Part 14
La lumière du soleil filtrait au travers de la seule fenêtre fermée, peignant le sol de bandes brisées de jaune qui faisaient peu pour éclairer l'environnement sombre. La pièce était petite et poussiéreuse, l'air chaud étouffant sans la climatisation toujours présente pour évacuer la chaleur Californienne.
Daniel essuya la sueur de sa nuque avec une serviette et pensa avec envie aux suites fraiches du Plaza, aux mini bars remplis de rafraichissements désaltérants, et à un doux lit qui ne sentait pas faiblement l'urine.
Une souris s'agita sur le sol, s'arrêtant pour fixer curieusement l'intrus qui avait envahi sa maison avant de disparaître à nouveau sous l'une des planches mal fixées. La précipitation de petites griffes cachées hurlait comme une corne de brume dans les oreilles de Daniel, lui faisant serrer la mâchoire avec irritation.
Il écrasa la cannette vide de Coca dans sa main et la jeta dans la poubelle débordante de l'autre côté de la pièce. Plissant les yeux contre les reflets lumineux, il observa l'Hôtel de l'autre côté de la rue avec la même intensité avec laquelle il regardait tout dans sa vie.
Elle était là-dedans. Sa belle putain, Sa Cordélia Chase.
Elle pensait pouvoir le fuir, courir dans les bras d'un autre homme et qu'il ne suivrait pas. Stupide fille, ne savait-elle pas qu'il la suivrait à l'autre bout du monde?
Un éclat de gris sale se déplaça sur le sol dans sa vision périphérique, à la recherche de nourriture déjetée.
La souris, sa seule compagne dans le squat en décomposition, fut aplatie sous son pied avec un craquement écœurant d'os et de sang.
Si sa vie avait été une bande-dessinée, une ampoule serait apparue au-dessus de la tête de Fred alors qu'elle écrivait furieusement sur son bloque-note. Elle n'en était pas entièrement sûre, mais si ses calculs étaient correctes, si l'on devait utiliser la théorie d'Einstein sur la relativité conjointement avec le Codex de Braginhuer, durant la nouvelle lune, en se tenant sur un pied, le résultat serait probablement-
Fred loucha sur ce qu'elle avait écrit cette dernière demi-heure.
-la tasse de café la plus parfaite du monde.
Ca ne peut pas être juste.
Fred laissa tomber sa tête avec un bruit sourd sur le comptoir du lobby.
Quatre jours avaient passé depuis qu'ils avaient réalisé que Cordélia était la prochaine sur la liste de Daniel, mais depuis lors, avec l'exception de la mort des voisins de Cordélia, tout avait été calme à Angel Investigations.
Plus ou moins calme, modifia Fred alors qu'elle entendait le bruit maintenant de plus en plus familier d'Angel et Cordélia en train de se disputer au premier étage.
Quatre jours et ils n'avaient toujours rien. Que dalle. Nada. Rien. Les livres de Wesley, aussi précieux étaient-ils dans leur lutte quotidienne contre les ténèbres, étaient inutiles pour ceci. D'autant plus qu'il était toujours difficile de savoir si Daniel était démon ou humain. Ou peut-être qu'il était un hybride des deux, ou peut-être un métamorphe. Ca expliquerait pourquoi ils n'avaient pas encore été en mesure de trouver une véritable piste à son sujet.
Peut-être que Daniel était un hybride humain-démon qui avait la capacité de se métamorphoser et de devenir invisible.
Fred bailla, sa mâchoire craquant avec la force du mouvement.
Elle avait vraiment besoin d'une pause.
Des doigts chauds frôlèrent le bas de son dos, où son T-shirt était remonté. Fred sourit contre le comptoir et tourna la tête pour faire face à Lorne.
"Je pense avoir trouvé la formule du café au lait parfait. Ca pourrait changer la face de la préparation du café pour toujours."
"Attention Starbucks, Winifred Burkle arrive," gloussa Lorne. Fred soupira et sentit sa force physique la quitter alors qu'il glissait sa main le long de son dos et pétrissait les muscles tendus de son cou.
"C'est agréable," murmura-t-elle, ses paupières se fermant tandis qu'un sourire de contentement jouait aux coins de ses lèvres.
Lorne laissa ses doigts faire partir la tension qui avait trouvé sa place entre les ailes délicates des omoplates de Fred. Bien qu'il la touchait comme si elle était fragile, Lorne savait qu''elle ne l'était pas. Il fallait être coriace jusqu'à la moelle pour vivre ne serait-ce qu'un jour à Pyléa, mais survivre cinq longues années d'enfer dans sa dimension natale demandait plus de bravoure et de force que Lorne ne pourrait jamais comprendre.
Il tira gentiment sur la longue tresse brune qui tombait dans son dos.
"Tu es très jolie aujourd'hui."
Le sourire qui illumina le visage de Fred menaça de faire exploser le cœur de Lorne hors de sa fesse.
"Merci," sourit-t-elle.
Fred se redressa, ignorant la façon dont son dos protesta avec le mouvement, et pressa un bisou au coin de la bouche élégante de Lorne. Elle redressa son col ouvert, ses doigts frôlant la peau chaude de son cou tandis que Lorne enroulait les quelques mèches soyeuses de cheveux qui s'étaient échappées de la tresse. Leurs yeux se rencontrèrent et Fred sentit un rougissement de chaleur glisser sur sa poitrine et le long de son cou. Cela lui picotait la peau avec quelque chose qu'elle ne savait pas comment mettre en équations et théorèmes.
Un bruit sourd et étouffé résonna du premier étage, suivi par deux paires de pas irrités. Le moment étant brisé, Fred grogna et posa son front contre celui de Lorne.
"Ces deux-là me rendent folle. Je vais peut-être devoir les tuer," maugréa Fred.
Lorne gloussa et lui embrassa le front. "Tu ne seras pas à court de volontaires pour t'aider, chaton."
"Oh, génial," soupira-t-elle avec résignation quand Cordélia descendit les escaliers du lobby en piétinant, suivie de près par Angel.
"Vois ça comme un spectacle gratuit. Comme Cats mais sans la musique entraînante." Lorne enroula son bras autour de sa taille alors que Fred posait sa tête sur son épaule, prête à être témoin de la dernière dispute de ses amis confortablement.
"Grandis, Cordélia."
"Mords-moi, Angel!"
"Je le ferais si je pensais que ça te ferais arrêter de te comporter comme une enfant."
"Essaye et tes organes vitaux auront rendez-vous avec la partie pointue de mon pieu."
"Tu sais, tu commences vraiment à me mettre en rogne."
"Le sentiment est mutuel, le Mort-vivant – sauf que tu me mets en rogne depuis des jours."
