Note d'Eliandre : Je crois que vous l'attendiez tous avec impatience et que c'est entièrement de ma faute…
Note de Kaleiya : Bon, après une longue et un bon tirage des oreilles de ma collègue, voici enfin la suite. Je vous souhaite une bonne lecture pendant que je vais recoudre l'oreille de ma collègue...
Chapitre 13 : Projets contrariés
L'idée de cette visite des jardins avec Flynn rendait Yuri quelque peu nerveux et ce, pas seulement à cause du fait qu'ils seraient seuls. Il savait qu'il devait lui avouer la vérité concernant qui il était réellement puis lui remettre la lampe – le garçon des rues n'avait plus qu'un seul vœu et il le gardait pour Rita – pour que le prince décide comment s'en servir au mieux. Ce n'était pas compliqué en théorie mais en pratique, il était à chaque fois assailli par ses sentiments envers son ami et ses craintes de le décevoir quand il découvrirait que la princesse Yulia n'était qu'une invention.
Autant dire qu'il n'avait pas du tout la tête à être seul avec celui qu'il aimait…
« Cet ensemble te va vraiment à merveille. » constata Judith en observant en détail la tenue qu'il portait et qu'elle lui avait choisie. « Une coiffure sur le côté y ajouterait un peu de sensualité qui ne devrait pas laisser le prince indifférent. »
Cette remarque fit rougir Yuri, déjà mal à l'aise dans cette situation. Le tapis volant était resté dans le même type de vêtements pour lui : un haut court décolleté avec un sarouel. Les différences étaient dans le coloris qui, au lieu d'être noir, était bleu nuit ainsi que dans les bretelles, plus épaisses, qui étaient au niveau de ses bras au lieu d'être sur ses épaules – il ne pouvait pas s'empêcher d'essayer de les remonter, ce qui était peine perdue car son haut était trop ouvert pour qu'elles ne glissent pas à chaque fois – et dans les accessoires, la ceinture étant à présent en tissu et un châle fin bleu lavande ayant été ajouté – le garçon des rues, bien qu'ayant enfin reconnu qu'il était frileux, se demandait tout de même si ce voile si léger suffirait à le protéger du froid le cas échéant.
« Ne t'avise pas de mettre des trucs bizarres dans mes cheveux ! » s'exclama-t-il en se souvenant de ces saletés de perles qu'il avait eues la première fois.
« Je pensais juste te faire une queue de cheval sur le côté. » expliqua Judith avec calme. « Une tresse aurait été très bien mais le résultat ne serait pas très élégant vu que tu as une mèche plus courte que les autres. »
Et il se rappelait très bien du pourquoi : un taré nommé Zagi qui l'avait attaqué à deux reprises. Il espérait sincèrement que ce fou n'avait pas gardé sa mèche de cheveux car rien que l'image de celui-ci l'humant avec délice lui donnait la nausée… ou alors c'était son corps féminin qui lui rappelait qu'il ne fonctionnait plus comme avant d'un point de vue physique.
« Essaie quand même de ne pas rendre notre princesse Yulia trop désirable ! » lança Rita, actuellement assise en haut d'une pile de livres dans un équilibre précaire et occupée à lire un vieux parchemin couvert de symboles étranges. « Si le prince lui saute dessus, on va se retrouver avec une famille nombreuse et je n'ai pas envie de jouer à la nounou ! »
« Aucune chance pour que ça arrive. » déclara Yuri, appréciant peu le sous-entendu.
« Vraiment ? Alors tu attends quoi pour mettre fin à cette comédie de princesse étrangère ? D'être marié avec le prince d'Agrabah et d'avoir une demi-douzaine de gamins pour assurer la lignée royale ? Au rythme où ça va, c'est bien parti pour ! Hier tu l'embrassais et aujourd'hui, il voit le contenu de ton tiroir à sous-vêtements ! Demain ce sera quoi ? Vous allez vous enfermer dans les bains ? »
« Et pour faire quoi au juste ? A part se baigner nus… »
Puis il réalisa l'ampleur de la bêtise qu'il venait de dire : il était une fille actuellement donc certaines choses qui étaient impossibles entre deux hommes ne l'étaient plus. Ses joues rosirent de gêne tandis que Judith eut un sourire amusé en terminant de lui faire sa queue de cheval.
« Au cas où, il serait peut-être judicieux de réfléchir à quelques prénoms. » suggéra-t-elle avec malice. « Si les choses vont trop vite, tu seras au moins préparé de ce côté. »
« C'est l'année des R je crois. » fit remarquer Rita en attrapant un énorme livre qu'elle feuilleta rapidement. « En ce moment, il y a beaucoup de Sorey ou de Mikleo mais semblerait que cette tendance va pas durer pour les garçons. Pour les filles, c'est la mode des fleurs : on a des Rose, des Jasmine… »
Une subite envie de souhaiter être sourd le tentait… Où était ce fichu voile qu'il puisse enfin partir d'ici ?
« Pourquoi ne pas opter pour un prénom composé ? » proposa Judith avec un sourire taquin. « C'était populaire à une époque… »
« Oui mais non, il ne vaut mieux pas. » trancha le génie avec une grimace. « Rappelle-toi le roi Pierre Paul Jacques Louis Henri Clovis François Philippe et les dix autres prénoms que j'ai oublié. Dès qu'on oubliait un de ses prénoms ou que quelqu'un se trompait dans l'ordre, la personne finissait généralement décapitée d'un coup de… »
A peine Yuri eut-il repéré et mis son voile en place, il se hâta de quitter la pièce, en ayant plus qu'assez de cette conversation et se jurant intérieurement d'enfin avouer la vérité à Flynn.
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En entendant la porte se fermer dans un claquement et constatant que Yuri était parti, les deux femmes stoppèrent leur conversation, échangeant un regard complice.
« Ce qu'il ne faut pas faire des fois… » soupira Rita avec exaspération en refermant son livre. « Même si je reconnais que la Caverne des Merveilles a bien fait son travail, le fait que ce garçon ne soit plus capable de penser avec sa tête quand il est auprès du prince ou lorsque ce dernier est concerné risque de lui jouer des tours à un moment donné. Qui plus est, on a potentiellement un gros problème en vue… »
« Autre que notre pervers qui a croisé Repede ? » lui demanda Judith tout en caressant la tête du chien. « Il faudra quand même qu'on le retrouve avant la garde celui-ci… »
Même si le génie avant effectivement une folle envie de mettre la main sur cet intrus pour lui expliquer sa façon de penser, ce n'était pas ce qui la préoccupait le plus – cela restait un incident mineur, surtout qu'il n'avait volé que de la lingerie. Non, le plus problématique, c'était Estellise : elle était absolument certaine qu'elle était victime d'un enchantement mais elle ne savait pas qui était le coupable et ses motivations. Si elle était aussi libre de ses actions que son amie tapis volant, elle aurait déjà trouvé la réponse à toutes ces questions mais malheureusement, il ne lui était pas possible d'user librement de sa magie sur des humains.
