Chapitre 13 : Un nouveau départ
Le soleil perce les ténèbres. Il ne pleut pas, pour une fois. Je me sors de mon sac de couchage et je m'inspecte le corps. Les plaies se sont refermées et sont en voie de cicatrisation. Ma blessure au flanc est complètement guérie. Je me sens revivre. Je suis de nouveau d'attaque !
C'est le sixième jour et je commence à me dire qu'il serait bon que je quitte l'île. Je me laisse jusqu'à demain. Les Juges vont bientôt nous rapprocher, par n'importe quel moyen. Ils sont obligés de la faire.
Je décide donc de me diriger vers la plage pour retrouver mon canot et me préparer à partir. Peut-être que ce seront les autres îles qui seront touchés, mais il vaut mieux être prudent. Descendre jusqu'à la plage ne me prend pas beaucoup de temps. La faim me tiraille toujours le ventre mais j'évite d'y penser. Ça ne sert à rien de se lamenter, parfois il faut savoir avancer.
Malheureusement, je ne retrouve pas mon canot. Il a dû être emporté par la marée, même si je l'avais mis à l'abri. Bon je vais devoir construire un radeau alors. Évidemment sans rien pour couper des arbres, cela va être compliqué. En plus, je ne sais pas nager. Je suis vraiment mal barré !
Il va falloir pourtant que j'improvise : je pars donc en expédition dans les bois pour ramasser du bois. Je fais un tas. Je confectionnerais mon radeau demain. Je veux me reposer aujourd'hui et chercher de la nourriture. Et si possible pas empoisonnée !
Je retombe sur la caverne où se trouvaient les poissons qui ont failli m'envoyer six pieds sous terre. Je continue à longer la falaise, en espérant trouver d'autres choses. Finalement, je tombe sur une colonie de crabes. Ils sont assez gros et promettent de la chair fraîche. Cependant, je les observe avec minutie pour voir s'ils sont normaux. Après réflexions, ils ont l'air bons à manger. Je sors donc mon couteau et transperce tous ceux qui se trouvent à ma portée. J'en ai embroché trois gros. Par contre, je ne sais pas trop comment ça se dépiaute. Après plusieurs coups de couteau, j'accède enfin à leur chair. Ce n'est pas très savoureux mais je me sens bien après avoir finis.
Maintenant, je vais aller chercher de l'eau à la clairière du premier jour. C'est à deux heures de marche d'ici, mais c'est le seul point d'eau que je connaisse. Je me mets donc en route, reconnaissant le chemin à suivre assez facilement.
J'arrive au ruisseau, je remplis mes deux gourdes et je purifie l'eau. Il doit être aux alentours de midi car le soleil est haut dans le ciel. D'ailleurs aujourd'hui il n'a pas plu une seule goutte... Peut-être qu'après la pluie, les Juges vont déclencher une sécheresse ! Ce serait vraiment un calvaire.
Je suis sur le chemin du retour quand l'atmosphère change tout à coup. Le Soleil devient rouge et le sol se met à trembler. C'est le moment de partir pour moi.
Je suis en train de courir quand la première pierre de feu touche le sol : une météorite. L'île est en train d'être annihiler. Les pierres célestes bombardent le sol avec fracas. Le feu embrase tout ce qu'il touche. Je plaque mon sac sur ma tête. J'ai vu quelqu'un faire ça déjà lors de chutes de pierres dans une autre édition.
Tout n'est que flamme et chaos autour de moi. Le brasier ardent me brûle le bras. Je réalise que ma manche s'est enflammée. Je la tape sur le sol, encore épargné par le feu. Je dois courir. Et vite.
Une grosse météorite atterrit à mes pieds en explosant. Je suis projeté dans les airs. Je heurte le sol. Ma bouche se remplit de terre. Mon blouson brûle. Je hurle de terreur. Je jette mon vêtement loin de moi. .
La plage ne doit plus être très loin. Les arbres chavirent. Les projectiles tirés depuis en haut s'écrasent en provoquant des explosions. Le feu mord. Je suis soufflé à terre. Mes cheveux s'embrasent à leur tour. Je me débats comme une furie.
Finalement, mes pieds rencontrent l'eau. Je me jette dans l'eau. Le sel me déchire.