Le côté de la mâchoire d'Angel se serra d'une manière qui ne présageait rien de bon, ses bras se croisèrent étroitement sur son torse.
Cordélia, ses mains soudées à ses hanches, tapa furieusement du pied contre le carrelage jusqu'à ce que la veine de la tête d'Angel donne l'impression qu'elle allait exploser.
"Ugh!" Cordélia lança ses mains en l'air et tourna sur ses talons, marchant vers la cuisine avec un air de détermination qui n'était de bonne augure pour aucun d'eux.
Angel jura dans sa barbe et se frotta rudement le visage avant de la suivre.
"Pfiou," Lorne laissa sortir un souffle une fois que Fred et lui furent à nouveau seuls.
"Leurs auras sont toujours aussi géniales?"
"Oh ouais," acquiesça-t-il, se frottant les tempes. "Le plus tôt cette fille aura une vision, le plus heureux nous ser..." Il s'interrompit, réalisant ce qu'il venait de dire.
"Huh?" Fred fronça les sourcils avec confusion. "Pourquoi Cordy aurait besoin d'avoir une vision?"
Lorne remua sur son siège et laissa sortir un rire vraiment peu convainquant "J'ai dit vision? Je voulais dire, euh... chaussures ?"
Fred le regarda de travers. "Crache le morceau, Monsieur."
Lorne soupira et enlaça ses doigts avec ceux de Fred sur le comptoir. Il n'aimait pas avoir des secrets pour Fred, mais ce n'était pas à lui de divulguer ce secret. Quand Lorne ouvrit la bouche pour le lui dire, l'ouragan Angel et Cordélia revint faire rage dans le lobby, amenant avec eux une tension qui faisait craquer l'air comme de l'électricité.
"Quatre mots Angel; Je. Ne. Sais. Pas!" Cordélia ponctua chaque mot avec une piqûre rude de son doigts dans son torse.
Angel lui lança un regard noir. "Je sais que tu les avais, Cordélia. Dis-moi simplement où sont mes clés."
"Pourquoi j'aurais tes clés de voiture, Angel? Pourquoi? J'ai ma propre voiture, non pas que je puisse sortir avec!"
"Tu veux sortir, sors. Mais ne viens pas pleurer près de moi quand Daniel t'aura ligotée dans son coffre. Clés, Cordélia. Où sont-elles"
"Pourquoi tu en as besoin maintenant, de toute façon? Tu envisages de faire une petite balade avec la capote baissée dans le soleil de l'après-midi? Parce que la tout de suite, je ne suis pas prête de t'arrêter!"
"Si ça voulait dire cinq minutes de paix, loin de toi, je le ferais."
"Hé bien, je suis tellement désolée que ma vie en danger soit une telle corvée pour toi, la prochaine fois, je laisserai simplement le taré me tuer."
Angel plissa les yeux. "Rends-moi mes clés de voiture. Maintenant."
"Tu sais quoi, Angel?" souffla-t-elle, balançant ses cheveux par-dessus son épaule.
"Quoi?"
"Tu peux te mettre te clés dans -"
"Ooo-k," Lorne frappa des mains. "Je pense que nous avons eu assez de Masterpiece Theatre pour un jour, pas vrai les enfants?"
Cordélia cligna des yeux. "Depuis quand vous êtes là?"
"Trop longtemps," dit Lorne en se pinçant l'arrête du nez.
Fronçant les sourcils, Cordélia lança un regard noir à Angel puis tourna les talons et remonta les escaliers. Elle fit une pause sur la troisième marche comme si elle savait exactement ce qu'Angel pensait.
"Reste," ordonna Cordélia au vampire comme s'il était un chiot qui se comportait mal.
Et puis elle disparut.
"Mesdames et Messieurs, la Reine nous a quitté," murmura Lorne avec amusement. Angel rejoignit Fred et Lorne et posa sa tête sur le comptoir, son front appuyé sur ses bras.
Fred lui tapota doucement la tête. "Pauvre Angel."
Claquer la porte de sa chambre n'impliquait pas la même poussée de libération de rage qu'autrefois, principalement dû au fait que l'hôtel était tellement grand qu'elle n'était pas sûre que quelqu'un ait effectivement entendu le bruit.
"Je suis calme. Je suis calme," se dit Cordélia, les dents serrées. "Je tire le meilleur parti de la situation et je suis calme, bon sang!"
Elle frappa le pied de son lit, jappant quand elle réalisa trop tard qu'elle ne portait pas de chaussure.
"Aïe, aïe, aïe, aïe," maugréa Cordélia alors qu'elle boitillait dans la pièce pour faire partir la douleur en marchant. Le matelas rebondit sous elle lorsqu'elle se laissa tomber de tout son poids sur le lit. Elle fronça les sourcils vers le plafond marqué par l'eau jusqu'à ce que son visage lui fasse aussi mal que son pied. L'envie de crier s'évapora lentement du corps de Cordélia, ne laissant que le nœud épais de tension dans sa poitrine qui avait graduellement grandit comme une tumeur ces derniers jours.
Quatre jours à regarder par-dessus son épaule à chaque bruit étrange. Cela ne semblait pas long, quatre simples jour, mais ça ressemblait à l'éternité.
Cordélia se sentait prise au piège, claustrophobe à l'intérieur des nombreuses chambres et des couloirs sinueux de l'Hôtel, attendant que les ombres se transforment pour l'agripper par la gorge. Son appartement lui manquait, ça lui manquait d'être en mesure de sortir sans l'un des garçons jouant au garde du corps. Ca lui manquait de flemmarder en jogging, à manger de la glace et à regarder de mauvais soap-opéras avec Dennis.
Dennis.
Angel et Wesley étaient retournés une fois dans son appartement depuis la découverte des corps de Lucy et Bobby, mais tout le complexe d'appartements avait grouillé d'officiers de police et Wesley avait pensé qu'il ne serait pas sage d'attirer davantage d'attention sur eux. Donc la question d'où son colocataire fantôme avait disparu était toujours sans réponse et pesait lourdement sur son esprit.
Cordélia se leva du lit avec un soupir et se promena sans but dans la pièce, faisant glisser ses doigts sur les quelques possessions qu'Angel avait ramenées de son appartement.
Il avait fait de son mieux pour qu'elle ait l'impression d'être à la maison, mais ce n'était pas le cas, et son besoin constant de s'assurer qu'elle allait bien toute les cinq minutes était rapidement devenu irritant. Chaque fois qu'elle se retournait, Angel était là, à bouder. Dans la cuisine, dans le bureau, rôdant à l'extérieur de sa chambre, partout, comme s'il avait peur que, s'il la laissait hors de sa vue, elle pourrait disparaître pour de bon.
Alors elle avait 'accidentellement' renversé de l'eau de javel sur son chandail. Et 'accidentellement' réchauffé son sang trop longtemps.
