Note de l'auteur (10 décembre 2017) : Réécriture terminée, nouveau chapitre en route pour noël. Bonne lecture !
Chapitre 14
57 minutes, c'était le temps que Remus avait à tuer avant son rendez-vous avec le professeur Mcgonagall, au cours duquel elle lui dirait s'il devait définitivement tirer une croix sur ses rêves ou s'il y avait encore un peu d'espoir pour lui. Peter et lui étaient à la bibliothèque toute l'après-midi pour travailler un devoir de runes, mais pour une fois, Remus avait trouvé l'atmosphère de la bibliothèque lourde et s'était couvert pour aller faire un tour dans le parc assez vide du château. L'hiver s'était définitivement installé en ce début de mois de décembre, et Remus trouvait une certaine beauté à cette froideur qui habitait l'air mais également les murs de Poudlard.
La semaine dernière, une nouvelle attaque avait eu lieu, cette fois-ci dans le nord du pays. C'était la première fois qu'une région éloignée de la capitale était touchée, et Remus avait pu voir le sentiment d'inquiétude qui habitait la population sorcière anglaise et que la presse n'avait pas réussi à dissimuler. Les attaques se faisaient plus nombreuses, étaient plus répandues, et touchaient de plus en plus de monde. Les aurors de Londres, renforcés et surentrainés après les précédentes attaques, avaient été inutiles dans la dernière et cela avait simplement montré à quel point ils n'étaient pas ceux qui tiraient les ficelles du jeu. Ils se contentaient de subir les coups, mais chacune de leur riposte amenait à une réponse accentuant toujours un peu plus leur désarroi.
31 morts civiles, et 8 en hospitalisation, le bilan était grave. Ils entraient en guerre, et certains avaient le bon sens de le comprendre. C'était la raison pour laquelle Remus ne s'inquiétait pas de son rendez-vous avec Mcgonagall. Pour lui, de quoi sera fait leur futur ne serait plus une question d'orientation professionnelle. S'il n'avait pas été inéligible à cause de sa condition de lycanthropie, Remus aurait peut-être même postulé chez les aurors. Le fait que la menace n'était pas étrangère mais provoquée par leurs propres concitoyens était le plus inquiétant. Remus voyait sans problème de clarté la guerre civile dans laquelle ils allaient entrer et il s'inquiétait de savoir qui il verrait de l'autre côté. Peut-être des gens avec qui il se trouvait aujourd'hui en cours.
- Remus, tout va bien ?
Cette voix fluette, il la connaissait. Ce fut quand Remus se tourna vers Louise Desrende qui s'approchait de lui qu'il se rendit compte qu'il était resté immobile un petit moment en plein milieu du parc, fixant l'horizon de la lisière de la forêt interdite.
- Tout va bien, Louise, je réfléchissais, répondit-il avec un sourire doux en direction de la jeune fille.
Ce sourire, elle le lui rendit aussitôt, avec une douceur que Remus trouvait toujours accueillante et rassurante.
- J'ai croisé Peter qui rentrait à la tour des Gryffondors et qui m'a dit que tu étais parti t'isoler avant ton rendez-vous d'orientation. Je me suis dit qu'un peu de chaleur humaine ne te ferait pas de mal.
Et de la chaleur humaine, Louise Desrende en avait, Remus le savait. Il avait toujours été très sensible au sourire de la jeune fille, et s'il n'avait pas eu peur de la briser en deux, Remus aurait peut-être ressenti la capacité de faire un pas vers elle.
- Tu t'es bien dit, se contenta de répondre Remus avec un sourire qu'il ne réfrénait pas.
Louise eut un sourire pour réponse. Elle aimait la compagnie de Remus. Elle n'aurait pas su expliquer, mais le calme et la douceur du jeune homme apaisaient Louise et ses pensées qui allaient dans tous les sens. Remus Lupin ne haussait jamais le ton, ne perdait jamais son calme. Il avait toujours du recul et réfléchissait à tout. Et Louise se sentait impressionnée par un tel caractère, elle qui perdait si facilement son calme et se agissait généralement irréfléchie dès que cela arrivait.
- Quelque chose ne va pas Louise ? Tu as l'air mal à l'aise.
Louise releva les yeux vers le Gryffondor pour réaliser qu'elle les avait baissés vers l'herbe tout en se triturant les mains. Oui, elle était mal à l'aise, et que le jeune sorcier s'en rende compte accentua ce malaise.
- Je me demandais si tu avais une cavalière pour le bal, se lança Louise de but en blanc.
Le bal. Ce mot était à la bouche de tout le monde depuis ce matin, où Dumbledore avait fait l'annonce de la mise en place d'un bal de noël la veille du départ des élèves chez leur famille pour les vacances de fin d'année. Plusieurs couples s'étaient déjà déclarés, et ce samedi n'avait été question que de ça. C'était entre autres une des raisons pour lesquelles Remus avait quitté la bibliothèque, parce que personne n'y était concentré.
Remus fut surpris de la demande de la jeune fille. Jamais il ne se serait attendu à cela de la part de sa cadette qui n'avait jamais réellement montré un quelconque intérêt pour lui, du moins de ce qu'il avait pu en voir. Toutefois, Remus reconnaîtrait sans souci qu'il n'était pas réellement familier avec les interactions féminines et qu'il pouvait être difficile pour lui de constater l'intérêt qu'une jeune fille pouvait lui montrer. D'autant plus quand cette jeune fille était Louise Desrende, qu'il trouvait attirante et spéciale, par son physique et par son caractère solide et bien trempé.
- Tu me proposes de venir avec toi ?
- C'est possible, tenta la jeune fille.
Remus sourit du malaise de Louise. Elle était vraiment mignonne. Pourtant, une voix hurlait dans l'esprit de Remus, une voix qu'il ne connaissait que trop bien et qui le hantait depuis son enfance, qui lui disait de rester loin de cette fille et de son innocence, de rester loin de ce sourire et de cette joie de vivre. Il lui prendrait tout. C'était la crainte intérieure de Remus, que ce qu'il était prenne tout des gens qu'il aimait. Il ne se considérait pas comme un monstre, tout du moins pas encore, mais se voyait comme une menace. Pourtant, cette voix, il la fit taire.
- Et bien si c'est le cas, répondit Remus après un petit silence, avec plaisir.
Le sourire de Louise s'agrandit sans qu'elle ne puisse le contrôler alors qu'elle s'avançait pour prendre Remus dans ses bras, geste auquel il répondit avec énormément d'hésitation tellement il ne s'y attendait pas.
- Génial ! s'exclama Louise. Maintenant, viens, je t'accompagne au bureau de Mcgo avant que tu ne finisses en retard.
Remus en avait oublié son rendez-vous, et remercia Louise de penser à sa place. Ils se mirent en route, et le sorcier ressentit un étrange sentiment de tranquillité l'habiter alors qu'ils se rapprochaient du couloir en question.
