Chapitre 14 :
Sam gémit quand la ceinture la plaqua contre son siège. Elle allait avoir un bleu faramineux si ça continuait. Jack ne desserrait pas les dents. Il avait tenté d'accélérer mais, comme elle l'avait pertinemment fait remarquer, leur voiture n'était absolument pas adaptée à la conduite sur neige.
« Jack ? Loin de moi l'idée de jouer les pessimistes… »
Un nouveau choc l'empêcha de terminer sa phrase et elle maudit une fois de plus la ceinture qui lui comprimait la poitrine.
« Surtout que ce n'est pas du tout ton genre… » répliqua Jack en donnant un violent coup de volant à droite. Ca avait pour but de déstabiliser leurs poursuivants mais ça ne fit que les faire déraper en direction du ravin et les arbres se dessinèrent avec tellement de netteté qu'elle était presque certaine de pouvoir distinguer les aspérités des troncs. Il récupéra néanmoins le contrôle avant le choc et se replaça sur la route.
Le break noir était toujours derrière eux. A part manquer de les faire tuer, la manœuvre n'avait servi à rien.
« On devrait essayer de rejoindre une route nationale. »
Enervé, Jack souffla. « Excellente idée ! Tu veux peut-être prendre le volant ?! »
Sam leva les yeux au ciel à son ironie mordante, mais s'abstint de répondre quand il donna un nouveau coup de volant pour éviter le choc. Elle n'osait même pas imaginer l'état du pare-choc arrière. Se forçant à voir les choses du bon côté, elle dut admettre que le fait que le propriétaire du motel se soit trompé et qu'il ait cessé de neiger était un bon point. Un très bon point même. Au moins, ils voyaient où ils allaient.
« Merde ! » jura bruyamment son supérieur en perdant momentanément le contrôle de leur véhicule. Il le récupéra avec une dextérité surprenante et elle ne put que sourire quand la voiture derrière eux dérapa sur la même plaque de verglas. Ca leur donna quelques secondes d'avance. Des secondes que Jack ne semblait pas disposé à perdre.
L'accélération lui coupa le souffle. Ils allaient trop vite. Beaucoup trop vite. S'il ne les plantait pas dans un arbre, ils rencontreraient le fossé avant qu'il soit longtemps. Elle fit de son mieux pour réprimer la nausée qui montait sous les multiples secousses. A nouveau, la voiture émit un bruit inquiétant en glissant dangereusement vers le bord de la route.
« Jack. » avertit-elle.
« Je sais. Je sais. » marmonna-t-il en réponse.
Le break du NID était maintenant à quelques mètres derrière eux, peinant à combler la distance qui les séparait. Jack, lui, peinait à maitriser leur véhicule à cette folle allure.
Soudain, le décor sembla changer. C'était dur à dire à cette vitesse mais Sam aurait juré qu'il y avait plus d'arbres. Son impression se confirma quand, loin devant eux, la route se sépara en deux chemins distincts.
« Droite ou gauche ? »
Il déglutit péniblement et jeta un nouveau coup d'œil au rétroviseur. « Aucune idée. »
Super. Elle ferma les yeux, attendant le nouveau choc ou bien l'arbre qui ne manquerait pas de foncer sur eux.
« Je vais me ranger à gauche et feinter à droite. »
Elle le dévisagea, se demandant s'il comptait vraiment faire ça. C'était dangereux. Puis, autre chose traversa son esprit.
« C'est une manœuvre classique… »
Il fronça les sourcils, comprenant instantanément où elle voulait en venir. « Si Bower est dans cette voiture, il devinera probablement ce que je vais faire. »
Elle regarda le croisement se rapprocher avec une appréhension grandissante. « Si Bower est dans cette voiture… »
Le visage de l'homme à côté d'elle révélait beaucoup trop d'inquiétude à son goût. Sur le volant, ses jointures devenaient blanches tellement il l'agrippait fort. Finalement, il lui jeta un coup d'œil anxieux.
