Puis Severus se mit en recherche du Baron Sanglant, pour avoir quelques réponses du vieux fantôme. Après deux heures de recherches et d'appels, cependant, il ne fut pas capable d'entrer en contact avec le spectre et donc, plutôt épuisé par les événements de la nuit, il fit son chemin jusqu'à ses quartiers dans une humeur plutôt massacrante. Il s'endormit presque immédiatement et souffrit de cauchemars à propos de violence et de sang, de la sorte qu'il n'avait pas eues depuis presque dix ans.
Severus ne vérifia l'état du Garçon-Qui-Causait-Des-Problèmes qu'une seule fois, le samedi après midi. Nott et Bullstrode étaient en visite et les trois élèves semblaient bien s'entendre, ce qui était une surprise. D'après ce qu'il avait pu observer, Theodore Nott était intelligent, cultivé et il avait le mot juste, alors que Miss Bullstrode était l'inverse dans presque tout ces domaines. Et pourtant... Les deux semblaient assez énamourés du Garçon-Qui-Avait-Encore-Survécu pour mettre de côté leurs propres différences en sa faveur.
Curieux.
Après ça, il continua sa recherche du Baron Sanglant, questionnant les autres fantômes du château, mais aucun d'entre eux n'avait la moindre idée de l'endroit où était le Baron. De plus, Severus et le reste du personnel passaient bien trop de temps en altercations avec Peeves, maintenant que le Baron était absent – pour toujours ? Il se demanda. Sûrement pas ! - et le reste de son week-end fut occupé par les notations des devoirs et les retenues des étudiants qui utilisaient Peeves comme excuse pour leurs propres frasques.
Il fut surpris lorsque le Gamin se montra à son bureau, le dimanche soir.
« Qu'est-ce que vous faites en dehors de votre lit ? » demanda Severus immédiatement, scannant le garçon en faisant mine de ne pas lever les yeux de ses copies. Potter était pâle, l'air maladif, mais sur ses pieds, ce qui était une amélioration.
« La retenue, monsieur. J'ai manqué celle d'hier soir. »
Severus roula des yeux. Merlin, protégez nous. « Bien sûr que vous l'avez manquée, » dit il avec un ricanement. « Vous étiez plutôt incapacité. »
Le gamin leva la tête. « Mais j'en ai pour une semaine, monsieur, vous aviez dit. Et je me sens mieux maintenant. Madame Pomfresh m'a laissé partir. »
« Et quelles étaient ses instructions ? »
Potter eut la grâce de paraître honteux. « Que je devais revenir demain. »
« Et ? »
Un soupir. « Et que je devais retourner dans mon lit. »
Severus attendit... attendit...
« Immédiatement. »
« En effet. » Severus leva enfin son regard. « Est-ce vraiment si difficile de suivre de simples directives, Potter ? »
« Non, monsieur. »
« Permettez-moi d'objecter. Vous avez constamment opté contre les conseils et ordres de Madame Pomfresh et de moi-même, souvent à votre propre détriment, devrais-je ajouter. Je suis curieux concernant votre raisonnement. Est-ce que vous vous considérez simplement au dessus des règles ? Ou bien avez-vous une sorte d'esprit aberrant dans lequel le simple concept de faire ce qu'on vous dit est inexistant ? »
Le garçon serra la mâchoire, avec cette légère crispation que Severus avait déjà vue pendant son premier jour, une manière de se défendre, bien sûr, mais y avait-il quelque chose d'autre ? « Je suis les règles. »
« Quand ça vous arrange. »
Il semblait que le gamin n'avait pas de réponse à ça. En fait, il regarda ailleurs, mordillant sa lèvre inférieure.
Là, ils arrivaient quelque part. Où, Severus n'en avait aucune idée, mais il trouverait, oh oui. Regardant à travers les yeux étrécis du garçon, il considéra ce qu'il devait faire de lui. Clairement il y avait une cause au fait que le gamin désobéissait régulièrement, et Severus voulait déterminer quele était cette cause, précisément. « Pour la retenue de ce soir, je demande un devoir de pas moins de deux pieds, à rendre demain soir. Cet essai contiendra une explication de quelles règles il vous incombe de suivre, et quelles autres non, avec des exemples et de Poudlard et de chez vous dans le Surrey. Vous pouvez y aller. »
Pendant l'espace de trois, peut-être quatre battements de cœur, Severus était presque sûr que le Garçon-Qui-Le-Troublait protesterait, ou refuserait de suivre le simple ordre de s'en aller, puis Potter hocha la tête, dit, « Oui, monsieur, » et s'enfuit du bureau sans regarder en arrière.