Et 'accidentellement' caché ses clés au quatrième étage.
Cordélia savait qu'elle était mesquine, mais il la rendait dingue et, tant qu'ils se rabrouaient et se chamaillaient, ils n'avaient pas l'occasion de parler de ce qui s'était passé, exactement, durant leur dernier rapport. Ce qui était bien, parce que Cordélia n'avait vraiment pas envie d'en parler. Mais ça ne voulait pas dire qu'elle n'y avait pas pensé encore et encore et encore jusqu'à ce que ses ongles aient creusés des demi-lunes dans les paumes de ses mains.
Les rêves n'aidaient pas.
Chaque matin depuis quatre jours, Cordélia s'était réveillée avec ses jambes emmêlées dans ses draps de lit, les oreillers dégagés de leurs places, avec un désir entre les jambes que son vieil ami le pommeau de douche n'avait pas beaucoup apaisé. Elle n'avait jamais été dotée d'une mémoire photographique avant, mais maintenant il semblait que chaque petit détail des visions et des nuits qu'elle avait passées avec Angel avait été brûlé au fer rouge dans son cerveau.
Ses mains agrippant ses hanches, ses lèvres froides chuchotant le long de sa clavicule, ses cuisses musclées pressées contre les siennes, le besoin qu'elle voyait gravé dans son regard si souvent illisible, le réconfort irrésistible donné par son toucher, lui permettant d'oublier, lui permettant de respirer, lui donnant envie...
Cordélia grogna et obligea ses doigts à se déplier quand elle commença à ressentir des crampes douloureuses.
Aussi régulière qu'une horloge, une vague de culpabilité s'abattit sur elle comme une douche froide. Des gens étaient morts, des gens qu'elle aurait dû pouvoir sauver, et elle, elle était là, à penser aux cuisses savoureuses d'Angel.
C'était l'attente, décida Cordélia. C'était ça qui la rendait vraiment dingue. Sa vie semblait être réduite à attendre les choses. Attendre que Daniel la réduise en pièces, attendre que les Puissances la frappent avec encore une autre vision, attendre la prochaine fois qu'Angel et elle se retrouveraient enroulés l'un autour de l'autre comme des amants.
Elle n'allait pas passer le reste de sa vie à attendre.
Ils devaient faire quelque chose.
"On doit faire quelque chose," déclara Cordélia, ses bras croisés avec défi sur sa poitrine.
Quatre paires d'yeux clignèrent vers elle.
"Et quelque chose qui n'est pas lire le même livre moisi encore et encore. On ne va pas trouvé le fou psychopathe caché dans l'un d'eux. On doit faire quelque chose."
"Qu'est-ce que tu suggères?" demanda prudemment Wesley, certain qu'il n'allait pas aimer la réponse.
"Je pense qu'il est temps qu'on aille à sa poursuite."
"Ca serait sensé, si on savait où il était."
"Hé bien, on doit le trouver!" Cordélia fit des gestes sauvages avec ses mains. Fred s'abaissa avant d'être frappée au visage.
"On a essayé-"
"Non, Wes, on a attendu. Depuis quand on attend que le maniaque homicide s'approche furtivement de moi par derrière pour me décapiter avant qu'on puisse dire, oups, c'était la tête de Cordy?"
"Ca ne va pas se produire," Angel s'hérita devant ses mots.
Cordélia écarta son assurance d'un coup de poignet.
Wesley s'enfonça dans son fauteuil et posa ses coudes sur le bureau. "Alors, qu'est-ce que tu suggères?"
"Hé bien," Cordélia se tordit nerveusement les mains. "Le club qui-"
"Non."
Cordélia se retourna pour lancer un regard noir à Angel. "Tu ne sais même pas ce que j'allais dire."
"On ne va plus t'utiliser comme appât dans cet endroit. Ni Fred. Ni personne d'autre. Plus d'appât à la capture. Ca ne se termine jamais bien."
"OK, alors peut-être que tu savais," maugréa Cordélia, ses épaules s'affaissant un moment avant qu'elle ne redresse sa colonne vertébrale avec détermination. "Alors, quelqu'un d'autre a une meilleure idée?" Elle souleva un sourcil et regarda chacun de ses amis, tour à tour, avec espoir.
Wesley se frotta le front.
Fred haussa les épaules et mâchouilla le bout de sa tresse.
Lorne fit oisivement tourner sa boisson.
Angel la fixait comme s'il avait quelque chose à dire.
"Quoi?"
"On ne te met pas à nouveau en danger, Cordy. On ne va simplement... on ne le fait pas," déclara-t-il comme si sa parole était loi.
"Je suis d'accord avec le pas de danger," le rassura Cordélia. "Je suis à fond dans le pas de danger. Je suis la plus grande fan du pas de danger-"
"Mais?" demanda Wesley.
"C'est trop calme. Il manigance quelque chose."
Wesley se pencha en avant dans son fauteuil. Le cuir couina mais personne ne rit. "Comment le sais-tu, tu as eu une vision?"
Du coin de l'œil, Cordélia vit Angel se redresser un peu sur sa chaise.
"Non," elle lança un regard noir et perçant au vampire. "Je n'ai pas besoin d'une vision pour ça. C'est, genre, dans le guide du méchant, ou quelque chose comme ça. S'arranger pour que la pauvre victime pense que la menace est partie, puis -BAM!- tu rentres à la maison un jour et toutes tes serviettes de toilettes sont espacées de manière régulière et toutes les étiquettes des aliments sont placées en avant."
Wesley la regarda un long moment. "Je n'ai absolument aucune idée de quoi tu parles."
"Meh," Cordélia remua une main vaincue et s'assit finalement sur l'accoudoir du fauteuil d'Angel.
"C'est un film," renchérit Fred.
"Je ne vois pas ce que ça a à voir avec l'harceleur de Cordélia," Wesley fronça les sourcils.
"Je savais de quoi tu parlais," dit Angel alors que Fred décrivait l'intrigue de Les nuits avec mon ennemi à un Wesley de plus en plus confus.
Cordélia roula les yeux. "C'est une première."
Elle ne put empêcher le sursaut de surprise qui s'était élancé dans son corps tandis qu'une main froide se glissait autour de sa taille.
"Tu vas être fâchée contre moi éternellement?" demanda doucement Angel, tirant sur le bord de sa blouse comme si la toucher était une seconde nature.
"Je ne suis pas-" Cordélia fit une pause. Elle était fâchée contre lui, mais pour des raisons auxquelles elle n'était pas encore prête de réfléchir. "Je suis juste..." La phrase se fana en rien quand elle réalisa qu'elle ne savait pas comment y répondre honnêtement. "Je me sens un peu étouffée, c'est tout," Cordélia s'appuya contre le bras d'Angel, contredisant son admission.
