CHRONIQUES VAMPIRIQUES

La Nuit de Samhain III

Jû san : Ère de déjà-vu


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- J'ai toujours été heureuse avec toi Seto… Je t'ai toujours aimé…et je t'aime toujours…

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- Je te vengerai Serenity… je lui ferai payer… je te le promets…

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- Je t'en prie… Ne te laisse pas aveugler par la haine… N'as-tu pas entendu ? Tu devras…tu devras maîtriser ce que tu ressens…et l'accepter en même temps…

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Seto ! s'écria-t-elle, en pleurant. Je t'aime Seto…

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Un rayon de lumière lui brouilla la vue, puis ce fut le trou noir.

Kisara se réveilla en sursaut. Prise d'un mouvement de panique, elle plaqua ses bras sur son visage, comme pour se protéger de quelque chose. Puis, elle sentit quelque chose d'humide au contact de sa peau. Des larmes. Elle pleurait.

Elle se frotta les yeux, et se leva. Elle réalisa alors pleinement qu'elle était dans sa modeste chambre, sur un vieux lit en bois, et qu'elle venait de faire un cauchemar. Elle soupira. Ce n'était pas la première fois.

Après une toilette rapide, elle s'habilla d'un jean et d'un débardeur, traversa quelques galeries, et rejoignit la quinzaine de personnes qui étaient déjà attablées pour le petit déjeuner dans ce qui était communément appelé « cuisine » : une vieille gazinière trônait dans un coin, mais de gaz, il n'y en avait plus ; l'eau était chauffée sur les plaques électriques, elles-mêmes reliées à un générateur d'électricité ; un réfrigérateur et une grande table du style moyenâgeux faisaient également office de décoration.

Après avoir salué ses amis, dont Rebecca, elle s'installa sur le banc auprès de cette dernière.

- Le soleil est déjà levé, alors Shimon est parti faire quelques reconnaissances avec Kumiko, expliqua Rebecca.

- Ils auraient pu m'attendre... marmonna Kisara.

- Je le lui avais bien dit, que tu ne serais pas contente, mais tu sais, il s'inquiète beaucoup pour toi, alors il a préféré te laisser dormir.

- Comme si j'avais bien dormi...

Alors Rebecca se pencha vers elle et chuchota :

- Encore un cauchemar ?

Kisara approuva d'un signe de tête, et se servit une tasse de thé.

- C'est le cinquième ce mois-ci, murmura-t-elle, et toujours le même.

- Kisara... on s'inquiète tous pour toi à vrai dire. Depuis ce que ce vampire t'a fait, tu n'es plus toi-même. Tu as entendu l'info comme moi : un groupe de chasseurs voisins l'a éliminé le surlendemain de la mort de Takeshi, à deux kilomètres d'ici, ils ont même rapporté les pouvoirs extraordinaires dont il a fait preuve. Shimon a interrogé tous ses indics de la région, Sôsuke a fait des patrouilles avec l'Hirogaki... il n'y a plus eu aucun meurtre sur un chasseur depuis trois semaines. Aucune trace de lui. Preuve qu'il est bien mort, et redevenu poussière comme tous les autres.

Kisara sembla réfléchir un instant, puis murmura à son amie :

- Alors pourquoi est-ce que j'ai la sensation d'être observée à chaque fois que je patrouille ? Pourquoi est-ce que je fais ces rêves qui n'ont aucun sens pour moi ? Et qui est cette Serenity ?

Et elle ne mentionnait pas la promesse que Kaiba lui avait faite lorsqu'il lui avait dit qu'ils se reverraient.

Rebecca secoua la tête, et Kisara se sentit incomprise, comme de plus en plus souvent ces derniers temps. Elle se leva de table et quitta la pièce sans un mot.

Elle prit l'ascenseur qui la conduisit à la surface et croisa Sôsuke, toujours à son poste, imperturbable. Cependant, lorsque celui-ci l'aperçut, il l'interpella.

- Salut Kisara !

- Bonjour Sôsuke, dit-elle avec un sourire. Je vais faire un tour en ville si on me cherche.

- En ville ? interrogea-t-il. Mais il n'y a que des ruines là-bas !

- Eh bien je m'étais dit que je pouvais chercher d'éventuels nids de vampires tant qu'il fait encore jour. Et il serait dommage de rester enfermée par ce si beau soleil...

- Ah...

- Tu voulais me dire autre chose peut-être Sôsuke ?

- Euh non... enfin si ! se reprit-il précipitamment.

Il passa une main dans sa tête d'un air gêné.