Je vais mourir.
Je ne sais pas nager. L'eau me pénètre de toute part. Après le brasier ardent, la mer immense. J'essaye de nager. L'île est toujours frappée par le bombardement. Une dernière image et je sombre dans l'eau. Je relève la tête hors des abysses, respirant l'air pour la dernière fois.
Mon sac dérive à mes côtés. Je m'y accroche dans un dernier espoir. Il flotte !
Je suis sauvé.
L'île s'est embrasée entièrement maintenant. Je dois aller sur l'autre île. Je suis prêt à nager. Mes jambes battent l'eau. Je ne sais pas ce qui me fait tenir à ce moment : mon instinct de survie est plus fort que tout. Je dois vivre.
Lentement, j'avance vers mon objectif. Sans regard vers l'arrière.
J'entends le bruit d'un moteur. Je me laisse couler sous l'eau, agrippant toujours mon sac. Ce serait trop bête de mourir comme ça. Après avoir survécu à tout ça.
Je remonte à la surface : le bateau ne vient pas dans ma direction. Je suis à mi-chemin mais je n'ai plus de force. Plus la force de tenir, plus la force de me battre. Je vais me noyer. Je regarde une dernière fois le ciel bleu, en pensant très fort à mes parents.
Soudain un parachute argenté descend du ciel. Il se pose directement sur mon sac. Je m'empresse de l'ouvrir : c'est une ampoule contenant un liquide orangée. Je ne sais pas ce que c'est mais je n'attends pas une seconde pour le boire. Un feu me dévore de l'intérieur. Je me sens revigoré. De l'énergie liquide.
Je me remets en mouvement. Je ne sais pas ce qu'ils m'ont donnés mais je me sens plus fort que jamais.
J'arrive enfin sur une plage de sable fin. Je m'écroule. Je ne peux plus bouger. Je suis tellement bien sur le sable chaud. Enfin du soleil et de la chaleur, après tant de pluie.
Je m'assois pour constater les dégâts : je passe la main dans ma chevelure et je constate que j'ai perdu la moitié de mes cheveux et que mon crâne est brûlé. Mon bras droit est couvert de cloques noires. Ce n'est pas bon signe du tout.
Au loin, je vois mon île qui fume. Je ne sais pas si les autres tributs s'en sont tirés, je verrais ce soir.
Je décide de rentrer dans les terres pour être moins vulnérable. Très lentement, je me traîne dans une espèce de savane. Les herbes m'arrivent à la taille, idéal pour se cacher. Il n'y a pas beaucoup d'arbres et je ne connais pas du tout la végétation. Mais au moins, ici il ne pleut pas tout le temps. J'engloutis une gourde entière, gardant l'autre en réserve. Je vais devoir aller au centre de l'île, là où se trouve le grand lac que j'ai vu avant-hier. Et côté nourriture, je trouverais bien.
C'est fou comme il fait chaud ! Le soleil tape dur. J'enlève mon débardeur, que je positionne sur ma tête. Je ne voudrais pas chopper une insolation. J'essaye de mettre un peu de crème sur mes brûlures mais je n'ai pas l'effet de fraîcheur que j'avais eus avec mes plaies. Ça ne doit pas marcher pour ça, malheureusement.
Les Jeux commencent à devenir vraiment compliqués pour moi. Mes chances de victoire s'amenuisent, vu mon état. Je suis en colère contre les Juges : les Carrières n'ont pas subi un quart de ce que j'ai subis sur cette île de malheur ! C'est toujours les privilégiés qui morflent le moins. Ils concentrent tout entre leurs mains : nourriture, médicaments, armes. Je donnerais n'importe quoi pour avoir des haches. Ou un bout de pain.
Je sais aussi que si je ne trouve pas de médicaments, je suis condamné. Et quitte à mourir, je veux le faire en tentant quelque chose. Je préfère un coup d'épée plutôt que de mourir de faim. Quand j'irais un peu mieux, je vais tenter de rejoindre la Corne d'Abondance. Peu importe qui sera dessus, je le tuerais. Même si c'est Borvo ou Ivory. Je suis déterminé maintenant. De toute façon, je suis un homme mort. Alors je veux mourir les armes à la main.