« Lui, on s'en chargera quand l'occasion se présentera. » déclara Rita en grognant, espérant que ce type allait récidiver un jour. « Avant ça, il faudrait que tu fasses le tour de tous les habitants du palais. Je crois que nous avons un sorcier qui se cache parmi eux. »
A l'entente de cette dernière phrase, Judith afficha une mine grave et quitta la pièce pour faire ce qui était nécessaire, laissant le génie seul avec ses multiples ouvrages.
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Après ce moment fort embrassant pour lui, Flynn avait laissé la princesse Yulia dans sa chambre pour lui donner le temps de se préparer avec ses servantes et voulut l'attendre près des jardins. Cependant, en chemin, une voix l'interpella :
« Votre Altesse ! »
Le prince d'Agrabah se retourna et reconnut l'homme qui l'appelait : il s'agissait du serviteur qu'il avait envoyé en ville avec comme mission de retrouver Repede. A cet instant précis, il sentit comme une vague de remords. Avec la princesse Yulia, il avait presque oublié le sentiment de culpabilité qu'il éprouvait envers celui qui était mort par sa faute.
« Votre Altesse, je vous prie de me pardonner mais j'ai de mauvaises nouvelles à vous annoncer. » dit l'homme en s'agenouillant respectueusement, prêt à faire son rapport.
« Qu'il y a-t-il ? » s'inquiéta Flynn.
« Le chien borgne au pelage blanc et bleu que vous m'avez demandé de retrouvé… J'ai beau avoir passé tout Agrabah au peigne fin mais je n'en ai trouvé nulle trace. »
« C'est impossible, il doit forcément être quelque part ! »
« Il est possible qu'il ait quitté la ville pour être vendu ailleurs, votre Altesse. Je suis certain d'avoir fouillé tous les recoins de la ville et à moins qu'il se trouve bien caché dans le palais, ce chien ne se trouve pas en Agrabah. Seul le Ciel sait à quel genre d'hommes peu scrupuleux le capitaine Cumore a confié ce pauvre animal. Ils l'ont peut-être donné à des marchands itinérants. »
« Je vois. » répondit Flynn, son front se plissant avec une mine soucieuse.
« Je vais demander à mes amis commerçants pour vérifier si une caravane a quitté Agrabah avec celui que vous recherchez, votre Altesse. »
« Très bien, je vous remercie pour ce rapport. Si jamais vous rencontrez une difficulté dans votre mission, n'hésitez pas à me le signaler. »
« A vos ordres, mon prince. Maintenant, je vous prie de me permettre de prendre congé… »
Avec un salut respectueux, le serviteur quitta les lieux.
Flynn, lui, continua sa route vers les jardins, bien que quelque peu pensif. Malgré ses sentiments pour la princesse Yulia, les prunelles anthracite, si fières et moqueuses, du propriétaire de Repede ne cessaient de hanter son esprit…
Dans l'un des couloirs, à sa surprise, il y croisa Estellise transportant son matériel de calligraphie dans ses bras. L'apercevant seule – ce qui le surprit car habituellement, la jeune femme était accompagnée par une suivante –, il accourut aussitôt près d'elle, posant doucement une main sur son bras avant de s'emparer d'une partie de son matériel.
« Estellise, puis-je t'accompagner aux jardins ? »
Elle lui semblait bien esseulée ces derniers temps, cette demoiselle aux cheveux roses qu'il considérait comme une petite sœur. Depuis son escapade à Agrabah, il avait l'impression de l'avoir quelque peu négligée et Flynn s'en sentait coupable. Certes, les événements autour de lui s'étaient enchaînés si rapidement avec la découverte de la corruption des nobles, le détournement des finances du royaume, l'arrivée de Yulia et l'arrestation puis la déchéance de Cumore mais ce n'était pas une excuse de ne plus passer du temps avec Estellise comme du temps où ils étaient enfants. Elle était sa meilleure amie et elle avait été toujours là pour lui.
« Oui, bien sûr Flynn. » répondit-elle en lui adressant un sourire. « Tu veux bien m'aider à transporter mes affaires ? »
Pendant leur trajet aux jardins, la jeune femme et lui échangèrent dans un premier temps sur des banalités avant de s'orienter sur la destitution de Cumore pour finalement évoquer l'événement principal de ces derniers jours au palais : l'arrivée de la princesse Yulia, son enlèvement de la veille et surtout leurs impressions sur leur royale invitée.
« Que penses-tu de la princesse Yulia, Flynn ? » demanda Estellise d'une voix curieuse. « Au début, j'aurais dit qu'elle ne t'intéressait pas comme toutes tes anciennes prétendantes qui l'ont précédée mais on dirait que ton opinion sur elle a changé. »
« Comment le sais-tu ? » s'étonna le prince d'Agrabah.
« On se connait depuis l'enfance, Flynn. Si la princesse Yulia ne te plaisait pas, elle serait déjà repartie vers son royaume. Et ton visage n'aurait pas paru aussi heureux comme il est à présent. » ajouta-t-elle en riant.
Une brève lueur de stupéfaction passa dans les yeux azur du blond avant qu'il ne lui rende son sourire.
« Tu as raison. Tu me connais trop bien, Estellise. Je crois… que la princesse Yulia est la personne que je recherche depuis toujours. Estellise… tu es ma plus ancienne amie alors je veux que tu le saches : je compte lui demander sa main. » avoua l'héritier du royaume d'Agrabah.
En entendant cette nouvelle, la jeune femme marqua un arrêt dans sa marche avant de lever ses yeux turquoise vers le prince.
« Oh Flynn, c'est une merveilleuse nouvelle ! » s'exclama son amie d'une voix heureuse. « Mais… es-tu sûr que la princesse d'Abou Dabia est celle qui te conviendra ? » interrogea-t-elle d'un ton anxieux.