- Tu sais, je me demandais... pour le Bal des Humains... je me disais... que je pourrais être ton cavalier...

Surprise par la demande, Kisara se rendit compte qu'elle avait complètement oublié le traditionnel rendez-vous annuel des chasseurs de vampires. Après la Grande Catastrophe, les humains avaient décidé de ne plus laisser les vampires dans l'impunité. Pour symboliser leur cause et défier les créatures de l'ombre, les chasseurs de chaque conté se réunissait une fois par an pendant toute la nuit, en plein air, de façon masquée, et faisaient la fête au nez et à la barbe des vampires, tenus à l'écart par des dizaines d'Hirogaki, qui, s'ils détectaient le moindre vampire dans la zone protégée, déclenchaient immédiatement des dizaines de pièges. Les créatures avaient souvent tenté, en vain, de franchir la zone protégée. Et avec le temps, ils s'étaient rendus compte que le système était bien trop perfectionné et ne s'y risquaient plus.

- La réunion a lieu à Imabari cette année c'est vrai, murmura Kisara.

Puis elle sourit à Sôsuke.

- C'est d'accord Sôsuke, mais ne t'imagine pas trop de choses. Surtout que tu es le maître de l'Hirogaki ici, tu n'auras pas beaucoup de temps à m'accorder...

Elle passa devant le garçon, pour le coup un peu rêveur, et le poussa du coude avant de s'éloigner.

- OK... alors... à mardi... murmura Sôsuke.

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Kisara erra un petit moment dans les ruines d'Imabari, à la recherche de nids de vampires. Elle en repéra deux ; elle n'avait qu'à suivre les cadavres des rats et les odeurs de moisi. Les humains ne s'aventuraient jamais dans le centre-ville, pas même le jour, alors les vampires devaient chasser dans la périphérie. Mais les hommes connaissaient leur existence à présent, et il y avait très peu d'attaques, et encore moins de morts, car les chasseurs veillaient. Cependant, les vampires s'étaient adaptés à cette situation : ils se nourrissaient d'animaux, et engendraient d'autres congénères, pour que l'espèce perdure.

Il y avait donc peu d'espoir pour que les vampires disparaissent totalement de la surface de la Terre. Kisara elle-même, du haut de ses 19 ans, n'y croyait plus. L'espoir qui l'animait encore était que la cause qu'elle défendait avait permis de sauver de nombreuses vies humaines, et en sauverait encore beaucoup d'autres.

Elle pénétra dans un magasin de vêtements en ruine. Le lierre en recouvrait les murs, mais ce qui l'intrigua, ce fut la tâche de sang, pas encore sèche, sur le sol. Elle huma le liquide.

- Du sang humain... murmura-t-elle.

Un froid glacial se glissa soudain dans sa nuque, enveloppant son corps. Ce froid ne lui était pas inconnu.

Sur ses gardes, elle observa l'endroit prudemment, plongeant discrètement une main dans sa poche pour saisir son pieu.

- Aaaahh...

Elle retourna brusquement. Le râle était venu de l'arrière-boutique du magasin. Prudemment, elle se dirigea vers la source du bruit, ignorant l'ombre qui la suivait silencieusement, se faufilant sur les murs à travers les feuilles de lierre.

Elle trouva un homme d'une quarantaine d'années qui gisait dans une marre de sang. Il était encore conscient.

- Calmez-vous... dit-elle, en s'agenouillant auprès de lui, remarquant les deux trous sur la nuque de l'homme.

- Ne laissez pas... le démon... ne le laissez-pas... il arrive... il prend ma place...

L'homme devenait de plus en plus pâle ; son corps était en train de mourir mais pas seulement : deux canines étaient en train de pousser dans sa bouche. Kisara soupira, sachant qu'il n'y avait plus rien à faire. Lasse, elle se releva, et attendit que l'homme meure. Quand il ne bougea plus, la jeune fille brandit son pieu et le plaça à quelques dizaines de centimètres de la victime, puis attendit. Au bout de dix minutes, le désormais vampire ouvrit les yeux, juste à temps pour voir le pieu s'abattre dans son cœur. Aussitôt né, aussitôt mort.

Kisara rangea son outil, et s'en alla. Après avoir franchi le seuil de la boutique, et s'être retrouvée en plein soleil, elle s'écria en direction de l'intérieur :

- Je t'ai bien diverti ? Car je sais que tu es là ; je ne te vois pas, mais je te sens. Tu ne me fais pas peur… Seto.

