RAR Zone

Ayuky : AYUKYYY ! Ouais, il l'est... *.* En effet, il s'agit bien de Sherlock Holmes Jeux d'Ombres. Elle a déjà balancé cette phrase à Fondcombe. C'est un peu sa phrase favorite pour décrire un cheval. Et non, elle me convient très bien avec sa terreur des équidés. C'est mon grand trip de lui coller un canasson sous le nez. J'te laisse imaginer ce qui se passera quand ils arriveront à Laketown, pleine d'humains et de chevaux à leur taille... *s'amuse d'avance*. ARRETE DE L'APPELER THORINAAAAA ! *écumante de rage*. Suis contente que ca t'ait plu malgré tout. Mais promis, la prochaine sera mieux ! Si tu aimes les longs chapitres, tu vas aimé aussi celui-là. Là, c'est pas deux chapitres en un, c'est juste que j'ai jamais réussi à le découper. Du coup bah... Il est aussi long que le précédent. Enjoy =) Je te remercie pour ta review, ma jolie, et je te fais de gros bisous.

Lily : Hell'O Ma'am Potter. Oh, mais... *rougis violemment* CA SUFFIT LES COMPLIMNTS ! Et pis j'm'en fous que la torture phycologique soit interdit par la loi. Ils existent pas, alors j'peux bien les torturer autant que je veux. J'ai bien perçu l'ironie du mot "fusionnelle". Y a de quoi se poser des questions , mais pose les toi, ma chérie. Pose les toi. Et pourquoi "mini-roi" ? *air grivois* Je peux t'assurer qu'il n'y a rien de "mini" en lui tel que je me l'imagine... *catastrophée* Mon dieu, qu'est-ce que j'raconte ? Bref. Il est mignon, Fili. Dans l'genre à qui on veut faire des câlins tout le temps. Kili ne s'en prive pas dès qu'il a l'opportunité. Concernant Pierre Bottero, oui, son décès est à mon sens une grande perte. J'ai ses trois séries sur Ewilan et aussi celle de Nathan et Shae. J'ai beaucoup aimé les liens qu'il a fait entre ces deux univers. Ca me désole de me dire que je n'ai plus qu'à relire ces livres là pour pouvoir plonger dans son monde... Quoi qu'il en soit, merci de ta lecture, chouchou. Bisous !

So-darkCorleone : Dona Corleone, je vous salue. Je le redis encore une fois, histoire que tu fasses bien ton deuil : ILS SONT FRERES ! Je vois l'Arkenstone comme une sorte de pendant à l'Anneau, tu vois ? Elle est magique et puissante, donc dangereuse. Et oui, c'est une sorte de drogue. Très addictive. Plus ils se rapprocheront d'Erebor et plus Thorïn sera dépendant. Surtout que Frerin ne fera rien pour l'aider. Je l'aime tellement, celui-là, que j'ai décidé d'en faire un connard *.* Donc oui, ton analyse du lemon me plaît. J'vais la garder, ca me fera moins culpabiliser quant à la médiocrité du texte -_- Et là, quand je relis le passage, je peux pas m'empêcher de hurler à Daenerys de balancer ce foutu Anneau dans l'étang. Puis je me dis qu'on rencontrerait pas Boromir, Faramir et Aragorn, sans lui. Cruel dilemme. En tout cas, j'espère que ce chapitre (bien long, lui aussi), vous satisfera, Marraine. Je vais m'y atteler, pour Gandalf. Mais ca sera pas tout de suite, je pense, puisqu'on le suivrait depuis la séparation avec les Nains jusqu'à sa réapparition au pied d'Erebor. Bref. J'vais voir. *baise main à sa patronne* Dona Corleone...

Chupa14 : Salut, sucette ! Cela dit, elle a pas tort. J'suis sûre que sous leurs airs calmes et mignons, ce sont des êtres machiavéliques, les poneys... Pour en savoir plus, faut lire (ou regarder) le Seigneur des Anneaux. Parce que si elle avait balancé l'anneau dans l'étang, y aurait pas eu d'histoire avec Sam, Boromir, Faramir et Aragorn (notez que j'exclus totalement Frodo qui, à mon sens, n'est pas le véritable héros de cette histoire). Tu veux savoir comment ca s'passe quand c'est plus hard ? Tu sauras, chérie. Mais, pas tout de suite. J'ferai mieux pour le prochain lemon, c'est juré craché ! Parfois, Dwalïn aurait bien besoin d'un coup de pied dans les burnes. Et ouais, c'est vicieux, un joyau magique. Tu verras Thranduil, mais pas tout de suite (je suis en train de l'écrire, là). Y a les araignées, d'abord... Je ne vais pas répondre à tes deux premières questions (j'vais te spoiler, dis donc !). Mais oui, je pense que la fic sera assez longue, quand même. On en est au 14ème chapitre et ils entrent tout juste dans la forêt. Après, je ne sais pas combien de chapitres cette fiction comprendra exactement. Plus d'une 20aine, peut-être moins d'une 30aine. Dans tous les cas, merci de me lire, sucette. J'te fais un gros bisou !

Silriadys : Hey, deux reviews d'un coup =) Thorïn vit assez mal d'être jaloux (tu comprends, il est pas sensé l'être, à la base). Daenerys commence à l'être aussi, d'ailleurs, sans savoir qu'elle envie une pierre précieuse unique. La pauvre ignore à quoi elle à affaire. Mouahahahahah. J'ai lu tellement de lemon où l'auteur semble penser qu'un florilège de mots vulgaires et/ou dégueulasses suffira à rendre son texte intéressant que je suis devenue allergique. Cela dit, je reste quand même déçue par mon travail. Le prochain sera mieux, je le redis. Je suis contente que ca te plaise toujours. J'espère que celui-là aussi te plaira (il est encore long, j'ai pas pu le découper). Bisous, et mrci de tes commentaires =)


Ah que coucou !

Nous sommes mardi 21/05/2013 et il fait un temps proprement merdique. C'est pas sensé être bientôt l'été ? Pas que j'me plaigne (je supporte pas les grosses chaleurs et le soleil abîme mes yeux déjà pas bien vaillants), mais tout de même. Un peu de lumière, ca ferait du bien O.O

Mes très chères, ce chapitre est énorme. Encore. Comme le précédent. Et c'est même pas de mon fait. J'ai pas réussi à le découper correctement, du coup, je vous le sers tel quel. Au menu, mes très chères, nous avons une rivière méchante, des arbres vicieux et un pétage de pile.

