Note : Bonjour, bonsoir ! Nous revoici pour le début de l'Acte 3 ! Celui-ci sera certainement un peu plus long que les précédents, étant donné tout ce que j'ai à y raconter ! Malgré la thématique de cette partie, ce chapitre sera un peu particulier, puisqu'il fait (presque) directement suite au chapitre précédent. J'espère qu'il vous plaira :)
ACTE 3
Titre : L'Attente
Genres : Action, fantastique, amitié/amour
Personnages : Shinrui Kaneko/Amaterasu, Shinyama Kaoru, Shinanji Katsuya, Maosuke, Kûsae, Matsuoka Shinryû, Risa, divers autres personnages
Synopsis : La bataille de la Forge est terminée. Arrivée avec ces troupes dans le Hueco Mundo, Amaterasu se laisse submerger par ses souvenirs. Se rappelle-t-elle ce qui l'a poussée à agir ainsi ? Pourquoi avoir choisi la voie du sang et des armes ? Pourquoi se dresser contre les Shinigamis ?
Chapitre 14 : Un peu de répit
A peine plus d'un mois s'était écoulé après la sanglante bataille de la Forge. Le Seireitei, bien que toujours aux aguets, tombait peu à peu dans une veille léthargique. Soigner les blessés, récolter des ressources, reconstruire. Le Gotei était silencieux, les survivants pensaient à leurs camarades sacrifiés, à leur funeste futur qui se dessinait devant eux. Qu'allaient-ils devenir ? Allait-on les laisser vivre tel qu'ils l'avaient toujours fait, ou n'était-ce que le désespoir et la désolation qui les attendaient ? Les réunions des hauts-gradés, hebdomadaires, devenaient mornes. Car malgré toutes les recherches, toutes les investigations, ni la Douzième Division, ni la cellule d'enquête, ne parvenaient à pister les énergies spirituelles du Sankashin dans le Hueco Mundo. Ce monde, froid, obscur, vide, leur était encore inconnu, et les portes de la connaissance restaient hermétiquement fermées. Sans Hollow sous la main prêt –de gré ou de force- à leur ouvrir un Garganta, il leur était impossible de se rendre dans l'autre monde. Et le Senkaimon ne pouvait être reprogrammé.
Ce fut finalement après de longues semaines de tergiversations que l'un des Capitaines osa prononcer le nom que tous redoutaient. Ukitake s'était avancé, plus en forme que jamais –fait étrange, car à l'inverse, le Seireitei paraissait presque à l'agonie- et avait élevé la voix.
- Urahara Kisuke, prononça-t-il.
Autour de lui, quelques gradés eurent des sursauts, des hoquets de stupeur, de contrariété, de dégoût. Peu appréciaient l'exilé, suite à ses abominables expériences sur la Hollowfication, et si la simple mention du nom pouvait figer d'effroi les plus calmes, les autres tremblaient d'une colère sourde. Seulement, en cet instant, l'homme était le seul capable de les aider.
- Qu'as-tu dit ? gronda le Commandant Yamamoto en plissant les yeux.
- Urahara Kisuke, répéta le Capitaine de sa voix douce. Je sais que vous ne le portez pas dans votre cœur, mais il me semble qu'il est capable d'ouvrir un Garganta.
- Ce ne sera pas gratuit, soupira Kyôraku. Le bougre ne fait rien sans compensation.
- Vous n'allez quand même pas demander son aide ? s'indigna Soi Fon. Après ce qu'il a fait !
- C'est peut-être notre seule chance d'arrêter le Sankashin, lui répondit Jûshiro en se tournant vers elle.
La jeune femme allait répliquer sur un ton plus acide encore, mais elle fut coupée dans son élan par le son percutant de la canne du Commandant qui frappait le sol avec force, réclamant le silence. Tous se turent et pivotèrent vers lui.
- Nous n'irons pas dans le Hueco Mundo, dit-il de sa voix rocailleuse.
- Mais… riposta le Capitaine aux longs cheveux blancs.
- Assez ! grogna de nouveau Genryûsei en frappant le sol. Dans notre situation, ce serait une mission suicide. Nos rangs sont déjà affaiblis, se risquer à pénétrer ainsi en territoire ennemi, avec si peu d'informations concernant nos adversaires relèverait de l'inconscience. Sans évoquer l'inenvisageable : nous ne contacterons pas Urahara Kisuke. Je ne tolèrerai aucune contestation de votre part. La réunion est ajournée.
