Le Palais du Professeur

« Désolé, mais je vais devoir te ranger. On va arriver à Poudlard, je remettrais ton aquarium en place tout à l'heure. »
Le petit lézard acquiesça en silence, visiblement insouciant à l'inquiétude d'Harry. Quelle chance, songea-t-il, les animaux n'ont pas de soucis, en tout cas, pas ce genre de soucis. Harry remit la petite cage de Soze dans sa malle. Il avait réussi l'exploit de trouver un compartiment entièrement vide, et la présence de Soze à qui il parlait en fourchelangue lui évita d'être dérangé. L'un des rares bons côtés à être fourchelangue, Harry s'en fit la réflexion amèrement. Malgré cette solitude réconfortante, son retour à Poudlard allait être plus compliqué, et d'une certaine façon, il n'était pas pressé d'y retourner. Outre l'insupportable Ombrage, il craignait la confrontation avec Daphné. Elle savait avec qui il avait passé les vacances. Il ne lui avait rien dit, mais de la lettre qu'elle avait envoyée, elle savait exactement avec qui il était parti. Sirius avait été clair, Remus également, il ne devait lui donner aucune information, même s'il pensait pouvoir lui faire confiance, l'incident avec le livre de potions avait éclairci ça. Elle ne pouvait pas représenter un risque vis-à-vis des Mangemorts si elle savait cela, et il n'avait aucun doute qu'elle était au courant, de même que Blaise. Malgré cette confiance, il ne pouvait rien dire. Ce qui mettait Harry dans une situation délicate pour ce trajet dans le Poudlard Express. La réunion des préfets allait bientôt se terminer, et Daphné ne tarderait guère à le retrouver. Qu'allait-il pouvoir lui dire, lui expliquer ?

D'un autre côté, Harry se languissait de l'école, mais surtout, surtout, et une petite voix avec le ton de Rogue lui souffla que cela ne manquait pas d'ironie, Harry attendait avec impatience les cours que Rogue allait lui donner. Oui, d'accord, Rogue restait un professeur diablement antipathique et assez dur à supporter. Mais, depuis au moins l'hiver de l'an dernier, il était plus gérable. Et puis, cette année, Ombrage attirait tellement sa colère que même si l'irascible professeur n'avait pas changé, Harry l'aurait quand même préféré à l'abominable crapaud de Défense. Mais surtout, Rogue allait lui enseigner l'occlumencie. Certes, Dumbledore n'était pas certain que ça le protègerait de Voldemort, mais quand même, c'était Dumbledore ? Il ne se trompait pas souvent, n'est-ce pas ? Cela devait fonctionner, c'était obligé ! Harry ne pourrait pas supporter encore longtemps de devoir se contenir et ne rien pouvoir dire ou faire par peur de ne pas être maître de lui-même.

La fin des vacances, de ce côté-là, avait été assez épuisante. Ron et Granger avaient cherchés à discuter avec lui, forcément, mais sa colère était toujours affleurante avec eux. Surtout avec elle. Et les cauchemars ne l'avaient guère épargné. Il avait eu quelques jours de répit après l'attaque contre Arthur Weasley, ce qui lui avait permis de passez les fêtes de Noël sans trop de dérangement, mais depuis, le couloir sombre éclairé de torches était revenu le visiter une ou deux fois dans son sommeil troublé. A chaque fois, après ces cauchemars, Harry s'était senti agressif, prêt à en découdre avec qui que ce soit. Il avait cherché à s'isoler ces jours-là, mais même dans une maison aussi grande que le Square Grimmaurd, sans possibilité d'aller dehors, dur d'échapper à la compagnie. Harry avait même tenté de se cacher, la deuxième fois qu'il avait refait son cauchemar avec le couloir, dans l'ancienne chambre des maîtres, mais le tableau de la mère de Sirius avait tant et si bien juré qu'il avait fini par fuir de sa cachette. Effectivement, avec une nuisance pareille, il n'était pas surprenant que quasiment personne ne passe dans le couloir dans lequel ce tableau, ce fléau, était accroché !