En espérant, toujours, que ca vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture.


Chapitre 14 : L'antique forêt de Mirkwood


Cet endroit portait bien son nouveau nom. Forêt Noire. On ne pouvait pas faire plus sombre, plus étrange. La lumière, très diffuse, qui parvenait à traverser le feuillage vert sombre des arbres était grise et terne. Le silence était complet, et le moindre bruit que faisait un nain était duppliqué à l'infini, distordu et effrayant. On entendait, une fois de temps en temps, le cri aigu d'un oiseau quelconque, ou le craquement d'une brindille. Une fois, Bilbo crut percevoir le souffle laborieux d'un animal, mais il s'avéra que c'était Bombur, qui peinait beaucoup sur ce terrain accidenté.

Fili et Kili, gagnés par l'inquiétude latente de leurs camarades, avaient sorti leurs armes et scrutaient tous les côtés. Thorïn avancait en tête, Orcrist à la main, suivi de près par Daenerys et Bilbo, qui ne quittait plus la naine. Bilbo était d'une nature bienveillante, et il avait pris la jeune femme en affection. Malgré la peur qu'elle lui inspirait et le mystère de sa "résurrection". Comme les jeunes nains, Balïn et Dwalïn avaient sorti leurs armes et avançaient prudemment, leurs yeux cherchant partout.

- C'est ridicule d'avancer à l'aveugle, Thorïn, on ne sait même pas dans quelle direction on va, finit par marmonner Balïn, de plus en plus inquiet.

- On va vers l'Est, répondit le chef de la compagnie en fronçant les sourcils.

- Tu en es sûr ? demanda Dwalïn de sa voix grave.

Non, il n'en était pas sûr. En fait, il n'était plus sûr de rien, depuis qu'il était entré dans cette forêt. Toutes ses inquiétudes, tout ses doutes avaient ressurgi tandis qu'il cheminait sur le sentier qui s'enfonçait au plus profond de l'ancien Vert-Bois. Le regain de motivation que lui avaient fourni Frerin et le souvenir de son rêve s'effilochait comme de la fumée dans le vent.

- Ce chemin traverse la forêt d'Ouest en Est. Si on y reste, on va vers l'Est.

- Cette forêt est maudite, Thorïn... J'ai entendu parler d'une forêt dont les arbres parlent entre eux... Une forêt qui se déplace à son gré... murmura Bofur d'un air mystique, ses yeux voyageant sur les arbres alentours sans s'arrêter sur rien.

- Tu nous parles de Fangorn, Bofur, intervint l'érudit Ori de sa voix douce.

- Celle-ci est peut-être pareille, pour ce qu'on en sait...

- De toutes façons, ce n'est pas grave, on a une boussole. On saura toujours où est l'Est, assura Daenerys d'une voix calme, sûre de son fait.

Un lourd silence s'étendit sur le petit groupe de nain.

- Quoi ? s'étonna-t-elle quand elle se rendit compte que tous les regards étaient braqués sur elle.

- Nous n'avons pas de boussole, Dame Daenerys... expliqua Ori.

- Vous commencez à m'ennuyer profondément, avec vos "Dame", tous autant que vous êtes. Et si, Thorïn en a une, affirma-t-elle en désignant le roi déchu.

- Tu as une boussole ? s'étonna Balïn en s'adressant à son chef.

- Non.

La réponse, pour laconique qu'elle fut, eut le mérite d'être claire. Daenerys, surprise, haussa les sourcils si hauts qu'ils disparurent sous les mèches de cheveux dénattés qui tombaient sur son front. Un fou-rire nerveux menaça de s'emparer d'elle, tant l'inconscience de ses camarades lui semblait irréaliste.

- Vous... Vous n'avez pas de boussole...

- On te dit que non ! intervint Kili, que la discussion commençait à énerver.

Se retenant de rire, effrayée et hilare à la fois, la naine posa son sac par terre et fouilla à l'intérieur, cherchant quelque chose qui, évidemment, s'était fourré tout au fond du paquetage. Finalement, elle réussit à extraire une petite boîte de bois brun, toute simple, avec une exclamation triomphante. Remettant le sac sur son dos, elle ouvrit le coffret, à peine plus gros qu'un écrin à bijou, et l'observa avec attention. La petite flèche dorée, en son centre, tourbillonna une petite seconde avant de se figer en direction du nord, indiquant la gauche. Ils étaient dans la bonne direction.

- Bon, suivez moi... soupira-t-elle en prenant la tête du groupe.


Ils marchèrent de nombreuses heures dans un silence total, les nains fouillant du regard les alentours tandis que Daenerys gardait les yeux fixés sur sa boussole. Plusieurs fois, elle trébucha sur une racine ou dans une crevasse et n'évita l'humiliation de s'écraser lamentablement devant les autres qu'à Thorïn, qui restait près d'elle en toutes circonstances. Concentrée sur le chemin à suivre, elle ne prenait pas garde à l'environnement, il avait donc résolu, puisqu'il ne pouvait rien faire, d'être ses yeux.

Ils marchèrent ainsi plusieurs jours, trois ou peut-être quatre, ils ne se souvenaient pas bien. Il n'y avait aucun changement dans le décor qui les entourait, si bien qu'ils finirent par croire qu'ils tournaient en rond, malgré les dénégations de Daenerys. Ils avaient encore du mal, pour la plupart, à lui faire confiance. Mais la présence constante de Thorïn à ses côtés, et la surveillance de Fili qui, mine de rien, suivait le moindre de leurs faits et gestes, les empêchaient de crier leur méfiance sur tous les toits.


Durant le milieu de matinée du 5ème jour, les choses changèrent. Une large rivière coupait leur trajectoire, mais Daenerys ne l'avait pas vue. Comme d'habitude, elle trébucha lorsque le terrain changea brusquement et serait tombée dans le courant si Thorïn ne l'avait pas retenue. Suspendue un court instant au-dessus de l'eau, elle eut la fugace impression de voir, en lieu et place de son reflet, un visage d'homme buriné entouré de cheveux rouges ardents.