Severus soupira et retourna à ses copies.
Les cours du lendemain matin furent sous la constante interruption de l'incontrôlé esprit frappeur, tellement que Dumbledore eut à intervenir lui-même, tandis que les frasques de Peeves avaient forcé une salle entière de deuxième année de Gryffondor à se jeter des sortilèges l'un à l'autre pour se débarrasser de lui, droit à travers les robes qu'il avait mis sur la tête des élèves.
Au déjeuner, Severus cacha gentiment son sourire sarcastique à propos de l'incident de Minerva, alors qu'elle était fort contrariée du résultat du mélange de plumes et de chardon qu'elle avait retrouvées dans la salle de classe, et avait passé bien trop de temps à nettoyer.
Une autre surprise était que le Professeur Quirell avait annulé ses cours pour la journée, prétextant un début de grippe. Avoir tous les élèves de Défense en train de courir dans les couloirs pendant que les autres avaient cours étaient en quelque sorte le meilleur divertissement que Severus ait jamais eu pour un lundi.
Mais tous ces événements sortirent complètement de sa tête lorsque, en marchant vers son bureau avant sa classe de l'après midi, Severus trouva finalement le Baron Sanglant.
Le fantôme flottait juste devant la porte de son bureau, en fait. Il semblait... Avec moins de substance que d'habitude, pour le Baron Sanglant, sauf que les taches de sang étaient plus brillantes qu'auparavant.
Severus s'avança plus près, mais resta sagement en dehors d'une zone de toucher. Si le Baron était devenu, eh bien... maléfique, Severus ne se présenterait pas comme une cible facile, au moins. Il conjura néanmoins une zone d'insonorité, pour que tout ce qui serait dit reste entre eux deux.
« Severus Snape, » prononça le fantôme alors qu'il se retournait pour le voir. Sa voix était basse, presque un murmure, et curieusement plate. Ses yeux étaient étranges, également, deux noirs tunnels avec une touche de folie.
« Baron. » Severus inclina légèrement la tête, mais ne baissa pas les yeux. « Nous vous avons cherché. »
« Le garçon... Va-t-il bien ? »
« Par le garçon, je suppose que vous entendez l'enfant Potter. » Le Baron Sanglant hocha la tête, juste un peu, et Severus dit, « Il ne va plus mal maintenant. Mais il a perdu beaucoup de sang. De même pour ses souvenirs. »
« Ah... La faute me revient. Pour... pour les deux. »
« Vraiment ? » Severus glissa imperceptiblement sa baguette dans sa main, bien qu'il ne savait pas quoi faire avec si le fantôme décidait de l'attaquer. « Et comment ça ? »
« Je ne suis... Pas sûr. »
« C'est drôle, c'est ce que Potter a dit. Il s'est souvenu que vous étiez passé à travers lui... »
« Je ne l'ai pas... Traversé. »
« Non ? »
« Je l'ai possédé. »
« Je vois, » dit Severus, alors qu'il ne voyait pas du tout, en fait. Il garda son expression neutre avec application, et ne se déchaîna pas comme il l'aurait voulu, mais... Qu'est-ce qui était en train de se passer, là ? « Puis-je vous demander pourquoi ? »
Le visage du Baron avait la même expression que le sien, bien qu'il y eut un flash de quelque chose dans son regard. « Il est à Serpentard. »
« Oui... »
« Je ne m'y attendais pas. »
Rejoins le foutu club, pensa Severus. « Ce n'est pas une réponse. »
« Il n'y avait pas le temps. »
Ayant le sentiment étrange qu'il n'avait pas qu'une seule conversation à la fois, Severus dit, « Pas le temps pour quoi? »
« De l'aider... D'un autre moyen... Il est puissant, mais encore faible. »
Merde, cela menait vraiment nulle part. « Donc... Potter était en danger et vous l'avez possédé pour l'aider ? »