- Cette fois, dit Louise, c'est toi qui as l'air mal à l'aise.
- J'ai peur d'entendre des choses que je ne veux pas entendre, confia Remus.
- Il n'y a pas de raison, répondit Louise en prenant légèrement la main du sorcier qui chercha à cacher sa surprise. Comme je te l'ai dit une fois, il faut croire en ses rêves parce que c'est la seule chose qui ne soit qu'à nous, et uniquement à nous. Lycanthropie ou non, rien ni personne ne devrait te faire arrêter d'y croire ou t'empêcher de les atteindre, et je suis sûre que c'est ce que Mcgonagall te dira. Alors n'aie pas peur, crois en toi et tes envies, et tout ira bien.
Sur ces quelques mots, Louise serra une dernière fois la main de Remus avant de la relâcher et de poser furtivement ses lèvres sur la joue du sorcier. Celui-ci n'eut pas le temps de réagir que la jeune fille avait déjà tourné les talons après lui avoir souhaité bon courage. Et en toquant à la porte du bureau, Remus ne put expliquer ce sentiment de confusion qui s'accompagnait d'une extrême sérénité.
- Je déteste cette histoire de bal, s'exclama Sirius en s'affalant sur le canapé de la salle commune des Gryffondors.
A côté de lui, James releva un regard pensif de son bouquin tandis que Peter souriait du désespoir feint de son ami. Assis dans leur salle commune, aucun d'entre eux n'avait manifesté l'envie de sortir dehors sous un temps froid et neigeux.
- Qu'est-ce qu'il y a, Sirius, sourit Peter, trop de filles te courent après ?
- Je trouve ça horrible de voir le visage des filles se décomposer à chaque fois que je dis non, lança Sirius avec méchanceté malgré lui, si j'avais voulu aller au bal avec l'une d'elles, je l'aurais proposé moi-même.
- Sirius Black, tu sais parler aux femmes.
Miki s'affala sur le fauteuil face au canapé, à côté de Peter, tout en rigolant des propos de Sirius. La jeune fille fit un clin d'oeil à Peter qui le lui rendit par un sourire chaleureux et les deux sorciers tournèrent la tête vers Sirius qui soupira malgré son sourire.
- Je suis simplement réaliste, ma chère Miki.
- Et bien, j'attends particulièrement de savoir qui sera ta cavalière ! s'exclama Miki qui savait que malgré ses airs charmeurs, Sirius n'irait pas avec n'importe qui au bal. La fille qu'il choisirait serait une sorcière qu'il porte réellement dans son estime.
- Et toi alors, avec qui tu vas au bal ? la provoqua Sirius qui savait pertinemment que la jeune fille n'avait pas de cavalier.
Miki posa un regard totalement neutre sur le brun, le dédaignant presque avant de se tourner sur sa gauche en direction de Peter.
- Peter Pettigrow, as-tu une cavalière ? demanda Miki avec un sourire, en penchant sa tête sur le côté. Elle savait qu'elle n'avait pas besoin de la jouer attirante avec le sorcier, mais la perplexité qui se lisait dans les yeux de celui qu'elle considérait comme un ami donna envie à Miki de se donner un air plus qu'amical.
- Pas encore, se contenta de répondre Peter qui semblait comprendre ce qui était en train de se passer.
- Est-ce que tu me trouves assez potable pour être ta cavalière ? rigola Miki, amusée.
- Tu es parfaite, répondit Peter dans un souffle.
Miki eut un sourire. Elle avait agi comme si cela était un jeu, une sorte de pari avec Sirius qu'elle n'avait aucun mal à trouver un cavalier, mais Miki était contente. Elle n'aurait voulu y aller avec personne d'autre que Peter, cet ami qui l'écoutait et qui s'intéressait à elle, qui lui parlait et lui faisait confiance, cet ami dont elle se sentait proche et en sécurité. Elle se pencha pour embrasser la joue de Peter avant de se tourner à nouveau vers Sirius.
- Je suppose que je n'ai pas besoin de te présenter mon cavalier pour savoir s'il te convient ? se moqua-t-elle.
Face à Miki et Peter, Sirius leva les yeux au ciel. Le jeu de la jeune fille l'amusait, et il était très content d'avoir provoqué la jeune fille si cela lui avait donné l'occasion de proposer à Peter sans que cela ne soit trop flagrant. Sirius n'était pas dupe, il savait très bien que son ami et Miki se tournaient autour sans vraiment l'admettre. Ils avaient beaucoup de choses en commun et s'étaient beaucoup rapprochés ces derniers mois. Ils travaillaient régulièrement ensemble à la bibliothèque, semblaient parler de sujets sérieux et se donnaient mutuellement le sourire. Si les quatre sorciers étaient bien célibataires, Peter était le plus proche d'avoir une copine, et pas n'importe laquelle. Miki était une fille ravissante, pleine de vie et pleine d'ironie et d'humour. Sirius était fier de son ami. A côté de lui, James ferma son bouquin avec un grand sourire tout en tapant la main de Peter sous le rire de Miki.
Il fallait dire que Peter ne s'y attendait pas. Il s'entendait particulièrement bien avec la jeune fille. Ils avaient créé des petits liens au fil des années parce qu'ils passaient tous les deux chacun de leurs étés en Italie, pays qu'ils aimaient tous les deux énormément et sur lequel ils avaient tout le temps quelque chose à débattre. Cependant, le maraudeur ne se serait jamais douté que la sorcière irait jusqu'à l'inviter au bal sans le moindre complexe, même si ça semblait être plus un amusement qu'autre chose pour elle. Il savait qu'il aurait des propositions d'ici le soir du bal, mais il était bien content d'y aller avec quelqu'un qu'il appréciait autant.
- Tu as quelqu'un en tête, Paty ? demanda James.
- Pas spécialement. Je me vois bien y aller en célibataire, histoire de n'être rattaché à personne et de pouvoir faire ce que je veux une fois sur place.
- Pas bête, répondit pensivement James.
- Toi, Jamesie ? relança Peter.
- Je ne sais pas, répondit James sur le même ton.
Son regard s'était perdu sur Lily Evans qui discutait avec Eva à l'une des tables de la salle commune. Il laissa couler son regard quelques secondes avant de le reporter sur la couverture de son livre. Pourquoi son regarde s'était automatiquement porté sur la jeune fille, James n'en savait. Il se doutait cependant que ça n'avait rien à voir avec la quelconque attirance qu'il avait pu ressentir pour elle quelques mois plus tôt. Non, peut-être était-ce dû à la douceur qu'il avait découverte chez elle, au sourire qu'elle avait pris l'habitude de lui lancer, à l'humour qu'elle avait accepté de partager avec lui. Il ne savait pas réellement.