Tout le monde se tint au bord du cours d'eau languide, essayant de scruter l'autre rive malgré la brume tenace qui s'était levée deux jours plutôt. La boussole était formelle : il fallait continuer tout droit. Impossible, donc, d'échapper à cette rivière.

- Il y a peut-être un pont plus loin ? proposa Ori.

Personne n'accepta l'idée d'aller inspecter les alentours. Daenerys ne pouvait pas se dédoubler et, vu le temps, il serait beaucoup trop simple de se perdre dans le brouillard, "pour n'en sortir jamais" avait ajouté Bofur, avec son air mystique désormais habituel. Kili, plus aventureux que les autres, s'approcha jusqu'à poser le pied sur une pierre affleurant l'eau. La main en visière, il plissa les yeux à tel point qu'ils furent réduits à deux fentes brunes.

- Faites attention, Kili ! s'exclama Bilbo

Surpris par l'éclat de voix du Hobbit, le jeune nain sursauta et dérapa sur la pierre. Fili, qui ne quittait jamais son frère, le rattrapa d'extrême justesse.

- Vous êtes fou, Monsieur Baggins ! J'ai failli tomber !

- Pourquoi doit-il faire attention ? Ce n'est qu'une rivière, et il doit sûrement savoir nager, déclara Daenerys, que la mésaventure de Kili n'avait pas perturbé pour un sou, d'un ton indifférent.

- Gandalf m'a parlé de cette rivière. Si on s'y baigne, elle efface les souvenirs. Et si on la regarde de trop près, elle essaye de vous attirer pour que vous tombiez dedans, expliqua Bilbo d'une voix légèrement tremblante.

Daenerys, qui s'était désintéressée de la conversation en cours de route, distraite par un sifflement dans ses oreilles, s'approcha de la rivière et y lanca un petit caillou. La pierre sombra directement sans troubler la surface lisse de l'eau. Fronçant les sourcils, Daenerys se pencha sur la rivière.

D'abord, elle ne vit que son visage. Puis l'eau bougea légèrement et le visage pâle de la naine se transforma. Les cheveux blancs devinrent rouges, les traits se modifièrent pour prendre ceux d'un homme, les yeux verts s'éclaircir et bleuirent. Daenerys contempla le visage de son mentor, stupéfaite.

- Ohgren ? murmura-t-elle, n'en croyant pas ses yeux.

Le sifflement, dans ses oreilles, s'accentua et se modula, devenant de plus en plus grave à tel point qu'elle ne l'entendit bientôt plus.

- Gamine. Tu m'entends ? Gamine ?

- Oui, je suis là, Ohgren. Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'utilise la rivière pour te parler de là où je suis. Ca va mal, gamine.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta la jeune naine en s'agenouillant sur la rive, amenant son visage plus près de l'eau.

- Ils ne sont pas contents, là-bas. Ils n'ont pas apprécié notre intervention.

- Votre intervention ? Mais... Vous m'aviez dit que je devais revenir, que je n'avais pas fini mon travail ici, que ce n'était pas encore mon heure !

- On a menti, gamine. Mais maintenant, ils sont en train de punir Syrio, et ce sera bientôt mon tour. On ne peut rien faire, ils sont trop forts, expliqua Ohgren tandis que la peur se frayait soudainement un passage sur son visage buriné.

- Pourquoi avez-vous menti, enfin ? Je serais restée, si j'avais su ! s'exclama Daenerys en frappant du poing par terre.

- Nous ne voulions pas cela. Nous ne voulons toujours pas cela, mais nous n'avons pas le choix. Ils m'ont autorisé à te parler pour essayer de te convaincre, débita Ohgren à toute vitesse, paniqué.

- Me convaincre que de quoi, Ohgren ? murmura-t-elle.

- Il faut que tu meurs, gamine. Ils veulent que tu meures. Ou ils nous puniront sévèrement. C'est terrible, Dany, plus terrible que tu ne peux l'imaginer !

- Que je meurs mais... Comment ? Je me vois mal demander à un de mes compagnons de me passer son épée en travers du corps...

Le visage d'Ohgren s'assombrit soudainement, lui donnant un air effrayant. La tête de Daenerys était lourde, très lourde. Comme lorsqu'on s'endort, sans parvenir à glisser complètement dans un sommeil réparateur. Les lèvres de son mentor remuèrent, mais elle ne l'entendit pas. Elle se pencha un peu plus sur l'eau, et ses cheveux lâchés effleurèrent la surface lisse.

- Utilise l'eau, Dany. Plonge... Plonge me rejoindre...

Quoi, plonger ? Mais... elle savait nager, ca ne servirait à rien.

- Fais moi confiance, Dany... Laisse toi aller... Plonge...

Les paupières de la naine se firent lourdes mais elle n'avait pas la volonté de garder les yeux ouverts. La voix, devenue entêtante, d'Ohgren s'accordait avec le sifflement grave de ses oreilles, de nouveau audible. Elle bascula vers l'avant.


La discussion s'envenimait. Kili soutenait que c'était l'intervention du Hobbit qui avait failli le faire tomber à l'eau, tandis que Bilbo s'insurgeait face à tant d'injustice, car lui n'avait voulu que prévenir le jeune nain du danger. Lassé par ce dialogue de sourds, Thorïn détourna les yeux. Au bon moment, puisqu'il pu voir Daenerys, dangereusement penchée sur la rivière, déraper sur la terre mouillée et basculer vers l'eau. Il eut juste le temps de tendre le bras et d'attraper le col de la tunique noire, qui ressortait légèrement du plastron de cuir, retenant le corps étrangement lourd de la jeune fille avec seulement deux doigts. Mais le poids de Daenerys l'entraîna. Il parvint à tirer sur le col et, au lieu de sombrer dans les profondeurs glacées de la rivière, la jeune naine s'affala sur le sol humide tandis que lui-même tombait près d'elle. Le nez a seulement quelques centimètres de la rivière, il apercut un visage d'homme aux cheveux rouges, une fraction de seconde avant que l'eau ne se trouble et que l'image de son grand-père, triste et angoissé, lui apparaisse.

- Grand-père ? murmura-t-il, ébahi.

Mais il fut arraché à la vision étonnante par Daenerys, qui le tira en arrière et l'enferma dans ses bras, le visage figé dans un masque de peur et de culpabilité.

