Chapitre 13: Never Ever

A few questions that I need to know

How you could ever hurt me so?

I need to know what I've done wrong

and how long it's been going on ?

Was it that I never paid enough attention?

Or did I not give enough affection?

Not only will your answers keep me sane

but I'll know never to make the same mistake again

You can tell me to my face or even on the phone

You can write it in a letter, either way, I have to know

Did I never treat you right?

Did I always start the fight?

Either way, I'm going out of my mind

All the answers to my questions

I have to find

Ce fut la surprise totale, ni plus ni moins, qui se peignit sur tous les visages quand Qhuinn s'écroula. Blay venait de relever la tête au bruit sourd que le corps du brun avait fait en touchant le sol et aurait presque pu rire de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Presque seulement puisqu'il avait le coeur totalement brisé. Il y eut un moment de flottement où personne ne réagit, la bouche entrouverte. Wrath tenait toujours le bol entre ses mains et n'avait pas eu le temps de sceller le nom de l'Elue sur le magnifique dos de Qhuinn. Vishous semblait s'être pris une droite et, pour une fois, en ressentir les effets alors que Zadiste arborait un sourire cynique. Les femelles se tenaient la main devant la bouche, ébahies. Et ce qui étonna surtout Blay, ce fut l'air de Layla. Les bras croisés, les yeux emplis de colère ravalée, les larmes y perlant, elle se tenait droite comme un i, fière malgré tout. Et soudain, le roux réalisa ce que ça voulait dire. La cérémonie n'avait pas été conclue. Elle n'était pas terminée. Qhuinn, en tombant dans les vapes, venait d'y mettre un terme. Oh bon sang. Il avait tant prié pour cela que désormais, ça lui semblait trop beau pour être vrai.

Et soudain, l'univers se remit en mouvement. John se jeta à genoux à côté de son Ahstrux Nohtrum, lui tapotant les joues pour le faire revenir à lui. Les autres s'étaient rapprochés, l'encerclant, laissant Blay à l'écart de son mâle. Son coeur lui demandait de s'assurer qu'il allait bien alors que sa tête refusait de faire un pas vers lui, se répétant sans cesse qu'il n'était pas son mec. Il l'avait quitté, pas vrai ? Il sentit qu'on lui serrait doucement la main et entendit Saxton souffler à son oreille:

- Ca va ? Tu tiens le coup ?

- Pas du tout. Je suis au bord de la crise de nerfs.

Il parvint à s'arracher à la contemplation de ces dos qui lui cachait l'objet de tous ses désirs pour poser les yeux sur Sax qui lui souriait tristement. Il était heureux d'être parvenu à caser une conversation avec l'avocat dans la semaine horrible qu'il venait de vivre. Il avait tout avoué. Qhuinn, leur première fois, leur deuxième fois, leur relation chaotique, leur rupture. Il avait tout dit. Il n'avait rien caché. Ni ses sentiments qui ne s'étaient jamais éteints, ni son incapacité à se sortir le brun de la peau. Il avait tout lâché. Et le blond avait tout encaissé. Quand il avait eu fini, Saxton lui avait avoué avoir tout su dès le départ. Il lui avait confessé avoir voulu être celui qui mettrait un terme à leur histoire. Mais son ancien amant avait avoué avoir été faible et s'être accroché à leur relation parce qu'il … commençait à tomber amoureux de lui. Putain … Pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-il pas l'aimer en retour ? Il aurait pu être le mâle qu'il lui fallait. Celui qui ne le ferait pas souffrir comme Qhuinn le faisait à l'instant même. Ca aurait pu être parfait. Au final, après cette discussion calme et remplie de bon sens, ils s'étaient mis d'accord pour rester amis. Pour le moment, Blay ne pouvait être avec personne. Et comme le parfait mâle qu'il était, l'ami qu'il était devenu, Saxton avait insisté pour être ici aujourd'hui, avec lui, pour le soutenir. Parce que jamais le roux ne traverserait cela tout seul.

- Veux-tu t'asseoir?

- Non, je … je dois voir comment il va.

- Alors vas-y …

Le blond lâcha sa main et lui intima d'un mouvement de tête de s'approcher. Ce qu'il fit, presque en pilotage automatique. Il avança vers le cercle, notant au passage que Layla se tenait un peu en retrait, les bras toujours croisés sur sa poitrine, entourée de Selena et Cormia. Doc Jane était en train d'engueuler tout le monde pour qu'ils reculent:

- Laissez-lui de l'air, bande d'idiots. Laissez-le respirer.

Blay se stoppa net, ne voulant pas se faire remarquer et il serra les poings quand il entendit Layla demander à Wrath:

- Monseigneur, pourquoi ne lui versez-vous pas la saumure sur son dos ?

- Je ne peux le faire que s'il est conscient. Et qu'il endure cette douleur pour te prendre comme compagne.

- Ouais, il semblerait que Qhuinny-boy essaye de nous dire quelque chose avec sa syncope! ironisa Rhage, goguenard.

Visiblement, la Confrérie au grand complet semblait ravie de ce petit retournement de situation. Tout le monde était Team Qhuinn & Blay, ce soir. Sauf, évidemment, la blonde qui fusilla Hollywood du regard avant de lâcher, glaciale:

- Qhuinn est un mâle de valeur. Il peut endurer bien plus que cela.

- Peut-être simplement qu'il n'avait pas évalué la portée de son geste avant de voir le gamin ! fit Z en désignant Blay qui se tenait toujours un peu en retrait.

Quand tous les visages se tournèrent vers lui, il recula d'un pas, affreusement gêné.

- Je … je …

- Approche, Blaylock. Il a besoin de toi … fit Jane, en tendant la main vers lui.

- Je … Layla …

- Viens.

