OK ALORS. Merci pour vos reviews a-do-rables, sérieusement, j'y crois à peine. Je vous adore et j'adore cette histoire et vous toutes – je ne crois avoir que des filles dans l'assemblée ? – êtes des super lectrices et vous me donnez le sourire et l'envie de continuer. C'est super important pour moi. Ereri c'est genre, tout ce que j'aime, et j'ai tellement envie d'aller au bout de cette fanfiction pour une fois.

Ici il y aura de l'avancement dans la relation Ereri, et peut-être aussi quelques confessions. En l'écrivant j'écoutais encore Sun Don't Shine parce qu'elle est vraiment super pour l'ambiance. Voilà, c'était l'info inutile du jour. Ah aussi j'me suis rendu compte qu'ils n'avaient pas enlevé leurs chaussettes/chaussures pour aller barboter, mais en fait, faites comme si c'était fait. Pareil pour le retour, j'ai dit "vêtements", mais vous pigez l'idée. Non parce que se baigner à moitié nu mais avec des chaussures… c'est… ben… voilà.

Aussi, je souffre le martyr parce que les Anglais du mois sont arrivés sur le champ de bataille (si vous voyez ce que je veux dire) (non, vous ne voyez pas ?) (vous êtes nuls) (j'ai une tronçonneuse dans vagin, oui oui) (vous voyez maintenant ?) (non ?) (bon.), et j'ai vraiment, vraiment mal, et lire vos reviews c'est genre le petit remontant du week-end. Bon. J'y retourne. Si j'avance bien, y aura le chapitre 15 de posté d'ici ce soir.


Eren n'avait jamais pensé qu'il vivrait un tel instant, du moins, pas comme ça, pas avec Levi. Ce n'était pas son premier baiser mais il n'en était pas loin – et bien au-delà de ça, Levi était son premier garçon. Il était son premier tout. Son premier coup de coeur, et la première personne qui lui était véritablement donné de toucher. Alors il laissa courir ses mains sur son corps tandis que celles de Levi enserraient toujours son coup, d'une tendresse presque irréelle. Eren le voulait si fort que c'en était douloureux – mais c'était quelque chose qu'il n'avait jamais ressenti et il se voyait complètement submergé par l'intensité des émotions.

Il avait la sensation qu'il ne pourrait plus s'en défaire. Ni des doigts de Levi contre sa peau, ni de la chaleur de ses lèvres, de la tiédeur de son souffle, de la mélodie de sa voix. Quelque chose lui souleva le coeur, comme s'il se sentait soudain noyé dans le désespoir, et ressentit le besoin de sentir ses lèvres contre les siennes, encore. Encore. Et encore.

Levi sourit contre sa bouche. Eren avait descendu ses mains dans le creux de son dos et ramenaient sa taille contre la sienne, et Levi s'était occupé de poser son front contre le sien. Ils ne faisaient qu'un, d'une certaine manière. Et Eren se sentait plein, satisfait. Comme s'ils n'avaient pas besoin de plus.

"C'est le meilleur anniversaire de toute ma putain de vie," lâcha Eren contre ses lèvres, avant que Levi ne les capture derechef. Ils se détachèrent légèrement une nouvelle fois, et se rendit compte que Levi le poussait doucement vers l'arrière. Accroché à sa taille, il ne brisa pas l'étreinte et se laissa pousser jusqu'à ce que son don heurte délicatement le bord de la piscine. Alors qu'il pensait que Levi s'arrêterait là, il continua à avancer, et leurs corps se trouvèrent collés comme s'ils n'étaient qu'un.

"Inutile de devenir grossier," répliqua Levi en ricanant. Bien entendu, il plaisantait – il n'y avait pas plus grossier que Levi, et pourtant, il était d'une classe phénoménale. D'une grâce presque irréelle. Chacun de ses mouvements était précis et déterminé, et rien ne pouvait entraver sa route. Eren avait cette maladresse naturelle, il trébuchait, son coude manquait la table, il se cognait contre les murs et se prenait les orteils dans les pieds des lits et des tables ; mais Levi ne connaissait rien de tout ça. Son image était intacte, parfaite. Il ne savait pas vraiment pourquoi Levi l'embrassait, ni pourquoi ses yeux brillaient avec tant d'amusement – mais il s'en fichait. Littéralement. Il ne s'était jamais autant fichu de quelque chose. Bien sûr, après ce soir, il allait certainement se torturer avec les questions qu'il se poserait ; et sans réponses, bien sûr, il n'allait pas dormir.