Un soupir de fantôme parvint à ses oreilles, comme si le Baron était ravi qu'il ait trouvé la bonne conclusion. « Il veut revenir, » dit le Baron avec le même ton étrangement plat, mais il y avait cependant une note d'urgence dans son affirmation suivante. « Et nous ne pouvons pas le laisser faire. »
« Potter ? » Severus secoua la tête, même si le Baron n'avait encore rien dit. « Vous voulez dire, la personne qui a attaqué Potter. Et quelqu'un l'a attaqué, n'est-ce pas ? »
« Ouiiiii. »
« Qui ? »
« Je ne peux pas le dire. »
Severus fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'était que ça, encore ? « N'êtes vous pas capable de le dire ? C'est que, qui que ce soit qui ait attaqué le garçon... »
« Nous a floués, ouiiiii. Après que nous ayons bloqué ou repoussé ses sorts de nombreuses fois. » Le fantôme sourit presque, une vision à laquelle Severus ne voulait plus être confronté, il en était sûr. « Alors nous l'avons chassé. »
« Comment ? »
« Je... Nous... » L'ectoplasme regarda ses mains couvertes d'argent. « Il se peut qu'il y ait eu du feu. »
« Du feu. »
« Ouiiii. Et... Du vent. Je ne peux être sûr. »
Severus aboya, « c'est un peu flou, non ? »
« En effet. » Le fantôme ne sembla pas démoniaque, mais presque... repentant. « Je devais effacer ses souvenirs, vous comprenez. »
« Le garçon. »
« Oui... J'étais sous contrôle... Il aurait... »
« Succombé à ses blessures. » Severus soupira et s'empêcha de justesse de se frotter les tempes en signe d'ennui. Il n'avait aucun doute sur le fait que si le garçon savait qu'il avait été possédé par un fantôme, même si c'était pour écarter un attaquant, il n'aurait rien dit. « Et la blessure ? »
« Je ne voulais pas la laisser derrière moi. »
« C'était la votre ? Vous avez laissé votre propre blessure lorsque vous avez quitté son corps ? »
« Ce n'était pas mon intention. » Le Baron regarda ses mains sous toutes les coutures, et Severus fut capable de voir le sang dessus. « Mais je n'ai... Jamais fait quoi que ce soit de ce genre auparavant. Il va mieux, vous dites ? »
« Oui. Par contre, par ses souvenirs. » Il avait un autre moyen d'y accéder, mais il ne voulait pas l'utiliser. Dans tous les cas, pas sans l'autorisation de Dumbledore.
La bouche du fantôme se serra en une fine ligne. « Laissez le amnésique. Il ne sera pas bien avec ces souvenirs, Severus Snape. »
Severus grogna, « Il sera attaqué encore et encore, à moins que nous découvrions qui se cache derrière tout ça. »
Le Baron Sanglant hocha la tête avec fatigue. « Il le saura. Mais... Laissez-moi... Lui parler avant. »
« Lui parler ? C'est tout ? »
« Je n'aime pas ce trou dans ma connaissance, » admit le Baron. « Mais il est un Serpentard... Je ne lui ferai pas plus de mal. »
Severus le jaugea un long moment, jugeant de sa sincérité. Il connaissait le Baron Sanglant depuis très, très longtemps, depuis qu'il était un enfant dans cette école, en fait, et il n'avait jamais vu le fantôme faire quoi que ce soit contre Serpentard. Et bien qu'il fut habituellement taciturne, le Baron n'était pas connu pour dire des choses qu'il ne pensait pas. « Très bien. Je voudrais être là pendant la discussion, cependant. »
Le Baron hocha la tête et commença à s'éloigner, le long du couloir.
Severus l'arrêta avec un, « Peeves a été plutôt le trouble fête durant votre absence. »
L'expression sur le visage du Baron Sanglant changea si vite que Severus dut s'empêcher de faire un pas en arrière de peur. La rage et la promesse de vengeance s'étaient inscrites sur le visage de l'ectoplasme. « Je me... remettais, en fait. Je vais parler à Peeves. »
A ces mots, il disparut entièrement.
Severus alla au bureau du Directeur immédiatement et fit un rapport.
