Salut Lawys ! Oui, le fait que la mère de Greg soit enceinte rend la situation encore plus horrible... Mais je voulais mettre un truc dans le chapitre pour que Crystall réalise que la vie ne s'arrêtera pas parce qu'elle est en deuil et c'est cette idée là qui m'a paru la plus parlante. C'est comme ça que ça se passe dans la vie : quelqu'un meurt et quelqu'un d'autre naît. J'ai trouvé ça bien.
Hors de question de faire un Dumbledore super puissant, qui sait tout, qui est parfait et que tout le monde aime ! Il est humain, et d'ailleurs n'est pas épargné par Crystall quand elle parle de lui. Elle n'épargne personne de toute façon XD
Hello Flopette ! Je pense que Greg va manquer à tout le monde, à moi la première. A ce stade là de l'histoire, le changement de ton était nécessaire. Crystall ne pouvait pas continuer à vivre comme elle le faisait. Tu imagines la catastrophe que ça aurait été une fois en dehors de Poudlard, sinon ?
Malheureusement, tu as raison Roselia001 : la mort de Greg était nécessaire. Crystall en avait besoin pour arrêter de faire l'autruche, comme tu dis.
Il ne faut cependant pas oublier que Crystall est une Sang – Pure issue d'une famille soutenant Voldemort : elle n'a jamais senti la peur que le Seigneur des Ténèbres fait planer sur toute la Grand – Bretagne. Elle ne lit pas non plus la presse, à moins que Greg lui mette un article de la Gazette sous le nez. Et elle vit 10 mois de l'année à Poudlard isolée du reste du monde sorcier. Ça ne l'a pas aidée à réaliser qu'elle est autant concernée que les autres par la terreur que fait régner Voldemort.
Mais là, je pense qu'à priori, elle va se sentir extrêmement concernée à présent...
Bonne lecture à tous :)
Échange de bons procédés
Mardi 21 mars 1978 : dîné dans la grande salle
C'est le premier repas que je prends ici depuis samedi. L'ambiance n'est pas au top. On voit les pertes. Le longs des 3 tables (autant que j'ai pu en juger, ça n'est pas le cas chez les Serpentards) il y a des trous entre les élèves comme s'ils gardaient une place pour quelqu'un. A côté de moi, et à côté de Tobias qui est en face de moi, il y a deux places de libres. Une pour Greg, une pour la maladroite Anna. Apparemment, elle se trouvait à l'endroit où l'attaque de Prés – au – Lard a débuté. Un détraqueur lui a infligé son baiser.
Billy est toujours à l'infirmerie. Il a essayé de se défendre et a réussi à s'échapper. Au prix d'une main. Il va devoir apprendre à utiliser la gauche à présent et il ne pourra plus jamais disputer de match de Quidditch officiels. Les mains artificielles sont considérées comme un artifice magique de triche par le règlement. Kathie semble aller bien à l'extérieur, mais chaque fois que quelqu'un tente de la toucher, elle panique. Je n'ai pas envie de savoir ce qui lui est arrivé.
Les Maraudeurs m'ont fait signe quand ils m'ont vu pour que je vienne m'asseoir avec eux. Je n'ai pas voulu, il fallait que j'aille à la table de ma Maison. Je leur parlerais plus tard. Ils avaient l'air de vouloir insister, mais Lily qui était assise à côté de James les en a dissuadé d'un bref mot et m'a adressé un petit sourire. Elle semble totalement indemne.
De grands drapeaux noirs pendent depuis le plafond magique, symbole du deuil qui est le notre.
*En train de patienter devant l'escalier de la Gargouille menant au bureau du directeur*
En voyant le moine gras, le fantôme de Poufsouffle, remonter le long de notre table en nous adressant toutes ses condoléances (il sait toujours quels sont les moments où plaisanter et ceux où être sombre), je me suis rappelée d'un détail. Le matin de la sortie à Prés – au – Lard, j'ai croisé un fantôme qui m'a donné un avertissement. Un fantôme que je ne me rappelle pas avoir vu dans le château à une autre occasion.
Mais elle savait. Je suis sûre que cette femme morte savait ce qui allait se passer. Et de la même façon, je suis certaine que Dumbledore doit savoir de qui il s'agit et où je peux la trouver. C'est pour ça que je suis là. Je ne sais pas ce que je ferais quand je lui aurais mis la main dessus, mais j'ai bien l'intention de lui faire passer un mauvais quart d'heure. Je crois que le directeur n'est pas encore revenu du repas vu que je me suis précipitée hors de la salle sans avaler grand-chose. Je vais attendre qu'il arrive.
Avoir quelque chose a faire me fait du bien. Rester inactive comme je l'étais ce week – end n'est plus envisageable. Et ça me permet de ne pas trop réfléchir...
Tiens, il y a Dragon qui se faufile le long du mur pour venir vers moi. Elisabeth a dit qu'il pouvait rester avec moi et que je le ramènerais cet été (apparemment il terrorise leur chien qui pèse pourtant trois fois plus lourd). C'est étonnant qu'il soit là. Ce monstre a toujours été à moitié sauvage, même quand il n'était qu'un chaton (il avait des poils tellement touffus à l'époque qu'on aurait dit une pelote de laine et j'exagère à peine), et à moins que se soit pour réclamer à manger il ne rentre jamais. Où du moins je ne l'ai jamais vu se balader comme ça dans le château. Il s'est arrêté près de moi. Pas à porté de main, mais pas trop loin quand même. Il me fixe et j'ai vraiment l'impression qu'il me toise.
- Qu'est ce que tu veux sale chat ? je lui demande avec une pointe d'agressivité.
Je n'aime pas les regards hautains, même venant d'un animal. Oui, je dois perdre un peu la boule. Il a éternué avec dédain et s'en est allé, disparaissant derrière une statue en moins d'une minute. Il n'a franchement aucune éducation.
*Dans mon lit*
Première nuit depuis samedi (je ne compte pas le moment où j'ai dormi à cause de la potion de sommeil qu'on m'a donné à l'infirmerie) que je vais passer dans mon lit, dans mon dortoir. Je n'irais plus jamais dans celui de Greg. Et l'année prochaine quelqu'un d'autre dormira à sa place.
