DON' TRUST ME I'M WEAK
Musique: Sixpence none the richer TRUST
Le trajet jusqu'au NGH se fit dans un silence de plomb. Ce qu'ils venaient de faire pouvait sembler n'être qu'une épreuve de plus. Mais en réalité c'était bien plus que cela. C'était celle de trop.
En même temps que Gory ils avaient déterrés tous leur souvenirs. Chaque minute de cette soirée fatale leur était revenue en mémoire et aucune parole, aucun geste de soutien des uns envers les autres ne pouvait contrer cela. D''ailleurs aucun d'eux n'avait essayé. Ils avaient fait ce qu'ils avaient à faire et s'étaient renfermés dans leur bulle. Silencieuse. Chacun la sienne. Avec le temps ils avaient appris.
Pourtant, paradoxalement ils étaient tous dans le même univers. Dans la même violence. Dans la même tension. Même lieu, même soirée. Celle où leurs vies avaient été à jamais bouleversées, meurtries. Auraient-ils dû agir d'une manière différente ? Plus vite? Moins inconsciemment? Personne n'aurait la réponse mais à jamais ces interrogations continueraient de les hanter.
Désormais, à cela s'ajoutaient de nouvelles inconnues. A l'époque, malgré les dissensions, ils étaient un tout. Mais aujourd'hui sauraient-ils être à nouveau capables de s'unir? N'y avaient-ils pas désormais trop de failles, trop de rancœurs, trop de non-dits? Et surtout qui se dressait face à eux?
Instinctivement Veronica aurait pu répondre. Tout ceci était lié à Gory. Tout les ramenait à lui. Mais tout aussi instinctivement, elle aurait juré qu'il y avait autre chose. Un détail qui leur échappait. Et ce fichu grain de sable était en train de la tétaniser.
Trop organisés. Trop implacables. Leurs adversaires avaient une franche avance sur eux, ils connaissaient leur passé sur les bouts des doigts et elle n'aurait pas été surprise d'apprendre qu'ils avaient été suivis après leur départ de Neptune.
Quelle chance de victoire leur restait-il si dès le début les dés étaient pipés?
Elle était sensée être le mieux préparée à affronter tout cela. Ne l'avait-elle pas dit à Wallace d'ailleurs, l'autre jour, sur la plage? " C'est mon métier! Je fais ça tous les jours"
Fanfaronnade absurde. L'enlèvement de Mac l'avait fait basculer et elle ne savait plus comment revenir en arrière. Comment faire taire cette angoisse qui la dévorait?
Elle ne supportait pas l'idée d'être à la base de tout. Si seulement il y a quatre ans...
Elle sortit de ses pensées quand elle reconnut la rue qui les menait au NGH. Elle avait l'impression que les quelques mètres qui les séparaient de l'hôtel étaient à des kilomètres. Son cœur se mit à battre plus rapidement...par la peur de ce qu'ils allaient découvrir sur place. Mac serait-elle là saine et sauve les attendant dans la suite? Elle ne pouvait empêcher une petite voix de résonner dans sa tête. Stridente. Lancinante. Lui répétant sans fin qu'il n'y avait aucune raison pour qu'ils la relâchent. Qu'il n'y avait aucune chance qu'ils s'en sortent.
La voiture s'immobilisa sur le parking et au moment de suivre les trois garçons elle se trouva dans l'incapacité de bouger. Toutes ses angoisses cristallisées en une chape de plomb l'immobilisant.
Elle était incapable d'évaluer le temps où elle était restée là, immobile, assise les jambes ballantes. Voir Logan revenir vers elle à tout vitesse la fit réagir. Un peu. Par contre impossible de déchiffrer son regard. Mi-énervé, mi-inquiet.
- A quoi joues-tu, Veronica?
Elle le fixa sans bouger.
Veronica voff : Bonne question ça. Et si pour une fois je te disais que moi-même je n'en sais rien? Que je doute, que j'angoisse, que je suis incapable de mettre de l'ordre dans mes idées? Tu en penserais quoi? Du mal n'est-ce pas? Il n'y a qu'à voir ta réaction. Ce n'est pas le moment.
Logan: Ronnie. Ce n'est pas le moment de perdre du temps en réflexion.
Veronica voix off : Et voilà!