Ce soir-là, le garçon arriva à l'heure, avec un rouleau de parchemin qu'il lui tendit sans dire un mot. Son regard resta fixé sur ses pieds.
Severus prit le parchemin. « Dans ma salle de classe il y a un sceau de tentacules de Murlap qui ont besoin d'être marinées. D'abord, vous les couperez de la façon écrite dans mes instructions, puis les placerez dans la marinade. Des questions ? »
« Non, monsieur. »
« Vous êtes allé voir Madame Pomfresh aujourd'hui ? » Il connaissait déjà la réponse, ayant reçu une confirmation de la part de Poppy, mais il voulait que le garçon reconnaisse son propre succès.
« Oui, monsieur. »
« Bien. Allez-y. »
Le garçon leva la tête le temps d'un bref regard, puis se dirigea vers la salle de classe. Severus attrapa le parchemin et suivit le mouvement, voulant s'assurer que le Gamin n'aurait pas de problème à déchiffrer ses instructions. La retenue avec les scarabées s'était très bien passée, cela dit, donc il se doutait que le garçon pourrait faire celle-là aussi sans problème. Gardant une oreille fixée sur le bruit régulier d'une coupe précise, Severus déroula le parchemin et le lut en diagonale, une fois, puis le lut plus attentivement une seconde fois.
La première chose qui le frappa fut que le garçon devait apprendre à écrire mieux, et rapidement, ou alors ça allait rendre Severus fou de lire chacun de ses devoirs. Sa seconde pensée fut qu'il était... content que le garçon ait mis à son devoir un honnête effort. Tant d'enfants ne e faisaient pas, lorsque leur travail était pour une retenues. Lui donnant presque trois pieds d'exemples et de contre exemples par rapport à sa fuite des règlements, de même que ses raisons lorsqu'il les comprenait, Potter avait montré, également, qu'il avait la tête sur les épaules et qu'il n'était pas un gâchis complet de respiration comme son père.
Certains des exemples des règles que Potter ne suivait ou ne respectait pas, cependant, tirés tous du domaine de son oncle et de sa tante, lui coupa la respiration.
Apparemment, chez lui, Potter était censé faire tout ce qu'on lui disait, même des tâches qui incluaient le risque de se blesser gravement, d'accepter toutes les formes d'abus, et d'être d'accord avec toutes les choses stupides et illogiques qu'on disait de lui, de ses parents et de la magie en général.
Severus réalisa que le son de la séparation des tentacules avait cessé, et il leva la tête pour trouver Potter le regardant, ses yeux verts ayant l'air sévère, le couteau dans la main.
« Est-ce que c'est ce que vous vouliez, monsieur ? »
« Oui, » répondit Severus d'une voix égale, ne voulant pas mettre le garçon en colère. « Je détecte un exemple là. Vous obéissez aux règles si vous êtes d'accord avec elles, ou si vous n'avez pas d'autre choix. »
Les yeux de Potter s'étrécirent mais il hocha légèrement la tête.
« Par exemple, vous avez envoyé votre commande de vêtements pour remplacer celles que j'avais décrétées hors du règlement. Quand est-ce que vous avez envoyé le hibou ? »
« Le matin après notre arrivée, monsieur, » dit Potter, rougissant.
« Donc, avant même que je me rende compte de votre erreur. »
« Oui, monsieur. »
Severus hocha la tête, et il était presque sûr de la réponse suivante, mais il voulait savoir la profondeur de cette folie. « Et donc, lorsque vous avez demandé à propos des commandes par hibou pendant la réunion de votre maison... vous n'aviez pas oublié à propos des plumes et des bonbons, n'est-ce pas. »
La mâchoire de Potter se resserra, et sa main se crispa autour du couteau. « Non, monsieur.3
« Mm. » Il fit une pause, puis, « Vous avez écrit que vous arrivez en classe à l'heure, je voix, réalisant que ne pas faire ça est non seulement dommage pour vous-même, mais aussi pour vos camarades, et irrespectueux envers vos professeurs. »
« Oui, monsieur. »
« Vous faites tous vos devoirs, et vous y mettez tout votre cœur, malgré le fait que vous aviez été obligé de manquer la plupart des réunions d'études avec votre groupe. » Il leva les yeux vers le garçon, remarquant son malaise. « Cela vous ennuie ? »
« Oui, monsieur. »
« Expliquez-vous. »
« Eh bien, monsieur, comme je l'ai écrit, ce n'est pas juste pour les autres quand je ne viens pas, parce que Millie, euh, Millicent Bullstrode, elle a parfois besoin d'un peu plus d'aide et les autres pensent qu'elle les ralentit exprès. »
« Et pas vous ? »
« Non, monsieur. Elle peut le faire, elle a juste besoin de... » il haussa les épaules.