"Tu veux que je dises aux autres de te laisser tranquille?"
Cordélia souleva un sourcil amusé vers lui. "Ce ne sont pas les autres qui étouffent, C'est un type. Un type vampirique. Un type vampirique avec une âme."
Angel se gratta l'arrière de la tête avec culpabilité. "Désolé."
"Réessaye une fois, cette fois avec un peu de conviction," Les lèvres Cordélia se contractèrent avec un sourire.
Wesley se racla la gorge et leur lança un regard noir par-dessus ses lunettes. "Si on pouvait revenir sur le problème en cours, s'il vous plait?"
Châtiée, Cordélia se leva et la main d'Angel retomba de sa taille. Elle traîna sur ses fesses d'une manière qui aurait pu être, ou non, un accident. Elle avait l'impression que ça ne l'était pas.
"Donc, nous sommes tous d'accord alors. Nous retournons au club ce soir."
Angel se leva pour regarder méchamment Wesley. "Je ne me souviens pas qu'il y ait eu un vote."
"C'est parce qu'il n'y en a pas eu."
"C'est une méthode leadership intéressante que tu as là, Wes."
"Ca marchait pour toi, non?"
"OK!" Cordélia frappa des mains avant que les grognements et les regards fixes ne puissent commencer. Elle ne savait toujours pas ce qui avait causé la tension entre Angel et Wesley, mais c'était bien au-delà de commencer à la contrarier. "Aussi amusantes que ces petites manifestations de testostérone ne sont pas, que diriez-vous qu'on fasse quelque chose de fou comme, oh, je ne sais pas, nous comporter en adulte pour pouvoir attraper l'homme qui est excité à l'idée de me couper en petits morceaux. En commençant au club, ce soir."
Les sourcils d'Angel se rejoignirent en un renfrognement têtu.
"Vous serrez tous là. Je serais en sécurité," essaya de le rassurer Cordélia.
Il ne fut pas influencé.
"Angel," soupira Cordélia, se rapprochant de lui, elle plaça ses mains sur ses bras croisés. Ils étaient comme de l'acier sous ses paumes, du fil en métal qui avait vu le début et la fin de deux siècles. "Allez, mon grand. Je ne peux plus rester assise, à attendre d'être trouvée. Je t'en prie?"
Angel la regarda de travers.
Elle essaya une approche différente.
"Tu sais que je vais simplement t'ennuyer jusqu'à ce que tu dises oui."
Il hésitait. Elle pouvait le voir dans ses yeux.
Cordélia pencha la tête sur le côté et donna le coup de grâce. "Je te dirai où sont tes clés de voiture," chantonna-t-elle.
Ce fut le vainqueur.
Angel n'aimait pas ça.
La musique était trop forte et le club trop bondé. La piste de danse grouillait de garçons maigres et des filles aux lèvres rouges se frottant les uns contre les autres, chacun cherchant désespérément quelque chose de réel sous les lumières jaunes clignotantes. De la sueur et un parfum stagnant s'accrochaient à l'air, étouffant l'atmosphère comme un nuage de poison.
Des corps, chauds et remplis de sang en ébullition, l'entouraient. Un siècle plus tôt, Angel se serait délecté de la dégradation pendant que Darla aurait séduit les gosses aux yeux noirs pour qu'ils écartent leurs jambes ou qu'ils dénudent leurs cous. Ils se seraient baignés dans le sang rouge et poisseux de l'innocent avec des sourires sur le visage et la mort dans leurs cœurs.
Mais maintenant, tout ce qu'Angel voulait, c'était que quelqu'un baisse la musique.
"Je n'aime pas ça!" cria Angel par-dessus le rythme décousu des basses.
"Vraiment, je ne l'aurais jamais deviné!" Cordélia lui agrippa la main avant qu'il ne puisse complétement devenir un avec les ombres. "Il nous faut à boire!"
"Je ne pense pas-"
"Allez!" elle tira sa main et Angel n'eut d'autre choix que de la suivre. Ca n'avait pas d'importance s'il était plus fort qu'elle, ni s'il avait passé une bonne partie de sa vie à faire trembler l'Europe de peur – quand Cordélia Chase disait saute, Angel avait tendance à se prendre à demander à quelle hauteur.
Cordélia les faufilait à travers la foule, se déplaçant avec une confidence qui attirait les regards admiratifs.
Angel plissa les yeux.
C'était une autre chose qu'il n'aimait pas. Les regards fixes. Aussitôt qu'ils étaient entrés dans le club et que Cordélia avait ôté sa veste, la tendant à Angel comme s'il était le garçon de vestiaire alors qu'elle révélait la piètre excuse de top qu'elle portait, il avait ressenti l'envie de, soit presser ses lèvres contre la peau nue de son dos, soit lui demander qu'est-ce qu'elle croyait qu'elle faisait exactement en sortant habillée comme ça, jeune fille?
De derrière, ça donnait l'impression qu'elle ne portait pas de top du tout. La seule preuve que c'était le cas étaient les deux fines chaines en argent qui, d'une manière ou d'une autre, maintenait le morceau de tissu en place. C'était un miracle d'ingénierie moderne. Et un miracle qu'Angel ne pouvait sembler arrêter de regarder. Ce qui était bien, parce que ça voulait dire qu'il ne regardait pas la façon dont ses hanches se balançaient d'un côté à l'autre alors qu'elle marchait, et il ne regardait certainement pas comment son pantalon en cuir caressait ses longues jambes comme une seconde peau ni comment le tatouage dans le bas de son dos était exposé pour que le monde entier le voit.
Cordélia regarda par-dessus son épaule et lui sourit, lui serrant la main de manière encourageante. Angel parvint à convaincre un côté de sa bouche à se contracter vers le haut tandis qu'elle le tirait vers le bar. Heureusement, la femme Spears n'était pas aussi bruyante de ce côté du club.
"Un verre," dit Angel avec fermeté.
"Ouais, OK Papa."
"On doit rester vigilants-"
"J'ai déjà eu le laïus d'encouragement de Wes," elle le coupa avec un geste de la main.
"Je sais, mais-"
"Reste vigilante. Reste avec Angel. Ne quitte pas ses côtés, peu importe ce qu'il se passe," Cordélia décompta les instructions de l'Anglais sur ses doigts. "Si la mission rencontre des difficultés, prend les positions de protection et les sorties sont là, là, là et là. Je sais, OK? C'est de mes fesses que ce dingue a envie, je ne vais pas les lui tendre sur un plateau," Cordélia souleva un sourcil. "Peu importe à quel point elles ont l'air belles dans ce pantalon."
Pris sur le fait.
"Je ne suis pas content avec ça," dit à nouveau Angel, feignant une innocence par rapport à la fixation des fesses.