Thorïn resta immobile quelques secondes, observant le visage de la jeune naine tout son soûle, puisqu'il avait enfin l'occasion de le faire sans que ca paraisse trop louche. Il la trouvait encore plus belle quand elle était au bord des larmes. Heureusement qu'elle l'était plus encore quand elle souriait, sinon il s'emploierait à la faire pleurer tout le temps. Pour qu'elle soit toujours belle. Par contre, il n'aimait pas du tout la voir effrayée. La peur ne lui allait pas du tout, et ca lui faisait mal au coeur de la voir aussi apeurée en cet instant. Il effleura son visage pâle d'une main apaisante en souriant doucement avant de se relever. Elle prit sa main et se hissa sur ses jambes, culpabilisant toujours.

- Heureusement que monsieur Baggins a dit de ne pas s'approcher trop près de la rivière... ironisa-t-il un peu.

- Je... Je n'ai pas entendu...

Il haussa les épaules et ils retournèrent auprès de leurs compagnons. Fili, souriant doucement, détourna les yeux et coupa cours à la dispute entre Bilbo et son frère.

Balïn fronça les sourcils, mais s'abstint du moindre commentaire.


Kili, quand il avait scruté la rive opposée malgré la brume, avant repéré une petite barque. Fili sortit une corde de son sac à dos et la noua à l'empennage d'une flèche de son frère qui, peu soucieux du brouillard de plus en plus épais, la tira tranquillement.

- Cinq pièces d'argent qu'il rate son coup, déclara Dwalïn.

- Dix, répliqua Gloïn sans quitter le jeune nain des yeux.

La flèche se ficha dans la barque et, après deux coups secs tirés sur la corde, ne céda pas. Dwalïn grogna et, fouillant dans son sac, tira dix pièces d'argent qu'il transmit à son ami aux cheveux roux. Les neveux de Thorïn, riant sous capes, tractèrent la barque jusqu'à eux. Une fois que l'embarcation toucha terre, Kili tendit une main impérieuse vers Gloïn, réclamant silencieusement son dû. Il avait aidé à gagner cet argent, tout de même. Il méritait bien un petit pourcentage sur les gains du nain roux.

Gloïn, ronchonnant pour la forme, lui donna cinq pièces d'argent, qui disparurent rapidement dans le sac du nain aux cheveux bruns.


Il leur fallut presque une heure pour traverser la rivière. D'une part parce que la barque était trop petite pour qu'ils puissent tous monter dedans, il fallut donc faire plusieurs passages. Et Bombur nécessita un passage à lui tout seul. D'une autre part, parce que le brouillard s'était fait tellement opaque que même la vision percante de Kili ne servait plus à rien. De plus, si la rivière paraissait calme, presque stagnante, vue depuis la rive, ses courants étaient traîtres et menacèrent plusieurs fois de faire chavirer la barque, notamment lors du passage de Daenerys, qui s'était une nouvelle fois penchée sur l'eau, attirée par la voix paniquée de Syrio (la rivière essayait de se renouveler, visiblement).

Quand ils furent tous arrivés à bon port, le brouillard était si épais que la jeune naine, le nez collé à sa boussole, ne parvenait pas à dire dans quelle direction allait sa flèche. Ils se voyaient à peine les uns les autres. Des tapements étranges et réguliers leur parvenaient aux oreilles. Puis ils se transformèrent en bruit de cavalcade et, sans qu'ils puissent réagir, un immense cerf blanc, de toute beauté, leur fonça dessus, émergeant du brouillard opaque sans crier gare. Il renversa les nains et Bombur faillit rouler dans l'eau. Daenerys eut juste le temps de réceptionner Bilbo avant qu'il ne touche le sol et ne se fasse mal. Le cerf, d'un bond majestueux, traversa la rivière. Une flèche vola, mortellement précise, et se ficha dans sa gorge. Le cerf marcha quelques pas et s'effondra sur l'autre rive, son beau pelage blanc se teintant de rouge. Daenerys se tourna vers Kili, prête à lui passer un savon pour avoir tué un si bel animal, mais se rendit compte que ce n'était pas lui qui avait manié l'arc. Thorïn baissa l'arme de son neveu, renfrogné. Ils n'auraient pas de cerf à manger, finalement.


Ils durent patienter encore une heure que le brouillard se lève. Quand ils purent voir à cinq mètres devant eux, ce fut pour constater qu'il n'y avait plus de chemin sur ce côté de la rivière. Néanmoins, ils se remirent en marche, Daenerys les guidant avec sa boussole. Les arbres se refermèrent sur eux et ils s'enfoncèrent dans le coeur de la Forêt.


Au milieu du sixième jour, ils commencèrent à désespérer de voir le bout de cette Forêt. Ils décidèrent donc d'un commun accord d'envoyer Bilbo en haut d'un arbre regarder où ils en étaient, sans lui demander son avis bien sûr. Aidé des deux neveux de Thorïn, le petit Hobbit se hissa donc à la force des bras jusqu'au faite d'un grand sequoia. Il ne vit qu'une marée émeraude, à perte de vue, de tous les côtés. Il sentit, lui aussi, le désespoir le prendre. Il finit par redescendre annoncer la mauvaise nouvelle à ses camarades qui, épuisés, préfèrent s'arrêter. Ils avaient tous besoin de repos.

Ils ne repartirent que deux heures après mais, entre temps, un événement étrange se produisit. La boussole s'affolait, la flèche tournant dans tous les sens sans parvenir à se stabiliser. Daenerys eut beau faire, elle ne parvenait plus à trouver la direction de l'Est.

- Génial, on est perdus, maintenant...