Flynn dévisagea son amie avec étonnement. Estellise avait été l'une des premières à accueillir à bras ouverts la princesse étrangère. Ce revirement ne lui ressemblait pas.
« Qu'il y a-t-il, Estellise ? Je pensais que cette nouvelle te réjouirait. Tu étais si désireuse d'échanger avec la princesse Yulia, tu avais tellement hâte d'en savoir plus sur son royaume ! J'ai même pensé que tu voulais devenir son amie ! »
En tant que filles issues de la haute aristocratie, les anciennes prétendantes de Flynn avaient toujours considéré Estellise comme inférieure à leur caste. Bien qu'aucune ne l'ait jamais ouvertement déclaré à Flynn, il put le deviner aisément par leur attitude ou par les regards méprisants qu'elles jetaient envers son amie d'enfance dès qu'elles croyaient qu'il avait le dos tourné. Jamais Estellise ne s'était plainte de cette situation mais le prince savait qu'elle en souffrait. Yulia lui avait paru nettement plus ouverte d'esprit que ses anciennes prétendantes alors il avait espéré qu'elle et Estellise s'entendraient. Et c'était ce qu'il avait cru devant l'enthousiasme initial de son amie à l'arrivée de la princesse d'Abou Dabia. Du moins, jusqu'à présent…
« C'est que… j'ai discuté avec le Grand Vizir Alexei et il a souligné un point où je ne peux lui donner tort. On ne sait presque rien de la princesse Yulia ou de son royaume. »
Flynn fronça les sourcils. Encore une fois, elle et Alexei s'étaient retrouvés ensemble… C'était assez… curieux… Habituellement, ils ne se côtoyaient guère…
« Mais si tu estimes que Yulia est la femme que tu veux à tes côtés alors je me rangerai à ton avis. Tu sais que je serai toujours derrière toi Flynn. »
Elle lui adressa un gentil et ravissant sourire, ce sourire complice qu'elle avait l'habitude de lui donner depuis leur enfance commune. Cependant, le blond ne pouvait s'empêcher d'avoir la sensation que ce dernier lui paraissait un peu forcé… Etait-elle triste au fond d'elle qu'il allait bientôt se marier ?
En reprenant toutefois leur chemin, comme Estellise avait changé de sujet et parlé de livres qu'ils avaient lus ensemble, il fut convaincu qu'il s'était trompé et que la fatigue qu'il avait accumulée y était pour quelque chose.
Reprenant sa bonne humeur, il l'aida ensuite à installer son matériel de calligraphie avant de faire demi-tour pour attendre la princesse Yulia. Il devait réunir tout son courage pour lui demander sa main…
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Jusqu'ici, il n'avait pas vraiment passé beaucoup de temps dans les jardins – ils les apercevaient du balcon de sa chambre et n'avait fait que traverser ceux-ci de nuit – donc il fut quelque peu pris de court en arrivant à l'entrée de ceux-ci qui était une vaste cour pavée dominée en son centre par une énorme fontaine en pierre au pourtour recouvert d'une mosaïque bleu et blanche. Des buissons taillés avec soin encadraient la cour – la majorité avait une forme arrondie mais d'autres avaient été soigneusement taillés pour ressembler à des animaux tels des éléphants ou des tigres – ainsi que des arbres qui apportaient une part d'ombre en ces lieux. Sur les côtés, il était possible de voir des passages permettant d'aller vers d'autres parties des jardins.
Yuri réalisa que cela devait être la première fois qu'il voyait tant de verdure et que cela n'allait probablement pas s'arrêter là.
« Princesse Yulia ? »
Il reprit brusquement ses esprits, comprenant qu'il avait dû se laisser aller à son émerveillement, pour s'apercevoir que Flynn était à deux pas devant lui, l'air un peu amusé.
« Pardon. » s'excusa le garçon en reportant son attention sur le prince d'Agrabah. « C'est juste que je n'avais pas vraiment pu voir cette partie du palais jusqu'ici. C'est splendide. »
« Je suis enchanté que vous aimiez. » déclara le jeune homme aux cheveux d'or en lui tendant la main. « Puis-je ? »
Sans hésiter, Yuri lui offrit sa main et se laissa guider.
Ils allèrent d'abord de l'autre côté de l'imposante fontaine où se trouvait un banc et une volière remplie de nombreux oiseaux – un pincement au cœur saisit le garçon des rues en voyant ces animaux en cage, une chose qu'il n'avait jamais vraiment apprécié de voir chez certains marchands d'Agrabah. Un léger malaise restait présent entre eux, le regard azuré du prince se fixant assez souvent au sol – le voleur réalisa d'ailleurs que les pavés le composant étaient de petite taille et dont les teintes variaient de façon subtile par endroit, ce qui ajoutait encore plus de charme en ces lieux.
Leurs sens furent assaillis par des odeurs florales et au chant des oiseaux quand ils se rendirent dans la partie fleurie des jardins, puis ce fut leur vue face à ces explosions de couleurs : lauriers roses, hibiscus, roses de toutes les teintes… Mais ce qui attira le plus l'attention de Yuri fut l'herbe verte qu'il avait sous ses yeux… et qui lui donna une idée.
« Prince Flynn. » fit innocemment le garçon des rues en se tournant vers son ami. « Pourriez-vous faire quelque chose pour moi ? »
« Heu… Bien sûr princesse Yulia. » répondit le prince, visiblement pris de court face à cette princesse étrangère qui s'était rapprochée de lui.
« Fermez les yeux. »
Alors que le jeune homme aux cheveux d'or s'exécuta, Yuri retira discrètement ses babouches, savourant avec délice la sensation de l'herbe fraiche sous ses pieds trop longtemps enfermés dans ces chaussures qui l'agaçaient plus qu'autre chose. Il approcha son visage de celui du prince et lorsqu'il fut certain que celui-ci ne pouvait pas le voir, il glissa sa main hors de la sienne, et recula de deux pas.
« Attrape-moi si tu peux ! »
Sans attendre, il se mit à courir entre les massifs fleuris, entendant avec satisfaction que son ami s'était mis à sa poursuite.
S'il y avait bien une chose dont Yuri était certain dans le défi qu'il avait lancé, c'était que même s'il se savait plus rapide que Flynn, il était désavantagé car il ne connaissait pas du tout les jardins et en plus, il portait des habits qui ne facilitaient pas vraiment sa course – bien qu'il était débarrassé de ces babouches, ce haut aux bretelles qui glissaient et ce châle le gênait dans ses mouvements. Pour cette raison, il n'avait eu aucune hésitation à jeter ce fin voile de tissu derrière lui, s'en servant au passage pour ralentir le prince alors qu'ils venaient tous deux de passer près de jasmins odorants.
