Ils dormaient, paisibles et immobiles, dans la douceur des draps, comme des statues figées. La chambre d'hôtel était striée de noir et blanc. La scène était surprise avant l'aube, avant que la lumière du jour n'y entre véritablement.
Si quelqu'un avait observé la pièce, il aurait eu l'impression d'être dans une image sur papier glacé : des mannequins endormis, les murs blancs et des meubles en design lui donnaient un aspect sclérosé, un goût métallique.
C'était ce petit moment juste avant le réveil, cet instant où encore rien ne se passait, où tout allait bien, enfoncé dans la douceur évangélique du sommeil.
Mais attendons que le soleil se lève un peu... Les volets derrière la fenêtre n'avaient pas été fermés la veille. Et les rayons du soleil entraient dans la pièce, coloriant glorieusement l'espace en couleurs plus chaudes. Des ombres se dessinèrent au pied des placards blancs et du relief réapparut.
Le réveil s'enclencha, diffusant l'enregistrement du violoncelle de Mischa Maisky.
Edward ouvrit les yeux. Le soleil s'y engouffra, transperçant telle une lame son crâne douloureux, menaçant de mettre feu à son cerveau.
Son regard se tourna vers la fenêtre. La lumière, si faible pourtant, l'éblouit aveuglément. Il pouvait décomposer le spectre de la lumière visible, avec toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Il plaça une main devant son visage pour se protéger. La lumière caressa ses doigts, ses cheveux, sa peau. Des picotements.
Le matin, déjà ?!... Il avait l'impression de s'être couché il y a cinq minutes.
Un ronflement sonore à côté de lui fit tourner la tête. Sa nuque protesta. A ses côtés, Emmett et Jasper étaient couchés sur le ventre, les cheveux salement décoiffés sur l'oreiller. Les cheveux de Jasper reflétaient la lumière du soleil.
Edward fronça les sourcils… Ils avaient dormis ensemble ? Que se passait-il ? Ce n'était pas des plus normal. Il n'aimait pas ça, ce n'était plus arrivé depuis ses 17ans. Et, pourtant, il se sentait bien, ce matin. Il fût surpris de constater cette pensée. Il se sentait terriblement bien, tout en ayant mal à la tête. Ca faisait longtemps.
Edward se redressa dans le lit. Vit qu'il était en caleçon. Il ne se rappelait, là encore, ni s'être changé, ni s'être couché. En se relevant il entendit le froissement accentué des draps blancs, et leur caresse sur ses bras nus. Ses poils se hérissant un peu. Le réveil dernier cri sur la table de nuit indiquait qu'il était un peu plus de sept heures du matin. Il était temps d'aller travailler.
A peine debout sur ses deux pieds, il vacilla. Le sol tangua. Comme la calanque d'un bateau ivre. Un lendemain de cuite de premiere ?
Il retrouva vite son équilibre tel un chat. Les souvenirs firent surface tels une bulle de savon. Nuit. Flûte de champagne. Fête. Strpitease. Public. Edward haussa les sourcils, désemparés par son propre agissement. En effet, ce n'est pas ce que la profession attendait de ses agents. Edward préféra ne pas s'attarder sur ce point. Inutile de culpabiliser, n'est-ce pas ? On peut bien se permettre quelques extras de temps en temps, non ?
Il se passa les mains dans les cheveux. Adora la sensation. Et se frotta la joue. Il avait besoin de se raser. Et d'un verre d'eau.
Pour la première fois depuis bien longtemps, il ignora le paquet de cigarettes à demi-ouvert sur la table de nuit. Il n'en avait pas besoin ce matin. Il marcha vers la luxueuse salle de bains, le pas léger, tout en tâchant d'ignorer le mieux possible le fait que ses deux frères avaient tendance à se rapprocher plus que nécessaire dans la chaleur du lit, chacun se méprenant – peut-être - sur l'identité de l'autre. Son mal de tête cognait à chacun de ses pas.
Il trouva les produits de marque pour le rasage, l'eau du robinet automatique. Se rapprocha du miroir design pour mieux s'y observer. Un cri mortifié lui échappa… L'iris vert de ses yeux avait disparu ! Ses yeux étaient rouges. Rouge foncé. En y regardant de plus près, il y avait de petites tâches rouge sombre, et des tâches rouge clair. Cette chose ne lui était jamais arrivée dans sa vie. Le cri qu'il avait lui-même émis, résonnait trop. En centaines d'échos. Il se prit la tête à deux mains. Vérifiant par là-même, qu'il était bien vivant.
Peu après, un second cri identique enchérit juste derrière lui, dans la chambre.
_ AAAAHH ! hurlèrent Jasper et Emmett, horrifiés.
S'ensuivit le bruit précipité des draps.
Edward se tenait la tête à deux mains, n'osant se regarder de nouveau dans la glace.
_ Arrêtez de crier, gémit-il à leur intention.
Silence se fit.
Ouf !, songea Edward. Que Dieu les en remercie.
Peu après, Edward se déplaçait vers la chambre. Au ralenti.
Il vit un Emmett derrière le lit dissimulé sous un bout de couette tombée. Et un Jasper réfugié en hauteur, maladroitement, le souffle court, sur la tête de lit.
Lorsqu'il reporta son attention sur Emmett, il vit encore le spectre de la lumière visible tomber sur Emmett depuis la fenêtre.
_ Mais bordel, quelqu'un sait-il ce que j'ai fais hier soir ? demanda Edward en se cachant d'une main de la lumière du dehors, et en tâchant d'avoir un volume de voix « raisonnable » soit proche des 5 Hertz.
Ce début de matinée, on aurait dit un mix suspect entre les films de divertissement Very Bad Trip et la Cage aux folles !
Jasper leva un œil mi-ennuyé, mi-suspicieux vers Edward.
Celui-ci marqua premier un temps d'arrêt. Son expression se figea.
_ Tes yeux ? lâcha enfin Jasper apeuré. Ils sont…, commença-t-il hésitant.
Jasper ne put terminer sa phrase.
_ J'suis déjà au courant, le coupa Edward d'un air visiblement agacé… Les tiens aussi ont changé, ajouta-t-il assez froidement.
Jasper fronça les sourcils, sortit du lit et alla à la dans la salle de bains. Peu après, Jasper glapit dans la pièce attenante.
_ Toi aussi Emmett, tu devrais aller voir...
Quelques instants plus tard, ils étaient tous les trois, serrés, occupés à se scruter dans le miroir de la luxueuse salle de bains. On aurait dit trois albinos, avec leur peau blanchâtre, leurs yeux rouges et leurs cheveux sales. Ils ressemblaient à trois mignons petits lapins blancs albinos. Edward ressentait leur présence, leur chaleur, il ressentait tout à dix mille pourcent. Il se sentait toujours bien, bien qu'il n'en laissait rien paraître.
_ Vous ne vous sentez pas un bizarre ? demanda Edward.
_ Un peu flottant, tu veux dire ? se chargea de répondre Emmett. Normal, c'est de la drogue, petit frère.
Edward ne répondit pas à la provocation de son frère. A la place, tous les trois se remémorèrent ce qu'ils avaient faits la veille, en vue de trouver une explication.
Ils reprirent leurs souvenirs de la veille. Edward avoua avoir niqué la stripteaseuse, quand Jasper gerbait honteusement dans la petite ruelle derrière la boîte de nuit. Aucun ne se rappelait être rentré à l'hôtel ou d'avoir pris l'ascenseur de l'hôtel.
A cause de leurs yeux rouges, ils prirent la décision que Jasper n'irait pas travailler ce jour-là, ce dernier inventerait une fausse excuse au service de la DRH. Emmett n'irait pas à son entrainement de football le soir non plus.
_ Croyez-moi vaut mieux que personne ne découvre ce que nous avons fait hier soir, dit Edward. Mais je ne me souviens pas être rentré à l'hôtel, répéta Edward… Faut croire qu'on a eu de la chance si on a retrouvé notre chemin, en étant complètement défoncé.
_ Et toi, tu vas faire quoi ? demanda Jasper à propos de savoir si Edward irait travailler.
En ce qui concernait le jeune Edward, la question se posait tout autant.
_ En tant qu'agent du FBI, j'ai une plus grande liberté de mouvement que toi. Et en ce moment je travaille seul sur mon enquête. Ma hiérarchie s'attend à ce que je la boucle rapidement. Je n'ai pas le choix, je dois y aller.
Jasper haussa les épaules. Mieux valait ne pas le contrarier.
_ A votre avis, ça reste combien de temps ces yeux rouges ? demanda-t-il.
Personne ne prit la peine de lui répondre. Ce matin-là, ils ne reparlèrent pas de leur soeurs Rosalie et Alice.
Fraîchement douchés, séchés et peignés, Jasper et Emmett prirent congés. Edward se demanda vaguement ce qu'ils allaient pouvoir faire de leur journée : glander dans le noir, tels des vampires effrayés par la lumière ? Il haussa les épaules, car ce n'était pas son problème.