Mais dans l'instant, il ne voulait rien changer. Une boule d'envie se forma dans son estomac et il chercha une distraction pour l'ignorer. Vous ne vous rendez pas compte ; c'est effrayant, de vouloir, pour la première fois. De le vouloir si fort qu'on en a presque mal, et de l'avoir attendu si intensément qu'on a l'impression que c'en est vital. Ça l'était peut-être.

Eren ne savait pas vraiment quand les choses avaient pris un nouveau tournant, mais il le réalisa lorsqu'un main se posa sur son entrejambe, lui arrachant un soupir de surprise – et de plaisir. Levi s'était légèrement détaché, mais ils étaient suffisamment proches pour qu'il sente son souffle contre son visage. En guise de réponse – et Eren ne savait pas où il avait trouvé cette audace –, il descendit ses mains jusqu'en bas de son dos, dans le creux juste au-dessus de ses fesses, et ramena tout son corps contre lui. La friction qui naquit lui arracha un nouveau soupir, et il sentit son coeur s'emballer. Avait-il seulement voulu quelque chose aussi follement ? Autant ?

Les choses allaient vite, très vite. Mais c'était pour leur plus grand bonheur. Enfin, même si Levi ne se posait aucune question – cela dit, les voix dans sa tête lui criaient de s'éloigner de lui, d'arrêter -, Eren, lui, sentait l'envie grandir en même temps que l'appréhension qu'il ne pouvait ignorer. Il ne savait pas trop ce qu'il faisait, il ne l'avait jamais fait, c'était comme s'aventurer dans une ville sans panneau, sans rien pour trouver sa direction ni personne à qui demander de l'aide. Eren était seul là-dedans, et il voulait désespérément impressionner Levi. Et pas que l'impressionner, non. Il voulait l'entendre gémir. Il voulait voir sa tête basculée, sa main accrocher désespérément quelque chose, de la même manière que sa main s'était écrasée contre le mur lorsqu'il s'était touché en pensant à lui. D'ailleurs, allait-il lui dire ? Etait-ce… bizarre ? Ou malsain ? Maintenant, ça ne l'était sûrement plus trop. Après tout, sa main était sur son intimité, et la sienne n'en était pas loin non plus.

Oui, Eren en avait envie. Mais il était aussi effrayé comme jamais devant l'inconnu. L'inconnu de tout ça, de la nouveauté des choses, des émotions, du contact physique. Levi avait peut-être l'habitude, Dieu savait qu'il n'était pas la première personne qu'il touchait, mais Eren venait à peine de découvrir son attirance pour Levi qu'il s'était retrouvé projeté dans un monde tactile et auditif, uniquement constitué de caresses et de soupirs. Levi, néanmoins, n'eut aucun mal à le sentir. Il sentait aussi combien Eren en avait envie, envie de lui, envie de son corps contre le sien et de son souffle au creux de son cou. Mais il n'avait pas l'intention d'ignorer cette once de réticence, même infime, qui se creusait dans la poitrine de l'adolescent.

Sa main remonta jusqu'à sa nuque et Levi lui offrit un regard rassurant. Eren ne savait même pas qu'il pouvait en faire. "Je n'irai pas plus loin si tu n'en as pas envie," fit-il, et Eren se demanda s'il avait rêvé cette voix. Il avait perdu une bonne partie de son attention au profit des sensations qui naissaient en lui, et avait préféré les savourer plutôt que de rester alerte à ce qui se passait autour de lui. Le silence était indéniable, on n'entendait que leurs respirations saccadées et le tapotement léger de l'eau sous leurs mouvements désespérés et calmes à la fois, mais quelqu'un aurait crié qu'Eren n'aurait pas entendu.

Eren remonta également sa main, de son dos jusqu'à son torse, laissant une douce caresse du bout de ses doigts, sur le chemin. Levi ferma les yeux à ce contact. Aucun doute, c'était peut-être un novice, mais il était fait pour ça. C'était peut-être juste une impression faussée ou l'instinct de Levi qui avait rencontré trop de mains pour ne pas avoir assez de références auxquelles le comparer, mais il sentait, quelque part, qu'Eren avait un potentiel exceptionnel. C'était sûrement dû à son intrépidité d'adolescent, son attitude rebelle et fière, ou sa détermination presque lassante, Levi n'en savait rien, mais il le sentait, et c'était purement excitant. "Je –" commença Eren, tout bas, mais Levi le coupa, moqueur.