« Je reste à gauche, alors ? »
Elle s'apprêtait à acquiescer quand elle secoua la tête. « Si tu as travaillé longtemps avec lui… Ne risque-t-il pas de comprendre ? »
Jack semblait sur le point d'exploser et elle ne pouvait pas le lui reprocher. Il lui proposait des solutions qu'elle détruisait les unes après les autres. Ils étaient dangereusement près du carrefour maintenant… Sa voix était plus paniquée qu'elle se rappelait l'avoir jamais entendue.
« Tu aurais compris ?! »
Elle resta un instant muette. Aurait-elle pu deviner ce que son supérieur aurait l'intention de faire ? Aurait-elle pu… ?
« Je…Euh… Je… »
Il la coupa, n'étant pas intéressé par ses balbutiements.
« Carter ! Est-ce que tu aurais compris ??!! »
Il était trop brutal… Elle ne pouvait… Elle ne…
« Les traces s'arrêtent ici, Major Carter. »
Sam se tourna vers Teal'c, décelant une inquiétude contenue dans les yeux du Jaffa.
« Mais ils n'ont pas pu disparaître, Teal'c… Ils sont forcément quelque part. »
Le village dans lequel ils se trouvaient avait été attaqué par les Goa'ulds pendant que Teal'c et elle collectaient des échantillons dans des collines un peu à l'écart. Quand ils étaient revenus, alertés par les bruits de combats, ils n'avaient découvert que des maisons désertes et aucune trace du colonel ou de Daniel. Ils avaient déduit que leurs équipiers s'étaient cachés avec les autochtones puisque les Jaffas semblaient dépités au point que la moitié d'entre eux retournent vers la Porte. Le reste était actuellement en train de brûler les habitations. Dégâts collatéraux, peu importants tant qu'il n'y avait pas de victimes.
« Frahan a évoqué des grottes dans lesquelles leurs ancêtres se cachaient pour échapper aux Faux Dieux. »
Suivant le raisonnement parfaitement logique de Teal'c, le regard de la jeune femme se leva vers le flanc de la montagne.
« C'était une attaque surprise… Et ces grottes sont loin… »
Par contre, la plage en contrebas était plus accessible et redondait de rochers où se dissimuler. Cependant, le Colonel ne connaissait pas le terrain et il aurait sans doute suivi les villageois…
« Frahan et son peuple auraient suivis les coutumes de leur peuple, Major Carter. »
Sam se mordit la lèvre. La plage lui semblait plus près et plus pratique… A la place du Colonel, c'est ce qu'elle aurait fait. Sans doute, certains des autochtones auraient-ils préféré les grottes comme Teal'c l'avait subtilement souligné… Mais d'autres auraient suivi son supérieur s'il avait opté pour une cachette plus proche.
« Je sais qu'avec tous ces Jaffas, c'est un grand risque, Teal'c, mais… »
L'ancien Primat inclina légèrement la tête, la regardant avec indécision.
« Vous pensez qu'O'Neill a emmené les rescapés sur la plage. »
Elle grimaça. « Oui. »
« Ce n'est pas le choix le plus logique, Major Carter. Le plus sûr aurait été d'aller là où il est certain de trouver une cachette. »
Son esprit tourbillonnant à cent à l'heure, elle passa une main sur son visage. Elle était déchirée entre son instinct et sa raison. La raison, qui avait le visage de Teal'c, lui disait que jamais O'Neill n'aurait risqué la vie de qui que ce soit sur un pari aussi risqué que celui-ci… Son instinct, en revanche, lui soufflait qu'il était sur cette plage, planqué entre les rochers et qu'il risquait d'avoir besoin d'aide. Il avait été pris de court, attaqué par surprise et apparemment n'avait pas eu l'occasion de se défendre. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il n'aurait pas raffolé du plan consistant à se payer une marche de deux heures vers d'hypothétiques grottes avec des Jaffas aux trousses, entendez par là qu'il aurait ronchonné aux oreilles de Daniel pendant tout le trajet. Non… Plus elle y pensait, plus elle se disait qu'il aurait trouvé autre chose. Et la seule chose qui venait à son esprit à elle était la plage.