Les affaires d'Anna ont disparu. Kathie jette des coups d'œil nerveux vers les fenêtres à moitié ensevelies sous la terre. Les deux dernières filles du dortoir, Peggy et Sue, sont encore en bas dans la salle commune. Elles étaient déjà revenue au château quand les mangemorts ont débarqués parce que Sue avait mangé un truc qui l'avait rendu malade. Les petites veinardes.
Bon, je vais en venir au principale. Et ça me met en colère. Après ce que j'ai entendu cet après midi, je n'ai pas réussi à me calmer.
J'ai donc attendue Dumbledore devant son bureau. Tu crois que ce vieux glucosé se serait dépêché en me voyant ? Pas du tout, j'ai l'impression qu'il a fait exprès de ralentir pour traverser le couloir. Il regardait par les fenêtres en avançant, s'arrêtant par moment.
- Bonjour Miss Entwhistle. Je suis heureux de voir que vous vous êtes rétablie. Que puis –je faire pour vous ?
- J'aimerais vous parler de samedi dernier.
Il n'a pas paru surpris outre mesure, mais je n'ai pas l'impression que quoi que ce soit puisse le surprendre. Après que nous ayons grimpé les quelques marches menant à son bureau (le mot de passe c'était patacitrouille) et je me suis retrouvée assise face à lui. Une fois assit, il a lissé sa barbe avant de croiser les mains sur son ventre et de me lancer un de ses foutus regards pénétrant.
- Bien, je vous écoute Miss Entwhistle.
J'avais envisagé d'attaquer tout de suite sur la femme fantôme, mais une autre question m'est venue en tête soudainement.
- Pourquoi n'a t –on pas retrouvé les corps des morts à Prés – au – Lard ?
Il y a eu un bref silence, avant qu'il ne s'avance un peu sur son siège. Cette question était une bonne question. Et je voulais vraiment savoir.
- Nous n'avons pas retrouvé tous les corps, a t –il commencé par rectifier. Seuls ceux des Nés - moldus manquaient. Ce qui me désole. Pour les absents, je pense que les Mangemorts ont dû les emporter.
- Mais pourquoi ? Quelle utilité ont –il de cadavres ? Surtout celui d'un Né – moldu, d'après leur doctrine ils sont des moins que rien.
- J'ai bien une idée, et je ne crois pas que la réponse vous plairait Miss Entwhistle.
- Vous me le diriez si je vous le demandais ?
- Je suppose que oui. Mais parfois, il y a des chose qu'il est bon d'ignorer. Je suis sûr que vous n'aimeriez pas mentir à sa famille si ses membres venaient à vous poser la question.
Ce salopard a tapé pile au point sensible. Non, je ne voulais pas mentir à Elisabeth et Richard. Bien sûr que non. Je savais aussi que je ne serais pas tranquille tant que je n'aurais pas essayé de retrouver son corps. Même si je sais très bien qu'un cadavre devient rapidement méconnaissable.
- Que pensez vous que les mangemorts puissent faire avec ces cadavres ? ai –je demandé à mi voix.
- Hé bien, Miss Entwhistle… Selon moi, ils ont prévu de les transformer en inféri. Lord Voldemort apprécie grandement ce type de serviteur.
Le mot inféri m'a fait tiquer et je n'ai même pas relevé le nom du Seigneur des Ténèbres. Je sais très bien qu'il utilise ce genre de créature pour le servir. Les inferi sont immortels et totalement obéissants. Logique, ce ne sont que des cadavres réanimés par la magie noire. La seule façon de s'en débarrasser, c'est de réduire leur corps à l'état de cendre. Je n'en ai jamais vu, mais l'image que j'ai d'eux a suffi pour que je sente le peu de nourriture que j'avais mangé menacer de ressortir.
J'étais en train de me dire que Gregory ne pouvait pas devenir un de ces monstres quand la partie logique de mon cerveau est venu écraser mon mince espoir. Les inferi sont des créatures maudites, souillées, le fait que les mangemorts n'aient pris que des corps de Né – moldus se justifiait. Ils n'auraient pas fait cela au corps d'un Sang – Pur ou Sang - Mêlé. J'ai fermé les yeux et je me suis massée les tempes comme si ce geste était capable de me faire oublier l'information. Quand j'ai fini par me redresser, le directeur m'observait avec de la compassion au fond de ces yeux.
- C'est maléfique, ai –je finalement dit.
- Oui. Mais ça n'est pas pour cela que vous êtes venue, n'est ce pas ?
Comment a –il su ? Ma question était tout a fait légitime. Et lorsqu'il était arrivé, il avait l'air de s'attendre à ce que je sois là. Une idée m'a traversé l'esprit. Dumbledore est un sorcier extraordinaire. Il n'a sans doute pas besoin de baguette pour exercer la légilimancie, s'il la maîtrisait, et il avait un contact oculaire. Par précaution, j'ai fermé mon esprit. J'ai dressé le mur fait des souvenirs de Gregory, et j'ai tiré le verrou. Ma barrière semblait tout aussi solide qu'elle ne l'avait été face à Tu – Sais – Qui. J'ai vu le directeur légèrement se tendre.
- Je ne vous pensais pas du genre à espionner les pensées des gens, professeur. Ça n'est pas très moral.
- Vous avez raison, Miss Entwhistle. Mais je dois avouer que j'ai laissé la curiosité, mon pire défaut, prendre le dessus. Je vous fais toutes mes excuses.
- Qu'est ce que vous cherchiez ? lui ai –je demandé avec une note non dissimulée d'agressivité.
Je lui en voulais. Mais pas suffisamment pour me lever et me casser. Je suis aussi fière de l'avoir pris en flag. Il est un maître légiliman. Un vrai. Tu – Sais – Qui a une technique brutale et du coup on sait forcément quand il était dans notre esprit, alors que Dumbledore est tellement subtile qu'on ne se rend compte d'absolument rien. Même quand on a des notions en occlumancie. Pas difficile de donner l'impression qu'on sait tout quand on arrive à faire ça.
- Une… amie, a t –il répondu en semblant hésiter sur le terme, m'a dit qu'elle vous avait parlé. Ses mots peuvent être redoutables.
- Inutile de parler de moi de la sorte, Albus.
