Titre : L'Arme et l'Outil
Auteur : Sigognac
Genre : Romance (Yaoi)
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : C'est un Kakairu, autrement dit relations sexuelles / amoureuses entre deux beaux ninjas mâles : vous êtes prévenus !
Voilà ! L'Arme et l'Outil, c'est fini. C'est toujours un peu étrange de terminer une histoire, on est partagé entre tristesse et soulagement... Mais dans l'ensemble, je suis vraiment contente car arriver au bout d'une histoire à chapitres n'est pas chose facile.
Je ne remercierai jamais assez tous ceux qui m'ont laissé des reviews ou ont mis mon histoire en fav ou alerte. Merci, vraiment.
Vous êtes un peu triste que ça se termine ? Moi aussi. Mais j'ai d'autres projets en préparation... Si ça vous intéresse, j'ai actualisé mon profil.
Bonne lecture à tous et à bientôt, j'espère !
Épilogue
Cela commençait toujours de la même manière : par quelques coups timides frappés à une porte.
Iruka reconnaissait maintenant parfaitement cette manière qu'avait Kakashi de signaler sa présence. La plupart du temps, il levait les yeux au ciel pour laisser croire qu'il était exaspéré mais le léger rosissement sur ses joues montrait que ce n'était pas tout à fait vrai.
Il se leva, délaissant ses copies, pour aller ouvrir la porte de sa classe. Kakashi avait mémorisé ses horaires et savait toujours où le trouver quand il rentrait de mission.
Le jounin était là, collé au mur, à droite de l'entrée, les mains fourrées dans les poches. Iruka se contenta de sortir son buste du cadre de la porte entrouverte et de lui adresser un mouvement de menton interrogateur.
Kakashi se tourna mollement vers lui, gardant une épaule contre le mur. Le visage masqué reflétait une certaine gêne.
« Ils t'ont encore viré, c'est ça ? », avait interrogé Iruka.
Le jounin avait opiné de la tête.
« Ils ne m'aiment pas. », avait-il affirmé comme si c'était la seule explication logique.
« Je crois que c'est surtout l'absence de rapport qu'ils n'aiment pas… », renseigna immédiatement le professeur qui n'appréciait pas qu'on s'en prenne à sa corporation.
« Ouais, râla Kakashi, j'ai remarqué : vous êtes tous des maniaques, vous, les chuunins… »
Iruka avait doucement rigolé et était reparti dans sa salle, laissant volontairement la porte ouverte. Kakashi avait suivi, l'air de rien.
Il y avait une table et une chaise auprès du bureau du chuunin, probablement la place qu'il réservait à son élève le plus pénible. Iruka tapota dessus du doigt et Kakashi s'y installa docilement alors que le professeur lui trouvait de quoi écrire.
Kakashi admira le jeune homme se pencher sur son bureau, la paupière pesante cachant à peine la lueur de lubricité que les fesses du chuunin allumaient toujours en lui. Six jours qu'ils ne s'étaient pas vus mais il n'y avait aucune effusion à son retour. A vrai dire, plus son absence était longue, plus l'accueil réservé par le chuunin était froid. Kakashi avait promis de toujours revenir le plus rapidement possible. Cela faisait partie de toutes ces règles qu'avait imposées Iruka six mois auparavant.
De son côté, le chuunin avait abandonné les permanences de nuit. Il voulait être complètement disponible pour Kakashi et son petit appartement avait rapidement remplacé la salle des missions comme point de rendez-vous.
Kakashi avait dû promettre d'accepter le moins de missions possible et de toujours faire passer sa santé avant tout le reste. Sa relation avec Iruka était à ce prix. La pilule avait eu du mal à passer du côté de Tsunade mais elle avait fini par céder. Kakashi avait depuis un rythme de mission plus humain mais il devait en échange passer tout son temps libre à s'entraîner à la maîtrise du sharingan. Il était maintenant le seul ninja de Konoha à le posséder et il serait peut-être très utile face à un véritable natif du clan Uchiha. Kakashi restait très discret quant à ses progrès, il n'en parlait jamais, pas même à Iruka. Il ne voulait pas crier victoire trop vite mais la technique qu'il commençait à toucher du doigt lui semblait extrêmement prometteuse.
