Note:

Bonsoir, bonsoir!

Bon, on poste avec un peu de décalage par rapport à d'habitude... ça arrive nous sommes désolées ^^'. En tous cas nous tenons à remercier nos revieweurs : vous êtes de plus en plus nombreux, et nous avons explosé notre compteur !

Ce chapitre change un peu de registre... Enfin, vous allez voir... J'espère que vous aimerez toujours !

Réponse aux reviews anonymes :

Clochette13 : eh bien voilà pour le vendredi ! ^^

s : merci beaucoup ! On s'amuse beaucoup à écrire nos disputes avec ma co-paire de mains ^^

calimero59 : merci pour ta review ! Heureuses que le chapitre t'aie plu...

anonymeM : ah enfin quelqu'un qui aime Edward... lol, en effet il est un peu paumé le garçon... et ce n'est pas sûr que ça s'arrange par la suite...

HelleHaare : merci !!! Oui, on a trouvé notre façon d'écrire avec Mush, pour rendre vivants nos persos... :p. Edward est, disons... Ben il a ses défauts quoi ^^

evid3-ce : et oui nos deux persos sont des crétins... C'est ça qui est bon :p. Non ? ^^

fraise : merci pour ta review ^^ et oui, gros problèmes de communication entre nos amoureux... qui le sont aps encore tout à fait d'ailleurs, mais ce n'est qu'un détail ! Et tu avais raison pour James... j'en dis pas plus !

Et, encore et toujours, merci à vous tous de nous être fidèles !!!! Bisous !


Chapitre treize: Vendredi noir


BELLA



Le lendemain, je retournai en cours ; je partis plus tôt, et arrivai en avance. Avant les autres.

Ça n'était qu'une journée. Une journée, à la fin de laquelle j'irais voir James. Pour rompre.

Il allait bien falloir que je m'y fasse, à ce sentiment qui tordait mon ventre, à cette douleur dans mon cœur.

Je m'adossai à un mur, et me laissai glisser ; c'est assise sur les talons qu'Alice me retrouva.

« Bella ? Ça va ? » s'inquiéta-t-elle.

Je levai vers elle un regard désemparé ; mais plus très loin, j'aperçus Edward et Jazz qui arrivaient.

Edward me lança un regard… vibrant. Avant de s'arrêter à distance convenable.

Le poignard dans mon cœur s'enfonça, et tourna, le réduisant en bouillie ; j'avais eu raison. Je n'étais rien pour lui. Rien qu'une fille à baiser quand le manque devenait trop fort.

La tristesse, déchirante, m'envahit ; et je me levai, me dirigeant en cours, sans plus un mot. Qu'ajouter ? J'étais consciente que dans l'état où j'étais, j'étais transparente comme un bouquin.

Cette fois, j'autorisais Edward à se faire des reproches. Car là, il avait réussi à me faire vraiment du mal. Même si après tout, ce n'était pas de sa faute si j'étais tombée amoureuse de lui, et si lui ne m'aimait pas…

oOo

Les cours ne me parurent même pas chiants. Non, on ne peut pas dire ça.

Je traversai les deux heures qui nous menaient à la première récré sans m'intéresser à quoi que ce soit. J'aurais aussi bien pu être chez moi, au cinéma, ou dans n'importe quel autre endroit ; ça n'aurait rien changé.

Je ne faisais attention à rien.

En sortant de la classe, je me dirigeai vers la cour, toujours plongée dans mes pensées. J'aperçus Jasper au loin, je le rejoignis. Alice était avec lui, ainsi qu'Edward. Edward, qui m'observait ; mais je détournai la tête, et n'adressai la parole à personne.

Alice et Jazz comprirent bien que quelque chose n'allait pas, et Alice était bien placée pour savoir que ça concernait Edward. J'étais étonnée qu'elle ne l'ait pas engueulé en lui cognant dessus rien que pour m'avoir mis dans cet état. Mais elle respectait la promesse qu'elle m'avait faite de rester discrète…

La cloche n'eut pas besoin de sonner deux fois pour que je me dirige à nouveau vers mon cours suivant. Je savais qu'Edward avait cours dans une salle du même couloir que la mienne ; mais je ne l'attendis pas pour y aller.

Erreur. Mike sauta sur l'occasion pour me barrer le chemin.

« Hey, Bella, euh… Salut. Tu vas bien ? »

Je haussai un sourcil, et ne répondis pas.

« Dis, je me demandais si… tu sais, va y avoir un bal à la fin d'année. Et, je…

- Tu te demandais si je pouvais t'y accompagner ? Le coupai-je sèchement.

- Voilà », me répondit-il en passant la main sur sa nuque.

Je le regardai quelques instants ; me disant qu'après tout, il faudrait peut-être que j'essaie de passer à autre chose, plutôt que de me laisser détruire par un amour à sens unique. Et, à une époque, j'avais apprécié Mike ; avant que celui-ci ne se mette à fréquenter Lauren et cie.

J'ouvris ma bouche, faisant un pas vers Mike ; puis me stoppai.

« Non. Je suis désolée, Mike… Je n'ai pas vraiment envie d'aller à ce bal. »

Mon ton était sans appel ; Mike parut déçu, et j'eus de la peine pour lui ; mais je n'avais réellement pas envie d'accepter son invitation.

« Bon, ben… Peut-être une prochaine fois, alors… » fit-il, gêné.

Je hochai la tête, et continuai à marcher en direction de mon cours.

« Il y aura d'autres occasions », lui dis-je.

Mais je me parlais plutôt à moi.

Les deux heures suivantes ressemblaient aux premières ; et c'est avec monotonie que je me dirigeai vers le self. Alice me rattrapa avant que je n'y arrive.

« Tu manges avec nous ce midi hein ? »

Je ne pouvais pas décemment lui dire non.

« Oui, soupirai-je.

- C'est génial. Tiens, regarde, il y a une place libre là-bas ! »

Nous nous dirigeâmes vers une table de quatre, et nous assîmes l'une en face de l'autre, attendant les autres. Ils arrivèrent moins de deux minutes après ; Jazz prit place à côté d'Alice, et Edward à côté de moi.

Je décalai légèrement ma chaise de l'autre côté. La façon dont son bras me frôlait ravivait ma douleur. J'étais idiote, j'en étais consciente ; mais c'était ainsi. J'avais tellement besoin de son contact que celui-ci me faisait mal.

« Bella ? Un problème ? » me demanda Jazz, remarquant mon mouvement.

Je levai la tête vers lui, et m'empourprai légèrement.

« Non. Ma chaise était bancale. »

Je reportai mon attention sur mon assiette.

« Attends, fit la voix mélodieuse d'Edward à côté de moi. Je vais regarder. »

Je sursautai, et me décalai encore alors qu'il se penchait sur moi. Je le fusillai du regard.

« Pas la peine. Il suffira que j'en change » sifflai-je en appuyant bien sur mes derniers mots. « Mais pour un seul repas, elle fera l'affaire », conclus-je en fixant Edward.

Je retournai immédiatement après au contenu de mon assiette. Le trou béant dans ma poitrine saignait ; pourquoi éprouvai-je tant le besoin de me faire du mal ?

« Alors, Bella, je t'ai vu éconduire assez méchamment de pauvre Newton » reprit Edward.

Je haussai les épaules.

« Eh bien, ça te fait quelqu'un à inviter au bal si tu as peur de t'y retrouver seul. » raillai-je.

Pique dans mon cœur. J'étais en train de me détruire ; mais le pire, c'est que je ne savais pas si je ne préférais pas cette douleur à l'état catatonique dans lequel j'étais plongée un peu avant.

Edward lâcha un rire.

« J'ai quelqu'un d'autre en vue, fit-il en me regardant intensément.

- Qui ? » Fit Alice, le regardant droit dans les yeux.

Oh non. Je ne voulais pas forcément savoir. Heureusement, Edward ne lui répondit pas, et se détourna avec un sourire en coin.

« Je te laisse le choix de deviner », fit-il.

Jasper le fixa ; je compris qu'il allait le tester. Je fermai les yeux, essayant de ne pas penser au malaise dans lequel mes propres amis me mettaient.

« On m'a dit que Jessica était intéressée ? » lâcha mon meilleur ami.

Soi disant meilleur ami.

« Ouais, elle me l'a proposé… marmonna Edward. Mais j'ai mieux. »

La douleur me rongea, et j'essayai de fourrer une fourchette de haricots dans ma bouche pour l'oublier. Ne pas répondre. Ne pas relancer le sujet.

« En fait, il se pourrait qu'elle soit à cette table » ajouta-t-il.

Je m'étouffai avec ma bouchée, et me levai, attrapant mon plateau.

« J'ai plus faim. »

Je me dirigeai à grandes enjambées vers la sortie, mais entendit le rire gras de Crowley derrière moi.

« Oh Bella t'es chaude quand t'es énervée »

Je me retournai lentement vers lui, m'approchai de sa table et y posai mon plateau. Je me saisis de son verre d'eau, et lui versai sur le crâne.

« Eh bien rafraîchis-toi les idées » lâchai-je avant de repartir et déposer mon plateau sur un portoir.

J'accueillis l'air frais sur mon visage comme une bénédiction.

« Tu ne veux pas venir au bal avec moi ? » fit dans mon dos la voix que j'avais fui.

Les larmes affluèrent à mes yeux, mais je les refoulai avant de me retourner vers lui.

« Ça ressemble à une invitation à sortir avec toi, ça.