"Chut, ne gâche rien." Sa voix était provocatrice, il ne rêvait pas, hein ? Non, il ne rêvait pas. Mais il savait très bien que Levi était sérieux. C'était peut-être un être grossier et un peu foutu en l'air, comme l'avait dit Hanji, mais il savait que Levi était capable de plus de respect que lui l'était. Ses remarques acides et moqueuses pouvaient parfois sembler irrespectueuses, néanmoins, mais là n'agissait que la maladresse humaine de Levi – le contact humain, de manière générale, n'était pas son fort. Mais avec Eren, ça n'avait pas d'importance. Il ne se souciait plus que l'adolescent se sente vexé ou flatté ; et pourtant, Eren avait atteint un niveau d'intérêt phénoménal à ses yeux. Même Erd, son meilleur ami, ne jouissait pas d'autant d'attention de sa part. Et même si Levi avait couché avec énormément de gens, durant ses années volatiles, il sentait qu'il n'avait regardé personne de cette manière. Brûlante d'envie. De jalousie. De faim, de soif de chair. Il songea à Erwin, juste une, deux secondes, peut-être trois, et sans trop s'en rendre compte, sa prise s'était raffermie au niveau de sa nuque.

En levant la tête, Levi eut juste le temps de noter que le visage d'Eren fondait sur le sien. Certes, il s'était promis de ne pas aller loin, mais ça ne signifiait pas qu'il ne pouvait pas s'amuser un peu. Alors au lieu de laisser les lèvres d'Eren frôler les siennes, il esquiva et plaqua ses lèvres brûlantes contre la peau de son cou. Il se rappelait bien d'un détail. Un détail… particulier. Un détail qui avait déjà disparu sur sa peau. Le suçon. Alors, une montée d'adrénaline dans le corps, il ferma ses dents contre la surface de sa peau et savoura le gémissement de douleur qu'Eren laissa passer. Il avait dû serrer assez fort pour être certain qu'on ne la manquerait pas ; et il l'avait faite assez haute pour être certain qu'elle n'échapperait véritablement à personne. Il aimait l'idée de laisser sa marque sur quelqu'un, et le fait qu'il laisse Petra posséder sa peau lui déplaisait étrangement – il ne savait pas trop pourquoi. Eren bascula sa tête en arrière et remercia le ciel d'être déjà plaqué contre le bord de la piscine ; autrement, il serait sûrement tombé à la renverse. Levi posa le bout de ses lèvres sur la trace laissée, déjà rouge, sur sa peau, avant de la lécher de manière provocative.

Eren manqua un battement. Levi commença à fredonner l'air de Urgent, une chanson de Foreigner, qu'il reconnut au bout de quelques secondes. Il la chantait contre sa peau à un tempo déformé, prenant son temps, son souffle, ses aises. Il murmurait les paroles, plus tentatrices qu'autre chose, contre la peau de son cou, de sa mâchoire, de son oreille. Eren n'en pouvait plus. Aussi ne put-il ignorer la main de Levi qui retournait là où elle s'était trouvé un peu plus tôt ; et il lâcha un léger râle. Léger, mais suffisant pour que Levi le note, et il en fut satisfait. Il décida de le tenter un peu plus, conscient malgré que tout que s'il continuait il ne pourrait peut-être plus se retenir, et que ses bonnes résolutions ne tenaient qu'à un fil. C'était mal, il le savait, car Eren n'était qu'un gosse et il était même encore vierge. L'envie de lui retirer cette chose précieuse qu'on n'enlève qu'une fois était suffisamment source de culpabilité pour qu'il ne le fasse réellement, non ? Et il aurait des problèmes. D'ailleurs, quelque part, il savait qu'Eren n'était pas près – malgré combien il tentait de se convaincre du contraire, parce que putain, Eren était vraiment la parfaite victime.

