Chapitre 14 : La nuit

Chaque nuit, je l'entends crier. Chaque nuit j'accours et tente de la calmer. Le plus souvent j'y arrive, mais cela me brise le cœur de la voir ainsi. Son regard qui était tellement plein de vie, de passion, d'envie semble parfois vide, triste et je n'arrive pas à trouver quoi faire pour lui redonner vie.

Cette nuit encore, j'ai accouru dans sa chambre pour la réveiller, elle était en train de crier, de se débattre. Lorsque je l'ai prise dans mes bras, elle a continué à frapper, à griffer. J'ai les avant-bras et le torse bien marqué d'ailleurs, mais si cela peut l'aider, alors qui suis-je pour ne pas la laisser faire. Plus elle me frappait et me griffait et plus je me sentais mal, triste, impuissant face à son malheur. A force de murmures, j'ai réussi à la calmer. Elle s'est alors réveillée, les larmes aux yeux. En me regardant, elle m'a demandé si c'était elle qui avait ça ? J'ai sourit en lui disant que ce n'était rien, que je pouvais en supporter bien plus ! Je tentais de lui assurer que ce n'était pas grave, mais elle ne cessait de s'excuser, alors j'ai resserré mon étreinte pour qu'elle arrête et lui faire comprendre que je suis là aussi pour cela.

Elle s'est endormie dans mes bras comme chaque nuit et je n'arrive pas à dormir, comme souvent. Plus je la vois dans cet état et plus ça me rend dingue. Elle m'a tout raconté, en détail, ce n'était pas évident de l'entendre. Le pire, c'est qu'elle croyait au début que c'était vrai et qu'elle devait être une femme modèle... c'est quoi déjà cette idée de femme modèle ? Elle est la femme idéale comme elle est ! Pourquoi vouloir la changer ?

La sentir contre moi, dans mes bras, j'ai tant rêvé de ce moment… Mais je n'aurai pas imaginé qu'il puisse être si douloureux. D'un côté, je me sens heureux de pouvoir l'avoir auprès de moi, de pouvoir la protéger, et d'une certaine façon, lui donner de l'amour, bien que loin de ce que je voudrais lui donner réellement. Mais d'un autre coté, je suis si triste de la voir dans cet état, de la voir si malheureuse et déchirée chaque nuit.

Si je tenais ce Tom sous la main, je crois que je le réduirai en bouilli, une balle entre les deux yeux, c'est bien trop simple et pas assez douloureux. Il ne ressentirait pas tout ce qu'il a fait à Bones. Il doit souffrir autant qu'il l'a fait souffrir.

J'ai toujours tout fait pour la protéger, lui éviter les ennuies, faire mon maximum pour qu'elle ne risque rien, qu'elle soit le mieux possible et lui … oui lui il lui a fait ça ! Il lui a fait tellement de mal… je ne sais pas exactement ce qu'il voulait et franchement je m'en contre-fiche ! La seule chose que je veux pour le moment c'est lui faire le plus mal possible, qu'il se rende compte de ce qu'il a fait.

Il a profité d'elle, il a osé la touché, l'embrasser, coucher avec elle alors qu'elle n'était pas elle, alors qu'elle ne se rendait pas compte de ce qui se passait vraiment.

J'ai toujours été, d'une certaine façon, jaloux des conquêtes que Bones avait. Jaloux qu'ils puissent l'avoir pour eux, qu'ils puissent la toucher, la caresser, l'embrasser, l'avoir à leur coté, l'avoir dans leur lit. Jaloux qu'elle puisse avoir envie d'être avec eux plutôt qu'avec moi. Jaloux qu'elle sourit, rit avec eux, comme elle le faisait avec moi… mais nous avions plus, tellement plus ! Alors je me rassurais en sachant que nous avions cette complicité, cet univers rien qu'à nous.

Mais là c'est différent, elle n'avait aucun intérêt pour ce Tom, aucune affinité, ni rire, ni joie. Il a juste abusé d'elle.

Il a voulu la changer. J'ai eu tellement de mal à ce que Bones s'ouvre enfin aux autres. A ce qu'elle pense que la vie n'était pas que travail, qu'il y avait aussi l'amitié et surtout l'Amour. Elle ne croit pas encore totalement à l'amour mais je pense que j'ai réussi à lui faire envisager les choses différemment … et maintenant lui vient de tout détruire. Elle va se recroqueviller sur elle-même, dans sa carapace. Elle risque de mettre de côté tout ce que j'ai pu lui faire comprendre.

Enfin je dis cela mais pour le moment je suis avec elle. Je crois qu'elle me fait toujours confiance, c'est déjà ça. Lorsqu'elle est revenue, c'est ici qu'elle a atterri, il faut vraiment que je sois à la hauteur de la confiance qu'elle m'accorde. Il faut que je trouve une façon de lui redonner goût à la vie, de lui redonner envie de rire et de sourire. Mais je commence à être à cours d'idée.

Ne trouvant pas de solution j'ai même décidé de l'emmener chez Sweet. Elle s'est laissé faire, elle qui déteste la psychologie, elle n'a pas bronché quand j'ai dit que j'avais pris RDV chez le gamin. Peut-être pense-t-elle aussi qu'elle en avait besoin, ou alors peut-être n'a-t-elle plus d'appréhension vis-à-vis de la psychologie.

Cela fait maintenant presque une heure qu'elle est dans son bureau. Je les ai laissé seuls, je pense que c'est mieux. Je ne trouve pas les mots pour l'aider, et je pense que j'aurai été une gêne plus qu'autre chose en restant avec eux. Mais Dieu que c'est long d'attendre sans savoir si cela va servir ou non.

Elle sort, le gamin me sourit et me dit qu'il souhaiterait la voir encore dans 2 jours. Nous marchons à présent vers le SUV. Je lui demande comment s'est passé la séance, elle hausse juste les épaules. Je vois dans ce regard que rien n'a changé, qu'elle est toujours aussi perdue. Je me demande si j'ai eu une bonne idée en l'emmenant ici, mais je ne sais plus quoi faire. Je suis, je crois, autant perdu qu'elle en ce moment.

Avant de monter dans le véhicule, je décide de la prendre dans mes bras. Je crois que j'ai autant besoin de ce contact qu'elle, si ce n'est plus encore. La sentir contre moi me permet de tenir. Il faut que je tienne… je suis le male-alpha comme dirait Bones, il faut que je sois fort, pour elle… pour nous … pour notre partenariat … pour notre amitié … et, je l'espère, pour notre Amour, en tout cas pour mon Amour pour elle, au moins !