Sur ces mots, elle s'éloigna. A l'intérieur de la boutique, à l'abri du soleil, un visage humain la suivait du regard, une lueur d'intérêt, de grand intérêt, dans les yeux.

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Quatre jours plus tard, le mardi matin...

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Kisara rejoint Sôsuke et Rebecca, qui finissaient d'installer le dispositif de sécurité du soir sur un terrain vague à quelques centaines de mètres du QG.

- Piège à eau-bénite ?

- OK, confirma Rebecca avec le vieil ordinateur qu'elle avait réussi à remettre en route.

- Les pieux ?

- OK.

- Les grilles bénites ?

- OK.

- Les Hirogaki ?

- OK... Avec ça, je défie n'importe lequel de ces monstres de s'approcher à moins de vingt mètres du Bal… Ah Kisara ! Shimon a reçu une lettre de Takeo ce matin...

La jeune fille s'inquiéta :

- Comment va-t-il ? Il surmonte la mort de Takeshi ?

- Sa tante est adorable avec lui, dit Rebecca. Tu le sais, il y a beaucoup de choses à faire à Hiroshima et... peu de vampires.

Kisara fut rassurée. A son tour, elle annonça :

- Hier soir, Shimon et moi avons nettoyé les deux nids que j'avais repérés quelques jours plus tôt. On estime le nombre de créatures détruites à une vingtaine d'individus. Les bombes artisanales de Shimon sont décidément très efficaces.

- Dommage qu'on ne puisse pas en faire beaucoup, dit Sôsuke.

- Shimon est le seul à savoir où se procurer les ingrédients. Il est évident que si ce n'était pas aussi rare, on ferait sauter tous les immeubles du centre-ville...

- Sôsuke, tu peux aller me chercher un autre générateur ? Celui-là est bientôt à plat... demanda Rebecca.

- Bien mademoiselle, dit-il en se mettant au garde-à-vous.

Quand il fut assez loin, Rebecca murmura à son amie :

- Il paraît que tu vas être sa cavalière ce soir...

- Il paraît... marmonna Kisara. Et alors ? Ce n'est pas la fin du monde ! C'était juste pour lui faire plaisir, je sais qu'il en meure d'envie depuis deux ans...

- Ne le prends pas comme ça... dit Rebecca, en haussant les sourcils. Au contraire, je trouve que c'est bien pour toi, surtout avec ce qu'il t'arrive en ce moment...

Kisara soupira.

- Tu ne me crois toujours pas, c'est ça ?

- Non non, je n'ai pas dit ça, seulement tu as besoin de te changer les idées, Shimon lui-même dit que...

- Je ne suis pas folle ! coupa Kisara. Ce vampire est en vie, je le sais ! Et son nom est Seto ! Il joue avec moi ! Il me suit ! J'ai toujours su ce que je faisais et ce que je ressentais, et je sais que je ne me trompe pas ! Tu es ma meilleure amie et tu ne me crois pas ! La vérité, c'est que vous tous ici présents, ne voulez pas admettre l'ampleur de la menace ! Vous préférez faire la fête alors qu'un vampire dont on ne sait rien rôde dans les parages !

Kisara se figea, frappée d'une illumination. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?

- J'ai quelque chose à faire, murmura-t-elle.

Son amie Rebecca la regarda s'éloigner, complètement interloquée par l'agressivité de son amie. D'un air attristée, elle reporta son attention sur les dernières mises au point du dispositif de sécurité.

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Kisara, elle, se fraya un chemin jusqu'aux galeries du quartier général. Shimon et les autres n'étaient pas là, partis accueillir les nombreux chasseurs voisins qui devaient se joindre à eux.

Elle pénétra dans le laboratoire de Shimon qui grouillait d'ouvrages, de paperasses et autres objets farfelus. Si Shimon possédait une gravure de Seto Kaiba, il avait peut-être d'autres informations sur le vampire. Elle fouilla longuement la pièce, ouvrit tous les livres mais ne trouva pas l'ombre d'une ligne sur Seto.

Elle allait renoncer lorsqu'elle eut une idée ; le vampire venait certainement de quelque part, et son nom, Seto, celui qu'elle avait entendu dans son rêve, était un nom japonais. Refermant le livre qu'elle tenait, elle se dirigea vers le bureau de Shimon et trouva l'enveloppe que Takeo avait adressée à Shimon.

Hiroshima... Là-bas elle trouverait des réponses... Cela faisait trois ans qu'elle n'avait pas mis les pieds dans cette ville, mais elle savait qu'il y avait beaucoup de choses. Beaucoup d'archives avaient été sauvées de la Grande Catastrophe. Elle regarda sa montre : 9h20. Un bateau levait l'ancre à 10h. Les voitures étaient rares à cause du manque d'essence, et il fallait environ 20 minutes à vélo pour atteindre le port d'Imabari.

