Et voilà un nouveau chapitre tout beau, tout frais, avec sa dose de moments attendrissants et d'autres plus dramatiques.

Uru94 : pour le kidnapping de Ludwig et Féliciano, il ne faut pas chercher midi à quatorze heure.

Dragonna : un peu plus d'informations sur le passé de Francis, pour ton plus grand bonheur.

Autres explications : le Thaler était la monnaie courante en Prusse et plusieurs principautés du Saint-Empire Germanique. Les spécialistes affirment que cette monnaie est à l'origine du dollar américain.

Le duché de Piémont-Savoie ne fait PAS partie des cantons Helvétiques. Il comprend essentiellement des territoires appartenant aujourd'hui à la France et à l'Italie. Mais il partage une grande frontière faite de massifs montagneux avec les Canton de Genève, le lac Léman et le Canton du Valais. Vash a fait ses premières armes en combattant lors des guerres de religions dans la confédération Helvétique, y a fait fortune et est ensuite allé vendre ses services au duc de Savoie Victor-Amédée II. (La confédération Helvétique étant déjà, à l'époque, déclarée éternellement neutre et gardait férocement ses frontières).

Bonne lecture à tous, et j'attends vos commentaires avec impatience.


Chapitre quatorze : des enfants perdus

Un clocher annonça huit heures du matin quelque part dans la brume. Vash resserra son large manteau vert. Les nuits devenaient de plus en plus longues et il faisait de plus en plus froid. Le prince ne voulait pas s'attarder sur ce chemin très longtemps. Il savait plus que quiconque qu'on s'enrhumait facilement par un temps pareil. Cet imbécile de commandant Prussien avait intérêt à être ponctuel. Il commençait déjà à regretter sa décision. Il glissa ses mains dans ses poches pour se réchauffer et toucha par accident une petite bourse pleine de pièces d'or. Il inspira et se détendit. Ces jolies pièces étaient la raison pour laquelle il était là, et la perspective d'en avoir le triple dans peu de temps était la raison pour laquelle il pouvait se permettre d'attendre encore un peu.

Le cocher éternua et sortit un mouchoir. Lui, il allait attraper la mort si ce Gilbert n'arrivait pas rapidement. L'homme blond essaya de se distraire en contemplant le paysage. Il ne voulait pas l'admettre, mais il avait des agréables souvenirs de promenade à cheval avec Roderich dans ces vallées. A une certaine époque, ils étaient amis et le prince était régulièrement invité à séjourner à Ambras. Et puis un jour, leurs parents s'étaient disputés et le père de Roderich avait interdit à son fils de revoir son ancien ami. Et cet imbécile avait obéit à son père. Il avait même cessé d'écrire à Vash. Le prince s'était sentit trahi et abandonné. Durant des années, il avait tenté d'oublier cette blessure, mais le destin les avait à nouveau rapprochés. Roderich avait grimpé dans les échelons de la haute aristocratie et s'était fait une place à côté de l'empereur. Vash avait fait de même dans l'armée et était devenu un des maîtres de la défense active du Saint-Empire Germanique.

C'est ainsi qu'il avait retrouvé son ancien ami, récemment marié, lors d'une réunion d'Etat Major. L'héritier de la famille Liechtenstein s'était vengé de ces années de solitude en ignorant royalement le conseiller de l'empereur. Mais cela devint de plus en plus difficile car, guerre oblige, les réunions d'Etat Major étaient de plus en plus fréquentes et ce crétin d'autrichien réclamait toujours sa présence, utilisant ses compétences au combat comme prétexte. Vash ne savait pas exactement ce que son ancien ami lui voulait. Le bon vieux temps lui manquait-il ? Essayait-il de rattraper les choses ? Vash avait eu un instant de faiblesse et avait accepté, un soir, de lui parler. Au cours de la conversation, il avait confié que sa mignonne petite sœur Zita était à présent en âge de se marier et que cela l'angoissait. De fil en aiguille, Roderich lui avait confié qu'un de ses très riches cousins des Pays-Bas espagnols était également bientôt disponible sur le marché.

Quelques mois plus tard, ce Comte sournois avait invité ses cousins ainsi que les Liechtenstein à un bal au palais de la Hofburg. A la fin du bal, Zita ne parlait plus que ce « Guillaume ». Roderich avait réussi à convaincre le Prince Hartmann que ce garçon pourrait être un époux convenable pour sa fille. Les princes de Liechtenstein avaient besoin d'argent depuis qu'ils avaient acheté de nouveaux territoires pour s'affranchir de leurs suzerains. Malheureusement, l'année suivante, alors que les fiançailles devaient être conclues, le beau-frère de Guillaume avait été assassiné et tout projet de noces devait être reporté pour cause de deuil. Le Comte avait promis à Guillaume que le projet d'alliance tiendrait toujours. Vash s'était résigné, se disant qu'au moins, sa précieuse petite sœur épouserait quelqu'un qu'elle aimait.