Ce fut quand il avait atteint des bosquets d'orangers et de grenadiers que ce jeu prit fin : le prince l'avait rattrapé en le prenant par la taille, faisant qu'ils avaient failli tous deux tomber au sol s'ils n'avaient pas réussi à retrouver leur équilibre.
Mais alors que le jeune homme aux cheveux d'or allait lui demander quelque chose…
« AAAHHHHHH ! »
Un cri avait retentit pas très loin d'eux puis Estelle, paniquée, était sortie de derrière un arbuste, sa robe blanche parsemée de tâches d'encre noire sur le bas. Immédiatement, Flynn était venu à ses côtés ainsi que des serviteurs.
« J'ai cru voir un serpent ! » s'exclama la jeune femme, l'air terrorisé. « Il m'a surprise pendant que j'écrivais. »
Immédiatement, Yuri alla vérifier cela, profitant que personne n'allait l'en empêcher – et peut-être aussi parce qu'il doutait quelque peu de la véracité de cette affirmation, la jalousie de voir le prince la tenant dans ses bras pour la réconforter l'ayant saisie. Il n'avait pas pu avancer bien loin, des serviteurs étant venus l'arrêter, mais il avait pu apercevoir, caché entre le mur et le tronc d'un oranger, un petit trou assez large pour laisser passer une vipère ou même une autre bestiole…
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C'était une tâche ardue mais non insurmontable. Néanmoins, il ne cessait d'attendre le moment idéal, l'instant parfait où il pourrait enfin demander la main de la princesse Yulia. Réunir tout son courage était une chose mais savoir deviner le bon moment pour lui faire sa déclaration en était une autre. Aucun livre n'expliquait cela. Flynn avait peur de tout faire rater.
La femme aux cheveux de jais le prit toutefois par surprise en lui demandant de fermer les yeux. Il avait obéi puis senti son visage se rapprocher du sien avant de sentir sa main s'échapper de la sienne et qu'elle lui lance sur un ton de défi :
« Attrape-moi si tu peux. »
Elle voulait jouer à ça ? Elle allait être servie !
Pris au jeu, il se mit à sa poursuite. Yulia était rapide, plus rapide que lui en plus d'être suffisamment habile pour recourir à quelques astuces pour le retarder comme se défaire de son voile pour le lui jeter au visage, mais il parvenait à suivre son rythme de course. Et puis il connaissait bien les jardins. Il y jouait souvent avec Estellise ou, de temps à autre, d'autres camarades issus de la noblesse durant son enfance. Il savait par exemple que le chemin que la brune princesse venait d'emprunter menait à des bosquets d'orangers et de grenadiers et qu'elle était loin d'avoir pris la plus courte route. Il connaissait un raccourci qui lui permettrait de battre Yulia à son propre jeu.
Et ce fut le cas. Quand la jeune femme jeta un coup d'œil derrière elle, elle marqua un bref temps d'arrêt en n'apercevant pas son poursuivant. Flynn en profita pour la surprendre en l'attrapant par la taille, ce qui les faillit les déséquilibrer tous les deux mais ils surent tous les deux se reprendre. Le prince se saisit alors de la main de la princesse, la serrant dans la sienne tout en regardant Yulia droit dans les yeux. Ses yeux céruléens exprimèrent pendant quelques secondes de la stupéfaction en contemplant ses traits qui lui paraissaient si douloureusement familiers. C'était impossible… Elle ressemblait énormément à…
A cet instant, il voulut interroger la princesse Yulia quand soudain…
« AAAHHHHHH ! »
La voix effrayée d'Estellise résonna près d'eux et le blond la vit surgir brusquement d'un arbuste avec un visage totalement paniqué. Lâchant la main de Yulia, il se précipita vers son amie d'enfance pour la prendre dans ses bras pendant que des serviteurs accouraient vers le bosquet. Elle était échevelée et le bas de sa robe comportait des taches d'encre noires. D'une voix terrorisée, elle annonça avoir aperçu un serpent.
Bien qu'il la rassura en lui caressant les cheveux d'un geste fraternel, Flynn ne put s'empêcher de froncer les sourcils d'un air sceptique. Comme la majorité des gens, Estellise avait peur des serpents mais la réaction qu'elle avait eu aujourd'hui lui sembla disproportionnée. En temps normal, son amie n'était pas si craintive et faisait au contraire preuve de bien plus de courage.
« Estellise, tu n'as rien? » lui demanda-t-il pendant que du coin de l'œil, il apercevait la princesse Yulia s'avancer vers un mur pour essayer de repérer le serpent.
« Oui, je… Je suis désolée d'avoir perdu mon sang-froid. J'ai paniqué, Flynn. J'ai eu si peur ! » répondit-elle en se recroquevillant davantage dans ses bras.
« Tout va bien. Tu n'as rien, c'est l'essentiel. » la rassura le prince en lui tapotant doucement le dos pour la réconforter.
Puis il se tourna vers son invitée.
« Voyez-vous quelque chose princesse Yulia ? »
« J'avoue que je ne vois rien qui ressemble de près ou de loin à un reptile rampant. » répondit la princesse d'une voix légèrement moqueuse. « Il y a bien un petit trou juste assez gros pour un petit serpent comme une vipère ou un autre serpent de ce genre mais… »
« Que se passe-t-il ici ? Quelle est la raison de cet attroupement ? »
Surpris, Flynn et Yulia se tournèrent vers le nouveau venu qui venait d'intervenir : Alexei, le Grand Vizir. En l'apercevant, Flynn ne put s'empêcher de plisser des yeux : qu'est-ce que le haut dignitaire venait faire ici dans les jardins ? Ce n'était pas son lieu de villégiature préféré. Il aimait plutôt rester au palais, dans son bureau pour travailler.
« Estellise a eu peur d'un serpent. Et vous, que faites-vous ici ? » questionna-t-il. « Ce n'est pas dans vos habitudes d'errer dans les jardins. Je vous croyais dans votre bureau. »
« C'est vrai, mon prince, c'est vrai. Je préfère en général consacrer mon temps au devoir que je dois remplir pour notre royaume. Cependant, même votre dévoué serviteur a besoin de temps à autre de s'accorder une petite pause avant de se remettre à la fastidieuse tâche que votre père m'a confiée. J'étais donc en train de prendre un peu l'air quand j'ai entendu les hurlements d'Estellise. »
Flynn examina Alexei d'un œil soupçonneux mais garda le silence. Les paroles paraissaient sincères mais depuis quelques temps, il devenait un peu méfiant avec le Grand Vizir. Il fallait dire que depuis son aventure à Agrabah, il avait découvert pas mal de choses et ses relations avec Alexei commençaient à prendre une tournure différente.