J'ai sursauté tellement fort que ma chaise a reculé. Surgissant d'un mur, le fantôme de samedi dernier est entré dans le bureau. Je me suis levée d'un bond et j'ai saisi la première chose que j'ai pu attraper, une sorte de globe transparent mais super lourd, et je le lui ai balancé. L'objet l'a traversé, bien entendu, et a cogné le mur sur lequel il a laissé une trace avant de tomber au sol et de s'y enfoncer.
- Espèce de salope ! lui ai –je hurlé. Vous saviez ! Vous étiez au courant et vous n'avez rien fait pour l'empêcher ! C'est de votre faute s'il est mort !
- Je vous ai prévenue, m'a t –elle répondu sans se troubler.
- Pas du tout ! Vous avez dit qu'il allait arriver un malheur ! Si vous aviez dit qu'il mourrait, on ne serait jamais aller là bas ! Et il vivrait encore !
- Ça n'aurait été qu'un répit de courte durée. Gregory Levis, ainsi que toute sa famille, serait décédé moins d'une année après avoir quitté Poudlard.
- Quoi ?
Ma voix était à peine un filet après ces deux phrases, si bien que je me suis étonnée qu'ils aient entendu. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire. Mon cerveau refusait de donner un sens à ces mots.
- Zilphya, veuillez ne pas oublier qu'elle a subi un grand choc il y a peu de temps, est intervenu Dumbledore.
- La seule façon d'obtenir quelque chose de Crystall Entwhistle, c'est qu'elle reçoive un choc, a t –elle rétorqué sans me quitter des yeux.
Il n'y avait qu'une tranquille assurance dans ses mots et sur son visage. Elle savait, elle ne devinait pas. Je ne la connaissais pas, mais il y avait du vrai dans ce qu'elle venait de dire. Je suis du genre à laisser couler jusqu'à ce que j'en ai assez et que je me mette en colère où si un truc énorme, désagréable et inattendu me tombe dessus. La question qui m'est venue à l'esprit ça a été "comment elle sait ?".
- Vous êtes qui au juste ? Et comment vous savez tout ça?
- Je m'appelle Zilphya Gryphem.
- Zilphya est la dernière personne encore parmi nous a descendre d'une lignée de voyante qui était extrêmement renommée à une époque. La mort a exacerbé ses capacités de voyance.
Voilà qui explique beaucoup de choses. J'ai senti malgré moi ma curiosité arriver. Je suis issue d'une famille de Sang – Pur, mais je ne me rappelle pas avoir déjà entendu parler d'une lignée de voyante renommée parmi la société sorcière. C'est pourtant le genre d'information qui ne m'aurait pas échappé, vu le milieu d'où je viens. Et j'ignorais qu'un fantôme pouvait être pourvu de talents comme la voyance.
Le fantôme s'est approché et s'est posé sur le sol près de moi. Une fois encore, j'ai remarqué qu'elle était une femme d'une beauté exceptionnelle. Le fait qu'elle soit un fantôme ne faisait que lui donner un air encore plus irréel.
- Pourquoi ne pas avoir averti le professeur Dumbledore pour qu'il annule cette sortie ? lui ai –je demandé.
Il fallait commencer par le début. Elle était coupable. Quand on sait et qu'on se tait, on est coupable. Elle n'avait pas seulement la mort de Greg sur la conscience, mais bien d'autres.
- Je vois le futur aussi clairement que vous voyez ce bureau devant vous, Miss Entwhistle. Il se modifie suivant que je décide de faire quelque chose pour l'altérer où que je m'en abstienne. Croyez moi où non, j'ai envisagé d'en avertir Albus ici présent. Mais ça n'aurait rien donné de bon.
- Rien de bon ? Ça aurait pu sauver la vie de dizaines d'innocents !
- Vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez. Sachez qu'il ressortira de cet événement plus de choses positives que si j'avais sauvé les quelques vies perdues samedi. Et beaucoup des sorciers morts n'auraient pas survécus très longtemps même en annulant cette sortie. Prenez votre amie Kathie Holmes par exemple. Dans les prochaines années, elle va devenir une guérisseuse des plus renommée de notre pays et sa réputation va même s'étendre au-delà de nos frontières. Elle sera la fondatrice de nombreuses infrastructures qui aideront notre société à évoluer. Si elle n'avait pas vécu cette attaque des Mangemorts, elle serait restée une guérisseuse sans avenir à cause de son manque de confiance en elle.
J'ai ouvert la bouche pour la traiter de tous les noms. J'étais furieuse. Sa façon d'agir, je la trouve immonde. Ça n'est ni plus ni moins que de la manipulation. Elle tire des ficelles qu'on est pas conscient d'avoir et c'est au moins aussi mauvais que ce que fait Tu – Sais – Qui. Elle a pris la parole avant que le premier son ait franchi mes lèvres.
- Mais ce qui vous gène tant, Miss Enwthistle, c'est que vous n'avez pas pu sauver votre ami et votre petit confort personnel. En réalité, vous vous en seriez bien moqué que tout le monde meurt du temps qu'il vivait, a-t-elle dit avec dureté.
Je me suis tue. Parce qu'elle avait visé tellement juste que j'ai blêmi, puis rougit de honte. Elle avait raison. Entièrement raison et ça fait mal de l'admettre.
- Oh, ne vous culpabilisez pas, a poursuivi le fantôme, de toute façon votre ami était voué à mourir. Cette mort là était la plus tranquille des deux. Au moins n'a t –il pas souffert.
- Vous êtes un monstre !
- C'est une personne qui n'a de respect que pour la vie des siens qui me dit ça ?
- Zilphya ! s'est exclamé Dumbledore avec réprobation. Vous présentez les choses de manière parfaitement odieuse et vous le savez ! Cessez cela!
Elle m'a regardé en silence de haut en bas, m'examinant à la recherche de quelque chose visiblement.
- Mes mots vous ont –ils suffisamment révoltée ? m'a t –elle demandé en penchant la tête sur le côté, songeuse. Vous ne m'aimez pas.
- Pas du tout, ai –je confirmé.
- Bien, cela devrait suffire. Albus, j'ai quelques mots à dire en privé à cette jeune fille. Tu permets qu'on y aille ?