Sans un mot, satisfait ou contrariés, les Capitaines quittèrent la grande pièce et s'en allèrent vers leurs Divisions. Quelques bavardages s'élevèrent dans les coursives et les couloirs, puis les derniers sons s'évanouirent. Les bois, les terrains, les étendues vallonnées, les prés, tout n'était que froid et silence, comme si le Hueco Mundo avait atteint le cœur de la Soul Society et l'avait gelé. Parfois, on percevait dans le lointain la clameur hésitante d'un entraînement, parfois, c'était les pas, las, des patrouilles. Le Seireitei avait perdu la vie et l'animation surchauffée qui le caractérisait. Blessé, agonisant, il tombait en lambeaux, n'attendant plus que sa dernière heure.
Dans les locaux de la Sixième Division, plus précisément dans ceux de la cellule d'enquête, l'équipe Une, affectée ce jour à la surveillance, s'octroyait une pause silencieuse. Tous assis autour de la table basse de l'un des salons, une tasse fumante devant eux, ils restaient pensifs, les regards bas, inexpressifs. Renji était absent, car occupé par ses fonctions de Vice-Capitaine, et même la bonne humeur habituelle de Motoya Masakazu ne suffisait pas à égayer l'atmosphère. Pourtant, ils n'avaient pas subis, en proportion, autant de pertes que les escouades envoyées à la Forge. Seuls deux d'entre eux avaient été gravement blessés, et un seul était mort. Malgré cela, ils ne parvenaient pas à s'abriter de l'humeur maussade qui avait pris le Gotei. Les visages étaient sombres, les rares éclats de rire leur paraissaient déplacés, et les sourires n'étaient que des rictus forcés pour maquiller la douleur et le désespoir.
Mais, dans le petit groupe, il y en avait un qui restait encore fier face au poison qui se répandait dans leurs cœurs. Redressant la tête, il passa une main dans les mèches noires qui encadraient son visage, soupira, puis frappa la table basse de la paume, les faisant à peine sursauter tant leur lassitude était grande.
- Bon, ça suffit ! rugit Toya. Regardez-vous ! De vrais légumes ! Vous devriez avoir honte de vous laisser abattre comme ça !
- Toya… souffla Masakazu pour lui intimer de garder le silence.
Dans leur torpeur, un assaut vengeur et buté lui paraissait encore plus douloureux que d'affronter la mort en face. Son cœur était vide, son esprit était embrumé, et cela faisait presque un mois qu'il n'avait plus communiqué avec Tenôgama.
- Chef, secouez-vous, bon sang ! Vous êtes celui sur qui tout le monde compte. Si vous tombez, on sombre tous ! On a beau être de Divisions différentes, on est une équipe ! Et moi, je refuse de laisser ces enfoirés pourrir notre vie !
- Toya… murmura-t-il, cette fois, les mains tremblantes.
Les mots de son subordonné le transperçaient comme une lame gelée. C'était douloureux. Tenter de relever la tête faisait mal. Tenter de rouvrir les yeux était difficile. Son corps ne lui répondait pas. Il restait là, prostré, courbant l'échine sous le poids de leur avenir, funeste, et attendant la mort avec patience. Tout paraissait si terne, si dénué d'intérêt. Pourquoi se battre ? Pourquoi s'épuiser pour une cause perdue ? Pourquoi résister ?
Perdu dans ses pensées, l'officier ne vit pas le poing se refermer sur son col et le tirer vers le haut. Il suivit le mouvement sans résister, se levant docilement, posant son regard impassible sur les yeux flambants de colère de l'homme de la Onzième Division. Il fronçait les sourcils, le nez plissé, les mâchoires serrées. Que voulait-il ? Pourquoi n'acceptait-il pas de le laisser attendre la fin ? Hum ? Que disait-il ? Il l'appelait.
Soudain, sans crier gare, Toya fit volte-face, tenant toujours le col de l'uniforme de son supérieur, puis se pencha, et, en faisant balancier, projeta l'homme en avant. Quelques cris de surprise accueillirent cette manœuvre, tandis que l'officier percutait les panneaux coulissants de bois et de papier, les brisant sous le choc. Il glissa sur les lattes vernies de la coursive et s'arrêta contre la rambarde. En quelques enjambées, Toya se tenait face à lui, sérieux.