La jeune naine tourna un regard torve vers Bofur, qui venait de prononcer ces paroles de manière peu charitable. Elle n'appréciait pas l'air belliqueux qu'il arborait face à elle. Pourtant, Daenerys n'avait pas souvenir de lui avoir fait un quelconque tort. Cela dit, elle n'était pas totalement stupide. Elle avait parfaitement remarqué que la grosse majorité des membres de la compagnie ne cessait de surveiller ses faits et gestes, de la suivre d'un regard hostile. Certains l'ignoraient même carrément. Et ce, depuis le Carrock. Elle ne comprenait pas spécialement pourquoi. Certes, le voyage avait été retardé, mais elle n'était pas seule en cause puisque Thorïn lui-même était inconscient à ce moment-là. Non, franchement, elle ne voyait pas ce qu'elle avait pu faire de mal. Mais dans tous les cas, ca devait être particulièrement horrible, pour que l'agréable et joyeux Bofur lui jette des regards aussi furieux. Mais il n'était pas le pire. Dwalïn était le plus hargneux. Et si Bofur ne lui faisait pas plus peur qu'un insecte, Daenerys considérait le colosse au crâne tatoué comme un adversaire qu'il valait mieux ne pas sous-estimer. Quand bien même sa maîtrise du combat, assez polyvalente, lui assurait de pouvoir tenir un temps honorable face au guerrier, elle n'avait pas particulièrement envie de tenter le diable. Elle savait qu'au besoin, elle pourrait l'égorger dans son sommeil sans que quiconque ne le sache, mais elle savait aussi que cela ferait beaucoup de peine à Thorïn, qui considérait le guerrier comme un de ses plus vieux amis. Peu importait, donc, le degré de lassitude que provoquaient en elle ces réactions belliqueuses, puisqu'elle ne ferait jamais rien qui puisse chagriner son Roi. Ca n'empêchait pas l'envie d'être bien présente. Daenerys regarda Bofur marmonner quelque chose à son frère, le nain obèse aux cheveux roux, celui qu'elle avait eu fortement envie de tailler en pièce quand l'aigle l'avait déposée au Carrock, et fronça les sourcils quand Bombur lui adressa une grimace méprisante. Là, c'était trop.

- C'est quoi votre problème ? demanda-t-elle aussi calmement que possible en rangeant sa boussole inutilisable dans son sac.

- Notre problème ? A part être perdus en pleine forêt sans savoir dans quelle direction aller, tu veux dire ? cracha Bofur avec un sourire mielleux qu'elle eut envie d'arracher à coup de lame.

- Vous n'avez pas dû voyager beaucoup dans votre vie si être perdu vous met dans un état pareil. Vous auriez mieux fait de ne pas quitter les Montagnes Bleues, Bofur. Cela nous aurait au moins épargné vos jérémiades.

Le bruissement des feuilles, dans les arbres, constituait le seul fond sonore à leur conversation. Le reste de la compagnie les observait avec des yeux ronds, hormis Thorïn, qui regardait fixement droit devant lui, le visage vide de toute émotion.

- Mes jérémiades ? répéta le nain d'ordinaire jovial avec une grimace offensée. Mes jérémiades ? Je ne laisserai pas une sale gamine me parler sur ce ton !

Il avança d'un pas et leva la main, avec l'intention évidente de la gifler pour la remettre à sa place. Bofur lui rendait une bonne dizaine de centimètres et devait peser le même poids qu'elle. C'était un homme habitué au rude travail de la mine mais qui, contrairement à la plupart des mineurs, savait manier le verbe aussi bien que sa redoutable pioche. Ce n'était pas un guerrier, comme son cousin Bifur, mais il savait se battre. Ce n'était pas un érudit, comme le gentil Ori, mais il savait, d'ordinaire, charmer et convaincre, débattre et persuader. Là, ces compétences qui faisaient de lui un nain fiable et respecté, semblaient s'être envolées. Il aurait pu lui assener un bon coup de pioche. Ca aurait au moins eu le mérite d'être divertissant. Au lieu de cela, il essayait de la gifler, comme une petite fille désobéissante.

Daenerys haussa un sourcil blanc. Sérieusement ?

Elle bloqua l'attaque aisément et, d'une torsion, lui plaqua le bras dans le dos en le maintenant d'un bras passé autour de sa taille. Doucement, elle remonta le poignet, qu'elle tenait presque tendrement entre ses doigts, entre les omoplates, jusqu'à entendre la clavicule crisser. Peu désireuse de la lui casser, cependant, elle s'arrêta là.

- Vous disiez, Bofur ?

Il étouffa une exclamation de douleur mêlée de rage et cela fut suffisant pour que la jeune naine le relâche. Il s'arracha à son emprise et s'écarta d'elle comme si elle allait le dévorer tout cru, une grimace hargneuse sur le visage. Bofur recula jusqu'au cercle protecteur de ses amis et tendit un doigt tremblant vers elle.

- Je vous le dis, cette fille n'est pas normale ! Elle essaye de nous piéger !


Daenerys haussa les deux sourcils, si haut qu'ils se perdirent dans les longues mèches dévalant son front. Pas normale ? Les piéger ? La jeune naine tourna vers Thorïn un regard effaré, cherchant une explication rationnelle à ces accusations pour le moins farfelues. Mais le roi continuait de fixer la lisière des arbres, le visage désormais sombre et fermé. Elle crut discerner dans ses yeux une lueur d'avidité qui ne lui plaisait pas. La même qu'elle avait perçue dans son regard la veille de leur départ, près de l'étang, dans le bois de Beorn. Malheureusement, malgré toute l'inquiétude que cela distillait en elle, elle n'avait pas le temps de le ramener à elle. Déjà, Bofur reprenait la parole, et sa voix était fébrile, aigue, presque angoissée. Daenerys fronça les sourcils et avança d'un pas, les mains bien en évidence. Prudence est mère de sureté, disait Syrio.

- Je n'essaye pas de vous piéger, Bofur. Je ne comprend pas ce que vous voulez dire, dit-elle d'une voix calme et rassurante, comme si elle parlait à un enfant.

Le nain ne sembla pas l'avoir entendue, ou alors il décida de l'ignorer. Dans les deux cas, elle commençait doucement mais sûrement à s'énerver. Il se tourna vers ses compagnons, sans cesser de la pointer du doigt.

- Vous ne trouvez pas ça étrange, vous ? Elle devrait être morte dans les Monts Brumeux mais la revoilà en parfaite santé ! Comme par hasard, elle est la seule à pouvoir nous guider dans la forêt ! Comme par hasard, elle nous mène tout droit vers une foutue rivière qui efface les mémoires et essaye de noyer quiconque s'approche trop près ! Comme par hasard, sa boussole ne marche plus au beau milieu de la forêt ! Qu'est-ce que ce sera, maintenant ? Moi je vous le dis, cette fille n'est pas Daenerys des Monts de Fer ! C'est un monstre qui a pris son visage pour nous tuer !