James effaça rapidement ces pensées. A vrai dire, il ne savait pas vraiment s'il avait envie d'aller au bal avec quelqu'un. Inviter Joan aurait été un engagement trop grand pour lui qui commençait réellement à penser que sa relation avec la jeune fille ne le menait nulle part et ne l'épanouissait pas. Indécis, James s'était coupé du monde pour la journée afin de ne pas avoir à participer à l'effervescence de l'annonce du bal de Nöel. Ici, seules les Gryffondors pouvaient l'approcher, et aucune n'avait encore osé l'interrompre dans sa lecture, ce qui l'arrangeait totalement.
- Pas de Tuder en vue ? demanda innocemment Sirius qui connaissait déjà la réponse mais qui voulait une confirmation de la part du concerné.
James haussa les épaules, et Sirius comprit qu'insister ne l'amènerait nulle part. Cela faisait plusieurs semaines que James ne disait plus un mot à propos de Joan, et personne ne posait réellement la question. Sirius et Peter échangèrent un regard, conscient que leur ami ne devait pas être très à l'aise de cette situation. Même s'il ne s'était pas mis en couple avec la Serdaigle, leur relation impliquait un engagement duquel James ne savait sûrement plus sortir. Mais Sirius savait que James n'était pas encore arrêté sur la question, il réfléchissait encore beaucoup.
- Quels sont tes plans pour noël, Miki ? demanda Sirius pour changer de sujet.
- Chez papa la première semaine, chez maman la deuxième semaine. J'essaie de réussir à avoir des places pour le noël au Ministère par mon père, mais ça ne semble pas gagné.
- Pourquoi tu voudrais aller à ce fichu noël ? demanda Sirius avec perplexité.
- Vous y allez bien, vous.
- Pour nous faire un réseau, répondit James avec la même perplexité.
- Je fais pareil, rétorqua Miki, mais pour Lily. On est partis sur l'idée que si elle y allait, elle pourrait peut-être décrocher un stage au Ministère.
- Faut demander au père de James alors ! s'exclama rapidement Sirius, il nous a fait entrer facilement.
James ne dit rien, fusillant Sirius du regard pour l'avoir mis dans une position qu'il n'avait pas cherchée, mais quand Miki tourna un regard curieux vers lui, il ne put que s'engager à voir ce qu'il pouvait faire. Il ne savait pas que Lily cherchait un stage au Ministère. Cependant, James ne s'attarda pas là-dessus, préférant retourner avec attention dans son bouquin. A côté de lui, Sirius soupira face au manque de réactivité de son ami, et proposa à Peter une bataille explosive, qui s'enthousiasma aussitôt.
La neige couvrait d'une légère couche l'herbe du parc de Poudlard. Il neigeait depuis plus d'une heure, et nombreux élèves s'étaient posés aux entrées du château pour voir la neige tomber et recouvrir la verdure. Certains ambitieux avaient entamé une course poursuite dans le parc tandis que d'autres avaient quitté la protection des plafonds de quelques mètres pour essayer d'attraper des flocons dans leur bouche.
Connor, lui, s'était tenu éloigné des foules et s'était appuyé sur une rambarde, dans un coin éloigné où il pouvait difficilement être vu. Lui voyait tout, et il voyait la joie sur le visage de chacun que le froid n'arrivait à faire disparaitre. Etrangement, Connor n'arrivait pas à détourner son regard des sourires heureux.
Connor n'aimait pas noël. Une fête familiale transformée en soirée mondaine, ça n'avait toujours été que très peu sa tasse de thé. Il se fichait de ses parents et n'avait aucun amour pour eux. Il aurait pu les voir mourir le jour de noël que ça ne l'aurait pas dérangé. C'était le simple constat que le jeune sorcier pouvait faire de son ressentiment de noël. Il détestait noël, lui qui détestait sa famille, lui qui n'avait que ses amis. Ou du moins, ce qu'il en restait. Une chose était sûre, il ne restait aucun amour.
Tout ce que Connor Nott arrivait à se dire était que noël se ferait sans cadeau de la part d'Antonin cette année. Depuis sa première année à Poudlard, Connor recevait des cadeaux de la part du sorcier, mais cette année, ce ne serait pas le cas. Il repensa au noël précédent. Ses parents avaient organisé une réception où de nombreuses familles de sang-pur étaient venues. Connor avait détesté l'ambiance, il avait mis les voiles rapidement pour débarquer chez les Hale où le repas venait d'être terminé. Il avait été accueilli avec courtoisie, et finalement, Antonin et Connor avaient fini leur réveillon dans l'unique boite de Londres ouverte pour la soirée. Severus les avait rejoints à partir d'une certaine heure, et ça avait été la seule chose que Connor avait décidé de conserver dans son esprit à propos de son précédent noël.
Cette année, les choses seraient différentes. Depuis longtemps, Connor n'attendait plus la magie de noël. Ses parents lui avaient enlevé la possibilité de croire à cette magie le jour où ils avaient fait de Connor un enfant unique, malgré ses cris et ses pleurs d'enfant. Si Connor se souvenait bien, c'était la dernière fois qu'il avait pleuré. Non, Connor ne croyait plus à la magie de noël, un moldu y croyait plus que lui. Par contre, le Serpentard ne se doutait pas que cette année, noël serait magique.
- Il suffit de t'apercevoir au loin pour voir à quel point tes pensées sont sombres, Nott.
Connor ne tourna pas la tête. Il reconnaissait le parfum de Willah entre mille, et les mèches brunes qu'il aperçut du coin de l'œil quand elle s'appuya sur la rambarde à ses côtés confirmèrent ses pensées.
- Je n'imagine pas les tiennes plus claires en cette période de fêtes familiales.
- Toujours le doigt là où il faut, Nott, répondit Willah d'un ton neutre.
- C'est ce qu'elles disent toutes, sourit espièglement Connor alors que Willah afficha une mine dégoûtée en comprenant le sous-entendu du sorcier.
- Je suis surpris de te voir à côté de moi, reprit Connor plus sérieusement, je te pensais fâchée.
- J'avais juste besoin de réfléchir, se contenta de répondre la jeune fille.
- Et où t'ont mené tes réflexions ?
- Nulle part, soupira Willah.
Connor eut un rictus. Il n'était plus surpris des contradictions de la jeune fille maintenant.
- Tout ce à quoi je conclue à chaque fois, reprit Willah, c'est que je vais passer noël sans Antonin.
- Ca te met en colère ?
- Non, Connor, ça me rend juste triste.
Willah tourna un regard blessé vers le Serpentard qui fut surpris de la réponse de la jeune fille, pas uniquement par sa réponse, mais également par le fait qu'elle lui dise de but en blanc ce qu'elle ressentait. Il attendit qu'elle exprime ce qu'elle avait sur le cœur, conscient qu'il était celui qu'elle avait choisi pour se confier.