Déjà dans le couloir du train d'ailleurs, il vit passer par la fenêtre des têtes connues, Susan Bones et Anthony Goldstein, ainsi que le préfet-en-chef Lalmerry de Poufsouffle. Daphné n'allait guère tarder. Il vit passer Ron, suivi de Granger et Macmillan. Ils échangèrent des regards chargés, même si bizarrement, Macmillan semblait déçu. Le préfet de Poufsouffle avait semblé chercher quelque chose dans son wagon, sans succès. Visiblement, Macmillan espérait voir Daphné ici, sans doute s'était-elle arrêtée en route ? Il les vit partir, Granger et Macmillan main dans la main, et Harry dut retenir un reniflement de mépris devant cette mièvrerie. Il n'eut pas le temps de ruminer longtemps. Daphné et Tracey entrèrent peu de temps après, et il les accueillit en se levant avec un grand sourire.

« Salut, toi. Et bonne année ! » Il n'eut pas le temps de lui répondre, Daphné s'était jetée sur lui et leur baiser chassa toute pensée maussade. Visiblement, elle ne lui en voulait pas pour les vacances. Du moins pas trop, sourit-il, vu comment le baiseur se prolongea. Il fallut que Tracey se racle la gorge pour qu'ils se séparent, de mauvaise grâce au moins pour Harry, et sans doute aussi pour Daphné vu son petit demi-sourire contrit. Harry s'éloigna un peu de sa petite-amie avant de saluer chaleureusement Tracey, qui lui rendit avec amusement.
« Je vois que je ne t'ai pas autant manqué que Daphné ? » Daphné la fit taire d'une tape amicale sur le bras. Enfin pas si amicale que ça vu le bruit songea Harry. Puis, la jolie blonde se tourna vers lui, son regard perçant fixé sur lui, avec cette expression redoutable qu'il commençait à bien lui connaître lorsqu'elle cherchait des informations sur quelqu'un. Il déglutit, et se passa nerveusement la main dans les cheveux.
« C'est compliqué. Il y a eu un problème, le père de Ron a eu un accident grave. McGonagall est venue chercher les enfants dans le dortoir. Her… Granger et moi, on a été invité à les accompagner, pour, pour les soutenir, vous voyez ? Et on a été hébergé par un ami de leur famille, quelque part près de Sainte-Mangouste. Je ne peux pas vous en dire plus, le type est un peu paranoïque et ne veut pas qu'on dise où il habite. » Dans sa tête, Harry entendit la petite voix de Blaise le féliciter, c'était un mensonge magistral, presque la vérité, mais suffisamment éloigné et flou pour camoufler tous les secrets. Mais ça ne prit pas complètement pour autant, il vit les deux filles échanger un regard, mais elles ne dirent rien, l'invitant à poursuivre. « Du coup, on est parti en urgence. C'est pour cela que je n'ai pas pu te dire au revoir avant, désolé. » Daphné chassa ses excuses d'un geste de la main.