« Sinon, puis-je m'interroger sur la présence de notre noble invitée en ces lieux ? » demanda le Grand Vizir en désignant la princesse Yulia.
« Elle était avec moi et a accouru comme tout le monde quand Estellise a crié. » répliqua Flynn.
« Oui et j'ai essayé de voir si le serpent n'était pas dans les parages. » déclara la princesse d'Abou Dabia d'un ton sec.
Alexei contempla longuement la jeune femme aux cheveux de jais. Une moue dubitative apparut sur son visage.
« Vous êtes bien audacieuse pour une femme de la noblesse, princesse Yulia. Les jeunes demoiselles de l'aristocratie font preuve normalement de plus de retenue et de pudeur dans ce genre de situation. Du moins, celles que je côtoie sont ainsi. »
Flynn dévisagea son invitée. Elle était nerveuse, se mordant les lèvres, ne sachant que répondre au Grand Vizir. Il décida d'intervenir pour la tirer d'embarras.
« La princesse Yulia vient d'un royaume très lointain où les coutumes sont différentes des nôtres, Alexei. Veuillez vous en souvenir et gardez ce genre de remarques pour vous à l'avenir. Vous risquez d'offenser notre invitée. » rétorqua le prince d'une voix désapprobatrice.
« Mes excuses, votre Altesse, princesse Yulia » répondit le Grand Vizir en s'inclinant respectueusement vers les deux concernés. « Si je vous ai offensé, c'était sans le vouloir. »
Ses yeux fixèrent ensuite successivement Estellise et l'héritier d'Agrabah.
« En attendant, il serait sage de raccompagner la jeune Estellise dans sa chambre pour qu'elle puisse se remettre de ses émotions. Je peux m'en charger si vous le souhaitez. »
Auparavant, Flynn n'aurait sans doute pas hésité à confier son amie d'enfance au Grand Vizir mais à la lumière des derniers événements, sans en comprendre la raison, il se sentait mal à l'aise devant cette demande.
« Non, je la raccompagnerai moi-même à sa chambre et la confierai à sa suivante habituelle. » décida le blond.
Puis ses yeux azur croisèrent le regard de Yulia. Oh ! Pourvu qu'elle ne sente pas délaissée ! Il était en train de manquer au devoir sacré de l'hospitalité en l'abandonnant ainsi.
« Veuillez m'excuser pour ce contretemps princesse Yulia. Pouvez-vous patientez dans votre chambre en attendant ? Je promets de revenir vers vous dès qu'Estellise sera en sécurité. »
Comme la princesse hocha la tête pour donner son accord, Flynn lui prit brièvement sa main pour lui déposer un rapide baiser avant de s'incliner profondément devant elle. Le prince se tourna ensuite vers son amie d'enfance pour l'emmener à sa chambre.
Dans le même temps, il aperçut du coin de l'œil Alexei prendre congé de Yulia et regagner le palais par un autre chemin.
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« Un enchantement ? »
Après leur passage aux bains la veille, Yuri et les filles avaient apprit qu'un intrus avait été découvert sortant de leurs appartements… les bras chargés de dessous féminins – la tête de Flynn quand il lui avait raconté sa version de l'histoire était magique mais il n'avait pas eu le cœur d'en rire, la honte s'étant emparé de lui en constatant quels étaient les vêtements qui avaient été dérobés. Le coupable n'avait pas été retrouvé mais les gardes le recherchaient activement.
Suite à son retour des jardins et profitant que personne d'autre n'était avec eux dans la chambre, Rita avait commencé à exposer ses doutes sur Estellise : les légers moments d'absence qu'elle avait noté, les regards vides et le curieux retard aux bains, le tout appuyé par un moment d'errance dont Yuri avait été témoin ce matin et auquel il n'avait pas prêté grande attention jusqu'à maintenant – il avait de sérieux doutes sur le fait qu'elle ait pu voir un serpent car si c'était le cas, il aurait dû apercevoir un morceau de la queue du reptile disparaitre quelque part mais il n'avait rien vu et les serviteurs non plus.
« Oui et le coupable doit être au palais. » précisa le génie, les sourcils froncés. « Par contre, comment le sorcier qui en est responsable a pu passer inaperçu ? »
« Etant donné que je suis incapable d'en reconnaître un si je venais à en croiser… » déclara le garçon des rues en toute franchise. « Comment les repérer au juste ? »
« Si cela n'a pas changé depuis, les sorciers sont des solitaires. » répondit Judith, fouillant dans sa mémoire. « Tous ne sont pas mauvais mais je n'ai jamais vu l'un d'eux être marié. »
« Celui qu'on cherche, sauf surdoué en magie, a assez d'expérience pour hypnotiser quelqu'un. » compléta Rita. « Il doit pratiquer depuis quinze à vingt ans je dirai car le contrôle m'a l'air solide. Après, Estellise n'a pas une forte volonté donc ça a dû être très facile pour lui. »
« Tu mises donc sur un homme d'au moins trente ans. »
« Trente-cinq et avec un objet pour canaliser ses pouvoirs. Probablement un sceptre car les sorciers ont souvent une préférence pour eux. »
En faisant preuve de logique, Yuri essaya de se remémorer tous ceux qu'il avait croisé au palais et qui pouvaient correspondre. Vu le caractère doux d'Estelle, la liste des suspects était vaste, allant des serviteurs, aux gardes et… non, c'était peut-être un peu trop… quoique pas forcément. Il avait bien vu que cet homme ne l'appréciait pas et à chacun des repas avec le sultan, il restait légèrement en retrait… Oui, ça ne l'étonnerait pas que ce soit lui.