« Teal'c… J'en mettrais ma main au feu. »
Le Jaffa la dévisagea quelques instants en silence puis inclina la tête avec un petit sourire. « Très bien. »
En son for intérieur, elle lâcha un soupir soulagé et tentant de mettre dans sa marche autant d'assurance que possible, elle prit la direction de la plage. Seize Jaffas, deux embuscades et une échauffourée plus tard, il n'y avait plus de menace et Sam découvrit qu'elle avait raison. Ce pour quoi le Colonel la félicita chaleureusement, heureux qu'elle ait descendu le Jaffa qui le tenait en joue.
« Carter ! » hurla-t-il à nouveau.
Elle cligna des paupières.
« Je… Ou… Oui… J'aurais compris. »
Ils étaient près. Trop près. C'était trop tard. Nul doute que, derrière eux, ils étaient certains que la voiture irait à gauche. Il aurait fallu être fou pour changer d'avis maintenant.
En cet instant, ça ne faisait aucun doute dans son esprit. Jack était fou.
Il braqua. Il braqua et elle crut mourir.
Durant une seconde, le monde vola sans dessous dessus. Ils tournaient sur eux même sans espoir de trêve. Puis, sans qu'elle sache comment, ils étaient à nouveau droit et roulaient à cette vitesse vertigineuse qui était devenu leur train de course. Le break n'était plus derrière eux mais ce n'était qu'une question de minutes avant qu'il ne fasse demi-tour et ne les rattrape.
« Tu es complètement cinglé. »
Ce n'était qu'un constat. Il n'y avait pas à débattre sur ce fait là. Pourtant, un sourire inattendu glissa sur ses lèvres et, s'ils n'avaient pas été dans leur situation actuelle, elle aurait juré que leur petit tour de manège l'avait amusé.
« La prochaine fois, réponds plus vite… »
Elle leva les yeux au ciel. « Tu te rappelles que je suis amnésique ? »
Ses traits redevinrent sérieux. « Tu ne l'es plus tant que ça, je me trompe ? »
Elle laissa son regard voltiger vers la fenêtre avant de revenir à la route. Elle s'apprêtait à admettre que la plupart des morceaux se remettaient lentement en place quand ce qu'elle vit plus loin lui arracha un glapissement horrifié.
« Jack ! »
Il ralentit considérablement l'allure. Considérablement, mais pas assez pour que leur conduite ne soit plus dangereuse… Ou pour qu'il prévoie de s'arrêter avant l'énorme tronc couché en plein milieu de la route.
« Quand je te le dirai, saute. »
Elle se sentit blanchir sous l'horreur.
« En marche ?! »
La mâchoire de Jack se serra. « Ils vont revenir, Carter. Cet arbre est la meilleure chose qui nous soit arrivée depuis ce matin. »
Elle aurait volontiers protesté mais, en fait, il ne leur été pas arrivé beaucoup mieux depuis qu'ils s'étaient levés.
« A trois, Carter. »
Elle ordonna tant bien que mal à son corps de se détendre et détacha sa ceinture avant de faire de même avec celle du Colonel.
« Tu comptes bousiller la voiture ? »
Il ne répondit pas, les yeux rivés sur l'obstacle. « Un. »
L'angoisse jaillit en elle sous forme de vague. Sauter n'était pas, mais alors pas du tout, une bonne idée.
« Deux. »
Sa main se referma sur la poignée d'ouverture et elle tenta de réguler sa respiration. Ses réflexes n'étaient plus ce qu'ils étaient, mais elle savait instinctivement ce qu'elle devait faire. Se rouler en boule, rentrer la tête et prier pour ne pas se briser la nuque.
« Je t'aime. »
Elle s'entendit prononcer les mots sans avoir réellement voulu qu'ils passent ses lèvres. Elle le lui avait déjà dit… Mais pas aussi directement et, sans savoir pourquoi, ça la choqua. Lui aussi dut être choqué car il lâcha la route des yeux pour la regarder. Il la dévisagea quelques secondes avant d'ouvrir la bouche. Elle s'attendait à une confession similaire et fut donc un peu déçue quand il se contenta de dire « Trois. »
Par pur réflexe, elle ouvrit la portière et bascula dans le vide. Elle roula, roula, roula… La neige amortit quelque peu sa chute et lui évita probablement une commotion mais ne l'empêcha pas d'entendre le crack retentissant quand la voiture heurta le tronc. Quand le monde eut finit de tourner autour d'elle, elle resta allongée sur le dos, le cœur battant, vérifiant que chacun de ses membres fonctionnait correctement. Ce qui était miraculeusement le cas.