- En effet… J'ai pas le droit ? »

Je me pinçai la lèvre, et détournai le regard, le nez piquant.

« En as-tu seulement envie ?

- Je suis pas trop du genre à tenter un refus quand je ne veux pas réellement ce que je demande. Mais je comprendrai si tu ne veux pas... seulement... après hier... je pensais que ça serait logique... qu'on y aille ensemble

- Logique, hein ? Tu sais quoi, j'aurais aimé y aller avec toi à ce bal, Edward. Si ça n'avait pas juste été une question de logique. »

Je me pinçai l'arrête du nez.

« Si tu avais eu envie de m'y amener même sans ce qui s'est passé hier. », complétai-je.

Sur ce , je tournai les talons, le cœur en mille morceaux.

Edward me rattrapa, et m'obligea à m'arrêter.

« Donc tu acceptes ? »

Je fermai les yeux ; et les rouvris, très lasse.

« Dis moi pourquoi. Dis-moi juste pourquoi tu veux que j'y vienne avec toi.

- Parce que… ça me ferait plaisir ? »

Je le regardai avec des grands yeux, hésitant entre la douleur et une douce chaleur.

« Tu es la seule personne avec qui je pourrais accepter d'aller à ce bal. Mais qu'est-ce qui a changé depuis mercredi, hein ?

- Je t'ai montré que je pouvais être quelqu'un d'aimant.

- Oui, dans un cabinet de douche du vestiaire des filles, me renfrognai-je. Mais en dehors… En dehors, plus rien.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Rien que tu ne daigneras jamais m'offrir, répliquai-je tristement. Mais ne t'en fais pas, Edward. C'est ok. Je t'accompagnerai à ce bal. Si tu ne te désistes pas avant. »

Sur ce, je tournai les talons et m'éloignai. Je n'avais plus qu'un cours avant le week-end ; rien qu'un. Maths. Ça allait passer.

Et c'est passé. Quand je ressortis de la salle, en mode automatique, je me dirigeai directement vers ma camionnette et rentrai chez moi, exténuée. Mais à peine me fus-je étendue sur mon lit que mon portable vibrait…

« Bella… dis-moi, quand as-tu su que tu n'étais plus amoureuse de Jake ? E. »

Mon cœur loupa un battement.

Pourquoi fallait-il qu'il me parle d'amour ?

Un peu malgré moi, j'appuyai sur la touche de réponse et commençai à taper.

« Je n'en ai été sûre que quand je suis tombée amou… »

Non. J'effaçai ce message sans l'envoyer et respirai un bon coup.

« Je crois que je l'ai su quand d'autres ont commencé à investir mes pensées. B. »

Réponse.

« Pourtant, il ne t'est pas indifférente, je l'ai bien vu la dernière fois chez toi. »

Je grognai, et au début décidai de ne pas répondre… mais après tout, ce qu'il me demandait, si ça pouvait l'aider à y voir plus clair dans sa relation avec Rose… Je décidai de jouer franc jeu.

« Je ne peux pas tirer un trait dessus, Edward. J'ai partagé quelque chose de très important avec lui, et des moments qu'aucun autre ne pourra jamais me faire revivre ; et quelque part, je regrette ce temps. Mais malgré tout… ça ne m'empêche pas de savoir aujourd'hui que lui et moi, c'est mort et enterré. B. »

Mon portable ne tarda pas à vibrer à nouveau.

« Elle est amoureuse de lui. »

Mon cœur se serra pour lui. Ça devait lui faire mal.

« Eh bien je suis désolée. Mais à toi de tourner la page désormais. C'est pas facile ; mais je l'ai fait, alors pourquoi pas toi ? Courage. »

J'envoyai mon message ; et quelques minutes plus tard, en reçus un nouveau.

« Elle va mal. Passe la voir. S'il te plaît. »

Je fermai mon portable, et regardai l'heure ; j'avais encore une heure ou deux avant de partir pour chez James.

Soupirant, je me levai et attrapai mes affaires.

Je me rendis chez Edward. Au fur et à mesure du trajet, mon estomac se contracta ; j'aimais beaucoup Rose, mais je n'étais pas sûre de vouloir ça. La consoler sur sa rupture récente. Entendre ses doutes de fille amoureuse, alors que je savais d'ores et déjà qu'elle et Emmett, ça allait durer.

Alors que moi…

Je me garai, et me dirigeai vers l'entrée de chez Edward. Ça avait l'air imposant de l'extérieur ; et cela me fit songer que je n'avais jamais mis les pieds chez lui.

Je frappai ; il n'y avait pas de sonnette, mais un heurtoir de porte.

La porte s'ouvrit sur Edward ; cheveux en bataille, à son habitude -peut-être plus que d'habitude-, et partitions à la main.

J'essayai de ne pas songer à combien j'aurais aimé l'entendre jouer ; et, sans plus un regard pour lui, je rentrai alors qu'il s'écartait pour me laisser passer.

Derrière lui, une femme qui ne paraissait pas plus de quoi… la trentaine ? M'adressait un sourire bienveillant ; je lui en renvoyai un timide.

« Bon… Bonjour, bégayai-je. Bella », me présentai-je en m'avançant vers elle.

Elle me sourit chaleureusement en me donnant une légère étreinte. Je rougis en même temps que mon cœur se serrait. Elle venait de me rappeler à quel point ma propre mère me manquait.

« Moi, c'est Esmée, la mère d'Edward. Je suis ravie de te rencontrer. Alors c'est toi, la fameuse Bella ? »

Derrière moi, Edward grogna. Mais je n'y prêtai pas attention.

« Oh, je suppose que Rosalie a dû vous parler de moi. »

Esmée sourit tout en regardant son fils derrière moi.

« Et tu es passée voir Edward ? C'est mignon ; tu as l'air bien plus sympathique que sa jeune élève »

Je m'empourprai.

« Euh, non, c'est Rose que je suis venue voir.

- Je vais te conduire à sa chambre » intervint la voix d'Edward dans mon dos.

Je me renfrognai ; mais je croisai un air triste sur le visage d'Esmée, qui m'étonna. Ceci dit, ne tenant pas à m'attarder, je précédai Edward dans l'escalier à sa gauche, évitant toujours de le regarder.

Nous montâmes en silence. L'escalier faisait un angle ; une fois que nous fûmes hors de portée de vue, Edward prit la parole.

« Tu es intimidée d'être chez moi ?

- Je ne suis que de passage, répondis-je d'une voix froide.

- Pourquoi t'es si froide ? »

Je me figeai, mais ne me retournai pas vers lui, qui s'était également arrêté. Je me pinçai l'arrête du nez tout en prenant une longue inspiration.

« Où est Rose ? demandai-je.

- Je t'ai posé une question », me répondit-il en posant une main sur ma hanche.

Je me retournai vivement et le fixa dans les yeux avec colère ; puis je pris sur moi et me retournai, tentant d'afficher le masque de l'indifférence.

« J'ai juste abandonné l'idée de faire semblant d'être ton amie. »

Je commençai à monter les dernières marches. Il me rejoignit, et me saisit par le poignet pour m'entraîner vers une chambre sur la droite. Il m'y fit entrer, et referma derrière nous avant de mettre sa chaîne hifi en marche.

« C'est quoi ton problème ? »

Je le fixai avec colère.

« C'est pas la chambre de Rose, ça. Je ne suis pas venue m'engueuler avec toi.

- Pourquoi tu dis que t'as abandonné l'idée d'être mon amie ? On commençait à bien s'entendre ! »

Je soupirai et secouai la tête, les larmes aux yeux. Je ne sais trop par quel miracle, je réussis à les refouler et me tournai à nouveau vers lui.

« À bien s'entendre hein ? Oui, entre deux disputes ! De toutes façons, je ne couche pas avec mes amis.

- Tu veux me faire comprendre quoi, là ? »

Je m'approchai de lui, déterminée. Je savais ce qui était bon pour moi, et je savais que ça allait devoir être ma ligne de conduite. Même si ça s'avérait difficile.

« Que nous deux, je ne veux même plus en parler. L'amitié ne nous va pas, et le reste… je n'en veux plus. C'était un bon exutoire, mais autant s'arrêter là. »

Sur ce, j'essayai de le contourner.

« Tu es amoureuse de moi ? »

Je me figeai, soudain glacée, alors que mon cœur battait la chamade.

Non, il ne fallait pas qu'il soit au courant. Je ne supporterai pas son air moqueur, ou pire, son mépris ; et ça serait aussi mauvais pour notre groupe d'amis. Il ne fallait pas.

« Donne moi une raison depuis qu'on se connaît pour que je sois tombée amoureuse de toi. »

Je me tournai vers lui, le regard éteint. Le pire, c'est que tout ce que je m'apprêtais à débiter était réel. Pourquoi cela ne me suffisait-il pas pour l'oublier ?

« Ton mépris pour chacun de nous, quand tu es arrivé ? Ton incapacité à t'intéresser à quoique ce soit d'autre que ton nombril ? La façon dont tu m'as baisée dans la forêt ou prise dans la douche pour ensuite m'ignorer au lycée ? »

Je levai les yeux vers lui, toujours fermée.

« Es-tu donc si égocentrique en plus ? »

Soudainement, il se pencha sur moi, et m'embrassa. Je me figeai, interdite. Il se décolla brusquement de moi.

