de rencontre, fit le chemin que Marianne empruntait. Il ne trouva qu'un ruban de soie lavande, celui qu'elle portait dans les cheveux.

Il chercha des mois et des mois, même après que les recherches furent abandonnées et qu'une stèle à la mémoire de la jeune femme fut édifiée. Il refusa de perdre espoir, il refusa de croire qu'elle l'avait abandonné. Cependant, il dut se faire une raison au bout de deux ans quand il ne subsista plus aucune piste.

...

Appuyé contre les créneaux qui surplombaient le vide, Thorin sortit machinalement un vieux ruban de soie effilochée et à la couleur passée qu'il caressa tendrement.

Après toutes ces années, il savait enfin. mais pour autant ses souffrances n'avaient pas pris fin.

Il était enfin roi. Elle aurait dû être sa reine. Peut-être auraient-ils eu des enfants...mais si la vie l'avait épargnée, il serait veuf depuis quelques années. Alors que là...elle était éternelle. Elle pouvait rester avec lui jusqu'à...jusqu'à quoi ? Sa mort ?

Thorin eut un éclair de lucidité: ce n'était plus Marianne. Elle ne savait plus qui elle était. Ce n'était que son fantôme quand lui n'était qu'un fou.

Son royaume n'était qu'une ruine, son avenir que guerre et solitude, son coeur un cimetière. il n'avait plus rien à espérer de la vie. Si cela devait finir, que cela vienne vite. Il était prêt à brûler si cela pouvait les libérer.

Avis ?