Bénis

La tension dans la pièce augmentait chaque seconde jusqu'à ce que Bobby se lève et pose la main sur l'épaule de Dean.

« Écoute ce qu'il a à dire gamin. »

John regardait son ami et son fils, la confiance entre eux assez forte pour que Dean se détende un peu, se redresse et le toise calmement en rangeant son arme.

« On t'écoute. »

John prit une grande inspiration et eut l'impression de plonger physiquement dans l'inconnu.

« Je sais où se cache Dieu. Je peux vous aider à le trouver et à le combattre. »

« Et pourquoi tu voudrais faire ça soudainement ? » Grogna Sam.

« Parce que j'ai fait une erreur en m'alliant à lui, je le réalise maintenant. »

Ses fils le regardèrent avec perplexité, Charlie continuait à le fusiller du regard. «Et qu'est ce qui nous vaut ce revirement de situation ? »

John se passa une main sur le visage et chercha Bella du regard comme un soutien mais la femme secoua la tête.

« Il tue des humains, et des Anges... » Dit John lentement. «D'un seul regard. Je croyais que sa quête était juste, je le croyais sincèrement. Mais Il ne recherche que la vengeance. » Il regarda Castiel. « Nous n'avons pas besoin d'un Dieu de Vengeance. »

L'ange hocha doucement la tête.

« Et tu ne t'en rends compte que maintenant ? » Grogna Bobby. « Les garçons te l'ont dit, plusieurs fois déjà... et tu leur as fait subir tout ça... » Le chasseur s'arrêta avec un vague geste agacé de la main. « Et soudain tu voudrais qu'on te fasse confiance ? » Son ton avait monté à chaque mot jusqu'à ce qu'il crie, son visage crispé à quelques centimètres de celui de son ancien ami.

John ne savait pas quoi répondre. Il ne pouvait effectivement pas revenir, après tout ce qu'il avait fait et s'attendre à être bien reçu. Jo retenait toujours Charlie par le bras et il pouvait sentir la jeune femme lui percer mentalement des trous dans le crane.

« Je lui fais confiance. » Dit Castiel d'une voix basse. Tous y comprit Jo et Ash lui lancèrent un regard perplexe et il haussa les épaules. « Nous avons besoin de tout les alliés possibles. » Dit il simplement. « Même si ça ne change rien à ce que vous nous avez fait. »

John hocha la tête. Le regard bleu de l'ange était froid et déterminé. John n'y voyait aucune excuse ni aucune compassion.

« Attends tu viens de dire que tout le monde méritait la rédemption. » Intervint Dean en fronçant les sourcils.

« Je ferai une exception. » Répondit l'Ange d'un ton glacial. Il y eut un moment de silence dans le bar avant qu'Ellen prenne la parole.

« Je crois qu'on y verra plus clair à tête reposée. Que quelqu'un m'aide à préparer des chambres. »

Sam la suivit à l'arrière du bar laissant Charlie et Castiel affronter John du regard. Quand ils revinrent Bella et lui étaient partis ainsi que Bobby.