« Je suis tellement égocentrique que je pense tout le temps à toi depuis des jours… La chambre de Rose c'est la dernière porte sur ta gauche. »

Ses yeux reflétaient une étrange lueur ; mais je n'eus pas le temps de m'y plonger. Il sortit en claquant la porte.

Les larmes me montèrent aux yeux, à nouveau. J'allai éteindre sa chaîne ; j'y laissai ma main peut-être plus longtemps que nécessaire. Puis je quittai la pièce, et me rendis dans celle de Rosalie.

Celle-ci sembla surprise de me voir débarquer ; mais heureuse aussi.

Je refermai derrière moi.

Rose sembla remarquer que je n'étais pas dans mon assiette ; mais si elle le fit, elle ne chercha pas à me forcer à lui avouer ce qui ne tournait pas rond. Je lui en fus reconnaissante.

Me serrant dans ses bras, elle me raconta ce qu'elle avait entendu dans les bois ; la discussion d'Emmett et Jacob. Elle me parla de ses doutes ; mais je la rassurai du mieux que je pus en lui disant à quel point Emmett était différent du nounours que j'avais toujours connu.

Je ne remarquai pas le temps passer ; mais quand je contrôlai l'heure sur mon portable, je me rendis compte qu'il était temps que je parte pour Port Angeles, si je voulais voir James, rompre et revenir pas trop tard.

« Il habite où au fait ? Me demanda curieusement Rose.

- Hum, l'immeuble sur Lane road… au rez-de chaussée. » répondis-je, absente.

Je l'embrassai sur la joue, et me levai.

« Allez, j'y vais. J'aimerai bien me coucher tôt ce soir. »

C'est sur ces derniers mots que je la laissai ; en redescendant les escaliers, j'entendis une mélodie au piano, mon cœur se serra.

La musique n'était pas douce, non. Elle était plutôt… tourmentée.

Elle me faisait vibrer de l'intérieur.

Je sortis sans plus tarder, et démarrai ma camionnette en trombe.

Cette journée de merde était bientôt finie.

oOo

Sur le trajet, je réfléchis à ce que j'allais dire à James.

Je suis désolée… je t'ai trompé. J'ai couché avec un autre.

Je suis tombée amoureuse d'un autre.

Alors que tu es bien le seul à ne t'être jamais comporté qu'avec respect à mon égard.

Une larme roula sur ma joue à cette constatation.

Je n'éprouvais rien pour le seul mec qui ait jamais été correct avec moi.

Et si… y avait-il moyen que l'amour s'apprenne ? Et si après tout, l'amour n'était pas utile pour bâtir une relation stable ?

Est-ce que je pourrais être heureuse avec James ?

Je chassai ces questionnements de ma tête en approchant de son immeuble ; après tout, je comptais bien être honnête avec lui. Lui annoncer que je l'avais trompé. Après ça, comment pourrait-il encore vouloir de moi ?

Je me garai, et pris quelques minutes pour me calmer.

Puis je descendis de ma camionnette, bien décidée à en terminer rapidement. J'espérais que je ne lui ferais pas trop de mal…

Il m'accueillit avec un sourire chaleureux qui m'enfonça une épine dans le cœur ; il m'invita à le suivre.

« Mes parents ne sont pas là ; mais au cas où ils rentreraient, allons dans ma chambre. Nous y serons mieux. »

Je hochai la tête. Pour ce que j'avais à lui dire, il valait en effet mieux qu'on ne soit pas dérangés.

« James… » commençai-je.

Il s'assit sur le lit, et m'invita à en faire autant. Je m'exécutai, et fuis son regard.

« Il y a un problème Bella ? »

Je fermai les yeux.

« Oui, je… Je regrette, James. Je t'ai trompé. J'ai couché avec… un autre. »

Je me mordis la lèvre ; et osai un regard vers lui. Ça y est, j'avais tout dit. Je ne pouvais pas revenir en arrière.

Ce que je lus sur son visage me surprit ; il n'avait pas l'air de m'en vouloir.

Il était pensif.

« C'est pas grave, Bella » fit-il.

Je fronçai les sourcils.

« Pardon ?

- C'est pas grave. Je peux te pardonner. Tu as été honnête. »

Il plongea son regard dans le mien ; et je me sentis raidir.

Je commençais à être mal à l'aise.

« Mais… ça ne change rien à mon erreur !

- Tu regrettes non ? »

Je hochai la tête. Ça, oui, je regrettais.

« Et tu ne comptes pas recommencer ?

- Non, répondis-je, sombre.

- Alors… je peux te pardonner. »

Je le fixai, yeux écarquillés. Il se rapprocha de moi sur son lit ; et attrapa une de mes mèches de cheveux, avec laquelle il joua quelques secondes avant de se pencher vers moi et de m'embrasser.

Au début, j'essayai de répondre à son baiser ; mais je ne réussis pas à me décrisper, et j'y mis fin en me levant. Il se leva à son tour.

« Je ne sais pas si je peux faire ça, haletai-je.

- Pourquoi ?

- Je… je ne sais pas si je peux continuer à sortir avec toi… si… »

Je ne sais pas si j'en ai envie. Vraiment pas.

Je me tus et le regardai dans les yeux, inquiète ; il me prit par la main et me força à me rasseoir sur le lit ; puis il me prit dans ses bras.

« Détends-toi… murmura-t-il. Laisse-toi aller. »

Je commençais à manquer d'air. Je cherchai à me reculer ; mais il me serra plus fort, et plaqua à nouveau sa bouche sur la mienne.

Instantanément, je le repoussai ; mais il était beaucoup plus fort, et sa langue franchit la barrière de mes lèvres au moment où il me coucha sur son lit et m'immobilisa par le poids de son corps.

« James », paniquai-je ; mais ma voix fut étouffée par sa bouche.

Je commençai à me débattre ; il me bloqua le bassin de son genou.

Un cri m'échappa.

« Laisse-toi faire » grogna-t-il tout en me bâillonnant.

Qu'est-ce qu'il se passait ? Je ne comprenais plus rien. Je me sentais perdue.

Était-ce normal ?

Je sentis sa main glisser sous mon pull, et là je compris tout à fait.

Non ! Ça ne pouvait pas se passer. Ça ne pouvait pas m'arriver.

Sa main caressa ma poitrine à travers le tissu de mon soutien-gorge, ma pétrissant durement. Je laissai échapper un cri de douleur et panique mêlés, et il resserra sa prise sur ma bouche ; son autre main glissa alors jusqu'à mon jean et le déboutonna.

« Laisse-toi faire… Tu as l'habitude, après tout. »

J'écarquillai les yeux.

Il allait me violer. Il allait me violer ! Prise d'une crise de panique, je me débattis plus fort encore ; je lui mordis la main, et il lâcha ma bouche en poussant un juron. J'en profitai pour crier ; mais il réussit à ma bâillonner à nouveau. Déséquilibré, il se déplaça légèrement pour mieux me bloquer ; il écrasa mon bassin, et je hurlai dans sa paume.

« Ta gueule ! » cria-t-il.

Sa main libre vint appuyer sur mon sexe à travers mon jean ; ce geste me donna envie de vomir, mais en même temps, il me fut libérateur. Car ce faisant, il dut dégager mes genoux et débloquer mon bassin ; mue par une force que je ne me connaissais pas, je réussis à le repousser encore plus, et à lui coller un coup au niveau de l'entrejambe.

Prise de tremblements convulsifs, je me dégageai du lit ; je ramassai mon manteau qui traînait et mes clés, et je sortis en courant de sa chambre et de son appartement, alors qu'il hurlait… qu'il allait me tuer.

Les larmes aux yeux, je regagnai ma camionnette ; je démarrai et partis en trombe, mais mes gestes étaient saccadés, mon cœur affolé, ma conduite brusque. Je saisis mon portable dans la poche de ma veste tout en grillant un feu rouge et en me faisant klaxonner ; et je réussis à quitter Port Angeles tout en trouvant le numéro d'Alice dans mon répertoire.

Je ne savais pas pourquoi je l'appelais. J'étais en état de choc. J'avais peur ; peur de ce qui avait failli se passer, peur de James, et peur de mes réactions. Je conduisais mal, très mal.

« Bella ! Fit sa voix inquiète alors qu'elle décrochait. Qu'est-ce que tu foutais, on a tous essayé de t'appeler.

- Alice, c'est James. Je… je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Il a essayé de me violer ! Et il veut me tuer »

J'explosai en sanglots, réalisant ça, et raccrochai ; je poussai ma camionnette le plus rapidement possible.

Je roulai à tombeau ouvert vers ma maison. Comme si ça pouvait changer quelque chose. Effacer ce qui s'était passé.

Ça ne pouvait pas.

Je déviai ma route, et me garai sur le bas-côté avant de me replier sur moi-même, effrayée de toutes les émotions qui me parcouraient. Je tremblais, je tremblais à n'en plus finir ; mais très vite, je me sentis bien trop à l'étroit dans ma camionnette, et j'en descendis.

Les bois s'étendaient à perte de vue ; la nuit tombait.

Peu importait. Je m'y réfugiai.

Je courus droit devant moi, les larmes brouillant ma vue ; je ne savais pas ce que je faisais, mais je ne me contrôlais plus. Je trébuchai et tombai plusieurs fois, mais me relevai immédiatement ; mon cœur battait à une allure folle, et j'avais l'impression qu'il n'y avait qu'en m'éloignant de tout que j'allais pouvoir me sentir mieux.

