Le chapitre nouveau est arrivé ! J'ai pris beaucoup de temps, je suis désolée... J'avais un peu une panne d'inspiration, bien que je sache à peu près ce qui doit se passer dans la suite de l'histoire. Je pensais y bosser plus pendant les vacances de Noël, mais en fin de compte je n'ai rien foutu. En fait, le chapitre que je viens de poster était déjà écrit depuis un moment, seulement je pensais écrire la fin à la suite... sauf que je me suis rendue compte que le document faisait déjà dix pages, du coup la fin de Plogviehze sera dans une quatrième partie. Enfin j'espère que je n'aurais pas besoins d'une quatrième ET d'une cinquième...
Dites-moi si vous trouvez Vimaire un peu trop OOC, je sais que j'ai un peu du mal à m'approprier son caractère (quoique c'est toujours mieux qu'avec Vétérini... j'évite d'écrire trop de scènes sur lui, je ne sais jamais comment il serait sensé réagir, et Lila ne peut généralement rien lui apprendre, vu qu'il sait déjà tout sur tout...)
Mbref. J'essaierais de reprendre un rythme d'écriture plus régulier dans les jours à venir, vu qu'il y a certains chapitres auxquels j'ai hâte d'arriver.
Merci beaucoup à Bariusagi (même si je sais qu'il y a une chance sur un million pour qu'elle passe par ici), qui m'a remotivé à écrire (sans le savoir). Merci Bari !
ATTENTION, gros spoilers du Régiment Monstrueux dans ce chapitre !
Chapitre 10 : Plogviehze !
Partie 3 : la rencontre (enfin!)
Les réponses apportées par Lou-Tsé à ses questions n'avaient fait que motiver encore plus Lila dans ce qu'elle allait faire : son rôle était enfin défini, elle était certaine de l'utilité de ses actes. Elle guiderais le commissaire divisionnaire dans sa tache de négociateur, et s'arrangerait pour que la guerre cesse. Elle était ici celle qui connaissait le mieux le Régiment Monstrueux, et elle savait ce qui devait arriver. Et comme l'avait dis le vieux moine balayeur, quand on n'est pas certain qu'un événement se passe comme prévu, on l'aide.
Peu après son entretien avec Lou-Tsé, la jeune femme passa en revu ses atouts. Elle connaissait ce qui allait – non, devait se passer, informations cruciales si elle voulait avoir une chance d'influer sur le destin du Disque-Monde. Pour atteindre Vimaire, elle pouvait se servir de son rôle de messagère. Mais de ce qu'elle en avait vu jusqu'à présent, ce travail ne lui avait pas permis de s'approcher du chef du Guet. Il faudrait donc trouver autre chose. Elle pouvait aussi s'infiltrer dans la tour, ce ne serait d'ailleurs pas la première fois qu'elle entrerais quelque part par effraction. Mais Vimaire la connaissait, il avait apparemment un dossier sur elle, le Patricien aussi d'ailleurs, et si elle voulait pouvoir parler au commissaire, elle préférait le faire en toute légalité. Elle n'avait aucune envie de se retrouver en prison pour violation de propriété privée, ou tout autre motif que Vimaire trouverait. Une solution possible serait de tenter de lui remettre un soi-disant message en main propre, pour pouvoir le rencontrer elle-même, mais elle n'était pas assurée qu'il soit seul à ce moment là, et il était hors de question qu'elle dévoile l'existence de Salomé à ce gros porc de seigneur Rouille.
« Qui parle de lui dévoiler mon existence ? Il n'a pas besoins de savoir comment tu possède toutes ces informations.
Tu ne comptais pas l'aider toi même ? Les autres fois, avec Suzanne ou Moite, c'était toi qui parlait.
Oui, mais eux ne me connaissent pas, ils ne savent donc pas que je suis une autre personne que toi. Vimaire, lui, te connais. Il t'a déjà rencontré.
Il voudra savoir de toute façon comment je peux connaître l'avenir. Il ne me fera pas confiance seulement parce que je le lui demande. C'est un policier, il a l'habitude de faire cracher le morceau aux gens qui ont des secrets.
Mouais... on verra bien à ce moment là. »
La jeune femme était en train de manger dans un réfectoire commun à tous les serviteurs morporkiens. Il y en avait une petite douzaine, sois des natifs de la grande ville venus vivre en Borogravie, sois des gens travaillant pour les envoyés de la ville, et qui avaient suivi leurs maîtres ici. Lila s'était fait quelques amis, mais elle savait qu'elle ne reverrait probablement jamais ces gens une fois qu'elle repartirait en voyage. Il s'agissait seulement de camarades de passage. Maïa lui manquait, mais elle savait qu'elle la reverrait bientôt – son voyage ne durerait pas plus que cinq ou six mois. Elle lui avait envoyé un message clic-clac lors d'un arrêt dans une des rares villes d'Überwald ayant accès au réseau de l'Interurbain, mais elle lui avait précisé de ne pas y répondre : son adresse n'était pas fixe, le message risquait sans doute de faire tout les tour des clic-clac sans la trouver. Elle était donc seule dans cette aventure, sans attache avec son pays, ce qui lui convenait d'ailleurs parfaitement.