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Castiel se déshabillait lentement en pliant méthodiquement ses vêtements. Dean avait jeté ses boots à deux coins opposés de la pièce et enlevé son t shirt en tirant sur le col jusqu'à ce qu'il en soit tout déformé. Il se disait que même dans des années cette différence dans leur façon de traiter les vêtements l'amuserait toujours autant. Il s'assit sur le lit en observant l'ange qui lui tournait le dos. Les cicatrices sur ses omoplates avaient disparu. Le chasseur se redressa sur les genoux et attrapa les coudes de son amant pour le faire asseoir sur le lit et poser ses mains là où, avant, étaient les marques qu'il n'avait pas le droit de toucher. Castiel frissonna mais pas comme les autres fois, c'était comme si son corps poussait un petit soupir.
"Elles sont là ?" Demanda Dean doucement. L'autre hocha la tête. "J'aimerais les voir."
Il les sentit avant de les voir, comme un frémissement sous ses doigts et en l'espace d'un battement de coeur les ailes de Castiel emplirent son champ de vision. Ses doigts étaient plongés dans un épais duvet noir et brillant.
"Awesome" Murmura-t-il émerveillé en caressant du bout des doigts les longs os recouverts de plumes de plus en plus longues qui se hérissaient à mesure qu'il les touchait, formant comme une explosion à l'articulation de chaque aile. Dean tenta de les aplatir, il devait écarter les bras pour toucher chaque jointure et il entendit plus qu'il ne vit les longues rémiges frissonner.
"Elles sont sensibles." Dit Castiel d'une voix rauque.
Dean sourit sans cesser de toucher les ailes qui frémissaient sous ses caresses, il enfouit son visage entre les omoplates de son amant là où le duvet aurait pu lui faire comme un oreiller. Il entendait le cœur de l'ange battre la chamade bien qu'il resta parfaitement immobile.
"Sensibles hein?"
Soudain il se retrouva sur le dos, Castiel à califourchon au dessus de lui, ses ailes déployées dans la pièce projetant des ombres sur les murs et le plafond, et la bouche de l'ange sur la sienne. Le baiser fut avide, possessif comme si Castiel voulait le dévorer vivant, et Dean n'avait rien contre l'idée. Son amant était différent: plus fort et plus bruyant. Dean s'en rendit compte quand il s'agrippa involontairement à une poignée de plumes, arrachant un long gémissement à l'ange qui lui mordit la lèvre, un éclat bleu luisant au fond de ses yeux.
Sa peau était plus chaude, presque électrique sous les mains du chasseur, vibrante d'une puissance difficilement contenue, ses ailes frémissaient comme si elles étaient la seule partie de son corps qu'il n'arrivait pas à contrôler. C'était probablement le cas. Dean le repoussa à grand peine et Castiel le considéra une seconde avec un regard perplexe. Il vit la Grâce refluer dans ses yeux et leva les mains vers son torse, s'attendant presque à voir la peau onduler sous ses doigts.
"Tu es magnifique" Murmura Dean tandis qu'il passait les mains sous les fesses de l'ange, surpris de le trouver prêt à l'accueillir. Il haussa les sourcils et Castiel sourit.
"Être un ange a quelques avantages." Dit il en ondulant des hanches sur l'érection de son amant. Dean se mordit les lèvres, la tête rejetée en arrière sur l'oreiller dans une vaine tentative de ne pas se laisser emporter par le désir de le prendre tout de suite et que tout ne soit finit beaucoup trop vite. Une toute petite voix au fond de lui ne cessait de lui rappeler qu'il s'agissait peut être de leur dernière fois avant longtemps et qu'il devrait en profiter, prendre son temps...
Ses ongles s'enfonçaient dans les hanches de son amant tandis que la langue de Castiel entourait un de ses tétons qu'il se mit à mordiller doucement. Dean gémit et ne reconnut pas le son qui sortait de sa gorge, un mélange de désespoir et d'un désir insensé. Faire l'amour avec Castiel était toujours bon, mais ça n'avait jamais été comme ça. Pas même quand ils s'ouvraient l'un à l'autre par l'intermédiaire du Lien, pas même quand ils se retrouvaient après une chasse risquée, pas même la première fois. Ça n'avait jamais été intense comme ça. Dean n'avait jamais eut autant l'impression de ne plus s'appartenir, de n'être qu'un instrument volontaire aux mains de l'ange. Castiel n'avait jamais été aussi beau, ses ailes sombres l'encadrant comme pour souligner la perfection de l'être céleste qui luisait à travers lui. Ses paupières presque closes laissaient passer un filer de lumière bleue déjà aveuglante, sa peau couverte d'une fine pellicule de sueur semblait luire de l'intérieur.
Dean sentit l'effort qu'il en coûtait à l'ange pour se calmer assez et rouvrir des yeux dont il avait chassé toute trace de Grâce pour le regarder lorsqu'il parla.
"Ici... tu es parfait." Murmura Dean. L'ange pencha la tête sur le coté, perplexe. "C'est ici qu'est ta place..." Dit il encore en tentant de chasser l'amertume de sa voix. "Les Anges appartiennent au Paradis..."
Castiel se pencha de nouveau sur lui jusqu'à ce que leurs visages se touchent presque, ses mains croisées derrière la nuque du chasseur.
"En tant qu'Ange j'appartiens au Paradis. En tant qu'homme c'est à toi que j'appartiens." Dean sourit et l'entoura de ses bras, griffant volontairement la base des ailes de son amant ce qui lui valut un glapissement de plaisir et un flash de lumière dans les yeux de Castiel. Il le vit sourire avec malice et tendresse avant de l'embrasser à nouveau. "Profite de ce moment Dean Winchester, je ne serai pas toujours un Ange." Un nouveau baiser. "Quand tout ceci sera terminé, je redeviendrai humain."
"Adieu les ailes?"
Castiel hocha la tête et manœuvra pour descendre des hanches de son amant et lui tourner les dos. Ses rémiges frôlèrent le nez de Dean et créèrent un courant d'air dans la pièce. Le chasseur se redressa plaquant le dos de son amant contre son torse, sentant les plumes le chatouiller et les frissons de plaisir qui parcouraient l'ange tandis qu'il le caressait.
"Quand tout sera finit je te reviendrai." Murmura-t-il comme si sa promesse s'adressait plus à lui même qu'à Dean.
"Je veux te voir." Souffla chasseur en posant un baiser dans le cou de son amant qui secoua la tête.
"Pas sous cette forme."

Il tourna la tête pour embrasser le chasseur. le mouvement de sa poitrine contre ses ailes lui donnait l'impression qu'il allait imploser, que sa tête ne cesserait jamais de tourner, qu'il ne cesserait jamais de vouloir posséder cet homme entièrement.
"Tes yeux sont trop beaux pour que j'accepte de les voir fondre." Murmura-t-il contre les lèvres pleines de son amant qu'il sentit sourire. "Et je ne vais pas pouvoir me contrôler." Il sentit le poing de Dean se tordre autour de ses plumes et glapit à la fois de douleur et d'excitation. "Surtout si tu continues à faire ça." Gémit il.
Il sentit Dean s'asseoir au bord du lit, l'attirer sur lui et le pénétrer mais c'était la main sur son aile qui lui faisait le plus d'effet et il savait que Dean le savait. Rien que son souffle dans son dos aurait suffit à la longue à le faire jouir, rien que ses mains qui tentaient vainement de lisser les plumes qui se hérissaient d'excitation aussitôt après sa caresse aurait suffit...
Mais les deux combinés, les ongles de Dean effleurant les os des ailes, ses coudes se prenant dans les rémiges, envoyant comme des décharges de plaisir dans tout le corps de l'ange, et le mouvement de ses hanches, allant et venant doucement en lui était trop...
Trop à supporter, trop de plaisir, trop de sensations. Et Castiel aurait voulut rester silencieux, ils étaient chez Ellen, ils étaient au Paradis. Il était un Ange et les anges n'ont pas de sexe. Mais les anges rataient quelque chose. Parce que sous n'importe quelle forme Castiel aurait encore voulu avoir les mains de Dean sur lui. Sentir son sourire dans son dos, sentir son souffle brûlant sur lui, entendre les mots d'amour et de vénération qu'il prononçait dans sa tête et dans son cœur tandis qu'ils bougeaient ensemble, s'attirant l'un l'autre dans le plaisir. Castiel aurait fait l'amour avec Dean sous n'importe quelle forme, mais celle ci... celle ci était parfaite et il jouit en criant plus fort qu'il n'avait jamais crié. Il criait de sa voix d'Ange, sans retenue et sans contrainte sans se préoccuper que toute la création l'entende. Sans entendre les gémissements de Dean, frappé violemment par sa grâce et propulsé lui aussi dans une vague de plaisir incontrôlable.
Pendant longtemps après ça ils ne furent plus qu'un amas de sensations trop violentes pour être agréables. Leurs sens leur revinrent peu à peu. Dean était certain de s'être évanoui à un moment donné. Son cœur battait si fort contre sa poitrine qu'il n'aurait pas été surpris de le voir s'en échapper. Il avait la gorge nouée, la respiration sifflante et il lui fallut un effort considérable pour décrisper ses mains de la poignée de plumes à laquelle il s'accrochait. Elles étaient froissées, cassées et s'il avait pu parler il se serait confondu en excuses en entendant le grognement de douleur de son amant quand il se mit à battre ses ailes engourdies.
Castiel s'étendit sur le lit en s'étirant comme un chat, ses ailes écartées en travers du matelas. Dean se lova dans l'une d'elle après en avoir soigneusement lissé les plumes, la tête calées juste sous l'os, là ou le duvet était le plus confortable et l'ange replia son aile autour de lui comme une couverture cocon douce et vibrante. Ils s'endormirent, Dean serrant l'ange dans ses bras comme une peluche, l'ange serrant le chasseur entre ses ailes comme une chose précieuse à protéger. Au matin, les ailes avaient disparu mais leurs mains étaient étroitement jointes sous l'oreiller. Comme toujours.