Aux frontières de la hardiesse, Levi fit une pause dans chanson et fit glisser sa main jusqu'au creux de son dos, qu'Eren décollait du mur de la piscine dans des mouvements incontrôlables, cherchant de ses hanches celles de Levi. Une fois là, Levi se mordit la lèvre inférieure, visage niché dans le creux de son cou, et sentit leurs deux coeurs s'accélérer à mesure que le bout de ses doigts se glissaient entre l'élastique de son caleçon et sa peau. Eren fronça les sourcils et serra les dents, retenant du mieux qu'il pouvait les plaintes qui menaçaient de s'échapper de sa gorge en feu, contre laquelle le souffle brûlant de Levi atterrissait toujours de manière incroyablement tentante. Il créait le désir et lui le consommait – sans modération. Eren sentit une main s'infiltrer sous le tissu et caresser d'abord, puis empoigner sa peau, et Eren ne put retenir le mouvement instinctif de ses hanches, qui heurtèrent celles de Levi – et ce dernier tout comme Eren laissèrent s'échapper des râles de désir.

C'était rapide, mais Eren avait eu le temps d'en avoir le coeur net – Levi était incroyablement excité, alors qu'il n'avait fait que lui offrir les caresses expertes dont lui seul connaissait les secrets. Il se dit qu'il était la source de cette excitation et que ses propres plaintes suffisaient à le combler, et ne put retenir le souffle qui alla déformer ses lèvres. "Pourquoi tu souris, gamin ?" fit Levi de sa voix nonchalante, comme s'il était en train de faire quelque chose de parfaitement ennuyeux. Mais il aurait beau faire semblant, Eren savait. Il savait que ce n'était pas le cas.

Il tourna la tête vers son aîné qui, niché dans son cou, ressemblait à un petit enfant effrayé. Eren sentit son coeur aller plus vite encore – il était incroyablement beau. Qu'avait-il fait pour mériter ça ? il ne méritait pas Levi. Ça, il en était sûr. Il ne s'agissait pas de modestie, c'était véridique : Levi était à couper le souffle, il était tellement fascinant qu'il se demandait comment il y était resté insensible tout ce temps. Comme Eren ne répondait pas, Levi songea qu'il allait pouvoir le taquiner davantage ; il voyait dans ses yeux des dizaines d'émotions se heurter et s'épanouir, et c'en était presque douloureusement excitant. "Il y a bien une chose qu'on n'a pas encore faite." Eren sentit sa respiration s'effacer. Parlait-il de… parlait-il de ça ? Non, non, Eren paniquait, ça ne pouvait pas être ça. Mais lorsqu'il sentit Levi retirer sa main de son vêtement et se redresser pour fondre sur lui, il eut l'étrange préssentiment qu'il ne s'agissait définitivement pas de ça. Il en eut la confirmation quand les lèvres de Levi capturèrent habilement les siennes, de manière à ce qu'il ne les repousse pas, et qu'il sentit quelque chose de tiède caresser sa lèvre inférieure : sa langue.

C'était une demande. Eren entreouvrit la bouche, plus par réflexe que par réelle conscience, et Levi prit ça pour une invitation à y accéder. C'est vrai, ils n'avaient pas encore fait ça. Alors quand la langue de Levi s'engouffra dans sa bouche et trouva la sienne, il sentit son estomac se noua, et passa ses bras autour du cou de Levi, le serrant fort, le poussant contre lui pour approfondir le contact. C'était un ballet langoureux paisible et plus agréable qu'il ne l'aurait cru, et ils durent se détacher légèrement – juste assez pour que l'air sorte de leurs bouches, mais suffisamment proches pour que leurs bouches ouvertes soient encore posées l'une contre l'autre, comme si elles attendaient que le reste se fasse tout seul. Contre sa bouche entreouverte, Levi rit. "Pas trop mal." Il le pensait. Il ne s'était pas senti comme ça depuis longtemps.

Puis, brisant la magie de l'instant qui avait propulsé Eren au-delà de la réalité, Levi posa le bout de son nez contre sa joue et murmura, "il faudrait que je te ramène." Eren ne répondit rien, il savait qu'il était extrêmement déçu, mais que d'un autre côté, il était soulagé. Soulagé de ne pas avoir eu à le faire, non que ce soit une corvée mais c'était quelque chose qu'il ne pouvait faire aussi aisément que ça. Ce n'était pas à prendre à la légère, après tout. Et bien au-delà des relations hétérosexuelles, les dimensions de celle-ci différaient grandement. On ne pouvait pas les négliger. Levi le savait mieux que quiconque. "Oui, il faudrait," souffla Levi contre sa joue, et comme si cela lui demandait un effort considérable, se détacha.