Jacob, au volant de sa petite voiture bonne pour la casse, retint un bâillement. La veille, il s'était couché tard – un peu comme tous les soirs, d'ailleurs…
Jacob, pigiste depuis un peu moins de 2 ans, galérait à trouver du travail. Le matin même, soit une demi-heure plus tôt, il avait été contacté par le sous-rédacteur-en-chef du Phoenix Business News, un journal local en ligne, en vue de lui proposer de faire un papier sur une jeune fille, apparemment mineure – ou du moins, ce serait arrangeant de la considérer comme telle à la rédaction de l'article – incarcérée. Trois mois. Mais sans motif réel et sans même que l'on connaisse son identité.
Jacob a immédiatement sauté l'occasion. C'est pourquoi, il se rendait à la prison de Forks, habillé d'un costume gris avec chemise et cravate, pour un entretien avec la détenue RK-357/9, hyper-maniaque.
Seul dans sa chambre d'hôtel, Edward réfléchit à la manière dont il fallait organiser la journée.
Premièrement, il ne pourrait ni se rendre dans les bureaux de police locale où travaillait Jasper ni dans les bureaux de son père.
Deuxièmement, il ne pouvait se rendre chez le shérif Charlie Swan aujourd'hui, pour la même raison.
Il décida de se rendre à Forks, le lycée où s'était inscrite Isabella après s'être faite virée de celui de Phoenix. Par ta faute, ajouta une voix dans sa tête. Edward secoua la tête, il avait déjà assez étudié le sujet la veille.
Avant de partir, il alluma son ordinateur portable dernier cri pour préparer son enquête. Il se connecta à la messagerie électronique de Renée Swan grâce au mot de passe qu'elle lui avait donné la veille. La boîte de réception s'afficha à l'écran : Edward descendit le curseur tout en bas, pour afficher les premiers mails de sa fille Isabella (encore conservés). Ceux-ci datant de 15 mois.
Mais Edward se rendit vite compte qu'il n'y avait rien à en retirer… La jeune fille était discrète sur ses activités extrascolaires. De temps en temps disait-elle à sa mère aller au cinéma avec des amis voir un film à l'affiche, ça s'arrêtait là. Une question émergea dans l'esprit d'Edward : Et si tout cela n'était qu'une blague ? Et si c'était Bella qui avait organisé sa propre disparition ?
En effet, une fille sans histoire, virée de son lycée, un peu marginale sur les bords et rejetée des autres élèves : Pourquoi ne pas partir dans un délire parfaitement orquestré pour attirer l'attention de gens un tant soit peu intelligents, du père, de la mère et de tous les connards qui l'avaient faites souffrir dans sa jeunesse ?
Edward était diagnostiqué comme étant sociopathe à tendance paranoïaque. L'était-elle, elle aussi ? Eh bien, c'était son job de le déterminer.
Edward prit une inspiration pour éclaircir ses idées.
Edward avait noté dans les mails reçus, le nom de sa meilleure amie : Jessica Stanley.
Juste avant d'éteindre son ordinateur, il rechercha les causes qui expliqueraient ses yeux rouges. Il tomba sur des glaucomes, la conjonctivite, une hémorragie, ou l'alcool. Edward espéra qu'il s'agissait de la dernière hypothèse, l'alcool. Il serait de toute façon fixé dans quelques heures, si le symptôme ne disparaissait toujours pas, auquel cas il se rendrait à l'hôpital.
L'ordinateur éteint, il prit quelques affaires, son suitcase, et quitta la chambre d'hôtel. Il portait son tee-shirt FBI de rigueur dissimulé sous une veste noire. Il alla à sa voiture, une belle Maseratti (cadeau du service du FBI) pas très discrète néanmoins, sagement garée au parking-souterrain de l'hôtel.
Edward entra dans l'enceinte du lycée de Forks, sous le ciel gris du jour qui se lèvait bientôt au-dessus du parking. Des voitures vides y étaient déjà garées. Il n'y avait nulle âme en vue.
Les cours avaient déjà commencé.
Il prit dans la boîte à gants les lunettes de soleil laissées à l'abandon, puis les cala sur son nez…
C'était incongru vu qu'il avait plu toute la nuit dans la ville et le brouillard matinal, mais il était E. Cullen …
Rendu sur le perron des marches devant le bâtiment, il s'arrêta un temps pour regarder la structure du bâtiment. Construit en briques bordeaux, il était noyé au milieu des arbres et des pins. Il aimait bien cet endroit.
A l'intérieur du bâtiment, il se dirigea à grands pas vers son secrétariat.
Il y demanda les dossiers scolaires de la jeune élève d'Isabella Swan et de Jessica Stanley, en se présentant comme du FBI.
En survolant l'emploi du temps de Jessica, il vit qu'il faudrait attendre l'heure du déjeuner car elle avait un cours de chimie. Bien qu'il aurait pu intervenir au cours pour la demander, il préférait ne pas attirer l'attention sur elle et ne pas la déranger dans ses cours.
A la place, Edward déambula dans les couloirs. Entendant des enseignements soporifiques derrière des portes closes. Il sortit dans le parc prendre l'air. Comme s'il s'imprégnait déjà des lieux.
L'air frais de cette matinée de Forks, de nouveau. Il ferma les yeux. Prit une longue et douce inspiration. Calmante.
Il se sentait vraiment bien, ce matin.
Il se dirigea vers le terrain de sport, les dossiers à la main. Ses chaussures s'enfonçaient dans la pelouse un peu boueuse qui entourait le terrain de basket.
En marchant sur la pelouse, il passa d'ailleurs près d'un terrier de lapin... Un trou dans la terre qui avale l'obscurité… Non Eddy, tu ne vas pas recommencer ! se morigénéra-t-il. C'est normal, des trous, y en a partout, pas de quoi paniquer…
Comme le trou dans la poitrine de sa mère laissé par la balle…
Edward pour ne pas penser à sa mère, se concentra plutôt sur le sujet des lapins. C'est mignon un petit lapin ! Qui m'en voudra de m'épancher sur un lapin ? se demanda Edward.
Edward pensa au temps qui passait et fit une association d'idées avec le lapin d'Alice aux Pays des Merveilles.
Il avait été diagnostiqué sociopathe et paranoïaque léger, par un médecin réputé du Nevada à l'âge de 16ans, moins d'un an après le meurtre de sa mère.
Comment avait-il réussi à intégrer le FBI ?
Devant le médecin du travail, Edward connaissait toutes les réponses pour avoir un profil correspondant exactement à celui recherché pour le poste d'agent du FBI : très intelligent mais respectant la hiérarchie, tel un religieux… ou comme un militaire.
De plus, il s'était débrouillé adroitement pour se débarrasser de son fichier médical chez le médecin du Nevada. Avec l'aide de son père magistrat.
Edward releva les yeux vers le ciel. Ce qui lui fit plisser les yeux... Malgré le ciel nuageux. Il avait toujours son mal de tête, malgré l'aspirine de l'hôtel prise avant de partir.
Ce mal de tête était-il un effet secondaire du produit consommé la veille ? Etait-ce là, la cause de son délire sur les lapins ?
Puis ses yeux se posèrent sur le panier de basket au bout du terrain. Résurgence de souvenirs d'alors qu'il était lycéen.
Puis il pensa - arrogant : le basket, des gens qui courent après un ballon...
Tout à coup, son portable vibra dans la poche de son pantalon.
Edward l'ouvrit et vit s'afficher le numéro du centre pénitencier de Forks, prison où Bella était incarcérée.
La voix de la secrétaire de la prison lui apprit que le directeur, M. B. Black, souhaitait entrer en communication avec lui….
_ M. Cullen ? lui demandait ce dernier quelques instants plus tard.
_ Mr. Black ! salua l'agent du FBI. Bonjour ! C'est un plaisir.
_ Egalement.
Comme Edward n'ajoutait rien de particulier, son interlocuteur en vint directement aux faits.
_ Je vous appelle à propos de l'incident survenu dans la cour de la prison aux alentours de 19h30 hier au soir…. Mes gardiens m'ont rapporté que vous aviez menacé d'agresser une de nos détenues. Menacer mort. Et que vous vous êtes jeté sur le grillage protégeant la cour...
Edward émit un léger rire laconique dans l'espoir de détendre la situation.
_ Ils exagèrent, fit-il.
_ Vous l'avez menacé de mort, répéta toutefois le directeur de la prison.
Edward se tut.
_ J'en conviens….
_ Donc vous admettez ?
_ C'est ma soeur, je ne savais pas qu'elle était incarcérée dans votre prison. L'apprendre m'a causé un choc. Elle a tué...