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« Pourquoi tu lui en veux tant ? A John ? » demanda Jo en tendant une nouvelle bière à Charlie dans le bar désert.

« Il a fait du mal aux gens que j'aime le plus au monde. Il a tenté de nous détruire. Il m'a fait du mal et il me fait peur. Je continue ? »

Jo sourit et prit une gorgée de sa bière en s'asseyant près d'elle. « Nan. Il est responsable de la mort de mon père. On est pas non plus des grandes fans de John Winchester ici. »

« Castiel m'a promis de le faire souffrir. » Charlie commençait à décoller machinalement l'étiquette de la bouteille que la condensation faisait glisser.

« Qu'est ce qu'il va faire ? »

« J'en ai aucune idée. »

« Et tu les suis quand même ? » Demanda la jeune fille perplexe.

« Toujours. » Répondit Charlie en souriant. « Tu en es ? »

« Bien sur. »

Elles entrechoquèrent les goulots de leurs bières en se souriant.

Le silence retomba entre elles. Charlie n'aimait pas beaucoup le silence, elle préférait les atmosphères animées et bruyantes. Pourtant, en de rares occasions le calme lui convenait. C'était à ça qu'elle reconnaissait les humains avec qui elle se savait capable de passer du temps. Il lui arrivait parfois de rencontrer des gens avec qui, partager un silence semblait naturel et confortable. C'était le cas avec Sam et Castiel. Plus difficile avec Dean sans doute parce que le chasseur détestait le silence presque autant qu'elle. Ils ne se sentaient pas obligés de le meubler mais le faisaient quand même la plupart du temps.

Le silence entre elle et Jo était confortable. Elles finirent leurs bières, se souhaitèrent bonne nuit et partirent se coucher. Charlie partageait sa chambre avec Sam et se changea dans la salle de bain au bout du couloir pour ne pas le réveiller. Elle aurait pu s'épargner cette peine car tout le Roadhouse et sans doute tout les Cieux furent réveillés par les cris de Castiel peu de temps après.

« J'vais les tuer ! » Cria Sam, réveillé en sursaut, en serrant son oreiller sur ses oreilles pendant que Charlie riait. Mais la situation n'était pas très confortable car même si Sam et Charlie se fermaient au Lien, Castiel et Dean, eux, avaient manifestement dépassé depuis longtemps le stade où ils pouvaient contrôler ce sens en particulier.

Et ce qui affectait les uns affectait les autres. Sam grogna et sortit de la pièce presque en courant, se cognant contre Jo et Ellen dans le couloir.

« Qu'est ce qu'il se passe ici ? » Cria Ellen qui avait un fusil à la main.

Charlie alluma la lampe de chevet et se redressa dans son lit en secouant la tête. « Dean et Castiel... Ils n'ont jamais été particulièrement discrets... »

« Ils ont fait trembler toute la maison ! » Fit Jo avec un ton entre l'exaspération et l'admiration.

« La prochaine fois qu'ils viendront ils ont intérêt à avoir leur Paradis personnel ! » Grogna Ellen. « Où est Sam ? »

Charlie bafouilla quelque chose d'incohérent qui fit rire Jo et rouler des yeux à sa mère qui regagna sa chambre en remerciant silencieusement le ciel de n'avoir eut qu'une fille. La petite blonde resta accoudée à la porte de la chambre, les bras croisés et regarda Sam revenir de la salle de bain, les joues rouges. Elle l'interrogea du regard mais il se contenta de récupérer son jean et de sortir de la chambre en prenant garde de ne regarder ni de toucher aucune des deux filles. Une minute plus tard elles entendirent la porte du Roadhouse claquer.

Jo haussa les sourcils.

« Qu'est ce qui lui prends ? »

« Le Lien nous rends tous empathiques. Je pense qu'il est frustré. » Répondit la rouquine en se levant. Au point ou elle était elle ne s'endormirait pas. « Il est pas le seul...Tu saurais m'indiquer comment revenir ici si je pars en balade ? C'est déjà difficile de ressentir ce qu'ils ressentent... Si je dois en plus les écouter je vais être pire que Sam. »

La blonde hocha la têt et attendit qu'elle s'habille en tachant de ne pas prêter attention aux bruits venant de plus loin dans le couloir.

« Ils ne s'arrêtent jamais ? »

Charlie haussa les épaules en se battant avec les boutons de son jean. « Quand ils ont faim. »

Elles sortirent sans veste, la nuit était chaude et épaisse. Il y avait plus d'étoiles dans le ciel que Charlie n'en avait jamais vue. Elles marchèrent sans but jusqu'à ce que l'air extérieur et le bruit de leurs pas aient assez calmé la jeune femme pour qu'elle soit capable de raisonner.