La pluie se mit à tomber ; et je m'effondrai au sol une dernière fois. Tremblante, je jetai un coup d'œil à mon coude, qui m'élançait ; je m'étais éraflée au sang. Et il en allait de même pour mon genou. Je me sentais sale ; sale de terre, de sang, de larmes, de sueur, mais encore et surtout sale des mains de James sur mon corps…

Désespérée je laissai les sanglots m'emporter ; et je hurlai, je hurlai jusqu'à ne plus avoir de voix.

Quand enfin je me calmai, la nuit était tombée, et j'étais trempée. La pluie continuait de tomber ; mais ça ne me gênait pas.

Je me sentais déjà un peu moins sale.

Je décidai quand même de me lever, et allai me terrer sous un conifère qui étendait ses aiguilles protectrices au dessus de ma tête…

Je ne sais pas combien de temps se passa avant que je ne sente le faisceau d'une lampe torche venir me caresser.

Je n'avais pas -plus- conscience de grand-chose. Je regardai d'un œil vide Edward qui me retrouvait, sous le grand arbre ; puis je sentis une odeur familière, celle de Jacob, quand deux bras me soulevèrent du sol pour me porter dans une voiture, celle de Charlie. Une bouche sur mon front glacé. Des bras qui me serraient, comme si… comme si je valais quelque chose.

Jacob murmura des choses à mon oreille, dont je ne saisis pas le sens.

« … va aller… on va le retrouver… fils de pute… je suis là… hôpital… Charlie… des heures qu'on te cherche… eu si peur… »

Il me déposa dans la voiture de patrouille de mon père, sous son regard inquiet et au son de la voix d'Alice, Alice qui pleurait… Je me reposai contre la vitre, dans le vague.

Plus tard, c'était l'hôpital.

Et là, je repris conscience.

Une femme médecin s'approcha de moi ; et soudain, la lumière me parut trop crue, et les murs trop blancs, les draps trop blancs, les blouses trop blanches. Trop de voix, trop de regards inquiets. Mon cœur s'affola, mon corps cria de l'intérieur, ma respiration s'accéléra ; tout tournait, me donnait la nausée. La femme posa ses mains sur mon corps ; et je la rejetai, affolée. Je voulus me lever ; mais mon père m'en empêcha, et déploya toute sa force pour essayer de me calmer.

« Là, Bella, reprends-toi ma chérie, ça va aller, je suis là, elle veut uniquement vérifier que…

- Non ! » Hurlai-je.

Je me mis à sangloter.

« Je veux juste rentrer à la maison, papa, s'il te plait, je veux rentrer !

- Chérie, je t'en prie, ce n'est pas grand-chose, elle va t'examiner et après on rentrera…

- Non ! Je ne veux pas qu'elle me touche, je ne veux pas que… »

Je m'interrompis quand la porte s'ouvrit, et que Carlisle débarqua une fiche à la main. Mon père se leva, affolé et dépassé.

« Docteur Cullen…

- Chef Swan, j'ai appris ce qui s'est passé… Je suis désolé, c'est affreux. Bella, comment vas-tu ? »

Je levai des yeux embués de larmes vers lui ; c'était le premier qui me demandait comment j'allais. Le premier.

« Je ne veux pas qu'elle me touche, pleurai-je en jetant un regard au médecin.

- Bien, euh… Et si je restai avec toi ? Il ne t'arrivera rien ici Bella, je peux te le jurer. »

Je hochai la tête, un peu moins paniquée. Lui, je le connaissais. Enfin, pas tant que ça, mais je lui faisais confiance.

Tout le monde sortit de la salle ; bientôt, il ne resta plus que moi, Carlisle, et la femme. Je n'aurais pas su l'expliquer, mais la présence du père d'Edward me rassurait.

Il essaya tout d'abord de me détendre un peu ; puis il me demanda d'une voix douce ce qui s'était passé, et jusqu'où ça avait été.

« Je pourrais rentrer chez moi, après ? » lui demandai-je d'une petite voix sans lui répondre.

« Si je ne vois aucune raison de te retenir, et je ne pense pas qu'il y en ait, oui, tu pourras. Je te demanderai juste de ne pas être seule pendant les prochains jours… mais le Docteur Thompson a besoin de savoir que chercher, Bella. »

Je hochai la tête, alors qu'une larme roulait sur ma joue. Et je leur racontai tout.


EDWARD



Je me suis retenu pour ne pas lui envoyer de messages. Ou même pour ne pas l'appeler directement.

J'ai mis soigneusement de côté le fait d'aller chez elle parce que la pulsion que j'avais à son encontre commence sérieusement à me faire peur.

C'est la première fois que je m'intéresse autant à une fille en dehors de Rosalie.

C'est la première fois que je me sens... autant attiré.

J'ai été tenté d'en parler à Jasper. Hypothétiquement. Mais j'ai eu peur qu'il comprenne mes sous-entendus.

Alors j'ai joué au piano. Durant des heures. Ca faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé, et ça m'a fait un bien fou. Mes parents étaient enchantés. Ma mère était hypnotisée, comme lors de mes premiers concerts au conservatoire. Elle s'est approchée sans faire de bruit et m'a écouté durant de longues minutes et m'a encore une fois demandé si c'était une mélodie d'amour... Et encore une fois, ça m'a bloqué et j'ai tout laissé en plan.

Je suis monté dans ma chambre, j'ai mis Beethoven en boucle, mais il ne m'a pas sauvé de mes pensées. De ce qui ne me quittait plus depuis de longues heures.

J'ai fini par aller dans le couloir et j'ai vu la porte de la chambre de Rose entre-ouverte. J'ai hésité un instant, et j'y suis allé.

Elle s'est figée en me voyant et s'est replongée immédiatement dans son livre. Un son pop sortait de la chaine hi-fi murale - c'était ce qu'elle écoutait quand elle voulait ne penser à rien -.

Je me suis approché et me suis assis à côté d'elle, prenant appui contre la tête de lit, étalant mes jambes devant moi.

J'ai essayé de me concentrer sur le piano que je distinguais derrière une guitare et une batterie, mais rien n'y faisait. Je revoyais Bella partir précipitamment de la douche, sans un regard en arrière, je sentais encore mon coeur pulser dans ma gorge, l'envie toujours présente, l'incompréhension...

Nous sommes restés sans rien dire durant deux albums. Je fixais le mur couleur pêche et elle, la page qu'elle n'arrivait pas à finir. Puis, quand le troisième album s'est enclenché, je lui ai pris doucement le livre des mains et l'avais posé sur la commode à côté de moi avant de passer un bras maladroit autour de ses épaules. Elle avait retenu ses sanglots. Longtemps. Et avait fini par céder.

Elle a pleuré durant de longues minutes, j'ai essayé de lui parler, mais je n'y arrivais pas, alors je l'ai serré un peu plus contre moi, et elle a fini par s'endormir.

Si seulement c'était aussi facile avec Bella.

Si seulement je n'avais pas besoin d'avoir recours aux mots pour lui faire comprendre ce que je ressentais.

Si seulement on arrivait à être amis...

oOo

Le lendemain, quand j'arrive sur le parking du lycée, je me sens bizarre, je ne sais pas trop quelle attitude adopter.

J'ai beaucoup réfléchi à ce qui s'était passé hier.

J'ai tout analysé. Tout. Dans ses moindres détails.

Ses peurs, ses désirs, ses réticences, ses larmes...

Son abandon.

Sa fuite.

Je n'ai pas pu trouver une solution adéquate à ce que j'avais moi-même ressenti. A cette sérénité qui m'avait envahi lorsque je l'avais serré contre moi.

Je me suis dit qu'en la voyant, je saurai.

Mais quoi?

Si elle avait vraiment sa place dans ma vie?

Si j'étais capable de lui en faire une?

Si j'en avais envie?

Je ne sais vraiment pas ce que je veux avec elle. Juste pouvoir exister dans ses yeux. La mettre en colère...; Pour pouvoir la serrer contre moi.

Qu'elle me fasse tout oublier.

Ma solitude, mon amour brisé, mon manque d'inspiration, mon inaptitude à connaître et comprendre l'être humain.

Qu'elle assouvisse mes désirs. Et surtout qu'elle ne prenne pas une trop grande place dans ma vie.

C'est égoïste de vouloir une telle chose. J'en ai bien conscience. Mais je l'ai toujours été. Et encore plus depuis que Rosalie m'a quitté. C'est trop douloureux de s'occuper et se soucier de quelqu'un d'autre que soi. On finit toujours par être déçu et par se perdre soi-même. Je ne veux pas vivre ça.

Je sors résolument de ma voiture et observe rapidement le parking; elle est déjà là. Sa vieille camionnette est garée à quelques mètres de moi.

J'inspire profondément et me dirige vers notre point de rendez-vous habituel.

Ma gorge se serre lorsque je la vois assise contre le bâtiment D, Alice accroupie devant elle.

Qu'est-ce que je dois lui dire?...

" Salut. "

Je me tourne vers ma droite et vois Jasper arriver à grands pas vers moi. Il a l'air soucieux.

Je lui fais un signe de tête et reporte mon attention sur Bella. Qui n'a toujours pas bougé.

" Ca va? " Lui demandè-je.

Il soupire et se passe une main nerveuse sur le visage.

" J'en ai marre de faire la navette entre Alice et Emmett, ça devient vraiment ridicule comme situation. "

Je ne réponds pas et continue à fixer Bella.

Nous continuons à marcher en silence et quand nous arrivons à leur hauteur, elle me lance un regard... vide, qui m'arrête instantanément.