_ Aidée de Rosalie, Alice a tué, à 24ans, votre mère adoptive alors que vous en aviez 15. Je suis au courant Mr. Cullen. Et de sa condamnation pénale à douze ans de réclusion. Néanmoins, Mr. Cullen, vous devez savoir que je me suis trouvé dans l'obligation de contacter votre supérieur hiérarchique au FBI à Washington de cette altercation. Votre supérieur est donc au courant de l'incident. Et lui seul décidera des mesures à prendre pour la poursuite de l'enquête. Je vous remercie de votre compréhension.
_ Bien M. Le Directeur. C'est entendu.
_ M. Cullen, la sécurité de l'ensemble des détenus est placée sous ma responsabilité, peu importe la teneur de leur passé ou de leurs infractions. Je n'hésiterais pas à m'interposer de quelque manière que ce soit, si cette sécurité venait à être mise en danger.
_ C'est compris, M. Le Directeur, mais l'enquête reste sous ma supervision.
_ Il ne tient qu'à vous que ça ne se reproduise pas.
Edward fronça les sourcils, devinant les mots que son interlocuteur voulait entendre…
_ Dorénavant, je jouerais cartes sur table avec vous. Transparence totale. Aucun incident ne se produira plus.
_ Bien, M. Cullen. En vous souhaitant une bonne journée…
Edward s'apprêtait à raccrocher lorsque la voix du directeur reprit dans son portable... Il le remit à son oreille.
_ Oui ? demanda-t-il.
_ Ah ! J'oubliais, M. Cullen. On a un journaliste qui arrive aujourd'hui pour interviewer dans l'apres-midi la détenue. Il s'appelle Jacob Black. Il s'agit de mon fils, pigiste pour le Phoenix Business News.
Edward resta quelque peu interdit.
_ Mais euh, commença-t-il, vous avez obtenu l'assentiment de la détenue pour cette interview ?!
_ A vrai dire, c'est elle qui m'a directement demandé un entretien avec un journaliste. Je me suis alors permis de contacter mon fils.
Edward retint un rire nerveux.
_ Bien mais attendez-vous à ce que veille au grain.
La loi prévoyait que le journaliste aie une carte de presse, et que l'interview ne mentionne pas l'objet de l'incarcération… Mais il préférait ne pas lui poser la question pour mieux le piéger, une fois que l'entretien ait eu lieu.
La loi serait probablement violée par ce journaleux. Il serait alors facile d'interdire la diffusion du reportage. Dommage Jacob, mais ce sera pas pour aujourd'hui.
Le fait que le directeur de la prison ait un fils dans la presse, il ne l'avait pas vu venir.
Il salua Billy Black. Et ils raccrochèrent.
Edward rangea son portable dans sa poche.
Et son regard se posa sur le terrain de sport bitumé.
L'envie de se défouler le saisit.
Il repéra un ballon de basket, près du panier. Il courra le chercher et le fit rebondir sur le bitume. Le bruit résonna fort contre son mal de tête.
Le ballon était parfaitement gonflé. Il regarda autour de lui, vérifiant qu'il n'y avait personne. Puis ôta ses lunettes de soleil, pour les poser sur l'herbe mouillée.
Il fit des dribbles, seul, et mit des paniers. Il mettait plus de force que nécessaire lors de ses paniers. Il passa ainsi le temps comme il le put.
Après une quinzaine de minutes, quelqu'un surgit littéralement de nulle part. Un jeune homme le dribla et alla marqua à sa place. Interloqué, Edward détailla du regard. Il avait dans les 17ans, et avait une frange sur le front. Lui n'avait qu'un tee-shirt sur le dos.
Même s'il savait fort bien le dissimuler, Edward était content de ne plus avoir à jouer seul.
Ils jouèrent donc ensemble, se disputant les points, sans dire un mot.
Mais ils en étaient à 48 contre 40, le garçon commençait à marquer plus que lui. Sans doute parce qu'Edward le laissait gagner. Sa vision était décuplée comme ce matin au réveil. Mais il ne voulait pas que son adversaire reparte vexé de perdre.
_ Tu n'enlèves pas ta veste ? demanda ce dernier en la désignant d'un signe de tête.
_ Non, répondit Edward.
La réponse était laconique.
Même s'il est vrai qu'Edward avait chaud. La raison était simplement qu'au dos de son tee-shirt était inscrit FBI en lettres capitales jaunes.
_ Ok…, fit le garçon perplexe.
Edward changea volontairement de sujet.
_ Alors qu'est-ce que tu fais ici ? T'es pas en cours ?
Edward voulait récupérer le ballon mais échoua.
_ Et toi ? répliqua le garçon qui conserva le jeu.
Edward pouvait presque entendre la suite : On pourrait facilement te prendre pour un pédophile qui traîne dans les parages d'un lycée paumé.
Edward haussa les épaules.
Les deux garçons continuèrent la partie jusqu'à ce que sonne la fin des cours de la matinée.
Edward arrêta le ballon, en sueur. Il vint serrer la main du garçon pour lui dire au revoir.
_ Mike, fit ce dernier en secouant sa frange pour lui redonner un bel aspect.
_ Edward, répondit-il.
Une brise se leva.
_ Tu devrais les remettre, dit Mike en désignant d'un signe de tête les lunettes de soleil posée près du terrain de sport…
Edward marqua un temps d'arrêt, surpris et démasqué.
_ T'en veux un peu ? ajouta le garçon avant qu'il n'ait le temps de réfléchir.
Mike montra quelque chose dans l'intérieur de sa poche de jean.
C'était quelque chose de visiblement interdit.
Etait-ce là le même produit que celui consommé la veille ? La gélule blanche et rouge ? Edward n'arrivait pas à voir.
Puis il releva les yeux vers ce garçon, le détaillant du regard, puis comprit que l'iris devait être un signe de reconnaissance des consommateurs, et que donc Mike pouvait lui en vendre à lui.
Mike avait les yeux verts, pas rouges. En un mot, Mike la distribuait mais ne la consommait pas... Ce qui finalement était une bonne chose dans sa connerie.
La substance pourrait être analysé au laboratoire – s'il en ramenait - ce qui serait une chose certainement utile tant pour la police locale que fédérale. Il hocha la tête et sortit son portefeuille. Ils conclurent le deal : 200 dollars la gélule, Mike lui fit un prix de 1000 pour 8. Edward trouva le prix élevé mais ne dit rien.
_ Dis, c'est normal que je me sente légerement différent ?
Mike le regarda, perplexe, à peine sur le point de ricaner. Mais il se retint en croisant le regard sérieux d'Edward qui ne plaisantait pas.
_ C'est le principe ! Percevoir tout avec une clarté glaciale. Démultiplier ton ressentis et tes capacités de compréhension. Développer tes capacités musculaires, aussi… Dis-moi pas que c'est la première fois que t'en prends ?!
Edward secoua la tête pour faire signe que non, en esquissant un sourire en coin hypnotique. Il était très doué pour mentir.
_ C'était simplement pour vérifier… Que c'était normal.
Mike haussa les épaules, en souriant.
Edward lui serra la main pour lui dire au revoir. Et rentra à grands pas vers le lycée, en laissant le garçon seul sur le terrain de sport. Lumière devait être faite sur cet établissement. De la drogue dans un lycée… Il devait en informer son père Carlisle ou du moins Jasper. Edward se dirigea vers le réfectoire.
A l'intérieur, il s'installa à une table sans avoir prit à manger. Il avait remis ses lunettes de soleil sur le nez. Nombreux étaient les lycéens qui l'observait du coin de l'œil, intrigués.
Il attendit là l'arrivée de Jessica, caché derrière ses lunettes.
Edward inspira de façon nerveuse les odeurs de la foule, la nourriture sur les plateaux, lui emplit les narines.
Elle arriva en compagnie d'un groupe d'amis. Elle était la seule fille du groupe.
Edward se leva et alla directement à la table de Jess.
_ Excusez-moi ? demanda-t-il gentiment. Auriez-vous du temps à m'accorder ? J'aimerais vous parler.
Au moment, où elle leva les yeux vers lui, elle fut comme - éblouie.
_ Oui, oui bien sûr..., dit-elle envoûtée.
Ses amis l'observaient, eux, d'un air un peu plus méfiant. E. Cullen n'y fit guère attention.
Jessica le suivit en prenant son plateau avec elle, à une petite table voisine au fonds du réfectoire.
Il la laissa s'installer et plaça les mains sur la table, d'un air concerné, pour se présenter.
_ Je suis du FBI, dit-il derrière ses lunettes noires. J'enquête sur la disparition de votre camarade de classe Melle Isabella Swan.
Jessica entrouvrit les lèvres et hocha la tête. Visiblement elle ne s'attendait pas à que la police fédérale s'investisse sur cette affaire.
_ J'aurai quelques questions, continua-t-il.
Il sortit un carnet de notes et un stylo. Ce stylo était un cadeau que son père lui avait offert.
_ Bien. Alors pour commencer, vous vous prénommez Jessica Stanley.
Elle fit oui de la tête. Ca, elle savait répondre, pensa-t-il.
_ On m'a raconté que vous étiez amies avec Bella, commença-t-il d'un air négligent.