« Qu'est ce que tu ressens ? Quand ils font ça ? »

Charlie regarda Jo, perplexe. « Crois moi tu ne veux pas savoir. »

« Si. » Jo plongea ses yeux noisette dans les siens. Son visage était pâle et ses traits tirés. « Je veux savoir. Je n'ai jamais connu ça. »

Charlie fronça les sourcils. « Mais tu as... »

« Le sexe oui. Pas le reste. » Elles firent quelque pas le temps qu'elle trouve ses mots. « Je les ai observés ce soir. Ils ne se regardent pas mais ils savent toujours exactement ou est l'autre et ce qu'il fait. Ils se voient même quand ils ne sont pas dans la même pièce, ils sont... »

« La moitié l'un de l'autre. » Compléta Charlie.

Jo hocha la tête. « Je n'ai jamais connu ça. »

« Moi non plus. »

« Alors comment ça fait ? »

Charlie se demanda un instant si elle pouvait faire ça, si elle oserait ? Et puis finalement elle s'ouvrit au Lien, à Dean et Castiel. Leur instant de ferveur était passé, elle ne sentait plus leurs cœur battre dans sa poitrine elle ne sentait plus que la plénitude d'être ensemble. Castiel se ferma à elle presque instantanément et elle put presque l'entendre grogner contre l'intrusion, mais elle sentit Dean lui sourire d'un air entendu et la laisser fouiller dans ses sentiments tandis qu'il s'endormait en serrant Castiel dans ses bras. Charlie pouvait sentir la chaleur de l'ange, presque sentir son odeur.

« Alors ? » Demanda Jo doucement.

« C'est... comme enrouler ses mains autour de quelque chose de chaud au plus fort de l'hiver. C'est comme d'être toujours sur le point de sauter d'une falaise. C'est excitant et réconfortant à chaque seconde qui passe. » Charlie s'était arrêtée de marcher et avait fermé les yeux. « C'est n'être plus jamais seul, parce qu'on sait qu'il y a quelque part cet Autre qui nous convient, qui est là, qui restera là jusqu'à la fin quoi qu'il arrive. C'est comme une couverture pour l'âme. »

Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle avait le souffle court, que son cœur battait plus vite à mesure que Dean l'entraînait avec elle dans un rêve bienheureux, ni que Jo avait prit sa main dans la sienne et s'était approchée d'elle.

« C'est comme si c'était Noël tout les jours et que tu rentrais chez toi et que ça sentait la tarte aux pommes mais c'est à l'intérieur de toi et tu es juste... heureux et tu as l'impression d'être toujours au... »

« Au paradis. » Compléta Jo doucement.

Charlie hocha la tête en ouvrant les eux. Elle pouvait presque senti le beurre fondu du rêve de Dean, la chaleur réconfortante qui la traversait. Mais le frisson délicieux qui la parcourut c'était la main de Jo sur sa joue qui le provoquait. Les papillons dans son ventre (C'était une image ridicule mais elle était étrangement exacte) c'était encore elle.

Et peut être que quand elle l'embrassa c'était l'excitation née du Lien qui parlait plus que sa propre attirance, ou peut être pas. Elle sentit Dean se retirer inconsciemment du Lien en s'agitant dans son sommeil.

« Je te l'avais dit gamine. »

Et elle fut seule avec Jo, avec ses sensations et c'était effectivement comme d'être au Paradis.

ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*

Ils n'avaient pas de plan, de toute façon rien ne se déroulait jamais en fonction du plan. Ils avaient des armes qui ne leur serviraient à rien et comme Charlie le fit remarquer, à eux quatre ils constituaient l'arme la plus puissante qu'ils connaissent.

Ils avaient des alliés auxquels ils ne faisaient pas confiance. Bella et John étaient revenus au petit matin juste après que Charlie et Jo se soient glissés dans le Roadhouse et aient commencé à préparer silencieusement du café.

Ils savaient ou était Dieu. Et Castiel avait un plan pour quand Dieu ne serait plus. Il leur manquait seulement la partie principale de l'action. Comment tue-t-on un Dieu ?

Dean fit un clin d'œil à Charlie qui lui tendait une tasse de café brûlant et elle répondit par un grand sourire tandis qu'assise à l'autre bout de la pièce Jo affûtait un de ses couteaux.

« Il ne te servira a rien tu sais. » Dit il en s'approchant de la petite blonde.

« Ça me rassure. » Répondit elle en haussant les épaules.

« Tu n'es pas obligée de venir. »

Elle leva la tête vers lui, là ou il s'attendait à de la colère il ne trouva qu'une expression amusée. « De mon vivant tu m'aurais ordonné de rester en arrière. »

« De ton vivant j'avais une raison de m'inquiéter pour toi. Maintenant... qu'est ce que tu veux qu'il t'arrive de pire ? »

Il s'assit à la même table qu'elle et observa la petite troupe réunie dans le Roadhouse. Ash avait déposé un ordinateur sur le comptoir et lui et Charlie étaient penchés dessus. Bobby s'acharnait après le toaster jusqu'à ce qu'Ellen le repousse sèchement pour faire fonctionner l'appareil récalcitrant. Bella et John se tenaient dans un coin conscients d'être des invité indésirables.

« Qu'est ce que vous comptez faire toutes les deux ? » Demanda-t-il en désignant Charlie de l'anse de sa tasse.

« J'ai pas envie d'en parler. »

« Il va falloir pourtant. »

« J'ai dit que je n'avais pas envie d'en parler ! » Dit elle un ton plus fort en le menaçant de son couteau. Il leva les mains en l'air avec un mouvement de recul instinctif. Ellen s'était tournée vers eux et Dean eut cette sensation familière de danger de mort immédiate et violente. Il fit un sourire contrit aux deux femmes et s'écarta de la table. « On peut aussi discuter du fait que ta moitié a l'intention de régler son compte à ton père. Tu vis dans une vraie tragédie grecque Dean-O ! »

Dean écarta le sujet d'un geste de la main et Jo n'insista pas. Il regarda son père à qui Ellen tendait une tasse de café et un toast. En dehors de lui et Charlie, personne ici n'avait besoin de manger ni de boire, ils étaient morts. Mais ils étaient si réels, si palpables, tellement eux que Dean devait faire un effort pour s'en souvenir. Même Castiel, redevenu un ange n'avait plus besoin de dormir ou de manger. Et sans cesse son regard revenait à John et à la question qui le hantait. Qu'est ce que Castiel avait prévu pour lui ?