Masakazu cilla. Il leva une main et massa son crâne endolori, tandis qu'il se redressait en s'appuyant sur son genou. Son dos craqua légèrement, puis ses cervicales, et ses bras retombèrent le long de son corps. Un éclair passa dans son regard. Etrangement, il avait l'impression de se réveiller d'un long sommeil, de sortir la tête hors de l'eau. L'ombre d'un sourire amusé sur le visage, il fléchit les jambes et fit signe au jeune homme d'approcher, l'invitant à combattre. Celui-ci répondit par une expression soulagée, enthousiaste, puis il s'élança. Derrière, autour de la table, Ryuhei était également sorti de sa léthargie, occupé à essuyer le plan de bois des tasses qui s'étaient renversées, Naru épongeait les tatamis souillés. Silencieusement, ils remerciaient leur fougueux camarade. Ils s'étaient laissés abattre par leur situation, certes compliquée. Mais il y avait encore de l'espoir, car ils étaient là, et ils s'entraîneraient plus durement que tous les autres pour repousser le Sankashin quand ils reviendraient.
Impétueux, les deux adversaires se livraient à une lutte à mains nues sur le terrain herbeux entouré des bâtiments qui leur étaient affectés. Des éclats de voix, quelques rires, s'échappaient, et cela acheva d'écarter le désespoir de la petite équipe. Avec des sourires, Naru et Ryuhei les regardèrent, assis en tailleur sur le bord de la coursive, laissant les coussins et les tapis sécher.
Quand ils en eurent assez, Toya et Masakazu les rejoignirent, essoufflés, quelques ecchymoses sur le visage et les bras, les visages joyeux et épanouis. D'un bras, le supérieur encercla les épaules de l'officier de la Onzième Division, le remerciant à voix basse, le regard scintillant, puis ils accédèrent à la coursive et, d'un même mouvement, ils rentrèrent tous dans le salon. A cet instant, quelques coups résonnèrent contre la porte, et, reprenant sa place autour de la table, Motoya éleva la voix, invitant l'inconnu à entrer.
C'était Nasae. Vêtue d'un simple kimono blanc, débarrassée de tout élément rappelant son rang, sa Division, et ses missions, elle s'engagea dans la petite pièce. Un sourire triste ornait ses lèvres. Les mains tremblantes, elle s'inclina, ses longs cheveux prune se répandant autour de son visage en une pluie fine et silencieuse. Lorsqu'elle se redressa, une larme coulait sur sa joue. Elle l'essuya d'un revers de main tremblant.
- Qu'y a-t-il, Nasae ? demanda Masakazu en l'invitant à s'assoir.
La jeune femme plia les jambes et, dans des gestes raides et incertains, s'installa sur le coussin que lui tendait Ryuhei. Elle renifla un instant, balaya une nouvelle larme, puis posa ses mains sur la table. Elle garda le silence.
- Tu es sortie de l'hôpital ce matin, reprit-il, tu vas mieux ?
Elle hocha la tête, son regard plus triste que jamais, puis elle déglutit difficilement, ravalant ses larmes, oubliant sa gorge serrée, et elle redressa la tête.
- Je suis venue vous dire au revoir, dit-elle de sa voix claire, à peine chevrotante.
- Tu retournes à la Deuxième ? demanda Toya sans comprendre.
Ryuhei esquissa un geste de la main vers son camarade. Lui avait compris. Il avait tenté de la soigner, il savait quelles raisons la poussaient à partir.
- Non, reprit Nasae d'une voix tremblante, perdant peu à peu contenance. Je… Cet Arrancar… Argo Mondrake…
A l'entente du nom, Motoya et Naru se raidirent. Ils l'avaient tous deux combattus, et si le premier n'avait pas été blessé, la frustration de n'avoir pu le toucher était encore vive. Sa subordonnée, quant à elle, se rappelait encore trop bien l'apparence effroyable de sa Resurreccion et la peur indicible qu'elle avait ressentie quand il avait lancé son Cero. Un frisson se répandit le long de son échine, elle balaya ce souvenir d'un léger mouvement de tête.
- En fait, il a… il a détruit mon point d'émission d'énergie spirituelle, acheva-t-elle dans un souffle.