- Je réalise que je ne suis pas en colère de ne plus avoir mon frère, je suis simplement triste. Parce que son cadeau de noël est emballé depuis juin dans une commode de ma chambre, parce qu'il adorait la neige que je déteste, parce qu'il aimait une fille qu'il ne pourra plus jamais embrasser, parce que tu es également triste de son absence, même si tu le caches sous la colère.
- Ca n'empêche pas de le venger, répondit froidement Connor pour lui-même, refusant de laisser la tristesse le gagner.
- Jusqu'où irons-nous en pensant comme ça ? La haine attise la haine, et la haine aujourd'hui me perd jusqu'à ne plus savoir qui je suis. J'en ai marre de qui je suis, et je préfère être triste. Au moins, avec la tristesse, j'ai l'espoir de redevenir heureuse le jour où cette tristesse partira. La haine, elle s'ancre à ta peau comme une vipère et te tue à petit feu.
Willah n'avait pas détourné son regard de celui de Connor. Elle avait en effet choisi de se confier à Connor. A cet instant, il était la personne dont elle se sentait le plus proche, parce qu'il comprenait ce qu'elle vivait, mais surtout parce qu'il aimait Antonin comme elle, de toute son âme. Tous les sentiments qu'ils ressentaient découlaient de cet amour et de la douleur que cette perte avait causée. Si Willah avait fini par comprendre que la colère ne ferait que la consumer, elle se doutait également que Connor n'était pas du même acabit qu'elle. Avant d'accepter la tristesse le submerger, Connor s'assurerait d'avoir fait sa justice. Et Willah voulait voir l'impact de ses mots sur le jeune sorcier. Elle avait bien vu que ce qu'elle lui disait l'affectait. Et le mettait encore plus en colère.
- Tu ne m'empêcheras pas de venger Nino, répondit simplement Connor en détournant le regard.
- Je le sais bien, sourit doucement Willah. Tout comme je ne t'empêcherai pas de tuer des centaines d'innocents pour une cause que tu trouves juste.
- Rien n'est juste dans ce monde, Willah, siffla Connor, tout ce que je ferai n'est que par pure colère.
Willah ne répondit rien. La colère de Connor était palpable, et rien de ce que pourrait dire Willah ne modifierait les idées du Serpentard. Elle n'avait de toute façon pas cette intention, elle n'avait aucune espèce d'influence sur le sorcier et Willah se demanda qui en avait réellement. Severus ne pouvait qu'empêcher son ami de sombrer dans la haine, mais il pouvait difficilement lui alléger le cœur, tout comme Willah. Connor Nott avait fermé son coeur et ne laissait personne l'atteindre, à part peut-être Severus, mais cette marge était minime, surtout que ce dernier était lui-même dans une remise en question assez intense. Pour eux, le monde s'assombrissait au fil des jours.
- Qu'est-ce qu'il y a de prévu pour le soir du bal, Connor ?
Le regard de Connor était noir quand il tourna à nouveau les yeux vers elle. C'était la question qu'il attendait depuis qu'elle était arrivée. Il s'était même demandé si elle trouverait le courage de la lui poser, mais lui n'était pas enclin à donner des réponses.
- Ca ne te regarde pas, répondit-il sur un ton froid.
- Sérieusement ? s'offusqua Willah. Bien sûr que ça me regarde, comme chaque élève de ce château qui ira à ce bal en prenant le risque de se faire attaquer.
- Dumbledore a sécurisé le château, répondit Connor simplement pour diluer la question.
- Si des élèves meurent, tu en seras responsable, Nott.
Le ton de reproche ne plut pas au Serpentard, et une nouvelle fois, Connor tourna un regard noir vers Willah. Il vit son air farouche et ses yeux en colère, et il repensa au fait qu'un mois plus tôt, il voulait enseigner la magie noire à la jeune fille. Le voulait-il toujours ? Evidemment, Connor voulait qu'elle soit capable de se protéger. Il réalisait cependant une chose, c'était que Willah n'avait pas besoin d'être protégée en tant que personne, son caractère faisait tout le travail. Et maintenant qu'elle commençait à le retrouver, Connor voyait un aperçu de la jeune fille qu'il avait un jour connue.
Connor s'était trompé. Antonin et Willah n'étaient pas de la même trempe. La démarche qu'il avait eue avec la Serdaigle n'avait pas été la bonne, et il le voyait maintenant qu'elle décidait de mettre sa peine au-dessus de la colère. Il savait qu'il pourrait encore la convaincre que la vengeance était le seul moyen de passer autre chose, que sa colère ne partirait pas sans réagir, mais cette ligne était fine, et Connor n'était pas sûr de vouloir voir l'âme de la jeune fille s'assombrir. Elle était tout ce qu'il lui restait d'Antonin.
Cela n'empêchait cependant pas le sorcier d'être offensif envers elle, Willah ne voyait qu'un monstre dans l'histoire qui semblait être lui.
- Si des élèves meurent, Willah, rétorqua Connor avec agressivité, tu iras blâmer la mauvaise défense de Dumbledore et son idée saugrenue d'organiser une telle festivité en de tels temps.
- Ca doit te mettre en colère, n'est-ce pas ? sourit malicieusement Willah. Ca doit te mettre en colère de voir que les gens se réjouissent alors qu'ils devraient avoir peur, de les voir s'enthousiasmer ensemble au lieu de se terrer chacun dans son dortoir, de les voir partager au lieu de se renfermer par méfiance envers les autres.
- En effet, répondit Connor d'un ton neutre, et ça ne me réjouira qu'encore plus de tous les voir déchanter face à leurs prochains morts.
Il n'y avait pas à dire, Connor savait faire frissonner quelqu'un. Ce n'était pas uniquement ses mots, mais également son ton froid et distant, son regard noir et agressif, sa posture droite et supérieure, sa carrure solide et manifeste. Quant à Willah, elle n'était pas réellement effrayée par ces propos, elle les avait cherchés. Non, elle scrutait le jeune homme à la recherche de réponses.
- Et toi, Connor, tu iras à ce bal ? Tu y emmèneras quelqu'un ?
- Je n'y emmènerai personne, mais sois sûre que je repartirai avec quelqu'un, répondit Connor avec espièglerie.
- Quelqu'un comme Lucille Desrende ?
Willah avait tenté le coup car elle avait voulu voir la réaction du sorcier en sous-entendant qu'il pouvait être attiré par la Poufsouffle. Elle avait voulu voir s'il allait éclater d'un rire moqueur ou sourire malicieusement des idées qu'il pourrait avoir en tête en entendant le nom de la jeune fille, mais la réaction qu'elle vit la rendit perplexe. Le Serpentard s'était figé à l'entente du nom de la jeune sorcière, serrant les dents et le poing, perdant son regard sur la pelouse devenue blanche, tout comme son visage. Il ne s'était pas attendu à cela, Willah pouvait l'affirmer, mais il se reprit vite, très vite.