Elle m'a donc délibérément adressé les paroles qu'il fallait pour que je ne l'aime pas et que je me mette en colère. Elle semblait sûre et certaine que j'accepterais de lui parler en privé. J'aurais bien aimé lui prouver le contraire et l'envoyer voir ailleurs si j'y étais. Mais voilà, je voulais savoir ce qu'elle me voulait, sans compter qu'on m'a appris a toujours écouter une voyante.
Si j'avais su qu'elle l'était, j'aurais fait ce qu'elle m'avait dit samedi. Si je lui en veux autant, en réalité, c'est parce que j'avais la possibilité de sauver Greg et que je ne l'ai pas utilisée. Je préfère me dire qu'elle est coupable.
Elle n'a pas attendu l'acquiescement du directeur pour faire demi tour et me faire signe de la suivre. Sa question avait été purement rhétorique, en réalité elle se moquait de l'accord de Dumby : elle avait posé la question par simple politesse.
J'ai vu Dumby me dévisager de son regard perçant (et un peu inquiet aussi je crois) avant de suivre Zilphya. Je n'avais de toute façon pas de raison de rester plus longtemps dans ce bureau puisque j'avais retrouvé le fantôme que je cherchais. Je suis ressortie.
- Où allons nous ? lui ai –je demandé.
- Vers le couloir des trophées, si vous le voulez bien.
Sans un mot, j'ai pris la direction indiquée. C'est un couloir peu emprunté en général. Il m'a toujours semblé être un musée des horreurs et je ne me suis jamais penchée sur ce qu'il y avait là bas.
- Vous m'avez surprise, a t –elle soudainement déclaré. Quand vous avez repoussé la légilimancie d'Albus.
- Je suis une occlumante correcte.
- Non, une occlumante correcte n'aurait pas pu tenir à l'écart de son esprit Voldemort et Dumbledore. Vous êtes d'un niveau excellent. Et ce uniquement parce que Monsieur Levis a trépassé. Sinon vous n'auriez jamais trouvé l'inspiration, pourtant évidente, pour réussir. Tout comme votre patronus d'ailleurs. Sa forme est très révélatrice et va à merveille avec l'avenir que je vous ai vu.
- Il a quelle forme ?
- Après des mois à vous acharner sur ce sort sans jamais y arriver, vous n'avez pas eu la curiosité de prendre quelques secondes pour en connaître la forme ? s'est –elle vaguement étonnée.
Sur le coup, j'ai frissonné. De peur. Cette femme a l'air de tout savoir de moi. Passé, présent, futur, caractère… chaque petite chose insignifiante de ma vie. C'est terrifiant. Savoir, c'est avoir le pouvoir et avoir le pouvoir, c'est être capable anéantir quelqu'un d'un claquement de doigt.
- Non, ai –je répondu dents serrées. Je sais juste qu'il a des ailes.
- C'est un griffon. C'est plutôt rare, un patronus qui prend la forme d'une créature magique. Je crois que celui d'Albus est le seul autre dans ce cas là.
- Pourquoi un griffon correspond bien à mon avenir ? Qui étaient les Gryphem? Pourquoi je n'en ai jamais entendu parler ? Et…
- Holà, doucement. Si vous voulez des réponses, il faut me laisser le temps de parler.
- Vous allez me répondre ?
- Il faut croire que oui, ironisa t –elle. Les réponses à ces questions n'entraîneront pas de changements perceptibles dans l'avenir.
- Vous ne faites jamais rien sans penser à sa répercussion sur l'avenir ?
- Encore une question? Vous n'en avez jamais assez ?
- Chacune de vos paroles m'en fait me poser d'autre, ai –je avoué en toute honnêteté.
- Nous voilà mal parti, j'ai encore beaucoup de chose à vous dire. Concernant le griffon, je suppose que vous savez que symboliquement, c'est l'animal représenté comme le gardien des morts dans notre société.
- Bien sûr. Mais c'est juste une légende.
En vérité, les griffons ont été affublés de cette réputation parce qu'ils rodent souvent dans les cimetières. Il aiment croquer les os des squelettes qui s'y trouvent, mais n'en ont rien à faire de ceux auxquels ils ont appartenu, contrairement à ce qu'on a d'abord cru. Je ne parle pas des quelques cas de griffons apprivoisés (il y en a eu 4 où 5 dans l'histoire, je crois) où ces animaux, qui ont une très longue durée de vie, retournent sur la tombe de leur maître après la mort de celui – ci. C'est intelligent un griffon, très intelligent, et s'il est difficile de s'en faire un ami, une fois sa loyauté acquise même la mort ne l'éteindra pas.
- Je sais, mais la symbolique vous va très bien. Gardienne de la mémoire des morts, a poursuivi Zilphya.
- Et c'est en accord avec mon avenir ?
Ça m'a encore plus effrayée. Ça veut dire que d'autres gens auxquels je tiens vont mourir et que moi j'y survivrais. Je ne veux pas d'un tel avenir. Qui en voudrait, de toute façon ? C'est un horrible futur.
- L'avenir est un chose incertaine. Si vous vous suicidiez, il serait changé. Mais votre destin sera pavé de mort, c'est exacte. C'est ce qui arrive quand on s'engage avec son entourage dans la lutte contre le Seigneur des Ténèbres.
- Je vais lutter contre lui ? me suis –je surprise.
- Bien entendu. Vous l'avez déjà décidé puisque je l'ai vu, vous ne vous en êtes seulement pas encore rendue compte.
Ouais, ça devenait un peu compliqué pour moi. Mais j'avais encore d'autres questions. Toutes légitimes. Même si je n'étais pas vraiment sûre de vouloir connaître la réponse.
- Qui va mourir autours de moi ?
- Je ne vous le révélerais pas. Vous avez un destin terrible Miss Entwhistle, celui de survivre à tout ceux que vous aurez aimé. Vous serez la garante de leur survie dans les mémoires. Bien triste est l'avenir de celui qui vit seul. C'est sans doute pour cela que je suis venue à vous.
- Donc c'était délibéré ? Ça n'est pas le hasard qui vous a mis sur mon chemin ?
- Je ne crois plus au hasard depuis des décennies.
- Toute votre famille était –elle comme vous ?