Angela hocha la tête, de manière moins vigoureuse que la première fois, toutefois. Un dixième de seconde elle baissa les yeux. Puis les remonta vers les siens qu'elle devinait derrière le noir des lunettes.
Pourtant ça ne figure pas dans la fiche de disparition, songea Edward. Jessica n'avait ni fait de déposition ni témoigné devant les services de police.
Edward pressentait qu'elle dissimulait quelque chose – il n'allait pas tarder à mettre le doigt dessus.
_ C'est bien « Bella » qu'on l'appelle ? demanda-t-il.
Elle hocha la tête, encore. Elle baissa les yeux, un peu plus longtemps cette fois.
Edward demeurait impassible, aussi froid qu'un glaçon en hiver.
Il devait essayer de recentrer la conversation autour de Jessica, sans que ça ne se voie.
_ Racontez-moi la manière dont vous vous êtes rencontrée, comment ça s'est passé ?
_ Depuis plusieurs jours, une rumeur courait qu'une nouvelle élève arriverait en Première. Elle quittait son lycée de Phoenix pour emménager chez son père, le shérif de la ville. Son premier jour quand elle est arrivée, elle était un peu timide et n'allant pas facilement vers les gens. Alors moi et mes amis on est venu lui dire bonjour. Elle était hyper sympa. Et tout le monde s'est mis à l'apprécier très vite. Je crois que c'est comme ça qu'on est devenu amis.
Edward lui demanda ce qu'elle pensait de Bella, sa personnalité, si elle lui manquait, et si elles faisaient des sorties à l'extérieur.
Le discours de Jessica était parfait, presque lissé. Lissé et repassé.
Selon Jessica elle portait souvent de très beaux vêtements, de marque. Tout la monde la connaissait, la trouvait sympa et la respectait. Ca constituait un gros changement de réputation par rapport à celle de Phoenix.
_ Vous aviez des amis en commun ? demanda-t-il… Je veux dire proches, ajouta-t-il.
Jessica marqua un temps avant d'esquisser un sourire maladroit. Elle désigna d'un geste de la main les gens à la table qu'elle venait de quitter. Ces derniers les observaient d'ailleurs, en train de déguster leur repas.
Edward reporta son attention sur un coin de la table. Croisa ses longues jambes sous la table en un geste affecté. Il sortit de l'intérieur de sa veste son badge et le posa sur le bord de la table, à l'abri des regards.
Jessica continuait de sourire, faisant sembler de ne pas comprendre ce qu'il voulait dire.
_ Bien, déclara Edward en se levant de table. Je vous remercie d'avoir répondu à mes questions.
Ils se serrèrent la main, avec énergie.
_ Je crois que je vais maintenant interroger vos amis…
Edward s'en alla vers ladite table.
Il l'entendit se précipiter vers lui, dans son dos.
_ Attendez ! lui chuchota-t-elle.
Il s'arrêta. Mais ne se tourna pas vers elle pour autant.
_ Je ne vous pas tout dit…
.
.
.
_ Mike Newton c'est celui qui a frange sur le front et des cheveux châtains ?
Jess fit signe que oui.
_ Et vous dîtes, qu'ils passaient la plupart de leur temps, ensemble ?
_ C'est ça, répondit-elle en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Mais ils n'étaient pas en couple… Ils ne se sont jamais embrassés à ce que je sache.
Il hocha la tête d'un air compréhensif.
_ Les gens trouvaient bizarre qu'une fille aussi huppée traîne avec ce gars un peu looser…
Elle regarda ses mains et ses ongles manucurés.
_ Elle avait aussi des soirées, ajouta-t-elle d'un air hésitant. Quand on lui proposait des soirées pyjamas, elle disait la majorité du temps qu'elle avait déjà une soirée. Sauf qu'aucune personne dans le lycée n'en faisait ces jours-là.
Elle laissa sa remarque en suspens, puis reprit :
_ Il se peut aussi qu'elle ne voulait pas nous voir et invente une fausse excuse bidonnée.
Edward décida qu'il était temps de conclure.
Il ne devait pas traîner. Il devait empêcher Jacob, le journaliste, d'interviewer Bella cette après-midi.
_ Vous n'avez pas une idée d'où est-ce qu'elle pourrait être ? interrogea-t-il.
Elle répondit que non. Une lueur d'inquiétude traversa ses yeux noisettes.
Grâce à son oeil exercé d'agent du FBI, Edward s'aperçut qu'elle disait la verité.
Jessica n'avait donc aucune idée d'où Bella pouvait être.
Edward prit la décision de taire le fait que Bella était en prison - cela n'amènerait que des conséquences néfastes, faire augmenter les rumeurs, et détruire la réputation qu'elle s'était bâtie.
Edward décida de laisser les choses en l'état.
Il la remercia et partit.
Il partait à la recherche de Mike.
_|XXXXXX|_
Sur le plateau de BBC News, la journaliste Leah interrogeait trois économistes sur les conséquences de la crise financière mondiale provoquée par les subprimes en 2008.
_ Je ne voudrais pas minimiser la gravité de cette crise, mais vous savez, Mme Clearwater, que les crises économiques mondiales sont récurrentes, et inévitables. Nous en avons eu une en 2008 - donc - mais aussi en 2007, en 2002, en 1998, 1979 pour les principales !
_ Mais les Etats-Unis ne sont-ils pas davantage endettés auprès de l'étranger, à cause des subprimes ? interrogea Leah Clearwater.
_ Certes, admit l'économiste. Mais notre pays était déjà endetté, auparavant ! Tous les économistes savent, par ailleurs, que la dette publique ne sera jamais remboursée.
_ Vous êtes en train de me dire que le montant de la dette publique importe peu pour un économiste ? Que faîtes-vous du cas de la Grèce, en Europe ?
_ La Grèce est effectivement intéressante, car elle illustre le poids grandissant de l'économie souterraine, de l'illégalité, de la corruption, lorsque les pouvoirs publics avouent peu à peu leur défaite. Les délinquants en plus de prendre le rôle de remplaçants, maintiennent, presque, le pays à flot, en recourant à des moyens douteux... Mais attention ! Les Etats-Unis ne se sont pas endettés autant que la Grèce. Loin de là, la Grèce est un cas extrême. Elle peut d'ailleurs dire merci à ses voisins européens qui l'ont sauvé.
_ Nous pouvons donc conclure qu'en cas de défaillance de l'Etat, l'économie souterraine s'accroît ?
_ A mon sens, oui.
La journaliste se tourna vers le second économiste invité pour lui poser quelques autres questions...
_|XXXXXX|_
Edward sortit dans la cour, espérant revoir Mike.
L'air frais lui caressa le visage.
Edward percevait tout avec une clarté glaciale : le vent froid et glacial sur ses mains nues. Il inspira la forêt des essences de sapin lui coulaient sur la langue et dans la gorge, tel un sirop.
Mais Mike n'était plus là.
Il retourna à l'intérieur du bâtiment, courra jusqu'à l'entrée menant au parking.
Il y avait quelques groupes d'amis qui discutaient entre eux. Edward marcha vers eux. Mais Mike n'était pas sur le parking, non plus.
Edward fronça les sourcils derrière ses lunettes de soleil.
Il retourna à l'intérieur, remonta les couloirs en direction du secrétariat. Les salles de cours étaient vides, les couloirs remplis de jeunes lycéens bruyants. Il fendit la foule. Bien que les lycéens fussent timides et empotés, ils avaient l'air vivant, eux.
La foule s'ouvrait devant lui. Ils ne faisaient pas véritablement attention à lui. Les jeunes s'écartaient au plus léger contact, en frissonnant d'une épaule à l'autre, comme s'ils percevaient une sensation de danger. C'est alors qu'ils posaient leur regard sur lui...
Au secrétariat du lycée, il requit donc le dossier scolaire de Mike Newton.
Page 2. Adresse : 16 Mill Creek Rd, Forks, WA 98331.
Edward regagna en quatrième vitesse le parking. Et pria les adolescents regroupés autour de sa voiture qui tergiversaient sur les capacités de celle-ci, de bien vouloir s'écarter.
Edward quitta l'enceinte du lycée, pour rejoindre les quartiers reculés de la ville, en périphérie.
Il se gara enfin. Sur le trottoir d'une propriété cachée par des haies en mauvais état. Derrière, on pouvait discerner petite maison sans étage avec un jardinet laissé à l'abandon.
Edward sortit de sa voiture et, y alla. Sonna. Un petit papier indiquait « Mr. Et Mme Newton et leur fils ». Le mécanisme dysfonctionnait. Il toqua directement à la porte.
_ FBI, énonça-t-il d'une voix forte et sans contestation possible.
Edward attendit une éventuelle réponse.
La porte s'ouvrit assez timidement quelques secondes plus tard.
Edward montra son badge d'agent officiel du FBI, au lycéen.
_ J'peux entrer ?