- J'ai mieux à faire que me taper une sang-de-bourbe, dit-il d'un ton froid.
- Oui, répondit Willah avec une pointe d'ironie, je n'en doute pas.
- Tu as quelque chose à dire, Hale ? Parce que je n'aime pas ton ton.
Willah tourna à nouveau la tête vers Connor. L'agressivité du jeune homme l'aurait presque surprise. Il avait soudainement employé son nom de famille et lui avait aboyé dessus en perdant presque son contrôle. Etait-il nerveux ? Non, il ne l'était pas, mais il était préoccupé, comme si ce n'était pas la première fois de la journée qu'il avait du penser à la jeune fille.
- Je vois simplement tes regards, répondit Willah d'un ton neutre. Je vois l'attention que tu portes à sa personne.
- C'est une fille intéressante qui met un peu de piment dans mes journées, oui.
- Tu n'es pas n'importe qui, Nott, avertit Willah. Tu as un rôle important dans cette prochaine guerre, alors fais attention sur la vie de qui tu décides d'influer. Cette sorcière n'a rien demandé, ne fais pas une misère de son futur simplement par caprice.
- Ca fait plusieurs semaines que je n'ai pas parlé à Desrende, répondit simplement Connor tout en cachant une légère pointe d'un sentiment qu'il aurait qualifié d'amertume s'il avait été réaliste avec lui-même.
- Mais toute ton attention est sur elle, rétorqua Willah en s'approchant un peu plus du sorcier, plantant son regard sérieux dans celui du Serpentard. Toute ton attention est sur elle et ça se voit. Si je l'ai vu, c'est que d'autres l'ont vu. Au vu de tous les ennemis que tu auras très prochainement, je te recommande de faire très attention. Les murs de château ne seront plus une protection pour nous d'ici quelques mois, et si toi tu te trouves hors de portée pour tes ennemis, ils s'en prendront à la personne qu'ils pensent tu ne voudrais pas voir blessée. Et je ne pense pas que tu aies envie qu'ils pensent que cette personne est Lucille Desrende.
Willah devait le reconnaître, elle n'aurait jamais pensé pouvoir faire des remarques à Connor Nott sans qu'il n'entre dans une colère profonde ou rejette chacun de ses propos. Non, il faisait attention à tout ce qu'elle disait, prenait en compte chacun de ses mots, et Willah se demanda un instant si Lucille Desrende était à même de pouvoir changer le jeune sorcier. Au péril de sa propre personne, probablement. Finalement, Connor répondit, après un long silence, refusant de s'épancher plus longtemps sur la Poufsouffle, se rendant compte qu'en effet, il n'avait aucune envie d'imaginer la jeune fille un jour blessée par sa faute.
- Les murs de ce château ne sont déjà pas une protection pour nous, Willah.
Et sur ces mots austères, Connor décida que cette discussion prenait fin alors qu'il lançait un dernier regard pesant sur la Serdaigle et tournait les talons en direction du château, les mains dans les poches, le regard froid, et le dos droit.
Et une patte de lézard ajoutée. La potion de Severus était réussie, la couleur qu'elle prenait le confirmait. Il n'avait cependant pas eu besoin de cela pour le savoir. Les potions, c'était quelque chose que Severus sentait. Dès qu'il faisait une erreur, il recommençait aussitôt sans attendre que le mélange témoigne d'une erreur, et il n'avait pas besoin d'en voir la finalité pour savoir une potion réussie. Severus était fort en potions, et il s'en serait vanté si ça n'avait pas été la qualité scolaire principale de Black également.
Seulement, les potions n'avaient pas grand intérêt pour Severus, là devait se trouver la principale différence entre les deux sorciers, car là où Severus n'accordait que peu d'importance, Sirius Black en avait fait un hobby. Alors que le professeur Slughorn s'approchait de sa potion pour le féliciter de l'avancée de celle-ci, Severus se perdit dans ses pensées. Le temps d'un instant, il regretta d'avoir de telles facilités en potions tandis que la métamorphose pénalisait son dossier. Bien sûr, les potions étaient très importantes pour intégrer l'Académie des Aurors, mais elles l'étaient moins que la métamorphose, et c'était pour cela que Severus voyait ses rêves filer au vent. Loin de lui.
Tout en mélangeant de la poudre de bison, le regard de Severus se porta un instant sur Connor, à quelques tables de lui, qui était relativement concentré. Connor se fichait de réussir dans des matières scolaires. Il n'envisageait pas d'études après Poudlard. Pour lui, la sortie de l'école signifiait de consacrer tout son temps et sa magie à aider le mage noir. Pourtant, il se donnait en cours parce qu'il aimait réussir ce qu'il entreprenait. Connor Nott prenait les choses à cœur, même s'il ne le montrait pas. Il consacrait toutes ses forces à son objectif noir, ne faisait jamais un devoir maison à moitié, prenait soin du peu de personnes acceptées auprès de lui, et Severus savait que Connor aurait su aimer comme il fallait s'il s'était offert cette possibilité. Possibilité impossible.
Le regard de Severus se porta ensuite sur Willah, qui discutait d'une façon neutre avec Black tout en découpant des herbes. Les deux sorciers étaient très bons dans la matière, tout comme Severus. Tout comme lui, ils avaient un regard très observateur des modifications des substances et des effets des mélanges et d'ajouts d'ingrédients. Ils étaient très patients et savaient analyser l'évolution d'une potion au cours de sa fabrication. Ils avaient également de nombreuses connaissances sur les ingrédients utilisés et les effets de ceux-ci. Tous les éléments qui font un bon potionniste. Si Severus avait dû respecter Sirius Black pour une chose, ça aurait été cela. Ses capacités en potions étaient la seule chose qui montrait à Severus que le Gryffondor n'était pas un abruti fini.
Quelle injustice. Black et Potter auraient probablement une réponse positive à leur demande à l'Académie. Il avait même entendu qu'ils comptaient passer les essais pour la BSAL. Si ce n'est pas pour ses notes, Potter serait pris pour son nom, Severus en était certain, et cela le rendait malade. Il ne blâmait pas Potter de cette injustice, mais la société contre laquelle il était en colère. Parce qu'il n'était pas un élève excellent, il ne pourrait probablement pas réaliser ses rêves. Parce qu'il n'avait pas un nom qui se distinguait des autres, il ne pourrait probablement pas réaliser ses rêves. Severus était en colère. Cette colère sourde qu'il voit parfois dans les yeux de Connor quand celui-ci parle de sa famille, et de ce que celle-ci a pu faire à son petit frère tout simplement parce qu'il n'appartenait pas à ce monde. Cette colère sourde qu'il observe chez de nombreux sorciers qui se trouvent à prendre des décisions qui vont à l'encontre de leurs principes pour s'en sortir. Cette colère sourde qu'il peut entendre dans des propos racistes et discriminants de la part de gens qui se pensent meilleurs que d'autres comme de la part de gens que l'on fait se sentir inférieurs. Cette colère sourde que Severus avait peur de voir le consumer.
