Parce que toutes les (bonnes?) choses ont une fin. C'est de la guimauve...

-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-

Après le bruit des draps froissés, le tumulte des sentiments, les soupirs de plaisir, les halètements et enfin les cris de délivrance, le calme régnait à nouveau dans le loft de John Reese. L'endroit était à présent plongé dans la pénombre et le silence. La lune était la seule source de lumière et les deux hommes baignaient dans son éclat argenté, retrouvant peu à peu leurs souffles, comblés et enlacés l'un à l'autre.

John, couché sur le dos, un sourire rêveur flottant sur ses lèvres, contemplait le plafond, tout en caressant paresseusement le dos d'Harold. Allongé sur le côté, la tête reposant sur la poitrine de son amant, le reclus, les yeux fermés, semblait dormir. Leurs cheveux, collés sur leurs tempes, et leurs peaux moites de sueur étaient les seuls témoins de la passion qui les avait submergée quelques instants auparavant.

Au bout d'un moment, l'ex-opérateur rompit le silence tout en continuant ses sensuelles caresses.

-Qu'est-ce qui t'as mis sur la voie pour Caroline Astor ?

Lentement, Harold ouvrit les yeux, sortant de sa douce torpeur. Il se redressa sur un coude pour mieux contempler le visage de l'homme qu'il aimait tant, puis déposa un baiser sur son pectoral gauche où battait son cœur, avant de répondre.

-Elle était au centre de toutes les incohérences que nous avions relevé. Elle seule savait pour la demande de divorce de Lucie Astor, pour les motifs de la rupture. C'est elle qui avait le plus à perdre du scandale. Et elle savait que Maya encourageait Sébastian à…vivre sa vie.

A l'évocation de l'héritier, John ne put retenir un petit rire ironique. Il resserra son étreinte et roula prestement sur l'autre homme, le couvrant de son poids puis plongeant son regard féroce dans celui du reclus. Il murmura d'une voix bien trop calme par rapport à l'orage qui obscurcissait ses prunelles azures :

-A te séduire plutôt…

Finch sourit à cette remarque qui témoignait d'une certaine jalousie de la part de son partenaire. Ce regard, qui l'aurait effrayé autrefois, le flattait. Il aimait ces marques de possessivité et était grisé d'être l'objet de tant d'amour de la part d'un tel homme. L'informaticien se sentit d'humeur espiègle et ne le contredit pas, laissant planer volontairement le doute.

-hum hum…se contenta-t-il de répondre distraitement, laissant ses mains décrire des cercles dans le dos de l'agent.

-Essaieriez-vous de me rendre jaloux, Mr Wren, murmura John en volant un baiser à son compagnon.

-Je me demande lequel de nous deux doit être le plus inquiet, Mr Rooney : l'homme sûr de lui au physique de rêve ou l'handicapé timide et asociale…

John perçut la note de mélancolie dans la voix de l'informaticien dont les yeux refusaient obstinément de croiser son regard.

-Oh Harold, comment peux-tu être aussi inconscient de la fascination que tu exerces sur les autres ? Et sur moi en particulier…

Reese caressa amoureusement le visage de son amant, son index suivant la courbe d'un sourcil, descendant le long de sa tempe et suivant le dessin de ses lèvres. Harold y déposa un baiser furtif au passage. Encouragé par ce petit geste spontané d'affection, l'agent décida de continuer.

-Ce que Sébastian a ressenti en te côtoyant à cette soirée, c'est ce que j'ai moi-même éprouvé près de ce pont le jour où tu m'as sauvé. Le mystère qui t'enveloppait m'a d'abord fasciné avant de m'obséder. J'ai passé des journées entières à te suivre, glanant les maigres informations que tu daignais me laisser…

-Je savais que tu me suivais…

-Chut laisse-moi finir, interrompit l'ex-opérateur en posant un doigt sur la bouche de son compagnon pour le faire taire. Ce n'est pas facile pour moi, précisa l'agent avec un sourire incertain.

-L'obsession s'est ensuite transformée en autre chose, de plus profond, de plus fort. Quelque chose qui m'effrayait au départ, que j'avais du mal à nommer ou que je refusais de nommer, puis qui m'est devenue aussi indispensable que l'air que je respirais.

Plongeant son regard dans celui du reclus, John se fit plus sérieux en concluant :

-Je vis pour toi Harold, je mourrai pour toi, s'il le fallait. Je t'aime.