"Comme c'est étonnant," pffta Cordélia. "On a tout prévu. Fred est en sécurité, bordée au lit avec Lorne et n'y pensons pas de trop parce que je n'ai pas besoin de l'image mentale effrayante. Wes est à la sortie de derrière, Gunn est devant. Daniel ne pourra pas rentrer ou sortir sans que l'un de nous ne le voit."
"Mais-"
"Et s'il est déjà là, on a des renforts pour ça," Cordélia fit signe à l'un des amis de Gunn par-dessus l'épaule d'Angel. "On est prêt, là, Champion. Maintenant tais-toi et achète-moi un quelque chose d'incroyablement alcoolisé parce que je pense que je le mérite, pas toi?"
Cordélia tourna sur ses talons et fit claquer ses coudes sur le comptoir avec un bruit sourd. Vu la manière dont elle tapotait ses ongles, Angel pensa qu'il valait mieux ne pas lui dire qu'elle venait de mettre son bras dans quelque choses de soupçonneusement poisseux. A la place, il fit signe au barman comme seuls les hommes semblaient savoir faire.
"Je sais que les derniers jours n'ont pas exactement été faciles pour toi," dit Angel aussi délicatement qu'il le pouvait.
"C'est un petit euphémisme? J'ai eu des visions moins douloureuses que de vivre avec toi, Angel." cassa Cordélia. Le barman arriva pour prendre leur commande. "Bonjour, je vais prendre un Martini-"
"Elle va prendre un Coca et je vais prendre une bière," l'interrompit Angel. Le barman hocha la tête et s'en alla pour chercher les boissons.
Angel pouvait sentir la chaleur du regard noir de Cordélia lui brûler le côté du visage.
"T'aurais pas dû faire la plaisanterie sur le fait de vivre avec moi," Angel haussa les épaules, posant également ses coudes sur le bar.
Cordélia leva les yeux au ciel et poussa ses hanches contre les siennes, une excuse silencieuse entre amis. Un silence facile glissa sur eux alors qu'ils attendaient que le barman revienne, Cordélia fredonnait tout bas avec la musique pendant qu'Angel mémorisait les visages s'affairant derrière eux à travers le long miroir qui s'étendait dans le bar. Son reflet n'était rien qu'un gouffre géant à côté de Cordélia et, comme si elle pouvait sentir son malaise, elle appuya son épaule contre la sienne. Toujours son lien avec le monde.
"Fred pense que Daniel est un hybride humain-démon métamorphe et invisible," dit Angel, ayant soudainement besoin de remplir l'air de quelque chose.
Cordélia ricana. "Fred doit arrêter de sniffer les Marqueurs Magiques."
"Elle a peut-être raison."
"Sérieusement?"
"Hé bien, la partie sur l'hybride humain-démon, au moins."
"Il n'y a pas une once d'humanité chez ce sale type, Angel. Tu peux me croire là-dessus," Cordélia frissonna, ses images de ses dernières visions apparaissant dans son esprit.
"Je ne suis pas humain, est-ce que ça fait de moi un monstre?" demanda doucement Angel, déchirant inconsciemment le dessous de verre en carrés ratés qui tombaient sur le bar comme des confettis.
Cordélia pencha la tête sur le côté et lui donna un coup d'épaule. "Tu es Angel," sourit-elle et le reste du club disparut un moment alors que son monde à lui consistait uniquement de Cordélia. La chaleur de son bras contre le sien, la courbe de sa bouche, l'ouverture de son cœur, elles s'enroulaient autour de lui comme une couverture. Quelque chose changea dans sa poitrine et Angel ne pouvait s'empêcher de la regarder. L'air s'épaissit autour d'eux comme un souffle retenu avec anticipation. Le battement de cœur de Cordélia résonna dans ses oreilles, noyant le rythme des basses lourdes du club alors qu'il accélérait sous son regard.
Deux tâches de couleurs rougirent les joues de Cordélia. Otant ses yeux de lui, Cordélia se racla la gorge, brisant le moment aussi vite qu'il s'était produit. Elle se redressa et plaqua un large sourire peu convainquant sur son visage quand le barman fut de retour avec leurs boissons.
Angel sortit la photographie granuleuse de Daniel de la poche de sa veste. "Hey mon pote, , Tu as vu ce type dans les parages dernièrement?"
Le barman y jeta à peine un œil avant de secouer la tête et de se tourner pour prendre une autre commande.
"Là, laisse-moi essayer," Cordélia arracha la photo des doigts d'Angel et se glissa entre le jeune couple qui avait finalement attiré l'attention du barman pour qu'il prenne leur commande.
"Hey, on était là en premier!" bredouilla la femme.
Cordélia souleva un sourcil. "Et maintenant vous êtes là en deuxième. Faites avec et tournez la page," Elle les congédia avec un frétillement des doigts.
Au plus grand étonnement d'Angel, le couple fit juste ça.
"Salut, c'est quoi ton nom?" Cordélia tourna toute la force de son sourire sur le barman. Angel se sentit brièvement désolé pour lui, il avait été de l'autre côté de ce sourire à plus d'une occasion.
Le barman cligna des yeux, semblant avoir oublié son propre nom pendant une seconde, avant de dire, "Pete."
"Bonjour Pete, moi c'est Cordélia. Je me demandais si tu pouvais m'aider avec quelque chose?" elle pencha innocemment la tête sur le côté et s'appuya sur le bar.
Angel regarda les yeux du barman zoomer sur le décolleté de Cordélia. Il lutta pour contenir le grognement qu'il sentait le démanger dans sa poitrine.
"OK," convint Pete comme un homme hypnotisé.
"Tu reconnais cet homme?" Cordélia tint la photographie devant sa poitrine.
Pete fixa la photo comme si sa vie en dépendait. "Ouais," dit-il lentement. "Il vient de temps en temps. Calme. Il ne cause pas de problème," il haussa les épaules.
"Il est venu récemment?"
"Pas depuis deux semaines, pourquoi?" Pete balança son chiffon de vaisselle réglementaire sur son épaule et se pencha sur le bar. Il souriait à Cordélia. Cordélia lui souriait. Angel n'aimait pas ça du tout.
"Oh, c'est un ami," Cordélia écarta oisivement la question. "Il aime bien le vieux glou glou," elle fit un geste de boisson avec sa main et il acquiesça sagement.
"Ouais, on a beaucoup de ça par ici. C'est pas exactement une boîte de grande classe, vous savez."
"J'ai remarqué," grimaça Cordélia, poussant un bol poussiéreux de cacahuètes avec son index.
"Peut-être que vous pourriez me donner votre numéro de téléphone et, s'il revient, je pourrais vous appeler?" Pete sourit et Angel eut envie d'envoyer la tête du barman au travers du miroir derrière lui. Mais il se retint parce qu'il savait que Cordélia ne dirait pas-
"Ca me semble être une bonne idée," elle sourit timidement, faisant tournoyer une mèche de cheveux libre autour de son doigt.