- Non. Chaque membre ayant notre sang dans ses veines avait un don plus où moins développé pour la voyance. Moi-même, avant de mourir, j'en étais presque totalement dépourvue. Mais j'ai toujours montré des dispositions particulières pour les arts de l'esprit. J'étais une occlumante et une légilimante accomplie avant même d'entrer pour la première fois à Poudlard, par exemple.
- Comment une lignée de voyante peut elle disparaître ?
- Nous n'avons pas disparu. Notre extinction provisoire était nécessaire pour que nous renaissions mieux de nos cendres. Notre famille était obsolète et ne faisait que décliner d'année en année. La peur de voir notre don se diluer et se perdre avait conduit à des mariages consanguins avec parfois des connaissances fâcheuses. Je n'étais pas la seule à le penser. Nous avons délibérément choisi cette voie.
- Vous êtes plus froide que la mort, lui ai –je dit. Comment pouvez vous dire ça?
- Je suis morte et je suis vieille, Miss Entwhistle, m'a t –elle rappelé. Ah nous y voilà.
Elle s'est arrêtée devant une vitrine du couloir des Trophées que nous avions fini par atteindre. Elle s'est baissée pour pouvoir mieux regarder une photo. Je l'ai donc imité. La photo datait, mais elle était déjà en couleur. Les deux personnages ne bougeaient pas. Il y avait un garçon grand, brun, athlétique et séduisant à côté d'une femme aux cheveux dorés dont les boucles cascadaient autours d'un visage magnifique même si ses yeux d'un vert clair dérangeant étaient la chose la plus marquante chez elle.
Ils se tenaient très près l'un de l'autre, si bien qu'il était facile de deviner qu'ils entretenaient une relation, si ce n'était intime, du moins très proche. Mais ils ne se touchaient pas alors que ça aurait semblé naturel dans leur cas. Ça donne l'impression que quelque chose cloche sur cette photo.
- Me voici, l'année de mes ASPIC, m'a dit Zilphya. Le garçon à côté de moi, c'est Tom Jedusort. Nous occupions tous les deux le poste de Préfet – en –Chef.
- Vous n'avez pas beaucoup changé.
- Je suis morte un an après être sortie de Poudlard. Tom a survécu, lui, mais de quelle manière…
- Suis –je censée le connaître ? Votre ton laisse à supposer que oui.
- Il y a peu de gens qui ignorent encore qui il est. Ils le connaissent juste sous un nom différent. Vous l'avez rencontré le week – end dernier.
Je lui ai lancé un regard incertain et interrogateur. Je ne me souvenais de personne ressemblant à ce jeune homme et quand bien même, il devait avoir vieillit et changé.
- Allons bon, faire un peu plus travailler vos méninges ne vous ferait pas de mal, m'a t –elle dit avec une moue désapprobatrice. Je parle évidemment de Lord Voldemort.
Le nom m'a fait tressaillir. Je n'ai jamais craint ce mot comme ces gens qui crient dès qu'ils l'entendent. Mais j'éprouvais un respect né de la peur. C'était pour moi un mot de pouvoir qu'il ne fallait pas utiliser sauf en situations exceptionnelles. Tu remarqueras que je parle au passé, Journal. A présent, c'est juste un nom même pas digne d'être écrit dans la bouse de dragon. D'ailleurs à partir de maintenant, je vais peut être commencer à appeler le Seigneur des Ténèbres pas son vrai nom. Il me fout toujours les jetons, mais bon.
- Vous avez été à l'école avec Vous – Savez - Qui ? ai –je demandé.
- Oui, nous avons même été amis. Ou du moins, aussi ami que possible quand on parle de Tom et de moi-même. J'ai certainement été la personne avec laquelle il a été le plus proche durant sa vie. Il a d'ailleurs décidé que ma famille et donc moi étions menaçants. La première chose qu'il a fait en sortant de l'école, ça a été de nous traquer un à un. C'est à cause de lui que le nom de Gryphem est devenu tabou. Il n'a pas été oublié, pas encore, mais il a été censuré, sans aucun doute. Tommy a toujours su comment obtenir ce qu'il voulait.
- Comment pouvez vous parler comme ça ?
- Je vous demande pardon ?
- Il a exterminé votre famille, femmes, enfants, vieillards, y compris vous et on sent pourtant que vous avez de l'affection pour lui. Vous l'appelez Tommy nom d'un chien!
Elle a paru vraiment surprise et est restée muette un moment avant de se détourner pour regarder à l'extérieur. Ce que je venais de dire était vrai. Elle parlait presque avec tendresse de lui ! Il y a bien quelque chose qui ne va pas dans sa tête.
- J'ai toujours apprécié Tom, m'a t –elle finalement dit. Bon, je ne suis pas là pour parler du passé.
- Pourquoi est –on venu ici alors ?
- Parce que je voulais revoir cette photo et que je pense nécessaire que vous sachiez que j'ai connu Lord Voldemort du temps où il n'était pas encore trop souillé. En vérité, je suis venue vous trouver pour vous demander un service.
J'ai senti mes yeux s'agrandir sous la stupeur. Après avoir délibérément laissé une attaque de mangemort se produire, après être responsable de la mort de Gregory, après m'avoir fait la détester, après m'avoir fait peur devant sa connaissance de moi-même, elle voulait que je lui rende un service. Ne doutait –elle donc jamais de rien ? Elle était arrogante. L'écusson de Gryffondor qu'elle porte sur la photo n'est pas la seule indication de la Maison à laquelle elle a appartenu. Bien qu'elle ait quelques qualités de Serpentards. Le don de la manipulation, par exemple.
- Pourquoi ferais – je cela ?
- Parce qu'en échange de ce service, je vais vous aider à sauver la vie d'une personne de votre entourage.
J'ai froncé les sourcils. Son marché n'en était pas vraiment un. Et son service non plus n'en était pas vraiment un. Elle savait parfaitement que je ne refuserais pas sa proposition, pas avec une contrepartie pareille. En fait, elle venait de m'ordonner de lui rendre un service, si on poussait le raisonnement un peu plus loin. Je viens juste de perdre la personne qui était au centre de ma vie. Je ne supporte pas de me dire que bientôt, il y en aura d'autres.
- Que voulez vous ?