« Le Grand Vizir Alexei. » conclut le garçon des rues en fronçant le nez. « Sauf qu'il ne s'est jamais montré avec un sceptre. »
« C'est vrai qu'excepté ce point, c'est le meilleur coupable que nous ayons. » approuva Judith, pensive. « Mais si nous avons raison, il s'est montré très habile pour dissimuler sa réelle condition au sultan ainsi qu'au prince. Nous pourrions même pousser le vice en déclarant qu'il est la cause de la condition actuelle du souverain d'Agrabah… »
« Je pense plutôt que, s'il est bien celui que nous soupçonnons, c'est la maladie du sultan Finath qui lui a permis de devenir un sorcier voire de développer des pouvoirs qu'il avait déjà acquis. » rectifia Rita. « L'attention étant portée sur le dirigeant et son état de santé inquiétant, personne ne se souciait de ses activités et sa position était assez élevée pour lui permettre d'obtenir tous les objets nécessaires à la pratique de l'art de la magie. Si c'est lui, je ne serais pas étonnée de découvrir une salle secrète remplie de nombreux grimoires… »
« Le problème c'est comment prouver qu'il est oui ou non le coupable ? Il est manifestement bien plus rusé qu'il n'en a l'air… »
Yuri était d'accord sur ce point : Alexei allait être bien plus difficile à contrer que Cumore et il était en plus avantagé au palais. Le garçon des rues avait beau décortiquer cela dans tous les sens, il ne se voyait pas réussir à démasquer cet homme, même avec Judith et Rita car il n'avait pas oublié qu'il avait promis son dernier vœu pour le génie. Puis certaines des paroles de celle aux yeux verts lui revinrent en mémoire…
« Dis-moi Rita, si le Grand Vizir est un sorcier, est-il possible que Flynn soit aussi sous hypnose ? » demanda-t-il, une pointe d'inquiétude dans la voix.
« Vu le caractère du prince et ce qu'il s'est passé le premier soir, s'il a essayé un jour de l'envoûter, il a dû s'y casser quelques dents car quelqu'un avec une forte volonté est très résistant voire insensible au sort dont est victime Estellise. » répondit sans hésitation le génie de la lampe. « Il lui faudrait beaucoup plus d'expérience pour y parvenir et encore… il faudrait réussir à le briser mentalement pour être certain que cela fonctionne, ce qui est loin d'être évident. »
« Donc pour toi, Flynn ne peut pas être sous son contrôle. »
« Ah, je vois. » comprit Judith, un sourire en coin. « Si le Grand Vizir peut refuser l'accès à ses appartements à une princesse étrangère, il ne peut pas en faire autant avec le prince d'Agrabah. »
« Ce n'était pas tout à fait l'idée mais j'ai effectivement imaginé parler de mes soupçons à Flynn… » confirma Yuri avec un sourire complice qui se mua ensuite en grimace quand il réalisa ce qu'il avait oublié de faire. « Mais il va d'abord falloir que je lui dise pour… la lampe. »
Si le tapis volant eut un rire amusé, Rita, elle, lui jeta un regard noir lourd de sens avant de faire apparaitre d'un claquement de doigts trois berceaux les uns à côté des autres avec une pancarte où était écrit « Voici ce qui t'attends d'ici moins d'un an » posée sur celui du milieu.
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L'avantage d'être un animorphe, c'était qu'il était facile de passer outre la garde renforcée du palais en se cachant dans un arbre ou un buisson, rendant plus facile tout travail d'espionnage – certes, la bêtise de Cumore et la sienne avait compliqué un peu sa mission mais cela réduisait aussi les mouvements possibles de sa cible.
Ce fut donc en optant pour une observation quasi-permanente des appartements de la princesse Yulia que Raven avait pu se trouver des points de vus corrects mais, surtout, des coins d'où il pouvait parfaitement entendre ce qu'il se disait dans la pièce – la seule fois où il quitta son poste fut pour suivre la demoiselle dans les jardins et il avait ainsi pu assister à ce petit jeu de course poursuite entre elle et le prince.
A l'instant où il les entendit parler d'Alexei, il avait ouvert grand ses oreilles puis avait failli s'étrangler au moment où le mot « lampe » fut prononcé par la princesse. Lorsqu'il jeta un œil à l'intérieur et vit l'érudite faire apparaître des berceaux avec facilité, le corbeau comprit pourquoi le chien lui était familier et aussi la raison pour laquelle il se trouvait dans la chambre.
Yulia n'était autre que Yuri Lowell, le jeune voleur qu'il avait dupé et qu'il croyait enterré vivant dans la Caverne aux Merveilles.
Pour ce qui était du reste, ce n'était pas compliqué : Rita était certainement le génie de la lampe et avait exaucé le vœu du jeune homme en créant le personnage de Yulia – pourquoi d'ailleurs une princesse ? – tandis que, s'il se basait sur les pompons en argent qu'elle portait, la séduisante servante aux formes des plus alléchantes était à coup sûr le tapis volant – s'il avait su, il ne l'aurait pas autant malmenée lors de leur première rencontre.
Normalement, il devrait immédiatement rapporter cela à Alexei mais les remords qu'il gardait depuis cette nuit où il avait abandonné ce garçon à son sort le hantaient toujours. Qui plus est, un détail le turlupinait : est-ce que le Grand Vizir avait manipulé Estelle dans les jardins ou bien avait-elle réellement vu quelque chose ? Si c'était le cas, impossible que ce soit un serpent car de là où il était, il l'aurait forcément vu…
Il allait peut-être attendre un jour ou deux avant de mettre au jour cette supercherie. De toute manière, sans lui, le sorcier n'avait aucun moyen de découvrir la vérité donc rien d'anormal à ce que son rapport de cette nuit soit quelque peu inintéressant.
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Après avoir ramené Estellise dans sa chambre, Flynn ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son amie d'enfance. Elle avait peu parlé et semblait avoir des moments d'absence pendant le trajet. A plusieurs reprises, il lui avait demandé si elle allait bien et elle avait mis plusieurs minutes avant de lui répondre comme si son esprit était ailleurs. Elle devait avoir de nombreux soucis en tête…
Le prince d'Agrabah fit asseoir sa meilleure amie sur son lit à baldaquin, apposa sa main contre le front de la jeune femme pour vérifier sa température avant de lui tapoter doucement les tempes. Elle avait l'air d'aller bien si on exceptait ses moments d'absence et le regard un peu vide qu'elle affichait en ce moment.
« Estellise ? » appela Flynn.
En entendant sa voix, la jeune femme aux cheveux roses secoua la tête comme pour y chasser des pensées. Ses yeux turquoise se tournèrent vers le prince.
« Flynn ? »
Le blond la scruta attentivement. Elle avait l'air en bonne santé malgré sa frayeur précédente. Il était soucieux mais rien ne démontrait que quelque chose n'allait pas.