Ce n'était pas une demande. Elle lui ordonnait presque de la rejoindre. Et il le fit, parce qu'il en mourrait d'envie. Il tomba à genoux à côté de Qhuinn et prit peur en voyant son teint blafard. S'il avait cru dépérir ces derniers jours, ce n'était en rien comparé à l'état de son pyrocant. Bordel, le mec avait diminué de moitié de volume. Et ces cernes qui entouraient ses yeux. Il était cadavérique. Les faits étaient là pour le prouver: son mâle vivait aussi mal que lui cette union. Peut-être même plus mal. Alors pourquoi leur imposait-il cela ? Ils auraient pu être heureux. Ensemble. Loin de l'autre, ils dépérissaient.

Doc Jane regardait son ami toujours inconscient ne faisant que prendre ses constantes. Blay avait envie de le toucher, de lui prendre la main et de lui murmurer que tout irait bien mais … ce n'était pas son rôle. Il n'était qu'un ami, rien qu'un ami pour Qhuinn. Enfin, étaient-ils toujours amis ? Rien n'était moins sûr. Soudain, la jolie docteur blonde releva les yeux et demanda:

- Quelqu'un peut me donner de l'eau ?

Rhage lui tendit un bol d'eau qu'elle prit, prête à le lancer sur la tronche du mec et le roux voulut hurler pour l'en empêcher. Heureusement, elle s'arrêta à temps, riva son regard sur Hollywood et grinça:

- De l'eau claire, triple idiot.

Le blond s'empara à nouveau du bol d'eau saumâtre en haussant les épaules alors que Butch apportait un verre d'eau du robinet. Jane regarda Blay un instant, comme pour lui demander la permission et quand elle vit qu'il ne répondait pas, elle balança le verre sur Qhuinn. Qui ne réagit pas le moins du monde.

- Ce n'est pas normal, il est anormalement pâle ! Est-ce qu'il se nourrit normalement ?

Il y eut un concert de remarques, toutes plus acerbes les unes ques les autres, des Guerriers qui expliquaient au docteur que le mec passait sa vie à éviter Blay et qu'il ne prenait aucun repas ni aucune veine. Jane fronça les sourcils, inquiète puis appela Vishous pour qu'il vienne tapoter gentiment (selon elle) les joues de son pyrocant, le roux entendit Layla parler à ses "amies" et ne put s'empêcher d'écouter:

- Je ne comprends pas, tout était parfait … Il y a quelques heures encore, il me faisait l'amour …

Et là, c'en fut trop. Il ne pouvait dire avec certitude si l'Elue mentait ou pas. Même si clairement, ça ne devait pas être son genre. Et connaissant Qhuinn, par contre, c'était tout à fait SON genre. Il serra les poings de chaque côté de lui et se releva d'un geste rapide et leste, irradiant de colère. Là, c'en était définitivement TROP. Il ne pouvait plus en supporter davantage. Ainsi, sous tous les regards ébahis, il traversa le mur que formaient les Frères autour d'eux et grimpa trois à trois les marches menant à sa chambre, se coupant totalement de ce qui se passait en bas. Parce qu'il était arrivé au maximum de ce qu'il pouvait encaisser. Et qu'il allait exploser, il le sentait.

Quand il entra dans sa chambre, il reclaqua la porte violemment, la faisant trembler sur ses gonds et il s'arrêta au milieu de la pièce, ne sachant que faire et où aller. Il devait s'échapper, tant qu'il le pouvait et que l'aube n'était pas levée. Il devait partir d'ici. Sinon, il finirait par tuer quelqu'un. C'était une certitude. Certitude qui augmenta encore quand quelqu'un entra discrètement à son tour, refermant la porte avec beaucoup plus de délicatesse que lui. Dos à l'intrus, il ferma les yeux de toutes ses forces et pria pour qu'il ne s'agisse ni de Qhuinn, ni Layla, ou encore Rhage. Il aurait du mal à se contenir en face de ces trois personnes.

- Blaylock …

Heureusement, la voix profonde qui s'éleva derrière lui était celle de Saxton, le seul qui savait vraiment ce qu'il ressentait tout au fond de lui. Incapable de desserrer la mâchoire, il attendit, les poings contractés que l'autre parle.

- Que se passe-t-il ?

Et soudain, il se retourna et retraversa la pièce, collant violemment l'avocat à la porte qu'il venait de refermer. Il lova son corps énorme à celui, plus longiligne, du beau blond. L'autre hoqueta de stupeur, ses sublimes yeux gris flamboyant pourtant déjà de désir.

- Il l'a baisée.

Et comme si ça expliquait tout, l'autre secoua la tête mais il ne le laissa pas répondre. A la place, Blay inclina la tête et prit sauvagement sa bouche.

XoXoX

Qhuinn ouvrit les yeux, battit des paupières et se demanda où il était. Il regardait un plafond, pas de doute là-dessus. A priori, il était donc en position horizontale. Ce qui semblait bizarre puisque la dernière chose dont il se rappelait, c'était d'être en train de s'unir à Layla. Sauf que là, il n'était pas du tout dans le Grand Hall mais dans sa chambre. Ouaip. Sûr et certain. Il reconnaîtrait le plafond entre mille. Il avait quand même passé quelques mois à le regarder. Il en connaissait même chaque détail. Donc bref, il était dans sa chambre. Mais du coup, que s'était-il passé ? Son cerveau avait-il à ce point été réfractaire à l'idée de s'unir à l'Elue qu'il lui avait fait passer les dernières heures en mode "absent"? Ou bien était-ce quelque chose d'autre ? Mais quoi ? Peut-être avait-il rêvé cette cérémonie. Peut-être était-elle dans quelques heures. Putain, comme si la vivre une fois ne suffisait pas. Maintenant, il lui faudrait recommencer. Il nota un mouvement dans un coin de la chambre se redressa en position assise et vit Zadiste, confortablement installé dans un des fauteuils qui trônaient près de la baie vitrée.

- Je … euhh …

- Bon retour parmi nous, Grace.

- Grace ?

- Grace Kelly. Tu étais un peu l'actrice principale de notre show ce soir et tu as conclu ça d'une manière … tragiquement théâtrale.

Donc il parlait de la cérémonie. Elle avait bien eu lieu. Mais qu'est-ce qu'il voulait dire par "tragiquement théâtrale" ?