Elle finit par retourner à sa petite chambre dans les appartements des serviteurs. Elle avait quartier libre pensant une heure, avant de devoir retourner au bureau dans lequel transitait la plupart des messages pour toute la forteresse. En temps normal, quand les borograves tenaient l'endroit, tous les hauts dignitaires de l'armée possédaient leurs propres messagers. A présent que la Kneck était aux mains de l'Alliance, l'organisation borograve s'était un peu cassé la figure, et on avais dû réorganiser un système de messages centralisés. Lila se voyait donc confier des lettres pour des commandants plus ou moins inconnus, avec une vague indication de l'endroit où ils se trouvaient.
« Pfff, j'suis fatiguée... » songea Lila, en jetant un coup d'œil par la petite fenêtre crasseuse.
« Oui bah en même temps t'a trop mangé. » répliqua la fantôme. « Ça n'aide pas.
J'ai qu'à faire une sieste. Il me reste encore un moment avant la reprise du service.
Bonne idée... »
Allongée sur ses couvertures, elle ne mit pas longtemps à s'endormir. Au bout d'un temps qui lui sembla n'avoir duré que quelques minutes, elle fût réveillée par une petite voix dans sa tête.
« Debout là d'dans ! Ça fait une heure que tu pionce ! T'as du boulot, flemmarde ! »
La voix de Salomé était joyeuse et enthousiaste. Manifestement, la réincarnée avait hâte de se remettre au travail. Lila se leva d'un bond, enfila ses bottes, attrapa sa sacoche et sortit de la petite chambre. Puis elle y revint immédiatement pour remettre de l'ordre sur la petite table qui lui servait de bureau et qui était toujours un foutoir incroyable, que ce soit ici ou à Ankh-Morpork.
« Tu es bien sûre que ça fasse une heure ?
Certaine. Je n'ai pas dormi.
Quand je dors, et que toi tu es réveillée... tu fais quoi ?
Je m'ennuie. »
Quand elle arriva au ''bureau de poste centrale'', comme l'avait nommé les messagers, quelques personnes étaient présentes. Il n'y avait manifestement pas encore de messages à délivrer : pendant la période du déjeuner, les occupants de la forteresse restaient plutôt silencieux. Mais Lila se doutait que le travail allait bientôt reprendre. Les quelques messagers – ils n'étaient pas plus d'une demi-douzaine, sous les ordres d'un ancien employé de la Poste Royale morporkienne – s'étaient séparé la forteresse en plusieurs quartiers. Lila avait eu la chance d'écoper des quartiers du Guet, ce qui était considéré comme une corvée, vu la réputation de Vimaire. On lui avait attribué cette zone en tant que bleue qui n'y connaissais rien, une sorte de bizutage, mais elle n'en avait cure : c'était pour elle une chance...
Monsieur Lancon, le chef autoproclamé des messagers, la tira de sa rêverie en lui agitant une liasse d'enveloppes devant les yeux.
« Du boulot pour toi, Lil' ! On m'a refilé quelques messages pendant que je venais ici, il y en a trois ou quatre pour le Guet. »
Lila se leva de sa chaise et attrapa les lettres en souriant au vieux postier.
« Merci, m'sieur Lancon. Je m'en occupe tout de suite. »
Le secteur de la tour du Guet et alentours demandait en général assez peu de travail, le commissaire Vimaire étant plutôt adepte de la communication par cris à travers la porte ( « Raymond, descendez donc aux cuisines chercher du lapin cru pour Pignouf ! » « Que quelqu'un dise à Angua de monter à mon bureau, on a besoins de son nez ! » « Chicard, repose tout de suite mon étui à cigare dans mon casier ! Je t'y reprendrais à essayer de faucher les affaires de tes collègues, bon sang ! » ), mais les messages des autres quartiers étaient très souvent destinés à la délégation morporkienne. Lila avait donc malgré tout beaucoup de travail, et elle courait partout du soir au matin. Elle fourra donc les quelques enveloppes dans sa sacoche, avant de partir à petites foulées vers les bureaux morporkiens.
Elle se remit à marcher à un rythme normal en arrivant près de sa première destination, histoire de ne pas arriver trop essoufflée. Elle sortit de sa sacoche les lettres. Deux portaient le sceau de la Zlobénie, deux autres d'Ankh-Morpork, une était adressée directement au seigneur Rouille, avec un tampon du commandement borograve (dont la majeure partie se trouvait dans les cachots), et la dernière pour le commissaire Vimaire, avec la mention ''à remettre en mains propres''. Elle décida de commencer sa tournée par le commandement morporkien, c'est à dire la lettre pour Ronald Rouille, et celles adressée à l'ensemble des diplomates. Elle fut reçue par Dumenton, le consul, qui servait en fait surtout de secrétaire principal, à qui elle remit les quatre premières lettres. Le consul lui confia une enveloppe de la part d'un général morporkien quelconque, à l'adresse du prince Heinrich (ou plutôt d'un de ses subalternes, puisque le prince n'était actuellement pas présent dans la forteresse). Elle fût ensuite acceptée dans le bureau de Rouille, et posa l'enveloppe sur son bureau sans que ce dernier lui accorde le moindre regard, puis elle repartit en courant en direction de la tour du Guet. Il ne restait plus que la lettre pour le duc d'Ankh, après quoi elle pourrait retourner au QG et attendre d'autres courriers.