« Tu as une préférence pour ton thé ? », demanda Iruka alors qu'il sortait une tasse de son armoire.
« Aucune. », répartit l'autre qui cherchait comment commencer son rapport.
Il était maintenant totalement incapable de rédiger le moindre bilan de mission sans la présence d'Iruka. L'autre était devenu une sorte de mentor, aussi absurde que cela puisse paraître.
Il se souvenait du premier rendez-vous qu'ils avaient eu après leur pacte en salle des missions. Kakashi avait dû accepter une mission de rang B et s'était fait dégager à son retour par le chuunin de permanence ce soir-là. Apparemment, on s'était un peu trop habitué à ce qu'il rende ses rapports en temps et en heure.
Il s'était retrouvé devant la porte de l'appartement d'Iruka car il lui semblait totalement inconcevable de rentrer de mission et de ne pas le voir. Il avait frappé timidement, presque honteux de se trouver là. Iruka avait écouté ses explications vaseuses avec une indifférence polie, avant de finalement soupirer et de le saisir par la main pour le faire entrer dans son salon. Le jounin s'était retrouvé au bureau du jeune homme à rédiger son rapport alors qu'un thé chaud lui était servi. Iruka s'était assis à côté de lui mais de dos pour que le jounin puisse boire à visage découvert sans être dérangé. Le chuunin avait posé un livre sur ses jambes croisées et Kakashi s'était laissé bercer par le doux bruit des pages qu'on tourne. Le coude d'Iruka était venu s'appuyer sur le bureau et sa main libre s'était retrouvée à quelques centimètres du rapport en devenir de Kakashi. Et Kakashi avait cessé d'être concentré, ne pensant qu'à la proximité de l'être aimé à ses côtés et à cette main qu'il pouvait toucher. Il avait jeté un coup d'œil discret au jeune homme qui semblait absorbé par sa lecture et, un peu fébrile, avait posé sa propre main sur celle du professeur. Iruka avait relevé la tête, observé le manège de Kakashi et repris sa lecture comme si de rien n'était.
Aujourd'hui encore, Kakashi ignorait si Iruka avait volontairement posé cette main sur le bureau ou non. Cet homme restait un mystère.
Après avoir terminé son bol de nouilles ce soir-là, Kakashi avait balbutié qu'il ferait mieux de rentrer chez lui. Il ignorait quelles étaient les règles du jeu, s'il avait le droit de toucher, d'embrasser Iruka ou non. Le chuunin avait secoué la tête comme s'il était le dernier des idiots et avait annoncé qu'il était tard et qu'il était hors de question qu'il reparte : il devait dormir là. Kakashi avait accepté d'un hochement de tête hésitant alors que son cœur tambourinait dans sa poitrine. Ils avaient gardé T-shirt et caleçon et le jounin avait à peine fermé l'œil de la nuit, observant l'autre grommeler dans son sommeil.
Il n'avait pas osé le toucher cette fois-là, ni les fois qui suivirent.
L'absence de sexe ne le dérangeait pas. Il voulait que ça vienne d'Iruka, que l'autre le désire.
Cette belle résolution vola cependant en éclats un soir d'avril où Kakashi perdit deux des hommes qui étaient sous ses ordres durant une mission de rang A. Il n'avait réussi à oublier l'image de leurs visages tuméfiés qu'au premier gémissement contrôlé d'Iruka alors qu'il se cramponnait comme il pouvait à la poignée d'un des placards de sa cuisine. Ce n'était ni romantique, ni tendre et juste après la jouissance, Kakashi avait eu honte. Iruka, les fesses nues reposant à moitié dans l'évier, avait murmuré que tout ceci n'était pas très hygiénique et qu'il faudrait nettoyer. Sa respiration était encore hachée lorsqu'il s'était mis en quête d'une éponge mais Kakashi l'en avait empêché, le maintenant contre lui et s'excusant à son oreille. Le chuunin avait eu beau lui dire que ce n'était pas grave, qu'il était là pour ça, Kakashi n'avait connu l'apaisement que quand le chuunin avait déposé un baiser de réconfort sur sa tempe. Il ne se souvenait pas qu'Iruka l'ait déjà embrassé de la sorte.