« Tu sais que si tu as un problème, tu peux toujours compter sur moi, n'est-ce pas ? » finit-il par dire.
Estellise hocha en silence la tête tout en se recoiffant, remettant en place quelques mèches rebelles. Quelque peu rassuré, Flynn ne put s'empêcher de lui sourire et lui ébouriffa gentiment la tête en un geste fraternel.
« Repose-toi Estellise. Je vais faire venir ta femme de chambre. »
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Après s'être assuré que son amie d'enfance était en sécurité dans sa chambre, Flynn se rendit chez la princesse Yulia. Il espérait qu'elle s'était un peu reposée après les émotions fortes qu'ils avaient tous eues aux jardins. Pour respecter le protocole, il se fit annoncer par un serviteur qui, peu de temps après, lui confirma que la jeune femme noble aux cheveux de jais acceptait de le recevoir dans ses appartements.
A son arrivée, il constata la présence de Judith la danseuse et servante de la princesse ainsi que de l'érudite Rita. Contrairement à la dernière fois, Yulia ne prit pas la peine cette fois de les congédier.
« Princesse Yulia, je vous prie de m'excuser pour l'incident de tout à l'heure. J'espère que vous ne vous sentez pas… »
La princesse d'Abou Dabia l'interrompit d'un soupir agacé.
« Je t'ai pourtant dit d'éviter de me vouvoyer, non ? En public, je peux comprendre mais en privé, entre nous, je ne vois aucun intérêt à respecter un fichu protocole. »
Elle lui désigna ensuite une table basse avec un sofa et des coussins moelleux aux couleurs multiples.
« Assieds-toi. Il faut que je te parle. » lui dit-elle d'un ton sérieux.
Intrigué, Flynn obéit sans discuter. La princesse le rejoignit ensuite en s'asseyant en face de lui avec Judith et Rita à ses côtés. De nouveau, un voile sombre masquait le bas de son visage. Ses yeux gris le fixèrent avec détermination et nervosité. Il voulut lui parler le premier mais elle lui coupa la parole.
« Non, laisse-moi parler. » déclara-t-elle d'une voix autoritaire. « Ce que je vais te dire est grave et quelque peu difficile à croire alors j'ai besoin de toute ton attention. »
« Très bien, je t'écoute. » répondit le prince en opinant de la tête. « Dis-moi donc ce que tu veux. »
Elle marqua un temps d'arrêt comme si elle hésitait sur le sujet à évoquer puis parut se décider. Il était quand même difficile de décrypter les expressions de son visage avec ce voile qui dissimulait ses traits…
« Je ne sais pas trop par où commencer… Je pense… Je pense qu'il y a un danger qui rôde au palais… »
« Si le danger est Alexander Cumore, sache qu'en ce moment, il est enfermé dans le plus profond cachot et que ce n'est qu'une question de temps avant que ses complices ne le rejoignent. » répondit Flynn avec un sourire qui se voulait rassurant.
Mais Yulia secoua la tête.
« Non, il n'est pas une menace ! Enfin, il l'était jusqu'à ce que tu le mettes en prison. Il y a une plus grande menace. Ce que je veux dire… »
« Ce que la princesse Yulia veut dire, c'est qu'on soupçonne le Grand Vizir Alexei d'être un sorcier et de comploter derrière le dos du sultan. » intervint Rita en jetant la nouvelle de façon crue et explosive. « Et il semble que pour cela, il a envoûté ton amie Estellise. »
« Rita, je ne suis pas sûre que c'est ainsi qu'on annonce ce genre de chose au prince… » commenta Judith en surveillant la réaction du blond.
Effectivement, en entendant cela, Flynn avait écarquillé les yeux de stupeur et s'il n'avait pas été assis, sans doute se serait-il laissé tomber par terre. La nouvelle était tout de même dure à avaler : Alexei un sorcier et Estellise envoûtée ? Il secoua la tête, incrédule.
« Non, c'est impossible. Dis-moi que c'est une plaisanterie ! Je ne peux pas croire cela ! » s'écria-t-il.
« Un sorcier peut contrôler quelqu'un ayant une faible volonté et Estelle… » commença Rita.
« Qu'est-ce tu ne peux pas croire ? » répliqua Yulia d'un ton acide. « Qu'Alexei est un sorcier ou que la précieuse petite Estelle soit sous son emprise ? »
L'héritier d'Agrabah fronça les sourcils en écoutant les paroles de la princesse d'Abou Dabia. Il n'appréciait pas la manière dont elle parlait de son amie d'enfance. Sa voix devint alors glaciale, cachant une colère froide.
« Estellise ne peut pas être sous l'emprise d'Alexei. Elle est courageuse, déterminée… Elle est plus bien forte que vous ne le croyez. » défendit-il en jetant un regard furieux aux trois femmes. « Et je peine à croire qu'Alexei soit un sorcier. Comment pourrait-il… »
« Peut-être a-t-il profité d'un moment de faiblesse de la part d'Estellise pour la placer sous son contrôle. » concéda Judith d'une voix calme en tentant d'apaiser la situation mais il était déjà trop tard.
« Je le répète : Estellise ne peut pas… »
« Estellise par ici, Estellise par là… Tu lui portes un grand intérêt pour une simple amie ! » riposta Yulia d'une voix jalouse.
« Ce n'est pas une ″simple amie″, comme tu le dis ! » se fâcha Flynn. « Elle est comme ma petite sœur pour moi et je t'interdis de… »
Il s'interrompit soudainement quand il prêta plus d'attention aux dernières paroles de la princesse.
« Attends un peu… Ne me dis pas… que tu as pensé qu'Estellise et moi… »
Il dévisagea Yulia, lut la réponse sur son visage d'un air incrédule. Puis tout à coup, il ne put s'empêcher d'éclater de rire.
« Je me demandais pourquoi il y avait une telle aigreur dans ta voix quand tu parlais d'Estellise mais franchement… considérer Estellise comme… » dit Flynn d'un ton amusé, sa précédente colère envolée. « J'aime Estellise, c'est vrai, mais je l'aime comme ma sœur, Yulia. Cela ne dépassera jamais le cadre d'une relation fraternelle. »
Il lui saisit ensuite la main.
« N'aies aucun doute, Yulia : mon cœur et mes sentiments n'appartiennent qu'à toi… si tu le veux bien. » lui déclara-t-il.