Mike, blanc comme un linge, s'écarta pour le laisser entrer.
Edward entra.
Il entra en évitait de montrer son dos et se tourna sur lui-même en passant, . Ce dernier alluma une ampoule au plafond pour éclairer le couloir.
Ils se dirigèrent vers le salon.
Mike resta debout, ne sachant trop comment se tenir.
Mais Edward lui désigna d'un signe de tête une chaise.
Mike s'asseya face à la table du salon.
Lui, il resta debout. Il retira ses lunettes.
_ Tu dois te douter pourquoi je suis là…
Sa voix était claire, posée.
_ Mais ce qui m'intéresse ce n'est pas tant comment, toi, un gosse de 17ans, mineur donc, est parvenu à se procurer les produits que tu m'as vendu… Mais plutôt ce que tu traficotais avec Mlle Swann, pour les mois qui précédèrent sa disparition.
Mike se figea.
_ Je veux mon avocat, dit-il.
Mike n'avait pas l'air de vouloir faire la balance.
Edward ne dit rien pour le moment.
A cet instant, dans le petit salon, Edward dût prendre une décision.
Mike semblait cacher des informations, devait-il lui laisser le bénéfice du doute ?
Que gagnait-il à le laisser conserver le silence ? Rien. Et le cas d'Isabella s'éterniserait.
De toute façon, si ceux chargés de l'affaire avaient voulu respecté la procédure, ils ne l'auraient pas mis, lui, sur le coup.
Mike, traficant, était visiblement pris dans un engrenage dont il ne parvenait plus à sortir.
_ Tu n'es pas interrogé par moi en tant qu'agent de police. Tu le seras quand tu seras les locaux de police. Tu auras un avocat quand je l'aurais décidé.
_ Mais vous n'avez pas le droit, rétorqua Mike.
_ Tu vas bientôt comprendre qui tu as… en face de toi.
Tout en regardant Mike, il se dirigea jusqu'aux fenêtres cintrées, pour jeter un rapide coup d'oeil sur le jardin.
_ Quelqu'un est censé venir ici, aujourd'hui ?
_ Mes parents.
Sa voix était assurée.
_ A 15 heures, compléta-t-il.
_ Je sais quand les gens mentent, fit Edward en ouvrant la poignée de la fenêtre.
_ 18 heures, répondit Mike.
Edward referma les volets.
_ Euuuh, hésita Mike.
Mais l'agent du FBI n'attendit pas son approbation.
Edward alla vers les deux autres fenêtres du salon, sur les murs adjacent. Obscurcissant un peu la pièce.
_ On est plutôt très bien, là, non ? demanda Edward.
Il alla alluma l'interrupteur d'électricité près de la porte. Le lustre s'alluma en clignotant un peu.
Mike hocha la tête de façon infime.
_ Quel âge as-tu ? demanda Edward.
_ 17ans.
_ C'est bien, ça 17ans, c'est juste ce qu'il faut.
En deux pas, il était devant la table.
Il posa son badge de FBI sur le bois de la table.
Mike loucha dessus.
Edward prit le dossier d'une chaise dans sa main droite. La faisant racler sur le sol. Jusqu'au centre de la pièce – soit à trois mètres de la table devant laquelle était assis Mike.
Celui-ci du se tourner sur sa propre chaise pour le voir.
Edward avec la chaise au milieu du salon, la retourna face à Mike. Il s'assit, mit ses bras sur le dossier opaque de la chaise. Le dossier de la chaise entre les jambes.
_ On dirait que t'es coincé avec moi ? demanda Edward.
Mike posa son regard sur la table, évitant soigneusement le sien.
_ Comme je te le disais je suis du FBI, dit Edward avec une pointe de négligence...
Il pouvait presque entendre le coeur de Mike battre à tout rompre.
_ C'est marrant parce que je t'ai pris la main dans le sac...
Sa phrase resta en suspens.
_ Tu es la première personne qu'on ait réussi à prendre en flagrant délit en train de vendre cette substance. Ce serai bien bête que le magistrat ou bien le procureur en charge, te prenne pour une sorte de bouc-émissaire, à propos de cette nouvelle drogue répandue dans la région. Et te donnes la peine maximale encourue.
Edward le toisa avec ses yeux rouges.
_ Ce serait dommage.
Il poursuivit, implacable.
_ Tes notes au lycée ne sont pas exceptionnelles. Tu vends de la drogue. Tu n'es rien.
Il prit une longue inspiration.
_ J'ai beaucoup de pouvoir. Et j'ai beaucoup de relations.
Les mots se collèrent dans la bouche de Mike, qui était sur le point de comprendre.
_ Qu'est-ce que vous me voulez ? demanda Mike non sans une agressivité feinte puisqu'à l'intérieur il était tout peureux.
Le garçon se sentait... acculé.
Comme s'il était dans un cul-de-sac, qu'il était au pied du mur, alors qu'il entendait les chiens et la police lui courir après.
Edward fit semblant de réfléchir, comme en proie à un problème difficile à résoudre.
Pensif, il ramena sa main droite vers lui.
Pour la glisser habilement à un endroit caché par le dossier épais de la chaise.
Un geste qui était censuré.
_ Ce que je veux ? Mais rien que tu ne veuilles pas me donner, dit Edward.
Edward vit les pupilles de Mike se dilater.
Les muscles du garçon se tendaient à travers le tee-shirt.
Edward se lécha la lèvre inférieure.
Il rompit la tension dans la pièce. Il ria en secouant la tête. Rire qui prit de l'ampleur et alla résonner contre les murs fins de la pièce. Ou bien n'était-ce qu'une impression d'Edward.
Il soupira.
_ Non mais tu croyais quoi, Mike ? reprit-il sérieusement. Que tu m'intéressais ? dit-il en le regardant.
_ Qu'est-ce que vous voulez ? répéta Mike.
Edward redevint subitement très sérieux. Et le contempla droit dans les yeux.
_ Tu as déjà posé la question.
Mike, visiblement mal à l'aise, détourna le regard. Les lèvres pincées.
Edward se rapprocha de Mike en faisant avancer la chaise vers lui sur un mètre. La chaise avait raclé. Mike fut pris au dépourvu de l'avancement d'Edward. Mais il ne bougea plus d'un pouce.
Comme un lapin apeuré dans les lumières des phares d'une voiture.
Mike se leva subitement.
_ Je ne veux rien de tout ça ! Moi.
Edward donna l'air de ne pas comprendre.
_ Vous avez gagné, déclara Mike. Je vais répondre à toutes vos questions. Mais je ne veux pas faire de saloperies avec vous, compris ?
_ C'est tout compris, Mike.
Edward se leva aussitôt et ramena la chaise derrière la table. Edward était redevenu courtois.
Après un court temps d'hésitation, Mike se rassit.
Les deux hommes semblaient avoir conclu un deal tacite.
Edward sortit son carnet de notes, et le stylo que son père lui avait offert.
_ On y va pour les questions ? demanda Edward.
Mike hocha la tête, nerveux.
_ Première question, Mike ! Connaitrais-tu une certaine mademoiselle Isabella Swan ? Et si oui, comment vous êtes vous rencontrés pour la première fois ?
Son regard se posa derrière Edward. Mike fronça alors les sourcils. Edward comprit... Cette lueur dans le regard. Presque douloureuse : Mike avait été amoureux de cette fille.
Ou même, peut-être l'était-il encore ?
_ Elle est arrivée au lycée de Forks en milieu d'année, commença Mike. C'était il y a deux ans. Elle était nouvelle. Alors, je l'ai salué en compagnie de mes amis. C'est comme ça qu'on s'est rencontré. Il n'y a là rien d'extraordinaire.
_ Vous vous entendiez bien ?
_ Assez...
_ Vous aviez des amis en commun ?
_ Oui.
_ Leur noms ?
_ Eric, Jess, Angela, Taylor.
A la manière dont il l'avait dite, Edward eut le sentiment que Mike ne finissait pas la liste.
_ Est-ce que Bella avait l'habitude de consommer la drogue que tu m'as vendue ?
Les questions devaient s'enchaîner. Pour que Mike réponde de manière de plus en plus automatique.
_ Pas que je sache, répondit Mike. Je ne l'ai jamais vue en consommer.
Mike ne mentait pas. Edward le savait.
Il relâcha, soulagé, ses muscles tendus jusque-là, inconsciemment.
_ Qui est ton fournisseur, Mike ? Son nom.
Edward le regarda droit dans les yeux. Mike se soustrayait à la confrontation de regards. Peut-être que les siens, rouges, étaient trop durs à soutenir ? Mike secoua la tête en baissant les yeux. Il refusait à tout prix de répondre à la question du nom du fournisseur.
_ Tu vas me dire qu'ils sont dangereux ? Je le sais. Quelqu'un me l'a déjà signifié. Mais tu sais, quand on décide d'entre dans le corps du FBI, on intègre cette idée que chaque jour nouveau sera parsemé d'un « danger ». C'est le principe de notre mission.
