Chapitre 3 - Une Vie

Partie 2 - Demande


Arrivée devant Odin, je le saluais, la tête baissée en signe de respect et le poing sur l'épaule, selon la coutume.

- Bonjour, père.

- Ma fille, me répondit-il la mine enjouée, que me vaut ta visite ?

- Père, je venais vous demander l'autorisation de partir du palais pour une durée indéterminée.

- Pourquoi donc voudrais-tu partir ?

- J'aimerais savoir d'où je viens, et qui sont mes parents biologiques.

- Je refuse.

Je sentais la moutarde me monter au nez, mais j'essayais de garder mon calme.

- Père, ma vie depuis l'enfance n'est qu'un immense mensonge, mêlé à quelques vérités pour le rendre plausible. J'aimerais savoir d'où je viens, pour pouvoir aller de l'avant sans regarder derrière moi. Si la raison de votre refus viens d'une quelconque inquiétude que je vous oublie, n'ayez crainte : vous êtes les personnes qui m'ont élevées, Mère et vous je vous aime comme si vous étiez mes vrais parents, mais j'ai dix-neuf ans, et je veux connaître ce passé qui est le mien. Je vous en prie, ne me le refusez pas.

Il ne me répondit pas. Je lui demandais :

- Qui est Simen d'Asgard ?

A ces mots, une vive lueur de colère jaillit de l'œil unique du Père de Toutes Choses.

- IL EN EST HORS DE QUESTION ! cria-t-il

Bien qu'impressionnée, je ne comptais pas me laisser faire. Je fixais son unique œil du mien.

- Bien que vous le refusiez, il est mon père biologique. Très peu de livres le mentionne. J'aimerais que ce soit clair : je ne vous laisserais pas en paix tant que je n'aurais pas DE REPONSE !

Ma respiration s'accéléra : je craignais une punition. Je vis Père se lever de son trône, et marcher lentement vers la fenêtre. Il me tournait le dos. J'allais lui reposer ma question mais il prit la parole :

- Simen était mon frère ainé. C'est lui qui aurait dû hériter du trône. Il était un érudit, un puit de sciences sans fin il avait appris une dizaine de langues, dont certaines de Midgard. Simen était fasciné par toutes les formes de créatures, mais sa plus grande admiration était les Géants des Glaces. Il s'émerveillait de leur résistance au froid, leur robustesse, leur immense magie. Mais durant notre campagne de conquête à Jotunheim, il s'est épris d'une jotun, Lorelei. Elle était servante au palais de Laufey, et ton grand-père, le Roi Bor refusa leur union. Mais il était trop tard, car ta mère biologique était tombée enceinte de toi. Ils décidèrent de fuir tous les deux. Je les ai aidés dans leur fuite. Mais c'était sans compter sur Henrolf, le gardien du Bifröst de cette période-là. Il n'avait pas d'autre solution que d'obéir à son Roi. Bor envoya l'armée tuer son propre fils. D'après le bilan de l'armée, mon frère, qui s'était réfugié à Niflheim, a eu le temps de fuir jusqu'à Jotunheim avant qu'ils aient pu le rattraper. Il est mort en tombant d'une falaise, tout comme sa femme et son enfant.

- C'est horrible …

- Mais tu n'es pas morte. Personne ne pouvait se douter de ton existence, et tu as pu survivre.

Il se tourna vers moi.

- Tu sais tout. Je ne veux plus jamais avoir à nouveau cette discussion, est-ce bien clair ?

- Oui, Père.

- J'aimerais juste en savoir plus. Vous ne m'autorisez toujours pas à partir ?

- Non.

- Bien, Père.

Je le saluais, et me retirais. J'en savais déjà un peu plus sur moi.

Cela faisait une bonne heure et demie que nous nous entrainions tous les trois sur le parvis, lorsqu'un messager vint trouver mes deux frères. Il leur demanda de le suivre, car Père souhaitait les voir. Ils m'abandonnèrent donc. Je passais mon après-midi à m'entraîner, puis je finissais par lire à la bibliothèque avec une tasse de lait chaud (on fait les choses bien ou on ne les fait pas). Le soir, au moment du repas, je rejoignais la table familiale. Mais l'un de mes frères manquait à l'appel. Je fixais la chaise vide, quand je croisais le regard de Thor. Il me fit discrètement signe de le rejoindre sur son balcon après le couvre feu, ce qui n'allait pas être chose simple.