Alice continue à la réconforter, Jasper entame la conversation et j'ai le coeur au bord des lèvres. Ainsi, elle m'en veut toujours et peut-être même encore plus. Comment expliquer son regard autrement?

J'observe la rougeur de ses joues dûe par le froid, ses lèvres légèrement gercées, ses cheveux toujours autant indisciplinés et je pense à Rose, tout à coup. Rose, que je pensais être la femme de ma vie. Elles sont aux antipodes... Alors pourquoi mon instinct la choisie, elle? Et pourquoi maintenant?

Avant, je la regardais à peine, voire pas du tout. Elle n'avait jamais éveillé ma curiosité ou un intérêt quelconque.

Et maintenant, je pense à elle. Tout le temps.

Et j'ai envie d'elle. Tout le temps.

Moi, le misanthrope et elle, la maladroite...

La cloche sonne et je ne la quitte pas des yeux. Elle, elle évite de regarder dans ma direction. Jasper me demande dans quel bâtiment je dois me rendre et je ne lui réponds même pas.

Je cherche juste à la comprendre.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi?... Telle est la question qui hante mon esprit lorsque je me dirige machinalement vers le hall principal, sans leur adresser un regard ou une parole.

oOo

Les Maths n'ont jamais été ma tasse de thé. J'ai toujours préféré la Biologie à la logique.

Monsieur Zimler, mon prof de Maths est quelqu'un d'exigeant. Peut-être même trop quand il s'agit de moi. Tous les autres enseignants lui ont venté mes mérites, il ne comprend pas pourquoi je n'adhère pas à sa matière. Pourquoi je ne fais pas spécialement d'efforts pour être excellent.

Quelqu'un dans le fond de la classe a évoqué Rosalie et Emmett. Ca m'a fait comme si on me donnait un coup dans l'estomac.

Quelqu'un d'autre a parlé de Bella - tout le monde est au courant de tout dans ce lycée?... - J'ai eu l'impression qu'on m'arrachait les entrailles.

Le prof m'a regardé avec condescendance et peut-être une pointe d'irritation. J'ai fini par prendre mes affaires et quitter le cours. Comme ça, sans raison. Il m'a appelé tout le long du couloir, mais je ne me suis pas retourné. J'ai continué à marcher et à penser à Bella.

Je suis resté près d'une heure et demie à marcher dehors, à faire je ne sais combien de fois le tour de l'établissement et elle était restée dans les limbes de mon esprit.

Encore une fois; Bella Swan, qui es-tu et que me veux-tu?

Pourquoi toi et pourquoi maintenant, alors que mon coeur saigne toujours à cause d'une autre?

La récréation arrive plus vite que je ne l'avais pensé et quelques minutes plus tard, je vois arriver Jasper et Alice, mains dans la main. Elle finit par arriver elle aussi, bien entendu. Mes yeux s'attardent sur elle, mais elle reste enfermée dans sa bulle, ne parlant pas plus que moi.

Alice me regarde avec reproche et... colère?... mais ne fait aucun commentaire.

Le temps s'éternise et je me demande si je ne vais pas aussi sécher la Biologie quand je me rappelle que Bella a cours dans le même couloir que moi.

La cloche sonne à nouveau et je la regarde s'éloigner vers le bâtiment D.

" Tu ne peux pas la laisser un peu tranquille? " Me demande Alice avec raideur.

Je me tourne vers elle, surpris tout autant que Jasper.

" Lice... Il y a un problème? " La questionne-t-il.

Elle soupire bruyamment et rajuste un peu son manteau avant de lui répondre:

" T'as qu'à lui demander pourquoi elle est comme ça. Je suis sûre que tu en tomberais des nues... "

Elle l'embrasse rapidement et s'éloigne à grands pas à son tour.

" Il faut que tu l'excuses. Elle est sur les nerfs en ce moment, avec son frère, ses parents qui se demandent ce qui se passe, le bal de Noël, tout ça... Ca fait beaucoup de choses à gérer pour elle. " Me dit-il, un peu mal à l'aise.

J'acquiesce machinalement et continue de fixer l'endroit où elle a disparu de mon champ de vision.

Bella lui aurait-elle parler?

" Tu ferais mieux d'y aller. Mr Warner n'aime pas les retards... "

Je hoche la tête une nouvelle fois et m'avance vers le bâtiment D.

Lorsque j'arrive dans le couloir, et la vois en plein conversation avec Newton quand mon estomac se tord violemment. Je les fixe un instant alors qu'elle lui donne une réponse négative et finis par tourner les talons sans m'avoir remarqué avant de disparaître dans sa salle de cours. Je me surprends à être déçu.

Génial... Maintenant, c'est elle en tant que personne qui est en train de me manquer.

oOo

Deux heures interminables plus tard, faites de réflexions stupides sur le bal et des commentaires monotones de Mr Warner qui ne m'accorde plus aucune attention - ô joie!... - je me dirige d'un pas pesant vers le self.

J'aperçois Jasper seul à notre point de rendez-vous.

" Elles sont déjà à l'intérieur. " Me dit-il.

J'acquiesce et nous nous faufilons dans la queue.

" Il faut que je te parle d'Emmett. "

Je me tourne vers lui, me retenant à grand peine de ne pas serrer des dents. Son visage est aussi paisible que d'habitude mais son regard est étrangement résolu.

" Il sait que ça prendra du temps. Rosalie aussi... Mais il veut que vous essayez de devenir amis. "

Cette fois, je ne peux m'empêcher d'écarquiller les yeux. Est-ce que j'ai bien entendu?

" Il sait que ça prendra du temps! " Répète-t-il.

J'ouvre la bouche quand je le vois un peu plus loin, en train de rire avec elle.

" Hors de question. Finis-je par dire avant de me détourner.

_ Je savais que tu répondrais ça... " Souffle-t-il.

Quelques minutes plus tard, nous rejoignons les filles et je me laisse tomber à côté de Bella qui ne m'accorde toujours pas un regard.

" Nous parlions du bal! " S'excite Alice au sautillant sur sa chaise.

Jasper sourit alors que j'enlève mon manteau, en effleurant le bras de Bella. Ma gorge se serre un peu mais je n'en laisse rien paraître et commence machinalement à manger.

Au bout de quelques minutes, Bella se décale sous le regard surpris de Jasper.

" Un problème, Bella?

_ Non... Ma chaise était bancale. " Répond-elle précipitamment.

Je la regard un instant, ses joues rouges par la gêne cette fois-ci, des mèches de cheveux éparses et ma gorge se serre un peu plus.

" Attends, je vais regarder. "

Disant cela, je me penche sur elle sous le regard surpris et goguenard d'Alice.

" Pas la peine! Il suffira que je la change! Mais pour un seul repas, elle fera l'affaire. " Siffle-t-elle.

Je lève mes yeux vers elle et vois les siens lancer des éclairs. J'ouvre la bouche quelques instants et finis par esquisser un sourire.

Elle ne supporte pas que je l'approche... Pourquoi? Par peur? Par désir?

" Alors Bella, je t'ai vu éconduire assez méchamment ce pauvre Newton. " Dis-je au bout de quelques minutes de silence.

Alice ouvre grand la bouche de stupeur et d'excitation, son regard faisant des aller-retours entre moi et son amie. J'oserais, je demanderais presque à Jasper de la prendre en photo...

" Eh bien ça te fait quelqu'un à inviter au bal si tu as peur de t'y retrouver seul. " Raille-t-elle.

Je ris cette fois.

Non, je ne la laisse définitivement pas indifférente.

" J'ai quelqu'un d'autre en vue. "

Mon coeur rate un battement lorsque les mots sortent de ma bouche. Je me verse un verre d'eau et le bois pour garder une certaine contenance alors que cette fois, c'est sur moi que toute l'attention d'Alice s'est posée.

" Qui? " Me demande-t-elle.

Je la regarde un instant et m'appuie légèrement un peu plus contre le dossier de ma chaise, observant Bella à la dérobée. Elle a les yeux baissés sur son assiette et joue doucement avec sa nourriture. Mon nouveau jeu préféré va pouvoir commencer...

" Je te laisse le choix de deviner. " Dis-je à Alice.

Jasper me regarde en plissant légèrement les yeux, comme s'il espérait lire en moi pour avoir la réponse avant tout le monde, mais je ne laisse rien transparaître.

" On m'a dit que Jessica était intéressée. " Finit-il par répliquer.

Je le regarde un instant. Il ne croit pas à ce qu'il dit et le subterfuge est trop gros pour que je m'y laisse prendre.

" Ouais... Elle me l'a proposé. Mais j'ai mieux. "

Alice me regarde intensément elle aussi, et je vois presque ses neurones s'activer frénétiquement pour trouver " l'heureuse élue ".

Au bout de quelques secondes, choisissant avec soin mes mots, je finis par leur dire:

" En fait, il se pourrait qu'elle soit à cette table. "

Jasper me regarde en arquant les sourcils alors que sa copine ouvre à nouveau grand la bouche en jetant un regard à Bella qui s'étouffe à moitié et se lève vivement.

" J'ai plus faim. "

Elle s'éloigne précipitamment en trébuchant un peu alors que je la suis des yeux, à moitié satisfait, à moitié déçu.

" Je crois que... c'est toi qui viens de te prendre un refus. " Me dit Jasper.

Je reporte mon attention sur lui tandisqu'Alice a toujours la bouche à moitié ouverte et finis par me lever à mon tour.

