14.

Alérian eut un profond soupir.

- Me révéler que tu es un Dragon exige des explications bien plus approfondies que de m'avoir peut-être dit que tu étais un poltron de première !

De retour à la canine du cuirassé Pirate, les deux hommes discutaient à présent devant une carafe de thé glacé et une pile de petits sandwiches salés.

- Commencez par le début, Eruman ! Comment pouvez-vous être un Dragon, alors que vous êtes bien entièrement Humain ? Vous n'auriez jamais pu passer au travers des tests physiques de l'Académie de la Flotte ! ?

Eruman détourna le regard.

- Mon histoire est suffisamment triste ainsi. Voulez-vous vraiment l'entendre, dans votre état ?

- Voilà un an que je rejette la réalité. J'ai à l'affronter à nouveau, même si c'est dans la douleur !

Eruman vida son verre de thé glacé.

- Ce sera court et désespéré au possible. Ma mère Dragon m'a donné une apparence Humaine, pour essayer de me sauver de l'extermination dont les siens faisaient l'objet. Je suis né d'un œuf, il n'y a pas si longtemps que cela, en réalité. J'ai grandi très vite, comme c'est nécessaire pour un être fragile et menacé. Ensuite j'ai rejoint la Flotte. Je voulais la retrouver, mais je suis un Dragon dans mes cœurs, cet espace me fiche réellement une peur bleue ! Je peux garder le contrôle de moi-même, mais je suis aussi incapable de la moindre action, comme il y a trois jours lorsque ces croiseurs Pirates nous ont assaillis… En revanche, parti du seul foyer que je connaissais, j'ignorais qu'il y avait pu y avoir d'autres naissances, et certaines aussi surprenantes que la mienne !

- Je ne comprends toujours pas, maugréa Alérian qui malgré tout avait l'impression de saisir ce que Eruman essayait de lui faire assimiler. Qui est ta mère ?

- Khérem !

- La mère de Zunia ! Elle a donc essayé quelque chose avant de pondre son dernier œuf et de me le confier. Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit sur toi ? Question idiote : elle n'a pas eu le temps ! Mais, toi, Humain, d'un œuf de Dragon ?

- Je ne pense pas être un cas unique…

- Zunia avait sniffé mes cendres. Je doute que Khérem aie eu quoi que ce soit de toi… Mais, aucune importance. Si tu ne me poignardes pas dans le dos, je t'emmène dans mon affrontement contre un ennemi inconnu. Et il suffit de trembler !

- A vos ordres, Alérian.


N'ayant fait que grignoter aux plats servis, Alérian s'était couché l'estomac criant famine, les sens épuisés et les nerfs à fleur de peau.

- Je n'y comprends plus rien…

Perséa se manifesta alors.

- Le cuirassé est attiré par une force trop puissante que pour qu'il puisse s'en dégager sans dommages trop importants pour notre tout petit équipage. Que dois-je faire ?

- Rien. Notre adversaire nous emmène enfin à lui. Et je n'ai rien à foutre d'un Dragon Humain ou pseudo tel ! Au combat, et mon seul combat ! rugit Alérian.