Mais Mike se murait dans le silence.
_ C'est pas pour vous que je m'en fais, murmura-t-il.
_ Aurais-tu présenté Bella à ton fournisseur ? demanda Edward.
Mike ne répondit pas.
Son regard était fixé par terre, sur le sol de son salon.
_ Mike. Regardes-moi.
Celui-ci releva difficilement les yeux vers lui.
_ Bella. Est-elle entrée dans le milieu ?
Une lueur de défi traversa l'œil malicieux de Mike, sous sa frange d'un oeil malicieux.
_ Plus que vous ne le pensez.
Mike marqua un temps.
_ Mais je ne peux pas vous parler... Ilssont puissants.
_ Je suis du FBI, Mike... Ne me dis pas ça à moi.
Mike secoua la tête, souriant presque.
_ Vous êtes naïf...
_ Tu veux être protégé ? proposa Edward. Protégé au titre de témoin. Sous le programme WITSEC par le US Marshall Service.
Mike remonta son regard vers lui. Fronça les sourcils.
_ D'accord. On me donnera des nouveaux papiers d'identité ?
_ Si on te l'accorde, parleras-tu ?demanda Edward.
Mike hocha de nouveau la tête.
_ Marché conclu. Je n'ai plus qu'à appeler ma hiérarchie pour officialiser ton nouveau statut.
Edward sortit quelque chose de sa poche et les lança à travers la table en direction de Mike : des menottes.
_ Mets-les, dit Edward.
Mike le regarda avec des yeux écarquillés. Mais il fit ce qu'Edward lui demanda de faire.
Il dégaina son portable, composa un numéro. Personne ne répondit. Il composa un autre numéro sur son portable.
_ Edward ? Ca va ? Je crois qu'Alec cherche à te joindre.
_ Je suis au courant. Mais là, je bosse. Appelles Caius. Personnellement, je n'arrive pas à le joindre pour le moment. Préviens Alec et Caius d'activer le programme protection de témoins.
_ Je croyais que c'était une petite affaire, répliqua Demetri d'un air curieux.
_ On a une nouvelle drogue sur le marché. Dans l'Etat de Washington.
_ Ok, on va étudier la question. Fais un rapport complet.
Edward était sur le point de raccrocher puis se rappela d'une chose.
_ Tu peux faire une recherche sur Jacob Black ? Et me dire s'il a la carte de presse. C'est un journaliste débutant au Phoenix Business News.
Il reposait les yeux sur le chaise du salon. Il n'était plus là.
Mike avait disparu.
_ Je te laisse, fit Edward à Demetri et raccrocha.
_ Newton ! cria-t-il à haute voix.
Il alla dans le couloir de l'entrée. Vit des escaliers qui montaient. Une autre pièce à gauche dans le couloir, la cuisine. Personne non plus.
Edward écouta, les sens aux aguets.
Il grimpa les marches de l'escalier quatre à quatre. Croisa la route d'un chat qui feula à sa rencontre.
_ Newton ?
Ses doigts ont touché la tapisserie vieillotte des escaliers.
Parvenu sur le seuil de l'escalier, il faisait face à trois portes. Deux grandes ouvertes, l'autre fermée.
Instinctivement, Edward se dirigea vers la porte fermée.
Elle ne s'ouvrait pas en tournant la poignée.
Edward se recula pour prendre de l'élan. Et donna un grand coup d'épaule dans la porte. Elle s'ouvrit avec fracas sur ses gonds.
C'était une salle de bains. Elle était complètement vide. Du linge sale empilé sur un panier sous le lavabo. Un rideau de douche à moitié tiré. La fenêtre était ouverte, laissant l'air passer. Edward s'y précipita.
En contrebas, il ne vit que la pelouse qui aurait besoin d'être tondue.
Il jeta un œil derrière lui. Personne dans la petite salle de bain. Il ferma les yeux.
Depuis son réveil, la perception de ses sens était décuplée. Il ferma les yeux, pour se focaliser sur le bruit environnant. Il décida d'exploiter sa nouvelle capacité.
Un petit gravier ricocha doucement sur la toiture pour venir dégringoler contre les flancs des murs de la maisonnette.
Dire que c'était grâce à cette drogue, qu'il pouvait détecter ce genre de bruits, ce qui était pour le moins ironique, concernant Mike.
Telle une machine de Terminator, Edward déplia son corps pour se placer à l'extérieur de la fenêtre. Il grimpa le long de la gouttière métallique. Cette dernière grinça furieusement sous le poids de son corps. Les mains sur les tuiles du toit, il exerça une pression pour remonter son corps.
Il aperçut Mike, couché, sur le toit plat de la maison mitoyenne. Le toit était situé deux mètres plus haut par rapport à celui d'Edward. Mike se tourna sur lui-même et s'enfuit en quatrième vitesse.
Edward s'élança à sa poursuite. Grimpant agilement sur les toits, les tuiles.
Il avait beaucoup plut. Ses pieds marchaient dans les flaques d'eau.
Mais Mike avait toujours les poignets menottés. Il était parvenu à faire passer ses mains devant. Ce qui n'était compliqué à faire lorsque l'on était assis sur une chaise.
Néanmoins, ceci permit à Edward de le rattraper.
Il salua intérieurement la prestation du garçon.
Edward le prit violement par le bras et le poussa sans ménagement.
_ Tu croyais aller loin comme ça ?!
Mike ne répondit pas. Se contenta de secouer sa frange pour qu'elle reprenne sa forme.
_ J'en déduis que tu ne parleras pas ? Que tu m'as menti ?
Mike s'était enfermé dans le silence.
Pour qui tu te prends ?
Edward examina les lieux autour de lui.
Ils étaient sur un toit avec des bords incurvés. Leurs chaussures et le bas de leur pantalon pataugeaient dans une sorte de mini-piscine. Un peu plus de 10 cm d'eau de hauteur. Il devra s'en contenter.
_ Allonges-toi, ordonna Edward.
Mike grimaça et protesta.
_ Assumes les conséquences de tes actes. Allonges-toi.
Pour Bella.
Mike n'obéissait pas.
Edward l'empoigna et le jeta de force par terre.
Mike gémit.
L'eau était froide, même gelée.
Car il tremblait sur la plaque du toit.
_ Comment s'appelle ton fournisseur ?
Le garçon s'enterrait dans le silence.
Edward s'agenouilla à côté de Mike. En effet, l'eau était glacée. L'agent Cullen posa une main large, dangereuse, sur le haut du dos du lycéen.
_ Où Isabella rencontrait les gens dont tu me dis tant de bien ?
Mike gémit.
_ Elle ne me le disait pas.
Il était obligé de cambrer son dos, pour pouvoir respirer et que sa bouche émerge de l'eau. Ses cheveux étaient trempés.
_ Allons, allons, fit Edward autoritaire. Tu dois bien avoir une idée.
_ Elle m'a parlé d'un lieu. Le Volterra. C'était très important pour elle.
Ce nom ne lui disait rien. Pour être sûr, il rechercha sur son portable le terme volterra, et n'obtint aucun résultat sur google.
_ Tu es en train de me monter en bateau ? demanda-t-il en rafermissant sa prise.
_ Non je ne mens pas ! s'écria Mike.
Mike se démena mais la force de l'agent fédéral le contenait.
_ Et si je commence à faire ça ?
Edward plaça un genou à un endroit stratégique sur sa colonne vertébrale entre les reins.
Mike cria. Ses mains menottées étaient coincées sous son ventre, qui devaient supporter le poids des deux hommes.
Il grelottait par terre.
L'attention d'Edward fût attirée au-delà du toit. Au beau milieu de la rue, un enfant à byciclette, était là, le regardant avec des yeux ronds. Il devait avoir dans les 5 ans environ. Il mâchouillait un bonbon. Edward lui fit signe de dégager. Mais le garçon ne partit pas. Agacé, Edward le toisa d'un regard flamboyant grâce à ses beaux et grands yeux rouges. Le garçon prit peur, et s'en alla en appuyant sur les petites pédales de son vélo.
Edward examina les lieux, à la recherche d'un autre témoin. Il remarqua le rideau tiré dans la maison d'en face. Il lui suffit de regarder l'inopportun quelques secondes, pour qu'il abaisse son rideau.
Il reporta son attention sur Mike, qui n'avait rien du tout remarqué.
Cullen se déplaça sur le dos du garçon à l'endroit où il y avait ses mains sous son ventre. Mettant tout son poids sur lui. Mike geignit lamentablement.
Sa main se plaça sur son coup pour l'immobiliser.
_ Calmes-toi, lui dit l'agent.
Mike se calma.
Puis d'une pression sur sa gorge, l'homme le força à plonger sa tête sous l'eau. Mike comprit qu'il essayait de le noyer.
Soyer dans moins de 10 cm d'eau, c'était presque comique.
La bouche dans l'eau, Mike ne se démena pas autant qu'Edward l'aurait cru. Il resta calme comme il le lui avait intimé.