- Tout va bien, Sev ?
Le cours était terminé, Severus rangeait ses affaires, et Connor l'avait rejoint directement à sa table. Le regard de Connor était concerné, et Severus hocha sobrement de la tête.
- Tout va bien, je réfléchissais juste à noël.
Connor se contenta de hocher la tête, sachant pertinemment que son ami lui mentait, mais il n'était pas là pour le blâmer de vouloir garder ses secrets pour lui.
- On peut aller s'entrainer à la métamorphose si tu veux, pour le test de la semaine prochaine.
- Non, ça ira, répondit Severus. J'en ai marre de la métamorphose.
- Et ton dossier ? réagit Connor en fronçant les sourcils.
- De toute façon, je ne serai pas pris, répondit platement Severus. Tu connais le pourcentage de Serpentards admis chaque année ? 6%. C'est tellement peu que même avec d'excellentes notes dans chaque matière, la simple vue de la bordure verte de mon dossier fera qu'il sera automatiquement mis de côté.
Connor n'eut qu'un reniflement comme réponse. Ce que disait Severus était vrai, et tout le monde à Poudlard le savait. Cela faisait partie des raisons pour lesquelles Severus n'avait dit à personne ses ambitions, parce que tout le monde lui aurait ri à la figure en lui affirmant qu'un Serpentard ne serait jamais accepté à l'Académie des Aurors, tout le monde le savait.
- Tu sais, reprit Severus face au silence de son ami qui ne confirmait que ses propos, parfois je me demande si ce n'est pas toi qui as raison. L'injustice de cette société me fait vomir, ses clichés et ses normes. Parfois, je me demande s'il ne faudrait pas tout détruire pour que les choses aillent mieux.
Sur ces mots, Severus s'éloigna de Connor sans que celui-ci n'ait pu répliquer quoi que ce soit. Severus n'avait jamais tenu de tels propos, et le sorcier s'en inquiéta. La dernière chose qu'il souhaitait pour son ami était qu'un jour, il développe les mêmes idées et envies que lui.
Le temps d'un instant, Connor se demanda quoi faire.
- Tu fais quoi pour le nouvel an, Willah ?
Willah haussa les épaules en réponse à la question de Joan.
- Aucune idée.
- Tu ne vas pas à la soirée de James ?
- Pas au courant.
Joan haussa les sourcils de surprise tandis que Willah haussait une nouvelle fois les épaules, trop concentrée sur son plat.
- Je ne crois pas que ça ait été maintenu, dit Alex. Il semblerait que les maraudeurs se soient arrangés avec Forest, et que ce soit lui qui fait une soirée.
- Ce serait déjà plus probable, dit Joan, pensive.
- James est un branleur, dit Willah, s'il a pu refiler une soirée à Forest, il n'a certainement pas hésité.
- D'ailleurs, tu vas au bal avec Potter ? demanda Alex à Joan.
- Il ne m'a pas proposé, se contenta de répondre la jeune fille.
Alex haussa les sourcils de surprise tandis que Willah eut un regard neutre, visiblement peu surprise de la situation.
- Ca sort d'où, ça ? demanda Alex.
- Va savoir, soupira Joan. Monsieur a décidé de se couper du monde en s'enfermant dans sa salle commune et je n'ai pas l'intention de lui courir après, rétorqua-t-elle sur un ton vexé.
- Dis-donc, se moqua Alex, c'est moi ou ça a l'air de t'affecter ?
- Pas du tout, répondit Joan en relevant la tête trop haute pour appuyer ses propos, il fait ce qu'il veut et ça ne me regarde pas.
Willah n'osait pas intervenir alors qu'Alex enfonçait le clou de façon maladroite mais dans l'idée de changer les idées de Joan. Elle savait que James n'avait aucune intention d'inviter son amie au bal, ou sinon il l'aurait fait la minute qui avait suivi l'annonce afin de s'assurer qu'aucun autre garçon n'aurait sa cavalière. Joan le savait également. Elle aurait aimé dire quelque chose allant dans le sens de son amie, mais lui mentir n'apporterait rien, et confirmer ce qu'elle pensait ferait plus de mal inutilement.
- Et à faire le malin, Alex, interrompit Willah, tu as une cavalière ?
- Et bien, si tu acceptes d'y aller avec moi, ma chère Willah, je pourrai te répondre positivement.
Willah fusilla son ami du regard. Il venait de mettre Joan mal à l'aise en lui affichant clairement que le sorcier avec lequel elle avait un semblant de relation ne lui avait pas proposé d'aller au bal avec lui, avait enfoncé le clou en lui faisant comprendre que ça affectait la jeune fille, et maintenant invitait Willah qui n'en avait strictement rien à faire d'aller au bal avec quelqu'un au lieu de Joan qui se sentait mal de ne pas avoir été invitée. Quel idiot. Alex sembla comprendre car il fit une grimace d'inconfort.
- Désolée Alex, mais tu n'es pas vraiment mon type, répondit Willah. Peut-être que Joan te rendra ce service dans sa grande bonté, mais très peu pour moi.
- Je voulais juste être gentil, moi, grommela Alex.
Le regard que Willah et Joan échangèrent était désabusé. Elles connaissaient leur ami et son manque de tact, moi parfois il frôlait vraiment le mystère. Quant à Willah, elle fut contente de voir que Joan ne tenait pas rigueur de toute la discussion qui venait de se tenir.
- Personne ne te demande d'être gentil, Lamar, juste de ne pas être trop con, et t'es déjà pas très bon à ça !
Joan éclata de rire face à la réplique de Willah tandis que celle-ci lançait un grand sourire amical au jeune sorcier qui la fusilla du regard avec de se pencher pour la chatouiller, ce à quoi Willah lâcha un rire avant de s'éloigner des mains de son ami.
- Ne ris pas trop fort, Hale, reprit Alex, on va finir par croire que t'as une âme par ici !
Le rire de Joan se renforça tandis que Willah sourit, n'ayant pour réponse qu'un doigt d'honneur qu'elle présenta fièrement au sorcier avant d'attraper un fruit pour dessert et se diriger vers la sortie de la Grande salle. Son taux de sociabilité avait atteint son maximum pour la journée, elle retrouverait ses amis plus tard dans un endroit où il n'y aurait qu'eux.
Lorsque Remus revint du diner qu'il avait partagé avec Sirius et Peter, il fut surpris de voir James à la même place où il l'avait laissé en début d'après-midi lorsqu'il était allé à la bibliothèque avec Peter. Le jeune sorcier était plongé dans son livre et semblait faire abstraction de toute réalité autour de lui.
- Qu'est-ce que tu lis pour ne pas avoir bougé de la journée, James ? demanda Remus en s'installant sur un des fauteuils.