Quand elle passa à quatre pattes et leva la tête, le colonel était déjà à l'œuvre. Leurs sacs étaient à ses pieds et il avait une branche de sapin couverte d'épines à la main. Elle se releva avec précaution et le rejoignit. Sans un mot, il lui tendit son sac et elle l'enfila. Elle ne comprenait pas bien ce qu'il comptait faire. Déjà, elle entendait le bruit d'un moteur qui se rapprochait.
Jack lui indiqua d'aller dans la forêt. Elle s'exécuta sans discuter. Il était clair qu'il avait un plan, même s'il ne semblait pas disposé à le partager avec elle. Rapidement, il balaya toutes les traces qu'ils avaient pu faire, de sorte que la neige autour de la voiture soit immaculée. Ensuite, il la rejoignit sous le couvert des arbres.
« Ils vont bien voir qu'il n'y a pas de corps dans la voiture, Jack. »
Il ne répondit pas mais sortit son arme. Elle ne put réprimer un geste de recul. Comptait-il remédier au manque de cadavres en ajoutant le sien ? Elle se reprocha sa stupidité au moment même où il tira sur le réservoir. Il aurait été idiot de penser qu'il n'avait pas vu la peur dans ses yeux. Mais alors que la voiture explosait en un brasier, elle ne vit aucun reproche se refléter dans son regard. Juste une triste acceptation.
« Il faut partir avant qu'ils arrivent. »
Il lui demanda d'ouvrir la marche tandis qu'il continuait d'effacer leurs traces derrière eux. Bientôt, le bruit de la voiture du NID aussi bien que celui des hommes qui cherchaient à éteindre l'incendie disparut et Jack renonça à couvrir leurs empreintes. Ils avaient de la chance, la forêt de sapin avait bloqué la plus grande partie de la neige, si bien qu'il n'y avait qu'une fine couche sur le sol. Assez pour qu'ils ne courent pas un marathon, mais pas assez pour que ça ralentisse leur progression.
Elle ne savait pas depuis combien de temps ils marchaient. Juste qu'elle était gelée et fatiguée. Il faisait froid. Tellement froid que, dès qu'ils prononçaient un mot, une buée se formait autour de leur bouche.
« Tu sais où on va ? »
Elle avait attendu autant qu'elle avait pu avant de poser cette question là, mais elle commençait à atteindre ses limites. Jack, qui marchait un peu en avant par rapport à elle, se retourna, alarmé par son ton. Elle aurait, elle aussi, préféré que sa voix soit plus assurée. Mais pour être honnête, elle se serait sans doute sentie plus assurée elle-même si elle avait eu des gants et une écharpe.
« Pas vraiment… J'espère que ce sentier nous mènera quelque part, c'est tout. » Il la dévisagea une longue seconde et ce qu'il vit ne dut pas lui plaire car il se rapprocha d'elle. « Est-ce que ça va ? »
Ses lèvres étaient probablement bleues, ses doigts étaient engourdis et le froid avait envahi sa poitrine. Son existence à cet instant était juste géniale et elle n'aurait échangé sa place pour rien au monde…
« Je n'ai jamais eu aussi froid de ma vie ! »
Il prit ses mains dans les siennes et les frotta pendant quelques secondes pour faire circuler le sang tout en laissant échapper un petit rire.
« Crois-moi. Si, tu as déjà eu plus froid. »
Il se retourna sans plus d'explication et reprit sa marche la laissant avancer dans son sillage.
Sam avait l'impression de s'être transformée en statue de glace. Ce n'était plus le froid, c'était la mort qu'elle inhalait à chaque inspiration. Ni l'épaisse couverture, ni le corps chaud sur lequel elle était couchée ne parvenait à dissiper les crampes dans ses muscles. L'état de santé du colonel l'inquiétait. Sa jambe était en train de geler. Elle avait fait ce qu'elle avait pu, mais il faisait trop froid pour que ce qu'elle tente réussisse.