OK. Maintenant Angel en avait assez.
"Tu as trouvé quelque chose?" demanda Angel en les rejoignant, enroulant un bras autour de la taille de Cordélia. Quand il sourit, cela n'atteignit pas ses yeux. Pete s'écarta du bar, message bien reçu.
Cordélia regarda Angel de travers quand le barman s'en alla pour prendre des verres. "J'obtenais des informations," siffla-t-elle.
"Des information n'étaient pas la seule chose que tu allais obtenir."
"Est-ce que je t'ai demandé de venir à ma rescousse? Il était mignon. Très mignon. Merci d'avoir ruiner ma potentielle vie amoureuse une nouvelle fois," souffla-t-elle, donnant un coup de coude sec dans les côtes d'Angel.
Il regarda la silhouette fuyante de Pete en louchant. "Tu trouves qu'il est mignon? Vraiment? Mais ses cheveux sont tout-" Angel agita ses doigts vers son front, "-volumineux."
"Premièrement, tu as vu tes cheveux dernièrement? Il faut être sans défaut pour mettre autant de gel. Deuxièmement, un peu de flirt est inévitable quand on chasse un maniaque et, troisièmement..." elle fronça les sourcils. "Super, j'ai oublié mon troisièmement!" Cordélia laissa sortir un grognement de contrariété et attrapa les revers de la veste d'Angel, essayant de lui donner un peu de bon sens à force de le secouer mais il était du granite fixe et chancela à peine contre sa douce agression.
Les épaules de Cordélia s'affaissèrent avec défaite.
"Finis?" demanda Angel avec amusement.
"Tu es un Néandertal surprotecteur ," maugréa Cordélia, poussant son front contre son torse.
"Merci."
"Ce n'était pas un compliment," elle s'écarta, le sourire dans ses yeux disant à Angel qu'elle n'était pas vraiment fâchée. "Une idée de ce qu'on fait maintenant?"
"Faire le tour, voir si quelqu'un d'autre a été en contact avec Daniel?" suggéra-t-il.
"On peut faire ça, ou on peut se saouler et se remémorer les bons vieux jours sur la Bouche de l'Enfer, quand les méchants portaient des signes voyant qui disaient 'ici, je suis mauvais'?" demanda Cordélia, le regardant avec espoir.
"Peut-être un autre jour," dit Angel bien qu'une partie de lui voulait voir si elle avait l'alcool glousseur.
"Tu vas juste gâcher tout mon plaisir ce soir, pas vrai? OK, très bien, Capitaine Responsable. Allons être investigateur," emmêlant sa main avec la sienne une nouvelle fois, Cordélia le tira dans la mêlée.
Gunn observa Wesley alors que l'Anglais faisait les cent pas, son portable pressé étroitement contre son oreille alors qu'il luttait pour entendre Angel par-dessus le vacarme du club.
"Je ne t'entends pas, Angel, répète? OK. Uh huh. D'accord. Qu'est-ce que c'est cet horrible bruit dans le fond? De la musique? C'est censé être de la musique? OK, maintenant je me sens vieux... oui, j'imagine que c'est bien pire pour toi... uh huh... hé bien, garde les yeux ouverts et appelle-moi s'il arrive quoi que ce soit." Wesley referma son téléphone avec un clic.
"Pas de chance?"
Wesley sursauta à la voix de l'autre homme. "Je ne t'avais pas vu."
Gunn enterra ses mains dans ses poches et marcha les quelques pas jusqu'à Wesley. D'une manière ou d'une autre, cela semblait bien plus long que quelques pas. "Rondell a pris la relève devant, mais jusqu'à présent, on a vu que dalle."
"Même chose ici. Ils ont parlé au barman, apparemment, Daniel n'est plus venu depuis un moment."
"Donc on perd notre temps?"
"On dirait bien."
Gunn s'appuya contre la voiture de Wesley et croisa ses jambes au niveau des chevilles. Il pencha la tête en arrière et regarda le ciel. Le smog et les lumières de la ville cachaient les étoiles, laissant juste un drap froid de noir les fixant d'en haut. Gunn érafla le bout de sa chaussure contre le pavé, déplaçant les mégots de cigarettes et les capsules de bouteilles qui jonchaient le trottoir.
Le silence provoquait un mal dans la poitrine de Wesley, une douleur profonde jusqu'à l'os qu'il savait pouvoir guérir si seulement il était assez courageux. Mais il était un lâche, une plaisanterie et le silence allait ruiner le peu qu'il leur restait si quelqu'un ne faisait pas le premier pas.
"Comment vas-tu?"
Gunn haussa évasivement les épaules.
Une sirène de police brailla quelque part dans la distance, se dirigeant probablement dans leur direction. Ce n'était pas exactement une bonne partie de la ville.
Wesley se racla la gorge et ôta ses lunettes, tenté de les nettoyer avec le devant de sa chemise. "Il semblerait qu'on n'arrête pas de se rater l'hôtel," dit-il lentement, choisissant prudemment ses mots comme s'ils pourraient revenir le hanter un jour.
Gunn rit un aboiement rauque d'incrédulité. "Arrête tes conneries, Wes. On ne s'est pas 'raté', on s'est fichtrement évité depuis que..." il laissa la phrase se faner en rien.
Depuis que j'ai dit je t'aime.
Gunn passa sa main à l'arrière de son crâne et parla au sol. "Ecoute, mec. Faisons juste comme si tout ce truc n'était jamais arrivé-"
Le déni de Gunn fût perdu alors que Wesley le captura en un baiser soudain, berçant la mâchoire de l'autre homme dans ses mains tandis qu'il essayait d'absoudre ses erreurs. Gunn hésita, gelé sur place durant une longue seconde d'incertitude alors que le souffle de Wesley artéfactait ses lèvres. Il savait que cela ne changerait rien, juste un petit réconfort froid pour l'âme, mais Seigneur, il avait manqué à Gunn.
Wesley sentit le moment où la lutte interne de l'autre homme se termina alors qu'un gémissement rauque de consentement vibra dans la poitrine de Gunn. C'était simple, facile. La chaleur du corps de Gunn pressé contre le sien, des doigts forts s'enfonçant frénétiquement dans ses hanches, le goût de promesses dans sa bouche, ça avait du sens. Les doigts de Gunn attrapèrent les cheveux de Wesley comme s'il avait peur qu'il puisse disparaître en vapeur et souvenirs. Leurs dents s'entrechoquèrent, leurs langues combattant une bataille qui avait déjà été perdue des mois plus tôt tandis que Wesley pressait Gunn contre la portière de la voiture. Wesley fredonnait tout bas dans sa gorge, ses lèvres et son menton brûlant à cause de la douce fiction contre la mâchoire de Gunn. Le bruit de leur respiration irrégulière remplit la nuit, noyant le battement étouffé de la musique à l'intérieur du club.