Elle griffonna un mot sur le bureau de Shimon, jurant de rentrer avant le Bal, prit du papier et un crayon, et partit en empruntant la vieille bicyclette de Kumiko, qui lui serait utile pour déambuler dans les rues d'Hiroshima.

Elle arriva à temps pour le départ du vieux bateau en demandant à quelle heure était celui du retour.

- Il partira à 18h d'Hiroshima, lui répondit-on.

Cela lui laissait environ six heures pour faire des recherches. Il fallait qu'elle sache.

Hiroshima n'avait rien à voir avec Imabari ; le centre-ville était l'un des rares à ne pas avoir été déserté et une véritable économie locale s'était mise en place. Elle renonça à rendre visite à Takeo en voyant l'heure, et se dirigea vers la bibliothèque où était stocké tout ce qui avait été sauvé de la Grande Catastrophe.

Là, elle demanda à consulter les archives des journaux.

- Toutes celles que vous avez, précisa-t-elle.

Et elle se lança dans un fastidieux travail. Les vieux journaux jaunis par le temps passaient dans ses mains l'un après l'autre. Ses recherches commencèrent en 1945. Kisara savait que Seto pouvait être né avant cette date. Et que des Seto, il y en avait plein. Les feuilles défilèrent sans qu'elle n'en trouve aucune trace, et le temps lui était compté. Elle ne pouvait concevoir de rentrer sans avoir trouvé la moindre information.

Assise par terre dans une petite pièce, elle soupira, et revint voir le gérant.

- Avez-vous une base de données ? demanda-t-elle, sachant que les ordinateurs étaient une denrée rare.

- Elle est réservée pour les urgences, mademoiselle.

- C'est une urgence ! répliqua Kisara.

- Le système informatique dont nous disposons est très fragile, nous ne pouvons l'utiliser à tort et à travers. Je suis navré...

Impatiente, la jeune fille saisit promptement l'homme par le col, et le souleva sans aucune difficulté.

- Je suis une chasseuse de vampires, et j'ai besoin d'informations rapidement si je veux protéger la sécurité de cette région. Votre base de données peut m'aider à sauver des vies, ça, c'est une urgence !

Elle le lâcha, et cette fois l'homme ne souriait plus. Il la mena dans une petite salle privée dans laquelle un unique ordinateur trônait, tel un trophée, comme un objet rare et précieux.

- Merci, je me débrouillerai... dit-elle.

- Mais... il faut que je l'allume, et que je vous dise comment faire... bredouilla le documentaliste.

- J'ai dit que je me débrouillerai ! aboya la jeune fille. Maintenant DEHORS !

Et pour cause, Rebecca lui avait montré comment ces machines fonctionnaient. L'ordinateur se mit bruyamment en marche.

Tous les articles allant de 1945 à 2169 avaient été sauvegardés sur la base de données. Et en prime, elle bénéficiait d'un système de mots-clés. Tremblante, elle saisit « Seto + Japon », en espérant y trouver quelque chose. Des milliers de résultats s'affichèrent. Résignée, elle entreprit d'examiner les articles un à un. Pendant deux heures, elle ne trouva rien d'intéressant. Et puis, un article l'intrigua.

Il datait de 1998 :

« Seto Kaiba, 14 ans, à la tête de la KaibaCorp après la disparition de son PDG, Gozaburo Kaiba... »

Et surtout, il y avait une photo. Le cœur de Kisara se mit à battre d'excitation. C'était lui. En plus jeune, mais il n'y avait aucun doute. Seto Kaiba.

Tremblante, elle changea les termes de la recherche en « Seto Kaiba ».

Le second article datait d'un an plus tard :

« Des armes au Duel de monstres »

Le PDG multimillionnaire Seto Kaiba transforme la KaibaCorp en société de duel de monstres. Comme vous le savez, la KaibaCorp était autrefois une usine d'armement, mais après la disparition de Gozaburo Kaiba l'année dernière, son fils Seto a aussitôt entrepris un énorme chantier et transformé l'horreur en émerveillement pour de nombreux enfants. Plus d'informations à l'intérieur...

A nouveau, une photo illustrait le document ; elle représentait Seto Kaiba inaugurant le nouveau siège de la KaibaCorp à Domino.

Kisara parcourut ainsi plusieurs articles. Les photos montraient un Kaiba toujours plus beau. Mais également froid et sans pitié. Pas le moindre sourire sur son ténébreux visage.