James releva la tête pour relever ensuite son livre pour que Remus puisse en lire le titre « le trouble de stress post-traumatique chez les aurors, différentes études ». Il comprenait un peu mieux pourquoi James n'avait pas bougé du canapé de la journée.
- Alors, ton rendez-vous avec Mcgo ? demanda James en refermant son livre et en le posant sur la table basse.
- Intéressant, sourit Remus. Selon elle, je devrais envoyer ma candidature à l'Académie de Professorat sans prendre en compte ma condition. L'académie a une politique de non-renvoi des étudiants, et si je suis accepté et que l'on apprend à propos de ma condition, ça ne m'empêchera pas d'en sortir diplômé si je suis bon.
- C'est génial ça ! s'exclama James.
- Oui, mais il faut d'abord que je sois pris.
- Ca, c'est secondaire, sourit James. On en est tous à ce même point, qui sera pris là où il veut aller ? Ce qui compte, c'est que ta condition ne te pénalise pas pour candidater ou autre chose.
James avait raison, et Remus ne réalisait pas encore ce que signifiait ce que lui avait dit le professeur Mcgonagall, lui qui n'y croyait plus. Cette histoire d'orientation l'avait tellement désespéré, aujourd'hui il ne réalisait pas qu'il en verrait peut-être le bout. Tout ce qu'il fallait faire maintenant, c'était continuer de s'acharner au travail pour avoir d'excellentes notes et obtenir le plus d'ASPICs possibles. Mais cela n'inquiétait absolument pas Remus.
- Louise m'a invité au bal, déclara Remus sans préambule.
- Sérieux ? s'étonna James. Je n'aurais pas pensé qu'elle était capable de se jeter à l'eau comme ça. Tu t'en es trouvé une très jolie, c'est Sirius qui va être jaloux !
- J'espère juste être à la hauteur de ses attentes, avoua Remus.
- Tu sais que tu le seras, le rassura James comme si c'était évident. Louise est une fille qui a besoin d'attention, et tu es quelqu'un qui saura lui en donner.
- Tant qu'elle garde en tête que c'est avec moi qu'elle y va, et pas qu'elle se tourmente avec le fait que ce n'est pas avec Antonin.
James eut une grimace. Il fallait dire que le sujet était complexe, et qu'il ne se voyait pas parler pour la jeune fille. Cependant, il était assez sûr d'une chose, c'était que Louise Desrende était une personne réfléchie, et qu'elle n'aurait jamais invité Remus si, de un, elle n'en avait pas totalement envie, et de deux, si elle ne se pensait pas capable de surmonter ses pensées noires. Ce fut ce que dit James à Remus, ce dernier hochant positivement à ce que lui disait James.
- Incroyable !
C'était Lily qui venait de se laisser tomber dans un fauteuil en soupirant, l'air exténué.
- Alors Lily, sourit Remus, qu'est-ce qui t'est tombé sur le dos cette fois-ci ?
- Deux quatrième années en train de se battre à propos de l'attaque d'hier, s'exclama Lily avec dépit, et quand j'ai cherché à les séparer, ils m'ont tous les deux traitée de sang-de-bourbe.
Le sang de James et de Remus ne fit qu'un tour en entendant les propos de la jeune fille. Ils faisaient partie de ceux qui ne supportaient de tels propos et étaient capables de rentrer dans n'importe qui les utilisant. Quant à Lily, elle n'avait pas l'air particulièrement atteinte par ces mots.
- Non mais vous vous rendez compte ? Ces deux idiots se battaient et ont quand même réussi à se mettre d'accord en m'insultant. On verra à quel point ils s'entendront sur la semaine de retenue que je viens de leur coller.
- Tu devais être révoltée, dit Remus avec une colère contenue.
- Oh, plus maintenant, dit Lily en balayant la question d'un revers de main, au bout de sept ans, je ne peux plus m'offusquer de la connerie des sorciers.
- Je leur aurais cassé des dents si j'avais été là, fulminait James.
Lily se contenta d'un sourire avant de poser sa tête en arrière sur le dossier du fauteuil, soupirant d'un repos bien mérité. Quant à Remus, il décida qu'il était temps pour lui de mettre les voiles, ce qu'il fit avec un sourire malicieux en direction de James qui fronça les sourcils. Que se disait Remus en le laissant seul avec Lily avec un sourire plein de sous-entendus ?
Quand James releva la tête, il s'aperçut que Lily le fixait.
- Tu as un cavalier pour le bal, Evans ? s'entendit-il demander avec surprise.
La question figea Lily qui se sentit mal à l'aise. Le ton de James était empli d'une simple curiosité, mais le regard qu'il lui lançait montrait à Lily quelle pouvait être la continuité de ses pensées si elle répondait négativement à la question. Question à laquelle elle devait répondre.
- Tommy Swall m'a invitée ce midi, de Serdaigle.
- Je vois, fut la seule réponse de James.
Il plongea dans ses pensées, et Lily sentit une pointe de regret dont elle ne sut identifier la cause. Aurait-elle préféré aller au bal avec James Potter ? Peut-être. Aurait-elle aimé qu'il manifeste plus de déception ? Peut-être. Aurait-elle aimé qu'il se moque du jeune homme pour le décrédibiliser aux yeux de Lily ? Peut-être. Etait-elle déçue que rien de tout ça ne soit le cas ? Totalement.
Lily ne supporta pas longtemps le lourd silence qui s'était installé entre eux, et décida de le rompre par la seule question que son cerveau sembla capable de formuler.
- Et toi, Potter ?
- Personne pour le moment, répondit James après un moment d'hésitation. J'attendais d'être sûr de faire le choix de la bonne fille avant de proposer.
Lily ne sut pas quoi répondre. Rien n'indiquait qu'il sous-entendait qu'il allait lui proposer quoi que ce soit, mais le regard perçant du jeune homme la laissait bouche-bée. Elle n'avait que très rarement vu un tel sérieux chez le jeune homme dans un de leurs échanges, et elle n'était pas sûre de pouvoir le tenir.
- Ne sois pas mal à l'aise, Evans, ce n'est pas comme si je t'avais proposé de venir avec moi.
Le ton de James était joueur, mais ce n'était qu'une façade. Cependant, Lily ne connaissait pas assez le sorcier pour le savoir, et ne vit que cette façade qui lui fit prendre légèrement mouche.
- Je ne suis aucunement mal à l'aise, Potter, répondit Lily durement, tu fais bien ce que tu veux !
James eut un sourire vide pour réponse, et finalement Lily décida de remonter à son dortoir. Elle souhaita bonne nuit à James et fila, laissant le jeune sorcier perdu dans ses pensées. Pensées qu'il balaya aussitôt qu'il se trouva seul pour se remettre à sa lecture.