Pourquoi est-ce que tout ne peut pas être aussi simple que ça? Se demanda Wesley alors que l'espace entre eux devenait rien.
Parce que, lui rappela une voix dans sa tête, tu ne veux pas le laisser être simple.
Comme s'il pouvait lire dans ses pensées, Gunn brisa le baiser avec un souffle tremblant. Il posa son front contre celui de Wesley et ferma les yeux.
"Tu ne peux continuer à me faire ça," murmura Gunn.
Wesley déglutit, sa gorge et sa poitrine douloureusement serrées. Il laissa ses mains retomber de la taille de Gunn et se recula de l'autre homme bien que son corps lui criait de rester, de créer une maison dans ses bras.
"Je suis désolé," dit Wesley, se frottant la mâchoire.
"Ouais," Gunn grogna et s'écarta de la voiture, ses yeux restant n'importe où d'autre que sur l'Anglais. "Peut-être qu'on devrait s'arrêter là pour ce soir. On perd notre temps, là."
"Je suppose," Wesley fronça les sourcils, bien conscient qu'il ne parlait pas juste de la planque.
Gunn acquiesça et enterra ses mains dans ses poches. Ses épaules étaient affaissées et la souffrance gravait les lignes de son visage, Wesley sentit une culpabilité jusqu'à l'os face au fait que c'était lui qui avait causé une telle douleur à Gunn.
"Je te vois plus tard, ouais?" dit nonchalamment Gunn, comme s'ils n'avaient jamais été rien d'autre qu'amis en première ligne.
Il n'attendit pas la réponse de Wesley alors qu'il se tournait pour s'en aller.
"Vocah," dit Cordélia de manière décisive, gesticulant avec son Coca maintenant amélioré avec du rhum. "Le pire démon, du monde."
"Ouais," convint Angel, son front se plissant avec réflexion. "Ce n'était pas marrant."
"Suivi de près par ces débiles de Skilosh et ta salope de Sire blonde décolorée."
"Tu sais, en fait, Darla est une blonde naturelle," fit remarquer Angel avec le goulot de sa bouteille de bière.
"C'est ça, ouais," Cordélia ricana et avala la dernière lie sirupeuse de sa boisson. L'alcool réchauffait ses nerfs et détendaient le nœud de tension entre ses épaules. C'était le plus détendue qu'elle avait été depuis des jours et Cordélia prévoyait d'en profiter tant que ça durait.
"Où est Daniel sur cette liste?" Angel changea le sujet trouble de son Sire avant que cela ne puisse en venir aux injures et aux accusations sur la période beige.
"Oh, il est sur une toute autre liste de méchants, avec Wilson Christopher et les sales types de la fraternité adoratrice de serpent."
Angel se pencha en arrière sur son siège, étirant son corps comme un chat paresseux au soleil. Sa cuisse s'installa contre celle de Cordélia mais aucun des deux de s'écarta du contact. Après avoir tourné en rond dans le club jusqu'à ce que Cordélia commence à se plaindre du fait que les talons aiguilles n'étaient pas fait pour enquêter, ils s'étaient finalement installés sur un long banc rembourré dans un coin sombre éloignée de la piste de danse.
A quelques mètres sur leur gauche, un jeune couple se pelotait comme si c'était la fin du monde. Leurs bras et leurs bouches emmêlés, rien d'autre n'existait pour eux, pas le tissu usé du banc, pas l'arôme vicié de sueur. Juste deux personnes au début de leurs vies, follement aveugle du monde autour d'eux.
Cordélia laissa sa tête se bercer contre le dossier du banc et se demanda où la serveuse avait disparu.
"Pourquoi tu crois qu'il m'a choisie?" demanda-t-elle distraitement, ses yeux fixés sur les lumières clignotantes hypnotiques qui dansaient sur les murs.
"Tu étais juste au mauvais endroit au mauvais moment," dit Angel alors qu'il chipotait avec l'étiquette de sa bière.
"Vraiment? Je veux dire, tu ne crois pas que je suis un aimant pour les cinglés? Parce que laisse-moi te dire quelque chose, parfois, j'ai sérieusement l'impression d'être maudite avec de la malchance."
Angel pencha la tête pour regarder Cordélia. Elle mâchouillait pensivement son index et ses yeux commençaient à devenir vitreux à cause du rhum. Son nez luisait de sueur et le gloss rouge profond qu'elle avait appliqué avec tant de soin plus tôt dans la soirée s'était effacé pour révéler le doux rose naturel de ses lèvres.
"Crois-moi, tu n'es pas maudite," dit-il calmement. "A moins que tu n'ais mis des bohémiens en rogne sans le savoir."
Cordélia rit, un profond grondement sardonique qu'Angel sentit plutôt qu'entendit alors qu'elle reposait sa tête sur son épaule. "Si j'ai appris quoi que ce soit de toi, Angel, c'est de rester bien, bien loin des bohémiens."
"Mieux vaut prévenir que guérir," Angel acquiesça sagement de la tête.
"OK, je deviens larmoyante et tu commences à parler comme une vieille femme. Soit on a besoin de plus de boissons soit on limite les dégâts et on arrête là pour ce soir. Personnellement, je pencherais plus pour une grosse noyade du chagrin," Cordélia bailla, le mélange de rhum et de quatre jours et nuits remplis de tension la rattrapant. Un lent mal de tête se formait entre ses tempes, elle ferma les yeux mais les lumières du club clignotaient toujours dans sa vision.
"Un verre de plus et tu perds connaissance," résonna Angel, posant son menton doucement sur le dessus de la tête de Cordélia. Ses cheveux étaient doux contre sa mâchoire et avait encore des traces parfumées de son shampoing.
"Je sais tenir l'alcool, merci beaucoup," murmura-t-elle, appréciant la manière dont la voix d'Angel vibrait en elle. Elle laissa sortir un soupir qui chatouilla la peau d'Angel sous son pull et fit contracter son ventre avec des papillons affamés.
"Bien sûr que tu sais," dit Angel, sa voix un étrange mélange d'émotions qu'il ne semblait pas être en mesure de contrôler avec Cordélia aussi près.
A la fois du soulagement et de l'irritation l'inondèrent quand il aperçut Wesley leur faire signe en s'avançant vers eux, ses épaules fixées en une ligne raide et son front plissé pensivement.
Angel lui fit un bref signe de la tête alors que Wesley tirait une chaise en face d'eux. "Rien?"
"Rien," Wesley secoua la tête. "Les chances pour que Daniel revienne à une location que nous connaissions déjà allaient de minces à aucune de toute façon."