« Ne t'inquiète pas, j'ai entendu parler de cette histoire. était dans une situation vraiment critique. Il est normal que ses enfants aient été renvoyés à leur famille directement. » Harry tiqua, la formulation l'intriguait. Il commençait à bien les connaître, et en lisant entre les lignes, elle impliquait que le départ précipité de Ron, Ginny et des jumeaux étaient justifiés, mais le sien ni celui d'Hermione.
« Enfin, peu importe. Merci pour ton cadeau, elles sont magnifiques ! » Et joignant le geste à la parole, Daphné attrapa ses longs cheveux blonds flottants pour montrer les boucles d'oreilles qu'Harry lui avait envoyé pour Noël. La bijoutière moldue avait été d'une grande aide et d'un excellent conseil.
« Merci, je suis ravi qu'elles te plaisent. Je les ai prises bleus, pour souligner tes yeux magnifiques. » Etonnamment, sa phrase n'eut pas le succès escompté. Daphné eut un mouvement de recul et le regardait avec un air suspicieux, et Tracey avait penché la tête, d'un air incrédule sur le visage.
« Sérieusement, Harry ? » lui demanda Tracey justement. Bizarre, ça sonnait beaucoup mieux quand la vieille femme lui avait proposé la paire de boucles d'oreilles. Elle lui avait proposé plusieurs coloris, puis avait fini par lui demander la couleur des yeux et des cheveux de Daphné. Après quoi, elle lui avait proposé la paire bleue, en utilisant les mêmes mots.
« Bon, d'accord, concéda-t-il défait, c'est la bijoutière qui a dit ça, je trouvais la phrase jolie. Mais c'est vrai en plus ! » L'instant d'après, Harry eut le temps de se faire la réflexion qu'il ne comprendrait pas les filles. Jamais ! Il venait de dire une phrase très belle, un magnifique compliment, et ni Tracey ni sa petite-amie n'avaient eu l'air de trouver ça bien. Et lorsqu'il reconnaissait que ça ne venait pas de lui, d'un coup, Tracey avait l'air tout attendrie. Quant à Daphné, elle se jeta sur lui et Harry cessa de penser aux filles et à l'incapacité à les comprendre.

Ils furent interrompus par un raclement de gorge quelques secondes ou quelques heures plus tard, Harry ne saurait jamais le dire. Et en découvrant Neville à travers la porte, avec Lavande derrière lui. Harry réalisa avec surprise, tout comme Daphné visiblement, que Tracey était partie. Depuis quand, en revanche, impossible de le savoir. Tous deux se rassirent et tâchèrent de reprendre contenance, sans succès. Neville semblait très amusé. Lavande, beaucoup moins, alternant entre les regards noirs contre Daphné et une espèce de gêne envers Harry. Cela faisait partie des mystères qu'il n'avait toujours pas éclaircis. Pour une raison inconnue, Lavande n'approuvait pas sa relation avec Daphné. Et vu la discussion qu'il avait eu avec Neville deux mois plus tôt dans leur dortoir, ça ne pouvait surement pas être juste parce qu'elle était à Serpentard quand même.

« Hum, heu, salut Lavande, Neville. Vous avez passés de bonnes vacances ?
- Oui, très bien, mais on parlera vacances plus tard. J'ai un message de la part de Ron et d'Hermione. » Harry se figea, que lui voulaient-ils encore.
« Pas pour toi, non, poursuivit Neville, pour toi Greengrass. A priori, c'est ton tour pour la ronde dans le train, ils viennent de finir il y a peu.
- oh ? Effectivement, merci Neville. Bien, à plus tard mon chéri. » Daphné s'en alla, non sans un dernier et tendre bisou pour Harry, et saluer chaleureusement Neville puis Lavande. Sans surprise, remarqua Harry, ça ne fit pas se détendre sa camarade de Gryffondor.

Le peu de temps restant au trajet se déroula dans une ambiance confortable. Une fois Daphné partie, Lavande sembla plus chaleureuse, même si elle semblait rester un peu en retrait avec Harry. Neville, tout comme Lavande, avaient passés d'assez bonnes vacances. Ils avaient eu l'occasion de se voir pendant les vacances, la grand-mère de Neville ayant insisté très lourdement, au grand dam du jeune homme, pour rencontrer Lavande. Mais finalement, la rencontre s'était assez bien déroulée. Harry se prit à imaginer, et redouter, une éventuelle rencontre avec les parents de Daphné. Vu cette histoire de projet de loi fiscal, cela risquait d'être un peu gênant.
« Au fait, je n'ai pas eu le temps d'en discuter avec Ron, mais j'ai appris pour son père, j'espère que ça va bien pour lui ? » Harry put le rassurer sur l'état d'Arthur Weasley, mais tout comme avec Daphné, il ne pouvait pas vraiment dire grand-chose. Son mensonge fut en revanche reçu sans aucun doute de la part des Gryffondors, là où Tracey et Daphné avaient semblé réagir.