Des bulles.
L'agent le fit remonter à la surface.
Mike inspira une grande goulée d'air. Son cœur battait la chamade. Edward le sentait, dans le froid.
_ Vous êtes aussi corrompus qu'eux…, lâcha Mike d'une voix âcre.
_ Sûrement si tu le dis, répondit Edward qui ne plaisantait pas.
Puis il dit, en ayant toujours une main sur la gorge de Mike :
_ C'est sûrement pour ça que je n'ai peur de personne.
La peau de Mike était bleue.
_ Mes fournisseurs s'appellent les Volturi. Mon fournisseur s'appelle Marcus.
Mike parlait comme s'il avouait quelque chose qu'il cachait depuis des années…
_ Ils sont très dangereux. C'est un genre de cartel. Moi je ne fais que vendre la drogue, je ne suis qu'un sous-fifre dernière catégorie.
L'emprise des doigts sur sa gorge se desserra.
_ Quand j'leur ai présenté Bella, elle leur a plu. Ce fût immédiat. Moi je n'était pas accepté. Je ne suis que de la sous-merde. Elle, elle y est entrée, je ne sais pas comment elle y est parvenue. Après ça, elles portaient fringues de marque, magnifiques ! Du genre Dolce Gabbana, une montre Cartier. Alors qu'à moi on ne m'offrait rien de tel. Mais je ne sais rien de plus. Bella ne me disait jamais rien...
Edward se laissa tomber à côté.
_ Au fil des mois, je l'ai vue de plus en plus fatiguée, continua Mike d'une voix faible. Les yeux cernés. Ses notes ont baissé. Elle avait maigri. Mais elle était contente car désormais elle faisait une taille 34... Et vu qu'ils aimaient les gens ultra-beaux et bien habillés...
_Où se réunissaient-ils ? demanda Edward.
_ Je ne sais pas. Elle ne me l'a jamais dis.
_ Et le volterra ?
_ Elle l'a juste mentionné par hasard dans une conversation. Je ne sais pas ce que c'est.
_ Où toi et ton fournisseur vous rencontriez-vous ?
_ A chaque fois ce sont eux qui décident. Ils m'appellent. Ils fixent l'heure et le lieu du rendez-vous. Généralement c'était dans les heures suivantes. Ce n'était jamais le même lieu de rendez-vous.
_ Je peux avoir ton portable ? demanda Edward.
_ Dans ma poche. Ils m'appellent toujours en numéro inconnu.
Edward le regarda pendant un temps.
_ Dans ta poche de jean ?
Mike hocha la tête.
_ Et merde…, fit Edward.
Mike s'esclaffa doucement - puis sans retenue. Edward plongea sa main à l'intérieur de la poche trempée d'eau glacée. Gêné, Mike se calma de suite. La main se referma sur le portable et le retira. Le portable était dégoulinant d'eau…
_ Tu es chez quel opérateur ? demanda Edward en grimaçant.
_ Chez T-mobile.
_ Très bien, on y va.
Puis comme Mike mettait du temps à comprendre, il ajouta d'un air froid :
_ Relèves-toi !
Mike se redressa. Les mains toujours menottées devant lui.
Pour descendre du toit, ce fût un peu compliqué. Mike passa en premier. Ils redescendirent par la gouttière qu'ils avaient emprunté à l'aller. Et le garçon ne posa pas de problème.
Dans la salle de bains, ils trouvèrent un serviette éponge et des vêtements secs dans la chambre. Edward lui enleva son tee-shirt, frictionna le corps avec la serviette. Et lui remit les vêtements, une fois réchauffé. Edward était désormais assez prévenant.
_ Tu peux m'enlever mes menottes pour que je puisse m'habiller ?
_ Non. Débrouilles-toi avec.
Une fois Mike enfin habillé, ils sortirent de la maison. Franchirent le jardin. Et ouvrirent le petit portail en fer forgé.
Sur le trottoir, un homme armé les attendait. Un fusil de chasse pointé sur Edward. Qui raffermit sa prise sur le bras de Mike.
_ Relâches le petit, ordonna l'homme à Edward.
Et merde ….
_ FBI, déclara Edward d'une voix atone.
Doucement il glissa une main dans la poche intérieure de sa veste, pour montrer son badge.
_ Federal Bureau of Investigation, compléta-t-il. Ce garçon vient d'être arrêté pour la vente d'une drogue inconnue sur le marché. Maintenant, si vous le voulez bien, laissez-moi passer.
L'homme baissa son arme, les yeux écarquillés en regardant Mike, avec l'air de dire Non, tu n'as pas fais ça. Mike baissa la tête.
Le voisin comprit.
Edward le fit entrer à l'arrière de sa voiture. Tandis que lui allait se glisser à l'avant.
Il alluma le moteur, qui vrombit. Ils prirent la route.
Lorsque sur le trottoir de droite, il reconnut une figure familière :
Jessica, les bras serrés autour d'elle, dans un état de grande nervosité.
Edward ne s'arrêta pas, ni ne ralentit.
Jessica, cheveux au vent, les regarda partir.
Edward jeta un œil dans le rétroviseur et vit un Mike drôlement impassible.
Edward mit son clignotant, et se gara.
Il leur fallait acheter une nouvelle carte SIM pour que le portable de Mike refonctionne.
_ Ca dure combien de temps les yeux rouges ? demanda-t-il en faisant son créneau, brisant le silence.
_ C'était ta première fois ?
_ Ouaip.
_ Un jour. Après si on en reconsomme, il y a un phénomène d'accoutumance... Dans ce cas, ça peut durer plus longtemps, plusieurs jours.
_ J'ai pris deux gélules.
Mike grimaça.
_ Je te conseillerais de manger beaucoup de légumes si tu veux que ça parte… Sinon, tu peux aussi mettre des lentilles de contact de couleur.
Ils sortirent de l'habitacle de la voiture. Edward avait remit ses lunettes de soleil sur son nez.
En sortant de la boutique T-mobile sur la 5th, Edward inséra la nouvelle carte SIM dans le portable de Mike. Ce dernier se ralluma. Edward expira, pour le moins soulagé.
L'écran s'afficha… Mike n'avait reçu aucun message ni appel. Un miracle.
Edward emmena ensuite Mike au commissariat.
Rendus sur le parking du commissariat, ils tâchèrent d'ignorer le dingue/gauchiste/extrêmiste, ivre, qui hurlait des insanités à l'encontre de la façade du commissariat de police, depuis le trottoir d'en face.
_ Te laisses pas faire, gars ! lança-t-il à l'attention de Mike. Ne te laisses pas faire ! répétait-il groggy.
Ce dernier ne releva pas. Edward le conduisit à l'intérieur.
Ils allèrent dans l'arrière salle au rez-de-chaussée.
_ Mon père n'est pas là ? demanda-t-il à une jeune fonctionnaire de police, presque cachée derrière les piles de papier épinglé en désordre de son bureau.
_ Non. Carlisle est au tribunal, répondit-elle en levant un oeil ennuyé vers lui.
_ Mon frère Jasper, non plus, n'est pas là ?
_ Non, il n'est pas venu aujourd'hui. Il est malade. Il a la crève, je crois.
Edward constata que Jasper avait donc suivi son conseil de ne pas se rendre au travail.
Il fallait néanmoins que quelqu'un mette Mike en garde-à-vue. Edward réajusta ses lunettes sur son nez. Et il lui désigna Mike d'un signe de tête.
_ Pourriez-vous mettre ce sale gosse en garde-à-vue ? Je l'ai pris en flagrant délit de vendre ce nouveau type de drogues inconnu, à l'intérieur même de son lycée à Forks.
Il chercha le sachet desdites drogues dans sa poche intérieure.
_ Il faut les analyser au laboratoire pour connaître leur composition.
Il les lui remit, alors qu'elle se levait pour emmener Mike en garde-à-vue. Il la suivit à côté.
_ Il est susceptible de relever du programme WITSEC. La protection de témoins par le US Marshall Service. J'aurais confirmation au plus tard demain.
Elle dévisagea Edward légèrement surprise, mais Edward demeurait impassible. Elle ne releva pas.
_ Je garde son portable, dit-il. Son fournisseur risque de le contacter à nouveau... Ca te dérange pas ? demanda-t-il à l'attention de Mike.
Mike ne fit rien d'autre qu'hausser les épaules. L'agent rangea le portable de Mike dans sa poche. Sa main rencontra son propre portable dans cette même poche. Il le sortit pour le ranger ailleurs et, checka en marchant ses propres messages à lui.
Il y avait un nouveau message de Demetri, qui indiquait :
« Jacob Black, 22ans, pigiste pour 3 petits journaux locaux : Phoenix Business News, The Columbian, Citizen Review online. N'a pas de carte de presse. »
Edward pouvait maintenant (enfin) se rendre à la prison de Forks pour contrecarrer les plans du journaliste. Même si l'entretien avait déjà eu lieu, il pouvait réquisitionner les notes du journaliste pour fraude à la loi. Un journaliste pour interviewer un détenu doit avoir une carte de presse. Il félicita intérieurement Billy Black pour sa perspicacité.