- Je … La cérémonie … Je …

- Oui ? demanda l'autre, clairement amusé.

D'ailleurs, il devait bien reconnaître que c'était la première fois qu'il voyait Zadiste aussi "guilleret". Enfin, façon de parler hein. Le mec allait tout de même pas se mettre à danser au milieu de la chambre non plus. Et lui, tout ce dont il pouvait se rappeler, c'étaient les larmes de son mâle qui coulaient à terre. Parce qu'au final, il n'y avait que Blay qui comptait, pas vrai ? Donc l'autre ne pouvait pas être si "content" pour rien. Il toussota une seconde avant de demander, la voix éteinte:

- La cérémonie … Layla … je … je suis uni à elle ?

Les yeux jaunes du guerrier balafré luisirent littéralement d'amusement et un rictus se dessina sur ses lèvres abîmées.

- Eh bien, tu fais un hellren de très mauvais goût, si tu veux mon avis.

Oh putain. Il avait dit "hellren". Il avait donc bien été jusqu'au bout. Putain de bordel de merde. Dès qu'il était arrivé en haut des marches du grand escalier, il s'était mis en mode pilotage automatique. C'était finalement une sorte de coma pour son cerveau, pour le préserver de trop souffrir. Parce qu'il ne voulait pas s'unir à la femelle. Pas du tout. S'il devait s'unir à quelqu'un, avec tout son coeur et toute son âme, ce serait forcément Blay. Et donc, visiblement, en se mettant comme ça "hors de son corps", il y était parvenu. Il avait pu le faire. Il aurait du se sentir heureux. C'est vrai, après tout, il venait de réaliser le rêve de sa vie. Ouais, tu parles. Le rêve de sa vie lui donnait envie de gerber. Mais au moins, Blay serait sauf. Et c'était à peu près tout ce qui comptait.

- Putain … fut tout ce qu'il fut capable de lâcher.

Et contre toute attente, l'autre éclata de rire alors que lui regardait ses mains, traduisant par là toute l'excitation qu'il ressentait à cette union. Zéro. Rien. Que dalle. Nada. Même pas un début de "Youhou". Pathétique, pas vrai? Et Z qui continuait à se marrer, c'était franchement pas facile. Il aurait voulu pouvoir s'apitoyer sur son sort en privé.

- Franchement, tu fais peine à voir, gamin. Ca a l'air de faire ta journée, cette union.

- Tu parles! grommela Qhuinn, certain que jouer la comédie ne servirait à rien devant le Frère.

- Heureusement que tu t'es effondré avant la fin. Sinon ton putain de dos serait marqué à jamais par une erreur.

- Que … Quoi ?

- Tu nous as fait une petite syncope, Grace. Franchement bien amenée en plus. Et pile poil au bon moment.

D'un coup, il bondit hors de son lit et ouvrit la porte de son placard où était accroché un miroir où il pourrait se voir tout entier. Très vite, il tourna le dos pour l'étudier mais Z avait raison: il n'y avait plus rien. Rien de rien. Pas de L, pas de A, rien du reste. Rien. Il faillit être celui qui fit un petit pas de danse de la victoire en revenant s'asseoir. Quand il atteignit son but, il demanda:

- Que s'est-il passé alors ?

- Bah quand tu t'es effondré, Jane a voulu te ranimer mais rien n'y a fait. On croyait que tu voulais pas te relever trop vite, histoire de pas recommencer la mascarade.

La seule chose que Qhuinn était capable de penser, c'était "Et Blay ? Est-ce qu'il a vu ça?". Mais il ne pouvait pas le demander sans se vendre. Donc, à la place, il dit:

- Et ?

- Et ton Elue fulminait. Mais bon, Wrath a décidé de mettre fin au show et a renvoyé tout le monde dans ses quartiers. On t'a ramené ici avec Jane, John et Vishous. Comme tu te réveillais pas, la shellane de mon frère t'a fait une injection d'atropine et te revoilà !

Alors qu'il allait enfin demander où était son mâle, la porte s'ouvrit à la volée sur John et Vishous qui entrèrent l'un après l'autre. N'était-ce pas géniaaaaal ? La Trinité du Sermon au grand complet. Et AMEN.

- Salut les gars! ironisa-t-il tout en regardant toujours ses mains.

- Il est revenu à la raison? aboya Vishous en l'ignorant délibérément et posant la question à Zadiste qui semblait franchement passer un bon moment.

D'ailleurs, de mémoire, Qhuinn ne l'avait jamais vu aussi souriant. C'en était presque effrayant.

- Hé oh ! IL est là et IL vous entend.

Les trois paires d'yeux se tournèrent vers lui et il regretta instantanément d'avoir demandé de l'attention. John se mit à signer mais Vishous l'interrompit en parlant à sa place:

- Bon alors, ça y est ? T'as compris ta monumentale erreur ?

- Vis …

- Ah non, tu recommences pas. Putain, gamin, ce soir, ton corps a parlé pour toi.

- Ecoute, je n'avais plus mangé depuis des jours et j'étais stressé … Ca ne veut pas dire que …

- Te fous pas de moi okay ? T'as basculé quand tu l'as vu s'effondrer.

Inutile de lui demander de qui il parlait puisque le spectre de Blay était sans cesse avec lui. Il soupira un bon coup, revoyant sans cesse les larmes coulant à terre, avant de répondre:

- Où est-il ?

- Je crois pas que la réponse va te plaire …

Soudain, le mâle dédié en lui prit le dessus et il se releva, faisant face au fils de la Vierge Scribe sans la moindre peur.

- OU EST-IL ?

- Il a quitté le manoir il y a 10 minutes.

- Pour aller où ?

- J'ai l'air d'un panneau indicateur ?

- OU ?

- Dieu seul le sait. Il n'a rien dit à personne.

Okay, il fallait tenter de rester réfléchi, posé … Ouais, c'est ça. Comme si c'était vraiment possible. Blay était dehors, Dieu seul savait où et avec qui. Et il devait rester calme ? Impossible. Mais il sut qui pourrait lui dire où se trouvait le roux. Aussi, il se hâta de changer son fataka de cérémonie pour un jean et un t-shirt, enfila ses New Rocks puis attrapa sa veste. Alors qu'il se dirigeait vers la porte avec rapidité, Vishous grogna:

- Hey ! On fait quoi pour ta foutue union ?

