« C'est vrai qu'on a le FBI aux trousses ? »
Mine de rien, Verity avait un faible pour Alexis. Avec ses yeux marron brillant et ses cheveux perpétuellement ébouriffés, il lui rappelait un épagneul prêt à remuer la queue dès qu'il voyait quelqu'un. Et ses T-shirts forçaient le rire : celui d'aujourd'hui était orné d'un lapin rouge cerise au rictus cruel et aux ailes de chauve-souris, menaçant d'une fourche une carotte au regard bleu larmoyant sous l'inscription La relativité du mal.
Le technicien haussa les épaules.
« Le FBI, la CIA, le MI6, SHIELD, fais ton choix. Si tu veux, je rajoute ton nom à la liste des paris. »
« Quels paris ? »
« Sur la branche du gouvernement qui s'apprête à nous tomber sur le râble. Depuis presque treize ans qu'on opère, aucun de nos employés n'a encore décroché la cagnotte. »
La rousse fronça les sourcils.
« Attends, c'est vraiment un pari ? Tu me charries pas ? »
« Hé, la Dollhouse danse sur le fil du rasoir depuis sa création. Dans ce genre de situation, c'est rire ou pleurer. Personnellement, je préfère rire. Quand je pleure, je finis toujours avec la tête comme une pastèque. »
« Pauvre de toi » s'apitoya mi-sérieusement mi-narquoisement Verity. « Mais franchement, tu ne crois pas qu'un jour, le bateau va couler ? »
Le technicien soupira.
« Le risque qui menace toutes les entreprises dès leur création, qu'elles soient légales ou illégales. Si ça arrive, et ben… Le voyage valait la peine d'être fait, à mon avis. »
Sur ces mots, il se mit à fredonner Non, je ne regrette rien, laissant Verity pensive.
Est-ce qu'elle regrettait d'être entrée au service de la Dollhouse ? Très franchement, elle mentirait en disant que la boîte ne lui collait pas les miquettes : démonter et remonter un être humain comme une poupée de chair et de sang, très peu pour elle, merci bien. Sans compter qu'elle ne bossait ici que pour éviter d'aller en prison – pas tout à fait le genre de condition qui vous porte à prendre en affection votre employeur, surtout quand c'est lui qui vous promène par les couilles.
D'un autre côté… il y avait Opale. Mine de rien, elle y tenait à cette poupée humaine. Elle voulait le protéger, comme elle n'avait pas protégé le garçon auquel il ressemblait trop pour ne pas faire naître en elle des bouffées de culpabilité. Elle voulait continuer à le voir sourire comme un gamin lorsqu'il la voyait.
Pour l'instant, elle s'abstiendrait de trancher.