Alors qu'ils s'arrêtaient devant les casiers pour pouvoir ranger les affaires de Mike, Edward dit à la fonctionnaire :
_ Vous devriez attendre demain avant de l'interroger. Le temps de recevoir l'assentiment de mes collègues pour le programme de protection de témoins...
Edward ajouta :
_ Faîtes attention... Il est mineur.
Mike lui jeta un regard incrédule, derrière sa frange.
_ Comment s'appelle-t-il ?
Le lycéen répondit - sans qu'Edward n'ait à le faire.
_ Mike Newton.
Edward posa une main rassurante sur le bras de Mike, comme pour lui dire au revoir. Mike s'en dégagea brutalement.
_ Si vous reposez vos sales pates sur moi..., menaça Mike.
Son regard furieux suffit à terminer sa phrase.
L'agent du FBI s'adressa à la fonctionnaire.
_ Il faudra appeler ses parents à son domicile... Ils rentrent du travail à 18 heures, ce soir.
Il partit - alors que la fonctionnaire commençait à dire ses droits à Mike.
_ Est-ce que vous voulez voir un médecin ? Etes-vous malade ? Voulez-voir un avocat ?...
La voix de la fonctionnaire diminuait à mesure qu'il s'en éloignait.
Edward regagna sa voiture garée sur le parking du commissariat. Sous les insanités de l'homme ivre, sur le trottoir en face du commissariat.
_ Allez tous vous faire entuber ! Saleteté de keufs !
Exaspéré, Edward lui jeta un regard dédaigneux.
_ Eh toi ! jeta-t-il à Edward. Pourquoi est-ce que tu te caches derrière tes lunettes ?! T'as peur de quoi ?
Un détail retint son attention. L'homme qui le hélait, portait un Bugs Bunny sur sa veste rapiécée. C'était une pauvre veste vert foncé. C'était suffisamment incongru pour qu'il s'y attarde... "The rabbit".
Il eut soudain une image. Un souvenir de la boîte de nuit.
Il se souvint de la mystérieuse plaque en or insérée dans le mur rougeoyant : Le Volterra, écrit en fines lettres noires italiques.
Edward stoppa net - à la grande satisfaction de son interlocuteur, qui continua à le héler.
Le "Volterra" - lieu dont avait fait mention Mike à propos des rendez-vous de Bella était-il situé au Rabbit ? Comment une coïncidence de ce fait, était-elle possible ?!
Il alluma le moteur en trombe. Sa Maserati vrombit furieusement en crissant sur le parking - sous les yeux éberlues du gauchiste. Et prit la route pour le centre-ville de Phoenix.
Il se gara sur la première place venue.
Edward marcha à grandes enjambées vers l'entrée de la boîte de nuit, sous le regard des passantes de sexe féminin. La boîte de nuit était close. Toutefois, sa Rolex indiquait 17h20...
Edward se passa une main dans les cheveux. Et se rapprocha, en désespoir de cause.
Derrière la grille en fer qui fermait le tout, une affichette blanche scotchée à la va-vite, indiquait :
"The Rabbit : Fermé pour deux semaines.
Pour cause de vacances -
Réouverture au 12 novembre."
Edward se pinça l'arrête du nez. On était le 27 octobre ! Des vacances maintenant ! Vraiment ?
Edward prit une minute pour réfléchir.
Tâchant de se remémorer comment il en était venu à décider de passer la soirée de la veille dans cette boîte de nuit. Mais c'était le brouillard dans sa tête. Les ondes électriques de son cerveau semblaient avoir disjoncté depuis son réveil ce matin.
Je n'ai plus un neurone de connecté... songea-t-il à la recherche de son cellulaire dans sa poche de jean. Il composa le numéro d'Emmett...
_ Allô ? fit la voix erraillée d'Emmett.
Visiblement, il était de mauvais poil.
_ C'est ton petit frère, indiqua-t-il.
_ Hé ! s'écria Emmett à bout de nerfs. Je n'en peux plus. J'suis chargé. A cause de cette drogue. C'est plus possible. Je tiens plus. Je sais que c'est trop chaud d'y aller. Mais faut vraiment que j'aille à mon entraînement, ce soir.
Rien qu'à sa voix, Edward imaginait sans mal son frère, tel un lion en cage dans son appartement.
_ Tu peux pas faire un footing solo ? proposa Edward calmement.
_ Non faut que j'tape dans un ballon ! J't'assure.
Edward soupira...
_ Ok. Manges du vert. Ca devrait passer. C'est ce qu'on m'a conseillé. Si ça marche pas, achètes-toi des lentilles de contact de couleur. Et tu pourras y aller.
_ Des légumes ? Tu m'as pris pour qui ?! Merci de l'indic', frérot.
_ J'ai besoin que tu te souviennes d'un truc hier soir. Comment on en est venu à décider d'aller en boîte. Et pourquoi au The Rabbit.
Emmett hésita au travers d'un "HHeeeuuuuuu" relativement long.
_ On était au bar de l'hôtel où tu dors, se remémora un Emmett qui avait subitement recouvré toute sa lucidité. On discutait de Rosalie, Alice et ta p'tite "girl" en prison. Quand on a eu une soudaine envie de s'prendre quelques pintes. Notre cher frère adoptif a craqué pour Gianna, la serveuse, brune, du bar de ton hôtel. Elle nous a clairement incité à y faire un tour.
Edward le remercia, raccrocha et revint à sa voiture.
Pour foncer à l'hôtel.
Il se rendit au bar.
Chercha la serveuse des yeux. La serveuse qui leur avait conseillé The Rabbit - après tout, elle connaissait bien le vigile, avait-elle dit.
Mais curieusement, il n'y avait que trois serveurs en service.
Tous des hommes.
Edward fronça les sourcils.
Les coïncidences commençaient à s'accumuler. Tous manquaient à l'appel.
Il vint à la rencontre d'un des barmans.
_ Je cherche une serveuse qui était là hier soir, demanda-t-il à l'un des serveurs. Gianna.
Ce dernier le détailla de haut en bas. Il haussa les épaules. Edward savait que le serveur pensait qu'il cherchait à la revoir pour coucher avec, mais Edward ne fit aucune remarque.
_ Gianna ? Elle n'est pas en service ce soir.
Edward hocha la tête, et fit semblant de partir en direction de sa chambre.
Quand...
_ FBI ! fit Edward d'une voix forte.
Après l'énoncé de ces 3 lettres, il n'y eut plus un bruit dans le hall immense de l'hôtel. Les grooms, les clients, les valises traînées par terre s'étaient arrêtés dans leur course.
Le monde entier retenait son souffle.
Edward arborait un air parfaitement calme.
Le serveur jeta un oeil à ses collègues et au hall de l'hôtel. On aurait pu y entendre une mouche voler.
_ Je veux le nom et l'adresse du domicile de Gianna.
Le serveur accourut. Trouva dans ses registres l'adresse et la lui tendit sur un petit papier.
La feuille tremblait.
_ Vous êtes bien aimable. Je vous remercie.
Edward quitta l'hôtel, sa veste voletant dans son sillage autour de ses hanches.
Il se rendit à l'adresse indiquée : 10 boulevard of Huston, Phoenix.
Il s'agissait d'un immeuble standing. Edward profita de la sortie d'un habitant à la porte du hall pour y entrer subrepticement. Dans l'ascenceur, il prit l'étage 101.
ll y avait un miroir sur le mur de l'ascenceur. Edward se trouva très bien, bien que la journée fût particulièrement éprouvante. Après un temps d'hésitation, il décida de conserver ses lunettes sur son nez.
Il se passa une main dans les cheveux pour tenter de les coiffer. Contrairement à son habitude, Edward avait le trac. Il avait un mauvais pressentiment.
Ting.
L'ascenceur était arrivé.
Les portes s'ouvrirent.
Edward sortit dans le couloir.
Il chercha aux portes le nom Gianna.
Il trouva : Gianna Wachsberger.
C'était une porte sur la gauche, presque au bout du couloir.
Edward toqua.
On ouvrit.
La jeune femme affichait un air résolu en rencontrant le regard d'Edward dissimulé derrière ses lunettes de soleil.
Ses yeux étaient charbonneux, mais le noir du crayon avait salement coulé.
Elle était habillée d'un pull long et d'un gilet effiloché.
Elle avait un cocard à l'oeil.
Un bleu sur le nez.
Un autre bleu à la pommette. Qui partait en tableau de maître.
Une griffure qui barrait son front en travers.
Une plaque rouge le long du coup.
Le reste des blessures étant dissimulé sous les vêtements lourds et épais.
_ Vous permettez ? demanda poliment Edward.
_ Entrez, répondit Gianna.
Il entra.