- Cet été, vous viendrez passer deux semaines dans mon manoir et vous allez écrire un livre pour moi. Je vous en dicterais le contenu et vous le transcrirez mot pour mot.
Ça c'était une proposition curieuse. Je comprenais qu'elle ne puisse pas écrire puisqu'elle était un fantôme. Mais venant d'elle (même si je ne la connais pas vraiment) je me serais attendu à quelque chose pénible. J'ai cherché un piège, mais je n'en ai pas vu.
- D'accord, ai –je accepté.
- Bien, le 3 juillet à 8h du matin, un elfe de maison du nom de Zek vous attendra devant le Chaudron Baveur du côté du Chemin de Traverse. Il vous conduira jusqu'à mon manoir.
- Et pour votre part du marché ?
- Personne ne mourra autours de vous d'ici cette date. Nous nous mettrons d'accord alors. Cela vous laissera le temps de décider de la personne que vous voulez sauver. Bien, maintenant que cela est réglé, je peux aller m'affairer ailleurs. Avant de partir, j'ai un dernier conseil pour vous : mettez vous au sport. La course notamment. Votre condition physique est déplorable et vous risquez de mourir bêtement par manque d'endurance.
J'ai ouvert la bouche pour l'envoyer se faire foutre, mais elle s'était déjà transformée en une vague boule lumineuse et avait filé directement à l'extérieur à une vitesse faramineuse. Elle était déjà loin que je commençais à peine à lui dire ce que je pensais d'elle.
Donc, cette femme fantôme m'énerve au plus au point. Je la déteste, je n'arriverais jamais à lui pardonner. Elle est odieuse, manipulatrice, arrogante, trop sûre d'elle et j'en passe. Penser que je vais lui rendre service me fait grincer des dents (même si la contrepartie est honnête).
Gregory me manque. Malgré moi, je le cherche des yeux. Je tend l'oreille dans l'espoir d'entendre sa voix. Quand une porte s'ouvre, je ne peux m'empêcher d'espérer qu'il la franchira avec un grand sourire pour me dire "ça n'était qu'une blague". Je lui en voudrais, mais je serais tellement soulagée que ça ne durerait pas deux secondes. Je me fais du mal toute seule en pensant ça.
Mercredi 22 mars 1978 : au petit déjeuné
Je n'ai pas très faim. Ce sera ma première, et malheureusement pas ma dernière, journée de cours sans Gregory. Je n'ai pas envie de retourner dans la routine scolaire comme si de rien n'était. Ça me donne l'impression que j'oublie le drame de sa mort.
J'ai emporté sa baguette avec moi. Je ne sais pas bien pourquoi. Peut être parce que ça me donne l'impression qu'il est encore là quelque part. Je l'ai mise dans un plie de ma manche droite.
Monsieur Sheps, le prof de Rune, a été replacé. Il y a une femme assise à la place qu'il occupait auparavant. Je ne me sens absolument pas motivée.
Billy a bien tenté quelques plaisanteries, mais elles sont tombées à plat. Autant parce que personne n'a envie de rire que parce qu'il n'y a pas mis de cœur. Il plaisantait pour essayer de cacher un truc qui se voyait comme le nez au milieu de la figure : la perte de sa main l'a anéanti. Je sais qu'il envisageait d'essayer d'entrer, au moins comme remplaçant, dans l'équipe des Canon de Chudley. Impossible avec sa main artificielle.
Elle est argentée, je l'ai vue quand sa manche s'est écartée et a dévoilé son poignet qui a également été amputé. Il porte un gant noir par-dessus et il ne la regarde pas, comme s'il pouvait ignorer ce qu'il y a d'accroché au bout de son bras.
*Midi, à la bibliothèque*
Je n'avais pas plus faim que ce matin alors j'ai décidé de sauter le repas. Je suis installée sur les coussins du troisième étage. Cet endroit au moins de me rappelle pas Gregory. Il ne montait jamais ou presque jusqu'ici. Quand nous étudions à ma bibliothèque, nous restions en bas. La matinée n'a pas été joyeuse. Je revois dans chaque pièce ou couloir, Greg assis, en train de lire où de rire, de parler avec quelqu'un d'autre où juste me dire de me dépêcher.
J'aimerais tellement qu'il revienne sous forme de fantôme. Je ne pourrais pas le toucher, mais il serait là. C'est l'essentiel. C'est égoïste. Je sais que de toute façon, ça n'est pas possible. Il n'avait pas peur de mourir, il "aura continué" pour reprendre l'expression que le moine gras a un jour employé quand je lui ai demandé comment il était devenu un fantôme. Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire, mais en même temps je vois quand même ce que ça signifie. C'est curieux.
La vie est dure. Est –il bien raisonnable de s'attacher à des gens si c'est pour les perdre ?
*Bibliothèque, plus tard*
Lily s'est installée avec moi une fois que les Maraudeurs sont repartis. Je parie que c'est James qui le lui a demandé. Elle n'a pas fait mine de vouloir parler. Elle s'est juste assise à la même place de d'habitude, et elle a commencé à travailler. Je n'aurais pas supporté de compassion. Elle est là et ça me suffit. Je m'isole, mais en réalité, je n'ai pas du tout envie d'être seule.
Je disais donc que les Maraudeurs sont passés. Ils ont réussi à amener jusqu'ici un festin de roi alors qu'on a pas le droit de ramener de la nourriture dans la bibliothèque normalement. J'ai vu Madame Pince devenir rouge de colère en voyant un élève mâcher un chewing-gum. J'étais à moitié somnolente quand ils sont arrivés.
- Je savais que tu viendrais te cacher là, m'a dit Remus en s'asseyant le premier.
- Je ne me cachais pas, ai –je répondu.
C'était la première fois que je leur reparlais depuis la sortie à Prés – au – Lard. Je les ai examiné attentivement tandis qu'ils étendaient une nappe sur le sol poussiéreux et à la propreté plus que douteuse du 3ème étage de la bibliothèque. Aucun d'eux ne semblait avoir vécu des événements traumatisants. J'étais donc la seule à subir un contre coup après samedi dernier?
- Ça te fait mal ? m'a demandé Sirius en pointant ma joue.
- Non, ai –je répondu.
- Mange quelque chose, a exigé Peter, on a rapporté ça exprès pour toi.