Bofur se retourna vers elle et, dégainant enfin sa pioche, la tendit devant lui en une menace très précise.

- Parle, créature ! Qui t'envoie ? Tu es l'alliée du Profanateur, n'est-ce pas ? Pire, tu es l'alliée des Elfes ! Ils font toujours tout pour contrecarrer nos plans ! Parle, démon, ou je te ferai rendre gorge !

Daenerys ne comprenait plus rien. Qu'est-ce qu'il se passait, là ? Comment pouvaient-ils la prendre pour un démon ? Comment la situation avait-elle pu dégénérer à ce point-là ? La jeune naine secoua la tête d'un air d'incompréhension et tourna un regard désespéré vers Thorïn, qui ne la vit pas. Bon, là, c'en était trop.

Daenerys avança d'un nouveau pas et, s'agenouillant au sol d'un mouvement fluide et rapide, pivota sur elle-même en fauchant les jambes de Bofur, qui s'écrasa au sol en criant. Aussitôt, Bombur fit un pas avc l'intention évidente de lui coller un bon coup de sa monstrueuse poêle mais sa masse l'empêchait de se mouvoir avec la rapidité qui convenait à ce genre d'attaque. Daenerys se déplaca sur le côté et, tandis qu'il levait la jambe pour avancer, le bouscula au niveau des hanches, ce qui le déséquilibra et l'envoya rouler au sol. La jeune naine se redressa pour se trouver nez à nez avec Dwalïn. Là, elle était très mal. D'un bond, elle esquiva le revers qu'il lui assena de son lourd marteau de guerre et atterit à quelques mètres de distance. Elle n'avait pas tiré ses armes.

- Vous êtes complètement fous, tous autant que vous êtes !

Un nouveau coup de marteau l'obligea à bondir loin de Dwalïn, qui fracassa le tronçon d'arbre sur lequel elle se tenait la seconde d'avant. Le bruissement des arbres se faisait omniprésent. Elle n'entendait plus que ça. Et son sang, qui battait sourdement à ses oreilles. Et la voix impérieuse d'Ohgren, qui lui hurlait de coller à Dwalïn une dérouillée dont il se souviendrait pour le restant de ses jours. Et les voix, langoureuses, qui lui susurraient de céder à l'appel du sang. Daenerys esquiva un troisième coup de marteau. Elle n'aimait pas spécialement les marteaux ou les masses, surtout depuis qu'elle avait rencontré le Roi Gobelin. Grimaçant, elle bondit sur une branche d'un arbre, assez éloignée du géant tatoué mais encore assez proche pour être visible. Elle dénuda légèrement son poignet gauche et le porta jusqu'à son visage. Un sourire cruel étira ses lèvres tandis que ses yeux verts-rouges viraient, très lentement, au noir.

- Je ne suis pas un démon, sombres imbéciles. Pourquoi pas un Balrog, tant que vous y êtes ? Mais vous allez regretter de ne pas avoir affaire à l'un d'eux, je peux vous le garantir. On insulte pas un Berserker de la Légion des Morts sans payer le prix du sang.

Et elle mordit son poignet, de toutes ses forces.


Le goût métallique se répandit dans sa bouche, la faisant frissonner de plaisir. Oh oui, il n'y avait rien de meilleur. Le voile rouge familier recouvrit son esprit, annihilant ses perceptions, distillant une rage brûlante dans ses veines. Rien de meilleur. D'un geste fluide, elle dégaina ses lames enchantées qui, comme d'habitudes, ne produisirent pas le moindre bruit. Uu ricanement s'échappa de ses lèvres.

- Je vais commencer par boire ton sang, Dwalïn fils de Fundïn.

D'un bond, elle se rua à la rencontre du géant. Dwalïn était très puissant et dangereux, mais presque aussi lent que Bombur. Elle, était petite et rapide. Assez pour se glisser dans sa garde, l'empêchant de manier correctement son lourd marteau. En riant, elle fit courir sa lame sur le ventre musculeux de son adversaire, traçant une ligne rouge et nette. Dwalïn recula sans qu'elle n'essaye de l'en empêcher. Bofur, qui s'était redressé, l'attaqua par la droite, mais fut rapidement renvoyé quand elle le faucha, pour la deuxième fois, au niveau des jambes. Elle pointa une de ses épées sur sa gorge découverte et eut un sourire effrayant de douceur.

- Du calme, Bofur. Ton tour viendra bien assez vite.

Daenerys bondit sur la gauche, esquivant le coup de marteau, qui s'écrasa au sol entre Bofur et elle. Elle ne l'avait pas vu venir, mais elle avait senti. Juste assez, juste à temps, pour ne pas se prendre le coup dévastateur sur le crâne. Elle tourna un regard noir sur le guerrier. Elle ne riait plus.

Assez joué.

Tout se passa très vite. Dwalïn leva son marteau. Elle se glissa contre son puissant torse, souriant durement, et posa délicatement sa lame sur la gorge offerte. Un bras s'enroula sous sa poitrine et un autre autour de ses hanches. Elle fut projetée vers l'arrière. Kili bloqua le bras de Dwalïn avant qu'il n'attaque et le repoussa. Puis il encocha une flèche, trop vite pour que les autres puissent réagir, et la pointa sur Dwalïn.

- Debout, vous deux, ordonna-t-il à Bofur et à Bombur. Rejoignez les autres. Tout de suite !

Les deux nains se relevèrent vivement et s'empressèrent d'obéir. Kili était peut-être jeune, mais il était prince, et aussi redoutable à l'arc que son oncle à l'épée. Mieux valait ne pas le contrarier. Surtout quand sa voix avait ce timbre métallique et froid, qu'on retrouvait aussi chez sa mère Dis, caractéristique d'une fureur à peine contenue.

Il recula lentement, surveillant toujours le reste de la compagnie, qui s'était scindée en deux groupes. D'un côté, les furieux, composés bien évidemment de Bofur et de son frère, de Dwalïn et de Dori et Nori, actuellement occupés à retenir Ori d'aller voir ce qui se passait derrière le prince aux cheveux bruns. De l'autre, les confiants, qui regroupaient le reste de la compagnie ainsi que le jeune Ori. Tous se fixaient en chiens de faïence sous le regard glacé du jeune archer.