Ils avaient fini au lit et Kakashi avait raconté sa mission, blotti dans les bras du jeune homme, alors que celui-ci lui caressait distraitement les cheveux.
Il y eut d'autres nuits de fièvre où Kakashi ne retrouvait ses esprits qu'après la délivrance. Souvent, juste après, il répétait encore et encore à Iruka qu'il l'aimait, jusqu'à en perdre le souffle. L'autre n'avait jamais aucune réaction face à ce genre de déclaration. Alors, Kakashi avait fini par se retenir et cela ne lui échappait plus que rarement. Il avait peur d'effrayer Iruka avec tout cet amour dont il ne savait pas quoi faire lui-même.
L'apaisement était venu avec le temps et de nouvelles habitudes étaient nées. Ils lisaient souvent tard le soir, côte à côte, dans le lit du chuunin. Kakashi s'était remis au Paradis du batifolage alors qu'Iruka consultait toujours très sérieusement des ouvrages énormes aux titres soporifiques.
Une nuit, Kakashi avait été sorti de sa lecture par le regard insistant d'Iruka. Le chuunin n'avait rien dit mais avait posé doucement son livre sur sa table de chevet et s'était emparé de celui de Kakashi pour le balancer plus loin dans la pièce. Le jounin n'avait pas fait un geste, retenant même son souffle. Il sentait qu'il était en train de se passer quelque chose. Lentement, Iruka s'était coulé sur le corps de Kakashi, laissant leurs entrejambes glisser l'une sur l'autre. Kakashi n'avait réalisé ce qu'il se passait que quand Iruka avait enlevé son T-shirt et s'était penché en avant pour soulever légèrement son masque et l'embrasser dans le cou.
Après ça, il n'avait plus répondu de rien.
C'était seulement le lendemain matin qu'il s'était interrogé, se demandant si Iruka avait réellement eu envie de lui ou s'il avait simplement appris à s'offrir. Mais il n'avait pas réfléchi longtemps à la question, préférant profiter du bien-être qu'il ressentait que de se laisser assaillir par le doute. Iruka restait de toute manière indéchiffrable, toujours un peu distant. Kakashi lui racontait souvent ses missions difficiles ou les malheurs qu'il avait pu connaître. Plusieurs fois, même, il avait parlé d'Obito et de Rin. Iruka l'écoutait toujours attentivement, sachant quand se taire ou quand réconforter. On sentait qu'il avait l'habitude d'être à l'écoute des autres. Mais lui ne se confiait jamais, restant secret. Une fois, seulement, une anecdote de Kakashi lui avait rappelé un événement de son enfance et il avait raconté un des rares souvenirs qu'il avait avec son père. Il s'était subitement tu, cependant, comme s'il se rendait compte qu'il était en train de livrer une partie de son intimité. Kakashi n'avait pas cherché à le relancer, trop content de voir Iruka lui faire enfin un peu confiance.
Ils vivaient pratiquement ensemble maintenant, Kakashi ne repassant chez lui que pour récupérer des affaires qui finissaient dans la commode d'Iruka. De la place s'était faite mystérieusement et personne ne revenait sur le fait qu'ils s'entassaient dans un logement minuscule alors que l'appartement de Kakashi était bien plus spacieux.