Le silence accueillit ses mots. Masakazu regardait la jeune femme, les yeux pleins de compassion. Il leva une main et la posa sur son épaule, avant de se redresser et de la prendre dans ses bras en une étreinte, certes virile, mais qu'il voulait réconfortante. Nasae hésita quelques instants, puis elle referma ses bras sur son dos et, nichant son visage contre son épaule, se surpris à sangloter.
Sans énergie spirituelle, elle ne pouvait plus être Shinigami. Une fois engagé, personne ne quittait le Seireitei, les déserteurs étaient exécutés –seul le Sankashin avait réussi l'exploit de passer entre les mailles du filet- et ceux qui perdaient leurs pouvoirs disparaissaient de la vue de leurs camarades, le plus souvent. Un entretien avec le Commandant Yamamoto était de mise. En fonction des états de service du Shinigami, de ses appréciations et de ses compétences, il pouvait être décidé de lui accorder un métier civil au sein du Seireitei. Dans le cas contraire, l'enfermement ou l'exécution étaient les seuls choix possibles.
- Je suis certain que le Commandant te trouvera une place, s'hasarda Ryuhei en frottant son dos d'une main apaisante.
Le silence s'installa dans la pièce, seulement brisé par les pleurs mal contenus de la jeune femme. Elle tremblait, désespérée devant les options qui s'offraient à elle. Ses camarades restaient, compatissants, l'accompagnant dans sa douleur. Malgré cette triste annonce, leur cœur résistait au désespoir. Ils se dresseraient contre vents et marées, et feraient tout pour ranimer le Gotei.
Loin, par la distance, par le temps, par l'espace, se trouvait un monde froid, sombre, creux. Le ciel était noir, dénué de la moindre étincelle étoilée, et une lune solitaire, blafarde, éclairait les paysages sans vie qui s'étendaient à perte de vue. Déserts de sable blanc, végétation desséchée et morte, cristalline, quelques falaises, quelques vallons. Il n'y avait pas de vie, et ceux qui habitaient ces lieux n'avaient pas de cœur. Il n'y avait pas de compassion, pas d'amour, uniquement l'instinct, la survie, la lutte, acharnée, constante, du plus fort contre les plus faibles.
Dans ce large paysage, morne, il y avait portant une construction. Un dôme, haut, frôlant les nuages déchirés qui se déplaçaient sur la voûte sombre du ciel, et deux portes. Pâles, battues par les vents, griffées par le sable, il fallait dix têtes pour les manier. A l'intérieur de la bâtisse, un ersatz de campagne avait été créé. Légèrement vallonnée, la plaine, verte, offrait un joli ruisseau, scintillant sous un soleil factice. Sur les rives, grimpant vers les hauteurs du relief, se tenait un village, fait de cabanons, de maisonnées, de gargotes, il était dominé par une imposante bâtisse au toit de chaume, doré, rutilant. Sur la terrasse, qui offrait une vue imprenable sur le hameau, se tenait Shinrui Kaneko, aussi nommée Amaterasu, en grande conversation avec ses deux adjoints, Shinyama Kaoru et Shinanji Katsuya. Elle arborait une expression contrariée, mécontente, les sourcils froncés sur ses longs yeux en amande.
- Tu as dit combien de temps, Kaoru ?
- Dix ans, minimum.
- Dix ans ! répéta-t-elle, estomaquée. Je ne veux pas attendre dix années ! Deux ont suffi à la Soul Society !
- Nous partions sur les données de la Douzième Division, beaucoup de nos recherches ont été raccourcies, expliqua le rouquin.
- Je ne veux pas le savoir. Débrouille-toi, acheva-t-elle en se retournant pour rejoindre ses appartements.
Le jeune homme la suivit, exaspéré, même s'il n'en fit rien.
- Kaneko, la retint-elle en saisissant son bras.
L'interpellée se dégagea de son emprise d'un mouvement sec, puis elle tourna un visage fâché vers lui.
- C'est « Amaterasu-sama » autant pour toi que pour les autres, Kaoru.
- Je vous demande pardon, Votre Grâce, concéda-t-il de bonne foi en inclinant la tête. Mais je souhaite que vous compreniez bien que nous ne connaissons encore que très peu de choses du Hueco Mundo. Malgré tous nos efforts, il nous serait impossible de remplir notre mission dans un délai aussi court. Nous ne pouvons faire mieux que dix années.