" On va voir ça. " Lui dis-je en m'éloignant à mon tour.

Je la cherche un instant des yeux et la vois avec surprise verser un verre d'eau sur la tête de Crowley puis sortir à grands pas du self sous le regard rieurs de certains. Je jette un regard noir au métis qui rit avec ses amis pose le plateau et sors à mon tour.

Machinalement, je me dirige vers la cours et finis par la voir à quelques pas de l'entrée, dos à moi, la tête légèrement penchée en arrière, semblant respirer à grands poumons.

" Tu ne veux pas venir au bal avec moi? " Lui dis-je, l'estomac un peu noué.

Elle se fige un peu, mais ne répond pas tout de suite. Puis, elle se retourne vers moi, les yeux légèrement rougis. Par le froid? Les larmes?

" Ca ressemble à une invitation à sortir avec toi, ça. "

Mon coeur manque un battement et j'essaye de rester le plus détaché possible.

" En effet... J'ai pas le droit? "

Quelques élèves passent à côté de nous, en nous regardant curieusement et j'ai envie de la prendre par la main pour l'entraîner dans un lieu plus calme, mais la perspective que peut-être Jessica ou une de ses copines puisse nous voir et nous entendre est plus forte.

" En as-tu seulement envie ? " Me demande-t-elle.

A nouveau, ma gorge se serre et j'ai envie de tenter l'impossible.

La perspective d'aller à ce bal ne me réjouit pas plus que ça, mais si j'ai une chance de la voir en robe de soirée et de pouvoir l'énerver, alors le jeu en vaut la chandelle.

Tu n'as pas besoin de l'accompagner pour ça...

Je serre des dents et reprends une attitude nonchalante.

" Je suis pas trop du genre à tenter un refus quand je ne veux pas réellement ce que je demande. Mais je comprendrais si tu ne veux pas... seulement... après hier... je pensais que ça serait logique... qu'on y aille ensemble. "

Génial. Le sujet que je ne voulais surtout pas aborder aujourd'hui...

" Logique, hein ? Tu sais quoi, j'aurais aimé y aller avec toi à ce bal, Edward. Si ça n'avait pas juste été une question de logique. " me réplique-t-elle, acide.

Sa réponse m'atteint comme une gifle. Oui, elle m'aurait giflé, je n'aurais pas été plus choqué.

Elle ne supportait pas que je l'approche, mais elle voulait venir avec moi au bal. Seigneur, cette fille a-t-elle un mode d'emploi?

" Si tu avais eu envie de m'y amener même sans ce qui s'est passé hier. " Ajoute-t-elle.

Je ne sais pas trop ce que je ressens. Je ne comprends pas trop sa réponse.

Suis-je heureux? Soulagé?... Elle veut? Elle ne veut pas?

" Donc, tu acceptes? "

Elle ne répond pas directement à ma question et me demande pourquoi. Pourquoi j'ai envie d'y aller avec elle.

Peut-être par défi de tourner la page de Rose, peut-être parce que j'en ai vraiment envie, peut-être parce que j'ai envie de la voir sourire, peut-être parce que je sais tout au fond de moi qu'elle ne me dira pas " non ".

Je finis par lui dire - peu hésitant - que ça me ferait plaisir et ses yeux s'illuminent légèrement.

" Tu es la seule personne avec qui je pourrais accepter d'aller à ce bal. Mais qu'est-ce qui a changé depuis mercredi, hein ?

_ Je t'ai montré que je pouvais être quelqu'un d'aimant.

_ Oui, dans un cabinet de douche du vestiaire des filles. Mais en dehors… En dehors, plus rien! "

Je ne veux pas parler de ça. Pourquoi parle-t-elle de ça?

" Qu'est-ce que tu veux? " Lui demandè-je.

Mon coeur pulse dans ma gorge et je ne sais pas pourquoi cette question. Parce que la réponse, je ne veux pas la connaître, même si je sais qu'elle ne me répondra pas forcément franchement. Par peur d'être blessée. Parce que c'est tout ce que je suis bon à faire avec elle: la blesser.

" Rien que tu ne daigneras jamais m'offrir. Mais ne t'en fais pas, Edward. C'est ok. Je t'accompagnerai à ce bal. Si tu ne te désistes pas avant. "

Ma respiration se bloque alors que je la regarde s'éloigner.

Elle n'avait pas l'air heureuse. Ni en colère. Ni même enthousiaste. Elle avait l'air... Triste, résignée. Comme si je lui demandais de m'accompagner à un enterrement.

Je l'observe monter dans son antique camionnette et sors mon portable pour lui écrire un sms.

Au loin, j'entends la porte du gymnase s'ouvrir lourdement et par réflexe, je tourne la tête dans sa direction. Rose et Emmett en sortent, riant aux éclats, main dans la main. Il finit par la retourner, la serre contre lui et elle passe ses bras autour de sa nuque pour l'embrasser.

Ca me fait mal de la voir heureuse avec un autre. Mais je ne sais pas... Il y a quelque chose d'autre. C'est moins violent. Ca blesse moins.

Je reporte mon attention sur mon portable et écris:

" Bella… dis-moi, quand as-tu su que tu n'étais plus amoureuse de Jake ? E. "

Je deviens sentimental et je n'aime pas ça. Je n'ai jamais aimé la mièvrerie dans les romans. J'ai toujours préféré l'amour passionnel et infernal que Frollo vouait à Esméralda qu'à celui tendre et mielleux qui unissait Roméo et Juliette.

L'amour doit rendre heureux, oui, mais pas seulement.

L'amour doit être obsédant. Déchaîné. Incommensurable. Et même douloureux.

Elle ne tarde pas à répondre alors que Rose et Emmett s'engouffrent dans la Jeep de ce dernier.

" Je crois que je l'ai su quand d'autres ont commencé à investir mes pensées. B. "

D'autres?... M'y inclut-elle?

" Pourtant, il ne t'est pas indifférente, je l'ai bien vu la dernière fois chez toi. "

" Je ne peux pas tirer un trait dessus, Edward. J'ai partagé quelque chose de très important avec lui, et des moments qu'aucun autre ne pourra jamais me faire revivre ; et quelque part, je regrette ce temps. Mais malgré tout… ça ne m'empêche pas de savoir aujourd'hui que lui et moi, c'est mort et enterré. B. "

Je me rends compte en la lisant que moi non plus, je ne pourrai jamais complètement oublier Rosalie. Qu'elle restera à jamais mon premier grand amour, peut-être même le seul.

J'écris à nouveau:

" Elle est amoureuse de lui. "

Je m'y résigne. Il faut que je l'accepte. Elle m'aura oublié dans quelques semaines, si ce n'est déjà fait.

Elle sourit quand je la vois avec lui, mais dès qu'il n'est plus là, on dirait une fleur morte. Elle est mélancolique. Rêveuse, nostalgique. Elle ne me parle toujours pas, peut-être attend-elle que je fasse le premier pas, peut-être pense-t-elle que j'ai besoin de temps et je sais au fond de moi qu'elle n'a pas tord, mais je sais aussi que quelque chose lui manque dans sa vie. Elle n'a jamais réussi à vivre seule ou isolée. Elle a toujours eu besoin qu'on la rassure, qu'on la protège.

Mon portable vibre à nouveau; je jette un coup d'oeil vers la camionnette et vois qu'elle n'est toujours pas partir. Je le saisis et ouvre le texto.

" Eh bien je suis désolée. Mais à toi de tourner la page désormais. C'est pas facile ; mais je l'ai fait, alors pourquoi pas toi ? Courage. "

Elle essaye d'être condescendante malgré tout ce que je lui ai dit ou fait. Elle est vraiment bizarre...

" Elle va mal, passe la voir s'il te plaît. "

Cette fois, je remets le portable dans ma poche et me dirige à mon tour vers ma voiture. Et si j'allais tenter pour la énième fois de terminer cette foutue partition?

oOo

Quand j'arrive chez moi quelques minutes plus tard, ma mère lève les yeux d'un livre de déco et croise ses bras, signe qu'elle va me reprocher quelque chose.

" Ca s'est bien passé aujourd'hui? "

Je referme la porte et enlève mon manteau en silence.

" Tu as eu un cours de Maths, non? "

Je soupire et passe ma main dans mes cheveux.

" C'est bien la première fois que tu quittes un cours comme ça, Edward. Je veux bien comprendre que ce qui se passe avec Rosalie n'est pas évident à vivre, mais là, nous parlons de ton avenir!

_ Je n'ai pas envie de devenir un grand scientifique, comme Papa. " Lui dis-je, amer.

Elle me regarde, outrée, alors que je me dirige vers le piano.

" Ce n'est pas une raison!

_ Je m'excuse, voilà, tu es satisfaite?

_ Ne me parle pas comme ça! "

Je lui jette un rapide regard et vois que je l'ai blessée. Génial!

Je soupire, passe une main tremblante sur mon visage et réplique:

" Je suis las. Je dors mal, pardonne-moi. Mais je ne suis pas parfait! Arrêtez avec cette idée fixe!

_ Tu es mon fils! Encore heureux que je te trouve parfait! "

Je ne réponds pas et me tourne à nouveau vers les clés de l'instrument. Je l'entends soupirer et se diriger vers la cuisine et j'attends. J'attends... Une gamme, un enchaînement, n'importe quoi. Mais rien ne vient.