Ils continuèrent ainsi à discuter de choses et d'autres, dont le groupe d'étude que Granger avait monté. Harry feint la surprise, cachant assez habilement la pointe de colère qui ressurgit en entendant cela. Oui, il était au courant, mais personne ne pouvait le savoir. A part, peut-être Luna Lovegood, et encore. Il était improbable qu'elle l'ait vue sous la cape, non ? Peut-être l'avait-elle entendu, ou senti ?. Aussi se contenta-t-il de sourire lorsque Neville lui expliqua ce qu'ils y faisaient, laissant entendre que ce serait sans doute une bonne chose qu'Harry les rejoigne. Ce à quoi il répondit par un grognement qui n'engageait à rien. Très vite, toutefois, ils arrivèrent en vue de Préaulard, et les trois Gryffondors se préparèrent à retourner à l'école.

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Le retour à la vie de Poudlard fut plus compliqué. Le soir même, Dumbledore n'était pas présent pour le dîner d'accueil, fait rare qui provoqua quelques discussions autour des tables. Ombrage arborait l'un de ses sourires ravis, qui donnait envie à Harry de se confronter aux chaudes flammes de la colère. Autour de lui, les conversations allaient bon train, mais personne ne prêtait trop attention à la table des professeurs. Adrian Pucey était lancé dans une grande discussion à quelque place de lui avec Marcus Flint et les autres joueurs de l'équipe de Quidditch. Malefoy, forcément, y participait, pour le plus grand malheur d'Harry. Le blondinet l'avait accueilli avec un grand sourire condescendant, et maintenant qu'Harry connaissait les clauses exactes du projet de loi porté par son père, il comprenait mieux que Drago fasse profil bas à son égard. La victoire leur était assurée maintenant, il suffisait que Drago soit patient.

D'un geste de la tête, il chassa ses sombres pensées, cherchant à s'éloigner de tout sujet propre à le pousser à la colère, et retourna à son dîner. Ses amis n'étaient pas d'un grand secours ce soir-là toutefois, Blaise suivait avec une attention discrète, mais visible aux yeux d'Harry, la conversation sur le Quidditch. Quant aux filles, elles chuchotaient entre elles, et il n'arrivait pas à savoir de quoi il s'agissait. Le fait que de temps à autres, elles le regardent soit bizarrement, soit en ricanant ne le rassurait guère.

Le festin de rentrée se termina rapidement. Comme à leur habitude, Harry et Daphné traînèrent un peu à table, afin de pouvoir se promener plus librement ensemble dans les couloirs, et surtout, éviter les regards lourds d'une partie de l'école contre lui. Et puis, même si aucun d'entre eux ne l'avait dit, cela permettait aussi une plus grande liberté de discussion entre eux. Alors qu'il comptait attendre encore quelques minutes avant de partir, un petit raclement de gorge, reconnaissable et détestable entre tous, se fit entendre derrière lui. Il se tourna lentement, tâchant de garder son calme comme Dumbledore lui avait demandé.

« Oui professeur, un souci ?
- Rien. Je me demandais, monsieur Potter. » Harry pouvait sentir tout le mépris qu'Ombrage mit dans le monsieur. « Vous avez disparu promptement, avant les vacances, Potter. Une raison en particulier ? »
Ne pas s'emporter, ne pas s'emporter, se répéta-t-il en regardant un sourire répugnant s'étirer sur le visage d'Ombrage. Rester calme, et ne rien révéler.
« Une urgence familiale, professeur. Le père de Ron a eu un accident, et nous sommes allés à son chevet.
- Pourtant, Potter, les urgences familiales sont précisément ce qu'elles sont. Réservées à la famille. Or, vous ne faîtes pas partie de la famille Weasley que je sache ? D'ailleurs, vous n'avez plus vraiment de famille en fait. »