Le bureau du commissaire était situé au sommet de la tour, au dessus des appartements des agents du Guet l'accompagnant. Un long couloir désert sans aucune porte reliait la tour au reste des appartements des délégués morporkiens. Il était éclairé par une unique fenêtre sans vitres, et un chandelier, dont la moitié des bougies seulement étaient allumées. Lila suivit le corridor en frissonnant légèrement, à cause du froid de l'hiver naissant. La porte au bout du couloir était en bois de chêne massif, et un judas était percé dedans. Ce qui était inutile, vu que la porte était entrouverte. Lila frappa néanmoins au battant. Elle était certaine que quelqu'un la remarquerait, puisqu'elle entendait des voix à l'intérieur : l'étage n'était pas déserté. En effet, une dizaine de secondes après que ses coups aient retentit, le battant grinça sur ses gonds et la sergent Angua apparut. Ses cheveux blonds cendrés étaient lâchés sur ces épaules, et elle ne portait pas son plastron, ce qui était inhabituel. Bien que la messagère soit assez grande, la sergente réussi quand même à la regarder de haut – c'était sans doute une capacité qu'avait les loups-garous, à moins qu'il ne s'agisse seulement d'une capacité de la sergente Angua von Überwald.
« Oui, c'est pour quoi ? » lança Angua.
« J'ai un message pour le patron », fit Lila, désignant Vimaire par le surnom que lui donnait les agents (et faisant frémir par la même occasion Salomé, qui devait se rappeler un quelconque souvenir de son ancienne vie) « Il est à remettre en mains propres », ajouta-t-elle en voyant la jeune femme tendre la main pour récupérer l'enveloppe.
Angua plissa les yeux, mécontente, mais ne remis pas en question les habitudes des messagers : elle avait un trop grand respect pour le commissaire. Elle guida donc Lila à travers la salle principale, dans laquelle deux agents (« Inconnus au bataillon, désolé » répondit Salomé quand Lila l'interrogea) se prélassaient sur des fauteuils. Elles se dirigèrent vers le long escalier en colimaçon qui montait jusqu'au sommet de la tour, là où le commissaire avait une magnifique vue sur les environs de la vallée de la Kneck. Chemin faisant, Lila se posait néanmoins quelques questions. Dont, en particulier :
« Comment ça se fait qu'elle ne me reconnaisse pas, bon sang ?!
Eh bien vois-tu Lila, c'est très simple » répondit Salomé sur un ton faussement savant. « Angua vois des dizaines de gens défiler au poste du Guet tous les jours, et votre dernière rencontre remonte à plusieurs années. Qui plus est, tu as beaucoup changé depuis ta mésaventure dans les bars morporkiens. Non seulement tu as pas mal grandi, mais ton voyage t'a fait maigrir, ton visage a changé, tes cheveux ont poussé, tu les portes attachés... Tout ça, associé à une perte de mémoire naturelle, explique le fait que la sergente Angua n'est pas tilté en te voyant. Et quand bien même elle aurait eu un doute, eh bien... c'est impossible que tu sois là, n'est-ce pas, puisque tu vis à Ankh-Morpork.
Heeeeuuu... ça t'arrive souvent, de parler comme un prof de l'UI ? C'est un peu flippant... »
Il n'y eut pas de réponse, à part l'impression que la fantôme souriait.
« Le commissaire est occupé pour le moment. Je crains que vous ne deviez attendre quelques minutes avant de le voir » annonça Angua d'une voix froide. « Êtes-vous sûre que vous ne voulez pas me confier cette lettre ? Je la lui remettrais personnellement. »
« Elle ne doit surtout pas voir le courrier de Vimaire ! » intervient immédiatement Salomé.
« Wowowo, attend une minute, toi... je croyais que tu faisais parfaitement confiance à Vimuche...
NE L'APPELLE PAS COMME CA, NOM DES DIEUX !
… et par conséquent aux gens à qui il faisait confiance, dont Angua ?
On est en temps de guerre.
Ça n'empêche pas qu'Angua lui reste loyale. En toute circonstance. »
Ce qui ne l'empêcha pas néanmoins de répondre par la négative.
« Il est clairement indiqué ''à remettre en mains propres''. Je faillirais à mon devoir si je n'obéissais pas aux directives de l'expéditeur. »
Sourire intérieur amusé de Salomé.
« Ah oui, le fameux sens de l'honneur des messagers morporkiens... Ni le vent, ni la pluie, ni les omb es de la nu t ne pourrons détourner ces mes agers de leur devoir … » fit-elle, railleuse, en citant la célèbre devise affichée sur le fronton abandonné de la Poste Royale. Le mantra avait été modifié au cours des siècles, et finissait maintenant ainsi : Mais faut pas nous parler de : -Trolls des montagnes avec des bâtons -Toutes sortes de dragons -Madame Cake -Énorme truc vert avec des dents -Tout types de chiens noirs avec des sourcils oranges -Pluies d'épagneuls -Brouillard -Madame Cake.
Lila ne releva pas la pique, ne faisant de toute façon pas techniquement partie des postiers morporkiens, qui ne comptaient à présent dans leurs rangs que quelques petits vieux nostalgiques – et un jeune passionné d'épingles.