Au début, Gai s'était pas mal inquiété, se demandant où Kakashi pouvait bien passer ses soirées. Et puis, alors que les deux jounins allaient déjeuner accompagnés d'Asuma, ils avaient croisé Iruka. Ils n'avaient parlé que quelques secondes, s'évertuant à ce que la conversation reste la plus banale possible mais Kakashi avait bien remarqué le regard perçant d'Asuma et son léger haussement de sourcils. Il avait compris ce jour-là, Kakashi en était sûr. A dire vrai, il était même surpris qu'il n'ait pas saisi plus tôt. Après ça, Gai n'avait plus posé aucune question et Kakashi avait remarqué que Kurenai le regardait parfois avec un petit sourire en coin. Il s'obligeait à voir régulièrement ses compagnons d'armes, c'était une manière pour lui de se prouver qu'il allait mieux. Asuma et Kurenai rayonnaient de bonheur et Kakashi se demandait s'il arriverait un jour à trouver le même équilibre avec Iruka. Une fois, au détour d'une conversation, Kurenai avait sous-entendu que Kakashi pouvait venir accompagné s'il le souhaitait. Le jounin avait fait semblant de ne pas comprendre l'allusion et ils en étaient resté là. Iruka n'était pas prêt à assumer si visiblement leur relation.
« Ton thé est peut-être un peu trop chaud, informa ce dernier en posant une tasse fumante à côté de lui. Il avance, ce rapport ? »
Kakashi avait opiné affirmativement de la tête alors que, non, clairement, ça n'avançait pas.
Il tendit le bras pour récupérer son thé et ne put retenir une certaine raideur dans son geste. Il essaya de la camoufler mais Iruka avait l'œil et ses sourcils se froncèrent immédiatement.
« C'était quoi, ça ? »
Kakashi fit mine de ne pas comprendre, prenant une posture plus relâchée.
« Tu ne bouges pas comme d'habitude, poursuivit le chuunin qui n'était pas dupe. Ne mens pas : tu es blessé ? »
Le jounin soupira discrètement avant de jeter un coup d'œil un peu coupable à son compagnon.
« Juste une petite coupure dans le bas du dos, avoua-t-il. C'est trois fois rien... »
Le poing d'Iruka s'abattit sur le bureau, l'interrompant dans ses explications et Kakashi comprit qu'il était temps de se taire.
« C'est moi qui décide si c'est rien ou non ! », aboya le chuunin.
« Je sais. », se contenta de répondre Kakashi, penaud.
« Moi !, répéta encore Iruka. Pas toi ! C'est rentré, là ? »
« C'est rentré. », affirma le jounin en baissant les yeux.
Le professeur resta immobile quelques secondes, mettant ses poings sur ses hanches, comme à chaque fois qu'il était mécontent.
« Bien, soupira-t-il, montre-moi ça. »
Kakashi ne chercha pas à protester, se penchant même en avant pour rendre son dos plus accessible. Iruka souleva son haut d'uniforme et s'accroupit pour voir la fameuse blessure de plus près.
Le jounin n'avait pas menti : l'entaille n'était pas bien profonde.
« Ca te fait mal ? », s'enquit finalement le chuunin.
Iruka ne supportait pas qu'il soit blessé. Les soirs de retour de mission, Kakashi avait droit à de véritables inspections. Mais il ne s'en plaignait pas, cela lui donnait un prétexte tout trouvé pour se déshabiller et chauffer un peu son chuunin par la même occasion.
« A peine. », le rassura-t-il.
Iruka ne se releva pas pour autant. Ses mains allèrent même s'attarder sur l'ensemble du dos de Kakashi qui en frissonna d'aise. Il était assez rare qu'Iruka le touche sans y avoir été invité et cela lui faisait toujours énormément d'effet, même après six mois de relation. Bientôt, il sentit le souffle du chuunin sur sa plaie et le jeune homme déposa un léger baiser sur la peau meurtrie.
Kakashi expira dans son masque, cherchant à ignorer la chaleur dans son bas-ventre que réveillaient les curieuses attentions du jeune homme.
« Tu devais rentrer ce soir, grommela le chuunin toujours accroupi. Tu as plus de trois heures d'avance. »
« Ca te déplaît ? », interrogea immédiatement Kakashi qui sentait déjà son cœur se serrer.
Il devina qu'Iruka, dans son dos, haussait les épaules.
« Je sais que je t'ai demandé de revenir au plus vite mais il ne faut pas que tu deviennes imprudent pour autant. »
« Je n'ai pas été imprudent, nia instantanément Kakashi. Je te le jure. »
« Je te crois. »
L'uniforme de Kakashi fut rabaissé et les mains d'Iruka allèrent brièvement masser les épaules du jounin alors qu'il se relevait.