Harry sentit son sang palpiter, ses poings se fermer. Le picotement dans ses doigts revint à toute puissance. Vas-y, frappe-la ! Entendit-il dans sa tête, sans arriver à identifier la voix qui avait parlé. Une partie de lui savait qu'il ne devait pas céder à la colère. Ne pas laisser Ombrage l'emporter. Mais une autre partie de lui, comme lors de ce premier cours avec elle, ne demandait qu'à montrer qu'il ne se laisserait pas faire. Qu'il pouvait lui tenir tête, qu'il pouvait être plus fort et meilleur qu'elle. Frappe-la! Harry bondit du banc et fit un pas en direction du crapaud qui souriait de plus belle… Avant d'être percuté de plein fouet sur le côté. Il retint un juron au dernier moment en voyait qui l'avait bousculé.

« Potter, est-ce que vous avez une bonne raison pour bousculer ainsi un professeur ? » Harry baissa les yeux, honteux et légèrement inquiet, toute colère instantanément dissipée. Rogue avait ce talent formidable pour créer une ambiance glaciale en quelques mots. D'autant plus lorsque son visage était déchiré par un rictus de haine comme ce soir. Cela faisait longtemps que Rogue ne l'avait pas regardé avec autant de haine.

« Pardon professeur.
- Je crains, monsieur Potter, dit-il de sa voix traînante, que des excuses ne suffisent pas. Cinq points en moins pour Gryffondor. Et retenue avec moi ce soir.
- Mais professeur…
- Silence ! »Tempêta-t-il. Il se tourna respectueusement vers Ombrage. « A moins, bien sûr, que vous n'ayez déjà du sévir contre ce malotru ?
- Non, non, je vous en prie professeur Rogue, minauda Ombrage. Potter a encore plein de retenues en retard avec moi, j'aurais l'occasion de le punir plus tard. Bonne soirée messieurs. » Minauda-t-elle.
Ombrage les quitta avec un sourire radieux, et déjà, Rogue entraînait Harry à marche forcée, l'informant que la retenue de ce soir consisterait au tri de véracrasses, activité rébarbative, et source de douleur s'il en était. En quittant la grande salle, Harry eut tout juste le temps d'adresser un geste à Daphné qui semblait perplexe.

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« Bien, Potter, mettons les choses au point tout de suite. » Rogue venait de fermer la porte de la salle de cours dans laquelle il officiait. « Le professeur Dumbledore a du vous informer des cours que je dois vous donner, n'est-ce pas ? » Harry relacha un soupir de soulagement. Bon sang, oui, les cours d'occlumencie. Comment avait-il pu oublier ? Intérieurement, Harry se fit la remarque que Rogue avait réellement l'air de lui en vouloir tout à l'heure. L'austère professeur sortit d'un placard un grand plat argenté couvert de rune qu'il déposa sur la table. Harry, intrigué par l'objet, le regardait faire surpris.

« Hé bien, Potter, le directeur vous a expliqué la situation, n'est-ce pas ?
- Oui, heu… pardon professeur, oui, le professeur Dumbledore m'en a parlé.
- Bien, que savez-vous de l'occlumencie Potter ? » Harry se reprit, mais dut reconnaître son ignorance. « Dommage que vous n'ayez pas profité de la présence de Granger pour vous renseigner. Je suis certain qu'elle aurait pu vous renseigner un minimum, pour une fois que son savoir académique aurait pu m'épargner un peu. Bien, alors commençons. L'occlumencie est l'art de fermer son esprit. On l'oppose, par tradition, à la Légilimencie, qui est abusivement considéré comme l'art de lire dans les esprits. En réalité, c'est plus complexe. »

La légilimencie, lui apprit Rogue, ne lisait pas les esprits. Elle créait un lien entre les deux esprits pour permettre d'y trouver et d'y piocher des informations. Ce qui en faisait un art dangereux, puisqu'une fois établie, la connexion fonctionnait dans les deux sens.
« Donc, l'interrompit Harry, si Voldemort utilise la légilimencie sur moi, je peux aussi voir ce à quoi il pense ? » Rogue leva les yeux au ciel, mais contrairement à son comportement en cours, semblait presque amusé.
« Evitez de m'interrompre Potter. Et oui, dans l'absolu, vous pourriez. Mais le Seigneur des Ténèbres est aussi un redoutable occlumens, ce serait une tâche très compliquée, voire impossible. »