- On l'annule, évidemment! cracha-t-il sans même se retourner.

Alors qu'il tournait dans le couloir, il entendit les autres le féliciter et applaudir. Visiblement, il avait contenté le Triangle de la Bonne Parole. Youpie. Super. Vraiment dément.

XoXoX

Blay était assis à la table, devant une tasse de thé, le coeur au bord des lèvres. Il n'arrivait pas à croire, qu'après toutes ces années, après être devenu un vrai mâle suite à la transition, il revenait encore ici pour trouver du réconfort. Et pourtant, quand sa mahmen déposa une portion de tarte à la citrouille devant lui, il fut rempli d'une bouffée de reconnaissance intense.

- Je sais que c'est ta préférée …

- Et tu en avais justement préparé ?

La femme la plus importante de sa vie se posa sur le banc en face de lui et lui sourit, comme seule une mère pouvait le faire, posant son menton sur sa main en le chérissant du regard.

- Appelle ça l'instinct maternel mais j'avais comme dans l'idée que tu nous rendrais une petite visite.

- Tu n'arrêteras jamais de me surprendre …

Il plongea sa cuillère dans son dessert favori et l'enfourna ensuite, ravi de sentir ce goût sur sa langue qui était pour lui synonyme de "foyer". Sa mère se contenta de le regarder manger sans rien dire. Alors qu'il arrivait au dernier morceau, elle souffla:

- Alors, dis-moi ce qui ne va pas …

Il releva les yeux vers elle et vit cette petite ride de concentration entre ses deux sourcils qui signifiait qu'elle se faisait du souci pour lui. Décidément, cet instinct maternel …

- Rien, mahmen. Tout va bien, je t'assure.

- Tu sais que tu ne peux rien me cacher, mon grand ? Y a-t-il un souci au sein de la Confrérie ?

- Non, non. Tout va bien, je t'assure.

- Comment vont John et Qhuinn ? Il ne leur est rien arrivé j'espère ?

Foutre Dieu, elle avait un vrai radar sur lui, c'était impossible autrement.

- Non, non. Je t'assure, tout le monde va bien.

Il se faisait l'effet d'un putain de disque rayé.

- Ah. Très bien.

Si ce n'est que Qhuinn a retrouvé son foutu frère mort, qu'il était sur le point de s'unir à une Elue après avoir baisé comme un malade avec lui. Ouais, sinon, vraiment rien de bien spécial. Sauf qu'il ne pouvait pas dire ça. Parce que ses parents ignoraient tout de ce qu'il était. De celui qu'il aimait, surtout. Putain …

- Tu sais, je ne peux pas croire que tu aies fait tous ces kilomètres pour venir nous voir, loin de Caldwell, juste pour profiter de mon thé et de ma tarte à la citrouille.

- Et si vous me manquiez, tout simplement ?

- Tu sais, Blaylock, un enfant rentre toujours chez lui dans ses moments les plus sombres …

- Je vais bien, mahmen. Je vais bien …

Il posa la main sur la sienne et la serra doucement, ravi de sentir cette chaleur familière. Elle la tourna, paume vers le haut, pour lui rendre son geste et lui sourit tristement avant de souffler:

- Comme tu veux, mon grand. Mais sache que si tu as besoin de parler, de vider ton sac, d'une oreille compatissante pour tes problèmes, ta vieille maman sera toujours là pour toi. Toujours …

Toujours ? Vraiment ? Même quand il lui avouerait ce qu'il était ? Rien n'était moins sûr. Et ces moments étaient bien trop précieux pour être mis en péril sur une révélation qui n'aiderait personne. Même pas lui.

XoXoX

Qhuinn pénétra dans l'immense maison sans y avoir été invité, contre toutes les règles de bienséance que sa foutue famille vénérait. Il s'avança dans le hall, au comble de l'énervement puis s'arrêta. Putain, en fait, il ne pouvait pas aller plus loin. Parce que là, il était chez Saxton et que si son très cher cousin était en train de prendre Blay dans sa chambre, il pourrait le tuer sur place. En fait, c'était une trèèèès mauvaise idée de venir jusqu'ici. Deux doggens sortirent de ce qui semblait être la cuisine et le regardèrent avec des yeux ronds, étonnés de le trouver là sans l'avoir fait entrer. Il aboya:

- Votre maître est là ?

Ils ne réagirent pas directement, ne sachant visiblement pas que faire de cette intrusion. Qhuinn commençait doucement à perdre patience, si tant est qu'il en ait jamais eu, et l'aube approchait. Il devait trouver Blay avant cela. Heureusement pour eux, le propriétaire de la maison apparut en haut des escaliers face à lui, véritable gravure de mode se rendant à la Fashion Week de Paris. Peuh.

- Qhuinn, mon très cher cousin, quel honneur de te voir ici !

- Où est-il ?

C'était plus un grognement qu'une phrase à proprement parler et il ne prit même pas la peine de dire de qui il parlait. L'autre le savait parfaitement.

- Eh bien, il n'est pas ici, si c'est ce que tu veux savoir.

- Ce que je veux savoir, c'est où il est, Saxton …

L'autre descendit les marches qui les séparaient et se posta face à lui, bras croisés, un demi-sourire sur le visage.

- C'est une question à laquelle je ne peux malheureusement pas te répondre.

- "Peux" ou "veux" ?

Ses poings se serraient le long de ses flancs et il pouvait presque sentir de la fumée s'échapper de ses oreilles. Il allait péter un plomb, c'était certain.

- "Peux". "Veux". Peu importe. C'est une réponse que tu n'obtiendras pas de ma part.

Cette fois, c'en était trop. Il était au bord de la crise de nerfs et l'autre choisissait justement ce moment-là pour l'emmerder ? Mauvais timing, couz' ! Il se rapprocha, jusqu'à ce que son torse heurte celui de l'avocat et découvrit ses canines allongées de rage.