- Je n'ai pas vraiment faim.
- On sait que tu n'es pas venue à midi. Te laisser mourir de faim après avoir échappé à Tu – Sais – Qui est franchement stupide tu ne crois pas ? m'a demandé James en piochant dans un plat de pâte directement avec sa fourchette.
- D'ailleurs, ton incantation était géniale, et la façon dont tu as résisté à Tu – Sais – Qui quand il a essayé d'entrer dans ton esprit aussi ! a souri Remus.
- Et tu as aussi réussi à produire un patronus corporel, a complété Sirius.
Les entendre parler de mes prétendus "exploit" m'a laissé perplexe. Et ils paraissaient trop enjoués pour que ça soit naturel.
- Pourquoi vous dites tout ça ? leur ai –je demandé.
Ils se sont tus avant de s'entre regarder. Ils avaient l'air embêté.
- Tu as l'air au bord du suicide Crystall, a fini par dire Remus. Et on ne sait pas vraiment quoi faire pour te remonter le moral.
Celui qui savait toujours quoi faire, c'était Gregory. Maintenant qu'il n'est plus là, je me suis rendue compte que les amis les plus proches que j'ai en dehors de lui ne me connaissent pas et que je ne les connais pas. Moi non plus je ne saurais pas leur remonter le morale. Je ne sais même pas leur couleur préférée où s'ils ont des frères et sœurs. J'ai placé une distance entre moi et tous les autres. Tant que j'avais Greg, je ne l'avais jamais remarqué et ça ne m'aurait de toute façon pas embêtée.
- C'est pas grave. Je suis contente que vous soyez venus. Ça suffit.
Il y a eu un silence. Ils devaient être aussi étonnés que moi de m'entendre dire ça. Mais je n'étais pas d'humeur à prétendre que je m'en foutais de leur inquiétude. Ça n'est pas vrai et j'ai toujours en tête ce que m'a dit Zilphya hier : je vais survivre à la mort de tous mes proches.
Il ne me reste donc que deux solutions : soit m'éloigner de toute le monde en croyant que ça résoudra tout (je ne le pense pas du tout) soit profiter à fond d'eux. Maintenant que j'ai en partie accepté que Gregory ne reviendrait pas, je me dis qu'il y a des milliers de choses qu'on aurait encore dû faire ensemble. Les regrets, ça n'est vraiment pas cool. Ça ajoute encore un poids supplémentaire.
Jeudi 23 mars 1978 : dans le bureau de Chourave en attendant qu'elle arrive
Deuxième fois que je me retrouve là cette année. J'espère que ça ne va pas devenir une habitude. Je suis ici parce que la prof doit décider de la retenue qu'elle va me donner. Mais avant elle veut voir l'état dans lequel Macnair, Mulciber, et Avery se trouvent. Elle va pas être déçue.
A la fin d'un cours, j'ai croisé leur petit trio accompagné de Rogue. J'ai senti ma haine flamber. Ils vont devenir des mangemorts, ils ne s'en cachent pas. Pour cela, ils sont craints par tous les élèves et respectés par les adeptes de Voldemort.
Mais je n'ai rien fait, je suis passée en regardant droit devant moi. Tout se serait bien passé si Macnair en me voyant n'avait pas commencé à parler en haussant le ton pour être sûr que je l'entendrais :
- Tiens, regardez, une minable qui se balade toute seule ! Où est passée la tapette qui lui servait de caniche ?
- Il est mort ! a poursuivi Mulciber.
- Ça n'est pas une grande perte, a persiflé Avery. Un Sang – de – Bourbe en moins à respirer notre air dans cette école.
Je crois que c'est l'insulte "Sang – de – Bourbe" qui m'a fait me retourner. Sérieusement, je ne sais pas trop. Soudainement il n'y a plus rien eu qui comptait que de leur faire ravaler leur mot et si possible qu'ils ne les prononcent plus jamais. J'avais à peine sorti ma baguette magique de ma manche qu'elle me sautait des mains et allait rouler plus loin dans le couloir. Avery, un sourire moqueur et satisfait sur le visage, me pointait de la sienne.
Comme les derniers cours de la journée étaient terminés, il n'y avait plus grand monde dans le couloir. Pas de profs, et les quelques élèves présents s'empressaient de s'en aller où se postaient à une distance raisonnable pour observer en toute sécurité. Les Serpentards semblaient galvanisés par leur petit public.
- Alors Entwhistle, tu fais moins la maline maintenant, n'est ce pas ? a demandé Avery.
Je l'ai vu se préparer à lancer son sort : il a légèrement relevé la pointe de sa baguette et son pied droit a quelque peu reculé pour stabiliser sa position. Je n'ai pas réfléchi. Je savais que je possédais une autre baguette. Ma main a plongé dessus avant que je ne réalise et le sort de stupéfixion l'a touché de plein fouet. Il s'est écroulé contre le mur. Le fait que je l'ai touché alors que je tenais la baguette de Gregory de la main gauche relève du miracle. Je ne suis pas du tout ambidextre. J'ai fait passer mon arme dans ma main droite et j'ai ensuite neutralisé Rogue. Sa baguette s'est échappée de ses mains alors qu'il venait juste de poser les doigts dessus, un peu comme moi plus tôt.
J'ai fermé mon esprit et j'ai senti une concentration glaciale s'emparer de mes pensées. Après tout l'occlumancie nécessite un calme olympien. Ma colère était toujours là, mais sous contrôle. Elle m'avait fait attaquer sans réfléchir mais c'était fini. Je crois que c'est le plus effrayant de l'histoire : j'étais totalement lucide et je voulais quand même leur faire du mal.
Ma baguette a tracé un trait horizontale en l'air et des flammes violettes sont apparues sur le torse de Mulciber. Il s'était figé au moment où j'avais entamé le trait et me fixait, les yeux écarquillés. Il a poussé un faible gémissement puis il s'est écroulé d'un coup et n'a plus bougé. Ça n'était pas un sort mortel, mais c'était un sort dangereux. Je me suis finalement tournée vers Macnair. Il me pointait de sa baguette mais paraissait inquiet à présent.
- Tu ne peux que t'en prendre à toi-même, lui ai –je dit doucement. Ce sort, je le connais parce que toi et tes potes en avez usé à plusieurs reprise sur des Poufsouffles pour vous entraîner.