Après que les portes du palais eurent fermées, je sortais par la fenêtre, m'accrochais à une aspérité du toit, et à la force de mes bras, me déplaçais le long de la gouttière pour rejoindre la chambre de mon frère. J'atterrissais sur le balcon, avec un mal de chien dans les bras. Il était accoudé sur la margelle.

- J'ai failli mourir, donc j'espère que tu as une bonne raison de m'avoir fait faire ça, sinon je t'explose.

Il me regarda l'air goguenard avec un sourire insupportable :

- Bien entendu que j't'ai demandé ça comme ça …

La menace de mon poing le calma direct.

- Non, je blague. Je sais où est Loki.

- Où est-il ?

- Tu te souviens, quand le messager est venu nous chercher, Loki et moi ?

- Oui …

- Père nous a reparlé de notre mariage. Notre frère a refusé. Père l'a enfermé.

- Quoi ! Thor ! Il faut l'aider !

- Je suis d'accord, mais comment ?

Je prenais dix secondes pour réfléchir. Il devait forcément y avoir un moyen. Une idée totalement folle germa dans ma tête. Je ne voulais pas épouser Thor je voulais revoir Loki Père ne me laisserais jamais faire les deux choses précédentes. Les prisons allaient sûrement m'être interdites d'accès, pour que je ne revoie pas mon frère. Thor et moi étions connus aux palais : si nous étions pris en flagrant délit, nous étions fichus.

Avant d'exposer mon idée à Thor, il fallait que je vérifie quelques petites choses. Je le lui dis, et nous décidions de nous retrouver ici le lendemain.

Je passais ma journée dans la bibliothèque, et je cherchais le moyen de brouiller l'esprit des gardes à distance. J'étais tellement concentrée que je ne remarquais pas que l'heure du repas arrivais et passais. Au bout de longues heures de recherches, je trouvais enfin la formule que je souhaitais. J'attrapais une plume et un parchemin, avant de me raviser : ç'aurait été une preuve de plus si on trouvait ce document. Je me résolus donc à apprendre par cœur la formule d'une page et demi. Il était seize heures lorsque je quittais la bibliothèque. Je descendis aux cuisines récupérer de quoi manger, puis je remontais dans ma chambre. Assise sur le lit, je décidais de m'entraîner un peu, pour être sûre d'arriver à effectuer mon sort. A l'aide d'une plume, je traçais un pentacle sur ma main, et récitais la formule.

Je sentis mon esprit aspiré hors de mon corps. Lorsque j'ouvris les yeux, je me vis, assise sur mon lit. Il fallait à présent que j'arrive à prendre possession de l'esprit d'un Eineerjar car leurs casques étaient construits dans un matériau particulier. Je trouvais la cible parfaite : un garde des reliques : personne ne venait jamais dans ce coin du palais. Tout en continuant à psalmodier, je sentais que je contrôlais l'esprit de l'Eineerjar. J'avais du mal, mais au fur et à mesure, je comprenais comment fonctionnait le sort. Une fois que j'en comprenais parfaitement les mécanismes, j'abandonnais l'esprit et je regagnais mon corps.

Arrivée sur le balcon de Thor, je lui faisais part de mon plan :

- Il faut que nous ayons un alibi. J'ai réservé un terrain d'entrainement sur le parvis, il suffira juste d'y placer une illusion. Lorsque j'aurais pris contrôle de l'Eineerjar, je te ferais un signe de la main.

- Toi, ou le garde ?

- Le garde. Mais c'est moi qui le contrôlerai.

- D'accord.

- Ensuite, tu ouvres la cellule, tu fais sortir Loki, il fait apparaître une illusion de lui, vous sortez, vous me rejoigniez dans la grotte sur la plage. Pour le faire rentrer, on fera la même chose.

- Pourquoi ne pas carrément le faire évader ?

- Nous y risquerions nos vies.

- En soi, c'est assez simple. Mais à appliquer ce sera plus dur.

- En effet.