Les deux jeunes femmes finirent par arriver sur un petit palier, autour duquel se trouvaient deux portes : l'une, ouverte, menait à une sorte de salle d'attente. L'autre, fermée, était probablement le bureau du commissaire. Angua lui désigna l'antichambre, avant de repartir se poster à côté de l'escalier. La petite pièce était manifestement un ancien bureau, dont on avait même pas retiré la table principale. Il y avait quelques chaises disséminées un peu partout sans ordre apparent. Lila s'assit sur la plus proche de la porte, et sortit la lettre de sa sacoche. Il s'agissait d'une simple enveloppe kraft, bien différente des habituelles enveloppes blanches utilisées par les diplomates présent dans la forteresse. Le nom était écrit d'une belle écriture manuelle appliquée : Samuel Vimaire, Commissaire Divisionnaire du Guet Municipal d'Ankh-Morpork, envoyé spécial du Patricien. Lila doutait que le commissaire apprécie le dernier titre : pour lui, tout ce qui se rapportait à l'autorité était plus ou moins démoniaque, même à présent qu'il était lui même devenu une autorité. Tout le monde savait qu'il détestait le Patricien, même si en même temps, il considérait comme son devoir de le protéger – et bien sûr il refusait de se l'avouer. Il n'y avait pas de nom d'expéditeur, de sceau ou de tampon sur l'enveloppe : le signature se trouvait probablement à l'intérieur. Pas de signature, à remettre en mains propres... apparemment, l'expéditeur tenait à la sécurité de sa lettre.
« Ça sera une occasion de pouvoir voire Vimaire seule. Cette lettre est bien utile... »songea Lila.
« Non, Angua est là aussi. Elle ne laisse jamais Vimaire seul un instant en présence d'inconnus quand ils ne sont pas à Ankh-Morpork.
Ben, du coup, je fais comment, moi, pour le rencontrer ? C'était plus ou moins ma seule chance...
J'ai un plan. Je te l'expliquerait plus tard.
Pourquoi pas maintenant ?
Parce que Vimaire est là.»
Lila releva la tête, entendant un bruit de porte qui grince. Le bureau en face venait de s'ouvrir, et le commissaire Vimaire raccompagnait dehors un dignitaire zlobénien. En sortant, il lança un coup d'oeil tout autour du palier, et remarqua immédiatement la présence de Lila et d'Angua. Il serra la main du zlobénien, lâchant quelques mots maladroits dans une langue non-identifiée, avant de froncer les sourcils en direction de la sergente, comme pour l'interroger. Cette dernière répliqua par un petit mouvement de la tête en direction de la messagère.
« Un message pour vous, monsieur le commissaire » annonça la louve-garou tandis que le visiteur disparaissait dans les escaliers. « La demoiselle a insisté pour vous le donner directement. »
Vimaire se tourna vers Lila, qui s'était relever de sa chaise en entendant Angua. Le commissaire avisa l'écusson des messagers accroché à la veste de la jeune fille, et soupira.
« Encore une de ces foutues lettres... De qui elle est ? » demanda-t-il, sans pour autant chercher à récupérer l'enveloppe que lui tendait la jeune fille.
« Aucune idée, monsieur » répondit Lila d'une voix neutre. « Pas de signature sur l'enveloppe.
-Pfff... pas encore une de ces lettres de menace ?
-Heu... je ne pense pas... » fit Lila, étonnée d'apprendre que le commissaire recevait ce genre de courrier. Il tendit la main vers la lettre que tenait toujours la jeune morporkienne, puis retourna l'enveloppe pour regarder au verso : comme prévu rien n'était écrit.
« Excusez-moi, mademoiselle... je vous connais ? » demanda soudain Vimaire, après l'avoir observé quelques secondes, les sourcils froncés. Lila secoua la tête.
« Je ne crois pas, monsieur. Jusqu'à présent je vous ai seulement croisé une ou deux fois dans les couloirs.
-Mmmh... j'aurais juré vous avoir déjà vu quelque part... bah, je dois me tromper. Cette guerre me fait perdre la tête... »
Lila sourit, compatissante. Elle jeta un regard vers Angua, qui regardait ses ongles sans trop se soucier de la scène, puis elle se tourna à nouveau vers Vimaire.
« Voulez-vous que j'attende que vous écriviez une réponse, commissaire ? »
« Naaan ! T'as du boulot, Lila !
Eh, mais c'est quoi ton problème ? »
« Ça ira, merci bien, répondit Vimaire après quelques instants de réflexion. J'enverrais Raymond la porter, au besoins. Mais puisque vous êtes là... » Il fourra la lettre dans sa poche et entra quelques secondes dans son bureau, avant d'en ressortir, un papier plié à la main. « Si vous pouviez remettre ceci à Clarence Dumenton, je crois qu'il est au QG de l'ambassade morporkienne...
-Bien sûr » fit Lila en souriant et en hochant la tête. Elle prit le papier qu'elle glissa dans sa sacoche, avant de se diriger vers les escaliers.
« Bonne journée, commissaire. »
Vimaire était déjà rentré dans son bureau, toujours marmonnant : « Me rappelle quelqu'un... certain d'avoir déjà vu... »
Lila s'enfuit rapidement de la tour avant que le commissaire divisionnaire puisse mettre un nom sur son visage. Elle se dirigea ensuite vers les quartiers des diplomates morporkiens, où elle transmit au consul Dumenton le message de Vimaire. Le consul lui rédigea rapidement une courte réponse, qu'elle porta en courant à la tour du Guet morporkien. Raymond Soulier récupéra le message, qu'il promis de porter au commissaire, précisant qu'il s'occuperait de transmettre une éventuelle réponse. D'après lui, Vimaire le prenait pour une tour clic-clac.