« Je déteste quand tu n'es pas là, murmura-t-il. Je déteste être celui qui attend. »
Kakashi se tourna vers Iruka. Le jeune homme avait l'air préoccupé mais le jounin lui répondit en arquant son seul œil visible :
« Moi, j'aime assez être celui que tu attends. »
Iruka fixa le jounin quelques secondes avant de détourner les yeux.
« Tu n'es qu'un idiot. », grogna-t-il.
Kakashi fit semblant de ne pas remarquer l'adorable rosissement sur les joues d'Iruka alors que ce dernier continuait de râler pour la forme.
Il retourna à son bureau mais resta debout, les bras croisés, devant sa table. C'était toujours la posture qu'il prenait lorsqu'il surveillait l'avancement des rapports de Kakashi.
Le jounin ne se remit pas à écrire pour autant, préférant détailler le chuunin de la tête au pied. Iruka avait quelque chose de différent aujourd'hui : le baiser, les caresses, la douceur… Il était plus tendre et détendu que d'habitude. Et plus beau, aussi.
« Il s'est passé quelque chose ? », interrogea finalement Kakashi.
« Quelque chose ? », répéta Iruka sans comprendre.
« Tu es… radieux. », commenta le jounin.
Le chuunin fronça un peu plus les sourcils, semblant presque vexé du compliment mais il finit par se mordiller la lèvre comme à chaque fois qu'il hésitait à dire quelque chose à Kakashi.
« Je voulais te l'annoncer ce soir, devant un bon dîner, finit-il par avouer. Le Hokage m'a convoqué ce matin, de bonne heure. »
« Et ? », insista le jounin.
Iruka balbutia au moment de reprendre la parole, ne pouvant réprimer un sourire qui illumina, l'espace d'un instant, tout son visage.
« Et Naruto revient, reprit-il. Il devrait être là demain, dans la matinée. »
Tout dans le chuunin respirait l'euphorie et le soulagement. Cela faisait deux ans et demi qu'il n'avait pas vu Naruto.
« Il va bien ? », demanda tout de même Kakashi.
« Aucune blessure sérieuse n'a été évoquée dans le message de Jiraiya-sama. », récita Iruka qui avait dû poser la question plusieurs fois.
« Alors, c'est super. », conclut le jounin avec neutralité.
Il y eut un silence pendant lequel Iruka toisa un peu durement son compagnon.
« Tu n'as pas l'air content… », finit-il par constater.
« Je serai content quand je le verrai de mes yeux. »
« Tu n'as pas confiance ? Puisqu'on te dit qu'il va bien. »
« Ce n'est pas parce qu'il n'a aucune blessure qu'il va bien… »
Iruka décroisa les bras et resta pensif, se prenant le menton d'une main. Sa mine se fit plus déconfite.
« Je te gâche ton plaisir, réalisa Kakashi. Excuse-moi. »
La vérité c'était que Kakashi n'arrivait pas à être réellement content. Il y avait bien cette chaleur dans sa poitrine qui montrait qu'il n'était pas du tout indifférent mais quelque chose en lui restait sur ses gardes. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, il avait un peu peur que Naruto lui en veuille. En grandissant, il avait peut-être compris certaines choses et réalisé que son ancien sensei était le seul responsable du démantèlement de l'équipe sept.
Et puis, il y avait cette joie visible sur le visage d'Iruka, cette joie qu'il n'avait jamais remarquée auparavant. Les yeux d'Iruka ne pétillaient pas comme ça quand il rentrait de mission. Il n'arborait pas non plus ce sourire continuel qu'il essayait de maîtriser. Kakashi était jaloux, il s'en rendait bien compte. Il avait la nette impression qu'il ne rendrait jamais le chuunin aussi heureux que cet idiot de Naruto. Et bien sûr, il avait honte d'être jaloux d'un gosse qui avait à peine plus de la moitié de son âge.
Il détailla une nouvelle fois son chuunin : Iruka semblait perturbé par son pessimisme et le jounin s'en voulut de l'avoir dégrisé. Il eut envie de se lever pour le prendre dans ses bras mais il resta bien sagement assis à sa place. Iruka détestait quand il se montrait collant.