Derrière lui, Fili et Thorïn, qui était revenu à lui juste à temps pour voir Daenerys tenter d'égorger son ami, essayaient de calmer la jeune naine. Ruant, hurlant d'une voix éraillée des menaces à faire pâlir un Orc, elle tentait vainement de se défaire de leur étreinte. Plaquée au sol, les poignes de fer qui la maintenaient se resserrant de plus en plus, elle ne pouvait plus bouger et avait des difficultés à respirer. Lentement, le voile rouge se leva et elle croisa le regard bleu de Thorïn. Son amant lui sourit doucement et caressa ses cheveux blancs. Quand il fut sûre qu'elle était définitivement calmée, il lui murmura des paroles qu'elle ne comprit pas avant de se redresser pour rejoindre son second héritier, qui tenait toujours les autres en joue. Daenerys tourna les yeux vers Fili, inspirant goulûment l'air humide de Mirkwood. L'éclat gris-bleu de son regard était inquiet, peu assuré, mais son sourire restait calme et rassurant.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qui leur prend, à tous ? murmura Daenerys, tout bas, comme si elle avait peur que le simple son de sa voix ne ranime la fureur de Dwalïn.

Fili secoua la tête d'un air d'incompréhension.

- Tu n'aurais pas dû mordre ton poignet, Dany... Regarde moi ça... marmonna-t-il sans répondre à la question de son amie en auscultant le poignet sanguinolent.

- Je... J'avais pas le choix, il fallait bien que je me défende !

- Alors toi, quand on t'accuse d'être un démon, tu rentres dans une fureur de Berserker et tu essayes de tous les tuer. C'est sûr que ca arrangera ta situation.

Dis comme ça, ca ne semblait pas très malin, en effet. Mais ca avait été la seule chose qu'elle avait été capable de faire. Répliquer à la violence par la violence. Elle n'était pas née des neiges d'antan, certes, mais son intelligence n'avait pas été spécialement aiguisée non plus. En tant que femme de sang royal, d'abord, elle n'étais pas sensée faire autre chose qu'obéir à son père puis porter les enfants de son mari, le tout en sachant rester à sa place. C'est à dire dans l'ombre. Ensuite, en tant que Légionnaire formée par un Berserker, elle n'était pas sensée réfléchir. Penser voulait dire, souvent, contester les ordres. Et elle avait eu trop d'estime, trop d'amour, pour Ohgren pour vouloir aller contre ses décisions. Elle avait fait tout ce qu'on lui avait dit, toujours, sans discuter, simplement pour rendre fier son père de substitution. On lui avait dit d'assassiner sournoisement un Roi Gobelin. On lui avait dit de danser pendant de très longues minutes, seule contre vingt Orcs, le temps que les renforts arrivent. On lui avait dit de foncer tête baissée sur les lignes ennemies et d'en massacrer le plus possible. Et elle l'avait fait. Sans jamais réfléchir. Obéir et frapper, c'était tout ce qu'elle savait faire.

Alors oui, quand on l'accusait ouvertement d'être une sorte de démon qui aurait pris possession d'un corps innocent dans l'unique but de les perdre tous dans une foutue Forêt maudite, oui, elle frappait. Et de toutes ses forces, encore. Mais elle voulait bien reconnaître que ce n'était pas la meilleure chose à faire.

- Tu as sûrement raison... Qu'est-ce que je dois faire, maintenant ?

Fili secoua la tête encore une fois, indulgent, et l'aida à se remettre sur pied. Le bruissement des arbres s'atténuait progressivement.

- Tu entends ca ? demanda Daenerys à voix basse.

- Entendre quoi ?

- Les arbres.

Fili lui jeta un regard sceptique et tendit l'oreille.


Thorïn se posta près de son neveu et croisa les bras. Bombur se recroquevilla sur lui-même sous le regard de glace que le roi leur lança.

- Thorïn, cette fille n'est pas normale ! Je suis sûre qu'elle nous emmène tout droit dans un piège ! Il faut que tu me crois, je suis sûr de mon fait !

Bofur parlait toujours à toute vitesse, fébrile. Ses yeux bruns allaient et venaient entre le visage fermé de son chef et la naine qui, derrière lui, se redressait difficilement.

- Quelle preuve as-tu, Bofur ? A part les suppositions farfelues de ton esprit dérangé ? demanda Balïn d'une voix nette et tranchante.

- Tu n'as pas vu ce qu'elle m'a fait, mon frère ? Tu n'as pas entendu ce qu'elle a dit ? Peut-être commences-tu à devenir aveugle et sourd en raison de ton grand âge ? ironisa Dwalïn en passant une main sur la blessure, superficielle, de son ventre, d'où glissait une unique goutte de sang.

Balïn grogna et fusilla son petit frère du regard, appréciant peu qu'on lui rappelle son âge car, en effet, il commençait à se faire vieux.

- Thorïn, je te le jure sur ma vie, c'est un monstre, une créature envoyée par nos ennemis pour nous empêcher d'atteindre Erebor. Il faut la tuer !

Bofur, de plus en plus paniqué, s'était approché de son chef et avait saisi les revers de son manteau de cuir bordé de fourrure.

- En arrière, Bofur ! grogna Kili en pointant sa flèche entre les deux yeux écarquillés du nain.

- C'est un monstre, il faut la tuer, la tuer, la tuer, la tuer, la tuer, la tuer !

- Tu parles de la fiançée de mon frère, imbécile ! Recule, ou c'est moi qui te tue !

Bifur, très calme, posa une main sur le bonnet étrange de son cousin et le tira en arrière, l'éloignant d'un Kili passablement énervé et de Thorïn, qui n'avait rien dit et s'était contenté de fixer son compagnon, cherchant dans ses yeux la moindre trace de mensonge. Mais il n'avait vu que de la peur, et une sincérité criante. Bofur était réellement persuadé que Daenerys était responsable de leurs mésaventures et que la tuer réglerait tous leurs problèmes.

Le bruissement des feuilles s'accentuait à mesure que les esprits s'échauffaient.