Rogue reprit son explication. La clé des deux matières était la représentation mentale des choses. Un legilimens se devait de visualiser non seulement son esprit, mais également celui de sa cible, et réussir à établir un lien entre les deux. Certaines théories prétendaient qu'il fallait un contact visuel entre les deux pour pouvoir 'entrer' dans l'esprit de la cible, mais cette théorie n'avait jamais pu être vérifiée pour l'instant. « Malgré tout, nous pensons, le professeur Dumbledore et moi-même, que l'occlumencie devrait régler vos…problèmes. »
Harry déglutit lourdement. Il n'était que trop au courant que ce n'était pas forcément une solution fiable à cent-pour-cent.

« Bien, commençons maintenant. » Rogue s'approcha alors du plat en argent qu'il avait sorti tout à l'heure, se pencha dessus, et commença à pointer sa baguette sur sa propre tempe. Harry le regarda faire, tirant une étrange matière fluide et légèrement lumineuse de sa tête avant de la plonger dans le grand plat, puis de recommencer. Intrigué, il le laissa faire quelques secondes avant de demander ce qu'il devait faire. Mais Rogue le rabroua sèchement et continua son étrange œuvre en silence. Au bout de quelques minutes, le professeur de potions avait déposé de nombreuses fois cette matière fluide étrange, et finit par se tourner vers Harry. Il avait l'air plus détendu nota Harry, plus apaisé. Sentant qu'il avait une ouverture, il se lança.
« Qu'est-ce que vous venez de faire professeur ? C'est cela l'occlumencie ?
- Non Potter. Je viens d'enlever, temporairement, certains de mes souvenirs. Comme je vous l'ai dit, la légilimencie ouvre un lien, je ne souhaite pas, et vous non plus j'imagine, voir mes souvenirs, n'est-ce pas ? »

Avec un sentiment de dégoût, Harry secoua rapidement la tête de gauche à droite. Non, il pouvait certainement vivre sans connaître les plus sombres souvenirs de Rogue ! Toutefois, un détail retint son attention.

« Mais ? Professeur, vous allez m'apprendre l'occlumencie non ? Pas la légilimencie ?

- Bien raisonné, Potter. Mais pour jauger de vos progrès, je vais devoir utiliser la légilimencie sur vous. » Etonnamment, Rogue lui dit cela avec, presque un sourire sur le visage. Combiné avec le fait qu'Harry réalisa que son esprit allait être accessible, une grimace de dégoût s'afficha sur son visage. Rogue la vit, mais, semblant – aussi incroyable que cela puisse paraître à Harry – de bonne humeur, il se méprit sur son intention.

« Rassurez-vous Potter, je récupérai mes souvenirs. Cette méthode de transfert n'est que temporaire.

- Attendez, reprit Harry en sortant de sa torpeur. Il existe une solution pour s'enlever définitivement des souvenirs ? » Harry pouvait déjà lister les souvenirs qu'il souhaitait s'effacer. La mort de Cédric, et surtout la résurrection de Voldemort figuraient en tête de liste.

Rogue lui expliqua alors ce qu'était ce grand plat en argent. Il s'agissait d'une pensine, lui apprit-il, et cet objet, assez rare, servait à visionner des souvenirs afin de mieux les revoir. Ce que venait de faire Rogue, c'était de s'enlever de manière permanente certains souvenirs. Un peu comme un sortilège d'oubliette, mais celui qui faisait cela savait, contrairement à la victime de l'oubliette, qu'il lui manquait un souvenir, qu'il manquait quelque chose. La solution était assez radicale, et il existait une autre méthode qui consistait à dupliquer un souvenir pour pouvoir juste le revoir. Mais la technique utilisée par Rogue permettait d'enlever de façon efficace et potentiellement définitive tous souvenirs. Ce qui était plus prudent avant de procéder à de la légilimencie. Mais les effets à long terme, sur l'utilisateur, s'il ne rapatriait pas ses souvenirs, pouvaient être assez désastreux. Ce qui, l'informa Rogue, ne risquait pas d'arriver, leur cours d'occlumencie serait beaucoup trop court pour que cela représente le moindre risque.