Elle arriva alors à la date du 11 novembre 2004.

« Le PDG de la KaibaCorp porté disparu… »

« L'inquiétude règne du côté des duellistes, tandis que dans les affaires, on commence à se réjouir. Le célèbre PDG de la KaibaCorp, Seto Kaiba, est en effet porté disparu. Il a été aperçu pour la dernière fois le 5 novembre, au siège de la KaibaCorp. Le lendemain, le PDG n'est pas venu au bureau comme à l'accoutumée. Sur le moment, personne ne s'est inquiété, tout le monde connaissant les excentricités du jeune homme. Cependant, Monsieur Seto Kaiba s'est avéré être injoignable, nul ne sait où il se trouve. La police prend cette affaire très au sérieux. En effet, le cadavre d'un homme identifié comme le chauffeur de Monsieur Kaiba, a été retrouvé il y a deux jours dans un égout. Selon les premières constatations du légiste, la mort pourrait bien remonter au 5 novembre dernier, date à laquelle remonte également le dernier signe de vie de son patron. De plus, la police recoupe cette disparition avec celle de la jeune Tea Gardner, intervenue quelques jours plus tôt, et qui n'a toujours pas été retrouvée. La police a mis en place un numéro et invite toute personne ayant aperçu… »

Kisara interrompit sa lecture.

- Alors c'est à ce moment-là qu'il est devenu vampire… murmura-t-elle.

Elle continua de parcourir les articles. Régulièrement, les journaux avaient fait une mise au point sur la disparition de Kaiba, relatant l'effondrement de son empire en son absence, dénonçant les profiteurs qui avaient racheté sa société. Jusqu'à ce titre du 2 novembre 2005.

« Meurtres en série pour Halloween »

« Hier, les habitants de Domino se sont réveillés choqués. Quatre horribles meurtres ont été perpétrés dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Les victimes se nomment Ely Akimoto, Hana Watson, Joey Wheeler et Mai Valentine. Ces deux derniers étaient des duellistes de renom. La police n'a pour l'instant trouvé aucune trace des meurtriers, mais a mis des moyens colossaux en œuvre pour retrouver les coupables. Les policiers privilégient la piste de deux ou plusieurs tueurs en série, procédant de la même manière opératoire.

D'après les premières constatations, a indiqué le commissaire chargé de l'enquête, les victimes ont été étranglées. Les traces de fourchette sur les cous des victimes constitueraient la signature du meurtrier, signature qu'il n'aurait pas eu le temps de reproduire sur le cadavre de Joey Wheeler. Les deux témoins des agressions, Yugi Mûto, le célèbre duelliste, et son ami Tristan Taylor, ont été pris en charge par un psychologue. Ils se sont murés dans le silence. »

Kisara soupira malgré elle ; les humains d'alors ne voulaient pas admettre l'existence des vampires. La suite l'intéressa davantage.

« Le plus étrange dans cette histoire est que plusieurs autres témoins ont affirmé avoir reconnu Seto Kaiba parmi les suspects. Nous vous rappelons que nous sommes sans nouvelle de ce PDG âgé de 20 ans depuis l'année dernière. …

La police a également mis en place un numéro de téléphone, car une personne proche d'une des victimes est portée disparue. Cette personne se nomme Serenity Wheeler et est la sœur du garçon assassiné. Elle est âgée d'environ 16 ans, a les yeux de couleur noisette, et des cheveux auburn. Elle aurait été agressée en même temps que son frère, mais après de nombreuses heures de recherches, elle n'a toujours pas été retrouvée. La police recherche tout information susceptible de l'y aider… »

Dessous, une photo de la disparue illustrait l'article.

Kisara se figea. Serenity Wheeler. C'était la jeune fille qui mourrait dans ses cauchemars. Ou plutôt, le vampire. Car Kisara commençait à comprendre le lien qui unissait Serenity à Kaiba. Et celui qui l'unissait elle-même à Kaiba.

« Tu lui ressembles tellement… »

Les paroles que Seto lui avait murmurées lors de leur première rencontre prenaient tout leur sens. Les deux femmes se ressemblaient étonnamment ; à part leur couleur d'yeux et de cheveux, elles arboraient les mêmes traits.

Kisara se surprit à penser à ce couple, et à ce qu'ils avaient pu commettre pendant des dizaines d'années. Cependant, le souvenir du cauchemar la rendait perplexe. La première chose qu'elle avait apprise était que les vampires ne pouvaient pas aimer. Or, la vision de Seto Kaiba dans ce rêve, était celle d'un homme brisé, sur le point de perdre ce qu'il chérissait le plus au monde.