- Où est-il ?

- La réponse ne change pas parce que tu passes en mode "grand méchant vampire".

Et soudain, Qhuinn le sentit. Sur cet enfoiré de première. Le parfum de Blay. Oh putain de bordel de merde. Ils avaient baisé ensemble et c'était il y a pas longtemps. Il allait le tuer, il allait le découper en petits morceaux, le laisser frire au … Non ! Non, non, non, non et NON. Il ne pouvait pas. Parce que Blay n'était pas à lui, il lui avait rendu sa liberté. Et visiblement, il l'occupait à bon escient. Oh bon sang, ce cauchemar s'arrêterait-il un jour ?

Et comme il ne supportait plus de sentir l'odeur de la peau de son mâle sur un autre, il recula d'un pas. Puis d'un autre. Et ainsi de suite jusqu'à arriver à la porte. Il devait foutre le camp de là et presto. Avant de s'écrouler à nouveau. Une syncope sur la nuit, c'était bien suffisant. Alors qu'il se détournait pour ouvrir l'obstacle qui le séparait de l'air frais dont il avait désespérément besoin, l'autre lâcha:

- Même si je pense que tu ne mérites pas de le savoir, tu es certainement celui qui le connaît le mieux. Et si je te dis qu'il était complètement brisé après cette cérémonie, tu sauras forcément où il se trouve …

Qhuinn tourna son regard vairon vers son cousin et l'étudia un long moment. Digne, beau, bien habillé … parfait. Le mâle parfait pour Blay. Et il venait de donner une arme à son cousin pour se battre. Incroyable. Il ne put alors que faire une chose:

- Merci, Sax … souffla-t-il de sa voix rauque avant de sortir rapidement.

Il ferma les yeux un instant et sourit. Car bien sûr, il savait parfaitement où se trouvait Blay en ce moment.

XoXoX

Blay était en train d'aider sa mère à finir la vaisselle quand on sonna à la porte. La femelle arqua un sourcil, étonnée. Visiblement, elle n'attendait personne. De plus, Rocke, son père, n'était pas encore rentré à la maison après son travail. Mais ça, c'était normal, il lui restait encore une demi-heure avant que le jour ne se lève. Elle s'essuya les mains sur le torchon qu'il tenait en mains et sourit, le rassurant:

- Ca doit être Vahdda, notre voisine. Elle a toujours besoin de sel, de sucre ou de quoi que ce soit d'autre avant l'aube … Je la soupçonne de venir juste pour entr'apercevoir ton père ! plaisanta-t-elle, lui faisant un clin d'oeil.

- Veux-tu que j'aille ouvrir ?

- Pas du tout, mon chéri. Je m'en charge.

Et sur ces mots, elle disparut. Blay dut se marteler la tête pour se rassurer: ils étaient dans leur maison sécurisée, aucun lesser ne rôdait et ils n'étaient pas en danger. Tout irait bien. Oui, tout … Enfin, il en fut tout de suite moins convaincu quand il vit qui était le visiteur qui arrivait dans la cuisine, suivant sa mère. Putain de putain de PUTAIN de merde. Qhuinn, dans toute sa splendeur, se trouvait devant lui. Jeans serrant ses cuisses puissantes, t-shirt Metallica ajusté et New Rocks. Magnifique, comme toujours. Et sa mère piaillait de bonheur:

- Regarde qui vient nous rendre visite ! Tu le savais, n'est-ce pas ? Tu voulais me faire la surprise ?

S'il voulait lui faire la surprise ? C'était lui qui avait une putain de surprise. Bordel de merde, Qhuinn était là, devant lui, les yeux rivés dans les siens. Et ces fabuleuses prunelles vaironnes semblaient vouloir lui dire un tas de choses … Sauf qu'il n'était pas préparé à le voir. Pas maintenant. Pas après que l'autre ait accepté d'aller au bout de cette union, répétant chaque fois le nom de Layla, pas après que ce connard l'ait regardé avant de le faire, pas alors qu'il avait couché avec elle, … Non. Il ne le pouvait pas. Encore moins quand l'autre, de sa voix rauque qui pouvait le rendre dingue, lâcha un minuscule:

- Hey …

Punaise, ça n'avait été qu'un souffle et l'estomac de Blay en était déjà tout retourné. Mais que faisait-il là, bon sang ? Il ne put toutefois pas lui demander car sa mère pris les commandes, faisant asseoir Qhuinn avec ses petites mains sur ses larges épaules, lui demandant s'il voulait boire quelque chose. Le roux étudiait la scène avec attention, incapable de bouger ni d'exprimer le moindre mot. La femelle posa une tasse de thé brûlant devant son meilleur ami et lui demanda si elle pouvait le débarrasser de sa veste. Juste au moment où il allait réagir et lui dire que Qhuinn ne pouvait pas rester, ce fut au tour de son père de faire son apparition.

- Oh Foutre Dieu, les garçons, quel bonheur de vous voir !

Il laissa tomber sa veste sur un tabouret de la cuisine, posa son attaché-case puis vint serrer Blay dans ses bras. Quand ce fut fait, il se dirigea vers Qhuinn pour lui faire une poignée de mains bien masculine avant de se laisser tomber à la place en face de lui. Aussi vite, une tasse de thé fut posée devant lui et il soupira:

- Rentrer à la maison après une dure nuit de travail et trouver sa femme et ses deux garçons, c'est presque le paradis, je vous le dis !

Sa femme approuva d'un signe de tête et Blay vit les yeux de son pyrocant se brouiller sous l'émotion. Il avait toujours été accueilli au sein du foyer de Rocke qui se fichait bien de la couleur de ses yeux. Et le roux savait parfaitement que ses parents aimaient Qhuinn comme leur fils. Mais visiblement, au vu du regard brillant du brun, de ses mains tremblantes et de sa respiration courte, c'était une véritable surprise de l'entendre. Et voir ses parents si ouverts, si aimants, si compréhensifs envers une personne qui n'était même pas leur fils fit ouvrir les yeux de Blay. S'il leur disait qu'il aimait les garçons (et encore, pas tous les garçons, seulement un seul, celui qui se trouvait attablé devant eux), ils accepteraient. Parce qu'ils l'aimaient pour ce qu'il était. Peu importe ce que c'était.

