Hermione trépignait d'impatience. Elle avait dû demander à cinq élèves différents et faire demi-tour trois fois, mais elle était parvenue à trouver la salle de classe du professeur Diao. Enfin si l'on pouvait appeler salle de classe la grotte taillée dans la roche, ouverte sur le couloir, où il donnait son cours. Sa voix au timbre chaud résonnait dans un silence parfait qui n'était pas sans rappeler celui des cachots de Poudlard à une austère époque. Si elle n'avait pas connu le sympathique professeur Slughorn, Hermione aurait pu penser que l'acariâtreté était une caractéristique de la profession.
S'il la remarqua, il n'en montra aucun signe, achevant ses explications avec un détachement surprenant. Lorsqu'il les libéra enfin, les élèves passèrent devant elle sans lever les yeux, certainement intimidés par sa présence. Finalement, après avoir pris soin de nettoyer la pièce en l'ignorant superbement, le professeur lui offrit un maigre sourire.
— Que me vaut le plaisir de votre visite ? demanda-t-il poliment.
— J'ai beaucoup réfléchi à vos paroles d'hier, admit-elle. J'aimerais me rendre où tout a commencé.
— Cela remonte à plusieurs millions d'années, à des centaines de kilomètres d'ici, êtes-vous certaine que le voyage soit nécessaire dans l'immédiat ?
Hermione resta interloquée quelques secondes avant de réaliser qu'il s'agissait d'humour. Elle s'abstint de toute réponse, se contentant de le dévisager avec une pointe d'agacement.
— Vous souhaitez faire une escapade en forêt ? s'enquit alors son interlocuteur avec un rictus amusé.
— Madame Onaedo me répète chaque jour combien je ne dois pas m'y risquer seule, expliqua Hermione. J'espérais donc que peut-être…
— Vous êtes enfin prête à accepter mon aide ?
Le ton était clairement moqueur. Piquée au vif, Hermione lui jeta un regard noir. Pour qui se prenait-il, à la railler de la sorte ? L'expression narquoise qu'il affichait n'était pas sans lui rappeler Drago Malefoy dans ses pires années, ce qui eut le don de finir de l'exaspérer. Cependant, elle retint la réplique cinglante qui lui venait, car non seulement elle était prête à accepter son aide, mais surtout il paraissait de plus en plus clair qu'elle en avait besoin. Il lui donna rendez-vous devant le dortoir des filles le soir même après le dîner. Hermione aurait préféré qu'ils partent de suite, mais elle n'eut d'autre choix que de patienter.
Elle attendait depuis peu de temps quand le professeur la rejoignit enfin. Il était accompagné d'un jeune homme qui se présenta simplement :
— Sekou, Madame.
Devant l'air interloqué de l'Anglaise, le professeur Diao expliqua :
— Sekou est notre meilleur élève de dernière année. Il connait particulièrement bien la forêt et disons que sa forme Animagus pourrait aider.
En effet, il se transforma aussitôt en un maigre félin, au pelage brun sublimé de reflets dorés, à l'allure féroce. Hermione retint un mouvement de recul. Elle était à la fois surprise et impressionnée. Mais la métamorphose était une seconde nature pour les élèves de Uagadou et elle savait parfaitement que celui-ci n'était pas une exception. Elle ne pouvait que tomber d'accord que les talents du jeune homme seraient certainement utiles. Ils empruntèrent le tunnel, imitant le parcours de sa fille et ses amis. Un long dédale qui descendait du haut de la montagne jusque dans les tréfonds de la jungle.
Ils suivirent le sentier sur un peu plus d'une centaine de mètres, avant de tourner vivement à gauche, guidés par Sekou. L'air de rien, le professeur Diao fut particulièrement prévenant avec Hermione, repoussant chaque feuillage qui aurait pu lui griffer le visage, s'aidant de maléfices informulés – lancés sans baguette, bien entendu – pour créer une piste praticable. Sekou était grimpé dans les arbres, humant l'air sous sa forme animale, sautant de branche en branche, retraçant les mouvements qu'une vieille sorcière avait effectués quelques jours auparavant.
Ils marchèrent plus d'une demi-heure et Hermione commença à désespérer de trouver des indices quelconques. Les enfants ne s'étaient tout de même pas tant éloignés de l'école, si ? Mais les cris de Sekou – qui avait repris forme humaine – un peu plus loin lui confirmèrent que si, les adolescents étaient encore plus inconscients qu'elle ne le pensait. Le professeur Diao et elle pressèrent le pas jusqu'à une petite cabane à l'équilibre précaire, qui ne semblait tenir que par magie.