L'Ange ne pouvait pas lui cacher son aversion pour John. Elle suintait de lui en permanence et Dean faisait de son mieux pour l'ignorer. Il avait réglé ses comptes avec John, Sam aussi. Mais ce n'était pas pour autant qu'il accepterait sans difficulté que son amant s'en prenne à celui qui avait été son modèle pendant la majorité de sa vie. Celui qui, en bien ou en mal l'avait élevé et avait tenté de le protéger toute sa vie.

C'était un sujet qu'il préférait éviter jusqu'au moment où il serait au pied du mur, forcé de choisir entre Castiel et John. Avec un peu de chance, ce moment n'arriverait jamais.

Un jour très clair s'était levé et Dean se dmanda si c'était la journée de la veille qui se répétait en boucle ou si le temps suivait une progression linéaire dans ce Paradis ?

Quelques minutes plus tard, Sam entra, il portait les mêmes vêtements que la veille et le bas de son jean était mouillé par la rosée.

« J'ai trouvé du renfort. » Dit il en guise de salutation. Dean se leva et passa la tête par la porte. Le monde extérieur avait disparu sous des millions d'âmes luisantes. C'était comme si le Roadhouse flottait dans un soleil mouvant.

«Elles étaient ou ? »

« Partout. » répondit Sam. Il se tourna vers John. « Tu nous guides ? »

John hocha la tête.

C'était étonnant comment, en l'absence de plan, ils se mirent simplement en route vers l'inconnu, juste poussés par la certitude qu'ils étaient condamnés à réussir.

ùù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*ù*

Dieu les sentit arriver. Quelques âmes humaines vivantes, d'autres mortes, et une infinité d'âmes sauvées par les Winchester.

Il avait une armée de démons à ses ordres, et des régiments d'Anges dévoués. Il était omniscient, il savait tout, voyait tout, il était l'origine et la fin de toute chose. Il ne connaissait pas le doute. Mais il ignorait quand même l'issue du combat.

Il avait prévu la trahison de John, elle était inévitable. C'était un homme bon qui avait fait plus que sa part de dégâts. Et il n'enviait pas le sort que lui réservait Castiel s'ils gagnaient, peut être même s'en inspirerait il pour le punir de sa trahison.

Il avait créé cet ange comme il avait créé tout les autres. Mais il n'avait pas eut d'emprise sur la façon dont il avait évolué, se dotant seul d'un libre arbitre. Apprenant les émotions avec des humains. Castiel avait toujours été fasciné par les humains. Même avant d'atteindre sa maturité, Dieu revoyait encore l'être éthéré penché sur la terre, tout entier plongé dans la perplexité, tout entier tourné vers les questions de Lucifer. « Pourquoi les laisser vivre père ? Ils sont si insignifiants, brisés, dysfonctionnels... »

Et Dieu s'était entendu répondre que ses créatures méritaient d'être aimées plus que lui.

Il avait été un Dieu créateur, un Dieu d'amour et de compassion. Puis ses créatures, ses enfants l'avaient abandonnés, trahis. Il avait condamné Lucifer à l'exil pour protéger les hommes. Et les hommes avaient fait un usage désastreux du plus beau cadeau qu'il leur ait fait: leur liberté.

Les Anges n'étaient pas libres. Ils étaient des instruments, des soldats massés tout autour de lui pour le protéger et exécuter ses ordres. Mais les hommes avaient eut le choix.

Dieu les avait regardés vivre pendant longtemps. Les voyant choisir chaque fois la voie facile au détriment de celle qui les élèverait à un niveau céleste. Ils l'avaient vénéré les premiers temps, le rendant fort et fier. Puis ils s'étaient laissés dépasser par leurs péchés. La colère, l'avidité, l'orgueil les avilissant génération après génération. Ils créèrent seuls des atrocités dont Dieu n'était pas responsable. Il vit ses enfants s'entre tuer, se déchirer, se détruire eux même en détruisant tout ce qui les entourait. Des enfants incapables de faire bon usage de leur libre arbitre. Il aurait pu les balayer d'une pensée, faire table rase de cette erreur et tout recommencer.

Il avait été sur le point de le faire quand l'Alphadécagramme s'était dressé contre lui. Ils étaient douze à l'époque et leur puissance était indéfinissable. Dieu avait fui, s'était caché.

Il avait espéré au fond de son être que les hommes changeraient en son absence, qu'ils continueraient à avoir la foi, que leurs chants et leurs prière lui donneraient la foi de croire encore en ses créations. Désormais tout ce qui lui parvenait c'était des échos de prières intéressées et pressantes. La Foi véritable était rare et fragile, presque détruite par l'individualisme forcené des humains.

Il avait créé des insectes meilleurs que les hommes.

« Pourquoi les aimes tu autant ? » Sa voix de divinité se répercutait dans toutes les créatures du Paradis mais il ne s'adressait qu'à Castiel. L'Ange lui ressemblait. Lui aussi avait regardé l'humanité naître et s'effondrer avant de savoir marcher. Et pourtant, contrairement à lui, il avait appris à aimer ces créatures fragiles et imparfaites.

Il les vit surgir du néant, entourés d'âmes brillantes, Castiel marchant en tête, l'ombre de ses ailes invisibles projetée sur ses compagnons, son épée à la main comme s'il avait la certitude de s'engager dans un combat gagné d'avance. Sa grâce luisait à travers ses yeux, le faisant presque flotter parmi les âmes qui l'entouraient.

« Pourquoi ne les aimes tu plus ? » Rétorqua -t-il de sa voix d'Ange qui fit tomber ses compagnons humains à genoux, leurs mains crispées sur les oreilles.