- Alors, que racontez-vous de beau ? Comment ça se passe à la Confrérie ?

Ils échangèrent un bref regard qui laissa le roux pantelant. Pourquoi le regardait-il donc avec autant d'intensité ? Et comme ils ne répondaient rien, aucun des deux, Rocke insista:

- Eh bien quoi ? Pas de détail croustillant ? Pas de nouvelle importante ?

Et là, contre toute attente, la langue de Blay se délia toute seule et il lâcha, cynique:

- Qhuinn devrait vous annoncer qu'il s'est uni à une Elue.

L'autre lui lança un regard surpris puis soupira quand le roux croisa les bras, le mettant au défi de le détromper. Les yeux de ses deux parents étaient ronds comme des soucoupes et ils balbutiaient tous les deux:

- Ah bon … ?

- Que … Quand ?

Le regard vairon passait de lui à ses parents puis il finit par répondre, ses yeux magnifiques rivés dans les siens:

- Je me suis pas uni à elle.

- Oh, allons, ce n'est qu'une question d'heures, pas vrai?

Il ne savait même pas pourquoi il se faisait du mal en lui demandant de confirmer ses craintes. La cérémonie, comme il l'avait pensé, n'avait pas été conclue. Parce qu'il était tombé dans les pommes avant que la saumure scelle les lettres dans sa peau. Mais il savait aussi que ce n'était que partie remise. Putain, comme si ça n'avait pas été suffisant de le voir s'unir à elle une fois, il allait maintenant le revivre une deuxième fois. Il trembla pourtant quand la voix assurée de Qhuinn résonna, sans qu'il l'ait lâché des yeux un seul moment:

- Ce n'est pas à l'ordre du jour, non.

Il aurait voulu ne rien ressentir. Il aurait voulu se dire que ça ne lui faisait rien. Mais entendre cela fit bondir son coeur et il aurait pu pleurer de soulagement. Quelle lavette il faisait !

Son père toussota, puis eut un petit rire nerveux, et enfin, se leva avant d'annoncer:

- Eh bien, que de nouvelles ! Je serais ravi d'en entendre plus mais je suis éreinté. Je suppose que vous restez pour la journée !

Il fit un geste vers les volets qui se baissaient pour la journée et Blay eut la gorge prise dans un étau. Putain, ils étaient coincés là jusqu'à la tombée de la nuit. Et vu comment les choses allaient entre eux, ça allait faire un petit paquet d'heures à se haïr du regard. Merde … Il pourrait toujours se réfugier dans sa chambre et laisser ce crétin là, après tout. Enfin, c'est ce qu'il espérait jusqu'à ce que sa mère dise, toute heureuse:

- Très bonne idée ! Nous nous verrons au Premier Repas. En attendant, les garçons, vous partagerez la chambre de Blaylock, comme avant. Ca vous fera un rappel de bons souvenirs, n'est-ce pas ?

Elle se leva à son tour pour déposer deux baisers sur les joues de chacun. Quand elle arriva à la porte de la cuisine, elle leur fit signe à tous deux de la suivre, ce qu'ils firent la tête basse et l'air affreusement gêné. Et ça ne s'arrangea pas quand elle les conduisit à la chambre, les regarda entrer et leur fit un petit signe de main avant de reclaper la porte et de s'en aller. Putainnnn … la journée allait être longue …

XoXoX

Quand il se retrouva enfermé dans la petite pièce avec le mâle qu'il aimait comme un fou, Qhuinn se demanda si finalement, son plan de venir le chercher jusque là était une bonne idée. Surtout au vu de l'accueil que l'autre lui réservait. Il semblait … fulminer de rage en le voyant. Alors bien sûr, il avait toutes les raisons de le détester. Bordel de merde, il était encore étonné qu'il ne l'ait pas frappé. Mais ça, ce n'était pas Blay. Blay était noble, bien élevé, calme. Il n'allait pas faire une chose pareille. Même si, parfois, Qhuinn se disait qu'il l'aurait franchement bien mérité. Un bon coup de poing dans la gueule pour se remettre les idées en place et libérer l'autre de toute la fureur qu'il ressentait pour lui. Ouaip. Traiter le mal par le mal. Peut-être qu'il devrait lui proposer …

- Je … commença-t-il, bien incapable de savoir ce qu'il allait dire en fait.

- Que fais-tu là ? le coupa l'autre, les bras croisés et l'air revêche.

Grand Dieu ce qu'il était sexy avec cette mâchoire carrée d'énervement, ses bras musclés bandés de tension et cette posture agressive. Définitivement, Blay en bad-boy, c'était bandant.

- Que fais-tu là, Qhuinn ? répéta-t-il encore plus agressif tandis que le brun ne répondait pas.

- Je … je pense que je suis venu m'excuser.

Soudain, le regard azur s'adoucit et la rage laissa la place à l'incompréhension:

- Te … tu … t'excuser?

- Oui, bien sûr.

- Mais t'excuser de quoi ?

- Bah … (il réfléchit un moment puis dit:) ... de tout. Je voudrais m'excuser de tout.

- Je … je ne comprends pas là.

- Si je devais te faire la liste de toutes mes erreurs, je pense qu'il me faudrait bien plus que la journée mais je crois qu'il faut d'abord que je m'excuse pour ce qui s'est passé cette nuit. Cette union …

Contre toute attente, l'autre se laissa tomber assis sur le lit alors qu'il parlait et se passa une main sur le visage avant de souffler, l'interrompant:

- Je suis tellement fatigué …

- Blay … fit-il avant de s'agenouiller devant lui, n'osant pas le toucher.

- Non, Qhuinn. Je ne peux plus. Je ne veux plus t'entendre. Tu es là, tu t'en vas … tu reviens et tu repars … tu joues avec moi constamment. Et je ne peux juste plus. Je … je suis si fatigué.