Hermione sortit sa baguette et psalmodia une formule. Il n'y avait aucune trace de magie noire dans les alentours, mais des traces d'une sorcellerie différente qu'elle ne reconnut pas. Ils entrèrent dans la cahute. Sur les murs de bois étaient suspendus de nombreux masques humanoïdes si réalistes qu'un instant elle crut qu'ils étaient de vrais visages. Peut-être en est-ce, lui susurra cette voix intérieure qu'elle préférait faire taire. Les peaux étaient peinturlurées de formes géométriques étranges. Se trouvaient là également un grand pot en terre cuite, une ribambelle d'outils divers, des viscères d'animaux, plantes, œufs, et autres composants de potions.
— Il s'agissait très certainement d'un Lwa ! révéla le professeur Diao, masquant difficilement sa surprise.
Hermione fronça les sourcils. Elle avait souvenir d'avoir déjà vu ce mot dans l'un des ouvrages de la bibliothèque d'Uagadou, mais ses connaissances n'étaient que trop limitées pour qu'elle comprenne tout ce que cela impliquait.
— Les Lwa sont les esprits qui servent de messagers entre le Bondye et les Humains, expliqua alors Sekou.
— Vous êtes en train de vouloir me faire croire que la femme qui a causé la disparition de ma fille est un esprit ? C'est une plaisanterie ?
S'ils furent heurtés par la réaction d'Hermione ils n'en montrèrent rien. Se sentant oppressée par l'ambiance sombre de la cabane, elle préféra ressortir. Il ne faisait pas plus frais au-dehors, mais au moins elle pouvait à nouveau respirer.
— Vous êtes en Afrique, Madame, la piqua Sekou.
Alors qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer, le professeur Diao leva une main apaisante.
— Je me suis mal fait comprendre. La sorcière que vous évoquez est sûrement aussi palpable que vous et moi. Je dirais, au vu de cette habitation, qu'elle est une Bòkò, une de ces personnes capables de communiquer avec les esprits. Les signes que vous voyez sur le sol, là et là – il les indiqua du doigt – sont caractéristiques de ce savoir.
Hermione ferma les yeux un instant et s'appuya contre le tronc d'un arbre qui se trouvait à portée. Elle reniait depuis toujours ce qui n'était pas concret, elle avait arrêté la divination au milieu de son année scolaire, elle avait hurlé contre sa fille lorsque celle-ci avait pris ce simulacre de matière en option… Et voilà qu'on lui racontait que cette dernière avait disparu à cause d'un esprit. Si la situation n'avait pas été si dramatique, elle en aurait ri tant c'était ironique.
— Il faut que l'on retrouve cette femme.
— Je pense qu'il est illusoire de l'espérer, annonça Djabel. Les Bòkò suivent un chemin et une logique qui leur sont propres. Si elle a estimé que sa mission ici était terminée, elle est partie depuis des jours.
— Et comment pouvons-nous le savoir ?
— La cabane ne possède plus aucune défense magique et si l'on observe bien la nature a commencé à reprendre ses droits, expliqua-t-il.
— Et des animaux sont venus ici, enchérit Sekou, montrant son nez pour signifier qu'il l'avait senti sous sa forme féline.
La déception dut se voir sur le visage d'Hermione puisque le professeur ajouta :
— Nous allons récupérer ce que nous pouvons ici afin de l'analyser dans le laboratoire et nous pourrons revenir ultérieurement si vous le souhaitez.
Elle acquiesça silencieusement. Avait-elle réellement le choix de toute façon ? D'un geste de la main Sekou fit s'évaporer l'ensemble des objets stockés aux abords de la cabane. Hermione ne put s'empêcher d'être impressionnée. Elle avait devant elle un jeune homme d'à peine vingt ans qui maîtrisait la magie sans baguette et les informulés aussi bien que les meilleurs sorciers d'occident, qui avaient dû travailler des dizaines d'années pour y parvenir. Pour la première fois de sa vie – ou presque – Hermione se fit la remarque que les livres ne lui apporteraient aucune réponse. Elle jeta un coup d'œil au professeur Diao qui lui fit un franc sourire – comme si ce dernier avait suivi ses réflexions internes.
Rose avait intérêt à réapparaître rapidement, les choses devenaient un peu trop étrange, songea-t-elle amèrement.