Bon sang, c'est pas vrai! Elle est où l'inspiration?

oOo

Une vingtaine de ratures, trois verres de lait et six cookies plus tard, je pose brusquement mes coudes sur le piano et passe pour la centième fois au moins mes mains dans ma tignasse.

Ma mère arrive avec un nouveau verre de lait et une nouvelle assiette de cookies mais se fige devant mon regard noir. Elle dévie son trajet et va tout poser sur la table quand quelqu'un frappe à la porte.

Je soupire et me lève pour aller ouvrir, en prenant mes partitions.

Résigné, j'ouvre la porte et vois Bella, un peu mal à l'aise. Je la regarde un instant et m'écarte pour la laisser entrer.

Je la suis des yeux alors que ma mère l'accueille chaleureusement, un grand sourire aux lèvres.

" Moi, c'est Esmée, la mère d'Edward. Je suis ravie de te rencontrer. Alors c'est toi, la fameuse Bella ? "

Je grogne sous le regard rieur de ma mère. Génial. Elle va sans doute vouloir jouer les entremetteuses. Sauf que je n'ai pas besoin d'elle pour ça.

Surtout avec Bella...

Elle discute alors que machinalement, mes yeux se sont posés sur sa nuque que j'entre-aperçois puis j'entends le nom de Rose.

" Je vais te conduire à sa chambre. "

Je me détourne avant de croiser le regard que je devine triste de ma mère et me concentre sur Bella qui ne me regarde toujours pas.

Qu'est-ce que j'ai encore fait?

Je serre des dents et monte derrière elle. Lorsque nous sommes hors de vue du salon, je lui demande:

" Tu es intimidée d'être chez moi?

_ Je ne suis que de passage.

_ Pourquoi t'es si froide? " M'agacè-je.

Je m'arrête et fixe intensément son dos, agacé. J'ai l'impression de faire des montagnes russes émotionnelles avec elle.

Un coup elle est emportée, passionnée, l'instant d'après elle est froide comme la mort.

" Où est Rose? me demande-t-elle en se retournant.

_ Je t'ai posé une question!

_ J'ai juste abandonné l'idée de faire semblant d'être ton amie. "

Faire semblant?

Malgré moi, la colère s'éveille dans mon ventre, je monte les dernières marches, la saisis par le poignet et l'entraîne dans ma chambre. Je referme la porte et allume la chaîne pour éviter que ma mère ou Rose ne nous entende.

" C'est quoi ton problème? Eructè-je.

_ C'est pas la chambre de Rose, ça. Je ne suis pas venue m'engueuler avec toi.

_ Pourquoi tu dis que t'as abandonné l'idée d'être mon amie ? On commençait à bien s'entendre ! "

Ce n'est peut-être pas ce que j'aurais dû dire. Et vu le regard noir qu'elle me lance, ce n'est définitivement pas ça.

" À bien s'entendre hein ? Oui, entre deux disputes ! De toutes façons, je ne couche pas avec mes amis.

_ Tu veux me faire comprendre quoi, là ? "

Ma voix est voilée. Ma respiration dure. Qu'est-ce qui se passe?

" Que nous deux, je ne veux même plus en parler. L'amitié ne nous va pas, et le reste… je n'en veux plus. C'était un bon exutoire, mais autant s'arrêter là. "

Elle dit ça sans vraiment me regarder, les yeux baissés. Mon coeur bat encore plus vite et j'ai un besoin inexplicable de la prendre contre moi.

" Tu es amoureuse de moi ? "

Ma gorge s'assèche alors que les mots s'échappent. Ce n'est pas une demande. Ce n'est pas non plus une constatation. J'ai besoin d'entendre un " non " pour la première fois de ma vie. Je ne veux pas qu'elle complique encore plus mon existence. Car si elle l'est, je devrais encore plus m'interroger sur ce que j'ai ressenti hier.

" Donne moi une raison depuis qu'on se connaît pour que je sois tombée amoureuse de toi. "

Et le non était venu. Réconfortant, soulageant... et douloureux.

" Ton mépris pour chacun de nous, quand tu es arrivé ? Ton incapacité à t'intéresser à quoique ce soit d'autre que ton nombril ? La façon dont tu m'as baisée dans la forêt ou prise dans la douche pour ensuite m'ignorer au lycée ? "

Elle débite ses paroles, les yeux remplis de larmes, me donnant des coups de poignard invisibles, des coups qui me font sentir vivant à nouveau.

Les larmes coulent, ses yeux s'illuminent. L'envie revient. Comme si je cherchais toujours un moyen de la faire sortir de ses gonds, pour qu'elle en fasse de même avec moi et que je finisse par...

" Es-tu donc si égocentrique en plus ? "

Fais-le...

... par la saisir brutalement et plaquer ma bouche contre la sienne. Je ferme désespérément mes yeux et essaye de me fondre sur ses lèvres alors que le sang bat fort dans mes tempes.

Laisse-moi faire, s'il te plaît... Laisse-moi faire...

Elle reste inerte - comme d'habitude - et je finis par m'éloigner, nauséeux.

Je me détourne pour ne pas la jeter sur mon lit et lui réplique, amer:

" Je suis tellement égocentrique que je pense tout le temps à toi depuis des jours… La chambre de Rose c'est la dernière porte sur ta gauche. "

Puis, sans attendre la réponse, je sors de ma chambre et descends les escaliers. Sans un regard, je mets mon manteau et sors dans la nuit tombante.

oOo

Combien de temps suis-je resté dehors, à penser, réfléchir, analyser, tout ça pour rien?

Combien de temps à errer tout en mourant de froid?

Je ne sais pas.

Mais quand je rentre chez moi, je n'aspire qu'à une seule chose: une bonne douche brûlante, un chocolat et mon lit. Mon lit froid, grand et vide. Mais mon lit où vivent mes rêves, mes fantasmes, et peut-être même... elle.

J'enlève mon manteau quand Rose descend précipitamment les escaliers, son portable en main, complètement affolée.

" Où étais-tu? Pourquoi as-tu éteint ton portable? Ca fait plus de deux heures que j'essaye de t'avoir! "

Je serre les dents et me détourne sans rien dire, essayant tout de même de monter les escaliers quand elle me dit quelque chose qui me fige sur place:

" Bella a disparu. "

Le coeur battant soudain comme si j'avais couru le plus grand marathon du pays, je me tourne vers elle comme au ralenti alors que ses yeux s'embuent de larmes:

" Ca fait plus de trois heures, maintenant, ils la cherchent partout. "

Je fais demi-tour et me précipite sur mon manteau, les mains tremblantes. Je cherche le numéro et attends deux sonneries.

" Edward! On est à l'entrée de la ville avec le père de Bella! On va faire une battue! On a retrouvé sa camionnette ouverte. Me dit précipitamment Jasper.

_ Vous êtes où exactement? "

Il m'explique l'endroit exact où il se trouve et quelques secondes plus tard, je raccroche et me dirige vers la sortie.

" Il lui est arrivé quelque chose! J'aurais dû la convaincre de ne pas y aller!

_ De quoi tu parles? M'agaçè-je, le coeur au bord des lèvres.

_ Elle est allée voir James... Pour rompre. Elle m'a donné son adresse et je...

_ Donne-la moi!

_ Euh... Je... Je crois que c'est l'immeuble sur Lane Road à Port Angeles...

_ Parfait. "

Je sors à nouveau dans la nuit, la fatigue disparue et me dirige vers ma voiture alors que Rose crie mon prénom derrière moi.

Moins d'un quart d'heure plus tard, j'arrive à l'entrée de la ville où la grosse Jeep d'Emmett et plus d'une dizaine d'autres sont garées.

Tout le monde s'agite dans tous les sens, les gardes forestiers sont là avec leurs chiens, la police est en train de ratisser et de cadrier tous les bois environnants.

Je cherche des yeux la carrure d'Emmett ou un visage connu quand Jacob arrive en trombe sur sa moto. Il en descend précipitamment et se dirige vers l'avant de la file. Le coeur battant, je le suis et vois le Shérif entouré d'une dizaine d'hommes dont Emmett et Jasper qui regarde attentivement une carte en donnant d'une voix tremblante ses ordres.

" ... Je ne veux personne, vous m'entendez? Personne qui s'arrête avant qu'on ne l'ait retrouvé vivante! Même s'il faut qu'on y passe toute la nuit! Même s'il faut qu'on y passe toute la journée de demain, vous allez me retrouver ma fille! "

A la lumière de la lampe torche qu'il tient dans sa main, j'aperçois le visage défait et grave d'Emmett qui acquiesce en essayant de retenir la carte. Puis, Jasper lève ses yeux vers moi et me rejoint.

Il me tend une corne de brume d'une main légèrement tremblante et je me rends compte que les miennes tressaillent également.

" Tu vas partir avec Jake. Nord - Nord - Est. Il connait bien l'endroit, vous ne vous perdrez pas. C'est un endroit qu'ils fréquentaient volontiers avant... Quand ils se parlaient encore. Si vous la retrouvez avant nous, vous donnez trois coups de corne, c'est notre signal, puis vous retrouvez la route le plus vite possible. "

Tel un automate, j'acquiesce, incapable de parler.

Elle est allée le voir pour rompre...

Elle est y allée à cause de toi...

Les hommes commencent à se disperser, les chiens à aboyer.

Je croise un instant le regard d'Emmett qui s'éloigne avec Jasper et le père de Bella. Je le regarde partir quand une ombre s'approche de moi, me faisant presque sursauter.