« D'encouragement ? »
Un bref sourire. « Oui, monsieur. »
« Je vois. Mais dites-moi, Potter, excepté l'effet de votre absence sur le travail de vos pairs, plus particulièrement Miss Bullstrode, y a-t-il une autre raison pour laquelle ne pas aller aux réunions d'études devrait être évité ? »
Le froncement de sourcils de Potter était troublant, mais rapidement il se détendit et Severus relâcha sa respiration. « Parce que je pourrais avoir besoin d'aide, moi aussi ? »
« En effet. » Il marqua une pause, considérant ses mots très attentivement, puis continua, « Il y a quelque chose de très apparent dans vos manquements aux règles, Monsieur Potter. Lorsque vous pensez être la seule personne qui est touchée par votre désobéissance, vous êtes plus à même de désobéir. Par exemple : la règle de 'pas de nourriture jusqu'à ce que vos corvées soient finies' a été contournée... combien de fois d'après vous ? »
Potter avala sa salive convulsivement et fut silencieux pendant tellement longtemps que Severus eut le temps de se maîtriser, ce pour quoi il fut reconnaissant envers le garçon. Juste quand il allait le relancer, Potter admit d'une voix douce, « beaucoup de fois. »
« Pourquoi ? »
« J'avais faim. » Les mots sortirent en un murmure, et le couteau trembla violemment dans sa main.
Severus osa simplement aller un peu plus loin. Il savait la vraie raison pour avoir lu entre les lignes du devoir, mais il voulait que le garçon l'admette par lui même. « Pourquoi ne suiviez-vous pas simplement les règles ? Vous aviez de la nourriture si vous terminiez vos corvées. »
Potter secoua la tête. « Pas toujours, même si je les terminais. Et là... » Ses dents claquèrent violemment. Le visage rougi, et les yeux plein de honte, il regarda ailleurs.
« Et là ? » Alors que le silence s'éternisait, Severus durçit son ton. « Si vous finissiez vos corvées, qu'est-ce qui se passait ? »
« Alors ils faisaient juste une liste plus longue le lendemain ! »
« Ah. » Severus maintint son rigide self-contrôle – qui faisait sa fierté depuis qu'il était lui-même un enfant – avec une certaine difficulté. « Donc la règle n'était pas faite pour votre bien être, pas pour vous préserver, mais plutôt pour vous punir et vous humilier. »
« Oui ! » dit Potter avec hargne, et Severus fut content de voir le combat qui s'éveillait en lui.
« Et c'est le creux du problème, n'est-ce pas ? Vous voyez certaines règles ou demandes ici à Poudlard comme des façons de vous humilier, alors qu'elles sont en fait pour votre bien être et votre sécurité. »
Potter respirait fort, le couteau toujours serré dans sa main, mais il ferma les yeux pendant un instant et ralentit sa respiration. Severus le regarda récupérer son calme, et il fut – presque – impressionné.
Gardant un œil attentif sur la respiration du garçon et sur ses joues rougies, il continua d'une voix égale, « Par exemple, être envoyé à l'infirmerie pour un check-up. Je vous assure, ni Madame Pomfresh ni moi avons le moindre désir de vous humilier pour avoir mal ou avoir besoin de notre aide. Nous travaillons tous deux sur votre bien-être, mais nous ne pouvons le faire qu'avec votre coopération. Nous avons parlé de tout ça ce week-end, n'est-ce pas ? »
« Oui, monsieur. Je suis sous votre... responsabilité ? »
« Oui. En tant que professeur, j'ai comme devoir et obligation de m'assurer que chaque enfant est bien dans son esprit et dans son corps pendant qu'il est à Poudlard. Vous comprenez ce que ça implique ? »
Potter hocha la tête, et ses mots furent hésitants, presque renfrognés. « Vous ne vous moquiez pas de moi lorsque vous m'avez envoyé voir Madame Pomfresh. »
« Correct. » Severus jeta un regard au parchemin. « De même, je ne vous ai jamais considéré comme un 'pleurnichard' lorsque j'ai vu que votre cicatrice vous faisait mal, ni comme un 'simulateur' lorsque vous avez eu besoin d'y retourner. Je suppose que ces mots étaient utilisés par d'autres pour vous décrire à une ou deux occasions ? »
Potter utilisa un hochement de tête pour répondre, ses bras rigides autour de lui.