Sur le chemin de retour vers le bureau de poste central, elle croisa un vieux balayeur – impossible de déterminer s'il s'agissait ou non de Lou-Tsé. Elle le salua de la main en passant, il répondit pas un petit sourire. Salomé se tenait silencieuse depuis l'entrevue avec Vimaire, et elle bloquait l'accès de Lila à ses pensées. Elle ne s'ouvrit finalement à son hôte qu'une fois arrivées au QG, où on lui annonça qu'il n'y avait pour l'instant aucun message destiné aux morporkiens.
« Bon, c'est quoi ton plan ? » demanda Lila en s'affalant dans une chaise. Elle attrapa une gourde d'eau posé sur une petite table à côté d'elle.
« Tu vois la vieille cuisine désaffectée qui se trouve au troisième niveau ? »
L'image de la cuisine en question flotta un instant dans la mémoire de la jeune fille.
« Ce soir, à minuit, rend toi dans cette cuisine. Prend le VadeMecum avec toi, ainsi que la frise chronologique, au cas où, et attend.
Heeeuuu... attendre quoi ?
Vimaire sera là.
HEIN !? Mais comment tu peux le savoir ? »
Salomé rigola.
« La lettre que tu as remise à Vimaire... c'est moi qui l'ai écrite.
QUOOOIIII !? »
Salomé expliqua brièvement à son hôte qu'elle avait utilisé la technique de l'écriture automatique pour rédiger un message à l'attention de Vimaire, qu'elle avait ensuite placé dans sa sacoche, ni vue ni connue. Lila n'avait pas remarqué la présence de cette lettre quand elle avait récupéré le courrier à distribuer, et l'avait prise pour une lettre officielle.
« Ça t'arrive souvent de prendre le contrôle de mon corps pendant mon sommeil ? » s'énerva Lila.
« Non. Je ne le fait que si c'est une urgence. Pour te ramener chez toi après que tu te sois endormie chez Madame Cake, il y a quelques années, ou pour écrire une lettre pour le commissaire.
Tu aurais pu me prévenir !
Tu aurais refusé. Je te connais, Lila. Des fois, il faut te pousser un peu. Voire beaucoup... »
Lila soupira. Il semblais qu'elle n'avais pas le choix... soit. De toute façon, c'est ce qu'elle avait voulu. Il y avait longtemps qu'elle ne pouvait plus faire marche arrière. Il n'y avait qu'à espérer que le commissaire vienne seul... ce qui était très peu probable, le connaissant. D'ailleurs, il n'était même pas certain que Vimaire vienne. Après tout, il s'agissait d'une lettre anonyme, ça pourrait être un piège, non ?
« Je lui ai proposé de l'aide, des informations » intervint Salomé. « Il viendra, c'est sûr. Après, seul ou accompagné... peu importe, je pense. Tant qu'il ne s'agit pas du Guet au grand complet. »
Un nouveau paquet de lettres fût déposé sur la petite table à côté d'elle.
« Du boulot, Lil'... » annonça la voix du vieux postier.
L'interpellée sourit et attrapa la liasse d'enveloppes sans même y jeter un coup d'œil. Elle les fourra dans sa sacoche et repartit une nouvelle fois en courant vers les appartements des diplomates.
oOoOoOoOoOo
Minuit moins le quart. La nuit s'étend sur la forteresse endormie. Tout est calme, à l'exception de quelques salles de réunions, où les chefs de guerre travaillent encore. Dans les niveaux les plus bas du château, juste au dessus de la première cave, se trouve un couloir sombre. Il n'est éclairé que par une bougie tremblotante, portée par une silhouette habillée d'un long manteau et la tête recouverte d'une capuche. Elle est grande, et maigre comme un clou. Ses pas résonnent faiblement sur la pierre froide du sol. Elle ne fait même pas attention à cacher sa lumière : de toute façon, personne ne vient dans cette partie de la forteresse la nuit.
Personne, sauf bien sûr cette silhouette.
Ainsi que la deuxième silhouette, plusieurs mètres derrière elle, qui vient de se détacher du mur et qui la suit dans le silence le plus total. Elle est un peu plus petite, plus large d'épaule, est également habillée de couleurs sombres et ne porte pas de bougie.
Sans le savoir, les deux silhouettes passent devant un petit renfoncement obscur, depuis lequel un petit vieillard les regarde passer en souriant. Une fois les deux personnes disparues derrière un angle du couloir, le vieillard hoche la tête, sort de sa cachette et repart dans la direction opposée.
Lila avançait dans le corridor froid en frissonnant un peu. Elle avait prévu d'arriver plus tôt, on ne sais jamais. Des fois que l'endroit soit déjà occupé... Il lui semblait être bientôt arriver à la vieille cuisine à l'abandon, mais elle ne pouvait pas en être certaine : dans le noir, la forteresse paraissait différente...
« T'as pas l'impression d'entendre des bruits ? » souffla Salomé.
Lila fronça les sourcils.
« Non... comment tu peux entendre des trucs et moi pas ? On a les mêmes oreilles, non ?
On ne fais pas toujours attention aux mêmes détails.