" Tu as de bonnes chaussures? " Me demande Jacob.

Je me tourne vers lui et frissonne malgré moi sous ses yeux noirs. Il a l'air... menaçant. Inquiet. Il ne ressemble plus du tout à celui que j'ai vu deux ou trois fois.

" On n'a pas de temps à perdre là, alors accouche!

_ Je ferai avec celles que j'ai. Répliquè-je en serrant des dents.

_ Parfait! C'est ce que je voulais entendre. "

Il ne m'attend pas et commence à s'engouffrer dans les bois sans un regard en arrière. Au bout de quelques secondes, je le suis et cours un peu pour le rattraper.

Il observe tous les recoins, se servant peu de la lampe torche. Il pose de temps en temps une main sur un arbre, et reprend directement sa course après en marmonnant des paroles inintelligibles. Je le suis, ne sachant pas quoi faire, quoi lui dire, regardant autour de moi, essayant d'apercevoir quelque chose, et me surprends à prier pour la retrouver en premier.

Au bout d'une demie heure, nous bifurquons légèrement sur la gauche.

" Jasper a dit Nord Nord-Est. "

Il s'arrête brusquement et tourne sa lampe torche vers mon visage, m'aveuglant.

" Elle est passée par là. Désolé mais je ne suis pas en train de faire une promenade de santé. Je veux retrouver la fille dont je suis amoureux et qui a failli se faire violer! " Gronde-t-il.

L'air se bloque dans ma gorge alors que mon sang se gêle dans mes veines.

" Elle a quoi?... Murmurè-je la voix rauque.

_ Tu as très bien entendu. Si seulement je tenais ce fils de... "

Je n'attends pas la fin de sa phrase et me remets à marcher dans la direction qu'il s'apprêtait à prendre, cherchant partout, soulevant les moindres branches basses, écartant tous les buissons, quand tout à coup, je vois quelque chose de difforme allongé sur le sol.

Mon coeur bat la chamade alors que je hurle le prénom de Jacob. Moins de trois secondes après, il est à côté de moi, braquant la lampe vers le buisson.

" Tu l'as trouvé? " me demande-t-il la voix rauque.

Il éclaire doucement ses jambes recroquevillées, son manteau couvert de terre, puis son visage pâle, ses yeux clos, ses cheveux parsemés d'aiguilles de sapin.

Mon coeur bat douloureusement dans ma poitrine alors que les larmes affluent et qu'il se penche délicatement sur elle.

Ses lèvres effleurent son front et il la prend dans ses bras, comme si c'était la huitième merveille du monde. Je le regarde faire, incapable de bouger, incapable de parler. Incapable de détourner mon regard.

Il la serre contre lui et ferme les yeux en se mettant à marmonner des choses incompréhensibles.

" Elle est gelée. Il faut vite retrouver la route. Fais sonner la corne. "

Il se remet rapidement en route alors que je ne bouge toujours pas, le coeur battant encore à tout rompre, puis, dans un état second, je lève la corne de brume et appuie trois fois dessus avant de rebrousser chemin.

Presque une heure plus tard, passée dans le silence le plus total, nous atteignons enfin l'orée du bois où des voix nous parviennent difficilement. Lorsque je pose les pieds sur la route, je vois le père de Bella arriver en courant vers Jacob en remerciant le ciel. Jacob s'avance vers la voiture de fonction et la pose délicatement sur le siège passager alors que le Shérif s'installe au volant et donne ses dernières directives d'une voix tremblante.

" Vous l'avez retrouvé? " me demande une voix derrière moi.

Doucement, je me retourne et vois Jasper et Emmett arriver en courant.

J'acquiesce et reporte mon attention sur la voiture de police.

" On a décidé de se séparer il y a plus d'une demie heure, le père de Bella pensait qu'on avait plus de chances de... Bon sang, elle est vivante! " Dit Jasper en sortant son portable de sa poche.

Il s'éloigne un peu de nous et parle précipitamment - à Alice sans doute - alors que Jacob revient vers nous.

" C'est Edward qui l'a vue en premier. "

Emmett me jette un rapide regard alors que je fixe la voiture du shérif s'éloigner vers la ville.

" C'est toi qui as voulu changé de direction. Répondis-je.

_ Si je tenais le fils de... "

Jasper revient vers nous, le visage fermé alors que j'encre mes yeux dans ceux du colosse, le coeur battant un peu plus vite.

" On peut prendre ta voiture? "

Il me regarde sans rien comprendre, et je rajoute rapidement:

" L'immeuble sur Lane Road, au rez-de-chaussée. C'est bien ce que tu voulais, non? "

Emmett et Jazz échangent un rapide regard alors qu'un sourire carnassier se dessine sur les lèvres du brun.

" Qu'est-ce qu'on attend? " Demande impatiemment Jacob.

Sans ajouter un mot, nous tournons les talons et nous dirigeons à pas précipités vers la Jeep.

Jasper me laisse monter devant, alors qu'Emmett allume la radio et fait hurler le moteur.

" Messieurs, nous allons déguster de bons oeufs pochés avec une tarte aux prunes et aux marrons, j'espère que vous avez faim. "

Malgré moi, j'esquisse un sourire alors que Jacob éclate de rire derrière moi.

" Cet enfoiré va regretter d'être né. " Dit-il en se frottant les mains.

oOo

Vingt minutes plus tard, nous nous arrêtons dans la rue déserte.

Emmett se cale un peu plus dans son siège en augmentant le son de son auto-radio.

" C'est son rituel. " Me murmure Jasper alors que je regarde le colosse se " concentrer. "

Puis, il ouvre à nouveau les yeux, craque ses doigts et sort de la voiture.

Le rythme cardiaque un peu accélérer à cause de l'appréhension et de l'excitation, je sors à mon tour, à l'instar de Jasper et Jacob qui sautille partout.

Emmett contourne la Jeep et en ouvre le coffre. Il y farfouille quelques secondes et revient avec deux battes de baseball.

" Emmett... On va lui donner une leçon, pas le tuer. " L'avertit Jasper.

Jacob éclate de rire en prenant l'une des battes alors qu'Emmett a à nouveau un sourire carnassier.

" C'est pour les meubles.

_ Il vit peut-être chez ses parents.

_ Il devra donc les racheter. "

Jasper ouvre à nouveau la bouche, mais le colosse tourne les talons et se dirige avec Jacob vers l'entrée.

Prenant une grande inspiration, je les suis. Nous tournons dans le couloir sur la droite et constatons qu'il n'y a qu'une seule porte. Tant mieux; je me voyais mal expliquer aux gens pourquoi deux d'entre nous avaient des battes de baseball.

Emmett nous jette un regard mais Jacob frappe en premier. Nous entendons du bruit derrière la porte, puis celle-ci s'ouvre sur James qui se prend un coup de batte en plein ventre de la part de colosse.

" Emmett! Rugit Jasper.

_ ... Désolé. Ca m'a échappé. "

James - qui s'est effondré sur le sol en se tenant le ventre - se relève et prend quelque chose derrière ma porte. Une batte. Ils font tous du baseball dans cet état?

Il essaye d'atteindre Emmett, mais chancèle à cause de la douleur et rate son coup.

" Un Lakers en plus? L'équipe la plus minable du conté! " Dit-il en regardant le nom gravé sur la crosse.

Puis, tout se passe très vite. Jasper attrape la batte du colosse qui se saisit de celle de James et les coups commencent à pleuvoir. Sur le visage, dans le ventre. Des coups douloureux, des coups futiles. Jacob maintient le blond au sol tandis qu'Emmett lui met la raclée de sa vie et que la nausée m'envahit.

" Tu te rapproches d'elle, on te tue, tu entends? On ne se contentera pas de te caresser le visage! On t'atomatisera! " Hurle-t-il.

Jasper s'avance pour le relever alors que je n'ai pas bougé du pas de la porte et que Jacob a la lèvre inférieure et le nez en sang. Au bout de quelques secondes, par je ne sais quelle force, Jazz réussit à relever Emmett et je me recule, l'estomac complètement retourné.

Après un dernier regard à Jasper, je me précipite dehors et m'appuie contre la Jeep, une bile amère dans la gorge.

La violence. Les coups... Ca me rappelle le jour où Bella est entrée définitivement dans ma vie. Quand je lui ai fait ce bleu sur le bras. Quand je l'ai... baisé dans le froid. Puis ses larmes. La douleur.

Est-ce que je vaux mieux que ce type?

Est-ce qu'à moi aussi, on ne devrait pas me mettre la raclée de ma vie?

Quelques minutes plus tard, j'entends des voix derrière moi et je ferme les yeux pour refouler la nausée.

" Hey! Edward! Ca va?... Désolé, on t'a pas laissé la part du gâteau! " Me dit Emmett en éclatant de rire.

Je me tourne vers eux, alors que Jasper m'observe avec un air grave.

La main droite du colosse est rouge avec un peu de sang, une ecchymose commence déjà à apparaître sur sa joue et que sa lèvre inférieure est légèrement effilée.

" C'était sympa. Faudra qu'on se refasse ça, un de ces quatre. " Dit Jacob sur un ton léger.

Emmett rit une nouvelle fois et le prend dans ses bras.

" Bon... Et si on allait voir Bella? " Finit-il par demander en montant dans sa Jeep.

Jasper m'observe encore un instant et passe à côté de moi en me pressant quelques secondes l'épaule.

Bella...

A suivre...