Dieu entendit ses Anges partisans rire de la faiblesse des humains et sentit la vague de force qui parcourait l'Alphadécagramme tandis qu'ils s'appuyaient les uns sur les autres pour se relever et faire bloc derrière Castiel.

« Lucifer avait raison. Ils sont faibles et éphémères. » Dit Dieu.

« Leurs faiblesses en font des être courageux, leur mortalité les rends meilleurs que nous autres êtres célestes ne le seront jamais. » répondit Castiel à travers la voix de son réceptacle. « Nous sommes éternels, nous n'avons pas la possibilité d'évoluer. Ils sont éphémères et ils profitent du peu de temps qu'ils ont pour apprendre et faire plus que nous. En cela ils nous sont supérieurs »

« Tu as trahi toute ta famille pour eux. » Accusa un Ange derrière Dieu.

Castiel regarda son frère avec compassion et colère. Son réceptacle avait des yeux bleus profonds qui semblaient toujours tristes. « Et aucun membre de ma famille ne m'a retenu. Des humains m'ont accueillis, recueillis alors qu'aucun Ange n'a pris ma défense. Pourtant je n'ai fait que suivre les ordres de Notre Père. » Il serra la main sur la poignée de son épée. « Nous ne sommes pas meilleurs qu'eux. Tu n'es pas meilleur qu'eux. » Déclara-t-il en regardant Dieu dans les yeux. Il regardait ce Père qu'il n'avait jamais vu, ce Père qui n'avait jamais été. Et cela ne lui faisait rien. Il n'avait pas l'impression d'être face à son Créateur, ne se sentait pas redevable ni triste d'en être arrivé là. C'était ainsi que les choses devaient se passer désormais et si le Destin existait, Castiel l'acceptait. Sa famille, celle qu'il avait choisie en dépit de tout était derrière lui, lui prêtant sa force et son amour. L'Etre qui se dressait devant lui, entouré d'Anges et de Démon était un ennemi. Castiel aurait du se sentir triste d'un tel dénouement, mais il ne l'était pas.

La décharge d'énergie que Dieu libéra fut colossale. Assez pour faire trembler tout les Cieux et la Terre en dessous. Le sol éclata sous eux, le ciel se déchira, s'ouvrant sur un Néant avide de les aspirer tous.

Dieu fit disparaître la poussière et le chaos. Les âmes luisantes étaient toujours là, entourant chaque membre de l'Alphadécagramme et leurs amis tous illuminés de tout coté par un Pouvoir qui semblait avoir une vie propre. Le Pouvoir s'exprimait à travers leurs quatre voix déformées au delà de toute mesure, s'adressant à lui dans tout les plans de l'Univers et du Temps. Les Anges se mirent à hurler, les démons tournoyaient follement au dessus d'eux. Le Pouvoir parlait sans mots, sans réel langage mais il prononçait une sentence de mort que chaque entité présente comprit.

Les âmes s'enroulèrent autour d'eux tous, enfermèrent même John et Bella dans un cocon protecteur quand des vagues de pouvoir de Dieu déferlèrent sur l'Alphadécagramme l'une après l'autre. Les premières ne semblèrent pas les atteindre jusqu'à ce que les anges se jettent sur eux.

Si John n'avait pas déjà été mort, la véritable forme des Anges lui aurait brûle les yeux. Ils étaient gigantesques, les voir donnait envie de se prosterner et ils se jetaient sur ses fils comme des chiens sur un os. Il vit Sam lever la main vers un Ange qui fonçait sur lui, planter sa lame dans l'être immatériel et grimacer de douleur. Il aurait du être mort et désintégré mais le Pouvoir traversa sa lame de part en part, foudroyant l'être céleste dans un hurlement qui fit trembler la terre. Les démons spiralaient autour de l'Alphadécagramme, tentant de les noyer, de les faire ployer. Mais la lueur violente qui émanait de ses fils ne faiblissait pas. John n'était qu'une âme, parmi des millions qui se massaient derrière ses fils et leurs compagnons pour les protéger. Une seule âme qui se jeta au combat. Pour la première fois il ignorait totalement ce qu'il faisait, mais le Pouvoir le guidait, le rendait puissant. Il ignorait ce qu'il faisait, ni s'il était réellement utile. Mais au moins faisait il quelque chose et pour une fois il le faisait pour ses fils et avec eux. Quelqu'un lui glissa une arme dans les mains. Bobby. Les deux hommes se firent un signe de tête et tirèrent simultanément qui sur un ange, qui sur un démon.

Au centre du maelström de puissance, Charlie leva son épée avec un sourire dément et la planta dans un démon, puis un second et un troisième. Ils avaient leur rôle, ils se connaissaient, ils savaient ce qu'il avaient à faire. Jo s'approcha d'elle et Charlie détourna son attention de ses assaillants une demi seconde pour lui tendre une lame. C'était celle de Sam. La poignée trop grande pour Jo s'adapta à la taille de sa main. Elle questionna Charlie du regard, un démon la frôla, la faisant glapir de douleur et elle se retourna par réflexe, tranchant dans la fumée noire et nauséabonde. Le démon hurla, disparut dans un éclair jaune et violet. Jo sourit à Charlie.

« Ne te fais pas tuer. »

La jeune fille hocha la tête, elles se placèrent dos à dos et levèrent leurs armes...

Il semblait à Dean que sa tête avait explosé, que son corps existait dans une infinité de dimensions. Le Pouvoir le portait lui donnait la prescience des événements à venir, parlait aux autres à travers lui, les avertissait du danger, guidait les mouvements de Charlie et Jo, de John et Bobby.

Ils gagnaient. Bella s'approcha de lui. Elle prononçait des paroles qu'il ne comprenait pas qui semblaient maintenir démons et anges à l'écart d'elle. Elle tendit la main vers lui et il lui prit instinctivement le poignet, partageant avec elle sa prescience, sa force, ses souvenirs.