Une demi-heure plus tard, ce furent des chuchotements qui se multiplièrent qui tirèrent James de son livre. Quand il releva la tête et vit Willah Hale avancer vers lui d'un pas décidé, James comprit la source des chuchotements. Une intrusion d'une autre maison était toujours très mal vue à Gryffondor.
James ne cacha pas sa surprise de voir la jeune fille dans la salle commune des Gryffondors. Il ne l'avait que très rarement vue dans cette salle commune et ne savait même pas comment elle avait pu avoir le mot de passe. Elle s'installa à ses côtés sans un mot, regardant la couverture du livre qu'il n'avait pas lâché depuis plusieurs heures.
- Ne me dis pas que c'est ton livre qui t'a retenu même pour le diner ?
James se contenta d'un sourire qui fit lever les yeux au ciel à Willah.
- Je suppose que tu n'as pas de cavalière, vu que tu as été enfermé dans ton bouquin toute la journée.
- Nope, se contenta de répondre le jeune sorcier.
- Dans ce cas, viens au bal avec moi.
James releva finalement les yeux de son livre, surpris par ce que venait de lui dire Willah.
- Oui si tu veux, mais ça sort d'où ?
- Je ne le fais ni pour toi, ni pour moi, mais pour Joan. Je préfère qu'elle te voie avec moi qu'avec une autre fille. Et rends-moi service, Potter, arrête de faire l'enfant, prends ton légendaire courage de Gryffondor à deux mains, et va expliquer à ma meilleure amie que tu ne te vois pas aller au bal avec elle plutôt que de la laisser poireauter comme une idiote simplement parce que toi, tu fais le lâche.
Willah n'attendit pas de réponse de la part de James. Elle savait que son dernier mot le ferait tiquer et répliquer pour défendre son honneur, et elle n'avait pas envie d'entendre un blabla inutile. Alors elle se leva, croisant le regard de Sirius qui descendait les escaliers des dortoirs, et se dirigea vers la sortie sans un mot de plus.
- Elle avait l'air révoltée, Hale, qu'est-ce que tu lui as fait ? demanda Sirius.
- Il semblerait que je me sois comporté comme un con, répondit James.
- Parce que tu as évité Tuder toute la journée ?
- C'était si évident ?
- Un peu, mon vieux.
James se contenta d'un sourire en réponse à celui de Sirius qui s'était installé à côté de lui. Le temps d'un instant, il hésita à dire à Sirius qu'il avait été sur le point de proposer à Evans de venir au bal avec lui. Il aurait aimé en parler avec son meilleur ami, partager ces idées nouvelles qui lui viennent à propos de la jeune sorcière, mais rien ne venait. Etrangement, James n'était pas dérangé par l'idée de garder tout cela pour lui et de ne pas le partager avec Sirius.
Quant à Sirius, il avait bien vu toute la journée la préoccupation de James sans avoir réussi à mettre le mot dessus. Il avait entendu son silence et avait vu son inconfort. Et s'il y avait une chose que Sirius avait appris lors de la mort du cousin de James, Harry, c'était que parfois, l'amitié se résumait à une simple présence, sans que le besoin de parler ne s'en ressente.
- Tiens, dit simplement Sirius en tendant une bierraubeurre ouverte à James tout en ouvrant la sienne.
- Tu sors ça d'où ? La réserve est à sec.
- Cadeau d'Evans que j'ai croisée dans les escaliers, répondit Sirius avec un petit sourire. En espérant que ça te redonnera un peu le sourire, selon ses mots.
James ne cacha pas son regard surpris. Il était persuadé que la sorcière s'en était allée fâchée. Finalement, peut-être qu'ils avaient réellement passé une étape dans la relation qu'ils entretenaient, et que leurs prises de têtes n'en étaient plus vraiment. Il se mit en tête de la remercier la prochaine fois qu'il la verrait, pour la bierraubeurre ainsi que pour la pensée.
- Tu vas essayer de faire entrer Evans à la fête du Ministère ? demanda Sirius.
- Pourquoi je ferais ça ? demanda James sur un ton plus agressif qu'il ne l'aurait voulu.
- Je croyais que vos relations allaient suffisamment mieux pour que tu lui rendes ce service, répondit Sirius après quelques secondes de surprise.
James ne répondit pas, lâchant un « oh » qui montra qu'il avait mal interprété la question de son ami.
- Tout va bien, Corny ? s'inquiéta Sirius ouvertement.
- Je réfléchis pas mal, Sirius. Qui sait comment va se solder cette soirée de bal.
- Dumbledore défend bien le château, Corny, s'essaya à rassurer Sirius.
- Je pense que Voldemort nous a déjà suffisamment montré qu'il avait toujours une marge d'avance. Et puis, les vacances de noël approchent. On avait prévu d'être à un niveau bien plus supérieur que celui auquel on est actuellement, rien de ce qu'on a prévu de faire ne pourra être réalisé. On va être pris pour des enfants.
- On le savait déjà ça, à nous de montrer qu'on devient des adultes justement.
- Oui, mais maintenant qu'on est à noël, j'ai l'impression qu'on a accompli nos objectifs de moitié, et qu'on n'a justement rien accompli.
Sirius s'agita sur sa chaise. Cela faisait un petit bout de temps qu'il n'avait pas fait un point sur leur avancée, et il ne s'attendait pas à ce que James en soit finalement tant affecté.
- Ce n'est pas maintenant qu'il faut évaluer ce qu'on a fait, Corny. Ces vacances sont une occasion de côtoyer des aurors comme le proposait ton père, et de nous entraîner durant deux semaines. Ca ne sert à rien de trop réfléchir maintenant alors qu'il nous reste encore une bonne marge de progression. C'est juste se donner une raison de plus de broyer du noir, et je pense que pour le moment, on a déjà suffisamment de raisons de le faire.
- Tu as raison.
Sirius se retint d'affirmer qu'il avait toujours raison. Son ami n'était pas dans l'état d'esprit de rigoler, il le voyait bien, alors il trinqua avec James et entama une simple discussion sur le livre que James lisait, poussant son ami à parler, et embraya ensuite sur ce qu'ils pensaient allait arriver durant le bal.
Il se faisait tard, mais ils restèrent assis plusieurs heures à discuter, malgré qu'ils aient fini leur bierraubeurre au bout de vingt minutes, et James se mit progressivement à sourire puis rire, entrainant le rire de Sirius avec lui. Une fin de journée comme ils les aimaient.
J'espère que le chapitre vous a plu. Pour ma part, je suis ravie d'être passée par l'étape réécriture, ça m'a vraiment motivée à écrire la suite, j'ai mille idées qui ont germé et que je souhaite concrétiser. Je vise Noël pour le prochain chapitre.
N'hésitez pas à laisser un petit retour, pour me faire part de ce qui vous a plu ou moins plu, non seulement c'est motivant pour écrire la suite mais en plus ça me donne envie d'améliorer le tout :) bonne journée à chacun.e !