Son supérieur fut secoué d'une toux rauque et elle s'étira. Il y avait aussi ses côtes… Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'est qu'il n'y ait pas d'hémorragie interne mais, même là, elle n'avait pas grand espoir. La toux était un signe…
« Capitaine… En d'autres circonstances, je pourrai trouver ça agréable mais… »
« Shhh » Le coupa-t-elle. « Essayez de dormir. »
« C'est ce qu'on était en train de faire ? » demanda-t-il.
Elle n'appréciait pas vraiment l'ironie qu'elle percevait sous les propos. « Vous étiez épuisé, vous vous êtes évanoui. J'ai pensé que si on ne partageait pas notre chaleur corporelle, on ne passerait pas la nuit. »
« C'est bien. » répondit-il. « Mais c'est très dur de dormir avec des côtes cassées et quelqu'un allongé sur le torse. »
Elle se reprocha aussitôt sa stupidité. « Désolée. Désolée. Désolée. » Elle se déplaça, tentant de ne pas appuyer davantage sur ses blessures.
« C'est mieux… » souffla-t-il quand elle se fut calée sur son épaule.
« On va dormir quelques heures et ensuite je réparerai le DHD. »
C'était plus un vœu pieux qu'une affirmation, mais ils devraient faire avec.
« Ok… Bonne nuit. »
Elle ferma les yeux et cala sa tête du mieux qu'elle put. Comme le colonel l'avait fait remarquer, dans d'autres circonstances, ça aurait pu être agréable. Ce qu'elle ne devrait absolument pas considérer…
« Bonne nuit. »
Voulant le réchauffer davantage, elle remonta sa jambe le long des siennes. C'est là qu'elle sentit quelque chose qui n'aurait pas dû être là.
« Euh… Mon colonel ? »
Ce n'était pas possible… Non seulement il faisait près de zéro degré mais, en plus de ça, il était blessé et…
« C'est mon arme, Carter. Je le jure. »
Se trouvant brusquement stupide, elle ne put réprimer les gloussements qui montaient dans sa gorge. Elle tenta de les étouffer dans son épaule trouvant son attitude décidemment peu digne d'un Capitaine de l'Air Force.
« Ne gloussez pas…S'il vous plait, non… »
Elle réalisa qu'elle lui faisait sûrement mal et maîtrisa de son mieux son fou rire. Quand elle se fut calmée, elle se laissa bercer par la respiration chaotique du colonel.
« Si on ne s'en sort pas… Je n'aurai aucun regret et vous ? »
Elle ne savait même pas pourquoi elle disait ça. Peut-être était-ce une simple tentative pour prouver que les pensées qui l'avaient traversée plus tôt n'étaient que fumée au vent.
« Mourir… » rétorqua-t-il un peu amèrement. Elle ne rajouta rien. Il n'y avait rien d'autre à dire.
Sam claquait des dents. Ils marchaient depuis des heures et elle était gelée. Dans leur errance, ils avaient fini par rencontrer une petite ville. Jack avait refusé de s'arrêter, arguant que s'ils s'installaient dans un motel ou volaient une voiture, ils se feraient repérer en moins de deux. Il avait préféré se concentrer sur les habitations en périphérie, disant que ce serait plus discret.
Elle ne savait pas si c'était plus discret mais en tout cas, c'était certainement moins pratique. Les arbres n'offraient plus qu'une maigre protection aux regards indiscrets et l'absence d'éclairage rendait leur progression difficile. La nuit était tombée une heure auparavant et ils n'avaient toujours pas rencontré « l'habitation périphérique » qui, elle commençait à le soupçonnait, était inexistante.
« Jack… »
Il se tourna vers elle, alarmée par la faiblesse de son ton. Elle commençait à entendre des bruits de tonnerre au loin. D'après ses estimations, dans une heure tout au plus, ils seraient sous la pluie. Elle était lucide. Elle ne tiendrait pas sous un orage.
Elle avait faim, froid et soif. Et surtout, elle en avait plein les pieds.
« Ca va aller, Sam. »
Il posa un bras sur ses épaules et elle se coula contre son torse. Soutenue par son supérieur, elle se força à avancer. Même quand la pluie rendit leur marche plus houleuse encore… Même quand elle crut sincèrement s'écrouler… Même quand les éclairs ramenèrent à la surface des souvenirs qui étaient bien mieux enfouis…