Il n'était plus Dean, il était le Pouvoir au travers de lui. Il n'était pas l'homme qui méprisait la femme qu'elle avait été. Elle n'était plus cette personne là. Le Pouvoir était compatissant. Le Pouvoir avait besoin d'elle parce que le seul corps de Dean ne pouvait pas le contenir. Dean sentit son être se déverser en elle, ce qu'elle était suinter peu à peu à travers lui, à travers les trois autres. Ils se partagèrent son omniscience, leurs mains serrées si fort qu'ils se faisaient mal, et ils se mirent à guider les actions des âmes qui luttaient contre Dieu, les mouvements de leurs amis.

Ils allaient gagner.

Castiel marchait vers Dieu les entraînant à sa suite. Les vagues destructrices le frappaient de plus en plus fort à mesure qu'il s'approchait de son Créateur. Les cris des anges détruits parJohn et Bobby résonnaient douloureusement dans tout son être.

« Tu ne peux pas gagner. » Rugit Dieu . Il avait repris sa vraie forme, il était partout et sa voix seule suffit à faire fondre la terre sous leurs pieds.

Castiel sourit. Il n'avait pas besoin de parler. Ils étaient la puissance la plus colossale qui ait jamais existé. Il sentait ses compagnons, il était eux comme ils étaient lui.

Il marchait devant eux, les protégeant. C'était sa place et son rôle.

« Nous ne pouvons pas gagner. » Confirma Castiel.

« Mais on peut frapper dans l'échiquier et changer le jeu. » Ajouta Sam en se plaçant à coté de son n'avait plus d'arme et le Pouvoir le parcourait comme Castiel l'illuminant de l'intérieur. Ils échangèrent un bref regard, le Pouvoir s'étendait autour d'eux, changeant le paysage, modifiant les choses sous l'impulsion de Sam. Le sol se raffermit sous leurs pieds, se modifia. Le ciel disparut un bref instant et réapparut.

Alors Dieu comprit pourquoi il ne voyait pas l'issue du combat. Il en aurait eut la prescience s'il y avait eut une issue. Mais il n'y avait qu'une seule alternative à la destruction mutuelle : tout changer.

Dieu avait créé les Cieux, il en tirait la source de son pouvoir et de son existence et les Cieux dépendaient de lui. Mais il sentait le Pouvoir ramper tout autour de lui, s'étendre jusqu'aux recoins de l'infini, se poser sur les sols, sur l'herbe, s'enrouler autour de chaque âme, de chaque Paradis. Il le sentait empruntant l'Axis Mundi et le modifier. Il sentait le Pouvoir presque divin porté par Castiel, et l'esprit de Sam qui le guidait. Ils étaient en train de changer le Paradis, de le détruire pour le reconstruire à leur image. Et dans les Cieux que l'Alphadécagramme créait, Dieu n'avait ni pouvoir ni existence. Démons et Anges s'arrêtèrent en plein mouvement quand la réalisation frappa Dieu. Il n'aurait pas le temps de leur porter un coup fatal avant qu'ils n'aient intégralement modifié les Cieux.

Déjà tout autour d'eux semblait réparé, les âmes contrôlées par Sam se déployaient dans toutes les directions, tirant avec elles des lambeaux de Pouvoir de l'Alphadécagrame, modifiant tout sur leur passage, mettant en place un ordre nouveau. Sam et Castiel avaient le même sourire, leurs corps crispés par les vagues de Pouvoir qui les parcouraient, les ailes de l'Ange luisaient d'un éclat difficile à supporter.

Les Anges de Dieu tiraient leur pouvoir de l'Eden, et l'Eden commençait à ne plus exister, les privant de forces et d'existence. Et Dieu était lié lui aussi aux Cieux. Son existence dépendait de lui, ils étaient indissociables.

L'Alphadécagramme était en train de réorganiser l'ordre des choses. Dieu était en train de cesser d'exister.

Ils gagnaient.

Dieu jeta tout son pouvoir sur eux dans un effort désespéré. Il suffirait de tuer un seul d'entre eux, un seul pour rompre le Lien, pour déséquilibrer le Pouvoir et le rendre inutile. Un seul. Il concentra toute sa force d'être tout puissant dans son attaque, visant Sam dont le corps disparaissait dans la lumière flamboyante du Pouvoir et des âmes qui l'entouraient, le protégeant des anges et des démons.

Tout explosa autour d'eux, tout ce qu'il restait de vaguement humain, de vaguement reconnaissable, à perte de vue fut réduit à néant. Mais Sam Winchester était toujours debout. A ses cotés, Castiel étendait ses ailes , chaque nervure de ses plumes parcourue par un Pouvoir électrique. Devant eux se tenaient Dean et Bella, leurs deux corps presque transparents se confondaient dans la lumière qui les nimbaient. Leurs lèvres bougeaient à l'unisson murmurant une incantation les protégeant des Anges et des Démons qui refluaient devant eux.

Dieu aurait eut peur de l'expression de leurs visages s'il avait pu ressentir cette émotion. Dean et Bella marchaient sur lui et il venait de mettre tout le restant de ses forces dans son attaque. A coté d'eux, Ellen John et Bobby s'assemblaient. Les Anges avaient cessé de se battre, une partie d'entre eux avaient disparu sous l'attaque de Dieu. Charlie et Jo tenaient chacune la main de l'autre, celle qui ne tenait pas une lame capable de tuer à peu près tout dans la Création.

Ils entouraient Sam et Castiel, prêts à repousser n'importe quelle attaque. L'Alphadécagramme n'avait besoin d'aucune protection, et pourtant, ces humains morts le protégeaient en dépit de tout.

Dieu frappa, encore et encore. Il renvoya Anges et démons au combat. Encore et encore. Des vagues successives de violence qui les frappaient à tour de rôle sans jamais atteindre ni Sam ni Castiel qui continuaient ensemble leur travail de restructuration des Cieux.