Balïn et Dwalïn, qui étaient prêts à en venir aux mains, se hurlaient des insanités au visage. Ori se débattait contre ses frères aînés et finit par assener une claque retentissante à Dori, qui recula en posant une main sur sa joue, choqué. Bofur repoussa violemment son cousin et Bombur s'interposa entre les deux, laissant son frère frapper son gros ventre sans ciller. Thorïn leva les yeux au ciel émeraude et parcourut la voûte sylvaine du regard en fronçant les sourcils. Le bruissement des feuilles se faisait plus insistant, plus présent à ses oreilles à mesure que son envie de fracasser les têtes de Bofur et de Dwalïn l'une contre l'autre se faisait plus pressante.

- Ce sont les arbres, annonça Gloïn d'une voix très calme. Ils parlent. Ils excitent la colère des uns et des autres. Ils essayent de nous dresser les uns contre les autres. Ils ne veulent pas nous voir sortir d'ici. Pas vivants. Ou pas sains d'esprit, en tout cas.

Thorïn reporta son regard sur son ami tandis que ses paroles traçaient leur chemin dans son esprit accaparé par le bruissement des feuilles. Quand elles pénètrèrent son cerveau, et qu'il comprit leur véracité, le bruissement s'atténua jusqu'à s'éteindre. Ne régnait plus que le silence. Thorïn écarquilla les yeux tandis que son ami haussait les épaules.

- C'est vicieux, ce truc-là. C'est sûrement une machination elfique.

Kili hurlait maintenant sur Bofur, qui avait ramassé sa pioche et tentait de le dépasser pour mettre son plan à exécution, à savoir tuer la naine. Thorïn jeta un bef coup d'oeil par-dessus son épaule et constata que Fili et Daenerys avaient plaqué leurs mains sur leurs oreilles et grimaçaient. Bien, ils avaient compris, eux aussi. Sur un regard de son roi, Gloïn alla les rejoindre et leur expliqua calmement la situation. Oïn, de son côté, essayait de résonner Dori, toujours choqué, et Nori. Ori, lui, s'était retranché près de Bilbo, et parlait avec lui à voix basse. Visiblement, le petit Hobbit essayait de lui faire comprendre que le bruit des arbres n'était pas naturel. Thorïn se dit vaguement que ce cambrioleur, finalement, était une bénédiction. Il lui faudrait penser à remercier Gandalf quand il le recroiserait. "Si tu le recroises..." murmura la voix de Frerin dans son esprit. Le Roi déchu arracha la pioche des mains de Bofur et la lança par terre avant de secouer son camarade. Kili abaissa légèrement son arc. Balïn et Dwalïn s'étaient empoignés et s'apprêtaient à se battre quand Bifur, toujours serviable, leur prit délicatement la tête et les frappa l'une contre l'autre. L'aîné des fils de Fundïn tomba au sol tandis que le cadet vacillait. Bientôt, Fili et Gloïn les ramenaient à la raison tandis que Daenerys se glissait discrétement près de Kili. Le jeune archer murmura quelques mots que son oncle n'entendit pas et elle lui répondit sur le même ton. Finalement, le jeune prince leva les yeux au ciel et eut sur le visage un tel air d'effarement que la naine, peu charitablement, ne put s'empêcher de rire. Thorïn était soulagé que ces deux-là se soient réconciliés, même s'il ne comprenait pas, à la base, les raisons de leur dispute. Il reporta son regard sur Bofur, qui gémissait pitoyablement.

- Il faut la tuer, la tuer, la tuer, la tuer, la tuer...

- Par Aulë, Bofur, reprend toi ! C'est une foutue manipulation elfique ! s'écria Gloïn sur le ton de l'évidence.

- Manipulation elfique ? Elle travaille pour eux, alors ! s'écria le pauvre flûtiste.

- Mais non ! Ce sont les arbres, sombre idiot !

Kili se frappa le front d'un geste théâtral, ce qui fit rire son frère, mais ce fut bien le seul.

- Les arbres ? Elle travaille pour les arbres ? demanda Bofur d'une voix si pathétique que Daenerys ne put s'empêcher d'éprouver une pointe de compassion malgré son osbtination à la croire coupable de tout.

- Non, répondit-elle doucement. Ce sont les arbres qui vous chuchotent à l'oreille et qui essayent de vous faire perdre la raison, Bofur. Cette forêt est maudite, vous aviez raison. Comme Fangorn.

Le pauvre nain sembla revenir progressivement à lui. Quand enfin la lumière fut revenue dans son regard sombre, il regarda son Roi et la princesse des Monts de Fer d'un air désolé. Thorïn le relâcha et remit calmement les vêtements froissés de son camarade en place. Bofur ne savait plus que dire.

- Je... je suis désolé, Thorïn...

- Ce n'est à moi que tu dois des excuses.

Le mineur voûta les épaules, accusant le coup, et se tourna légèrement vers Daenerys.

- Veuillez me pardonner, Dame Daenerys. Je suis désolé.

La naine sourit brièvement mais son visage resta froid.

- Pas autant que moi, Bofur. Pas autant que moi.

Son regard vert-rouge s'était tourné vers Dwalïn et auscultait succintement la blessure de son ventre. Rassurée, elle ramassa ses armes et les remit au fourreau.

- N'empêche que votre résurrection est quand même bizarre.

Soupirant, Daenerys se retourna vers Bofur et le fixa d'un air blasé.

- Vous ne lâchez jamais le morceau, vous...

- Il a raison, Daenerys. C'est normal que l'on se pose des questions.

Fili lui prit la main sous le regard glacé de son oncle et lui fit un petit sourire engageant.

- Je ne suis jamais morte, voilà tout. Peut-on repartir ou vous comptez discutailler encore pendant longtemps ? s'impatienta la naine.


Tous hochèrent la tête, mais ils n'eurent pas le temps d'aller bien loin. Tout cela avait été effroyablement bruyant et, si les Elfes Sylvains n'étaient pas encore au courant de leur présence à Mirkwood, c'était désormais chose faite. Mais ils n'avaient pas fait qu'attirer l'attention des Elfes. Il y avait, depuis peu, d'autres créatures qui peuplaient la Forêt Noire. Et ces créatures avaient faim. Très faim.

Glissant sur le sol terreux, cliquetantes, les descendantes d'Ungoliant se mirent en chasse.


Voilà, voilà, voilà.

Ca a été ?

Je vous remercie d'avoir lu ce chapitre. J'vous avais dit que c'était long.

A la semaine prochaine, malgré tout ?

Je vous fais de gros bisous !

Aschen - Capo de Dona Corleone (at your service)