Je n'entend rien. »
Elle continua à avancer, ignorant l'impression de la fantôme. Elle passa un angle du couloir, et rentra dans une silhouette noire collée au mur.
Elle eut du mal à comprendre ce qui se passa dans les instants qui suivirent. Toujours est-il qu'elle se retrouva soudain plaquée à son tour contre la paroi de pierre, une main inconnue bâillonnant sa bouche et une lame acérée appuyée contre sa gorge.
« Si tu bouges, tu es morte » chuchota une voix froide à son oreille. « Ce n'est pas toi que j'attends, tu as de la chance. Si tu restes tranquille, il ne t'arrivera rien. »
Lila hocha silencieusement la tête, les yeux exorbités. Dans sa tête, Salomé se tenait tout aussi silencieuse, mais elle sentait que si la fantôme avait formulé ses pensées, elle aurait crié: « J'avais raison ! »
Elle ne pouvait voire le visage de son agresseur, pour deux raisons : la pénombre ambiante, et le capuchon gris sombre qu'il portait. Il parlait morporkien parfaitement, mais avait néanmoins un épais accent qui lui était inconnu. Un borograve ? Mais ils étaient tous en prison...
Soudain, l'homme fit volte-face et envoya une droite juste derrière lui, en face de Lila. Cette dernière n'avait absolument pas remarqué la troisième personne qui s'était approchée. Pour un secteur soi-disant désert, l'endroit était drôlement fréquenté...
Un cri étouffé provint du nouveau venu, qui fut envoyé contre le mur opposé. Il se redressa immédiatement et plongea la main dans sa poche, d'où elle ressortit, habillée d'un magnifique coup-de-poing en laiton. Avant même que le coup ne parte, Lila avait pris ses jambes à son coup et se carapatait en direction du point de rendez-vous qu'elle avait donné à Vimaire. Quel que soit l'identité de son sauveur, il pouvait se passer d'elle pour se battre contre cet assassin. Le borograve ne s'attendait manifestement pas à la présence de la jeune femme, et elle ne comptait pas le contrarier. Elle entendit derrière elle un bruit de craquement horrible, qu'elle s'efforça d'ignorer.
« Courage, fuyons ! » lança Salomé dans les recoins de son esprit envahi par l'adrénaline. Elle ne se le fit pas dire deux fois, et ne s'arrêta qu'une fois arrivé devant la grosse porte en bois de la vieille cuisine. Elle la poussa – elle n'était pas verrouillée – et pénétra à l'intérieur de la pièce sombre, avant de s'appuyer contre le battant qu'elle avait vite refermé, essoufflée.
Elle farfouilla un instant dans la poche de sa veste, et en sortit une bougie et une petite boite d'allumettes. Quelques secondes plus tard, un halo de lumière éclairait le local. Lila se dirigea vers la large table en chêne, et s'assit sur une des chaises qui l'entourait. Puis elle fixa sa bougie sur la table, et en sortit une deuxième, qu'elle alluma également. Elle observa les lieux : mis à part la table centrale, il y avait de grands placards, ouverts et vides, appuyés aux murs, et un âtre immense dans lequel on aurait pu caser toute une marmaille. Des ficelles pendaient aux poutres, souvenirs de l'époque où on y trouvait encore des jambons et des herbes.
Il devait être à peu près minuit moins le quart, il lui restait donc encore un moment à attendre. Dans une pièce sombre, et avec une fantôme plus ou moins paranoïaque qui squattait son cerveau, ça n'allait pas être génial...
Comme pour lui montrer qu'elle avait tort, la porte s'ouvrit sans bruit, en projetant une ombre improbable sur le sol de la cuisine. Lila se leva de sa chaise mais ne bougea pas.
« Faites que ça soit bien le commissaire... pas l'autre assassin de tout à l'heure... » pria-t-elle.
Mais l'homme n'avait pas la carrure du borograve qui l'avait attaqué. Lila remarqua un éclat de lumière quand la flamme de la bougie se refléta sur... un coup-de-poing que l'homme remettait dans sa poche. Lila frissonna. Qui était ce gars ?
« Tu connais beaucoup de monde, dans cette forteresse, que des borograves voudraient assassiner ? » railla Salomé.
« Ben, oui... tout le commandement morporkien. »
L'homme s'avança dans la lumière des bougies. La première chose que Lila remarqua fut l'hématome naissant sur sa joue : le coup que lui avait lancé l'assassin. La deuxième fut une vieille cicatrice en travers de l'œil. La troisième, le reste de son visage, qui lui assurait qu'il s'agissait du commissaire divisionnaire Vimaire.
« Bah voilà... bah voilà !
Oh, la ferme, toi... »
Apparemment, le commissaire venait lui aussi de reconnaître Lila, puisqu'il afficha une mine particulièrement étonnée.
« Vous ?
-Ou-i, c'est moi... vous vous attendiez à quelqu'un en particulier, monsieur le commissaire ? »
Vimaire secoua la tête.
« Je vous croyais à Ankh-Morpork. J'aurais dû m'en douter en vous voyant tout à l'heure... »
Lila se rassit, mais Vimaire resta debout et s'adossa à un mur. Avant de se lancer, elle préféra demander :
« Qui était cette homme, dans le couloir, qui vous a attaqué ? Un soldat borograve ?