Chacune de ses attaques était repoussée, lui était renvoyée et aucun de ses adversaires ne savaient comment ils faisaient. Ils étaient seulement portés par le Pouvoir et la volonté de se protéger.

Aucune attaque n'effleura Jo. Ellen et Charlie les repoussaient, liées toutes deux par la volonté farouche de protéger la jeune fille. Et quand Dieu s'en prit à Ellen ce fut Jo qui le repoussa en serrant les dents. Elle ne savait pas comment elle avait fait. Elle s'en fichait. Elle avait des insultes aux lèvres et l'envie d'en découdre plus puissante à chaque seconde qui passait. Elle se sentait vivante pour la première fois depuis toujours.

Dean ne sentit aucune onde de puissance, il ne sentait que Bobby et John qui l'entouraient, le protégeaient. Il avait la prescience de tout, savait où Dieu frapperait ensuite, les guidait tous, les protégeait tous par l'entremise de Bella.

Il sentait la puissance des attaques diminuer à mesure que Dieu perdait son pouvoir, il le sentit paniquer. La Créature de cauchemars détruisait tout autour d'eux et, inlassablement, Castiel et Sam reconstruisaient, protégés par le bouclier infranchissable de leurs amis.

Chaque vague de pouvoir tuait des anges, chaque retour anihilait des démons.

Il n'y avait plus de soleil ni d'obscurité, rien que le Chaos alternant entre le Néant engendré par Dieu et la Reconstruction engendrée par l'Alphadécagramme.

Le bruit, les hurlements des Anges.

Néant, Chaos, Reconstruction. Chaos.

Et soudain, il n'y eut plus rien. Puis il y eut tout. C'était l'inverse d'une explosion. C'était silencieux et calme. C'était infini et très petit et très doux.

Bobby prit une inspiration profonde et se rendit compte que ça devait être la première depuis une éternité. Ses mains tremblaient. Elles étaient pleines de son propre sang.

« Dean ? »

Le chasseur entendit la voix de son père comme de très loin. Ses oreilles sifflaient, bourdonnaient. Il était de nouveau lui et il se sentait minuscule après avoir été infini. Bella lâcha sa main, il fit jouer ses doigts engourdis. Elle était très pâle et il ne l'avait jamais vue aussi échevelée. Elle avait la trace de ses ongles sur le poignet.

« Sam ? »

Sam et Castiel reprenaient lentement leurs esprits. Dean vit son frère et son amant cligner des paupières en parfaite synchronisation.

« Est ce qu'on a réussit ? » Demanda Charlie en regardant autour d'elle. Elle avait les pieds solidement plantés sur un sol blanc et luisant. Ellen regardait en l'air. Il y avait des étoiles très proches d'eux.

« C'est quoi ça ? » Demanda-t-elle en pointant un doigt sur le ciel. Elle n'arrivait pas à déterminer sa couleur, s'il s'agissait d'un violet foncé ou de rouge, ou du bleu ?

« Les âmes. » répondit Sam en levant la tête à son tour. Il n'avait plus qu'un filet de voix rauque et cassée et se massa la gorge.

« C'est beau. » commenta Ellen. Sam hocha la tête.

Ils se regardèrent tous et réalisèrent dans quel tat ils se trouvaient. Leurs cœurs refusaient de ralentir, le déferlement du sang dans leurs veines leur faisait tourner la tête. Charlie tremblait si fort qu'elle tomba à genoux manquant de s'ouvrir la main sur la lame de son épée. Castiel se mit à tousser et observa distraitement le sang qu'il venait de cracher dans sa main. Ses ailes lui faisaient mal et il se rendit compte quand Dean passa la main dessus qu'il en avait une de cassée. John semblait avoir mairi et vieillit, son visage émacié était pâle. Jo semblait sur le point de vomir.

« Nous avons besoin de repos. » Dit Castiel en tentant de se redresser. Il ne parvint qu'à se faire mal et se laissa tomber par terre, entraînant Dean dans sa chute. Le sol blanc leur semblait étrangement confortable.

« De repos ? » Grogna Bobby. « Comme quoi ? « on vient de détruire Dieu allons faire une sieste pour fêter ça ? » ». D'eux tous c'était celui qui semblait le moins affecté, en fait, il semblait plus jeune, plus en forme que Sam ne l'avait vu depuis longtemps, cela le fit sourire. Même sourire faisait mal réalisa-t-il, mais il n'osa pas lever la main pour se masser la mâchoire, ça aussi ça faisait trop mal.

Castiel regarda Bobby sans une once d'humour. « C'est exactement comme cela que je le voyais. »

Il fallait qu'ils se remettent en marche vers un lieu sur, mais il n'arrivait pas à se redresser. Il tremblait d'épuisement t Dean était sur le point de s'évanouir à coté de lui. La tête leur tournait et Charlie gémit en fermant les yeux, à peine consciente des bras d'Ellen qui l'empêchaient de tomber ni de Jo qui lui frappait les joues pour la réveiller.

Elle avait sommeil. Elle entendait vaguement Jo l'appeler et le bruit de plusieurs personnes qui se disputaient, mais elle se laissa glisser dans la chaleur du sommeil et du Lien.

« Je suis fatiguée. »

« C'est finit maintenant. » répondit la voix de Castiel. « Tout est finit. »

« Est ce qu'on est morts ? »

« Non. Juste... fatigués. Nous avons fait en quelques heures ce que Dieu a mis des siècles à créer. Nous avons juste besoin de repos. »

C'était rassurant, confortable. Charlie se laissa bercer, satisfaite. Désormais, tout irait bien.

Le sol des nouveaux Cieux était étrangement confortable , elle en fut absurdement reconnaissante à Sam qu'elle entendit presque rire à travers le Lien.

« C'était involontaire. » Répondit il.

« C'est bien quand même. »

« Vos gueules. » Grogna Dean. « Je dors ! »

Ils flottaient dans le Lien, endormis et inconscients dans un Paradis qu'ils venaient de créer. C'était parfait. Castiel souriait dans son sommeil. Un peu de repos, enfin.