« Ca fait plus de deux ans maintenant, tenta ce dernier pour se rassurer. Il a dû s'en remettre depuis le temps… »
« Parce qu'on s'en est remis, nous ? »
Iruka haussa les épaules.
« Dans l'ensemble, on va mieux, non ? »
Kakashi baissa la tête, montrant son accord par un simple acquiescement. Bien sûr qu'il allait mieux, c'était indéniable. Mais qu'Iruka s'inclut dans l'histoire, ça, c'était nouveau. Les « on » et les « nous » faisaient rarement partie de son vocabulaire… Est-ce qu'il commençait à admettre que leur relation l'avait aidé, lui aussi, à dépasser le cap Sasuke ?
Le chuunin secoua la tête, le visage de nouveau rayonnant.
« Non, non, je suis certain qu'il va bien, affirma-t-il sur un ton catégorique. Il va débarquer avec la niaque et, dans six mois, on aura récupéré Sasuke et on pourra enfin laisser toute cette histoire derrière nous ! »
« Ne rêve pas !, le calma immédiatement Kakashi. On ne sait même pas quel est le niveau actuel de Naruto ! Je suis désolé de te le dire mais ça n'a jamais été une flèche et Jirayia-sama non plus ! Alors que de l'autre côté, Sasuke a dû en chier comme il faut pour suivre l'entraînement d'Orochimaru. Commence pas à dire que tout va rentrer dans l'ordre parce qu'on en sait rien. Et que Naruto se met déjà suffisamment la pression comme ça ! »
Le chuunin se renfrogna et Kakashi pensa que, décidément, il était doué pour gâcher le plaisir des gens.
« Mais tu seras là !, s'exclama tout de même Iruka comme si c'était la solution à tous les maux de la Terre. Tu vas l'aider et contre vous deux, Sasuke n'aura aucune chance. »
Le jounin resta silencieux quelques secondes, s'imaginant tapoter le dos d'un Sasuke en larmes, regrettant amèrement sa désertion et serrant les mains de ses deux coéquipiers de toujours, Sakura et Naruto.
Ce serait chouette, si ça pouvait se passer comme ça mais fallait pas trop y compter…
« Contre nous trois…, rectifia-t-il finalement. Tu oublies Sakura. »
Après un bref mouvement de surprise, un sourire éclatant apparut sur le visage du chuunin.
« Tu penses à reformer l'équipe sept ? », demanda-t-il avec excitation.
« Si Naruto revient… Il serait temps. »
« Ce serait merveilleux ! », renchérit Iruka ne cachant pas une certaine exaltation dans tous ses gestes.
Autant d'enthousiasme chez un chuunin d'habitude si calme ne rassurait pas Kakashi.
« C'est pas fait, tu sais. Et même si l'équipe se reforme, on ne récupèrera pas Sasuke pour autant. Calme-toi, s'te plaît. »
« Il le faut !, continua cependant l'autre, extatique. Tu comprends, si Sasuke revient, tout redeviendra comme avant ! »
Kakashi pencha sa tête sur le côté et fixa froidement son compagnon.
« Parce que c'est important pour toi que ça redevienne 'comme avant' ? ».
Le ton était inquisiteur, ce qui fit perdre son sourire au chuunin.
« Bien sûr, quelle question ! Je ne comprends pas ce que… »
« Par 'comme avant', tu veux dire 'sans moi' ? », précisa le jounin d'un ton acerbe.
Le visage d'Iruka se figea avant que ses sourcils ne se froncent.
« Mais non, voyons, qu'est-ce que tu racontes ? ».
Il eut un temps d'arrêt et puis ses yeux s'écarquillèrent, signe qu'il avait compris.