Angel combattit vaillamment l'envie de dire 'Je l'avais bien dit' alors que Cordélia se redressait et frottait sa main sur son épaule, enlevant soit de la bave soit du rouge à lèvre. Elle cligna des yeux plusieurs fois de suite comme si elle avait du mal à se focaliser sur Wesley.
"Où est Gunn?" demanda-t-elle.
"Parti."
"Parti à la maison, ou parti parti?" Cordélia fronça les sourcils, inquiète.
Wesley passa une main sur son visage et haussa les épaules, refusant obstinément de donner une réponse plus précise.
"Tu veux boire?" offrit Cordélia. "J'ai entendu dire que la réponse pour tous les problèmes de la vie peut être trouvées au fond du bouteille de tequila."
Un petit sourire à peine présent contracta les coins de la bouche de Wesley. "Je pensais que nous avions convenu plus de tequila après la dernière fois?"
"On est venu, on a vu, on a résisté à l'envie de vomir? Ah, souvenirs," Cordélia sourit tristement et rencontra le regard de Wesley un long moment avant qu'il ne glousse et secoue la tête.
Angel fronça les sourcils, ayant l'impression d'être un étranger dérangeant un moment privé. "C'était quand, ça?"
"La nuit où tu nous as viré. C'était une sacrée soirée," dit froidement Wesley.
"Oh."
"Evidemment, tout ça n'est que de l'eau sous les ponts, maintenant."
"C'est ça."
Un silence s'installa entre les deux hommes, une tension épaisse et des ressentiments du passé qui auraient dû être réglés il y a longtemps. Angel savait que le regard glacial qu'il recevait de l'Anglais avait peu avoir avec le fait qu'il les avait viré l'année précédente et tout à voir avec sa proximité actuelle avec Cordélia.
Angel serra la mâchoire.
Wesley souleva les sourcils.
Cordélia passa son regard d'un homme à l'autre, harcelant distraitement les manches du pull d'Angel.
Elle se racla la gorge pour briser le concours de regards fixes. "Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant?"
Quand Wesley la regarda, la glace dans ses yeux commença à fondre. "Rentrer à la maison et réfléchir à un autre plan demain matin, je suppose."
"Ca marche pour moi," acquiesça Cordélia et elle se leva. Le mouvement soudain envoya une précipitation de sang à sa tête et Cordélia trébucha, ses jambes flageolantes. Les deux hommes s'avancèrent pour la soutenir. "Wow," rit-elle, "la tête qui tourne."
"Combien de verres a-t-elle bu?" demanda Wesley d'un ton accusateur.
"Pas beaucoup," grogna Angel.
"Elle n'aurait pas dû boire du tout, elle est mineure."
"Deux verres de rhum et de Coca ne lui feront pas de mal. Elle n'est pas une enfant."
"Elle est également debout juste là!" cassa Cordélia. Elle pressa le talons de ses mains sur ses yeux et attendit que le sol arrête de bouger sous ses pieds. Cordélia tressaillit quand une main forte s'enroula autour de son épaule, sa peau ayant soudainement l'air d'être trop étroite pour ses os.
"Ca va?" demanda Angel, semblant bien trop loin.
"Je vais bien, je me suis juste levée un peu trop vite," marmonna Cordélia, essayant, en vain, de leur faire oublier leurs inquiétudes.
"On devrait y aller."
"Ouais," convint-elle, "juste après que j'ai eu cette-"
Le cou de Cordélia claqua en arrière comme un arc, ses mains s'agitant alors que son corps était agressé par le dernier message des Puissance. Les deux hommes regardèrent un moment avec impuissance tandis que ses yeux roulaient dans leurs orbites et que sa bouche s'ouvrait en un 'o' silencieux de douleur. Quand les genoux de Cordélia lâchèrent, Angel la rattrapa. Serrant étroitement ses bras autour de sa taille, il l'attira contre son torse et les détourna des regards indiscrets.
Une odeur de peur radia de Cordélia alors qu'elle avait des spasmes, sa colonne vertébrale sursautant avec une force contre nature. Sous le parfum enivrant de la peur était quelque chose d'encore plus doux pour les sens du vampire, quelque chose de maintenant familier et consumant. Angel ferma les yeux et serra Cordélia plus fort jusqu'à ce que l'orage soit passé et que ses tremblements s'atténuent.
Elle grogna et serra ses poings dans le devant de son pull. Ses lèvres frôlèrent le coté du cou d'Angel alors qu'elle luttait pour trouver son équilibre, la douce caresse mouillée fit contracter chaque muscle du corps d'Angel en réponde, en un bourdonnement d'anticipation qui refusait d'être repoussé par la culpabilité.
"Donne-moi une seconde," dit Cordélia d'une voix tremblante, son souffle chaud flottant sur sa mâchoire. Angel caressa la surface nue de son dos. Cordélia frissonna.
"Mauvaise?" demanda Angel, le mot presque perdu sous le battement erratique de la musique qui vibrait toujours sur les murs.
"J'ai déjà eu pire," dit-elle honnêtement avant de forcer ses doigts à se desserrer et de s'éloigner de l'étreinte réconfortante. Quand elle sourit son remerciement à Angel, deux tâches de rouge coloraient ses joues. Il glissa ses doigts entre ceux de Cordélia et lui serra la main. Angel comprenait.
Wesley se racla la gorge. "Qu'est-ce que tu as vu?"
Cordélia prit une profonde respiration et ferma les yeux. "Il y a un groupe de..." elle plissa le nez en réfléchissant, "...genre...de trucs...pygmées...sur le point de se faire une collation de minuit avec un groupe d'adolescents au..." Cordélia s'interrompit comme si elle essayait de déterminer exactement l'endroit qu'elle avait vu. "C'est un terrain de golf...Ran-quelque chose. Ranwood, Rancha...Rancho!" hurla Cordélia, puis elle pressa automatiquement sa main contre son front. "OK, aïe."
Le couple qui avait été si bien enroulé l'un autour de l'autre regardait maintenant Cordélia comme si elle était folle.
"Quoi, comme si vous n'aviez jamais vu une fille avoir une vision avant?" aboya-t-elle. "Vous feriez mieux de vous trouver une chambre."
Le couple s'éloigna d'eux rapidement.
"Et utilisez un préservatif!" ajouta-t-elle pour faire bonne mesure. "A nouveau, aïe."
"Rancho Park?" demanda patiemment Wesley.
"C'est ça," elle acquiesça prudemment.
"Autre chose?"
"Dents pointues, petites mains bizarres," Cordélia frissonna. "Horribles mordeurs de chevilles."
"Ca semble assez facile," Angel haussa les épaules.
Ca, c'est ce qu'il croyait.
A suivre