Comme d'un commun accord, Eren retira ses bras d'autour de son cou et les deux s'éloignèrent – trop à son goût, mais il ne pouvait pas se plaindre. Enfin, quelque chose dans son estomac faisait grandir son inquiétude. Et si tout ça n'était qu'une sorte de… cadeau ? ou de passe-temps ? d'expérience ? Leurs motivations différaient sans doute et ça l'effrayait. Mais tant pis. Les yeux de Levi, maintenant à deux mètres de là, s'étaient posés sur lui d'une manière presque tendre, et un vague sourire l'appelait, si bien qu'il dut se faire violence pour ne pas se jeter sur lui à nouveau.

Levi allait en reculer jusqu'à un certain point, jusqu'auquel Eren le suivit sans briser le contact visuel. D'un geste expert, comme s'il avait fait ça toute sa vie, Levi posa ses paumes contre la surface derrière lui et se hissa hors de l'eau, retombant grâcieusement contre le sol. Il ramena ses jambes sur la terre ferme et se releva. Quand Eren arriva à ce point précis, les yeux brillants d'une lueur indéfinissable, il posa le dessous de son pied contre le mur de la piscine et attrapa la main que Levi lui tendait. Tandis que celle-là enserrait ses doigts de manière rassurante, la force de Levi suffit à le tirer hors de l'eau, et il arriva debout sur le sol. Trempés, dégoulinants, ils se regardèrent comme ça, sans trop savoir quoi dire, ni quoi faire, ni même s'il y avait réellement besoin de faire ou de dire quelque chose.

Quand il vit Levi s'avancer vers lui, Eren sentit son coeur s'emballer. Etait-ce possible de ressentir autant de plaisir en une soirée ? son coeur qui s'arrêtait, reprenait follement sa course, son estomac qui se nouait péniblement et ces frissons de plaisirs qui se répandaient en lui comme un poison agréable, était-ce donc ça, d'apprécier quelqu'un ? Peut-être. En tout cas, la paume droite de Levi se posa délicatement contre sa joue et il se pencha, près à l'embrasser, quand quelque chose vint troubler leur quiétude immaculée, provoquant un sursaut chez Eren, et un mouvement de panique chez Levi.

Les deux se détachèrent mais la main de Levi resta bloquée sur la peau de l'adolescent, alors qu'ils cherchaient la provenance du bruit. Ils regardèrent à droite et eurent tout juste le temps de voir un gardien ouvrir la porte, et les localiser, avant de se précipiter vers eux en les incendiant. Leurs deux coeurs partirent dans une autre sorte de corse, et, excités, il fondirent sur les vêtements qu'ils avaient laissés par terre, et les ramassèrent au passage. Quand Levi se trouva habilement perché au-dessus du muret de sécurité, il tendit une main à Eren pour la seconde fois, qui réussit à garder ses vêtements en main et à se hisser sur le muret en même temps. Levi était incroyablement séduisant, dans la lumière de la nuit, ses cheveux noirs laissés sauvagement coiffés, pour une fois, et ses yeux gris brillant avec excitation. Si c'était ça, la liberté, alors il était preneur.

Eren sauta le premier, riant aux appels désespérés du gardien qui, ils le savaient, ne parviendrait pas à les suivre, pas comme ça. Eren atterrit lourdement sur le sol et laissa une plainte de douleur s'échapper de sa bouche, mais au fond, c'était supportable. Allongé sur le dos, il s'offrit quelques secondes de répit avant de se relever, mais il n'en eut pas l'occasion – déjà Levi sautait à son tour et fonçait tout droit… sur lui. Il s'écroula lui aussi et la moitié de son corps heurta celle d'Eren. C'était légèrement douloureux, mais l'adrénaline était telle qu'ils ne sentirent pas grand chose, et quand Levi se redressa sur ses paumes et ses genoux écorchés, il offrit au plus jeune un sourire des plus radieux. On pouvait encore entendre le gardien les menacer avec des "vous allez voir si je vous attrape !" qui provoquait, de leur côté, plus de rire que de peur.