« Tu crois que je vais cesser de te voir parce que Naruto revient ? »
« P'tête bien… »
« Mais c'est ridicule, voyons ! Quelle idée ! »
« Pourquoi non ?, interrogea Kakashi en fixant sa tasse de thé. J'ai pas toujours été ton jouet de remplacement ? »
« Là, tu es injuste, répondit l'autre d'une voix tremblante. Tu sais très bien qu'il ne s'agit pas du tout de ça… »
« Non !, hurla brutalement Kakashi. Je ne sais pas, justement ! Tu ne dis jamais rien. »
Iruka décroisa les bras, se redressant un peu. Kakashi ne le regardait pas mais sa main crispée sur sa tasse montrait bien son énervement. Le chuunin l'observa en silence, hésitant, avant de se décider à se lancer en avant. Il parcourut les quelques mètres qui les séparaient et, reculant la table sur laquelle le jounin écrivait, il mit une main sur son épaule. Kakashi s'obstina à garder son œil baissé, alors Iruka s'accroupit pour être face à lui et tenter de trouver son regard.
« Regarde-moi, idiot. C'est plus de ton âge de bouder. »
La voix était douce, souriante : la voix d'un prof qui ne veut pas braquer un gosse capricieux. Pour Iruka, Kakashi était toujours une sorte de gosse dont il fallait s'occuper, un Naruto bis. Et le jounin en avait marre. Il voulait être autre chose : une épaule sur laquelle on puisse pleurer, ou un corps qu'on désire réellement.
Il voulait être aussi indispensable à Iruka qu'il ne l'était pour lui.
« Il faut que tu arrêtes avec Naruto, reprit calmement le professeur, il n'a rien à voir avec nous. »
« Tu te serais mis avec moi s'il n'était pas parti ? »
« Naruto est parti à cause de Sasuke. Et si Sasuke n'était pas parti, tu ne m'aurais jamais remarqué. Je te rappelle qu'il n'y a pas si longtemps de ça, tu me méprisais. »
La table étant maintenant trop loin, Kakashi avait posé ses mains sur ses cuisses, serrant un peu trop fort le tissu de son pantalon. Il ne regardait toujours pas dans la direction d'Iruka.
Ce dernier soupira doucement, observant avec obstination son camarade du dessous. Comme Kakashi ne réagissait pas, il posa un peu maladroitement sa main sur celle du jounin. La caresse poussa Kakashi à baisser son œil et à enfin fixer son compagnon.
« Je suis désolé si tu ne me trouves pas très communicatif. », s'excusa le chuunin.
La bouche de Kakashi était pâteuse. Naruto revenait, Iruka était sur son petit nuage. C'était peut-être le moment de débloquer une situation amoureuse qu'il jugeait pesante.
« Je ne suis pas très communicatif non plus, lâcha-t-il. Et pourtant, je t'ai dit des choses. Des tas de choses. Et toi, tu restes toujours tellement silencieux. Ca me tue, ce silence. »
« C'est juste que je ne suis pas très à l'aise avec ces choses-là… »
Les joues d'Iruka s'échauffaient, il était gêné. Mais il ne se laissa pas aller à son intimidation et inspira profondément, montrant ainsi qu'il allait se lancer dans une déclaration importante.
« Tu sais pourquoi je suis si content que Naruto revienne ? »
« Parce que c'est ton chouchou ? », hasarda Kakashi, bougon.
L'autre secoua la tête tout en regardant le jounin.
« Non, c'est parce que je vais pouvoir enfin cesser de culpabiliser par rapport à lui. »
« De culpabiliser de quoi ?, s'agaça l'autre. Tu as toujours été parfait avec ce gosse. »
L'autre eut un sourire sincère devant la mauvaise humeur du jounin.
« Si j'étais si parfait, tu ne te mettrais pas dans des états pareils… »
Ses doigts quittèrent la main du jounin pour aller caresser quelques secondes ses cheveux hirsutes.
« Tu te souviens de la semaine dernière, juste avant que tu repartes en mission, quand on a mangé les nouilles que tu avais rapportées du Pays du Riz ? Tu as passé la soirée allongé sur mon canapé à regarder le plafond pendant que je préparais le repas… »
« Tu trouves que je ne t'aide pas assez… »
« Je me moque que tu m'aides ou pas. L'important, c'est que tu sois là. J'aime bien sentir ta présence pendant que je fais la cuisine. Et cette fois-là, tu as fait cette blague sur Gai avec ta voix mollassonne et ça m'a fait rire. Et c'est là que je m'en suis rendu compte…
« Que j'avais un humour merdique ? »
Les doigts d'Iruka s'arrêtèrent et le chuunin baissa son bras pour aller de nouveau prendre une des mains de Kakashi. Il lui fallut plusieurs secondes pour oser reprendre la parole.