Le reste des articles comprenaient de nouveaux témoignages d'humains qui avaient cru apercevoir Seto Kaiba, puis des récits de massacres perpétrés par une bande de vampires menés par un chef ressemblant étrangement au jeune PDG. Après 2063, plus aucune trace de Kaiba dans les articles.

Kisara s'adossa à la chaise en poussant un soupir. Ce vampire était différent de tous les autres. Il la troublait, et il le savait. Cependant, la jeune fille venait de prendre conscience qu'elle avait également un pouvoir sur Kaiba. Et elle était prête à se servir de ce pouvoir.

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De retour à Imabari, Kisara ne prêta pas attention aux reproches qui lui furent faits. Elle répondit simplement qu'elle avait eu envie de prendre des nouvelles de Takeo, et tous, même Shimon, y crurent.

A 21h, lorsque le soleil fut totalement couché, Rebecca enclencha le système de sécurité. Des centaines de chasseurs de vampires, venus de plusieurs centaines de kilomètres à la ronde, avaient répondu présent.

Kisara avait revêtu une robe bleue et un loup de même couleur. Elle se prêtait au jeu des salutations, avec un agacement qu'elle savait parfaitement dissimuler.

- J'en ai tué une bonne dizaine le mois dernier, se vantait un grand jeune homme, en s'efforçant de mettre ses muscles en valeur autant que possible.

- Il est évident que…certaines personnes ici présentes sont un peu jeunes pour combattre des créatures aussi puissantes, fit sa compagne, masquée en rose, en désignant Rebecca.

Celle-ci lui lança un regard noir.

- Rebecca est une alliée précieuse, intervint Shimon. C'est elle qui a mis en place le dispositif de sécurité de ce soir. Et c'est une chasseuse redoutable, n'est-ce pas ?

La jeune fille eut un grand sourire, et dit d'un air nonchalant :

- Dix vampires… c'est le nombre que j'abats en une semaine…

Vexé, le couple s'éloigna de manière hautaine, sans un mot.

Kisara se rapprocha de son amie.

- Quelle mascarade !

- Littéralement… répondit Rebecca.

- Excuse-moi pour ce matin, dit Kisara. Je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait.

Rebecca sourit.

- Ça va, c'est oublié ! On a tous le droit d'avoir des bas dans la vie ! D'ailleurs… je crois que Sôsuke meurt d'envie de t'inviter à danser, mais qu'il est un peu timide pour le faire…

Kisara secoua la tête et observa son cavalier d'infortune, en grande conversation avec un spécialiste voisin des Hirogaki.

- Je ne crois pas… dit-elle en souriant. Je vais me chercher un verre…

Elle se dirigea vers le bar, installé à l'extrémité ouest du terrain vague aménagé pour l'occasion. Un Hirogaki était installé cinq mètres plus loin, marquant la limite de la zone protégée. Elle s'en approcha prudemment, pour observer les environs qui étaient bien calmes.

Son regard s'égara sur l'Hirogaki. Elle ne savait que peu de choses sur le fonctionnement de ces engins, mais quelque chose la troubla. L'Hirogaki, quant il est activé, émet toujours un grésillement. Et là rien… Examinant la machine, elle tendit l'oreille pour détecter le bruit. En vain.

Une main se posa sur son épaule ; en se retournant, elle se retrouva nez à nez avec Shimon.

- Kisara… Il faut éviter de s'approcher trop près de la frontière…

- C'est que… commença-t-elle.

Elle se tourna à nouveau vers la machine et cette fois elle distingua nettement le grésillement.

- Que se passe-t-il ? s'inquiéta Shimon.

La jeune fille secoua la tête.

- Euh… rien… je croyais que l'Hirogaki ne fonctionnait pas… désolée…

Shimon sourit.

- Aucun Hirogaki n'est jamais tombé en panne, sauf après avoir reçu un choc...

Kisara acquiesça.

Mais elle n'avait pas rêvé. L'espace de quelques secondes, tous les Hirogaki cessèrent de fonctionner. Le temps pour un nouvel invité de faire son entrée.

Le Bal des Humains battait son plein. Ils riaient et se moquaient des vampires, qu'ils savaient attroupés non loin, complètement impuissants devant cet affront.