- Ecoute …

- Non, toi, écoute … Notre dernière conversation était très claire. Et j'ai eu ma réponse. Je ne veux pas que tu reviennes là-dessus. Ce jour-là, tu m'as parlé avec ton coeur et je t'ai entendu, tu sais. J'ai tout entendu.

- Mais …

- Non, Qhuinn. S'il te plaît. Je ne veux ni de tes explications, ni de tes excuses. Et d'ailleurs, tu ne me dois rien. Tu voulais t'unir à Layla, tu en avais parfaitement le droit. Tu avais mis les choses au clair avant.

- Blay, ce n'est pas …

- Arrête. Je suis fatigué, je te l'ai dit. Je ne veux plus parler de cela.

- Mais tu ne sais rien …

- Bien sûr que non. Je ne sais rien. Je sais ce que tu me donnes. Et c'est pas grand chose. Mais je sais ce qui est nécessaire. Une union, avec une femelle, c'est ce dont tu as toujours rêvé.

Il se releva, les mains tremblantes, incapable de supporter ce discours désabusé. Blay ne croyait plus en lui. Plus en eux. Il ne croyait plus en leur histoire. Et n'était-ce pas exactement ce qu'il avait cherché, pour le protéger ? Sauf que désormais, il crevait de mal. Et il ne pouvait rien faire pour l'en empêcher. S'asseyant d'une fesse sur le bureau du roux, il baissa la tête et avoua, dans un souffle:

- Je ne l'aime pas.

- Quoi ?

Il releva ses yeux dépareillés dans ceux azurs de Blay et répéta, plus fort:

- Layla. Je ne l'aime pas.

- Foutre Dieu ! jura le roux avant de secouer la tête et de se passer les deux mains sur le visage, cette fois.

- Ecoute, Blay, je sais parfaitement que c'est beaucoup de conneries à encaisser mais tu dois savoir … tu dois comprendre ! Je ne l'aime pas. Je n'aime pas Layla. Parce que je …

- MAIS TU AS COUCHE AVEC ELLE !

Qhuinn releva la tête d'un coup quand son pyrocant avait élevé la voix. Il vit qu'il s'était relevé, les mains sur les hanches, les yeux plein de rage. Mais comment savait-il ? Comment pouvait-il savoir ce qui s'était passé dans sa chambre ? Et comment lui dire, surtout, que tout cela n'était qu'une monumentale connerie ?

- Blay …

- Tu as couché avec elle, Qhuinn. Vrai ou pas ?

Mentir n'était même pas une option. Non. Pas avec Blay. Il méritait mieux. Mais que pouvait-il dire pour sa défense ? "Je l'ai fait parce que je pensais que c'était toi?" Dans le genre pathétique, il n'y avait décidément pas mieux. Et Blay n'y croirait pas une seconde. Putain, il était dans un vrai merdier.

- Vrai ou pas ? répéta le roux, la mâchoire serrée de rage.

Il baissa les yeux tout en reconnaissant, d'une voix blanche:

- Vrai.

- Alors je sais tout ce que j'ai à savoir.

Et mettant ainsi un terme à la conversation, son pyrocant sortit de la chambre, les épaules basses, avec un soupir. Qhuinn le regarda quitter la pièce sans essayer de le retenir. Les choses étaient désormais définitivement finies pour eux. Et ça lui brisait le coeur.

XoXoX

Blay était en train de fumer sa deuxième clope quand il entendit la porte de la cuisine s'ouvrir doucement. Okay, c'était donc parti pour le deuxième round. Qhuinn apparut, la tête basse, et vint se poser sur le banc en face de lui.

- Tu n'abandonnes pas facilement, pas vrai ?

- Non. Pas quand il s'agit de toi.

- Foutaises … grogna-t-il, tirant une nouvelle bouffée sur sa cigarette.

- Tu n'écouteras rien de ce que je te dirais et de toute façon, ça n'aura peut-être aucun sens pour toi mais … je ne voulais pas te blesser, Blay. C'était la dernière chose que je voulais faire.

Il plongea longuement dans le regard vairon et y vit cette lueur de vérité qui y trônait toujours. Qhuinn ne mentait pas. Ce qui était impensable. Comment pouvait-il croire ce qu'il disait et faire ce qu'il faisait ? C'était diamétralement opposable. Putain …

- Tu t'es gourré sur toute la ligne alors.

- Comme toujours.

- Oui, on peut dire que tu es une vraie plaie quand tu t'y mets.

- Mais je ne voulais pas te blesser …

- Le fait que tes intentions aient été honorables doit effacer tout le mal que cela m'a fait ?

- Non, bien sûr que non. Mais … tu es mon plus vieil ami. Tu es … bordel, Blay, tu me connais comme personne.

- C'est ce que je pensais oui.

- Non, c'est la vérité. Tu me connais mieux que quiconque. Et pourtant, quand il s'agit de toi, on dirait que tu as comme des oeillères sur mes intentions …

Blay tira un dernier coup sur sa clope puis l'écrasa dans le cendrier avant de croiser ses mains sur la table et de river ses yeux dans le regard hypnotique qui ne le lâchait pas.

- Il faut dire que tu mets un point d'honneur à brouiller les pistes.

- Et pourtant, tu devrais savoir. Tu devrais me connaître mieux que ça.

- Eh bien il semblerait que ce n'est pas le cas.

Qhuinn s'adossa au banc, le regard désormais bien plus dur. La conversation n'allait pas dans le sens qu'il le voulait et il commençait à se vexer. Il avait totalement raison quand il disait que Blay le connaissait par coeur. Et ici, le roux savait qu'il perdait patience. D'ailleurs, ça ne tarda pas à se confirmer quand l'autre lâcha, d'une voix rauque mais toutefois posée, au contraire du combat intérieur qui faisait rage en lui:

- Eh bien, il semblerait en effet que non. On est même dans une putain d'impasse. Et je ne sais pas quoi faire si toi, mon meilleur ami de toujours, ne peut pas voir clair dans ce que je te présente comme "jeu".