« Non, que j'étais heureux avec toi. »
Le corps de Kakashi, jusqu'alors plutôt détendu, se crispa. Sa main se recula, quittant celle d'Iruka.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?, s'étonna ce dernier. Tu te plains que je ne te dise jamais rien. Là, je te parle. Je peux difficilement faire mieux que ça. »
L'autre renifla, tout en refusant de le regarder.
« Tu me dis ce que j'ai envie d'entendre… »
« Je te dis la vérité. J'ai promis de ne pas faire semblant avec toi. »
« Et ça t'a pris comme ça ?, ironisa le jounin. Depuis la semaine dernière, tu es heureux avec moi ? »
« Je l'ai admis la semaine dernière, nuança le chuunin, mais, en fait, ça fait bien plus longtemps que ça. Et ça arrive de plus en plus souvent, je dois dire. Je crois que ce que je préfère, c'est de me réveiller la nuit et de sentir qu'il y a quelqu'un à côté de moi. »
Kakashi soupira : c'était ce qu'il préférait aussi.
Ça et le sexe, évidemment.
« Mais, tu vois, reprit le professeur plus difficilement, ça ne me rend pas heureux d'être heureux… J'ai honte, même. Alors j'ai essayé de garder ce sentiment pour moi et de l'ignorer. Parce que je ne pouvais pas être heureux avec toi alors que Naruto était on-ne-sait-où et peut-être en danger, blessé ou poursuivi par des psychopathes… »
Kakashi releva les yeux, fixant avec une intensité nouvelle le chuunin face à lui.
« Mais Naruto revient. », comprit-il.
L'autre eut un de ses sourires lumineux.
« Naruto revient. », répéta-t-il.
Kakashi reprit la main qu'il avait lâchée, là, juste sur sa cuisse.
« Je vais vous avoir tous les deux, chuchota le chuunin. Et je vais pouvoir cesser de vivre avec cette culpabilité. »
Le jounin ne put que serrer l'autre contre lui, ces déclarations inouïes l'empêchant de réfléchir véritablement.
Iruka passa ses bras autour de son cou et Kakashi eut l'impression que c'était la première fois que le chuunin l'enlaçait sans retenue.
« Tu comprends pourquoi c'est si merveilleux que Naruto revienne ? »
« Je comprends, affirma Kakashi dont les facultés intellectuelles revenaient peu à peu. Je comprends des tas d'autres choses, aussi. »
Il serra l'autre plus fort contre lui alors même qu'il avait pour la première fois le sentiment que son amant ne lui échappait plus. Iruka était vraiment là, pour lui, et pas pour d'autre raisons mauvaises ou bizarres.
Contre son oreille, le chuunin chuchota :
« Mais il faut retrouver Sasuke, maintenant, pour que toi aussi tu te sentes complet. Pour que tu vives ce que je vis en ce moment. Parce que sans ça, tu ne seras jamais vraiment bien. »
C'était vrai. Sasuke était le seul échec de sa vie qu'il pouvait rattraper. Il n'était pas mort comme tous les autres. Rien n'était encore joué.
« On va le retrouver. »
Il sentait une motivation nouvelle en lui. Sasuke était la clé d'un bonheur à portée de main. Le ramener, c'était pouvoir se consacrer entièrement à Iruka. C'était libérer Naruto d'une promesse trop lourde à porter. C'était éponger un peu de la peine de Sakura. C'était une chance pour tous de pouvoir recommencer, de se créer une nouvelle famille, en quelque sorte.
« Tout va revenir comme avant, affirma encore Iruka. Tout va s'arranger. »
Pour la première fois depuis des années, son esprit lui glissa que c'était possible.
Peut-être bien, oui, que tout pouvait s'arranger.