A peine sa confession terminée, John prit les lèvres de son compagnon avec la ferveur et la passion propres aux gens qui ont conscience de la fragilité de leur existence et de leur bonheur. Ils se séparèrent à bout de souffle puis l'agent posa sa tête sur la poitrine de son amant, écoutant les battements rapides et réguliers de son cœur.

- Je ne mérite pas cela…, murmura l'informaticien comme s'il réfléchissait à haute voix.

Fronçant les sourcils, un peu inquiet par ce qui allait suivre, John garda le silence. Il était tellement rare que Finch se confie sur ses états d'âme. Cette nuit était le moment de toutes les confidences, de tous les aveux. Ses doigts dessinant des cercles concentriques sur le torse de l'informaticien, jouant avec les poils de sa poitrine, John attendait avec fébrilité que le reclus libère enfin sa conscience, ouvre la porte de sa cage pour se dégager de toutes les chaines de son passé.

-Ce n'est pas un hasard si le numéro de Caroline est tombé le lendemain de la réception. C'est durant cette soirée que j'ai rencontré Sébastian et cette rencontre a été l'élément déclencheur de toute l'affaire. Je suis la cause de toute cette mission…

Soudain, Harold se tut. John se rendit compte immédiatement du malaise chez son partenaire. Il suspendit ses caresses et se redressa sur un coude, contemplant le visage incertain du reclus. D'une caresse douce sur la joue, il tenta de le réconforter.

-Non, tu n'y es pour rien.

L'homme lui répondit par un sourire triste mais John n'était pas convaincu. Il connaissait bien son patron. Même si Harold était doué dans l'art de la dissimulation, John avait appris à décrypter ses attitudes, les inflexions dans sa voix, les expressions de son visage. Les propos qui suivirent, confirmèrent cette impression.

- Je suis à l'origine de tellement de souffrance, de tellement de malheur, de tellement de morts…

John se redressa complètement pour s'assoir sur le lit, faisant glisser le drap sur ses hanches. Il se tourna vers Harold, qui le contemplait les yeux embués de larmes, toujours allongé, indifférent à sa nudité désormais dévoilée.

-Je t'interdis de dire ça ! Tu es au contraire à l'origine de beaucoup de vies sauvées. Tu oublies tous les attentats déjoués grâce à la Machine. Tu oublies tous les numéros non-pertinents que nous avons sauvés.

Harold leva les yeux vers son partenaire, étonné par ce coup d'éclat. Il était tellement rare que John hausse ainsi la voix. En y réfléchissant bien, l'informaticien n'avait quasiment jamais entendu l'agent crier.

-Tu n'es pas responsable de tout cela, Harold !

-Oh John, si tu savais comme je t'aime, répondit simplement l'informaticien en se redressant à son tour, enlaçant son partenaire, nichant son visage dans son cou pour laisser ses larmes couler librement.

Reese glissa une main dans ses cheveux, maintenant sa tête contre lui, étouffant ses sanglots, son autre main caressant son dos pour l'apaiser.

-Je t'aime aussi, chuchota l'agent, le nez enfoui dans ses cheveux, respirant son odeur, le serrant le plus fort possible tout en veillant à ne pas lui faire mal, comme s'il cherchait désespérément à enlever le poids de la culpabilité qui semblait l'accabler.

Harold lui faisait penser au géant Atlas, un titan condamné par Zeus à porter sur ses épaules la voûte céleste. Mais Finch n'est pas un géant, il s'agit d'un homme, frêle, fragile, tellement attentionné envers les autres qu'il en oubliait sa propre vie et sacrifiait son propre bonheur.

Une fois les pleurs calmés, les deux hommes restèrent encore un moment, enlacés, savourant la fragile quiétude retrouvée. John décida de reprendre la parole, tout en continuant ses gestes apaisants. Il opta, comme à son habitude, pour l'humour afin d'essayer de rassurer son partenaire.

-Cher Harold, tellement inconscient de son charme, tellement innocent. Comment fais-tu pour ne pas te rendre compte à quel point tu es une personne incroyable, tellement belle et tellement forte. Comment ne pas t'aimer ?

Le nez toujours niché dans le cou de son agent, Harold écoutait en silence les paroles réconfortantes murmurées tout contre son oreille.

-Tu ne peux pas porter seul la misère du monde, murmura l'agent, la gorge nouée par l'émotion.

Ecartant légèrement son partenaire de lui en le tenant délicatement par les épaules, John plongea son regard dans les yeux encore embués de larmes d'Harold et rajouta tout bas, comme une promesse :

-Mais nous pouvons essayer de la porter à deux.