Kaneko soupira, les bras croisés, irritée. Elle croisa le regard sincère de son ami d'enfance, se mordit la lèvre, maquillée d'une teinte sanguine, puis leva les bras.
- Bon, tu as gagné. Je suppose de toute façon que le Seiteitei ne pourra pas se relever de la bataille de sitôt. La reconstruction de la Forge leur prendra bien un demi-siècle. Katsuya, profite de cette attente pour maîtriser ton Bankai, tu en auras besoin.
- Je peux le libérer depuis bien longtemps, déjà, répliqua-t-il. Juste que vous n'étiez pas là pour le voir.
- Bien, et la Hollowfication ?
Il secoua la tête. Surveillé par les officiers de son ancienne Division, il n'aurait jamais eu l'occasion de déclencher le processus et de le contrôler, sans aide extérieure. Il comptait bien mettre à profit sa présence au Hueco Mundo pour accéder lui aussi aux pouvoirs des Vizards.
- Tu sais quoi faire alors. Va voir nos Nécromanciens, ils t'aideront pour les barrières.
Sans un mot, Katsuya hocha la tête, puis il quitta la terrasse, prêt à commencer dans l'instant. Kaoru resta, suivant la jeune femme qui rejoignait l'intérieur de la bâtisse. Au centre de la pièce principale, contre le mur, se trouvait une petite estrade. Un amoncellement de coussins et de tapis richement décorés, des fresques et peintures suspendues aux murs, et des tentures de soies, nouées et placées entre les lampions dorés tout n'était que faste, lumière et couleurs. Dorures, broderies, étoffes brillantes, le tout se mariait pourtant en un ensemble cohérent, harmonieux, à l'aune de la beauté et du maintien nobiliaire de la femme qui habitait les lieux. Amaterasu s'installa sur son trône, appuyée sur les accoudoirs de bois vernis d'un siège sans pieds, placé au milieu des édredons et des tapisseries, elle arrangea de la main les pans croisés de son uchikake, qui dévoilèrent, en bougeant, le bout d'une chaussette blanche. Kaoru pénétra dans la pièce, il passa les chaises sculptées, et se dirigea vers le bureau qu'il utilisait, vernis, aux dorures de pins et de grues en vol, sur lequel il déposa le dossier qu'il avait dans les mains. Un peu hésitant, l'air mal à l'aise, il s'appuya sur le plan de travail, tourné vers la jeune femme, qu'il observa en silence, pensivement. Celle-ci sentit son regard, et elle tourna le visage dans sa direction.
- Qu'y a-t-il ?
- Oh, rien qui puisse vous intéresser, Votre Grâce.
Elle haussa un sourcil perplexe puis s'appuya contre son dossier, les mains sur les accoudoirs pour le jauger de ses yeux bleu glace. Le jeune homme se détourna, et commença à feuilleter son dossier et à fouiller, visiblement au hasard, dans les tiroirs, cherchant à reprendre contenance. Il avait des palpitations, il pouvait presque le sentir sous ses doigts, lorsqu'il touchait un verrou, une poignée, un carnet. Etait-ce de la peur ? Craignait-il à ce point le courroux de son amie d'enfance ? Celle avec qui il avait tout partagé ?
Perdu dans ses pensées, il ne la vit pas s'approcher, silencieusement. Son uchikake glissait sur le parquet lustré au rythme de ses pas. Puis elle s'arrêta, tout prêt, l'intimant sans un mot de lui faire part de son trouble flagrant. Une sueur froide coulant le long de son échine, il se redressa, les mains tremblantes, et affronta son regard si clair, si bleu, qu'il eut l'impression de s'y noyer. Le plus perturbant était que celui-ci avait perdu cette expression contrariée, il reflétait à présent l'affection, les liens qui les unissaient depuis toutes ces décennies. Alors, mû par son instinct, et sans qu'il puisse s'en empêcher, il leva une main. Le geste fut lent, comme suspendu. Repoussant délicatement les longues mèches de cheveux noirs, la pulpe de ses doigts rencontra la soie blanche de ses traits, et il se pencha pour cueillir un baiser de ses lèvres. Stupéfaite, la jeune femme se figea, une expression interloquée sur le visage. Son cœur battait de surprise et d'inattendu. Elle connaissait la dévotion sans bornes de Kaoru, c'était l'une de ses plus précieuses qualités, elle l'avait d'ailleurs toujours préféré à Katsuya pour cette raison, et c'était également pour cela qu'elle l'avait choisi pour quitter le Seireitei. Mais jamais, au grand jamais, elle ne s'était attendue à ce que les sentiments qui animaient son complice, son frère, fussent au-delà de la simple amitié. Etait-ce de l'amour ? Ce baiser était-il assez doux pour que cela le fût ? Cette caresse sur sa joue, sur sa pommette, était-elle assez légère ? Et cette lueur dans les yeux noisette du jeune homme, en portait-elle la flamme ? Kaneko n'était pas douée pour discerner et comprendre les sentiments d'autrui, et cela se confirma encore à cet instant. Le doute persistait.