Mais depuis quelques jours, tout s'était effondré avec la lettre de la famille de Maele annonçant que leur rejeton épouserait une personne issue de son milieu social. Après tout, les princes de Liechtenstein étaient une vieille, puissante et noble famille depuis plus de 6 siècles, quand les « de Maele » devaient leur prospérité au commerce avec le nouveau monde et les Indes depuis seulement deux siècles et n'étaient que Comtes. Vash avait déchiré la lettre et était entré dans une colère folle. C'était la deuxième raison pour laquelle il attendait Gilbert dans le froid. Ce maudit soldat lui avait promis qu'il lui permettrait de se venger de ces commerçants de pacotille. Il lui avait dit que si tout se passait selon son plan, ce serait bien Zita que le jeune de Maele épouserait.

Lorsque le clocher annonça huit heures et demie, un grand carrosse noir tiré par six chevaux fit son apparition. « Tu appelles ça un attelage discret, espèce de bouffeur de saucisses ? » soupira le prince en grimaçant.

Les chevaux s'arrêtèrent à hauteur du jeune homme.

- « Khesesesesesese…» résonna une voix familière à travers la fenêtre. « Qu'est-ce que c'est que cette tenue de camouflage ? On ne te remarque presque pas avec cet habit vert. »

- « Arrête tes idioties, veux-tu ? Je t'attends depuis plus d'une demi-heure. »

- « Oh, je sais, désolé. Il y avait du monde dans la rue et j'ai du attendre la messe pour sortir. »

Le commandant Gilbert Beilschmit ouvrit la porte de son carrosse et descendit. Il fit signe aux autres passagers de le suivre. Les jeunes Ludwig et Féliciano sortirent à leur tour.

- « Bien comme je vous ai dit, le prince Vash va s'occuper de vous à partir de maintenant. Vous allez partir pour les Cantons Suisses. Vous allez être tous les deux être très sages, courageux et faire tout ce qu'il vous dit. C'est d'accord ? »

Ludwig hocha la tête. Féliciano était toujours un peu trop dépassé par les évènements et se cachait derrière son ami.

- « Et toi, Luddy, je te confie la protection de Féliciano. Tu vas être un homme et le protéger jusqu'au bout. C'est bien d'accord ? »

Ludwig rougit, mais acquiesça.

- « Dans deux mois au plus tard, nous nous retrouverons en Italie, à Capri. Je ne vous oublie pas. Je vous promets que je veille sur vous et que vous retrouverez vos parents. Mais d'abord, je dois m'occuper des méchants qui vous veulent du mal. D'ici là, vous devez restez avec le mangeur de fromage. Vous avez bien compris ? »

- « Nous avons bien compris, répondit Ludwig. Et je vous promets que je protégerait Féliciano au péril de ma vie.»

- « Khesesesesesese… Tu es déjà un homme génial, mon Luddy », répondit le commandant Prussien en frottant la tignasse de son filleul.

Le garçon aux cheveux cendrés se tourna ensuite vers le soldat suisse.

- « Bien, ils sont à toi. »

Il fit signe à ses deux laquais d'enlever deux malles de son carrosse et de les transférer sur celui du prince. Il tendit ensuite deux grosses bourses à Vash.

- « C'est la suite du payement. Tu auras encore 200 Thaler à Capri. »

Féliciano ouvrit de grands yeux. Il n'avait que sept ans, mais connaissait déjà énormément de choses sur les monnaies circulant en Europe. Il savait que 200 Thaler prussiens étaient suffisants pour acheter cinq ou six canons. En réalité, Gilbert allait donner suffisamment d'argent à Vash pour réarmer toute une forteresse.

Le serviteur du duché de Savoie regarda un nouveau regard suspicieux au ravisseur des deux enfants.

- « Je ne comprends toujours pas pourquoi tu investis tant d'énergie et d'argent dans la mise à l'écart de ces deux gosses. Qu'est-ce que ça peut te faire, à toi, que Guillaume de Maele épouse une Russe et sa grande sœur, un Danois ? »

- « C'est une mission sacrée. Je me suis juré de protéger la famille d'Antonio. J'entraînerai personnellement en enfer toute personne osant faire du mal au petit bout de choux. »

- « Et comment est-ce que je fais pour les emmener à Capri ? Je suis aux ordres du duc Savoie et il peut m'envoyer défendre une forteresse en Rhénanie ou dans les Flandres à tout moment. »

- « Khesesesesese… Tu as dû rater quelques nouvelles. Des troupes françaises se massent près de la Savoie. Ton duc va te rappeler dans le Piémont d'un instant à l'autre pour défendre ses frontières. »

- « Et quand veux-tu que je trouve le temps de m'occuper des petits ? »

- « Tu les caches dans ton chalet de montagne pendant un temps, et dès que tu estimes que les routes du Piémont sont sûres, tu les fais passer. »

- « Comment veux-tu que les routes soient sûres si ces enfoirés de Français nous envahissent ? »

- « C'est toi le spécialiste de la guerre défensive. Je suis sûr que tu pourras arriver à quelque chose avec les 400 Thaler que je t'ai déjà donnés. »

Vash lui jeta un regard sombre. Il avait d'autres projets pour cet argent.