Elle savait exactement quoi dire. Il n'y avait jamais rien eu de plus simple que de mentir. Et pourtant étrangement les mots qui décidèrent de sortir n'étaient pas du tout ceux attendus.
Veronica: J'ai peur. Je ne saurais pas t'expliquer pourquoi mais j'ai peur.
Elle l'avait vu se radoucir presque instantanément. C'était vraiment étrange cette alternance de leurs sentiments. Ni l'un ni l'autre ne savait sur quel pied danser et ils retrouvaient vite leur vieilles habitudes, que cela consiste à rejeter l'autre ou à se perdre dans ses yeux. Mais ce qui était toujours présent c'était cette main inexplicablement tendue. Cette main posée sur sa joue.
Logan: On est tous dans la même situation. Je suis aussi inquiet que toi. Mais on ne peut pas flancher maintenant.
Veronica: Mais s'ils ne la ramènent pas Mac...qu'est-ce qu'on va faire? Je...
Et voilà. Une fois de plus elle avait l'impression de revoir le corps de Lilly inerte. De regarder Cassidy sauter du toit, de relire les mots de Weevil. Ses derniers. Tout était de sa faute. Tout était toujours de sa faute.
Veronica: Tu crois que je porte malheur? Que les gens ne peuvent pas survivre à mes côtés?
Combien de fois lui-même avait pu se poser cette question en la trouvant d'une logique implacable et à quel point elle lui paraissait absurde dans la bouche de son agent spéciale préférée.
Logan: Regarde moi; tu es une des personnes dont je suis le plus proche et malgré un numéro d'équilibriste sur un pont, un quota d'ennemi hors norme, une cicatrice à l'omoplate et pleins d'autres dans ma tête je suis toujours aussi vivant et sexy!
Sa tirade eu l'effet escompté et l'espace d'un instant elle retrouva un semblant de sourire. Un semblant d'énergie. Il en profita pour lui saisir la main et l'entraîner à l'intérieur.
Logan: Alors on va rentrer là-dedans et on va leur montrer ce qu'il en coûte de s'attaquer à nous.
Elle se laissa faire. Peut-être avait-il raison. Peut-être qu'il restait un espoir. Quand ils entrèrent dans la suite, ils sentirent la tension qui y régnait. Ils aperçurent Wallace et Dick assis dans le canapé en face d'un colis. Ils accoururent jusqu'à eux.
Dick: Ne vous mettez pas à courir à maintenant! Vous n'êtes pas crédibles.
Il désigna le paquet.
Dick: On vous attendait avant de l'ouvrir!
Veronica: Où l'avez-vous trouvé?
Dick: Exactement là où il se trouve en ce moment.
Veronica: Tu veux dire que quelqu'un a pu entrer dans la suite?
Dick réalisa soudain ce qu'elle était en train de lui dire. Quelqu'un avait à nouveau pénétré chez eux. Des réminiscences de la nuit passée lui revinrent en mémoire et il frissonna.
Wallace: Ou alors le colis a dû être déposé par le personnel de l'hôtel...
Le surfeur n'était pas à ce point naïf. Il était conscient que Wallace avait dit ça uniquement pour le rassurer et bêtement cela lui suffit. Le simple fait de savoir que quelqu'un essayait de le protéger, même de ses angoisses lui faisait du bien. Mais cette accalmie fut de courte durée
Veronica: Je vérifierai auprès de la réception. Mais j'ai bien peur que cet endroit ne soit plus sécurisé.
Personne n'avait toujours osé toucher à leur étrange livraison. A se demander s'il ne dérivait pas de sujet.
Ils se regardèrent à tour de rôle Difficile d'accepter d'être l'annonciateur de mauvaises nouvelles. Parce que sans vouloir se prétendre devin, aucun d'eux, même pas Dick n'espérait en voir sortir une stripteaseuse.
Voyant que personne ne se décidait, Veronica prit les devants. Autant en finir au plus vite. Elle se plaça devant et l'ouvrit délicatement. Quand enfin, elle put voir ce qu'il contenait, son visage blêmit.
Veronica voff: Oh mon Dieu!