-Non, un civil, sourit le commissaire. Ils ont enfin pigé le truc de se déguiser en lavandières pour pénétrer dans la forteresse. Il va falloir qu'on poste des gardes aux portes pour contrôler les nouveaux venus. On peut être fiers d'eux, je suppose... »
Lila déplaça une des bougies sur le côté, un peu nerveuse. Elle n'avait pas vraiment réfléchi à comment elle comptait exposer son projet au policier. Ni comment il allait le prendre...
Peut-être sentit-il sa nervosité, car il lui demanda finalement :
« Puis-je savoir ce que je fais ici, en plein milieu de la nuit, alors que je devrais être dans mon lit, en train de ronfler comme un sonneur ? »
Lila prit une grande inspiration.
« Je pense pouvoir vous aider, commissaire. Je sais des choses qui pourraient vous être utiles... à régler cette guerre.
-Parce que vous êtes schizophrène. »
Lila n'eut aucune réaction, pour la simple et bonne raison qu'elle ne savait pas comment réagir. Son cerveau semblait avoir fermé boutique pour un moment. Elle se répétait en boucle :
« Commentilsait?Commentilsait?Commentilsait?Commentilsait ? »
Salomé soupira dans un recoin de son esprit.
« Bon, ok, je m'en occupe... »
« Comment vous le savez ? Demanda la fantôme à voix haute. Non, attendez, ne me le dites pas... C'est le Patricien qui vous a prévenu, non ? »
Sourire entendu de la part de Vimaire.
« Vous êtes Salomé, non ? »
La jeune femme hocha la tête.
« J'ai l'impression que le cerveau de Lila a beugué.
-Il a quoi ? Demanda Vimaire en fronçant les sourcils.
-Elle est hors-service pour le moment. Elle n'avait absolument pas prévu que vous puissiez déjà être au courant. On dirait qu'elle sous-estime beaucoup le seigneur Vétérini...
-Soit. Je sais qui vous êtes, j'ai à peu près compris le principe de la réincarnation – même si ça reste assez flou pour moi – néanmoins, je n'ai aucune idée de ce que vous voulez. Pourquoi cette lettre ? »
La jeune femme secoua la tête, comme pour se remettre les idées en place.
« Hem.. hem. Désolé, monsieur le commissaire. Salomé peut se montrer un peu... envahissante, parfois. Si je puis me permettre... que disait cette lettre ? C'est elle qui l'a écrite, et elle n'a pas voulu me dire quoi que ce soit, ajouta-t-elle en voyant la mine légèrement ahurie de Vimaire.
-Simplement de venir ici à minuit, et que vous aviez des renseignements à me donner. Écoutez, vous ne voudriez pas venir dans mon bureau ? Demanda-t-il en se redressant. Il fait vraiment sombre, ici... »
Lila acquiesça et se leva de sa chaise, avant de suivre le commissaire vers la tour du Guet. Elle avait oublié que ses appartements se situaient très près de la vieille cuisine, bien que pas au même étage.
« Je lui dis quoi ? » finit-elle par demander à la fantôme.
« Tout. Tout ce qu'il veut savoir.
Même le futur ? Les nains, les Ténèbres, Stratford, le train ?
Mmmh... non. Pas plus loin que l'affaire du Régiment Monstrueux. »
Lila lui expliqua donc brièvement d'où venaient ses connaissances sur l'histoire du Disque, et offrit au commissaire de l'aider à coordonner l'arrivé du régiment borograve. Elle se garda bien de mentionner les diverses aventures qui attendaient le chef du guet après cette guerre. Vimaire griffonnait dans son calepin au fur et à mesure que Lila expliquait, parfois coupée par Salomé qui précisait un point ou un autre. Il tentait de garder un visage le plus neutre possible, mais elle avait bien vu qu'il était impressionné quand elle avait fini par montrer qu'elle savait tout du but personnel du commissaire, et ses sentiments à l'égard du reste du commandement morporkien et zlobène (à savoir, respectivement : « je voudrais pouvoir terminer cette guerre et rentrer vite chez moi » et « c'est juste un tas de crétins incapables »).
« Et pourquoi faites-vous ça ? Demanda finalement Vimaire. Pourquoi ne pas laisser les choses suivre leur cours, tout simplement ? »
Lila réfléchit un moment, avant de lâcher :
« Parce que les choses ne suivent pas toujours le bon cours, et qu'il faut parfois les pousser un peu pour s'assurer que l'Histoire aille dans le bon sens.
-Et qui décide de ce qu'est le bon sens ? »
Lila hésita. Devait-elle parler de Pratchett ? Des livres ? C'était un secret bien gardé (bien que les moines de l'Histoire, et maintenant le Patricien d'Ankh-Morpork, soient au courant. Et puis la Mort. Et sûrement les Contrôleurs de la Réalité. Et elle ne serait pas étonnée que Suzanne Sto-Hélit le sache aussi. Et puis tous les réincarnés, d'ailleurs...) Elle opta finalement pour une demi-vérité.
« Les personnifications anthropomorphiques, la Mort, le Temps, Azraël... Mais c'est surtout les Moines de l'Histoire qui mettent ce futur en pratique.
-Lou-Tsé... murmura le commissaire.
-Exactement.
-Il me semble pourtant qu'ils n'acceptent pas de femmes dans leurs rangs.