Doucement, alors que les mains de Kaoru se faisaient plus assurées autour de ses épaules et de son dos, alors que sa bouche se pressait avec plus de vigueur contre la sienne, elle le repoussa d'une simple pression sur la poitrine, et s'écarta, troublée. A présent, son visage n'avait plus rien de noble, elle était de nouveau la fillette des bas-fonds du Rukongai, qui ne comprenait pas le nouveau jeu de son ami le plus proche. Etait-ce pour l'amuser ? Pour l'agacer ? Elle l'ignorait. Alors, elle se revit, plus d'un siècle en arrière, riant, en s'essuyant les lèvres, comme pour effacer la présence de celles de Kaoru, ne percevant pas la lueur attristée et blessée dans les prunelles fauve de son ami. Mais aujourd'hui, elle était adulte, et elle était capable de voir. Depuis tout ce temps, il avait gardé ses sentiments sous clef, les enfermant comme une bête sauvage, et visiblement, l'attente ne les avait pas fait faiblir. Ils n'en paraissaient d'ailleurs que plus puissants.
Désolée, les sourcils redressés sur le front, un rictus contrit, elle détourna les yeux, contemplant, le cœur gros, sa plus lamentable erreur. L'échec de toute une amitié, de toute une vie. Kaoru se rapprocha d'un pas, un sourire forcé sur les lèvres, et posa ses mains, tremblantes, sur ses épaules, faussement réconfortant.
- Ne t'en fais pas ! Je plaisantais, comme quand on était gamins ! J'avais seulement envie de te refaire cette blague !
Kaneko ne répondit pas. Elle savait qu'il éludait, car elle pouvait maintenant voir son amour dans son regard, et elle comprenait enfin la valeur de chacun de ses gestes, de chacun de ses services, de chacune de ses paroles. Elle le voyait, aussi clairement que s'il s'était déclaré. Mais pour ne pas le blesser davantage, pour protéger leurs liens, leurs cœurs et leurs âmes, elle acquiesça doucement, répondant à son sourire, puis elle se détourna et rejoignit son siège. Reprendre son rôle était la meilleure chose à faire. Ne pas oublier les objectifs, les motivations, jeter aux lions les sentiments et les doutes. Elle observa la vallée à travers les portes ouvertes, pensivement, ses souvenirs l'assaillant, tandis que Kaoru se retirait en silence pour préparer sa collation.
Merci pour votre lecture ! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre !
Oui, un petit peu d'amour, inattendu, n'est-ce pas ? Qu'en pensez-vous ?
Le prochain chapitre est déjà écrit (j'ai eu le temps, avec la maintenance du site !), il arrivera dans les prochains jours. Le temps que je vous laisse profiter de celui-ci et de ne pas oublier de commenter ! :p Je rabâche, je rabâche, mais c'est très important pour que je sache si vous aimez cette histoire, d'autant plus qu'il y a beaucoup d'OC !
A bientôt !
Edit : j'ai corrigé l'estimation de temps à la fin du chapitre. N'ayant aucune idée de la vitesse à laquelle les Shinigamis vieillissent, il m'est difficile de prévoir combien de temps s'est écoulé depuis l'enfance d'Amaterasu ! Après réflexion, cinquante ans me paraissaient trop courts, j'allonge donc à un siècle. Je m'excuse par avance si cela n'est pas cohérent, je vous laisse me tenir informée si c'est le cas. Merci !