Blay ne cilla pas une seconde. Aussi, après quelques secondes à s'affronter du regard, le grand brun se leva en soupirant et se dirigea vers la porte de la cuisine, prêt à disparaître déjà. Le roux ne put s'empêcher de porter son dernier coup et souffler:

- Bien sûr, c'est ça, va-t'en. Fais ce que tu fais de mieux: fuir.

Qhuinn s'arrêta, la main appuyée à la porte ouverte et tourna son regard dépareillé vers lui. Triste. Abattu. Vaincu, même. Et pourtant, il murmura:

- Je ne fuis pas, Blay. Justement. Là, je te laisse l'espace que tu m'as demandé. Mais je serai là chaque jour. A tenter de te faire comprendre les choses. Parce que toi et moi (il fit un signe de la main qui ne tenait pas la porte, entre eux pour les désigner tous les deux) … ça compte plus que tout.

Et sur ces mots, il se détourna et sortit de la cuisine, laissant Blay avec un millier de questions en suspens.

XoXoX

Le soir, alors que les volets se levaient pour la nuit, Blay sortit de sa chambre où il n'avait pas trouvé le sommeil. Ni Qhuinn d'ailleurs. Le brun semblait s'être évaporé, ce qui était tout bonnement impossible. Il ne put donc que constater qu'il lui laissait effectivement l'espace qu'il avait demandé. Quand il arriva à la cuisine, il trouva ses parents attablés, en train de prendre le Premier Repas, papotant gaiement. Mais toujours aucune trace de son pyrocant. Où pouvait-il bien être? Son père et sa mère l'accueillirent avec un sourire et celle-ci se leva pour lui servir son petit-déjeuner. Il s'assit à table et attendit patiemment, son regard scannant la pièce sans cesse. Ce que remarqua son père car il lâcha:

- Qhuinn est parti dès la tombée de la nuit. Il semblait plutôt pressé.

- Euhh … d'accord.

- Il a dit que tu devrais prendre quelques jours de congé, rester auprès de nous. Il a parlé au Roi de la Race qui a marqué son accord.

Qhuinn avait parlé à Wrath pour lui accorder quelques jours de congé ici ? Alors qu'ils étaient en pleine guerre avec les Bâtards, les lessers, qu'ils devaient gérer l'histoire Janhym, Sehrena et Ziha? Bon sang, le mec était définitivement dans les petits papiers du souverain alors. Ceci dit, c'était vraiment très attentionné de sa part de faire ça pour lui. C'était ainsi que le Qhuinn qu'il connaissait depuis toujours se serait comporté. Ainsi qu'il aurait agi. Pour son ami. Blay eut le coeur qui se réchauffa à cette pensée et accepta de bonne grâce ce temps qui lui était désormais alloué pour remettre de l'ordre dans ses idées.

Deux jours plus tard, il se présentait au début de la nuit aux portes du manoir. Ce temps à lui, avec sa famille, lui avait fait le plus grand bien. Il n'avait pas encore pu leur avouer ses inclinaisons sexuelles. Mais leur relation n'en était que plus grande encore et il sentait que le moment arriverait bientôt où tous les secrets seraient enfin dévoilés. Dès que la porte s'ouvrit, il entra, un grand sourire sur le visage, qui se fâna rapidement quand il tomba en pleine effervescence. Qu'est-ce qui se passait ici ? Il croisa Rhage qui se dirigeait vers l'entrée en checkant ses armes et l'arrêta en l'attrapant par le poignet:

- Que se passe-t-il?

- Oh putain, gamin, tu rentres seulement ? Va t'armer, il faut qu'on décampe.

- Quoi? Pourquoi ?

- Wrath était à une réunion du Conseil des Princeps et il a été attaqué.

- Quoi ? Il va bien ?

- Il est blessé et il faut qu'on l'évacue. Butch et John viennent de partir en bagnole pour le transporter.

Blay ne prit pas la peine de remonter jusqu'à sa chambre et attrapa les premières armes que Fritz venait de sortir d'un coffre de secours que V planquait un peu partout dans la maison. Il en prit un maximum et rejoignit Rhage sur le perron, suivi de près par Tohr.

- Okay, pas de temps à perdre les gars. On se dématérialise directement là-bas.

Il lui indiqua l'adresse et disparut rapidement. Blay tenta de se calmer et réapparut juste à côté des deux Frères. Alors qu'ils avançaient vers l'immense manoir où avait lieu la réunion, il demanda:

- Comment se fait-il que la Confrérie au grand complet ne l'escortait pas ?

- Il ne voulait pas paraître faible ou sur des chardons ardents.

- Bonne stratégie.

- Sauf qu'ils ont été attaqués. Et maintenant, faut qu'on le tire de ce foutu mauvais pas.

- Okay, c'est quoi la tactique ?

Tohr s'arrêta et lui fit faire de même d'une main sur son poignet. Quand il tourna le regard vers lui, il vit qu'il était mortellement sérieux, le visage grave. Quelque chose n'allait pas. Pas du tout.

- Quoi ?

- Faut que tu saches quelque chose, gamin.

- Quoi ? répéta-t-il, vraiment anxieux maintenant.

- La garde de Wrath pour cette réunion, c'était Vishous, Zadiste et … Qhuinn. Il s'est mis sur le chemin de la balle.

- Que … ?

- Le Roi Aveugle lui doit la vie mais Qhuinn … Il est salement amoché.

- Il … il est …

Il n'arrivait pas à le dire. Son corps tout entier était parcouru de tremblements et ses jambes semblaient être coupées. D'un instant à l'autre, il allait s'effondrer. Et il comprit que les deux autres ne l'avaient pas mis au courant avant de quitter le manoir, sinon il n'aurait pas été capable de les accompagner. Putain, non. Qhuinn ne pouvait pas être … mort. Non, pas lui. Pourtant, en voyant le regard fuyant des deux Frères devant lui, il comprit que la situation était grave. Très grave. Et que son mâle, s'il était encore de ce monde, n'en sortirait pas cette fois.