-Étant une réincarnée, je connais l' histoire. Salomé provient d'un monde dans lequel le futur du Disque-Monde est déjà écrit... jusqu'à un certain point, en tout cas. Je veux m'assurer que tout se passe comme c'est prévu. A mon avis, c'est le meilleur futur possible pour le Disque... et pour Ankh-Morpork.
-Et comment ça se finit, pour moi ? Demanda Vimaire, curieux.
-Techniquement, ça ne se finit pas. Je veux dire... peut-être que le futur du Disque est écrit quelque-part, mais pour ma part, je ne sais rien au delà de dix ans à partir d'aujourd'hui. Mais pour ce qui est de la guerre en Borogravie, eh bien... les mentalités changent, le prince Heinrich est renvoyé dans son pays, la Borogravie se retrouve avec un nouveau gouvernement, la population apprend que Nuggan est gâteux et arrête de le suivre, et vous, vous rentrez à Ankh-Morpork.
-La guerre est finie ?
-La guerre va se finir, si tout se passe comme prévu.
-Si c'est prévu, comme vous dites, alors pourquoi s'en mêler ? »
Vimaire semblait vouloir tester toutes les failles du raisonnement de Lila, qui ne pouvait pourtant pas se permettre de donner les détails au commissaire. Elle soupira.
« Il y a toujours des imprévus. On ne peux jamais être sûr de ce qui va arriver, seulement de ce qui devrait arriver. Je sais bien que cette théorie paraît bancale, mais c'est important. Écoutez, si quelque-chose tourne mal, si quelqu'un prend une mauvaise décision, tout peut basculer. Il suffit que l'armée borograve redescende des montagnes, elle vous encercle, met la forteresse en état de siège, et vous êtes foutus. C'est bientôt l'hiver. Les borograves ont l'habitude du coin en hiver, vous, non. Soit ça se soldera par un match nul, soit l'armée de la Duchesse va vous écrabouiller. »
Le duc d'Ankh resta silencieux un moment, pensif.
« Et vous avez une solution miracle, c'est ça ? Vous savez comment éviter cette défaite ? »
Lila sourit.
« Organisez l'arrivée du Régiment Monstrueux, de manière à ce qu'il profite à la situation morporkienne.
-Comment la libération de l'armée borograve et la prise de la moitié de la forteresse pourrait profiter à la cité ?
-Eh bien... les gros bonnets finiront par comprendre qu'ils n'ont pas toujours l'avantage, et ça permettra de négocier un accord équitable pour les deux camps. Et ça permettra à la Borogravie de réviser sa politique, ses mentalités... avec un peu de chance, il y aura moins de guerres. Beaucoup moins.
-Ça me paraît une solution acceptable. Mais quel est votre rôle là-dedans ? Que pouvez-vous m'apprendre que je ne puisse pas découvrir moi-même ?
-Eh bien, pas grand chose, pour tout dire. A part que vous le saurez plus vite, et vous aurez toujours un coup d'avance.
-Et que demandez-vous en échange ?
-Pardon ? »
Lila se retint d'écarquiller les yeux. Elle n'avait pas du tout envisagé cette réaction de la part de Vimaire, pourtant... c'était logique.
« Toutes les personnes qui apportent des renseignements demandent toujours une faveur en échange, confirma le commissaire. Vos informations ne sont pas gratuites, je présume.
-Ben... si, bredouilla la jeune femme. Je veux dire... je fais ça pour être sûre que l'histoire ne se casse pas la figure, c'est tout. Ce n'est pas vraiment pour mon propre profit, quoi que dans le cas de Salomé, ça tient surtout du passe-temps.
-C'est seulement un désir de justice qui vous pousse à m'aider, c'est ça ? Fit Vimaire, incrédule.
-Pas... exactement de justice. Pas comme vous l'entendez. Je veux juste être sûr que cette guerre finisse bien. Que ça se passe comme prévu, c'est tout. »
Vimaire n'insista pas, bien qu'il ne paraisse pas convaincu. Après tout, elle risquait probablement de lui demander des faveurs plus tard... surtout si elle continuait à essayer de voler les affaires du Patricien. Dans ce cas là, elle risquait d'avoir grand besoins de l'aide du commissaire.
Lila lui montra entre autre la frise chronologique des événements du roman, mais préféra garder secrète l'encyclopédie. Bien qu'elle veuille pouvoir aider les acteurs de l'histoire du Disque-Monde, elle préférait garder certains documents pour elle. Ils passèrent le restant de la nuit à discuter des événements à venir, et des risques encourus. Vimaire semblait vouloir se débrouiller seul dans cette affaire, mais Lila voyait bien que ses informations l'intéressait, et il était plus que probable qu'il s'adresse à elle pour certaines prises de décisions incertaines.
oOoOoOoOo
Voili voilà ! Prochain chapitre bientôt, j'espère... (d'ailleurs ça risque d'être compliqué vu que j'ai à moitié oublié comment se résolvait le problème du Régiment Monstrueux... mais bon, j'ai emprunté le bouquin à la bibli et je me suis fait des fiches, donc ça devrait aller.)
Review ?
Et si vous avez repéré la pitite référence à un certain personnage d'un autre univers fictif, cher à Salomé, dites le moi en review et vous aurez un cookie virtuel ! (j'imagine déjà Lilou-neko qui va relire tout le chapitre juste pour le trouver...)