Avec un autre regard sur le parchemin, Severus continua, « Vous sembliez aussi penser que vous auriez 'encore plus de problèmes' si vous retourniez à l'infirmerie. Sachant que j'étais celui qui vous l'avais ordonné, de qui auriez-vous eu ces problèmes ? »
Potter secoua la tête cette fois, une épine de peur évidente dans ses yeux.
Severus soutint son regard. « Je devrais vous faire savoir que, en tant que Directeur de Serpentard, je garde un œil sur votre situation chez vous durant les vacances. Je vais poser quelques questions à votre oncle et votre tante lorsque j'irai les voir. »
« Non ! Vous ne pouvez pas ! »
Potter était visiblement effrayé maintenant, mais Severus poussa plus loin, « Je peux, Monsieur Potter, et je le ferai. Cela dit, vous pouvez d'ores et déjà répondre pour eux maintenant. »
« Vous ne pouvez pas y aller ! » répéta-t-il, semblant presque frénétique. « Ils détestent la magie et les sorciers et... vous ne pouvez pas ! »
« Je vous assure que je n'ai rien à craindre de moldus. Et s'ils se comportent bien, ils n'ont rien à craindre de moi non plus. »
Severus voulait vraiment le rassurer, même s'il se réservait la façon dont il allait les traiter, s'ils le provoquaient. Mais il était bien plus intéressé de voir si le garçon allait confirmer ses intuitions, ce qu'il fit.
La seconde d'après, le visage de Potter retourna à une expression neutre, le masque soigneux qu'il avait utilisé plusieurs fois ces derniers jours, particulièrement lorsqu'il réalisait qu'il ne pouvait pas s'enfuir d'une situation qu'il jugeait terrible. « Bien sûr, monsieur. Je ne voulais pas vous offenser. »
« Je sais, » dit Severus calmement. Il n'avait pas bougé du pas de la porte, d'où il avait lu le parchemin du Gamin, et il fit uniquement un pas en avant. S'appropriant autant de compréhension qu'il le pouvait, il attendit jusqu'à ce que Potter fut assez détendu pour l'écouter réellement. Il ferait de ce point quelque chose d'immanquable. « Je ne prévois pas de vous renvoyer à leurs soins sans préparation, de votre part ou de la leur. Si vous y retournez, ils ne seront pas autorisés à rejeter leur colère envers moi, ou à cause de ce que je leur dirai peut-être, sur vous. Vous comprenez cela ? Aucun enfant de ma Maison ne souffrira d'abus, même en dehors des murs de cette école. »
La bouche de Potter était grande ouverte, et il regardait Severus comme s'il était le diable lui-même. Potter ne le croyait pas entièrement, il le savait, mais au moins il espérait que les choses s'arrangeraient chez lui. « Je, euh... Merci, monsieur... »
« Mais ? »
Serrant la mâchoire une fois de plus, Potter dit, « Mais il nieront. Ils nieront tout. Je ne suis pas supposé en parler, vous savez, de ce qui se passe chez moi. Et si... Et si... »
« Et si je les croyais à la place ? »
« Oui, monsieur. »
Severus eut un micro-sourire. « La magie est bonne dans de nombreux domaines, Monsieur Potter, et pas des moindres dans celui de vérifier une information. Je vous assure que je suis très doué là dedans. Deux gouttes de Veritaserum, par exemple... » Il s'arrêta, soupira et regarda ailleurs pendant un bref moment, puis secoua la tête et décida que le garçon avait assez souffert de son côté. Assez d'évocations. Il était temps pour lui d'admettre certaines choses. « De plus, je vous crois déjà. »
A suivre...