Deux heures auparavant
A quelques kilomètres de là, dans une somptueuse résidence, un homme était assis à son bureau attendant un appel. Lorsque, enfin son téléphone sonna, la conversation fut brève et concise. Il raccrocha tout en souriant, se dirigea vers son bar et sorti une bouteille de whisky. Il s'en versa une bonne rasade et resta assis quelques instants sans bouger, se contentant d'observer la douce couleur ambrée au travers du verre . Quand il porta enfin l'alcool à ses lèvres, le liquide coulant dans sa gorge ne fit qu'augmenter la douce sensation d'euphorie qui l'animait.
" Je tiens enfin ma revanche sur toi, Veronica Mars!"
La première chose qu'elle sentit en se réveillant se fut un goût amer dans sa bouche. Celui du sang. Du sien. A tâtons, elle en chercha l'origine et sentit qu'elle était blessée à la tête. Son corps entier la faisait souffrir. Bien trop pour mesurer l'ampleur véritable de ses blessures. Bien vite ses yeux s'habituèrent à l'obscurité. Elle essaya d'identifier l'endroit où elle se trouvait mais le seul indice qu'elle put déceler c'était qu'elle disposait de peu d'espace. Avec difficulté elle se retourna et remarqua une série de chiffre comme un chronomètre. Fatigue? Douleur? Choc? Le tout fut tel qu'il lui fallut quelques instants avant qu'elle prenne la mesure de la situation; avant qu'elle comprenne ce que signifiait ce compte à rebours et pourquoi il était enclenché. Alors seulement, elle comprit avec horreur à quoi elle avait affaire. Avec le peu de force qu'il lui restait, elle essaya de se rapprocher de l'objet. Mais le moindre de ses mouvements lui vrillait la tête. Et il était si simple de ferme les yeux et de se laisser glisser...
Non loin de là, dans une voiture, un couple regardait une vidéo à l'aide de leur ordinateur portable. Leurs visages reflétaient leur joie vis-à-vis de la peine que se donnait la jeune femme brune pour essayer de sauver sa vie. Le jeune homme se tourna vers sa partenaire.
Homme: Crois-tu qu'ils pourront la sauver?
Femme: Aucune chance là-dessus. Notre plan est infaillible.
Leur éclat de rire fut interrompu par la sonnerie du portable auquel l'homme s'empressa de répondre. Impatiente de connaître le contenu de la conversation sa compagne le pressa de questions à peine l'appel terminé.
Il la coupa très vite,.
Homme: On passe à la prochaine étape. Je t'expliquerai tout en cours de route mais je suis sûr que tu vas adorer!
La jeune femme lui sourit puis l'homme démarra en trombe sur le lieu de leur prochaine mission.
Dans une maison, un couple était en train de dormir tranquillement quand l'homme se réveilla en sursaut Un objet venait de tomber et de perturber son sommeil. Il se leva en douceur pour ne pas réveiller sa compagne. Identifier le bruit, sa provenance, s'avancer lentement pour ne pas signaler sa présence. Il savait exactement quoi faire quand soudain le cri perçant le paralysa sur place, il retourna à toute vitesse dans la chambre. On avait juste voulu l'éloigner et il était tombé dans le piège. C'est avec effroi qu'il la découvrit un pistolet sur sa tempe. Il essaya de se rapprocher d'elle quand une voix féminine à l'accent étrange le stoppa brusquement.
Femme: Ne jouez pas au héros!
Keith: Vous croyez que je vais vous laisser nous faire du mal!
Femme: Je crois que vous n'avez pas le choix!
Keith: Et moi je pense que vous êtes en train de commettre une grosse bêtise. Vous ne savez pas qui je suis.
Homme: Oh si bien au contraire.
Un bon nombre de questions lui traversèrent la tête. Du moins entre le bref instant où il perçut l'éclat de haine glacial dans les yeux de l'homme qui lui faisait face et celui où il reçut un violent coup derrière la crâne.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il se demanda où étaient passés les policiers chargés de les surveiller. Son assaillant sortit de sa cachette et lui ligota les mains. Pendant ce temps, sa coéquipière en faisait de même avec la compagne.
Sans un mot ils transportèrent leur deux victimes dans la voiture, enjambant sans la moindre trace d'émotions les corps des officiers chargés de la protection de la maison.
Une fois leur "chargement effectué" il démarra la voiture et décrocha son téléphone.
"Phase deux terminée".
Il entendit à l'autre bout du fil son "chef" sourire. Tout se déroulait exactement comme prévu. Jubilatoire.