"Tu es magnifique," lâcha Levi, sans trop s'en rendre compte, et lorsqu'il réalisa ce qu'il venait de dire, ses yeux devinrent un peu plus sombres, comme si un mécanisme de défense l'empêchait de s'ouvrir davantage. Eren ouvrit de grands yeux. Non seulement ce qu'il venait de dire lui avait coupé le souffle, mais il était impossible de ne pas penser la même chose de lui. Une goutte d'eau roula de son cuir chevelu jusqu'à son front, et finit sa course sur sa lèvre inférieure. Eren profita de l'occasion pour remercier silencieusement Levi, et essuya la goutte d'eau d'un geste délicat, à l'aide de son pouce. Mais une fois la goutte effacée, il y laissa son pouce, et Levi entreouvrit très légèrement la bouche, comme s'il réfléchissait à quelque chose à dire.

"Chut, ne gâche rien," répéta Eren selon les dires de Levi, ce qui lui valut un sourire amusé. Quand Eren retira sa main, Levi se releva, et Eren l'imita. Ils retournèrent à la voiture en silence, en caleçon dans la rue, en pleine nuit, et se poussant légèrement d'épaule à épaule pour s'embêter. Quand Eren manqua d'aller contre une voiture sous le coup plutôt puissant de Levi, ce dernier éclata de rire, et Eren en profita pour faire de même. Levi perdit l'équilibre et Eren le rattrapa d'une main enserrée autour de son avant-bras, et tandis qu'ils s'enfonçaient dans la nuit, leurs rires s'élevaient comme la promesse d'un lendemain.

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L'air était aussi chaud que lorsqu'il avaient conduit jusqu'ici, et Eren laissa volontiers son bras pendre de l'autre côté de la portière, légèrement caressé par le vent que provoquait la voiture, roulant à une vitesse trop importante, comme toujours. Ils s'étaient rhabillés avant de monter dans la voiture, mais leurs cheveux étaient toujours mouillés, et il pouvait sentir sa peau humide coller à ses vêtements. Levi, c'était sûrement la même chose. Mais, concentré sur la route, parfois un semi-sourire sur le visage, mais qui disparaissait aussitôt, il ne disait rien, et Eren laissait le pur sentiment de bien-être le remplir et l'enlacer. De quoi avait-il besoin de plus ? Absolument rien. Ils venaient d'entrer illégalement dans une piscine publique et s'y étaient baignés, et Eren y avait embrassé son premier garçon. Certes, Levi l'avait embrassé à la fête, mais ses motivations étaient différentes et Eren n'avait pas consentant.

Il songea à combien les choses avaient basculé cette semaine. Il était membre de l'équipe de basketball, rêve d'enfant, et il entretenait un semblant de relation avec un type de vingt-sept ans aux yeux blasés et au visage fatigué, il avait une raison de se lever le matin, son père avait fichu le camp et il n'avait jamais autant aimé les Ford Mustangs. D'ailleurs, il avait envie de lui dire tout ça. Il avait envie de confier à Levi les détails les plus insignifiants de sa vie, sa couleur préférée, comment il aimait son omelette. Apaisé comme jamais, Eren se tourna vers Levi.

"Ils m'ont pris dans l'équipe de basket." Levi sourit. Il le voyait. C'était sa manière de lui dire 'félicitations, gamin'. "Tu joues au basket ?" Il dut attendre quelques secondes, comme si Levi réfléchissait, mais il savait qu'il était concentré sur la route.

"Un peu," finit-il par dire, et Eren se promit d'essayer de le faire jouer, un de ces jours. Il avait un panier de basket installé au-dessus de leur garage, sur la façade de la maison, et parfois il y jouait avec Armin – même s'ils préféraient la plupart du temps se rendre au terrain de basket quand ils en avaient le temps. Armin était médiocre en basket, comme en sports en général, alors Eren le battait toujours. Il se demanda s'il pourrait battre Levi.

Et tout à coup, des tas de possibilités naissaient dans son esprit. Il entrevoyait l'avenir d'une manière différente. Comme si les portes s'étaient ouvertes, qu'il percevait enfin de la lumière au bout du tunnel. Les perspectives de l'avenir étaient sous ses yeux, infinies, et l'instant présent se résumer à voir Levi sourire faiblement en regardant devant lui, devinant une lueur de défi naître dans le regard de l'adolescent. Ah, ce gamin, songea-t-il, et une chanson de Nines Inch Nails démarra à la radio.