- Impedimenta !
J'ai neutralisé le sort. Comme je l'ai déjà dit, je ne suis pas une duelliste. Mais Macnair, malgré toutes ses vantardises, non plus. Notre duel s'est éternisé. Ce qui ne m'a pas empêché d'y mettre toute ma rage. Et ça a payé. Je l'ai touché avec un sort de métamorphose. A présent, il est à l'infirmerie à moitié transformé en cafard géant. Il est déformé de manières horribles. Et je suis fière de moi. Ils l'avaient tous mérités. Oh oui !
Rogue est revenu avec le professeur Slughorn. Je ne m'étais même pas rendue compte qu'il s'était barré. Le prof est resté un moment stupéfait en voyant trois des élèves de sa maison hors d'état de nuire à cause d'une Poufsouffle. Voilà donc comment je me suis retrouvée ici. Chourave était énervée au point que ses cheveux ont commencé à se dresser sur la tête. Mais quand je lui ai dit que c'était parce qu'ils avaient insulté Gregory et qu'ils s'étaient moqués de sa mort, elle s'est quelque peu calmée. C'est là qu'elle s'en est allée en m'ordonnant de rester dans son bureau et de l'attendre.
*Dans mon lit*
J'ai écopé de deux semaines de retenues seulement. Je nettoierais les trophées à la main le lundi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche soirs. J'ai fait perdre des points à ma maison, mais ça on s'en fou parce que de toute façon on finit toujours dernier du tournoi. Les Serpentards ont également perdu chacun 10 points. On ne m'a pas donné gain de cause, mais il a été décidé par Slughorn, Chourave et Dumbledore que la culpabilité était partagée. Je me suis défendue comme un beau diable, insistant jusqu'à obtenir ce résultat.
Le temps où je baissais la tête sans broncher est fini. Les Mangemorts et Voldemort vont regretter d'êtres mes ennemis. J'en fais la promesse.
J'ai mangé avec les Maraudeurs à la table Gryffondor ce soir. Ils m'ont félicité. Ça n'a paru déranger personne que je sois une Poufsouffle.
Est-ce que je suis la seule à trouver étrange d'avoir pu mener un combat correcte avec une baguette qui n'est pas la mienne ? Je n'ai senti aucune résistance ni aucune contrariété venant de la baguette de Gregory lorsque je l'ai utilisée. Pourtant, les baguettes contenant un crin de licorne n'obéissent en général qu'au sorcier où à la sorcière qu'elle a choisie. Curieux. A l'occasion, je demanderais à Ollivanders. Mais je suis contente que ça se soit passé comme ça. C'est comme si Greg m'encourageait à me battre.
Vendredi 24 mars 1978 : en rune
Premier cours avec le professeur Hadcock. Elle a commencé par nous donner un petit devoir pour voir où nous en étions dans nos études. C'était un contrôle à difficulté croissante, mais je crois avoir à peu près tout réussi. Là, elle est en train de regarder rapidement ce qu'on a fait et nous on est censé lire les pages 105 à 115 de notre bouquin qui concerne une règle de grammaire très ancienne que n'est plus usée de notre temps, mais qui est constamment retrouvé dans les textes anciens (qui sont les plus nombreux, je me dois de le signaler, puisque peu de gens écrivent en runique de nos jours). J'en profite pour écrire en me cachant derrière mon bouquin. Elsbeth, ma voisine Serpentard, m'a jeté un regard avant de se concentrer sur son cours.
Ce matin, j'ai reçu une lettre des parents de Gregory. C'est la première fois que je reçois du courrier de quelqu'un depuis que je suis entrée à Poudlard. Ma famille n'a pas franchement l'envie de m'écrire, je ne suis abonnée à aucun magasine (même si à présent je reçois tous les matins la Gazette du sorcier à laquelle Greg était abonné), et le seul de mes amis qui m'écrivait c'était Greg et seulement pendant les vacances, puisque nous passions nos journées ensemble autrement.
Je n'ai pas reçu la lettre d'Elisabeth et Richard par hibou, forcément, ils n'en ont pas. C'est le professeur Chourave qui me l'a remise. Ils avaient envoyé cette lettre via la poste moldue et comme de nombreux sorciers y travaillent, ils l'ont prise et envoyé via la poste sorcière. Curieux que ça ne soit pas arrivée directement chez moi. C'est la première fois que je vois ce que les moldus appellent un timbre et qu'ils doivent coller sur leurs enveloppes pour que leur courrier soit transmit. Je me demande quelle utilité ça peut avoir. Mais c'est joli au moins. La directrice de ma maison m'a conseillé de m'acheter un hibou. Je ne pourrais plus compter sur ceux de Poudlard d'ici 3 mois. Bref, voilà ce que disait la lettre :
Chère Crystall,
J'espère que vous recevrez cette lettre. Nous savons que des sorciers se trouvent dans nos postes, alors cela devrait aller. Nous ne savions pas comment vous contacter autrement.
Richard et moi espérons que vous vous portez bien. En réalité, nous vous écrivons simplement pour vous dire que si un jour vous souhaitez venir manger chez nous, ne serions heureux de vous accueillir à notre table. Vous n'avez pas besoin d'attendre début juillet pour venir nous voir.
Avec toute notre affection,
Richard et Elisabeth Levis
Ça n'était que quelques mots courtois, mais ça a suffit pour me nouer la gorge. Je ne me souviens pas avoir déjà été aussi émotive de toute ma vie. Mais le fait qu'ils aient pris la peine de m'envoyer une lettre et celui qu'ils m'invitent m'ont vraiment touchée. Je n'ai pas besoin de me demander d'où Greg tenait sa gentillesse. Je bénis le jour où nos chemins se sont croisés.
Merlin, faites que je fasse ce qu'il faut pour les protéger.
Je crains que Zilphya ne soit pas apparue sous son meilleur jour dans ce chapitre ...
J'ai réalisé en publiant ce chapitre que j'avais déjà posté plus de la moitié de cette fiction qui n'en compte que 21 ! Je ne m'en étais même pas rendue compte, mais la 7ème année de Crystall à Poudlard est presque entièrement publiée o.O
A suivre ...