Les chasseurs de vampires étaient insouciants. Sauf une. Et pour cause : cette sensation de froid qui vous transperce le corps venait à nouveau d'envahir Kisara. Elle regarda Sôsuke qui lui fit un signe de tête en souriant. Et puis, elle le vit. Furtivement derrière Rebecca, qui riait avec Kumiko. Il la regardait d'un air de défi, un petit sourire au coin des lèvres, faisant mine de mordre Rebecca. Alarmée, Kisara voulut se précipiter auprès de ses amies, mais plusieurs couples qui allaient débuter une nouvelle danse lui masquèrent la vue. Et quand son champ de vision fut de nouveau dégagé, le vampire avait disparu.

- Je deviens folle… murmura-t-elle.

« Non… Tu es simplement plus lucide que les autres… »

Livide, elle se retourna. Seto Kaiba se tenait devant elle, tout de noir vêtu, un masque sur le visage. Il était magnifique. Elle resta bouche-bée avant d'avoir un moment de recul.

Il l'en empêcha en lui saisissant le bras.

« Allons… Quelle sotte idée que de créer la panique alors que tu sais que je ne suis venu que pour toi… Dansons, veux-tu… »

Il enlaça la jeune fille fermement, qui était comme hypnotisée, et la fit tourner sur la musique. Kisara savait qu'il avait raison et ne protesta pas.

« C'est impossible, pensa-t-elle, aucun vampire ne peut rentrer dans le périmètre sans être détecté par l'Hirogaki ! »

« Ha ha ha… Tu es décidément bien naïve jeune humaine ! Vos joujoux n'ont aucun effet sur moi, et je peux les contrôler si je le désire… Que les humains sont pathétiques, ils se croient toujours plus malins. Il m'a suffit de créer un vampire et lui donner une petite partie de mes pouvoirs pour qu'ils me pensent déjà en enfer...»

Les couples de chasseurs de vampires dansaient, inconscients que leur ennemi mortel se trouvait parmi eux, tandis que la discussion mentale se poursuivait entre Seto et Kisara.

« Epargne-les ! Tue-moi mais épargne-les ! »

« Je n'ai aucunement l'intention de toucher un cheveu de tes pitoyables congénères ! La seule chose que je veux, c'est toi ! »

Et sur ces mots, son corps se fondit lentement en une masse noir et informe, presque invisible, entraînant la métamorphose de Kisara avec lui, qui eut l'impression de se liquéfier. Ils disparurent, sans que personne ne s'en aperçoive.

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La jeune fille heurta le sol peu après, et toussa. Quelle horrible sensation ! Et puis, elle se rendit compte qu'elle n'était plus au Bal, qu'elle avait quitté le périmètre de sécurité, et qu'elle se trouvait à présent dans les ruines du centre-ville d'Imabari. Elle sortit le pieu qu'elle gardait toujours sur elle, mais la main de Seto agrippa aussitôt sa gorge et la souleva du sol pour la plaquer sur un mur. Il ne portait plus son masque noir, révélant toute la beauté de son visage.

« Là où tu vas, tu n'en auras pas besoin ! »

Et il la rejeta brutalement en arrière. Elle traversa le mur d'une bâtisse et atterrit lourdement sur le sol. Elle se releva péniblement, mais il était déjà derrière elle et lui asséna un coup de poing dans la figure.

Kisara heurta un pilier, mais ne tomba pas ; le sang coulait sur son front et ses joues, mais la jeune fille sourit.

- Est-ce…ainsi… que tu…te débarrasses…de tes démons ? haleta-t-elle.

Sur le point d'en finir, Kaiba s'étonna de cette réponse.

- Est-ce ainsi, poursuivit la jeune fille, que tu te débarrasses de Serenity ?

La cruauté venait de changer de camp.

Seto s'avança rapidement vers elle, et releva brutalement le menton de la jeune fille.

Marquant un temps d'arrêt, il l'observa, se pencha et l'embrassa fougueusement. La surprise fut de taille pour Kisara ; ses forces revenues, son pieu à la main, elle aurait dû en profiter pour le détruire, mais elle se laissa prendre à son propre piège, et répondit à son baiser passionnément. Ils s'embrassèrent ainsi pendant de longues secondes, puis Seto s'arracha de l'étreinte sans la lâcher, et se mua une nouvelle fois en une ombre, entraînant Kisara avec lui.

La jeune fille se retrouva dans un endroit inconnu. Elle haletait et tremblait ; le choc lui avait même fait verser quelques larmes. La pièce était petite, et ne disposait que d'un lit. Seto lui faisait face ; en reculant, Kisara sentit son dos heurter la pierre froide, la piégeant entre le vampire et le mur.