« Enfin, peu importe. Bien, pour commencer, essayez de visualiser votre esprit, concentrez-vous sur ce que vous êtes, sur votre identité. Ensuite, quand vous serez prêt, je rentrerai dans votre esprit. Vous devrez essayer de m'en chasser. Allez-y, préparez-vous. »
Quelle idée, ça n'avait aucun sens ! Harry se raccrocha, pantelant, à la table à côté de lui. Il sentait les gouttes de sueur dévaler son front, inondant son visage. Rogue venait d'utiliser la légilimencie, après qu'Harry, naïvement, lui ait dit pensé être prêt. Sauf qu'il ne l'était pas ! Et un ouragan, un maelström avait ravagé son esprit, se nourrissant de chacun des souvenirs et de ses pensées. Lorsque Rogue avait relâché son emprise, Harry était tombé au sol, épuisé. Et ainsi le voilà, le souffle court et en nage.

« Hum, ça ne marche guère. Qu'avez-vous essayé de faire, monsieur Potter ? » Harry retint une pique agressive, les petites voix dans sa tête tempêtant et hurlant. A travers un brouillard de colère, Harry ne réalisa pas tout de suite la façon dont Rogue lui avait parlé. Presque soucieux, sensible. La pensée, étrange et bizarre, lui permit d'oublier sa rage. Rogue s'était amélioré, était devenu plus supportable, mais il n'avait encore jamais fait preuve de gentillesse.
« J'ai essayé de faire ce que vous m'avez dit, mais ça ne marche pas ! S'emporta-t-il.
- Allons, Potter, restez calme. Peut-être devrais-je vous expliquer comment je procède, personnellement. Il n'y a pas vraiment de méthode propre, chacun utilise la sienne. Je suis professeur de potions. Ce n'est pas seulement ce que je fais, c'est ce que je suis, au plus profond de moi. J'adore les potions. C'est ma passion, l'une des rares choses qui me plaisent. Pour l'occlumencie, je m'imagine donc ici, dans mon laboratoire. Au milieu des paillasses, devant mon tableau noir. En train d'essayer d'apprendre à des élèves souvent patauds comment maîtriser le noble art de la potion. »

Rogue poursuivit ainsi quelques minutes, et Harry se surprit à sourire. Le professeur avait vraiment l'air d'être dans son élément, passionné.
« Ce qu'il vous faut, Potter, c'est trouver aussi ce qui vous tient à cœur. Ce qui vous définit. Qui êtes-vous, qu'aimez-vous par-dessus tout. » Rogue se releva, et fit quelques pas, avant de lui adresser un sourire surprenant. « Bien, nous allons en rester là pour l'instant. D'ici la semaine prochaine, réfléchissez à la question, essayez de trouver un lieu qui vous calme et vous apaise. »
Rogue le renvoya, et un peu déstabilisé et par sa tâche, et par la gentillesse de Rogue, Harry ne se fit pas prier pour sortir. Mais il fut interrompu avant de franchir la porte.