Les laquais de Gilbert annoncèrent que les coffres avaient été fixés.

- « C'est bon, je les emmène ! Mais c'est bien pour sauver l'honneur de ma sœur. »

- « Khesesesese… Ah, l'amour fraternel. »

Ils firent monter les deux enfants dans le véhicule vert frappé aux armoiries de la famille de Vash.

- « Est-ce qu'on aura des pasta au repas ? » se renseigna innocement Féliciano.

- « On ne cuisine pas les pâtes dans les montagnes ! » lui répondit son nouveau protecteur d'un ton un peu trop sec. Si Ludwig n'avait pas tenu la main du petit garçon, il aurait certainement éclaté en sanglot.

- « Je sens que je vais le regretter », soupira le grand blond.

Et alors que la voiture du prince de Liechtenstein s'éloignait dans les montagnes, Gilbert soupira.

- « Oui, j'ai promis à Antonio que je protégerai sa femme et ses gamins. Je le protégerai des manigances de sa famille. Il sera à l'abri. Je le ferai pour Antonio et pour aussi Francis… et aussi en mémoire de ses pauvres gamins et de sa femme que nous aurions du protéger tous ensemble il y a cinq ans. »


Emile glissa sa tête dans le couloir. Les lampes étaient éteintes et tout le monde semblait dormir. C'était le moment où jamais. Il sortit à pas de loup, referma la porte de sa chambre, et se faufila discrètement jusqu'à un balcon. Le garçon était parfaitement conscient qu'il était en train de trahir ses frères, mais son cœur lui disait qu'il prenait la bonne décision. Il jeta un coup d'œil autour de lui. Le portail d'entrée était gardé, et il y avait également des sentinelles sur le mur d'enceinte. Comment faire pour s'échapper ? Il connaissait à peine le palais. Cela lui prendrait des jours pour trouver une sortie discrète. Il retourna à l'intérieur du palais et explora les différentes pièces. Il finit par trouver une grande terrasse couverte donnant sur une rue déserte. Tout ce qui le séparait de la ville était un grand grillage de bois sculpté. Le garçon le fit coulisser, saisit une nappe, et fit une corde qu'il attacha à un pilier. Puis, il se glissa dans la rue.

Luka lui avait dit que les rues n'étaient pas sûres avec tous ces pirates dans la rue, mais c'était précisément eux qu'il souhaitait trouver. Il devait trouver le corsaire Van Dijk ou le fameux Tonio le dément et les prévenir du piège qui allait se refermer sur eux. Il couru quelques temps, s'efforçant de se rappeler le chemin qu'il avait parcouru dans la journée avec Arthur. Il y avait encore pas mal de gens dans les rues, mais tous ces natifs qui le dévisageait ne le rassuraient pas. Il commença alors à réaliser qu'il se trouvait seul dans une ville qu'il ne connaissait pas et où la plupart des gens le voyaient comme un étranger, une proie facile. Il s'efforça de dissimuler sa peur et continua de se diriger vers le port. Cela ne lui semblait pas compliqué. Il marchait dans une rue large et il pouvait voir la mer scintiller sous la lune devant lui. Il suffisait d'atteindre la mer et ensuite de trouver les fameux bateaux dont il avait entendu parler sur le Migratory Bird : l'Eenzamheid et la Nova Niña. Mais vite, il entendit des pas derrière lui. Plusieurs personnes le suivaient. Un frisson parcourut son dos et le garçon accéléra le pas. Ses poursuivants se pressèrent également. Emile commençait à paniquer. « Et Lukas me l'avait bien dit, que les rues n'étaient pas sûres. » Il n'osa pas se retourner et se mit à courir. Malheureusement, il ne fut pas assez rapide. Il fut rattrapé. Un homme le saisit, un autre lui passa un bâillon… tous des natifs, des gens de la ville. Ils le regardèrent avec des sourires malsains et échangèrent des propos dans une langue qu'Emile ne connaissait pas. Ensuite, ils lui mirent un sac sur la tête et le ligotèrent. Le garçon tenta de se débattre, mais en vain. Il sentit ensuite qu'on le soulevait et qu'on le jetait sur une épaule. L'adolescent sentit les larmes lui monter aux yeux. Comment avait-il pu être assez stupide pour croire qu'il était capable de traverser une ville sans s'attirer d'ennuis. Il aurait du rester bien à l'abri dans sa chambre. Il aurait du faire ce que Lukas et Matthias lui avaient toujours dit de faire : rester derrière eux pour qu'ils puissent le protéger éternellement.

Qu'est-ce qui allait lui arriver à présent ? De tout son cœur, il pria pour que Matthias se rende rapidement compte qu'il s'était enfui et qu'il enverrait toutes ses troupes à sa recherche.