Je me souviens d'une histoire que j'ai lu : un gamin, pas plus vieux que moi, qui tue un homme parce que celui-ci est en train de noyer son ami. Les deux partent en cavale dans une église abandonnée. Et un moment, l'église brûle et il y a des gamins à l'intérieur. Alors les deux courent pour les secourir. Celui qui a tué, il se prend une poutre enflammée et il crève. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai trouvé que c'était la plus belle façon de mourir. Il y avait un sens, un but derrière. Une sorte de héros. Alors que nous, pourquoi mourrons-nous ? Nos morts ne servent à rien. Nous ne nous battons pour aucun idéal. Nous sommes juste là, à nous battre pour notre vie. Comme s'est égoïste ! Notre race est pourrie : nous avons perdus le feu qui nous tenait éveillé. Nous sommes esclaves de cette société. En vivant sans jamais se poser des questions et sans jamais nous élever la voix, nous sommes partisans du système. Nous sommes tous des lâches. Mon père, ma mère, moi.
Non, pas tous. Il y en a qui se rebellent, qui osent prendre les armes. Pourtant ils savent très bien qu'ils finiront pendus à une potence. Acte de désespoir ou de courage ? Je ne le sais pas.
Le soir tombe maintenant, la température tombe. Je me glisse dans mon sac de couchage humide. Je vais dormir dans les hautes herbes, je suis incapable de bouger.
Le sceau du Capitole apparaît : les garçons du Cinq et du Six sont morts. Je ne sais plus combien nous sommes. Je crois que nous ne sommes plus que neuf. Et toujours aucun Carrière de mort. Cela m'inquiète. Je ne veux pas qu'un de ces sales tarés gagnent les Jeux. Les autres tributs ? Non, la fille du Onze ne tiendra pas le choc et la garçon du Douze a douze ans ! Il doit bien se cacher pour avoir réussis à vivre aussi longtemps. Mais dans les Jeux rien n'est acquis : il pourrait très bien gagner en évitant les combats et en se camouflant. J'en doute fortement, cependant.
Sous la lune argentée, je contemple une nouvelle fois ma photo. Miraculeusement, je l'avais mise dans mon short. Je n'aurais pas supporté de la perdre. Comme nous avons l'air serein sur cette image. J'essaye d'imaginer comme ils font face aux Jeux. Bart ne doit plus sortir, trop occupé à regarder sa vieille télévision qui ne fonctionne qu'une fois par an. Il ne veut pas rater un seul instant. Ginger est avec lui, sans doute. Quant à Stone, il continue sa vie comme si de rien n'était. James, je ne sais pas ce qu'il fait. Me regarde-t-il ou préfère-t-il s'abstenir par peur de voir des choses horribles ? Ça ne doit pas être évident pour eux, de gérer leur angoisse. C'est même plus facile pour moi.
Cela va faire maintenant presque une semaine que cette édition des Hunger Games a commencée. C'est déjà long. J'ai envie que tout soit finis.
Je ferme les yeux mais je n'arrive pas à dormir. Pourtant avec une telle fatigue, je devrais m'endormir comme une masse. Mais non, c'est impossible. J'entends toutes sortes de bruits : des animaux au loin, des cris d'oiseaux, et le souffle du vent. Presque poétique à vrai dire. Finalement, je ferme les yeux et je m'endors.
Un grand champ s'étend devant moi, sans fin. Je suis seul. Soudain, la pluie se met à tomber. Je vois mon corps se colorer de rouge. Je ne mets pas longtemps à comprendre que c'est une pluie de sang qui s'abat sur moi. J'essaye de courir mais mes jambes ne répondent pas. Une voix se fait entendre
« Que le sang que tu as versé se répande sur toi »
Je me réveille en sursaut. Il fait encore nuit. Je réalise que j'ai fait un cauchemar. Un vraiment horrible. Je me sens encore très fatigué. Je me rallonge et je sombre dans un sommeil sans rêve.
J'ai l'impression que j'ai fermé les yeux pendant seulement trois secondes, et déjà le soleil vient me réveiller. J'ai dû dormir longtemps : l'astre du jour est déjà haut dans le ciel. Un nouveau jour commence, un nouveau départ, sur une nouvelle île.