« Un instant Potter. »
Harry se retourna, la main encore sur la poignée de la lourde porte du cachot, et aussitôt, Rogue dégaina sa baguette et lui lança un maléfice cuisant sur les mains. Il ne put retenir un cri de douleur et un juron, lâchant aussitôt la porte.
« Mais pourquoi ? Ça ne va pas ? » Mais Rogue le toisait avec un sourire à peine amusé. Ni méchanceté, ni sadisme.
« Vous deviez vous occuper de véracrasses, Potter. Vous ne pouvez pas sortir avec les mains indemnes. Allez voir madame Pomfresh pour faire soigner ça. Ainsi, le professeur Ombrage saura que vous avez été blessé lors de la retenue que je vous ai donnée. »

Harry mit quelques secondes, encore choqué par l'attaque, avant de réaliser le plan de Rogue. Oui, s'il allait faire soigner ses blessures, Pomfresh ferait surement un rapport aux professeurs. Peut-être même se plaindrait-elle à Rogue ? Ce ne serait pas la première fois que l'infirmière critiquait un professeur, Olivier Dubois lui avait raconté comment madame Bibine s'était faite crier dessus après un match particulièrement rugueux lors des premières années de Dubois. Et Ombrage le saurait alors, et serait ravie de cela. Petit à petit, son visage, crispé par la douleur se détendit et il leva les yeux vers Rogue.

« Oui Potter, vous comprenez. Ainsi, je pourrais vous redonner des retenues sans problèmes et Dolorès ne refusera pas de vous laissez à mes soins certains soirs. » Harry eut un sourire de connivence avant d'hocher la tête. « Autre chose, Potter. Il me faudra des excuses pour vous donner ces retenues. Essayez de trouver des justifications valables.
- Je pourrais sans doute demander de l'aide à Georges et à Fred Weasley, répondit-il avec un demi-sourire amusé.
- Je n'ai besoin que d'un seul soir de retenue par semaine, Potter, pas plus. » Répondit Rogue, avec un petit rire tellement inhabituel chez lui.


Notes : mes excuses pour la latence. Je souffre d'un souci, ce tome m'est pénible à écrire. Je colle encore pas mal au canon, et j'ai hâte de passer à la phase plus... personnelle de l'histoire. Je vais néanmoins essayer de faire preuve de plus de régularité. Après tout, plus vite j'en aurais fini ici, plus vite je pourrais passer à d'autres sujets.
A ce propos, mes propos sur Dumbledore et la WWII (Wolrd War II - Deuxième Guerre Mondiale) m'ont donné l'idée et l'envie d'écrire sur d'autres histoires. Mais je ne compte pas les écrire ni les publier tout de suite. En tout cas, j'ai tyiquement déjà le prologue d'une autre histoire déjà prêt dans la tête (ce qui explique aussi mon retard). Et ça ne sera pas sur WWII. Celui-ci, je risque de le publier prochainement, par contre. Parcequ'il me tient beaucoup à coeur

Un chapître compliqué à écrire, qui amorce une phase différente après les explications précédentes. Ca aussi, ça a joué sur mon retard. Mais un chapitre important pour expliquer l'occlumencie. Rogue peut paraître un peu OOC vers la fin. Dans mon esprit, le fait d'avoir enlever des souvenirs de sa tête le libère de certains poids. Si ça n'est guère assez claire, je rebosserai sur cette explication.
Ma méthode sur la pensine se base sur une idée, qu'on puisse enlever, complètement un souvenir. J'ai l'impression que ça a été évoqué dans le canon, mais j'ai un peu la flemme de relire les tome pour vérifier. Cette façon de procéder est idéale pour éviter le problème de Rogue et des souvenirs de James Potter.

Le prochain chapitre s'intitulera : "Le Stade de l'Elève". A vos idées


Réponses aux reviews :
Black Jo : Hermione a eu une bonne raison pour n'avoir pas mis/laissé de mot sur son cadeau. Harry aura peut-être l'occasion de découvrir pourquoi plus tard.
Azest : Harry en mérite, oui, et pas qu'un peu. Quant à Hhr/Hdg... Disons que moi seul peux décider de quel côté faire pencher la balance (ça se trouve, ce sera un HPDM... Non, je déconne)
Harmony : J'ai ce souci, oui. Je vais essayer d'y remédier, après, ne gère pas les doubles sauts de ligne, et c'est un peu handicapant je trouve. Ca me perturbe et je ne peux pas autant aérer que je le voudrais. Je travaillerais sur le sujet.