Les joues de la princesse se mirent à rougir, embarrassée. Rita jeta à sa maîtresse un regard intense dont il ne comprit pas le sens comme si elle insistait sur quelque chose mais Yulia évita de croiser ses yeux verts en se tournant vers Judith et lui et en prenant la parole.
« Je… Je sais que ces révélations sont dures à croire pour toi, Flynn. » admit la jeune femme à la longue chevelure brune. « Ce ne sont que des soupçons mais… »
« Pour être franc, oui. Ces derniers temps, je m'interroge sur le Grand Vizir mais de là à imaginer qu'il soit un sorcier… » avoua Flynn. « Et j'ai encore plus de mal à croire qu'il puisse manipuler Estellise. Cela étant dit, tu as raison sur un point : le comportement d'Alexei est des plus suspects. Il semble beaucoup trop s'intéresser à mes agissements. Et puis… »
« Et puis ? » répéta Yulia.
« Depuis qu'Estellise a été recueillie au palais par mon père, Alexei et elle n'ont jamais dépassé le stade des relations cordiales. Or ces derniers temps, ils passent souvent leur temps ensemble mais je refuse de croire que… »
Il poussa un soupir.
« Et je suppose que vous n'avez aucune preuve, n'est-ce pas ? »
Yulia et Judith secouèrent leur tête en signe de dénégation mais Rita posa ses mains sur ses hanches tout en fixant le prince.
« C'est vrai, on n'a pas de preuves concrètes mais n'as-tu pas remarqué qu'Estelle se comportait étrangement ces derniers temps ? Des réactions surprenantes ou inattendues ? Des moments où elle semblait être ailleurs ? »
Flynn se mit à réfléchir aux mots de Rita. Maintenant qu'elle le disait, sa meilleure amie avait eu des propos étonnants sur la princesse Yulia, chose qui l'avait surpris sur le coup car elle était d'une nature douce et bienveillante. Elle lui avait paru distraite, elle avait eu des moments d'absence quand il l'avait raccompagnée à sa chambre… Effectivement, si on prenait cela en compte…
« Même si je voulais le croire, en supposant qu'Alexei est bien un sorcier et qu'Estellise soit sous son contrôle, il s'agit d'une grave accusation à l'encontre de la personne politique la plus importante après le sultan. Même si je plaide votre cause auprès de mon père, jamais il voudra nous croire sans une preuve irréfutable. Je ne peux pas agir sur la base de simples suppositions. »
« Tu es le prince de ce royaume, non ? » rétorqua Yulia. « Il n'y a rien que tu peux faire ? »
« Le pouvoir politique est entre les mains du sultan et du Grand Vizir. » répondit Flynn en grimaçant de dépit. « Si j'avais pu, il y a longtemps que j'aurais surveillé les agissements d'Alexei ou que j'aurais fait fouiller son bureau. J'ai mes doutes sur lui concernant la corruption de la noblesse d'Agrabah. Cumore était assez habile pour falsifier les finances du royaume mais je suis certain qu'il n'a pas pu agir sans une complicité au sein du palais. »
Yulia se mit alors à réfléchir, une main posée devant son voile.
« Donc, on ne peut compter que nous-mêmes. » conclut-elle.
« En d'autres termes, il faut que nous prenons la situation en main. » acquiesça Judith.
« En gros, il va falloir mettre au point un plan pour piéger Alexei. » dit Rita.
Les yeux gris de Yulia fixèrent le regard azur de Flynn.
« On a besoin de ton aide pour démasquer Alexei. Est-ce qu'on peut compter sur toi ? »
-§-
Au fil des heures, Alexei sentait de plus en plus la situation lui échapper et cela s'était confirmé après qu'Estellise lui ait rapporté que le prince Flynn voulait demander la main de la princesse Yulia. Certes, elle avait réussi à faire échouer cela dans les jardins mais ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne retente sa chance et rien ne lui garantissait qu'il réussisse à empêcher cette union. Si Raven ne s'était pas bêtement fait repérer, il aurait pu l'utiliser en le plaçant parmi le personnel du palais et si Cumore n'avait pas été trop gourmand, il aurait eu une plus grande marge de manœuvre.
Enragé de se sentir ainsi acculé, il frappa violemment du poing sur son bureau.
« Vous ne devriez pas perdre votre sang-froid. Cela vous fait commettre des erreurs… »
Cette voix… Alexei se retourna brusquement et vit une personne qu'il ne pensait pas revoir un jour : Zagi, le dernier animorphe qu'il avait créé et qui était porté disparu depuis la nuit où la Caverne des Merveilles s'était refermée à jamais.
« Tu as du toupet de revenir ici ! » lui lança le sorcier avec colère. « Tu as désobéi aux ordres… »
« Erreur. » le coupa Zagi avec un sourire satisfait. « J'ai traqué ma proie et elle est ici. »
Quoi ? Comment serait-ce… Sauf si…
« Explique-toi. » ordonna Alexei, très intéressé. « Et pourquoi as-tu mis tant de temps à revenir ici ? »
« J'étais quelque peu… prisonnier mais un marchand a eu l'amabilité de me libérer il y a peu. » lui répondit l'assassin en caressant le fourreau d'une dague qui était tâché de sang. « Quant à ma cible, elle est arrivée au palais avant moi et je l'ai aperçue dans les jardins avec le prince quand je me suis faufilé à l'intérieur… »
Le sorcier écouta attentivement le récit de Zagi et, une fois celui-ci fini, il eut un grand mal à ne pas éclater de rire face à l'ironie de la situation.
Omake :
''Suite aux températures plus fraîches et à un vilain rhume, Eliandre est en congé maladie forcé. Pour toute réclamation durant la période hivernale, s'adresser à sa collègue Kaleiya.''
Flynn : Congé forcé ? Comment ça ?
Yuri : J'ai dans l'idée que sa collègue ne lui a pas laissé le choix… D'ailleurs…
Kaleiya (en train de préparer une fondue savoyarde) : Encore un peu…
Yuri : Hey !
Kaleiya : Quoi encore ?
Yuri : J'ai deux mots à te dire sur les dernières âneries que tu as écrites à mon sujet !
Kaleiya : J'ai lu le mémo, oui. Si ça ne tenait qu'à moi, cette fic se finirait bien différemment te concernant…
Flynn : Comment cela ?
Kaleiya : Tenez-vous vraiment à le savoir ? (désigne les fics qu'elle a déjà écrites)
Yuri : … Pas vraiment non…