De nouveau, il se pencha et l'embrassa, mais cette fois avec plein de tendresse. Il l'enlaça et l'attira contre lui. Kisara ne résista pas longtemps, lâcha le pieu qu'elle ne tenait plus que du bout des doigts, et se prit au baiser. Son âme serait damnée pour un tel acte, mais elle ne pouvait lutter contre le lien qui l'unissait au vampire. Elle le sentit lécher les larmes mêlées de sang qui coulaient le long de son visage. Sans qu'elle ne s'en rende compte, il l'avait menée vers le lit et allongée dessus.

- J'ai essayé de toutes mes forces de te chasser hors de mon cœur, lui murmura-t-il de sa voix normale. Mais on dirait que mon âme ne me laissera jamais en paix...

Son cœur ? Son âme ? pensa Kisara. Un vampire n'a pas ni âme, ni cœur !

Elle avait oublié que Seto pouvait lire dans les pensées.

- Si, répondit-il. C'est ma punition pour être ce que je suis. Serenity... je t'ai rejetée, acceptée puis j'ai essayé de t'oublier... je n'en ai jamais été capable...

- Je ne suis pas Serenity, murmura Kisara. Et je ne le serai jamais...

Seto la regarda tristement.

- Mais tu lui ressembles, de corps et d'âme. Je pourrais te transformer...

L'idée si tentante venait de lui effleurer l'esprit. Il n'avait qu'à se pencher un peu pour offrir le cou de la jeune fille à ses canines. Il frôla sa nuque mais sembla hésiter.

Kisara ne pouvait que l'observer. Une partie d'elle réclamait le vampire, tandis que l'autre lui ordonnait de résister. Cependant, sa volonté semblait soumise à Kaiba, tellement celui-ci la troublait. Elle s'attendait à ce qu'il la morde, et s'en réjouissait presque.

Mais au lieu de ça, il s'embrassa de nouveau, s'affala sur elle de tout son poids et commença à aventurer ses mains sur le corps de Kisara. Le désir enflamma cette dernière.

Non, elle ne pouvait lutter. Alors elle s'abandonna au vampire et à son désespoir, à elle-même et au trouble qu'elle n'avait jamais contrôlé.

Il fut doux au départ, mais porté par son désir, sa nature vampirique et brutale refit surface. Sa bouche goûta à toutes les parties du corps de la jeune fille, et finit par la mordre. Il s'offrit le plus doux liquide depuis la transformation de Serenity qui l'enivra tant qu'il la prit sans plus attendre. Elle gémit à cette présence nouvelle, s'agrippant de toutes ses forces à Seto et se laissa emporter par le plaisir qui succéda à la douleur alors qu'un nouveau bal venait de commencer. Et lorsque les canines du vampire revinrent une nouvelle fois au niveau de la nuque de la jeune fille, il ne tint plus.

Il transperça sa peau, et se nourrit du liquide interdit. Il le ferait jusqu'à ce qu'il soit rassasié. Et ensuite, il ferait l'échange du sang, pour qu'elle soit à lui, comme Serenity autrefois.

Mais Kisara sembla revenir à la raison et commença à se débattre. Elle avait compris ce que voulait le vampire et elle ne voulait pas le lui donner.

- Non… gémit-elle.

L'ivresse l'avait rendu sourd. Elle tenta de le repousser, mais la force du vampire était de loin supérieure à la sienne.

« Je ne veux pas devenir comme elle … » murmura-t-elle mentalement.

Cette fois, il entendit, et les mots résonnèrent dans sa tête. Il s'arracha de son cou et de son corps, et Kisara se releva. Rassemblant ce qu'il lui restait de raison et de forces, elle bondit hors du lit, attrapa son pieu sur le sol, et se jeta sur Kaiba. Mais celui-ci avait anticipé, et arrêta son geste. Elle se retrouva une nouvelle fois plaquée sur le lit, entièrement nue, et surplombée par le vampire.

Elle lui fit comprendre qu'elle ne se laisserait pas faire. Il lut sa détermination, résista à l'appel de sa nature possessive et égoïste. Il ne ferait pas l'erreur qu'il avait faite deux-cents ans plus tôt. Alors il murmura :

- Rentre chez toi.

Et il se dégagea.

Lorsqu'elle se releva à son tour, le vampire avait disparu.

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"Un amour peut être guéri par un autre amour, comme un poison est souvent chassé par un autre poison.

A suivre : dernier chapitre et épilogue

Merci d'avoir lu :). Je n'ai plus beaucoup de temps pour les fics, mais je m'efforce de terminer cette histoire du mieux que je peux. A bientôt.

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